commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération

vendredi, novembre 14, 2008

et mes larmes sont venues
mais larmes d'exaspération,
éternellement à moi adressées -
pour affronter notre rencontre,
puisque sacrifier ce que l'on nomme dignité n'aurait rien donné,
me suis armée de silence,
au risque de paraître butée,
front gonflé et visage mort,
mutique, cou de pierre,
et pendant que les larmes me secouaient,
bien enfermées,
que le désarroi me creusait,
que je raidissais ma faiblesse grandissante,
émolliente, abrutissante,
tu pérorais,
tu t'agaçais, puis méprisais,
t'en es allé,
me laissant avec mon bâillon -
et je crois le sentir,
fictif, il tire cependant ma peau,
et ne sais comment l'enlever
sans que la douleur explose -
j'avais mis en réserve cette photo, sujet de l'exercice 53 d'écriture ludique proposé par Michel http://www.ecritureludique.net/article-22887898.html qui appelait un texte dramatique, beau, grave et responsable. Je butais devant cette évidence, alors, dans ma journée de boffitude, m'en suis débarrassé.
Et de grands vents me tenaient compagnie, mais je n'ose leur faire porter la responsabilité.

jeudi, novembre 13, 2008

en souvenance rêveuse et obstinée, pour que la vie coule doucement, le bleu galvanisé d'un ciel pas si ancien et le blanc décapé d'un banal pignon;
Mais, dans notre monde aquatique, le courage hors saison d'une ébauche de fleur, comme un dernier petit miracle

plongée dans la poésie grave de Michèle Dujardin - - "Alors j'ai dit au Maigre" http://www.publie.net/tnc/spip.php?article174 (toujours premières pages, présentation que je ne veux pas tenter de faire, éventuel téléchargement
"cela le Maigre l’accepte, le reconnaît, le sait dans sa chair plus que rare, au cou surtout que le soir crânement, librement, il offre au tranchoir que mes nuits avancent, place de l’oreiller, même lit même adresse, on le voit d’en bas détraqué, passe-lacet calleux sans oeillet ni coulisse, le Maigre, ni tout à fait planche ni tout à fait clou, saccadant le Carême en temps morts, en coucous frénétiques, on le voit remballé, descendu dans sa tête y voir ce qui l’attend, ce qui l’obsède, ce rien d’il n’y a rien à voir que le rien et voir quoi, au fond de ce rien qui le guette, tout est là qui se tient dans sa tête, dans ce rien qui sourd, perce et découpe et traverse exactement cette chose, ce rien, l’habitat cérébral hébété, tant qu’à la fin il se casse
il va crânement le Maigre, librement chaque nuit au charbon dans sa tête, par ma tête, sur le même oreiller même lit même nuit, par ma gauche, par mes os, temporal gauche nerf facial branche frontale, il y va le Maigre, atroce et méconnaissable, entêté infatigable, comprendre ce qu’il y a à voir dans ce rien à comprendre, rien à voir rien à comprendre, qui sourd, qui l’attend qui l’inquiète ..."
J'aime suivre le flux de ses phrases, sans être capable d'analyser, comme j'avais aimé "Abadôn", paru il y a un peu moins d'un an au Seuil dans la collection "déplacements"
http://brigetoun.blogspot.com/2008/01/tanette-httptanette.html et http://brigetoun.blogspot.com/2008/01/la-petite-se-penche-et-fixe-sans-la.html , comme, brèves, les lignes accompagnant les images de New York par François Bon pour "centre du monde" http://www.publie.net/tnc/spip.php?article66
et puis, tout de même, dans l'après-midi de mercredi, un joli moment de lumière sans chaleur

mercredi, novembre 12, 2008

"une grosse dame, drapée dans le manteau vivant de sa graisse, fanons ballants, large comme un rocher - une roche vive -, qui manoeuvre des paniers pleins de victuailles, sans compter son propre bagage de graisse et d'eau salée. Quand elle se baisse pour ramasser un cageot de laitues, le flic voit bien les cuisses calfatées au suif. Il note la peau d'orange et ses dépôts figés de graisse suintante. Les vergetures donnent à son décolleté l'aspect craquelé d'une toile de maître. Elles ressemblent à des racines blanches et lustrées qui se seraient congelées puis fossilisées sous la peau. Il est vrai que la cellulite des cuisses, en raison de son irrégularité, peut faire penser aussi de loin à une écaille d'huître blanchâtre, à des concrétions calcaires et poreuses, extrêmement vacuolaires...."
Régine Detambel - "les corpulents" http://www.publie.net/tnc/spip.php?article133 (pour premières pages, présentation; téléchargement)
Je n'en suis pas là mais je constate que j'ai pris plus de trois kilos en moins d'un mois, et je reste hébétée, cherchant des bourrelets, et sentant qu'une notable partie de cette nouvelle graisse est venue se loger dans ce qui me sert de cerveau, paralysant toute ébauche de pensée ou velléité d'action.
à vrai dire, dans "les corpulents", il arrive que les capitons soient plus glorieux.
PS : ouf ! précision : rien de misogyne ni même de cruel chez Régine Detambel, un oeil scalpel de qui s'implique pour une part, une vision ironique, et souvent savoureuse, mais juste de nos comportements (même ceux qui sont jugés plutôt maigres comme je l'ai été souvent)

mardi, novembre 11, 2008

la mer, son petit friselis sous le soleil

le gravier rose et beige, aux gros grains épais, et quelques aiguilles de pins en ébauches de lignes dessinées par un vent en allé

l'extrémité d'une branche de pin qui se balance dans le reste de brise, et son ombre, légère comme une dentelle, danse sur le sol

une petite allacrité, une envie de me lever et de marcher dans ce paysage, mais le plaisir paresseux de le noter, le goûter, en spectateur impliqué, présente par ma seule attention

les notes égrenées d'une musique vaguement familière, s'échappant par une fenêtre derrière moi, en contrepoint sur ce bout de monde et de temps, mais qui s'interrompent brusquement

son écho flotte encore un peu - la mer; l'odeur des pierres chauffées et une note de résine, ma petite faim, la rondeur tiède de l'air, les petits craquements énigmatiques des branches, et même mes légers acouphènes, nous nous unissons dans une ligne mélodique, une petite chanson sans parole, prolongeant la douceur délicieusement et légèrement triste de l'andante. Et la réalité du jour continue, à côté, mais nous la laissons faire avec une indulgence détachée..


