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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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dimanche, janvier 14, 2024

Quête de fleur et va et vient

 


Sortie qui se devrait quotidienne pour marcher un peu, avec l’idée de trouver fleurs… pour changer un peu franchir les remparts, 



mais sans l’assistance d’un supermarché ou d’un fleuriste, le résultat était navrant…



alors, penser tableaux ou fleurs sculptées, passer par le trou nommé porte Saint Dominique et rejoindre Calvet… qui, inexplicablement était fermé… hausser épaules résignées, continuer la rue Joseph Vernet, cueillir un semblant de fleurs en passant et aller acheter des collants à Monoprix… 


Pour tenter de rendre plus intéressant Paumée reprendre ma participation au dernier « va et vient », publiée par Dominique Hasselmann sur son Métronomiques https://hadominique75.wordpress.com/ 




L’impossible solution


Arthur aimait comprendre et apprendre, avec une ferveur ingénue. Il aurait pu être un descendant de Bouvard et Pécuchet, un peu moins cultivé mais tout aussi capable d’échec et d’histoires un peu ou très ridicules. Comme ce jour où, rencontrant un vieil ami très sage, dans leur conversation paresseuse, assis de chaque coté d’une cheminée, les yeux sur les flammes, il a dans le fil de son dire prononcé « Je veux trouver la solution » et pendant qu’il cherchait ses mots, Marc, l’ami, sourcils levés : « de… ? », Arthur à son tour s’est étonné, et a corrigé « à… » mais Marc ne l’a pas entendu ou ne l’a pas voulu ; pipe en main, calé dans son fauteuil, interrompant ce qu’Arthur allait dire :

– Qu’importe de quoi, ça pourrait être intéressant ou amusant. Je crois que le mieux serait que nous allions interroger Gaston Delmas.

–  Qui ?

– C’est un ancien chercheur, un chimiste, à la retraite maintenant. Je l’ai bien connu et il y a trop longtemps que je ne l’ai pas vu. Je vais prendre rendez-vous pour te le présenter.

– Tu crois vraiment ? (Arthur se sentait perdu.)

– J’en suis sûr. Laisse-moi faire. Tu serais disponible samedi ?

– Vers cinq heures ou un peu plus tard, oui.

Marc s’est levé, est allé prendre son téléphone sur une console, et après une courte conversation qu’Arthur a pris soin de ne pas écouter, est revenu s’asseoir, a récupéré sa pipe dans le cendrier, et avant de la rallumer :

– C’est entendu. Nous avons rendez-vous. Retrouve-moi à cinq heures moins dix à la sortie du métro Père Lachaise. Dis-moi, comment va ton amie rousse ?

Et Arthur ne pouvait plus hésiter.

Il a pris le métro au jour dit, pensant, isolé dans la foule, « J’imagine mal comment cet inconnu va pouvoir résoudre les problèmes que je ne me pose pas encore, mais, ma foi, toute solution est un enseignement, au pire je risque d’apprendre quelque chose ». Marc l’attendait en haut des marches, à côté de la roulotte de la voyante, ce qu’Arthur prit pour un présage avant de hausser mentalement les épaules avec un dédain plein de culpabilité puisque si toute solution était riche d’une façon ou une autre, pourquoi négliger celle-ci. Avant qu’il ait eu le temps  d’interroger son ami sur ce qui les attendait, l’autre le prenait par le coude en disant « Ce n’est pas loin, un peu avant la grande porte du cimetière » et l’entraînait sur l’allée centrale, enchaînant sans lui laisser la parole « Je pensais te voir hier à cette lecture, Impasse Molière. Tu as eu tort, c’était… » et puis s’arrêtant, lui reprenant le coude pour traverser la chaussée, la piste cyclable, prendre pied sur le trottoir devant la porte d’un des grands immeubles à la façade anonyme, à côté de la vitrine d’un marbrier funéraire qui en occupait le rez-de-chaussée, « Ah ! nous sommes arrivés, tu vois c’était tout près », avant d’appuyer sur un des boutons, d’attendre juste une demi-seconde, de demander « Monsieur est là ? … oui il nous attend, merci. »

Dans le vieil ascenseur métallique dont les vitres vibraient sous l’effort, il a prévenu : « Tu vas être étonné. ». Et Arthur qui imaginait vaguement un vieux savant chevelu, quelque chose comme un Einstein mâtiné de Tournesol, fut un moment surpris par la haute silhouette, les larges épaules de sportif de l’homme qui les attendait sur le palier et qu’il supposa être le majordome ou celui, quel qu’il soit, qui avait répondu à l’interphone. Mais la voix était chevrotante, âgée, qui accueillait avec enthousiasme Marc, et les yeux qui avaient semblé un peu vagues, dans l’attente, redevenus perçants pour le jauger, lui, avant de le saluer. Il les conduisit ver un salon, caricature de celui d’un penseur, savant ou écrivain du dix-neuvième siècle, leur offrit, imposa, une banale bière en canette qu’ils burent ou firent semblant de boire, assis dans des fauteuils club pendant que Marc exposait que son ami, là, était à la recherche d’une solution et que peut-être, lui…

