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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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mercredi, janvier 26, 2011

Ciel très bleu, lumière, ses jeux et caresses sur la peau des murs, un peu sur ce qui était libre de la peau des humains, froid un peu moins impérieux que lundi, j'ai fait une brève sortie courses dans mon quartier, et j'ai rencontré un très tranquille révolutionnaire, refusant avec sérénité de tenir compte des règles habituelles, et cela m'a donné deux images pour ponctuer un petit pillage de mes lectures de lundi soir et mardi matin, quand ne me promenais pas sur le web, quand la plainte tétanisée de carcasse ne résistait pas à ce contre feu, quand les mots imprimés arrivaient à me soulever hors de ma propension au vautrage dans le bas et l'ordinaire du jour, pillage résultant de mon incapacité, ou de ma paresse, qui m'interdisait de sortir quoi que ce soit de moi-même.

Ceci dit, lectures pas autrement gaies, mais teintées, pour Paul Lafargue et son « droit à la paresse » de rude et jubilante ironie, de raison aillée http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504189/le-droit-à-la-paresse (et j'avais recopié tant de phrases que j'en jette la moitié)

« Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail

..

Et, au nom de la mansuétude chrétienne, un prêtre de l’Église anglicane, le révérend Townshend, psalmodie : Travaillez, travaillez nuit et jour ; en travaillant, vous faites croître votre misère, et votre misère nous dispense de vous imposer le travail par la force de la loi.

..

Si les crises industrielles suivent les périodes de surtravail aussi fatalement que la nuit le jour, traînant après elles le chômage forcé et la misère sans issue, elles amènent aussi la banqueroute inexorable

..

qu’il proclame les Droits de la paresse, mille et mille fois plus nobles et plus sacrés que les phtisiques Droits de l’homme, concoctés par les avocats métaphysiciens de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour,

...

Mais tout est impuissant : bourgeois qui s’empiffrent, classe domestique qui dépasse la classe productive, nations étrangères et barbares que l’on engorge de marchandises européennes ; rien, rien ne peut arriver à écouler les montagnes de produits qui s’entassent plus hautes et plus énormes que les pyramides d’Égypte : la productivité des ouvriers européens défie toute consommation, tout gaspillage

...

puisque la quantité de travail requise par la société est forcément limitée par la consommation et par l’abondance de la matière première, pourquoi dévorer en six mois le travail de toute l’année ?Pourquoi ne pas le distribuer uniformément sur les douze mois et forcer tout ouvrier à se contenter de six ou de cinq heures par jour... »

Mais l'ombre, ou la réflexion sévère était surtout dans ces bribes prélevées dans les textes mis en ligne par Laurent Margantin sur « oeuvres ouvertes » http://www.oeuvresouvertes.net/ ou dans mon regard, ma façon de les lire

comme, dans les « aphorismes » de Novalis

« Une majorité ainsi constituée ne va pas élire les hommes supérieurs, mais, en moyenne, seulement les plus bornés et les plus intelligents. Par « plus bornés », j´entends ceux chez lesquels la médiocrité est devenue une vraie nature, les modèles classiques de la grande masse. »

ou dans le discours du 22 mars 1968 de Thomas Bernhard à l'occasion de la remise du Prix national autrichien

« Il n’y a rien à exalter, rien à condamner, rien à accuser, mais il y a bien des choses risibles ; tout est risible quand on pense à la mort.

..

L’État est une structure condamnée en permanence à l’échec, le peuple une structure condamnée sans cesse à l’infamie et à la faiblesse d’esprit. La vie est désespoir auquel s’appuient les philosophies, dans lesquelles tout, finalement, est promis à la démence.

...

Ce que nous pensons a déjà été pensé, ce que nous ressentons est chaotique, ce que nous sommes est obscur. »

et, plus intime ou plus loin de la société, perdu dans la nature, Lêdo Ivo dans son « Requiem »

« Maintenant la nuit descend pour toujours.

Mon regard fatigué suit la pirogue

qui s’éloigne des mangroves.

Une lumière sur le banc de sable. Un crabe dans la vase.

Et la vie s’évapore comme les âmes

dans un ciel qui n’abrite aucun dieu... »

mais

.. »j’aspire le silence des poissons qui traversent les tentacules rouges des coraux,

l’innocence de la lune qui monte dans le ciel pâle, la mer vigilante qui m’invite à être éternel,

ainsi que la solitude des navires échoués

qui gardent, dans leurs lits de crustacés, les monnaies

perdues lors des naufrages et le cri tardif des mouettes. »

mais vous conseille d'aller y voir : il y a Kafka, Novalis encore, Maupassant, Flaubert etc..