dans la paresse matinale, avant un peu de courrier "sérieux" une participation aux impromptus littéraires http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear dont le thème est repris en titre, et qui se basaient sur quelques notes de l'andante du concerto BWV 971 de Jean-Sébatien Bach - et une vieille photo de petit frère
dans l'après midi, au bout de la rue de la République, derrière la gare, les nuages avaient pris une allure d'étrange montagne.
et pour toucher ce à quoi nous arrivons, nous que les journalistes s'entètent à appeler avec leurs réflexes paresseux, la patrie des droits de l'homme, ce qui n'est plus vrai depuis longtemps si ça l'a jamais été, via Jacques Bon et de beaux autochromes http://cafcom.free.fr/spip.php?article167 , je suis arrivée sur cet appel d'offres cyniquement officiel http://scideralle.org/Appel-d-offre-Veille-de-l-opinion.html
et à défaut de Barbusse, relire les lettres des poilus - pour une fois des émotions obligées qui pourraient être utiles si elles étaient sincères

lundi, novembre 10, 2008


au coeur de l'arrière saison
un « au » long et sourd comme une trompette bouchée, et derrière le gong assourdi de "tomne", une image d’or bruni; un parfum d’ambre, Jeanne en cirant ses meubles dans l’odeur du miel rêvassait au mot automne pour oublier ce léger frissonnement de ses épaules en s’habillant ce matin, et le silence cotonneux de l'appartement maintenant que la pluie s'était tue.
Et le long silence de ses enfants.
Elle s’est assise devant la porte fenêtre du salon; et la morne rambarde noircie avec, presque sur le même plan, la façade grise de l’immeuble d’en face et les grasses et molles sculptures qui ornent sa bourgeoisie satisfaite. Elle a tiré vers elle la petite table du téléphone et elle a appelé sa fille - une attente qui se prolongeait - et elle suivait la sonnerie qui devait s’insinuer depuis le hall de granit rugueux, monter l’escalier, chercher des oreilles attentives, et puis les pas précipités et une voix aiguë "allo ! c'est qui ?"
"chéri, on ne répond pas comme ça ! ... C'est Mamie de Paris"
et elle l'entend appeler "Maman" et puis son souffle de nouveau, et elle lui dit qu'elle l'embrasse, lui demande ce qu'il fait pendant ces quelques jours de vacances
"il pleut, notre match a été annulé"
"et quoi d'autre ?"
"Je fais des bonshommes en écorce comme tu m'a montré - j'ai été (décidément) chez Vincent l'autre jour - il ne pleuvait pas - on a fait des cabanes"
A ce moment le récepteur change de main et Alice complète :
"et ils étaient merveilleusement sales, plus un bon rhume et un genou quadrillé. Mais tu ne peux pas savoir comme c'est beau en ce moment... Quand tu marches dans notre allée, tu avances dans une lumière rouge sombre et tes pieds s'enfoncent un peu dans un tapis... Je te dirais bien de venir. Tu verrais, c'est le Cours la Reine à la puissance dix, au moins... mais il y a le problème chauffage."
"toujours pas réglé ? Tu ne peux pas rester là avec les enfants, voyons !...
"Le chauffagiste devrait terminer demain. Je ne veux pas que les garçons manquent la classe. Laurence est une petite boule de graisse tiède. Et puis il y a la cuisine... et si tu voyais leurs mines"
et Jeanne a une vision de petites joues rouges calées sur des écharpes.
"Ne t'en fais pas... et toi, Maman, comment vas-tu ? Tu as vu et entendu quelque chose de bien ces jours ci ?"
"rien d'extraordinaire.... "
Et en repoussant la table après avoir raccroché, en regardant ses jambes étendues devant elle, en les étirant, en remuant ses orteils dans ses bottes, elle se résigne à laisser monter en elle, à l'envahir, la submerger, privilège amer de son oisiveté tellement désirée, le désenchantement qui pour elle a toujours accompagné l'automne, cette petite angoisse vague, qui ne doit pas s'avouer, puisque, bien sûr la saison est si belle, et s'accompagne toujours de projets....
Mais tout en elle refuse, renâcle, ne veut pas jouer l'acceptation de la longue descente dans ces jours sombres, humides et froids, dans la certitude que la lumière ne reviendra jamais, et elle s'intalle dans la volonté têtue de regarder ce que l'on appelle les plaisirs de l'hiver glisser autour d'elle sans qu'elle en soit si peu que ce soit concernée ou consolée.
"Belle, tu parles" marmonne-t-elle en se levant et, en se tenant les reins; elle regarde ses meubles, livres, disques, se cherchant une occupation, sans désir d'en trouver.
encore, comme distraction au sens d'antan, un essai pour un exercice d'écriture ludique le n°67 proposé par Michel "à la faveur de l'automne" http://www.ecritureludique.net/article-24533104.html avec un montage photo de Barbarette dont je me suis fort peu inspirée (pas obligatoire) http://www.barbarette.com/article-23924035.html - pas plus que je n'ai réussi à être originale ou à éprouver ou faire éprouver des sensations fortes comme recommandé.
une photo au hasard, en ponctuation, una vez màs.
Et en attendant que la faim vienne, en début de nuit, repris dans mon petit grenier "publie-net", où j'engrange au gré de mes envies, "du seuil s'enfoncer" de Fred Griot http://www.publie.net/tnc/spip.php?article175 (présentation, premières pages, commande éventuelle comme toujours) ou du moins le premier groupe de textes "la voix ça" et "boue ici lumière haut" où je me trouvais bien.

