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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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vendredi, janvier 31, 2020

Cueillettes du jour

j'attendais bleu et chaleur – avais traduit un peu vite ce qu'indiquait météo – et me reprochait le chapeau enfoncé sur mon crâne, le manteau endossé – le gris sur lequel un platane posait dentelle noir m'a cueillie en sortant, et peu à peu mes mains ont regretté l'abandon des gants
à cette heure, en ce jour neutre, les halles s'ébrouaient à peine, ai cueilli facilement attention et sourires des marchands et de quoi garnir de nourritures simples, bonnes et scrupuleusement hivernales (sauf peut-être poivrons et fenouil) mon chariot
et m'en suis revenue le tirant, guettant le bleu qui venait se glisser au dessus des rues, manteau ouvert et visage heureux.
Et puis m'en suis allée, juste à l'orée de la nuit, vers le théâtre du Chêne noir
pour assister, dans le cadre de Fest'Hiver ce mini-festival pendant lequel chaque théâtre permanent invite une troupe extérieure (comme l'autre soir aux Halles) à un spectacle de la Compagnie La Naïve (siège à Pertuis), une Antigone « d'après Sophocle » (ai un peu regretté de n'avoir pu y amener Youssouf qui a celle d'Anouilh à son programme mais vient de faire un exposé sur la tragédie en partant bien sûr des grecs, même si, comme toujours aujourd'hui ou presque, la modernité se débarrasse du choeur qui chez Sophocle n'a plus la même importance, mais compte encore) dans une adaptation et mise en scène de Jean-Charles Raymond
photo sur le site de la Compagnie
une Antigone tonique, et au tragique ensoleillé d'être mâtinée d'espagnol (selon le Chêne noir avec un sourire d’Almodovar, une brûlure de Garcia Lorca, une colère Naïve)
Jean-Charles Raymond « Antigone est la mère de toutes les révoltées, la sœur de toutes les militantes, l’amie de toutes les femmes qui considèrent que leur prétendue fragilité physique ne leur interdit pas de se battre. (…) Le cinéma d’Almodovar entrera ici en scène. La couleur, l’exubérance, sa faculté à trouver du rire dans le tragique, sont des bouts d’Almodovar que je lui ai arrachés, pour les coller à ce spectacle. »
pour une idée de ce qu'ils donnent
pour une idée de ce que j'en ai cueilli – un Tirésias qui est choeur et coryphée, drag queen faussement espagnole, mais qui intervient pour commenter ou guider l'action avec une douce voix débarrassée de la caricature d'accent et qui, après une introduction à grand effet un peu longuette, donne le début de l'histoire comme le faisait le choeur, un vers de Lorca, des chansons, et finalement j'a admis le choix (l'espagnolade m'avait un rien agacée au bout de cinq minutes) mais pensé que Almodovar – qui a été choisi finalement comme référence parce qu'il n'y a pas que dans les années 30 que la révolte peut s'imposer à certains – est sans doute plus évoqué que Lorca première source d'inspiration citée (envie de relire son Duende), que l'idée spécifiée dans les notes d'intention que la différence avec Sophocle (en fait il n'y a pas un mot de Sophocle mais l'histoire, une de ses versions, est là, moins amoindrie que chez Anouilh) tient à la religion parce que les personnages là sont monothéistes – et l'insistance sur le voile signe de la petite place jouée par la femelle qui m'a fait craindre un instant que ce monothéistes soit connoté comme celui qui est couvert d'opprobre actuellement était sotte, le voile est ancien a régné un peu partout, spécialement autour de la Méditerranée, en Grèce comme en Calabre, en Corse et dans nos petits carrés autour du cou ou sur les cheveux quand nous rentrions dans une église dans ma jeunesse – avec un Dieu incarné par le roi intouchable est inutile, c'était ainsi chez Sophocle, ou les dieux sont déjà un peu moins tragiquement et fantasquement maîtres du destin – bon Créon n'était pas Dieu mais les dieux l'avaient laissé devenir roi et chef –, que le spectacle, que nous trouvions bon, convenait spécialement à la salle occupée presque à moitié par des élèves – sans doute de troisième mais apparemment pas de Viala, il y a deux autres représentations réservées aux scolaires – puisque si on n'apprend pas la révolte à cet âge…, 
que pourtant, pour prolonger, me vient l'envie de relire non le Duende de Lorca mais Sous l'oeil d'Oedipe de Joël Jouanneau, qui en fait prend l'histoire beaucoup plus en amont et noie la révolte d'Antigone dans l'accumulation des drames familiaux qu'elle couronne, et s'achève, avant quelques phrases d'acceptation d'Ismène, par une tirade d'Antigone (liée au cadavre de Polynice) qui commence par
Sauve-moi d'elle tu m'avais dit ce jour là j'étais la nuit, tu te souviens Frère, derrière tu sais la porte venue te dire ne plus rien pouvoir te donner jamais, tu avais tout pris d'avance ce jour d'enfance un destin plus fort que hélas notre sang nous avait unis. Suis mon pas tu as dit il sera ton chemin, j'ai gravi la colline senti l'écharde l'odeur de Comment ça s'appelle tu as dit, l'aubépine le parfum de Jocaste ce feu en moi soudain la frontière humide tu te souviens la cicatrice, si j'avais pu Frère inventer une faute qui eût horrifié le dieu... je l'aurais faite, mais quelle faute dis moi est possible quand la vie ignore tout du mal, tu as retiré l'écharde vu le sang le secret de Jocaste le nôtre. Désormais c'est nous les bannis tu as dit, ta tête habitant la mienne...


