samedi, avril 03, 2010

Parce que je suis une anar éprise de rites, et pour me faire croire que je suis au moins capable de lire (assurance qui s'est effritée au cours de l'après-midi, en essayant de ne pas rater l'heure du départ, changée et cuisine faite, pour un concert) j'ai tenté de me résumer les échanges des vases communicants d'avril.

Avec , et je les ai goûtés, l'attente de l'histoire, peut-être, dans une calme maison (Jean Prd'hom sur Enfantissages http://enfantissages.free.fr/index.php/2010/04/01/hameau-par-jean-prodhom-2/ )

«Il sera assez tôt lorsque le soleil déclinera d’effeuiller les images, décoller morceau par morceau les lambeaux des récits qui tiennent debout nos vies. Quelques mots devraient suffire à la fin, lorsque l’ombre se sera dérobée, lorsqu’on verra s’éloigner les nuages et le vent, et le dedans aller dehors.»

et la belle évocation de l'attente de Louise (et du je qui regarde) de Juliette Zara sur les marges http://www.lesmarges.net/files/59cfd2754c883e317e340097f7c73712-895.html

«Une ligne se démultipliait et se tordait en volutes au loin devant nous, dans la pulsation colorée du soir. Le ciel fondait tout entier dans les grandes orgues d'un brasier aussi pénétrant que ton regard.»

Il y a le récit de l'amatelotage d'un adolescent en refus sur un chalutier au large de l'Afrique (expérience offerte par ses parents), dans le récit preste de Luc Lamy sur Koukistories http://koukistories.blogspot.com/2010/04/vases-communicants.html

«le vomi des entrailles à l’image du chalut se déversant sur le pont toutes les quatre heures

profitant du zénith du tangage pour dégueuler à la verticale de la flotte sa bile… «

en échange du poème de l'insomnie d'un homme poisson, homme enfant (Kouki Rossi sur http://www.luclamy.net/blog/?p=4734)

«Il perce la paroi

Ne voulait pas

Le voilà

Le mur râpeux du petit jour»

Il y a le, bien entendu, bel échange entre Arnaud Maïsetti : le retour du travail nocturne, la solitude et les foules, l'épuisement http://www.xn--chatperch-p1a2i.net/

«à l’heure où je rentre, des dizaines de feuilles volantes des journaux dépareillées forment sous les sièges usés du métro une image juste du jour déjà passé, mais dehors il fait encore jour ; c’est vrai, on a changé d’heure : cette phrase me vient, et je la tourne en moi quand je pose les yeux sur ces journaux gratuits, et que je sors à l’air libre place Clichy. »

et Michel Brosseau les belles lignes autour de « leur mort en moi qui mord » http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article291

...»est-ce leur mort en moi qui mord quand maintenant vaciller quelle empreinte des mots lourds mots qui défont ...»

Christophe Sanchez fait ses adieux à une voiture, même s'il ne l'a jamais vraiment aimée pour elle, mais pour les années de vie qu'elle a accompagné (simple et tendre) http://l-oeil-bande.blogspot.com/2010/04/et-voila-elle-est-partie.html

«C’est cette vision fugitive de leurs très jeunes années qui m’a surpris hier quand ma voiture, leur voiture, notre voiture est partie rejoindre sa dernière demeure.. Je n’ai que faire de ce tas de ferrailles mais avec cette rupture, c’est la petite enfance de ma progéniture qui s’en va. Une page qui se tourne. »

et Murielle Laborde Modély raconte l'histoire d'une petite fille réprouvée car délaissée et d'une jeune bibliothécaire un peu perdue et bénévolente http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/2010/04/de-petites-etoiles-vasescommunicants.html

«Les miettes sur sa joue sont de petites étoiles. 


Elles diluent de leur lumière les phrases assassines.

Les grandes convictions, les petites lâchetés se ratatinent dans les pas dansants de la gamine.»

