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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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dimanche, mars 29, 2026

Vent et petit fils

 


J’ai eu l’impression que le vent avait molli puis j’ai pensé que non avant de trouver un grand sac plastique qui avait volé jusqu’à la bâche de la cour et finalement, vers dix heures et demi je suis sortie, harnachée pour narguer le mistral




Mes premiers pas dans la rue m’ont fait penser qu’il n’avait pas suffisamment perdu de sa violence, et, parvenue au bout de la rue Folco di Borgo, j’ai tourné le dos au chemin normal vers Saint Agricol et, tournant autour de l’Hôtel d’Europe, ai regagné l’antre, prenant dans la niche à courrier le Monde diplomatique et l’exemplaire papier du « Marginalia Woolf » de Christine Jeanney (gentiment offert et revenu vers moi après une première tentative infructueuse) que j’avais repéré en sortant (ils avaient sans doute été distribués vendredi après midi après mon retour). 

Ce court trajet m’a pris une heure, et il était temps, après un petit tour sur internet de cuisiner, déjeuner lentement, sieste profondément, vivre tranquillement en faisant des voeux pour la suite



jusqu’à dix sept heures vingt et mon départ, résolument optimiste vers la place Saint Jean le Vieux, sauf que, comme je m’appliquais un peu trop à éviter d’être en avance j’ai réalisé qu’en fait j’étais en retard et qu’en conséquence je me suis précipitée pour partir, téléphone en poche mais appareil photo oublié… j’avais quatre minutes d’avance et petit fils m’attendait, avons eu droit à un piapia à l’intérieur, à un café offert , à une dame qui portait une broche en forme de grenouille dont on pouvait faire jaillir une langue, à des petites plaisanteries pour désamorcer l’inquiétude de petit-fils devant le monde tel qu’il est (dehors vent un peu plus faible mais encore de belle force malgré le  ciel très couvert) et, sur le chemin du retour, pour marquer cette sortie, ai acheté chez Fragonard un sac qui faisait partie de  la braderie et dont je me demande un peu ce qu’en ferai … mais l’est joli n’est-ce-pas ?



Puisqu’il est à coté de moi, je prends « Marginalia Woolf » de Chistine Jeanney à la page 13 et je recopie le bloc situé au centre en haut de la dite pas (je renonce à tenter de reproduire la mise en page)

« elle dit Henri James me dévisagea de son regard vide, semblable à une bille d’enfant, et dit : « Ma chère Virginia, on me dit… on me dit… que vous… étant la fille de votre père, et même la petite-fille de votre grand-père… la descendante d’un siècle, si je peux dire… d’un siècle… de plumes et d’encre… d’encre… d’encrier, oui, oui, oui, on me dit… euh… que vous, que vous écrivez, en un mot. Cela se passait dans la rue, tandis que nous attendions tous, comme des fermiers attendent que la poule ponde on oeuf (mais le font-ils ?), nerveux, polis, dansant d’un pied sur l’autre. J’avais l’impression d’être un condamné qui voit le couperet tomber, s’arrêter, puis se remettre à tomber. Jamais femme n’eut plus horreur d’ « écrire » que moi. Mais quand je serai vieille et célèbre, je parlerai comme Henry James. 

lundi, juin 07, 2021

Dimanche


ciel calligraphe

pour égayer mes jambes

crispées par bobos



Dans la cour, au moment où un passage nuageux filtrait les rayons qui voulaient bien me toucher, ai repris, en introduction aux six courtes nouvelles de Virginia Woolf regroupées sous le titre de « Rêves de femmes » (traduction et édition de Michèle Rivoire) chez Folio, les quelques pages de son bref essai « les femmes et le roman » paru dans la revue Forum en mars 1929

« … Elles commencent à respecter leur propre sens des valeurs. Et c'est la raison pour laquelle leurs romans commencent à se donner des sujets quelque peu différents...

… non seulement les femmes se prêtent moins aisément à l'analyse que les hommes, mais ce qui fait leur vie échappe aux méthodes habituelles par lesquelles nous examinons et soldons l'existence. Souvent rien de tangible ne subsiste de la journée d'une femme.... »

Mais maintenant qu'elles travaillent et se permettent d'avoir des opinions « ses liens ne sont désormais plus seulement émotionnels , ils sont intellectuels, ils sont politiques...