lundi, juillet 20, 2009

19 juillet - festival paresseux
matinée glorieuse, chaleur tendre et ciel bleu dur mais juste avant qu'il se fasse plaque, quand on sent l'air qui circule
après un repassage de mauvaise humeur parce que maladroit, ou le contraire, j'ai suivi la rue Joseph Vernet vers l'école d'art de nouveau
pour l'ambiance, pour jeter un coup d'oeil à la petite exposition "les interprètes", photos prises par Martine Locatelli lors de l'édition 2008
et pour écouter Joël Jouanneau, Cécile Garcia-Forget (Antigone), Philippe Demarle (Polynice), Alexandre Zeff (Etéocle) et Jacques Bonnaffé (Oedipe) dialoguer avec le public.
Toujours tendance dans ces cas à trouver les questions un peu sottes, ou faussement profondes, ou primaires, ou scolaires, ou intellectuelles à contresens (comme un cours sur l'Oedipe de Sophocle pour reprocher le non respect, exposer la profondeur du personnage, ce qui n'est pas en cause) - et admirative pour l"intelligence, l'habileté de Jouanneau et de son équipe pour répondre honnêtement mais en réorientant la réponse vers ce qu'ils avaient décidé de dire, une petite ironie, une décontraction de tous, mais la passion de Cécile Garcia-Forget défendant cette vision un peu "enfantine", directe, de la violence, par opposition à certains spectacles qui la proclament et l'anesthésient (accord muet et ravi de Brigetoun et de ses deux voisines) - de très jolies choses ou mieux.(le dispositif né du désir de jouer à Boulbon et d'y créer un chemin - Créon négligé pour Cadmos parce que ce dernier est l'ancêtre, mais surtout le fondateur de l'écriture et de Thèbes, l'architecte de la cité - le traitement de Tirésias né en partie du souvenir d'un garçon de ferme, mangeur de mulot, dans son enfance dans le Loir et Cher, et le costume évoquant un griot pour que cet Oedipe soit mental, non localisable - pièce née du désir de "savoir si c'est moi qui suis malade ou le monde", de la volonté de parler de ses deux soeurs, et à leur propos de la mère (contrairement à ce qu'il disait je pense que nombreux sont ceux qui l'ont ressenti ainsi), pour "faire encrier de ma bibliothèque". Parce qu'il est consterné d'assister à la fuite devant la catastrophe du monde, l'aveuglement ou le refus de voir vraiment les chômeurs et les déplacés, de détourner les regards en trouvant des boucs émissaires, étrangers, bannis qui ne sont ni innocents ni coupables)
Mais au bout d'un peu plus d'une demi-heure j'en ai eu assez, un peu, et suis rentrée préparer mon déjeuner et le manger.
entre sieste et paresse (et serpillière et cire) sur fond de musique, et départ sans grande motivation dans le soir tombant,
vers le Lycée Saint Joseph et "la menzogna" de Pippo Delbono; sur lequel mon avis dans le pasé a été fluctuant. Mauvaise humeur à cause de ma mauvaise place, près du centre et à l'avant-avant dernier rang qui m'empêchait de voir ce qui se passait à l'avant-scène, à cause aussi du coté envahissant du couple d'hommes devant moi, ce qui s'est résorbé au cours d'une petite conversation à bâtons rompus avec eux, qui a chassé ma morosité et m'a mise en état réceptif.
Le spectacle est parti d'une commande du Teatro Stabile de Turin à propos des sept ouvriers brûlés vifs dans une usine en très mauvais état de Thyssen-Krupp, thème élargi aux nombreux accidents du travail les morti blanche.
Très lentement les ouvriers arrivent, se changent, entre dans l'usine - un en sort, se met en civil, prend un bouquet de fleurs, s'alonge avec le bouquet sur la poitrine.
Une vidéo montrant le père Alex Zanotelli, missionnaire, s'indignant au nom de tous ceux qui sont en surnombre dans le monde, ou plutôt traités comme tels, et devant la démesure de la richesse de quelques uns, très fortement et bellement, merveilleux homme, puis une publicité pour le groupe Thyssen-Krupp, le monde merveilleux qu'il crée pour nos descendants.
Une lente entrée dans le spectacle, Pippo Delbono taquinant la limite du moment où il perdrait notre attention. Un rythme qui se syncope et entrée dans un monde de décadence dérisoire (et esthétique).
photo provenant du site du festival
rappels de Fellini (les tenues des femmes, les prêtres, la tête d'âne et des autres animaux), avec le surcroît de violence de Pasolini, chansons des années 40 me semble-t-il, son corps massif et son rôle de démiurge, les corps entraperçus dans le brouillage de la lumière, la folie du monde.
Une représentation des ouvriers évacués. Wagner. Reprise de la méditation figurée sur le mensonge, la fragilité des corps nus et l'humiliation douce. La scène du balcon de Roméo, Juliette se mettant à hurler la futilité des noms qui opposent. Un spectacle un peu magma, très beau, de la colère. "j'en ai assez, j'ai envie de cogner". L'humanité, la gentillesse du fragile, du pauvre Bobo, et la dédicace finale "à mon père".
applaudissements nourris,
et retour par les rues qui ont encore de beaux restes d'animation (l'habituel début de déclin qui va avec la seconde moitié du festival)