Gaston Delmas réagit comme à la sonnerie d’une trompette, se redressa, parut encore un peu plus jeune, regarda Arthur, réfléchit trois secondes, dit « Pourquoi pas, ça me rajeunit de je ne sais combien de dizaines d’années… voyons quelle solution ? de sulfate de cuivre ça vous irait ? ». Arthur de plus en plus certain que Marc, trop rapide comme toujours, s’était emballé sur une fausse piste, pensa à nouveau « Pourquoi pas ? J’apprendrai quelque chose… » et répondit d’un sourire aux yeux brillants du chimiste qui se leva, imité par les deux amis, les guida dans un couloir, ouvrit la porte d’une grande pièce claire donnant sur la cour/jardin commune au pâté de maisons, expli

qua que depuis son veuvage et le départ de ses deux enfants, il s’était installé un petit laboratoire où il s’amusait, ouvrit un placard, en sortit des verreries qu’il posa sur une paillasse, en marmonnant « Je dois avoir tout ce qu’il faut, voyons… vous devriez noter », en lui tendant un petit bloc et un feutre fin :

« Une fiole graduée, facile à trouver, attention à la taille, une balance de pesée de précision, une pissette, un verre à pied..  pas pour boire hein ! », avec un petit rire où s’entendait le vieillard, « un sabot de pesée ou mieux un petit bécher… le plus simple serait sans doute que vous vous exerciez ici… de l’eau distillée pour rincer la fiole, ah zut je n’en ai plus… bon on peut arranger ça, ce sera plus long simplement, un flacon de sulfate de cuivre, voilà… Merde ! il n’y a pas d’eau, c’est vrai ». « J’ai vu une affiche dans le hall sans la lire», murmura Marc, et Delmas avec l’air d’un enfant privé d’un jeu : « Oh c’est désolant… c’est vrai,  il y a une coupure d’eau pour des travaux cet après-midi… jusqu’à vingt heures je le crains. Nous ne pouvons rien faire. Dommage, cher ami, mais ce n’est pas très grave, je vous donne là… », et il tendait une feuille pliée en quatre, « une notice établie pour des élèves débutants et si vous avez besoin d’utiliser mon matériel, téléphonez-moi ! » et, en se dirigeant vers la  porte « Puis-je vous offrir quelque chose, un porto ? À moins que vous ne buviez le whisky sans eau… ». Arthur choisit le porto « mais très peu » et le remercia pour son aide, pensant qu’il en resterait à la notice, au moins pour éliminer cette solution impossible. Marc préféra le whisky ou plutôt un bourbon.

vendredi, janvier 05, 2024

Va et vient numéro 9, « L'impossible solution » par Dominique Hasselmann


Pour l'édition de ce « va-et-vient » n°9, jeu littéraire mis en ligne tous les premiers vendredis du mois, j'ai le plaisir de recevoir ci-dessous Dominique Hasselmann qui a la gentillesse de publier mon texte sur son blog Métronomiques.

Pour les autres échanges :

Marie-Christine Guimard accueille sur Promenades en ailleurs Dominique Autrou qui la publie sur La distance au personnage.

Marlen Sauvage invite sur ses Ateliers du déluge Jérome Decoux qui la reçoit sur ses Carnets Paresseux

et Amélie Gressier héberge sur La Plume dans la main Jean-Yves Beaujean qui la publie sur son Désert occidental

Le prochain Va-et-Vient (le n°10) aura lieu le vendredi 2 février 2024 et le thème retenu s'énonce ainsi : « D'un redoublement l'autre ». Toutes les particioations sont les bienvenues.


L'impossible solution




 Paris, rue de Lancry, 18 décembre 2023 

 L’info était sans appel : « Il n’y a pas eu de neige à Noël, il n’y en aura pas plus tard ! », tous les médias avaient repris en chœur la dépêche de l’AFP, basée sur la dernière prévision de Météo-France (non encore privatisée). Il s’agissait même de simples constatations : les massifs montagneux français n’étaient plus blancs, partout le vert – amère victoire des écologistes ? – avait envahi jusqu’aux plus hauts sommets. Le réchauffement climatique n’était donc pas un gros mot, l’atmosphère avait inversé les saisons, le printemps prenant le dessus par rapport à l’hiver comme un renversement subreptice de l’œuvre de Vivaldi, ou sa galette de vinyle lue à l’envers.

La catastrophe annoncée risquait ainsi, par une sorte d’effet boule de neige, d’atteindre même les Jeux Olympiques de la jeunesse d'hiver de 2024, pilotés par la Corée du Sud dans la province du Gangwon, du 19 janvier au 2 février. Une réunion de préparation, en début de nouvelle année, fut donc organisée à l’Élysée, avec tous les ministres concernés.

– On va pas se laisser faire, même si nous ne sommes concernés que de loin, avant les JO24 de Paris, qui auront lieu seulement du 26 juillet au 11 août ! dit le président de la République.

– Mais y’a pas d’souci, rétorqua le nouveau Premier ministre, Bruno Le Maire. Je propose l’impossible solution qui devrait faire consensus puisque nous sommes tous ici en responsabilité.

– Ah bon , mais laquelle, de solution ? interrogea Gérald Darmanin, le nouveau ministre des Sports.