"pourtant ça doit être poss
possible
rienfaire rienpenser penser autrement penser paspenser penser autrement penser sanspenser sans creuser l'os du crâne sans penser vraiment sans creuser l'os toujours.


j'ai aujourd'hui cette année cette nuit cette année j'ai réussi presque à apprendre presque à ne plus penser réussi à apprendre à arrêter tout ça ou tout du moins à ralentir tout ça cette tête son activité pourtant."
un petit rajout : comme me le suggère Michel Benoit allez voir http://www.nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com/ - comme je me le suggère : tâchons, sans obsession, d'en tenir compte naturellement dans nos petits choix quotidiens, dans la mesure de nos moyens

dimanche, novembre 09, 2008

- souviens toi quand nous dansions place des Corps Saints, au coeur de l'été, à côté des tables, et nous étions un ilot dans la foule,et l'air et les pierres tremblaient dans le soleil
- je ne me souviens pas, je ne vous connais pas
- souviens toi quand tu dansais avec cette belle fille, et je vous regardais, contre le mur, debout entre deux bars, et vous étiez dans l'espace vide, vous découpanr sur les murs de la chapelle
- je ne me souviens pas, je ne vous connais pas
- souviens toi quand je vous ai dessinés pour annoncer un spectacle, enlacé et ondulants
- je ne me souviens pas, et puis,oh ! les affiches sont imprimées avant que l'on danse sur la place des Corps Saints, et avant le coeur de l'été et la chaleur de la place
- souviens toi quand je vous ai imaginés.
- peut-être, et c'était pour ?
- "si tout va bien, je meurs demain"
- je l'ai vu - souvenez vous, ce n'était pas un couple de danseurs, je crois
- c'est vrai
- que vous avez inventé ?
- que je meurs demain
- je ne vous crois pas
- on danse ?
petit matin de samedi devant cette image, sujet de l'exercice n°2 d'écriture ludique (proposé par Polly)
http://www.ecritureludique.net/article-12396124.html

puis m'en suis allée sous un joli ciel, marchant vers des nuages sans gravité ni durée, regarnir réfrigérateur, panier et placards de ma cuisine
avec une pensée (mais l'image seule, j'ai une mini-cave et personne pour la boire) pour Michel s'il passe par ici .
avec une pointe de nostalgie en attendant mon tour devant des nourritures qui, à l'exception des tomates à coulis, et des courgettes à chair, me sont interdites.
au retour, des ouvriers commençaient avec une certaine nonchalance (on a le temps tout de même !) à monter les cabanes de Noël, et il y avait un merveilleux très long camion aux belles peintures fluos que j'ai admiré avec un petit garçon mais n'ai pas photographié.
Presque fini "treize mille jours moins un" de Didier Da Silva - le livre lui-même est court et dans un joli format presque carré, pour mettre un peu de fantaisie dans les bibliothèques - en plaisir attentif. Il y a un piano, un chat qui a un nom et un surnom, le ciel, le vent, des immeubles qui naissent et meurent, l'inquiétude, le déseuvrement, Marseille, encore l'inquiétude, toujours la musique, l'inperceptible, des notes de musique encore, un ton détaché qui fouille.

samedi, novembre 08, 2008

pour rester chez Didier Da Silva en son nouveau livre, ce passage copié sur son blog
"Ses pièces favorites, qu’il les emprunte au baroque suisse, au post-romantisme espagnol ou au minimalisme anglais (ou, s’il existe, à l’impressionnisme tamoul) luisent au seuil du rien, haussent un sourcil soyeux, entretiennent le doute qu’un événement sonore a lieu. Il prise aussi la lenteur, longtemps ça n’a été qu’un cache-misère mais à présent que certaines fusées sont à sa portée il le dit sans honte, il aime les machins très lents ; brefs et lents ; prenant leur temps et disparaissant subitement.La discrétion est une vertu cardinale, ses champions ont ce courage de passer inaperçus : à mal entendeur, salut."

et pour entendre le passage des microludes de Kurtàg (musique que j'aime et homme aimable) qu'il a choisi comme contrepoint l'adresse est http://lesideesheureuses.over-blog.com/article-24500177.html
et pour continuer à glaner, encore le sentiment présomptueux d'une parenté avec ce que dit Philippe de Jonckheere, des réserves sur la position finalement "plus Chirac que Bayrou" d'Obama, mais la joie en pensant à ceux qui en sont heureux et devant ce changement
"Est-ce que ce monde touche vraiment à sa fin ? Est-ce que Barak Obama est vraiment le Messie ? S’il ne l’est pas, je crains que la colère des déçus finisse par être terrible aux Etats-Unis, car c’est sans doute à lui que l’on reprochera de n’avoir pas su, ou pu, réparer tout ce qui avait été durablement cassé et détruit par son prédécesseur.Puisse cet homme bénéficier dans l’exercice du pouvoir de la même élégance que celle déployée en paroles depuis deux ans — depuis deux ans j’entends ses discours avec la même ferveur que celle qui est la mienne chaque fois que j’entends le discours de Martin Luther King lors de "la marche vers Washington pour le travail et la liberté"... http://www.desordre.net/blog/blog.php3?début=2008-11-02#1844
départ en tout début d'après-midi, un rien désemparée et en rogne contre le sens de l'à propos de Mélenchon et Dolez, sous un soleil pâle et dans la douceur - les arbres accélèrent leur décoloration, se marbrent de vert, de jaune et de brun - vers la fédération du parti socialiste où j'aurais dû être utile, un peu
une façon de donner un peu d'exercice à mes jambes, le long d'une rue sans grand charme, et puis.... j'ai été, juste un peu trop tard, en colère contre moi, parce que nous étions en surnombre et que, comme j'attendais un peu trop longtemps que l'on me trouve un rôle, m'en suis allée - réaction de vieille sale gosse.
ce qui m'a couté ou permis le plaisir de l'achat du livre de Didier Da Silva dans lequel je vais me plonger avant de le lire par fragments, de "courir" d'Echenoz et de DVD soldés dont "tous en scène" que j'ai regardé au lieu de vaquer à mon courrier ou mon repassage, après lecture douce-amère des journaux... et j'en ai oublié un vernissage au petit palais