Les images que construit l'insomnie dans la langue poétique de Michèle Dujardin http://soubresauts.net/drupal/content/imaginer-une-image

«sursaut dans la matière morte : un métal menteur n’assure plus notre équilibre, nous jette debout dans la maigreur du drap, nous avons toutes nos têtes et ce froid, ces cartes qui s’ouvrent dans le noir ces points qui clignotent, l’archipel du sommeil et les îles toutes chargées de nerfs et de plans de bataille, nous avons des passes dans nos voix qui longent les fissures, et quand la nuit a parlé, nous avons des mains comme l’innocence, pleines de mots qui cherchent une simple mère, dans leur langue»

et, dans un texte bellissime Olivier Guétry imagine, désire, le pouvoir qu'a encore la main d'être caresse, contact avec «toi» http://abadon.fr/spip.php?article50

«Supplique pour finir incinéré une poignée de sable de toi en main. Brûlée, elle deviendrait bloc de verre, persistance négative du creux de poing pour petite rémanence de toi, diamant à impuretés et motifs de sillons de paume, arêtes à nervures et fines volutes digitales...»

chez David Pontille, le monde virtuel se mêlant au monde «réel» - son influence sur l'espace pulic», une démonstration à partir d'un panneau sur un quai de métro http://www.bodyspacesociety.eu/2010/04/02/objet-communicant-a-la-memoire-de-susan-leigh-star-1954-2010/

«Finalement, en s’approchant du panneau, en scrutant plus en détails les composants qu’il rend visible et les infrastructures qui y sont repliées, l’espace public, même informationnel, n’apparaît plus comme un territoire virtuel ou immatériel qui s’auto-engendrerait. Il se présente, au contraire, chargé de nombreux corps – ceux des innombrables personnes, encore en fonction ou décédées, qui ont mêlé leur histoire avec de nombreuses matières, certaines nouvelles et d’autres beaucoup plus anciennes – qui contribuent activement ensemble à faire exister publiquement cet objet graphique.»

et Antonio A. Cassilli parle de la différence, à Sao Paulo entre pixaçao, graf sauvage, et les graffiti « qui sont art » et de son goût pour les premiers, très grands, à l'assaut des gratte-ciels http://www.scriptopolis.fr/?p=1726

«Les monstres, les créatures colossales, doubles de chaque mégaville. Pour Tokyo, un Godzilla. Pour New York, King Kong. A São Paulo, ses pixadores. Monstruosité qui ravage une monstruosité et qui, dans la haine unificatrice des citadins, donne un sens à leur coexistence.»

chez Sarah Cillaire, l'écriture, la maternité, les liens en phrases simples http://aout-en-attendant.blogspot.com/2010/04/sarah-cillaire.html

«Ma mère aime les euphémismes. Son amour nous a encombrées. Les amarres de chair ont été des serpents qui étranglent ; en les coupant, je me cisaille le ventre. Le cours normal des choses : cette expression a une vertu immédiate, elle me lave.»

et chez Anne Collongues une galerie de portraits de gens de partout http://sarah-cillaire.blogspot.com/2010/04/merci-anne-collongues-de-me-donner.html

«Muotokuva

Elle a découvert ici sa peur du vide, en Finlande tout est plat. Elle n’avait jamais été confrontée à la hauteur vertigineuse, elle se cramponne aux falaises.»

Kathie Durand : un beau texte à deux voix, intérieure et descriptive sur une visite au cimetière http://tentatives.eklablog.fr/ce-qu-ils-disent-c138976

«Il y avait eu ce jour là un profond sommeil apaisé, des mots poignants dans un éclair brumeux, puis le noir la grêle l'acier du soleil sur la route à continuer»

et Christine Jeanney, en petites notes, donne le calme d'un jardin familial http://www.minetteaferraille.net/index.php?post/2010/La-table

«un oiseau de passage posé au bord juste au dessus de l'endroit où reste une goutte d'eau»

Juliette Mezenc, chez Guillaume Vissac http://www.omega-blue.net/index.php/post/2010/04/01/Journal-du-brise-lames-par-Juliette-Mezenc poursuit le journal du brise lames et la neige tombe sur le port

«Des flocons tels qu’on croirait que les goélands ça y est perdent leurs plumes par centaines de milliers. Ils voltigent, se stabilisent, remontent même un peu, parfois, font mine, avant de lentement se poser. Tout s’enfonce dans ce feutre blanc froid douillet, avec beaucoup de silence à l’intérieur, qui étouffe jusqu’au bruit de la mer.»

et Guillaume Vissac nous fait entendre la description du quartier et de ses règles par ceux qui y établissent demeure sans toit, avant de rentrer chez leurs vieux http://juliette.mezenc.over-blog.com/article-fiction-territoriale-de-gui-47855652.html

«Si ça devait s'appeler ça s'appellerait pas « chez nous ». Quand on dort on dort par terre, y a pas de murs pour nous retenir. Sur le plan la zone elle est blanche, on l'habite en nomades qu'on serait peut-être si on était nous-mêmes. On dessine pas de cloisons fictives sur la terre sous les arbres. On construit pas de cabanes, s'abrite pas sous les branches. Quand il pleut on se disperse, à -5° on hiberne. Le reste du temps on traverse.»