– Eh bien voilà, il suffisait d’y penser ! rétorqua Bruno Le Maire. J’envisage, pour marquer notre participation à distance aux prochains « JO de la jeunesse d’hiver de 2024 », de lancer un grand concours de vitrines avec des petits remonte-pentes ou téléphériques électriques, et ceci dans toutes nos villes aussi bien en métropole qu’Outre-mer. On évitera alors des déplacements coûteux vers la Corée du Sud, la population française se sentira concernée – tout schuss pour la Guadeloupe, la Martinique ou la Réunion… – et chacun pourra voter librement (une sorte de référendum avant celui que l’on aurait pu imaginer concernant l’immigration). Les inventeurs de la plus belle vitrine, désignée par la consultation populaire, monteront sur la première marche du podium au Stade de France de Saint-Denis, en même temps que lors de la cérémonie coréenne finale dans leur province du Gangwon.

– Pas mal comme idée, Bruno, lança Emmanuel Macron, je regrette qu’elle ne vienne pas de notre nouveau ministre des Sports !

– Mais, Monsieur le Président, s’insurgea Gérald Darmanin, je n’ai hérité de ce dossier que depuis quelques jours, jusqu’à présent je ne m’occupais que de la sécurité des JO24 chez nous et notamment des bouquinistes parisiens, alors j’espère que mon successeur, Éric Ciotti, fera preuve de la plus aimable collaboration avec moi !

Sur ces mots, la réunion se termina : le plan était tracé, il suffisait de publier le décret officialisant la mise en œuvre du projet ludique et surtout économique, sur le plan budgétaire, puisque chaque commerçant ayant signé un contrat avec l’État payait de sa poche l’installation de sa propre vitrine. Les Jeux Olympiques de la jeunesse d’hiver de 2024 l’avaient échappé belle. Les conditions atmosphériques avaient été vaincues par la détermination politique.

Il restait à baptiser la grande opération. L’agence de publicité que Bruno Le Maire avait déjà choisie (« Havas comme je te pousse »), après consultation rapide de quelques concurrents, dévoila le lendemain matin à l’Élysée le nom médiatique choisi et qui fut validé à l’unanimité par le Président et ses ministres : Téléféériques pour les JO de la jeunesse d’hiver de 2024.

Le Père Noël envoya même un tweet de félicitations à Emmanuel Macron.

Texte et photo : Dominique Hasselmann

Tagué "Jeux Olympiques de la jeunesse d'hiver 2024", Éric Ciotti, Bruno Le Maire, Corée du Sud, Emmanuel Macron, Gangwon, Gérald Darmanin, JO24 de Paris, Va-et-Vient N°9, Vivaldi


lundi, novembre 13, 2023

Honteux ségrégationnisme et souvenir futur

 


Parce que l'antisémitisme me révulse (et m'ahurie toujours) et qu'il semble qu'il soit de retour avec force, parce que je trouvais et retrouvais mention de la marche décidée (rappel de ma première manifestation de ma vie qui était après l'horreur de Carpentras) mais parce que les députés du FN/RN se posent en champions de la lutte contre l'antisémitisme et que j'en ai le hoquet, parce que dans notre belle province, dans notre super Vaucluse, sur décision du Préfet un rassemblement avec tous (ou presque) les maires de toutes couleurs du bru au bleu/brunissant et au rose avait lieu à 15 heures devant la Préfecture, assez loin de mon coin, parce m'étais désagréable de voir certains tenants du « grand remplacement » afficher leur conversion/changement-de-boucs-émissaires, pensais me retrancher derrière l'horaire (trop tôt ou trop tard pour lavage/séchage de cheveux) mais j'ai appris que leMRAP et plusieurs organisations (dont, l'ai découvert, les Insoumis mais loin de leurs dirigeants auxquels ne saurais me soumettre et le PC) organisait un regroupement à 14 heures 30 place Pie, ai décidé d'y aller.


Nous étions plus nombreux que le craignais (pas très non plus)... ai hésité à suivre ceux qui partaient vers la Préfecture... mais forte de mon grand âge et persuadée que mon refus et incompréhension de cette horreur était l'essentiel, suis rentrée et me suis lavé les cheveux.


Pour ne pas en rester à la médiocrité de cette histoire, et parce que j'ai aimé cet échange avec Marie-Christine Grimard, je recopie ma contribution au va et vient « un souvenir futur »


Descendue pieds-nus de la terrasse, ayant traversé l'étroite bande goudronnée et l'espace de sable mêlé de brindilles, graviers, coquilles, étoupe de mer, elle se tenait dans l'odeur indéfinissable et profonde qui montait vers elle, campée sur ses pieds s'enfonçant très légèrement dans la laisse de mer, sur ses mollets frissonnant un peu dans le frais du petit matin et sous le reste de brise de l'aube, les yeux rêvant dans le ciel pâle, s'abaissant sur le friselis d'eau qui jouait à la limite du sable humide, elle s'emplissait de cette nouvelle journée avec un sourire d'attente, sentant la nuit et ce soir qui avaient été s'effacer lentement pour laisser la place. Elle a soupiré de plaisir , murmurant ou pensant « je ne l'oublierai jamais », ne sachant pas très bien s'il s'agissait de lui, de cette nuit ou plutôt de la plénitude de ce matin.