vendredi, novembre 07, 2008

photos du ciel qui commençait à se dégager un peu quand je suis arrivée au siège de ma section, dans cet autre Avignon, celui que connaît la plus grande partie de la population
sur le tempo d'un coeur qui bat
"L'infini mis à part, le monde est trop grand pour Sam ; trop plein de choses et d'êtres et trop divers qu'il aurait fallu étudier un par un, l'oeil vif et la tête froide, avant de se résoudre à les aimer ou à les ignorer sans le plus mince remords - sans parler des idées qui, pas plus et pas moins qu'eux, sont pour lui des êtres, des choses, (de même qu'une abeille, un visage, un bateau) et méritent qu'on les emprunte comme on fait d'une veste ou d'un train. Afin de se préserver, de se prémunir contre cet afflux, cet assaut , il a adopté des principes, tenu pour acquis ceci et cela, mais il doute de la validité et de la pertinence de ces tamis, ces grilles, assez souvent il est tenté de s'en déprendre seulement il craint trop de se sentir perdu, de se dissoudre et le monde avec lui dans un magma obscur et ricanant..."
début du premier chapitre de "Treize mille jours moins un" le nouveau roman de Didier Da Silva, qui sort aux Éditions Léo Scheer, et que l'on peut lire à http://www.leoscheer.com/extraits/da-silva-treize-mille-jours-moins-un/livre.php
Découvert en rentrant mercredi soir, sur son blog http://lesideesheureuses.over-blog.com/ où j'aime passer pour le choix des textes qu'il met en ligne et surtout pour les brides musicales qui, diverses, rencontrent généralement mes goûts. Et je vais me mettre en quête de ce livre la semaine prochaine, pour ces lignes, plus encore pour celles citées par son billet, et parce que j'avais aimé "Hoffman à Tokyo" http://brigetoun.blogspot.com/search/label/didier%20da%20silva
et pour des passages de ce nouveau livre judicieusement choisis
http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/11/06/comme-une-estampe-marseillaise

vote pour le congrès socialiste : des rires, de la camaraderie, de la bonhomie cachant une certaine rudesse, quelques polémiques et comme toujours pour moi une gentille indulgence (seule blanchie pour ma dissidence) qui finirait presque par être vexante, un peu plus de six heures debout, des échanges courtois, deux taxis, et un score très piteux. Mes patates finissent de cuire - vive vendredi

jeudi, novembre 06, 2008

entre une partie de la nuit un peu hébétée (compris un mot sur deux) devant CNN, admiration devant l'espérance, joie à savourer au moins provisoirement, énervement contre les commentaires qui se bornent à l'aspect racial, et une soirée de faible espoir (surtout ici) pour préparer le vote PS de demain - aspirateur, sommeil, terre dans la pénombre de la cuisine, lutte contre migraine et lecture agréable d'un peu de "feuilles de route" de Thierry Beinstingel http://www.publie.net/tnc/spip.php?rubrique69
de beaux passages sur le choix d'un bureau et le re-aménagement de son lieu d'écriture, sur le cadre que se fabriquent les écrivains - des règles à respecter pour qu'un roman soit "découvert" et se retrouve dans tous les journaux, émissions etc... avec cette conclusion
"Par conséquent, le livre le plus adapté est un roman, parution septembre 2002 (millésime provisoire) obligatoire, portant sur le sujet suivant : "organisée par une ONG, antimondialisation, une rave partie vire à la partouze. Dans le chahut, un internaute malin se sauve avec la caisse de l'ONG. A développer en 300 pages"
Qui s'y colle ?"
en continuant, au fil de passages sur Houellebecq qui me laissaient froide, sur une marche dans les forêts encore blessées après la tempète, sur la poésie, je m'interrogeais, bien entendu très sérieusement, pour conclure que ce ne serait pas moi, que j'en étais incapable, non faute de talent bien sûr, mais à cause du sujet trop complexe
.
Préféré m'imaginer dans une bibliothèque ouvrant sur un lac ou un fleuve, avec une belle table comme celle que Thierry Beinstingel a trouvée chez un artisan, un rayon de soleil (la pluie s'obstine lente, éternelle) sur son bois, et un peu des trésors rencontrés l'autre jour.
en partant pour la fédération, une impression d'espace trempé en passant place de l'horloge qui pour un moment, entre les terrasses et déjà les cabanes de Noël, a retrouvé toute son ampleur. Et je me retrouve assesseur pour le vote aujourd'hui dans ma section hautement pitoresque et d'où j'ai été et me suis virtuellement exclue - faire provision de détermination souriante. Avec la vérification vendredi je rentre en socialisme pour cette fin de semaine.

mercredi, novembre 05, 2008

déclinaison de mon réel
Quand j'avais trois ans, j'ai dit: "Quand je serai grande, je serai une nymphe, et vers huit ans j'ai su que j'étais une néréide - et je dansais devant et sur la mer, avec les autres, sous l'oeil bienveillant de mon père.
Lui je ne savais pas très bien s'il était Neptune ou le vieil homme (celui qui est avec la mer dans le titre d'une histoire que j'aimais), si son sourire courrait avec les risées sur la respiration des longues ébauches de vagues, ou s'il éclairait, parcourait, les courants soumarins, s'insinuant sous les rochers pour saluer les mérous.
Et puis ce réel a été submergé par la réalité et comme j'ignorais le monde irréel, même celui des elfes tels qu'on l'écrit, je n'ai pu me rabattre sur le rêve irréel-alysée dont j'apprends, bien tardivement, qu'il aurait une existence.
J'ai découvert, en une époque faste, les forêts, les prairies humides et la puissance végétale, mais je suis restée contemplatrice, incapable de me croire dryade.
J'ai vécu en aimant les pierres et perdu un peu de mon estime pour les anciens grecs, eux qui n'ont pas trouvé un nom pour les nymphes qui les peuplent - se contentant de les y chercher avec un ciseau et un maillet. Peut-être d'ailleurs les ont-ils baptisées, mais le mot ne m'est pas parvenu et je n'ai donc pu croire en elles.
Je n'avais pas le courage ni l'envie d'être une nymphe du métro.
J'avais perdu la mer et mon Neptune s'est dissous, a perdu son corps.
J'ai perdu ma certitude et mes illusions, et j'en ai recréé, tissant inlassablement, parfois distraitement, mais avec obstination, le fil de ma vie, comme Clotho, la première des moires, et je résiste sur le chemin qui me transformerait en sa soeur implacable.
Et, en attendant, la part de sorcière qui est en moi vous salue.

Entre deux images de cet entre deux où nous sommes encore un peu, puisque je n'accepte pas l'hiver, petiote tentative de réponse à l'exercice 22 d'écriture ludique (après un moment de perplexité devant le titre) :"rêve irréel-alysée" de Françoise http://www.ecritureludique.net/article-13884552.html
Écrire un texte qui contiendra (idéalement dans son titre, mais pas obligatoirement) l'expression: " Rêve irréel-alizée" (Selon le dictionnaire des Elfes, le mot " irréel-alizée" signifie "réalisé dans l'Irréel, le Monde Intermédiaire").