Je reviens juste au « cas wagner » de Nietzsche

« Pour accomplir une pareille tâche une discipline personnelle m’était nécessaire : — prendre parti contre tout ce qu’il y a de malade en moi, y compris Wagner, y compris Schopenhauer, y compris toute l’ « humanité » moderne. — Alors j’éprouvai un profond éloignement, un refroidissement et un désenchantement à l’égard de tout ce qui est temporel et de notre époque... »

parce que j'ai retrouvé le petit recueil des dernières lettres et que je lis :

à Paul Deussen à Berlin, Sils-Maria le 14 septembre 1888

« .. Ce mois-ci, tu recevras encore un envoi : une petite polémique esthétique où, pour la première fois, je révèle de manière absolue le problème psychologique Wagner. C'est une déclaration de guerre « sans pardon » (en français dans le texte) à tout ce mouvement : je suis en dernier ressort le seul qui ait assez d'ampleur de vues et de profondeur pour ne pas être ici dans l'incertitude. D'après le dernier rapport de mon éditeur, il semblerait qu'un texte de moi, un pamphlet, si l'on veut, contre Wagner risque de susciter une certaine émotion.. »

et de Turin, le 4 octobre 1888 à Malwida Von Meysenbug à Rome

« Ce texte, la déclaration de guerre la plus radicale qu'on puisse imaginer in aestheticis, semble provoquer une certaine agitation. Mon éditeur m'a écrit que, dès la première annonce d'un texte à paraître de moi sur ce problème et avec cette orientation, il y eut un tel afflux de commandes que le tirage peut être considéré comme épuisé. Vous verrez que dans ce duel je n'ai rien perdu de ma bonne humeur... »

et puis, un peu plus tard, le 30 octobre 1888, de Turin encore, adressée à Berlin, à Heinrich Koselitz

« Le temps est tellement splendide que ce n'est pas compliqué de bien faire. Pour mon anniversaire j'ai commencé quelque chose de nouveau qui devrait marcher et qui est déjà bien avancé - ça s'appelle « Ecce Homo ». Ou comment on devient ce qu'on est. Ça parle de moi et de mes livres avec une grande témérité : avec ce livre, je ne veux pas seulement me présenter avant de commettre l'acte si étrangement solitaire de l'inversion , - mais j'aimerais bien faire l'épreuve des risques que je peux véritablement prendre, eu égard aux idées allemandes sur la liberté de la presse... »

et, mais je dois finir parce que longtemps que les courageux le souhaite, le 20 novembre 1888, à Georg Brandes à Copenhague

« À présent je me suis raconté moi-même avec un cynisme qui va devenir historique : le livre s'appelle « Ecce Homo », c'est un attentat contre le Crucifié et commis sans la moindre considération ; il finit en roulements et en coups de tonnerre contre tout ce qui est chrétien ou infecté de christianisme, on en sort tout étourdi. Je suis finalement le premier psychologue du christianisme, et je suis capable, en vieil artilleur que je suis, de sortir une pièce de gros calibre dont aucun adversaire du christianisme n'aura seulement pressenti l'existence. L'ensemble forme le prélude à l'inversion de toutes les valeurs, à l'oeuvre qui est devant moi, prête : je vous promets que dans deux ans nous aurons toute la terre en convulsions. Je suis une fatalité... »

Beau et fier programme, malheureusement dans les mois suivants ce sont ses lettres qui entrent en convulsion.

Mais « Ecce Homo » lui est téléchargeable http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article818 grâce à Laurent Margantin.

samedi, août 21, 2010

Vendredi matin, sous un ciel que je prends pour une injure personnelle, persuadée que je suis qu'il a choisi cette grisaille depuis deux jours pour être plus bleu, plus étincelant, plus terrible la semaine prochaine, les jours où je lui abandonnerai (à lui et à la chaleur qui l'accompagnera, à nouveau), sans arrosage acharné pour les maintenir en vie, mes pauvres plantes), suis partie pour aller acheter un billet de train, afin de graver, de rendre certain, obligatoire, ma petite virée dimanche en pays dromois contrairement à ce que j'avais décidé, avec un entêtement bien buté (voir des gens que j'aime mais, ouin, pourraient venir, ouin, j'ai pas envie, ouin, j'ai pas de courage pour train et car, mais le car sera auto)

et avec le blanc grisaillou ou le gris blanchâtre du ciel, j'ai réalisé que le vert des platanes perdait de sa fermeté, se teintait d'une promesse de roux, et que le sol recevait ses premières feuilles brunes et retroussées.

Même le bleu qui s'installait, au retour, au dessus de l'oratoire et des remparts, était d'un pâleur irréelle (l'après midi il avait retrouvé sa virulence)

En chemin, j'ai choisi, parce que ça m'amusait, tenues improbables, par leur élégance ou le montant de leur étiquette,

et une robe et un manteau qui me faisaient vraiment envie (le manteau sur moi serait comique, et son prix l'était indubitablement, mais c'est sans importance).