Le soleil a posé un début de tiédeur, comme un essai d'entrée dans le jour, sur ses épaules, elle les bougées un peu et décidé que c'était de ce moment, de ce début toute neuve dans le jour qu'il lui fallait se souvenir, et non point d'elle, de ce passage de sa vie comme le dirait les matrones, mais de cet accord avec le moment, le sable, la jeunesse du jour, la mer dormeuse. Elle est resté là un long moment, pendant que la terre cueillait le soleil, se réchauffait, que la brise s'éteignait avant de revenir de la mer au mitan du jour, elle caressait le mot souvenir, elle entrait dedans, tentait paresseusement de savoir ce qu'il signifiait vraiment, de sa possibilité, revenait plus simplement au moyen de le fixer, impalpable qu'était ce instant et capricieuse la mémoire.

Elle a pris un bâton et griffé le sable, dessinant une forme fuyant la géométrie, elle s'est assise à côté et a regardé en souriant cette preuve de l'impossibilité de décider de l'objet fixant un souvenir, lui donnant priorité sur un autre. Elle s'est levée, elle a suivi la plage jusqu'à une petite cale, où se reposaient des filets. Elle a regardé autour d'elle, elle s'est penchée vers une pelote de ficelle abandonnée par un ravaudeur, l'a ramassée, l'a mise dans sa poche, a posé quelques pièces entre des mailles, s'est redressée, est partie en chantonnant comme une comptine « ficelle volée / le beau matin neuf», décidant que ce semblant de vol serait une ancre pour que se fixe l'écho de cet accueil du jour.


vendredi, novembre 03, 2023

« Va-et-vient » numéro 7 : « Un souvenir futur » par Marie-Christine Grimard

 Dans la lignée des célèbres Vases communicants, ce numéro 7 de Va-et-vient reprend le même schéma de communication : des personnes écrivent un texte (avec ou sans illustration) sur le blog des autres. Ce jeu littéraire paraît tous les premiers vendredis du mois.

Le thème de celui-ci s’intitule : « Un souvenir futur ».

Pour cette édition je reçois Marie-Christine Grimard et j'ai la grande joie de voir ma contribution paraître sur Promenades en ailleurs.

Les autres échanges se déroulent entre Dominique Autrou et Amélie Gressier 

et entre Dominique Hasselmann et Jérôme Decoux

Le prochain Va-et-vient (numéro 8) est prévu pour le vendredi 1er décembre, le thème choisi est : « Un parfum de sapin ». Toutes les participations sont les bienvenues.

Je laisse la place à Marie-Christine


Un tableau fascinant peint il y a deux siècles.

L’image de la douceur de l’amour maternel brossé dans un trait de lumière.

Des couleurs pastels en touches légères sous le vent qui joue dans les rubans.

Où sont-ils désormais, sur quel sentier se promènent-ils en riant sous le soleil ?

Ont-ils gardé le souvenir de cette paisible journée d’été ?

Les jours ont fui mais leur plaisir revit sous nos yeux.

Un souvenir futur naît sous le pinceau du peintre qui nourrit les âmes à venir.


Des nouvelles atroces venues du fond des âges.

Des femmes éventrées, leurs fœtus arrachés jetés à terre dans un bain de sang.

Des enfants encagés, bouclier dérisoire sous les bombes.

Des jeunes idéalistes massacrés pour leurs illusions de paix.

Des robots programmés pour tuer servant de chair à canon à une idéologie morbide.

Une humanité déshumanisée, inhumaine de haine.

L’horreur que l’on prêtait aux âges primitifs, venue ensanglanter notre modernité dérisoire.

La violence des hommes qui massacrent les femmes, toujours et partout.

Le souvenir futur d’un monde qui me donne la nausée.


Que restera-t-il de moi dans un siècle ?

Un souvenir futur d’une vie au service d’autres vies.

Une lignée d’hommes et de femmes de bonne volonté.

Un rosier centenaire sur une façade.

Un regard bleu éclairant le visage d’une enfant du siècle prochain.

Quelques poèmes sur un carnet.

Quelques tableaux dans un grenier.

Un peu de poussière d’étoile au fond d’une fosse.

Un trait de lumière emporté par le vent.

Et beaucoup d’amour flottant dans les volutes légères d’une flamme bleue.




samedi, juin 24, 2023

Charroi et foulard

 

au mitan du jour

air tiède et petit vent bleu

charroi de linge


avant de sombrer une fois encore en lourde sieste, puis de puiser dans la musique d'Abdullah Ibrahim & Ekaya et de quelques autres la liberté de penser un chouya, de rêver autant ou davantage et d'écrire comme pouvais mon 2bis pour l'atelier d'été du tiers livre, avant de picorer dans la masse de tous ces textes que je ne lis pas et n'arriverai pas à lire.