Début :Quand j'avais trois ans, j'ai dit: "Quand je serai grand (e), je serai un/une (...)
"Fin :La part de moi qui est devenue un / une (...) vous salue.
Éléments possibles pour remplacer les (...)(remarque : l'élément ne doit pas forcément être le même dans la phrase de début et dans celle de fin)
fée, magicien, elfe, nymphe, dragon, licorne, lutin, schtroumph, pokémon, sorcière, nain de jardin, loup-garou, chat-garou, ogre, fantôme, orque, vampire

mardi, novembre 04, 2008


le plaisir bref du jeu des petits "polars" (pas très polars et pas si trash qu'il est dit) d'Antoine Boute
http://www.publie.net/tnc/spip.php?article116 (25 pages courtes, 1,30 euro) en entrée de nuit, fin de dimanche, après que les éléments se soient calmés (et lundi matin c'était gris souris douce endormie, raison pour laquelle j'ai ressorti une photo d'un peu de notre bleu quand il se fait doux)
- et en téléchargement libre "Polar Tubes" 354 pages mais avec beaucoup de blanches qui sont noires.
http://benjamincompson.ifrance.com/antoineboute_polartubes.pdf
Je vous laisse découvrir - en tout cas cela s'accordait parfaitement à mon humeur du moment, avant de retrouver un sas de beauté grave avec les portraits, par James à l'oeil sorcier, des interprètes de l'intercontemporain répétant "le marteau sans maître" http://leregard2james.canalblog.com/archives/2008/11/03/11191654.html, un site où on voit la musique (et outre la beauté des modelés, des noirs et des blancs, pour moi, le plaisir un peu frustrant de voir des visages que j'ai connus comme auditrice).
et puis des plongées en poésie dans la nuit.
Lundi douleur paresseuse ou l'inverse, et j'ai pris un kilo pour lequel je me félicite, et qui me navre.
Mais, pendant que je faisais, tout de même, cuire des pâtes et que je tentais un nettoyage de la cour (encore trop humide) le haut des murs s'illuminait doucement, et le ciel, au dessus, était d'un bleu franc - en début d'après-midi, sur ma rue, de petits nuages transparents et effrangés flottant sur un bleu adouci, et, par delà les remparts, de belles formes d'un blanc pur, avec des rives arrondies vaguement dorées..

lundi, novembre 03, 2008

silenceune flèche, un élan,
comme une blessure dans une belle étoffe -
mes yeux éblouis,
je me rue dans l'espace,
je sens les masses bleues me frôler en se déchirant -
une gloire fugace,
une ivresse de sensations d'irréelle fraîcheur -
avant qu'elles ne se reforment;
que notre trace s'y effrite,
que nous nous y perdions
(pour une écriture sur cette image proposée par Dame Aga - exercice 33 d'écriture ludique
http://www.ecritureludique.net/article-17369436.html )
dimanche matin, l'orage n'était pas là, mais de belles bourrasques de vent qui chahutaient mes gentils (je les amadoue, ils me font peur tous les matins) spectres, agitant leur blancheur, et puis les jetant à terre avec une telle constance que je les ai laissés couchés - en fin d'après midi, noir et pluie, Brigetoun tremblante comme aux premiers âges en attendant, en écoutant le tonnerre et la pluie qui se déversait dans la cour. Volets et porte fenêtre fermés, capable seulement de regarder le seuil pour empêcher par la force de ma volonté l'eau de rentrer, guettant le chant des descentes.
pour détourner mon attention fait glisser mes yeux sur les "nouveaux mélanges asiatiques" de Jean-Pierre Abel-Rémusat, mis en ligne par Pierre Plapant pour les classiques des sciences sociales http://classiques.uqac.ca/classiques/abel_remusat_jean_pierre/abel_remusat_jean_pierre.html , avec des moments d'attention, comme quand il cite un extrait de l'histoire des Mongols de Chao-youan -ping, et ce rapport à l'empereur de 1259, :
"On traversa le Han-hai. Ce pays est extrêmement froid, et, dans les plus grandes chaleurs, la neige n'y fond jamais. Tout y est montagneux et pierreux, et il y a une grande abondance de pins. En allant au sud-ouest en sept jours, on acheva de passer le Hanhaï ; au bout de 300 li, le pays commence à s'abaisser. Il y a un grand fleuve, large de plusieurs li, qu'on nomme Hoen-moulian. On le passa avec des barques à rames. Plusieurs jours après, on traversa le fleuve Loung-kou. On retourna alors vers le nord-ouest., la route est au midi de Pie-chi-pa-li (Bisch-balikh), à la distance de 500 li. Il y a beaucoup de Chinois ; on y fait deux récoltes de froment et de millet. A l‘occident du fleuve est une île qui est sur une petite mer..."
Finalement la pluie est restée drue mais modérée. Toute ma sympathie pour la Lozère, Marseille et le centre, un peu honteuse de ma chance, au moins provisoire, mais je dois demander pardon aux esprits des plantes de les avoir involontairement déguisées en ce qui n'appartient pas à notre culture, à elles et moi., et à mes amis les morts d'avoir eu l'air de vouloir marquer ce jour où on prétend les cantonner.

dimanche, novembre 02, 2008

un homme se lève,
un homme, sur un pliant, au bord d'un canal, regarde le bouchon de sa ligne qui flotte obstinément,
un homme descend dans le métro,
une femme regarde par la fenêtre de son bureau,
un homme sur une estrade s'apprête à parler,
une femme sort un gâteau d'un four,
une femme pose la main sur le crâne de sa mère alitée,
un homme prend son amante dans ses bras,
une femme engueule sa fille,
un homme, un bâton à la main, regarde son adversaire,
un homme, dans un fauteuil de cuir éraflé, lit à haute voix,
une femme court dans la rue,
une femme se change pour sortir,
une femme lit de vieilles lettres de ses parents;
une femme accroupie arrache de mauvaises herbes,
et moi je n'ai rien fait, ni ouvert mon ordinateur, et ne voulais pas le faire,
l'orage annoncé n'est pas venu
du repassage, la terre, Obama, géographie américaine, et puis ça, pour la forme, pour rien - shame of me