lundi, juillet 13, 2009

festival d'Avignon, le 12
le calme endormi de la place de l'horloge dans le dimanche matin, à mon retour des Halles
dans la chaleur de l'après-midi, posée durement sur nous, marche dans les petites rues, les petits groupes attendant devant les théâtres (et souvent au dernier moment des spectateurs surviennent comme sortis du rien) jusqu'au théâtre des halles, aux futurs spectateurs attendant devant la grande salle de voir "une voix sous la cendre" de Zalmen Gradowski (et je l'ai vu et aimé cet hiver ou au printemps)
pendant que notre petit groupe, juste à l'échelle de la minuscule Chapelle Sainte Claire, attendait sur les dalles frappées par le soleil, nous rafraîchissant par la vue du cèdre, "la pleurante des rues de Prague de Sylvie Germain, donnée par Claire Ruppli.
"Cette inconnue qui donc est-elle? Une vision liée à un lieu, sa ville Prague..." Elle recèle la mémoire de Bruno Schulz, des enfants de Terezin...Sylvie Germain est une conteuse rare dont l'écriture procède d'une nécessité vitale: "Aller à la rencontre des autres qu'on porte en soi et qui y ont laissé des traces""De textes qui vous chavirent le coeur et traduisent la langue de l'âme, de silences qui nous rappellent être en vie, du manque indélébile du passé, naît le devoir de re-présenter. C'est pourquoi je joue ce texte" Claire Ruppli"
jeu des passages au noir pour ponctuer les rencontres avec la pleurante (et le début longuement en voix off dans l'obscurité totale du petit espace de la chapelle)
j'ai pris une foultitude de notes dans le noir (ou presque) mais je les garde, par paresse, et plutôt les brides trouvées sur http://www.zazieweb.fr/site/fichelivre.php?num=4350
Un beau texte qui garde pudeur, détour approfondissant, devant des faits trop exploités.
Pour Schulz les textes et lettres brûlés, perdus, qui reviennent comme un souffle dans le vent et la pleurante dans les rues de Prague.
Les fleurs des douleurs qui viennent d'un temps qui dure toujours et a existé à travers les temps. L'homme pue.
La dernière rencontre et le cygne dans la gloire du vivant traverse et efface la pleurante. Plus tard elle traverse rapidement une rue dans l'indifférence. Elle reviendra peut-être à la rencontre d'un autre être, et "nous vivons de désormais en désormais".
Le jeu de l'actrice est doux et les moments où elle veut s'animer sont un peu
discordants.
La paix de Saint Pierre dans la lumière de la fin de journée, au dessus des petites foules déambulantes dont je faisais partie.
et la densité de la place.
départ dans la nuit vers le gymnase du Lycée Mistral (que je redoute un peu ayant du le quitter plusieurs fois) pour «sous l’oeil d’Oedipe » de Joël Jouanneau avec le souvenir de cette soirée de présentation, cet hiver, à l’école d’art, quand le spectacle n’était encore que des pistes évoquées avec jubilation.et après avoir survolé le texte du programme
«.....Désireux de faire entendre ce qu’il définit lui-même comme une « Jocastie moderne », Joël Jouanneau est parti sur le chemin tracé par Sophocle et Euripide, à la recherche des enfants de la maison de Labdacos. Vingt-cinq siècles après leur première apparition sur un plateau, ils seront là, avec nous, réinventés à la lumière des rencontres que l’auteur et metteur en scène a faites dans la littérature contemporaine : Pierre Michon, Henri Michaux, Paul Celan, Yeats, T.S. Eliot, Emily Dickinson, Caroline Sagot-Duvauroux, Claude Louis-Combet et surtout Ritsos, porte-voix de la dernière survivante du clan – Ismène. Dans un monde en plein bouleversement, qui doute et s’inquiète profondément, Joël Jouanneau pose une question éternelle : faut-il écrire son destin pour l’aimer ? Il y répond affirmativement souhaitant, comme Sophocle, le faire avec élégance. Soucieux de pénétrer le mystère de la malédiction, il a réécrit cette saga dans une langue du XXIe siècle qui se nourrit de celle des Grecs pour mieux s’en affranchir. Entre fidélité obligatoire et impertinence nécessaire, sa trilogie revisite le destin sanglant de cette dynastie de Thèbes, redonne vie aux héros connus (Œdipe, Antigone, Tirésias…) et à tous ceux qui se sont évanouis dans nos mémoires (Cadmos, Ismène, Polynice, Étéocle…).... »