Et, pour nourrir Paumée, je reprends mon histoire de foulard oublié publié le 2 juin chez Dominique Autrou, pendant que Paumée accueillait son texte https://brigetoun.blogspot.com/2023/06/va-et-vient-numero-4-le-foulard-oublie.html (pour les autres échanges de ce « va-et-vient » si ne les avez pas lus alors et si le cœur vous en dit, cliquer sur les liens dans l'introduction)


Je me demande pourquoi en ouvrant le tiroir du chiffonnier voué à ma pagaille de foulards parce que la douceur vert de gris que porte ces jours-ci n'allait pas à la presque gaité de mon humeur et à mon corsage en camaïeu de bleus, en en sortant le bien-aimé gris décoré d'impressions roses, œuvre de ma nièce, qui dormait depuis trop longtemps dans cet amas de tendresses colorées un rien froissées, je me suis retrouvée un instant assise à côté de A dans la Kangoo perdue sous des trombes d'eau sur les lacets de la route grimpant, passé le fleuve, vers la Lozère. Les croupes glissent derrière de rideau de pluie, les bois sont beaux et humides, je pense et dis « j'ai froid ». Elle demande « tu veux plus de chauffage ? » je refuse, mes deux mains frottent mon cou pour le réchauffer, le câliner et je réalise... je tourne la tête vers les sièges arrière, farfouille ma parka, son caban, soulève un paquet, me soulève pour voir le sol, me retourne, reprend position correcte. Je jette un coup d'oeil à ma sœur, elle n'a pas l'air agacé comme le serais par cette agitation... je propose une olive « pas pour le moment »... je tâte toutes les poches, coffres autour de moi, me penche, fouille mon sac, soulève le sien, elle tourne la tête « qu'est ce qui t'arrive ? », d'entre mes pieds je réponds « je cherche », « quoi ? », « mon foulard ». Elle dit que je l'avais en descendant avec les valises et paquets l'escalier vers le jardin, je dis que je l'avais gardé quand, voiture chargée, nous nous sommes assises et qu'elle a démarré, elle demande « c'était un Garlic ? », je confirme que oui, celui fait spécialement pour moi, elle dit « cherche bien » mais j'ai cherché partout alors je commence par le début : tenter de penser. Elle suggère « le boulanger », je réponds « non, le magasin U... » une respiration/révélation «  ah oui il est beau avec ses poissons stylisés mais un peu trop grand, plutôt une écharpe, et en lin plus épais, comme pour des rideaux, l'ai enlevé en fumant pendant que tu rangeais le panier ». Elle stoppe, je descends, sors le panier même si je sais qu'il ne peut être là, je recale bien tous les éléments de notre dîner, je remonte. « Je sais... suis idiote, l'avais posé sur le toit, tant pis pour moi », elle répond « c'est dommage... je veux bien une olive ». Je lui tend le paquet, j'en prends une et pendant que le chocolat fond dans ma bouche je commence à faire mon deuil. Deuil que je fais à nouveau en souriant, pliant cet autre Garlic de ma petite collection, le tissu gris peuplé d'ananas roses qui m'a été offert à titre de consolation.

vendredi, juin 02, 2023

"Va-et-vient" numéro 4 : "Le foulard oublié" par Dominique Autrou

Dans la lignée des célèbres « vases communicants », ce numéro 4 de Va-et-vient reprend le même schéma de communication : des personnes qui écrivent un texte (avec ou sans illustration) sur le blog d'un autre. Ce jeu littéraire paraît tous les premiers vendredis de chaque mois. Le thème de celui-ci s'intitule « Le foulard oublié »

Pour cette édition je reçois Dominique Autrou ci-dessous, et il me fait le plaisir de publier ma contribution sur la distance au personnage .

Les trois autres échanges ont lieu simultanément entre Marlen Sauvage (les ateliers du déluge) et Marie-Christine Grimard (Promenades en ailleurs), entre Amélie Gressier (Plume dans la main) et Jean-Yves Beaujean (Désert Occidental) tandis qu'enfin Dominique Hasselmann rallume son fameux Métronomiques pour échanger avec l'auteur du blog Carnets Paresseux.

Le Va-et-vient n°5 paraîtra (vacances d'été obligent) le vendredi 1er septembre et son thème n'a pas encore été choisi.

A vos claviers, et merci de nous signaler votre participation avant la date de publication.



— Tu dors ?