samedi, novembre 01, 2008

les planches sont souples sous mes pas,
je me crois lourde et j'aime bien ça,
une impression d'exister, de m'intégrer à cette immensité.
Une humidité un peu aigre baigne tout,
monte le long de mes jambes; de mon ventre, de mes bras;
je la hume,
je frissonne un peu et je m'y coule,
mes cheveux l'accueillent, s'en imbibent -
et derrière la brume je vois des montagnes qui ne sont pas là,
mes yeux se perdent,
la présence de l'eau s'élève, envahit l'espace,
s'installe, gomme tout le reste,
m'invite.
Et j'avance doucement,
dans le silence murmurant,
jusqu'au bout du chemin de bois.
et puis je prends mon élan,
je crève l'image de ce monde,
je me perds dans un faux néant glacé.
(exercice 50 d'"écriture ludique" proposé par Michel, partir de cette photo de Sylvain Lagarde
http://www.ecritureludique.net/article-23337618.html )

un petit tour web entre rangements, apirateur et terre - et sur http://pagesperso-orange.fr/tb/etonnements.htm de Thierry Beinstingel, un hommage à la météo marine de France Inter, avec des liens vers d'autres amants de la chose. Je réclame une place dans cette communauté, et il n'est pas besoin d'être dans une voiture prise dans un retour pluvieux pour partir en voyage avec elle. Cela fait des années que j'attrape des embruns en écoutant la voix précise et claire, mais surtout les noms des zones et les désignations des vents. (et la petite méditation qu'ils provoquent là, intéressante, ne démonte pas trop le charme, si ce n'est que ce qu'il juge abstrait m'est presque sensuel bien que non présent)
image alléatoire en ponctuation
dans la newsletter de la MC 93 que je reçois pour le plaisir de la nostalgie (et pour les avoir un tout tout petit peu soutenu d'une signature parmi d'autres)
Dans le splendide Méphisto présenté au Théâtre de la Ville par Guy Cassiers, le spectacle se termine sur ce « je » angoissant, seule parole que le personnage inspiré de Gustaf Gründgens est capable d'articuler. Ce texte de Klaus Mann résonne de manière très particulière pour tous ceux qui font du théâtre. Parce qu'il exprime la relation terriblement ambiguë que les gens de théâtre entretiennent avec le pouvoir et l'histoire. Et d'ailleurs le dernier mot du spectacle ne devrait pas être « je » mais « nous ». C'est peut-être parce que le théâtre est l'art par excellence soumis au fait du prince - qu'on se souvienne aussi du Molière de Boulgakov - qu'il a façonné au cours des siècles cette relation tourmentée entre l'artiste et le pouvoir. Mais pour la plupart d'entre nous, il existe une sorte d'incompatibilité entre le pouvoir et le théâtre. Et c'est bien ainsi."

vendredi, octobre 31, 2008

marchant dans la rue, même si, ici, jeudi matin, les passants étaient peu nombreux, me souvenant de trottoirs où l'on navigue souplement pour garder son pas, ou des communautés éphémères des wagons de métro (plus réelles que ne l'imaginent ceux qui ne l'utilisent que rarement) je pensais à tout ce qui pouvait s'y cacher d'angoisse, de plus en plus grande, toutes ces survies difficiles, ces acceptations monnayées, cet héroïsme cent fois renouvelé.
en écoutant des débats, je lisais, jusqu'au moment où mon esprit vieillissant ne pouvant plus supporter ces déconnexions, reconnexions incessantes, j'en suis restée à la lecture seule, "la voix de la mer" de Jacques Ancet http://www.publie.net/tnc/spip.php?article16 , lecture entreprise au fil des mois, texte par texte, avec cette attention agréable qu'ils demandent, et puis délaissée pour d'autres. Mais là, plongée délicieusement appliquée dans "un homme assis et qui regarde" et "la voix de la mer" et comme chaque fois, celui en cours me semble primer, être plus évident. Comme "la voix de la mer" : et mes petites notes de béotienne : La philosophie et la poésie, leur parenté, deux portes pour connaître, leurs différences, une autre appréhension du monde... L'écriture refermée sur elle, autre, au risque de l'obscurité et d'un formalisme.. Le réel plutôt que la réalité... le retour à Deleuze, Spinoza, Bergson et puis la philosophie chinoise, et enfin une écriture poétique
.
« .... sortir de la réalité ce n’est pas passer sur un autre plan, accéder à une « autre réalité ». C’est entrer dans le territoire du subtil....
Frôlements,échos, effluves, buées, le monde flotte, vacille, la réalité se déchire et, l’espace de quelques mots, de quelques lignes - d’une page peut-être - nous saisit cette émotion de ne plus tout comprendre, tout reconnaître, qui est le signe du réel....
Il se souvient. Le cendrier, la table basse, la fenêtre et sa lumière pâle. Il voit, mais sans voir. Il entend; mais sans entendre... Il est là, il écrit des mots.... et c’est comme si c’était pour la première fois... »
puissent mes inqualifiables coupes de paresseuse m’être pardonnées.

Et puis, en fin de journée, le plaisir simple de "le lieu et la lecture"
..."Je lis, et le décor quotidien s'évapore. Celui de la vie active. Car une frange d'attention ne cesse, imperceptible navette, de tisser un réseau de fils ténus entre l'acte en cours et le lieu où il s'accomplit. Mais une attention distraite, pareille à cette pratique de la vision périphérique qui, libérant la personne de la vision centrale, utilitaire, modifie le régime de la perception. Lisant, je ne suis plus là et j'y suis plus que jamais. Mais non plus comme "moi" encombrant, gonflé de son importance et de ses affects, mais comme transparence active. En quoi le vrai lecteur serait, comme Wallace Stevens le dit du poète, "la transparence du lieu où il se trouve