J'aime beaucoup l'impossibilité du Kansas, où on aimerait aller et d'où l'on rêve de partir dans l'exposé d'Anthony Poiraudeau, les évocations filmées, la criminalité rurale, l'enfance, en bel ordre contrairement au désordre de ces notes (http://mariannejaegle.over-blog.fr/article-we-re-not-in-kansas-anymore-le-kansas-comme-concept-47865577.html)

contredisant ainsi cette assertion :

«D'aucuns diraient qu'une synthèse entre ces différents éléments (la plaine quasiment abstraite, le foyer regretté, le pays rural ennuyeux, le lieu sinistre et monotone, la situation normale, le pays de l'enfance et tout à la fois l'archétype de paysage dans lequel une famille peut-être assassinée) serait quelque peu ardue, de telle sorte qu'on peine ici à trouver l'unité minimale que requiert un concept. Je ne saurai les contredire.»

et Marianne Jaeglé disserte sur la difficulté et la nécessité d'écrire certaines choses, en s'inspirant d'Ishiguro (en un livre que, sans grande originalité, j'aime) http://futilesetgraves.blogspot.com/2010/04/vases-communicants-tes-vestiges-du-jour.html

«Tu n’as pas envie d’écrire cela. A vrai dire, c’est même la dernière des choses à laquelle tu voudrais penser. Et pourtant, c’est là. Tu te tortilles, mal à l’aise en face de la feuille de papier, ton stylo relevé. Tu hésites devant ce qui vient de se présenter à toi.

S’agit-il du jour où tu as compris que ton désir allait vers des personnes du même sexe plutôt que vers celles du genre opposé ? De la façon dont ta mère s’amusait à t’humilier en public lors des fêtes de famille ? S’agit-il du jour où ton père s’est révélé être lâche et faible, perdant à tout jamais crédit à tes yeux ? Peu importe la nature de ce qui, à ton grand effroi, arrive aujourd’hui sous ta plume. Quand tu en prends conscience, tu t’arrêtes illico»

Revenant à des échanges en bel accord thématique :

Laurent Margantin, comme souvent sur « oeuvres ouvertes », où il est mon éveilleur, introducteur, m'a permis de nourrir un peu le nom de Trackl http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2099 et d'aimer ça.

«Un mort te rend visite. Du cœur s’écoule le sang qu’il a lui-même répandu et dans le sourcil noir niche un instant indicible ; sombre rencontre. Toi – une lune pourpre, alors que lui apparaît dans l’ombre verte de l’olivier. Vient après lui une nuit éternelle.»

et François Bon http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article318 à travers des souvenirs de lieux, de lectures, par les correspondances avec la musique et la peinture, dit l'importance de la littérature allemande, ou de langue allemande, pour lui et pour la culture française (la petite latine que je suis se recroqueville un peu et se préparer à téter) et sa proximité grande avec l'Italie (là je me sens un peu dépossédée)

«L’isolement de l’homme dans la réalité américaine, de Faulkner à Carver (et son symétrique de repli chez Poe ?) détermine lta façon heurtée du récit sur la lumière neuve et abstraite des villes. Pour l’allemand c’est un sentiment plus flou : une marqueterie qui sans doute avait sa justification politique – on passe d’une cour à l’autre, on vit dans cette ville ou cette autre, mais échapper à l’orbite de l’une pour s’insérer dans l’orbite de l’autre est un effort déchirant. Pourtant, on marche à ciel ouvert, ce sont des narrations de route, mais alors parmi pentes et rocs (Lenz), et plus de point d’aboutissement.»