— Non non, pas du tout, je suis dans mes pensées, ce matin je me suis réveillé dans la peau d’un autre. Cela m’arrive souvent, presque tous les matins, l’illusion dure ce qu’elle dure. Ce matin c’était dans la peau de mon père, comme toujours dans ce cas je me réveille avec dans l’esprit quelque idée que je lui supposais habituelle, jusqu’à sentir mon visage se transformer en une mimique dont il avait le secret, ou esquisser le souvenir d’un de ses gestes familiers ; la chambre aussi a changé de physionomie, peut-être suis-je en Bretagne, géographiquement c’est bluffant. Ou bien serions-nous à l’hôtel, dans une ville où nous passions en voyage ? En quelle année, difficile de le dire, la plupart du temps son souvenir m’investit à un âge identique au mien actuellement. Mais cela encore, ce n’est pas le plus bizarre, il n’y a là rien que de très classique, j’imagine. Dans ces moments, la femme d’à côté (dans le lit, qui dans la vie courante est la mienne) pour quelques secondes devient de ce fait ma mère, on connaît la chanson. Ou bien est-ce vraiment la mienne, et je deviendrais alors, fugacement, son beau-père ? Je me réveille de plus en plus tard, généralement ma femme est déjà levée. C’est heureux car je suis tout désorienté, à l’évidence, et j’aime autant lui éviter ça. Mais il y a mieux, plus jeune je me réveillais dans la peau d’un autre avec, à mes côtés, une autre que celle qui était réellement là. Cela ne posait pas de problème avant que j’aie pu dire quoi que ce soit. Mais j’ai dû parler. Cela devait arriver, un jour je me suis réveillé et il n’y avait plus personne. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, dans le doute, puis j’ai découvert l’étendue de la disparition, aussi brutale et radicale que dans le roman éponyme. Enfin ce n’est pas tout à fait juste, plus tard en soulevant l’oreiller j’ai constaté qu’elle avait laissé un foulard. À cette époque nous vivions dans une pièce sous les toits qui n’était pas chauffée l’hiver. Même pour dormir il fallait se couvrir. En été la fenêtre était ouverte en permanence pour se rafraîchir et faire entrer le chant des oiseaux. Mais pour ce qui concerne le foulard, il n’est pas sûr que ce fut un oubli, peut-être au contraire l’avait-elle laissé là comme un témoin, une part d’elle-même, dans un motif trouble, ambivalent. Quoi qu’il en soit j’ai passé une bonne partie de ma vie à la recherche de la substance enfuie de ce foulard. Son odeur, sa couleur, sa chaleur, j’en rêvais souvent. J’ai lu quelque part l’affirmation scientifique que nous rêvons en noir et blanc. Foutaises. Il faudrait vraiment être un foutu pisse-froid pour accepter une telle ânerie. Au contraire, le cerveau utilise toutes ses capacités pour déployer son luxe narratif. Couleurs, odeurs, bruits, contacts ! Il ne nous épargne rien et les nuits sont superbement agitées. Il m’est arrivé de croire la retrouver, une odeur par ci, un trait de couleur par là. J’ai même essayé la poésie : « foulard envolé / sur le chemin de l’oubli / frissonne le vent » ou bien « brisé par l’automne / sur la route du vent froid / foulard oublié » ou encore « souvenir froissé / voilant l’horizon brumeux / un fil de désirs », etc. Mais les mots ne m’ont jamais réussi, confusion et embrouille. Un soir d’été, après un long week-end avec des amis je rentrais à Paris en descendant depuis les sombres forêts de l’Ardenne belge, paysage un peu déprimant qui rappelle à chaque détour le quotidien de l’aspirant Grange dans le livre de Julien Gracq, tu sais, Un balcon en forêt ; puis tout à coup la Meuse retrouvée, le soleil par intermittence frôlant le sillage des péniches, je ne roulais pas vite, pas envie de retourner au travail, le moins vite possible compte tenu des circonstances, et tout à coup j’ai perçu du coin de l’œil une petite boule orange et bleue qui dépassait la voiture sur la droite, à un mètre au-dessus de la rivière. C’était un martin-pêcheur, son manteau exactement dans les teintes du foulard, évènement prodigieux qui m’a redonné le goût d’aller chercher plus loin que les choses en elles-mêmes. Et puis le temps a passé, un vieil ami que je croise rarement m’a appris la disparition de la femme au foulard. Je l’ai écouté sans l’entendre. Stress, tabac, cancer, fin de partie. Paraît-il qu’elle avait eu une fille. J’aime toujours autant le choral des oiseaux, avec de temps en temps un pincement au cœur. Parfois au réveil je ne sais même plus qui je suis ni où je me trouve, ça dure quelques secondes d’incertitude et d’hébétude, après cela pour occuper les heures, avec ma femme nous allons tous les jours aux jardins solidaires, ils ont besoin de bras et c’est à peu près tout ce que je sais faire, jardiner, on ne fait de mal à personne et il n’est pas encore question de nous expulser au profit d’une banque, d’un parking, d’une agence immobilière ou de je ne sais quelle foutaise d’un semblable acabit, il y a beaucoup de gens de toutes les couleurs qui passent chaque semaine quelle que soit la saison et il est là, le foulard, quelque part au milieu, depuis toujours il est là. Au milieu des gens qui vont et des gens qui viennent et qui parlent et essaient de se comprendre. Et il est à tout le monde, je crois.