jeudi, octobre 30, 2008

aux petites heures de mercredi, ébauche de tour sur des blogs, vu la contribution d'Olivier http://carpediem.typepad.fr/carpe_diem/2008/10/jai-russi-trouv.html aux impromptus littéraires, http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/ et dans le sommeil qui me regagnait, dans la petite lucidité un peu dévoyée de cet entre-deux, mâché le sujet de la semaine "la rondeur des jours" qui ,s'inspirant de phrases de Jean Giono que j'ai reprises (en les lisant à moitié), proposait de s'emparer de cette idée de rondeur des jours, et avant de me rendormir du sommeil du juste, pondu et envoyé un petit schéma au fil de mes idées embrumées
"Les jours commencent et finissent dans une heure trouble de la nuit
.Ils n'ont pas la forme longue, cette forme des choses qui vont vers des buts : la flèche, la route, la course de l'homme.
Ils ont la forme ronde, cette forme des choses éternelles et statiques : le soleil, le monde, Dieu"
disait Jean Giono, mais ce ne sont que certains jours,
bien pleins de sensations, de sens, d'odeurs, de saveurs, de pensées et de gestes.
Et pour que tout cette plénitude tienne ensemble, il y faut au centre une douleur ou une joie, comme un pomme qui n'est pas ronde ou une orange qui peut l'être ont grossi autour de leur centre, d'une petite constellation de pépins, bien unis comme une petite pesanteur qui crée, comme les villes que j'aime, les vraies, vivent de leur centre, et dans chacun de leur quartier règne la présence de ce coeur un peu plus loin, et chaque instant, chaque rayon de soleil, chaque ondée, chaque rumination, chaque musique prend la couleur de ce centre qui fera de cette petite durée un jour dans ma vie.
Mais il est des jours qui se suivent, tendus par l'existence d"un but, comme une branche de bougainvillier chargée de feuilles qui s'étend, s'élance, comme un chapelet de petits centres autour d"une nervure, d'un chemin, d'une autoroute, de battisses indociles et indéterminées, d'une vie absente avec des petits îlots qui se replient sur leur différence et que je longe avec un vague désir vite abandonné de m'y accrocher, emportée vers la fin, ce but que je me suis fixé ou qui m'a été donné.
Mais il est de longs espaces de temps blanc, vide, où je me perds, un peu tremblante, un peu perdue, comme dans une city, une ville neuve où le végétal semble artificiel, aux grands espaces, où je titube, mes épaules, mes jambes cherchant l'idée d'un appui dans le vertige de larges avenues,de grandes places au beau dessin glacé, des bâtiments indéterminés même si des architectes se sont appliqués à les différencier, à créer un rythme, qui restent comme de belles stèles, des monuments où je ne peux me voir vivre, des slogans, des signes du travail ou de l'habitation des hommes.
et cela a eu au moins un effet merveilleusement soporifique sur moi, qui me suis réveillée très en retard; me suis précipitée à la poste pour prendre livraison des voiles de protection commandés, constaté que j'aurais du regarder leur dimension, mis de coté une réserve pour près de dix ans, et me suis bagarrée avec des ciseaux impuissants, un dos récalcitrants et des mains maladroites pour en tirer de quoi fantomiser ma cour, en une protection illusoire.
Puis essayé de travailler un peu mes petites notions d’italien en écoutant les débats à l’assemblée, meilleur façon de ne rien comprendre à rien.
A part ça en ouvrant l'onglet média de mon univers à 13 heures, sur lequel chaque module ne comporte que deux articles
.libération (le monde) :: Somalie :cinq attentats frappent de bâtiments officiels - séisme mortel au Pakistan
Monde (international) : une offensive rebelle enflamme l'est du Congo-Kingasha - le raid américain est "un message politique adressé à la Syrie"
Monde diplomatique : vote Obama :les électeurs blancs pourraient faire mentir les sondages...
C'est pas beau le monde ? et ce n'est forcément que l'écume.

mercredi, octobre 29, 2008

je crois que c'est mardi matin que le tribunal décidait d'un éventuel délai pour l'OLRAP. Je l'ai retrouvé le soir, dirigé par Luciano Acocella, avec les choeurs de l'opéra, dans le "voyage à Reims", la production du Centre Français de production lyrique qui fait le tour des opéras de province avec les moyens locaux, en dehors des solistes, Rossini sans prétention mais savoureux. Un décor simple, costumes de cette époque (avant-guerre) que je trouve spécialement élégante.
Les vents de l'orchestre s'en donnaient à coeur joie et la flûtiste a été invitée à saluer avec les chanteurs sur le plateau (l'OLRAP est sauvé au moins pour la saison).
une mise en scène avec quelques jolis clins d'oeil et une simplicité géométrique qui allait bien à l'encore relative gaucherie de quelques uns des encore jeunes solistes, avec de jolis déplacements et carrément des alignements sur le devant de la scène pour les ensembles, avec aussi dans la première partie une réjouissante façon de se débarrasser du choeur en le couchant sur la scène, un peu comme un château de cartes.
Une musique pétillante, des airs à effet avec roucoulades presque parodiques et de très beaux jeux entre les tessitures dans les ensembles, un grand nombre de rôles et de belles exécutions : un ténor très applaudi que j'ai détesté, une belle voix de mezzo puissante (sortant d'un corps ample), pour la comtesse française au chant absurdement orné une interprétation enlevée d'Elena Gorshunova, Hye Myung Kang dans le rôle vedette de Corrina, une jolie voix, du charme et de la grâce, quelques faiblesses, une prononciation approximative etc... et les deux chanteurs que j'ai préférés, Gerardo Carciacano dans le rôle secondaire de Don Profondo, et Oxana Shilova, un joli soprano et beaucoup d'esprit.
La seconde partie est moins réussie, avec tout de même la drôlerie de l'amour entre la polonaise et le russe et des hymnes au sourire et à la bonté de Charles X.
Une bonne soirée et un retour contre le vent et une pluie glaciale.

mardi, octobre 28, 2008

comme le froid, à pas lents mais inexorables, nous investit, et quand il s'arrête ou recule c'est pour mieux revenir, j'ai rentré les moutons, parce qu'ils tiennent moins de place que les plantes en pots.
Et je leur ai recommandé de faire attention, de ne rien casser, de ne pas salir, comme le ferait le travail de la terre.
Ils ont regardé autour d'eux, se sont figés et ils retiennent avec tant de constance toute manifestation de leur vie qu'ils rapetissent

et moi, me suis recroquevillée sur une petite douleur (qui me marquait et me raidissait, en vrille) et un ego souffreteux. Tenté de soigner le premier en m'asseyant dessus et en m'acharnant à essayer de saisir et comprendre une facette du monde, et la première par un peu de somnolence - mauvais remède - un peu de ménage - plus efficace - un peu de temps sur ma badame au confortable fessier, maladroitement, main trop autonome - et l'ai abandonnée, avec regret puisque la pluie annoncée finira bien par venir, et que la pauvre femme attendra, dans un coin, le retour du sec.
et j'ai retrouvé les superbes images d'Alphaville.