Avec Mathilde Rossetti, faire advenir avec des mots, des petites touches, l'inspiration http://aloredelam.com/2010/04/02/inspiration-vase-communiquants-avec-mathilde-rossetti

«La surprendre c’était peu être l’identifier par touches brèves, mots de soies, uniques ou successives, exactes ou tremblantes, neutres ou colorées brasiers de nuits brûlures des jours»

et Lambert Savigneux dit bellement la venue des mots, l'inspiration http://mathro7isoupirail.blogspot.com/2010/04/vase-communicant-avec-lambert-savigneux.html

«se résume à s’approcher des limites de ce qui est dit et un grand apaisement survient car ce qui est dit résonne , c’est dans ce re-son et la fréquentation de l’inaudible, l’invisible, l’inarticulé que se résorbe peut être le fatras ou la tentative d’exprimer, cette construction utopique pour donner forme face à l’usure du temps de la surface , dans la violence et l’effacement...»

échange entre deux poètes

France Brughelle-Rey http://ericdubois.over-blog.fr/article-poeme-de-france-burghelle-rey-dans-le-cadre-des-vases-communicants-45797389.html

«Elle ramassait des miettes de joie comme on se lève à l'Opéra pour applaudir

Ses poèmes sont des bravos j'en suis le spectateur-miroir

qui convoque ses délires qui cherche à réfléchir

On ne solde pas ses sentiments même si la crue déborde»

et Eric Dubois http://france.burghellerey.over-blog.com/article-vases-communicants-poeme-d-eric-dubois-47852441.html

«Les pas

qui nous rendent anonymes


Des rues désertes

et des villas oubliées»

Avec Jeanne http://promenadedunefleur.blogspot.com/2010/04/aller-retour-par-chez-jeanne.html un retour à Paris, les lieux, les chemins, une poésie simple qui me touche

«ouvrir à nouveau les yeux


sentir – ressentir Paris..


ouvrir à nouveau les yeux,


regarder, retrouver,


face à soi,


tout autant que le fourmillement de la ville,


face à soi..


ces rues tant arpentées..»

et Fleur de bitume http://chezjeanne.free.fr/index.php?post/2010/03/31/Au-passage : la ligne qu'une main trace, frontière et ouverture sur autre regard

« Entre deux espaces


Comme une frontière


Dressée


Comme une carte de visite


Lue à discrétion


Par des yeux


Curieu

Jean-Yves Fick, poète dont j'aime suivre le blog, un très vieil homme trouvé après des jours et des jours qui ont défilé sur la plaine immense, sans grande attente, et en grande fatigue http://rvjeanney.wordpress.com/2010/04/02/vases-communicants-jean-yves-fick-de-gammalphabets/

«La plaine semblait immense


autant que les peines


on lisait entre les lignes


on lisait entre les rides


plus profondes aux visages


plus nettes aux paysages


d’autant plus qu’enfermé de brume»

et Hervé Jeanney, http://jeanyvesfick.wordpress.com/2010/04/02/vases-communicants-avec-herve-jeanney/ en rares mots et en images dit un chemin sans surprise, mais qu'il faut se frayer vers quelque chose.

Nathanaël Gobenceaux chemine, divague, à partir d'une illustration d'Alain Gobenceaux http://petiteracine.over-blog.com/article-le-parcours-jaune-une-geographie-parallele-divagation-47609537.html , géographie parallèle, nourrie de récits

«un rectangle relativement allongé en largeur, il est surtout jaune, mais on y trouve aussi un peu de rouge et de vert ; des crayonnés noirs et une multitude de flèches ouvrant le parcours bien au-delà du cadre de la feuille, vers des marges mystérieuses.»

et Cécile Portier, dans un billet que j'ai beaucoup aimé http://leslignesdumonde.wordpress.com/2010/04/02/extinction-des-dernieres-sirenes-vase-communicant-avec-cecile-portier/ , chemine dans le souvenir d'une usine maintenant morte (avec des dessins tracés d'un crayon souple et ferme) et de son quartier

«En aval, l’usine s’étendait en un long chemin digestif vers le bourg de la ville, déversant à même le fleuve ses eaux usées, et selon le programme d’émaillage, l’eau du Cher se teintait de bleu, d’orange, de rose éteint. Cette empreinte floue sur le paysage, c’était les humeurs de l’usine. Quand on revenait du bourg, en traversant le pont, on regardait de quelle couleur «c’était», comme un présage.»