— Mais pourquoi tu me racontes tout ça ?
— Oh oui, pardon. Pardon, j’essayais juste de rester éveillé. Du café ? 


lundi, mars 13, 2023

En retrait, recours à l'heure attendue

 


Réveil tardif comme au fond d'un puits d'où émerger secouée par toux éruptive, reprendre pied lentement, dans la chaleur de l'amitié et dans les calculs de fonds de budget pour envisager d'être participante à une éventuelle SCI faute de pouvoir être utile autrement (commencer par se limiter aux dépenses nécessaires, ressortir anciennes frusques, passer du cabillaud au lieu, en rester cet été à vivre l'ambiance festival relire, en rester aux expositions gratuites et aux spectacles itou, en ai largement profité depuis des années....) et, sourire : à ce moment trouver un mail annonçant l'annulation du concert de l'après-midi...


laisser la lumière dehors, se laver les cheveux, manger toujours un peu trop, un poquito ménage, une heure de repassage, vouloir s'attaquer enfin au 8 de l'atelier et pour cela se plonger dans de petites recherches/lectures avec intérêt mais constater à la fin que ne sais qu'en faire...

hausser ses épaules intérieures, se résigner trop facilement, et comme j'au relu hier sur le blog de Marlen Sauvage son « heure attendu », recopier pour faire vivre un peu Paumée, celle que Dominique Autrou avait gentiment abritée chez lui lors du premier « va et vient » (il est probable que ne participerai pas au second, ne le ferais que si je suis incapable d'accompagner ma sœur en Lozère ce que ne saurais désirer ni pour elle ni plus encore pour moi)


Je me suis réveillée en catastrophe, certaine qu'il était tard. Me suis levée dans un noir surprenant, suis tombée dans un inconnu | ai cherché le mur, l'ai suivi, ma main le caressant en quête d'un bouton, de la lumière | elle n'a rien trouvé | ai abandonné le mur, ai coupé dans la direction de la façade, de la lucarne qui ne laissait passer aucune lueur, ai tiré le rideau sur une nuit qui s'étendait comme un étang emplissant le jardin... ai récupéré ce qui me manquait de conscience, suis retournée, bras en avant pour me prévenir de possibles obstacles jusqu'au lit, ai tâtonné, trouvé ma montre et la souris de la lampe de chevet | il était trois heures | ai pensé que c'était l'heure charnière où la fatigue me terrassait autrefois quand devais veiller sur un projet | ai pensé maintenant il s'agirait de céder au sommeil si seulement il voulait bien m'assaillir, ai fermé mes paupières à m'en faire mal, ai ri intérieurement de cette sottise, les ai entrouvertes et puis refermées avec précaution en priant le sommeil de venir | ai retenu ma respiration en cherchant à saisir le souffle de la nuit pour m'y couler en quiétude, n'y avait que l'absence, ai tenté de m'y engloutir et lentement tout mon corps s'est relâché pendant que mon esprit vivait par avance, malgré mon effort pour l'en détourner, l'arrivée du couple qui manquait à nos retrouvailles, la journée, ce qui serait joie et les écueils à éviter | pour m'en détacher, me suis concentrée dans un orteil qui avait vague douleur, ai souri, du moins ai senti que le faisais, ai ramené mes jambes, ai attendu le sommeil | je crois qu'il est venu, bref, ou ce fut une lente plongée en somnolence profonde d'où suis sortie doucement, n'ayant juste conscience que d'une absence dans le temps | la lucarne s'ouvrait toujours sur le noir, un noir un peu moins profond peut-être | l'ai cru | me suis redressée, ai posé mes pieds sur les tomettes froides, les yeux sur ce carré presque indistinct suis allée vers lui, cru voir un affaiblissement du noir, un début de contamination pale | ai levé le battant, retrouvé le noir intact, ou l'ai cru en sentant l'air froid sur ma peau, suis revenue vers le lit, ai allumé la petite lampe, attrapé mon sac, l'ai fouillé, assise sur le lit, ai caressé boite de cigarillos, ai hésité, en ai sorti un, suis revenue vers la nuit, ai attrapé le briquet posé sur la petite tablette, ai allumé, envoyé une bouffée dans le noir, éteint le minuscule point rouge avec mon doigt, posé le cigarillo sur la tablette, suis revenue en surjouant les frissons me blottir sous la couette remontée jusqu'aux cheveux | je crois que j'ai dormi à nouveau ou que j'ai recommencé à vivre par avance la journée à venir | en sortant la tête de la douceur des tissus où s'était enfouie je vois une lumière blanchâtre, douce, inachevée pénétrer par la lucarne | debout devant elle, je regarde les arbres, les petites terrasses, la fontaine et les graviers des allées serpentantes émerger du néant | je tends la main vers ce qui reste du cigarillo en me penchant, mais le repose en voyant les volets ouverts de la grande chambre, sous moi, un peu à gauche, parce que fumer dans cette maison est tacitement prohibé | je m'accorde un sourire de travers pour marquer ma culpabilité, j'attrape mon châle, enfile une paire de chaussettes, ouvre ma porte, me penche sur l'escalier | une tache de lumière chaude sur les dalles de la galerie, au fond, devant la cuisine et une musique en sourdine | l'heure approche | je descends doucement, j'entre avec précaution dans la cuisine, B déteste être dérangée avant d'avoir fini de boire son café | elle lève la tête de ses mots croisés et murmure « bonjour, le café est prêt » puis un peu plus fort « ils arrivent dans trois quart d'heure en principe » et avec une ébauche de sourire « tu as bien dormi ? » et elle sort | je m'assieds et pose mon bol devant un verre garni de fleurettes, dans le plaisir de la retrouver toute en comprenant qu'il est attention discrète à moi dédiée | je choisis ma confiture | l'heure est là, qui demande que nous accueillons le jour.

vendredi, mars 03, 2023

Va et vient n°1

Dans la lignée des « vases communicants », ce numéro un de « Va-et-vient » concocté par Dominique Hasselmann reprend le même schéma de communication : un échange entre personnes qui écrivent un texte (avec ou sans illustration) sur le blog d'un autre.

