Avignon réagit doucement. Pour les enfants de Don Quichotte, il y avait quatre ou cinq tentes devant la mairie, quelques gars avec ou sans chien, une table pour signer tenue par un digne et vieux kabyle, un camion de la Croix rouge et un responsable un peu inquiet sur le déroulement de la nuit programmée et déçu de l'atonie des associations locales. Je n'avais pas de duvet et de toute façon, à ma grande honte, me sentais assez inapte à passer cette nuit, mais la question ne se posait pas.
Dans le journal on demandait des vivres, et je m'étais imaginée achetant du jambon et du fromage de montagne, plus du pain d'épices au marché de Noël, mais, si les cabanes sont toujours là, le marché, lui, est fermé. En fait il y avait une sorte de buffet et ce sont eux qui m'ont proposé une tartine. J'ai donc laissé une partie de la somme prévue, un peu plaisanté avec eux, regardé les derniers enfants qui faisaient un tour de manège et je suis rentrée par les rues désertes de l'avant-réveillon.
Des cuisiniers ou autres, en grand tablier, fumaient une cigarette devant la porte de service de l'Hôtel d'Europe.Samedi matin, en passant devant Ducastel, j'ai trouvé que cette nana incarnait assez bien ce que je vous, que je nous souhaite pour notre avenir nouvellement numéroté. Que par miracle tout le monde puisse (et en ait la possibilité) se mettre à sourire, doucement, béatement, tant et si bien que l'on ait envie de danser pour le plaisir.