On peut s'attendre à ce que le rôle de mouche du coche agaçant l'autorité qui, jusqu'à présent, a été une prérogative masculine, soit désormais assumé par les femmes... »



et, me suis interdit de mettre dans la bienheureuse catégorie des mouches du coche (même simplement en intention) des noms contemporains (même moi j'en aurais finalement trouvé facilement) parce que, alors que le ciel retrouvait sa sérénité, je suis rentré, ai vidé un tiroir contenant des paperasses et me suis contrainte à la petite demi-heure de sérieux consistant à faire ma déclaration d'impôts (avec Macron j'ai tendance à essayer de déduire tous ou presque tous les dons que je peux, et suis dans le courant de l'année relativement désinvolte à cet égard)

samedi, novembre 10, 2018

Même si ce n'était pas la bonne traduction

Dans l'humidité
de rares sourires bleus
ou feuilles rouges
petite virée matinale pour produit vaisselle, coulis de tomates bio et petits cigares longs, toutes choses essentielles
et en début de soirée, après un petit tour sur http://christinejeanney.net/spip.php?rubrique29 (retrouver quelques passages - pas tous mais un peu au hasard avec certaines préférences... juste pour se mettre en attente - des Vagues de Virginia Woolf dans leur traduction – en cours – par Christine Jeanney), partir, saluée par une pluie fine, vers le théâtre des Halles, dans l'attente de voir comment un spectacle a pu être tiré de ces monologues/soliloques
photo trouvée sur le site du théâtre
un spectacle du Conservatoire d'Avignon, avec le soutien de la Salle Roquille et du Théâtre des Halles, dans une adaptation (et direction) du roman de Virginia Woolf par Sylvie Boutley
parti pris : considérer que l'on suit les six personnages de la sortie de l'enfance jusqu'à la vieillesse, en cinq étapes : avant l'âge ingrat, dans l'âge ingrat en gros, l'adolescence, la jeunesse, la vieillesse et faire jouer chacune de ces étapes par six acteurs-élèves d'âge correspondant (curieusement la meilleure Suzanne est peut-être la première, alors que Bernard qui, avec elle, sans doute à cause de l'importance qu'ils ont et du texte, pour cette seule fois est beau mais plus maladroit – l'âge aidant – dans son jeu)
chaque époque est introduite par une jeune femme (Virginia), dont l'âge est plus ou moins en rapport avec celui de acteurs, assise devant une table-bureau à gauche, lisant un passage des «interludes» comme dit Christine Jeanney et les monologues (ou parties de monologues) de chacun dessinent, comme dans le livre, une ébauche de dialogue). Pour la charnière, considérant que Perceval que l'on ne voit ni n'entend est le «fil musical» qui relie les personnages il a été choisi de faire intervenir un des enfants puis trois musiciens de plus en plus âgés jouant du violon pour le premier, du violoncelle pour les deux suivants, de la contrebasse entre la jeunesse et la vieillesse, pendant que les acteurs dansottent (et ça la dansotterie est nettement ce qui est le moins réussi)
Plaisir de retrouver des phrases connues, même si bien sûr ce n'était pas tout à fait les mots qu'une recherche aboutie aurait choisi... plaisir de l'ambiance et de la qualité très honorable du jeu des élèves
et retour dans des rues gardant traces de l'humidité.


mercredi, janvier 23, 2013

En antre clos se souvenir d'une lecture


Ce serait une pièce, tout en haut, dominant la rue qui file vers la place, plus loin, devant, grande ouverte. Ce serait une pièce en amour avec le ciel, ce serait une pièce sans mur, juste cet écran – mais percé pour cadrer la vue sur pierres – baignée dans le ciel qui ce jour là serait en gloire glacée.
Non
Ce fut un jour d'yeux qui plissaient, de tempes enserrées, de fil d'air passant comme toujours à travers les battants qui ne ferment plus complètement, ce fut un jour où carcasse ne voulait rien, renonçait.
Se calfeutrait, tremblante un peu, douloureuse mais pas vraiment, morte, avec une petite lumière dansante, le souvenir du plaisir grand de relire de Virginia Woolf, une quarante d'années après, «une pièce à soi» dans la nouvelle traduction de Jean-Yves Cotté http://www.publie.net/fr/ebook/9782814596641/une-piece-a-soi