Ce jeu littéraire paraît tous les premiers vendredis du mois. Le thème de ce premier échange est « l'heure attendue ».

Dans ce premier numéro j'ai le plaisir d'accueillir sur Paumée Dominique Autrou qui me reçoit chez lui sur pendant que Dominique Hasselmann publie Amélie Gressier, qui accueille chez elle Marlen Sauvage, qui reçoit à son tour Dominique Hasselmann.

Les contributions (à adresser avant la date fatidique) pour le numéro de de « Va-et-vient » seront publiées le vendredi 7 avril, avec pour thème : « Ce drôle d'effet ».

A vos claviers et merci de nous prévenir avant le 20 mars pour que l'ordre des contributions puisse être organisé.

Sortir de sa position de guetteur derrière les trois ou quatre touffes de cinéraire posées sur l’appui de fenêtre, s’extirper de son livre ; ce livre, plus humain que bien du monde, ne bougera pas d’ici et sa vérité se manifestera plus tard ; enfiler bottes et coiffer bonnet, tenir debout jusqu'au milieu du jardin et se faufiler entre les noisetiers dans la trouée du fond qui communique avec la pâture, jouer du bâton pour écarter les ronces, longer la haie qui descend vers le nord, vers la rivière, vers la ville dont on aperçoit les tours de la cathédrale, un fouillis longiligne de maisons anciennes et plus récentes, l'antenne-relais 4G en surplomb du parking des abattoirs et de la laiterie abandonnée, elle nous nourrit de ses ondes, tout cela sans un bruit si ce n’est celui des machines agricoles et celui des chiens. Il fait froid. Le paquet de mouchoirs en papier est resté sur la table de la cuisine.


L'endroit fait un peu plus d'un hectare, autrement dit tout un univers. Treize génisses maigrelettes y règnent paisiblement en attendant l’engraissement. Elles viennent se faire caresser et se montent dessus de temps à autre, s’agitant folâtres pour s'amuser sans penser à mâle. Celui-ci viendra peut-être plus tard sous forme de paillettes congelées dans les mains gantées du vétérinaire.


Les monticules éjectés par les mulots, les taupes et les blaireaux forment une houle compacte hérissée au pied du talus. Dans le thalweg on y perçoit le maelström. Ici, une grotte minuscule dessine le sillage d'animaux au train déterminé et pourtant non identifiables. Des plantes, des herbes inconnues sont foulées au pied ou regardées à mi hauteur de la haie plantée. On aimerait les nommer à la manière d'Elli Kronauer, personnage du si marquant Terminus Radieux d'Antoine Volodine. Il les avait apprises de son amoureuse assassinée Irina Etchenguyen et se les récite lorsque le besoin s’en fait sentir : la mauvegarde, la chougda, la marche-sept-lieues, l’épernielle. La vieille-captive, la saquebrille, la lucemingotte, la vite-saignée, la saintevaliyane, la valiyane-bec-de lièvre. La sottefraise, l’iglitsa, l’odilie-des-foins, la grande-odilie, la chauvegrille, la calvegrillette. La caracolaire-des-ruines, etc. Il y en a plein d’autres, on pourrait les citer, mais les lire dans le texte est plus approprié. Le temps file et nous sommes encore en vie sans l’avoir radicalement transformée, mais de telles rencontres justifiaient le voyage.

Jusqu’alors j’ignorais le fonctionnement de la tronçonneuse, outil qui dans mon imaginaire restait lié à un genre de cinéma, ou à certains documentaires télévisés vus les nuits d’insomnies sur des chaînes hypnotiques. On apprend ça sur le tas, ce n’est pas très compliqué mais il faut être attentif et curieux, comme lorsqu’on enrichit son vocabulaire pour passer dans la classe supérieure. Je ne suis pas doué mais j’aime ça, j’aime les frisettes de copeau qui tombent en boucles comme chez la coiffeuse. J’y travaille et je continue d’aimer ça, les machines me plaisent, on les manie avec soin et concentration sans penser à autre chose, comme lorsqu’on s’adonne à la vraie paresse. On reconnaît leur son au loin l’hiver à l’orée des forêts. Ce pourrait être aussi la douceur d’un avion de tourisme qui traverse lentement le bleu du ciel un après-midi d’été à la plage.


Les bouleaux et les frênes abattus lors de la dernière tempête et pas encore débités par les bûcherons, ces grands arbres surpris dans leur sommeil reprennent joie par la clarté des boules de gui et la vigueur des lianes qui demeurent et persistent entre les branches étendues. Des liens nouveaux se tissent. Des êtres légendaires s’immiscent au réel. Ne jamais s’en lasser, il faudrait.


Et puis il en reste un debout, solide mâture impeccablement gréée.

À l’heure attendue on entendrait un mot sublime et secourable : « Appareillons ! »

texte et photos : Dominique Autrou

pour ma participation https://ladistanceaupersonnage.fr/va-et-vient-n-1-avec-brigitte-celerier-lheure-attendue/