Suis revenue avec une partie des livres qui me tentaient (librairies fermées et livres commentés sur des blogs mais non arrivés), et je me demande où vais-je les mettre, eux et ceux qui viendront presque certainement les rejoindre, puisque internet a bouleversé ma splendide indifférence à «l'actualité du livre» et que j'ai dressé, avec retenue, une assez jolie liste.

Me suis amusée, dans la fin de l'après-midi, au lieu de frotter les meubles, à noter une phrase de chaque page 68, parce que c'est mon âge, parce que dans "grains de pollen", de Novalis, traduit par Laurent Margantin, que j'ai finalement lu jeudi soir, y trouvant le calme que je cherchais, peu à peu, en lecture lente, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503496/les-grains-de-pollen, sur lequel j'ai essayé ce chiffre, le texte de la page 68, pas un des plus fulgurant, m'a sauté aux yeux, là, tout de suite, me convenait :

"Est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose à dire en faveur des hommes ordinaires, si maltraités dernièrement ? La force la plus grande n’est-elle pas du côté de la médiocrité opiniâtre ? Et est-ce que l’homme doit être davantage qu’un homme du peuple ?» - et tant pis si ce n'est pas «le grain» n°68

Donc :

«À la Vie ou la Mort on sort les vieux trucs, une technique de fabricant de tonneaux, le bois est brûlé après le cerclage.

Dur avec effet d'absorption.

C'est quand même étrange.» - Un mage en été – Olivier Cadiot

«22 mai : cipolin, orphite, sérancolin, serpentin, cannelle, dauphin, porphyre, brocatin, obsidien, cinatique. Que de noms, de couleurs, de matières, alors que le plus beau, le seul qui vaille, est blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures ni colorations.

Le marbre lui manque.» - Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants – Mathias Enard

«L'instant d'avant, la Méchante Sorcière de l'Est sifflait et crachait, désignant de son doigt manucuré ceux d'entre nous dont elle voulait grignoter l'âme. C'était un rituel comme un autre, avec ses avancées et ses reculs, ses refus et ses sacrifices, un vrai carrousel d'attitudes éprouvées dont nous maîtrisions à la perfection la mécanique.

L'instant d'après, un aérolithe gris écrasait notre reine abeille et il en sortait une jouvencelle hébétée, assortie d'un petit corniaud qui ne se gêna pas pour mordre les mollets d'Ethel et les talons de Ruth.» - CosmoZ – Claro (zut qu'il est grand !)

et puis, là ce ne sont pas des nouveautés, mais ils ont attiré ma main :

«Ainsi la nuit terrifiante, la nuit inapprochable qui est à leur source, est aussi leur destin. Même le désir qui croit désirer un corps visible est voué à cette nuit. C'est leur défaut qu'il désire dans les corps qu'il étreint. C'est cette nuit que fixe le regard de celui qui a un nom sur le bout de la langue. Il guette son rêve.» - Le nom sur le boit de la langue – Pascal Quignard

«J'étais assis dans ma cabane sur la véranda couverte. L'un des murs était remplacé par une moustiquaire extrêmement fine que je m'étais procurée grâce à l'entremise de l'un des contremaîtres, chef d'une tribu dont le territoire devait être traversé par notre chemin de fer. Une moustiquaire de chanvre à la fois très solide et très fine comme jamais on ne pourrait en fabriquer en Europe. C'était ma grande fierté et beaucoup me l'enviaient.» - Cahiers in-octavo (1916-1918) – Franz Kafka (parce que je cherchais «les aphorismes de Züran» du même Kafka)

Et j'y ajoute, parce que je vais sans doute m'y plonger demain, ou cette nuit (dès que j'aurais fini ma relecture de «Maîtres et serviteurs» de Michon : «L'ombre rose du pommier se penchait sur lui ; et d'autres doucement l'entouraient pommés, vastes et ffrissonnants comme des robes peintes...»), en sautant à la page 68, cette surprise merveilleuse qui nous attendait ce matin sur Publie.net : «Histoire secrète des prairies du Nord-Est asiatique» de Vincent Tholomé, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503564/histoire-secrète-des-prairies-du-nord-est-asiatique dont j'ai lu, frissonnant dans le petit matin, un peu plus de 40 pages, dégustant l'emportement de ses courtes phrases

«nous ; petites voix ; petites voix de types et de nanas ; petites voix minuscules de types et de nanas; petites voix minuscules émergeant du noir, voix de types et de nanas ; flots fluets de petites voix minuscules émergeant du noir et dans le noir, voix cassées de types et de nanas ; flots fluets de petites voix s'écoulant, minuscules.....»

Pardon humblement demandé aux éventuels passants, (et j'ai pris mon balai)