entre outrance et stylisation, un texte qui retrouve la simplicité poétique des anciens, même si Jouanneau a voulu écrire "sous l'oeil d'Oedipe" plutôt que sous celui de Sophocle (la base), Euripide (pour la troisième partie et la guerre contre Thèbes) ou Eschyle, et s'il s'est nourri de toute une belle pléiade de contemporains, des clins d'oeil comme "le corps du roi" de Michon qu'Oedipe lit au début parce qu'il veut croire qu'il a été écrit pour lui, et des influences moins évidentes - les rapports entre frères, entre soeurs, entre frères et soeurs (l'amour trop grand d'Antigone) dont il disait cet hiver que c'était ce qui l'intéressait - de tout bons acteurs. J'ai marché, j'ai aimé, malgré une montée du sommeil, conjurée par un café presque passable dans la nuit de cour du Lycée pendant le trop long entracte, et une carcasse qui m'a fait partir en panique un peu moins d'un quart d'heure avant la fin.
Un entretien sur le site du festival, repris dans les feuillets qui nous étaient remis
http://www.festival-avignon.com/fichiers/document/124574957911/file_entretiens09_JJ.pdf

mardi, décembre 09, 2008

une rue,
me jambes, mes hanches, suivent son déroulement devant mes yeux, avec la montée de mon rythme, ma pulsion, une petite musique profonde.
Le mouvement entraîne le chant de mon sang, et mon crâne s'y baigne, et je salue la lumière qui danse avec moi sur la peau superbement malade du mur de l'église.
Sous cette alacrité, s'engourdit une petite douleur, et si elle me fait trébucher, l'épaule, le bras vont vers le mur pour un secours, en se déroulant largement, lentement, vers son appui, et il vient à moi.
Nous n'avons pas besoin d'un contact, juste d'un suspens, de cet air entre nous et de cette tension en retour.
Et si, pour d'éventuels regards il n'y a là qu'une étrangeté, cela ne compte pas, je suis dans ce jeu du corps et de la vie.
refuser pourtant, et je n'y arrive pas toujours, la tentation de la démonstration, de passer de la danse intérieure au mime, de l'accord à l'appel grotesque, d'une forme de bonheur à un échange honteux.
Devant ma porte, dans la montée du jour et de la lumière ou de l'absence où elle se cache, les os se déplient et chaque muscle s'étire, se hisse, entraînent mes bras dans un salut à la journée, lui rendent grâce.
Assise dans l'écoute, je laisse les mot ou la musique jouer vers moi, et je les accueille d'un mouvement invisible - les boire à travers un dos, un buste tendus sans raideur, par l'attention qui habite ma nuque, mon cou, monte vers mes yeux.