lundi, octobre 27, 2008

Martin boudait. aurait dit Papa
Il regardait ses pieds, la terre, les petites herbes et il ne boudait pas, mais il ne comprenait pas, et il en reniflait un peu de rage, un peu de - il ne savait pas quoi, peut-être ce qu'oncle Jean appelait désarroi.
Il était furieux contre les adultes, et surtout contre le père Jacques, le jardinier, qui l'avait regardé hilare (encore un mot qu'il aimait bien, mais pas à ce moment), se redressant, s'appuyant sur le manche de sa pelle et hoquetant entre deux éclats de rire : "t'es pas un peu grand pour ça ?" -
et repartant de plus belle quand Martin lui avait répondu, s'appliquant à ne pas montrer sa colère, parce qu'il voulait vraiment comprendre, :"oui, mais même quand j'étais petit, comment est ce que j'ai fait pour tenir ?"
Mais le père Jacques lui avait dit de poser la question à "ton père".
Seulement Papa, il avait encore plus peur de son rire... et puis tout de même c'était son métier au père Jacques de faire pousser les choux et il devait bien savoir, lui, comment les garçons en sortaient, comment ils retrouvaient leurs parents, pourquoi ils avaient ceux-là...
Martin s'est arrêté, cela devenait trop compliqué, et puis il n'était pas sûr d'avoir envie de savoir. D'ailleurs il avait oublié depuis longtemps cette phrase de Mamie, il y a longtemps, quand il était petit : "les garçons naissent dans les choux", il avait décidé que c'était idiot, qu'il verrait plus tard, qu'il s'en moquait.
Seulement hier, pendant qu'il admirait sa petite cousine, avec application, parce que c'était tout de même un petit tas rose et braillant - mais elle prenait sur elle toute l'attention des grands, et puis les petits pieds roses qui s'agittaient sous son nez étaient si jolis qu'il avait pu, un peu pour faire plaisir et pouvoir s'en aller courir, un peu parce que vraiment c'était tentant, les embrasser. Et cela avait eu beaucoup de succès. Alors pour faire le malin il avait demandé si elle était née dans un chou elle aussi et Mamie avait rigolé : "mais non, bétat, les filles c'est dans les roses".
Et le père Jacques, avant de se moquer et de refuser de lui expliquer comment il était né, en vrai, lui avait dit que les gens trouvaient que les roses étaient plus belles que les choux, que c'était pour ça qu'il les plantait autour du gazon, devant les marches, alors que les choux, eux, ils étaient sur le côté, derrière les troènes et les buissons de laurier.
Alors Martin reniflait parce que les adultes lui racontaient des sottises, et ne voulaient pas l'avouer, et puis parce que la vie était injuste, encore une fois, pour les choux et les garçons.

des bouts d'images trouvées dans ma réserve, dimanche soir, après avoir joué, peut-être sans trop de soin, en cédant à toutes les facilités qui passaient à ma portée, avec le thème 62 d'écriture ludique - expressions " (isa-zabilou) http://www.ecritureludique.net/article-23783404.html
extrait du sujet :"Imaginez maintenant que ce soit un ou plusieurs enfants qui comprenent à leur façon une ou plusieurs expressions, et tous les ingrédients sont réunis pour que vous écriviez une nouvelle, un dialogue ou une scène de théatre... "
et je reprends ce que je voulais mettre en ligne avant d'aller vaguement continuer l'ébauche de bonne femme, et de vaquer aux tâches ménagères, avec des photos qui n'ont aucune raison d'être là; et au risque que l'ensemble soit bien estoufadou et fasse fuir.

le matin, pendant que mon café passait, ou que je le croyais, une façon de retarder l'entrée réelle, après trois tentatives, dans la journée, entrepris la lecture des 61 pages de la "révolution dans la poche" de Véronique Pittolo http://www.publie.net/tnc/spip.php?article144 (le nouveau panier de publie-net a un petit air "malle en osier" qui pousse à la boulimie) - 61 pages très aérées,
de

J'espère que ça va marcher
(je pense que ça va marcher)
Tu vas vendre
(je vais vendre)
Aujourd'hui, dès qu'il y a mort, dépression, retournements,
ça marche.
Ton sujet marche, c'est un sujet porteur."
filant à travers la façon de raconter, écrire, représenter, filmer la révolution, et la penser, un peu, sans lourdeur, dans notre vie, sans trop m'étonner, sauf à la limite d'un bout de conscience, de la durée de la montée du café à travers le filtre, jusqu'à, vers le mileu :
" En 1789 il n'y a pas d'électricité.
Des bougies s'allument sur chaque visage,les dicours tremblent.
Par les homélies, les cheveux relevés en ailes, la blancheur des bas,
tout exprime la mélancolie du politique du XVIIIème siècle.
L'histoire des Révolutions est l'histoire d'un homme capté
qui a vécu dans un monde encore vieux, un homme triste,
en avance sur le progrès.
Deux siècles plus tard, dans le viseur d'une caméra,
le Jacobin deviendra militant ou consommateur..."
arrivée là, goûtant l'impression d'être intelligente sans me donner trop de mal, et en même temps de savourer les poncifs de notre représentation de Danton, Robespierre, et du sentimental et terrible Saint-Just (souvenir d'avoir lu un recueil de ses lettres, étonnantes, que j'ai perdu) , de gouter aussi le démontage desdites images, et nos petites révoltes, et nos éventuels rêves de révolution, dans le métro ou devant la machine à café, ou dans une manifestation et l'écoute de slogans, je suis tout de même allée constater que je n'avais pas allumé sous la cafetière, l'ai fait, et suis retournée avec Lénine, la télévision, la contestation organisée, ou vécue de loin par des récits, et la fuite à Varesnes qui pourrait donner lieu à de charmantes représentations de bourgeoisie aux champs, avec relens de cuisine et inconfort de la voiture, jusqu'à la fin
"L'entrepreneur installe un dispositif électronique pour le décompte des heures supplémentaires, ainsi le salarié est contrôlé mais il gagne plus.
Il fréquente peu les musées, ne lit pas beaucoup de livres,
mais il gagne plus.
Où est le problème ?"
le café avait commencé à bouillir, et je me suis douchée et j'ai lavé mes cheveux un peu avant onze heures, shame of me.
Et comme la présentation sur publie-net renvoie à des textes de Véronique Pittolo ou sur ses livres, suis partie à leur découverte pendant que mes cheveux commençaient à sécher - furieuse envie de lire "héros"