Me souvenais de la visite dans le riche collège masculin d'Oxbridge (semi-fiction), du dialogue après l'austère dîner dans la version féminine, tellement plus récent et moins doté, mais je n'avais plus en mémoire le délice de ce ton, de l'esprit et de la fermeté du trait, de cette impression d'être devant Virginia Woolf et de l'entendre, en sentant dans cette conférence ce que l'on imaginerait pouvoir être sa conversation (et ne sais quelle est, en cela, l'importance, certainement existante, de la nouvelle traduction)
Je n’avais aucune envie d’entrer à supposer que j’en eusse le droit, qui sait si le bedeau ne m’aurait arrêtée en me demandant un certificat de baptême ou une lettre de recommandation du doyen. Mais l’extérieur de ces magnifiques bâtiments est souvent aussi beau que l’intérieur. De plus, c’était assez amusant d’observer les membres de la congrégation se rassembler, entrer et ressortir, s’empresser devant la porte de la chapelle telles des abeilles à l’entrée d’une ruche. Beaucoup portaient la robe universitaire ; certains avaient les épaules recouvertes de fourrure ; d’autres étaient en fauteuil roulant ; d’autres encore, bien que n’ayant pas atteint l’âge mûr, paraissaient pliés et recroquevillés en formes si singulières qu’ils évoquaient ces langoustes et crabes géants qui se déplacent péniblement sur le sable d’un aquarium
ai retrouvé la jubilatoire collection des jugements des critiques, tous masculins, sur nos capacités intellectuelles, et les compliments des romanciers ou poètes, compliment portant sur l'utilité et le charme que les femmes apportent dans un ménage, ai retrouvé la condition des femmes (je schématise à outrance)
De fait, si la femme n’existait que dans les œuvres de fiction écrites par des hommes, on l’imaginerait comme un être humain d’une extrême importance ; plurielle ; héroïque et mesquine ; merveilleuse et vile ; infiniment belle et laide à l’extrême ; à l’égal de l’homme, certains disent même supérieure. Mais nous sommes là dans la fiction. En réalité, comme le souligne le professeur Trevelyan, elle était enfermée, battue et jetée dans une chambre.
avais un peu oublié le survol du début de leur littérature et même l'exposé, par petites touches, d'une théorie du roman, mais pas sa façon de montrer la difficulté pour une femme d'écrire, et les différentes raisons qu'elle en donne
nous devons accepter le fait que tous ces grands romans - Villette, Emma, Les Hauts de Hurlevent, Middlemarch – ont été écrits par des femmes sans autre expérience de la vie que celle autorisée à pénétrer la maison d’un honnête clergyman ; écrits en outre dans le salon familial de cette demeure respectable et par des femmes si pauvres qu’elles ne pouvaient se permettre d’acheter plus que quelques mains de papier à la fois pour écrire Les Hauts de Hurlevent ou Jane Eyre.
(ce qui fait la plus grosse partie du texte, sur laquelle, tant pis, je passerai vite, comptant que vous irez la redécouvrir)
mais c'est tellement savoureux de la suivre, de contempler la façon dont son intelligence creuse sans jamais peser.. et de la voir en venir à dire, cela, avec quoi jr ne saurais qu'être d'accord : il est néfaste pour qui écrit de penser à son sexe. Il est néfaste d’être purement et simplement un homme ou une femme ; il faut être féminin-masculin ou masculin-féminin....
et puis je ne crois pas que le talent, quelle que soit sa nature, puisse être pesé comme du sucre ou du beurre, pas même à Cambridge, où ils raffolent de mettre les gens dans des cases, de se coiffer d’une toque et d’accoler des initiales à leur nom.
Accord aussi avec cette idée d'un regard autre qu'amène, ou qu'amenait encore en son temps, les femmes, et de sa nécessité..

P.S. Le dessin, qui n'a qu'un rapport très approximatif avec le texte de Virginia Woolf, mais tant pis, fait partie de la série, assez séduisante, d'Amélie Jooz, exposée actuellement à la Galerie Ducastel, à côté de l'antre.

samedi, avril 01, 2006

dans les mémoires de Virginia Woolf je trouve ceci, qu'elle écrivait à Sienne "Oui je suis en train de lire - mais j'en saute - La Fontaine Sacrée, à coup sûr le moins indiqué de tous les livres dans ce vacarme .. Que vaut la trame de tous ces fils entrecroisés ? Je ne sais, telle est la réponse... Je remarque seulement que le grand écrivain se reconnaît à son pouvoir de briser impitoyablement ses moules. Pas un des pâles imitateurs de James n'a la force, une fois la phrase dévidée de la rompre. Il possède, lui, quelque suc inné, une présence." Posted by Picasa
Je suis toujours étonnée de rencontrer une connivence entre les auteurs que j'aime. Là, j'ai un peu l'impression que Virginia dans sa lecture intime de James me le vole, je ne la vois pas comme critique, ce qu'elle fut pourtant.
Des photos de Sienne, pâlies et mal refotographiées, souvenir de dix jours merveilleux. Quand j'étais lasse de la foule je montais à Santa Maria dei Servi regarder Sienne et lire Dante, tantôt le doux texte italien que je comprenais par brides, tantôt l'assez ingrate traduction "O voi che siete in piccioletta barca .. O vous qui êtes en une petite barque, désireux d'entendre, ayant suivi mon navire qui vogue en chantant, retournez revoir vos rivages, ne gagnez par le large, car peut-être en me perdant vous seriez égarés. L'eau que je prends n'a jamais été parcourue" Oui Monseigneur, je me bornerai à caboter.