participation à l'heure des sablés et du miel aux impromptus littéraires http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/ sur le thème de la semaine : "danse ta vie" (j'ai considéré en bonne égocentrique que le tu me désignait)
(photo AFP/FREDRIK PERSSON)
grâce à François Bon j'avais sous les yeux le discours de Le Clézio en écoutant sa voix sur France Culture. Un petit regret en constatant qu'il semble avoir supprimé (question de temps ? ou distraction de ma part) ce beau passage, plus intime, peut-être moins généreusement ouvert sur le rôle de la littérature,
"La solitude est aimante aux écrivains, c’est dans sa compagnie qu’ils trouvent l’essence du bonheur. C’est un bonheur contradictoire, mélange de douleur et de délectation, un triomphe dérisoire, un mal sourd et omniprésent, à la manière d’une petite musique obsédante. L’écrivain est l’être qui cultive le mieux cette plante vénéneuse et nécessaire , qui ne croît que sur le sol de sa propre incapacité. Il voulait parler pour tous, pour tous les temps : le voilà, la voici dans sa chambre, devant le miroir trop blanc de la page vide, sous l’abat-jour qui distille une lumière secrète. Devant l’écran trop vif de son ordinateur, à écouter le bruit de ses doigts qui clic-claquent sur les touches. C’est cela, sa forêt. L’écrivain en connaît trop bien chaque sente. Si parfois quelque chose s’en échappe, comme un oiseau levé par un chien à l’aube c’est sous son regard éberlué – c’était au hasard, c’était malgré lui, malgré elle."
Mais il y avait tout le reste et la jeune conteuse de la forêt des Emberas, et les hommages, l'évocation des écrivains parlant de notre monde, et puis
"À l’enfant inconnu que j’ai rencontré un jour, au bord du fleuve Taira, dans la forêt du Darién. Dans la nuit, assis sur le plancher d’une boutique, éclairé par la flamme d’une lampe à kérosène, il lit un livre et écrit, penché en avant, sans prêter attention à ce qui l’entoure, sans se soucier de l’inconfort, du bruit, de la promiscuité, de la vie âpre et violente qui se déroule à côté de lui. Cet enfant assis en tailleur sur le plancher de cette boutique, au cœur de la forêt, en train de lire tout seul à la flamme de la lampe, n’est pas là par hasard. Il ressemble comme un frère à cet autre enfant dont je parle au commencement de ces pages, qui s’essaie à écrire avec un crayon de charpentier au verso des carnets de rationnement, dans les sombres années de l’après-guerre. Il nous rappelle les deux grandes urgences de l’histoire humaine, auxquelles nous sommes hélas loin d’avoir répondu. L’éradication de la faim, et l’alphabétisation. "

m'en suis allée dans la nuit fraîche vers l'École d'art pour une présentation, en prélude au prochain festival, par Joël Jouanneau (nous vieillissons bien) de son travail en cours, actuellement titré "sous l'oeil d'Oedipe", une traversée de la famille des Labdacides, écriture personnelle en explorant les versions parcellaires et divergentes d'Eschyle, Euripide (les Phéniciennes que je n'ai pas lu) et les trois pièces de Sophocle, avec des recours à Emily Dickinson, à l'Ismène de Ritsos etc...
L'amphithéâtre était comble et je me suis assise par terre, puis sur une chaise de jardin rajoutée, et j'entendais assez mal.
Oedipe sera Jacques Bonnafé, Cadmos incarnation de Thèbes Roland Bertin... Des passages du texte qui n'est pas définitif lus par Jouanneau et trois jeunes acteurs incarnant Etéocle, Ismène et une jeune fille que je prenais pour Antigone mais qui semble devoir remplir un peu le rôle d'intercesseur vers le public qui était celui du choeur (en gros).
des brides au début - un chemin, un banc, Oedipe lit un livre de Michon etc...
plus tard un bout de la troisième partie "les frères" avec une entrevue avant la bataille entre Polynice et Etéocle, provoquée par Ismène - j'ai aimé et peu à peu les tragiques et leur langue arrivent.
Et puis un récit de la bataille qui m'a un peu gêné par un ton un peu "Fanfan la Tulipe", assez en accord avec plusieurs idées de scénographie, mais qui se heurte au dialogue précédent. Une impression très personnelle, on verra ce que donnera la version définitive. Enfin je verrai peut-être, le choix étant encore ouvert comme lieu entre Châteaublanc (pas pour moi) et le gymnase Mistral.
Discussion sans excès de pesanteur, ni de futilité avec la salle. J'avais un peu mal et me suis éclipsée avant la partie verres en mains.