Dominique Hasselmann écrit à celui qui a donné son nom à une petite rue , celle de son école maternelle, poète, auteur de «la découverte de l'imprimerie», anti-dreyfusard, mais amateur de Berlioz, et plein d'autres choses et j'aime ça

http://paradisbancale.over-blog.com/article-vases-communicants-47829362.html

«littérateur»

«Et dans ce terme, il y a un je-ne-sais-quoi d’amateur, d’amant de la terre, comme si vous étiez un précurseur de la revue surréaliste Littérature… oui, je m’égare, cher Legouvé, vous qui n’êtes peut-être au fond qu’un personnage purement fictif – personne ne vous a vraiment lu, avouez ! – une silhouette en manteau noir qui passe silencieusement devant les escaliers arrondis des bains douches juste à côté...»

et Brigitte Giraud http://dominiquehasselmann.blog.lemonde.fr/2010/04/02/notre-faiblesse-meme-a-paris/ dit les rues de Paris, et la marche dans cette géographie esthétique, et le besoin de l'autre, en phrases courtes

«Puis, quoi, marcher…

Marcher dans Paris devient un acte esthétique. Un pas après un autre pas… Un autre encore…

La «distance» physique et émotive d’un lieu à un autre lieu me tremblent de sensations que je n’ai pas ailleurs.»

«Ruelles» chez «pendant le week-end» http://www.pendantleweekend.net/2010/04/36-facons-de-marcher/

soigneuse, goûteuse, dissection de la marche (dans tous les sens du mot)

«La rue est un lieu ouvert, de défilé, de spectacle. On ne marche d’ailleurs pas de la même façon quand on est seul, à deux ou à plusieurs, ni quand on progresse dans la foule ou isolément sur le trottoir, et ce n’est pas seulement une histoire de vitesse. La façon de marcher, bien sûr, dépend beaucoup du rythme : il existe toute une panoplie entre marcher vite, qui n’est pas courir, et marcher lentement, étant entendu que marcher vite ne veut pas forcément dire qu’on a un rendez-vous urgent ou qu’on est en retard, mais peut-être simplement que c’est notre rythme à nous de marche, comme d’autres ont une cadence plus lente ou plus molle, ou des foulées plus longues»

et Pierre Cohen-Hadria http://ruelles.wordpress.com/2010/04/02/au-loin-la/ raconte une fugitive rencontre dans la rue

«J’étais là à attendre pour acheter un paquet de cigarettes, et je l’ai vu passer, de loin, je l’ai suivi, c’est tout. Sur l’avenue, nous sommes passés devant la brasserie, il y avait des gens attablés qui riaient, qui fumaient. Tous ces bruits me parvenaient comme étouffés, un joueur de guitare, un vendeur de roses, le serveur ses verres sur son plateau, des gens, des centaines de personnes que je croisais, que je ne voyais presque pas»

Toujours en marchant, le beau texte champêtre qu'avait bien voulu me confier Florence Noël

«Vient la traversée des bourgs avec, battant mes hanches, 


le manteau où s’engouffrent ailes des corbeaux dépenaillés de gel


- ces veilleurs de glèbes -

deux pans à parts égales 


l’une de vent


l’autre de cris caillouteux crachés dessous mes pas»

et puis, chez elle, ma déambulation dans les petites rues d'Avignon, dont je n'étais guère satisfaite, pour laquelle je finis par me prendre d'une petite tendresse, pour son insignifiance gentille http://pantarei.hautetfort.com/archive/2010/04/01/4f19c63bbe9ecaecbc2c2571e32057a1.html#more

«Cheminer dans ma ville, corps las soutenu – sentir les murs si proches, amicaux, et l'air enserré , son existence où je me coule – être un bloc qui avance, muscles, air, sensations - marcher dans la douceur de l'ombre, les yeux tirés vers ce brouillard clair, le soleil, plus loin comme un but – sentir que me vient petite allégresse, le souvenir d'une chanson, les premiers vers de Villon, mon refrain de vie.»

Mais je pense qu'il serait raisonnable d'en rester là.

Pour m'interrompre dans cette recension, suis allée à l'opéra écouter Ligeti, Haydn et Beethoven et c'était bien, ça m'a rassérénée (surtout le concerto avec violoncelle de Ligeti)