découvert au petit déjeuner une photo (Christophe Raynaud de Lage sur le site du festival) avec un moment de découragement. Décidément aucun des spectacles dans la cour d'honneur cette année n'aura tenu compte du lieu (sans remonter loin, souvenir de Castelluci, de Nadj et d'autres ) et tous auront imposé leur lourde installation qui se déplace de festival en festival, signe à la fois de la prépondérance de l'argent et, j'en ai peur, de suffisance et manque d'ouverture d'esprit et donc un peu d'intelligence de la part des créateurs (peut être aussi d'une crainte de s'affronter au mur). Les spectacles dans la cour ont été quasiment toujours montés pour plusieurs lieux, mais ils jouaient la souplesse, une certaine sobriété (pas forcément moins onéreuse d'ailleurs). Un peu du pré formaté qui tue la magie (lieu commun que ce mot, mais qui a été souvent réalité dans ces pierres). Puis j'ai haussé moralement les épaules, et décidé de passer sur cet énervement matinal pour garder l'envie de découvrir (en outre la photo était plutôt séduisante)Avec un petit (ou plus) agacement, devant le présuposé des questions de Mouawab qui brident les réponses de ses interlocuteurs, mais peu à peu, quand le temps leur en est donné, on a des témoignages intelligents (le premier) dans l'analyse des problèmes moraux posés par la découverte de la réalité soviétique et le refus de condamner pour autant son idéal, émouvants, parfois agaçants. (je n'ai jamais pu être tentée par le communisme, que j'accusais arbitrairement de "police des esprits", j'ai un recul devant l'organisation du parti, qui finalement se retrouve un peu dans les autres, mais j'admire le dévouement et la générosité des engagements à la base) .
"un projet libre et expérimental qui est arrivé par accident, à l'improviste..." à mon humble avis, trois projets et demie plutôt réussis, sans plus, qui se raboutent comme ils peuvent. Avec une petite préférence pour la danse saccadée et ironique des deux créatures en cotte bleue qui étaient assis dans un coin pendant que nous nous installions.
J'ai trouvé que le grand échafaudage n'allait pas mal au mur. Des musiciens en collants rayés noirs et blancs qui s'accordaient au barreaudage derrière eux ont commencé à jouer une musique planante pas désagréable, les quelques acteurs ont commencé à s'agiter frénétiquement comme des fêtards sur ce trop grand espace. Casimir et Caroline étaient un peu trop lourds, un peu trop vieux, mais assez bons comédiens pour que Casimir soit touchant et que l'on oublie l'accent de Caroline qui la rend parfois incompréhensible.
Mais, le parti pris d'en faire un spectacle musical (et il y a de bonnes chansons, ils dansent parfois, et l'occupation de l'espace par les acteurs (fort bons) est intelligente, même s'ils sont un peu perdus dans beaucoup d'espace vide) fait qu'il faut peiner parfois pour saisir les intentions de la pièce, à part quelques bonnes scènes. Je n'aime pas le surlignage, mais là il y avait éparpillement.
Les départs se sont fait de plus en plus fréquents, le jeu a été interrompu un moment par les protestations vociférées de quelques spectateurs, ce qui n'a pas franchement aidé à ce que "la sauce prenne".
Du coup, je me suis entêtée, et ne suis partie, honteusement mais discrètement, que cinq minutes avant la fin pour éviter la bousculade, et m'en suis allée perplexe, parce qu'il y a une belle énergie, de l'intelligence et du travail, quelques bons moments, mais globalement j'étais passablement insatisfaite. Pas de chance avec la cour d'honneur cette année.