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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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mardi, juillet 19, 2011

Dans le soir d'Avignon, des textes, des voix, des ciels, des acteurs et actrices

Brigetoun ne mérite pas sa ville, et s'en est tenue à l'écart jusqu'au soir.

Brigetoun ou ce qui croyait exister par moment, commençait à penser, à faire même des projets, notait parfois la présence de la lumière sur le mur, ou son absence, et chaque fois se dissolvait.

Suis partie en fin de journée, munie d'un parapluie, inquiète d'avoir cru voir les nuages s'amonceler,

les ai trouvés sur la place, mais étaient de passage, et devant moi c'était une beauté de blancheurs légères comme j'avançai dans la rue Joseph Vernet, pour aller écouter, dans la cour de Calvet, la deuxième partie de la trilogie de la critique d'Antonio Negri « Renzo le partisan » (critique des armes), avec Evelyne Didi et Laurent Poitrenaux

arrivée assez tôt pour n'être pas refoulée (j'aurais pu m'en passer), dans le petit groupe devant la grille

je regardais la lumière sur le mur -

dans la longue attente dans la cour d'entrée, je regardais le sol, les pieds, et puis le ciel,

pendant l'attente sur ma chaise dans le jardin, je regardais les platanes,

et la lumière sur la balustrade – et puis Antonio Negri qui parlait à quelqu'un et Poitrenaux qui relisait le texte.

Un prologue par des voix enregistrées, et puis la lecture par Poitrenaux dans le rôle de Renzo le jeune partisan qui s'interroge et, avec une jolie subtilité dans les changements légers de timbres, et surtout dans le rythme personnel de chaque personnage, le chef, le psychiatre etc... avec des interventions d'Evelyne Didi – plaisir de leurs voix, plaisir aussi du texte (qui sera diffusé en novembre sur France Culture.

Je suis repassée chez moi prendre ma petite veste de soie parce que, malgré mes bras couverts, je frissonnais un peu (et regardais avec étonnement admiratif les jeunes femmes)

pour repartir, monter les marches vers la porte du palais, aller écouter, pour elle, pour le texte, un peu malgré la mise en musique, « le condamné à mort » de Genet, par Étienne Daho, avec Jeanne Moreau, au milieu d'avignonnais, peu habitués à la cour , chaleureux et heureux d'être là.

Y aller parce que tout, prononcé par elle, devient beau et intelligent – d'autant qu'elle se commet rarement – et parce que : l'incandescence des mots, éclatant dans cette forme classique.

Ma familiarité avec ce texte qui m'avait fait craindre jusque là d'entendre la musique posée dessus, même par Hélène Martin, musique sur musique des mots, musique minimaliste heureusement que la cour accueillait et exigeait presque, presque...

et les interventions de la voix de Moreau :

« Ne chante pas ce soir les « Costauds de la Lune »,

Gamin d'or sois plutôt princesse d'une tour

Rêvant, mélancolique à notre pauvre amour ;

Ou sois le mousse blond qui rêve à la grand'hune.


Il descend vers le soir pour chanter sur le pont

Parmi les matelots à genoux et nu-tête

« L'Ave Mara stella ». Chaque marin tient prête

Sa verge qui bondit dans sa main de fripon.. »


voix s'étendant dans la nuit, voix faisant vivre les vers, parce que je trouve tout de même un peu dommage la musique qui aplanit un peu trop les fulgurances du texte – la mécanique de l'alexandrin se laisse malmener, assouplir, ce qui est moins le cas d'une musique rythmée.


Applaudissements, ambiance presque familiale (après amusement de sentir ma voisine qui découvrait le texte recevoir la crudité de certains mots auxquels l'idée « condamné à mort » ne l'avait pas forcément préparée).

Repassée dans l'antre, noté ceci avant de repartir à minuit vers l'école d'art

pour une « bataille » (improvisation) entre Jeanne Ballibar, raffinée-décontractée, jouant les paumées, genre Zelda, et Marlène Saldana qui fait l'essentiel du show (le décalage entre les rares prises de parole de Jeanne Bellibar et sa présence, danse etc... est savoureux) avec un bel humour et courage (masse de chair huilée sur d'immenses talons, en bikini jaune et perruque blanche, et clowneries incessantes, même quand elle se met à lire la guerre des Gaules).

Retour par la rue Joseph Vernet déserte, vers les terrasses encore animées de la place Crillon, et l'antre.

jeudi, juillet 14, 2011

Avignon, pluie sur mes 69 ans – rencognée délicieusement – et tout de même fin de journée festivalière

Avais gardé la plus grande partie de la journée blanche – deux ou trois envies dans le off pour 11 heures – mais au réveil impérieux désir de grève festivalière pour aller m'offrir un poisson (suis morue – excellente au demeurant depuis plusieurs jours) pour le plaisir d'agapes imaginaires et ne pas attendre des coups de téléphone qui ne viendraient pas, ce qui es bon signe, me fait plutôt plaisir mais ne laisse pas, au fil des heures, de m'agacer stupidement.

Seulement, second réveil, après les cadeaux de tous ces signes sur internet : chahut de la pluie, et amorce de mini marre devant la porte fenêtre, sortie en chemise de nuit pour enlever toutes les protections de l'évacuation, salut aux plantes renversées, laissées telles.

La pluie se calme, le ciel n'est plus uniformément colère, je sors couffin, y pose appareil photo et parapluie, dépend une robe lycra, et m'en vais sous douche.

Au sortir, cataractes de nouveau – Jupiter grondant quelque part avec belle régularité – une phrase globale de remerciement sur FaceBook parce que, vide des jours ou importance improbable de Brigetoun, cela tournait à l'obligation à plein temps –

tailladé portion de morue en bataillant avec l'os caché dans le délicieux bloc très entamé – jean et chemise large – assise devant petite bibliothèque avec les poètes jusqu'à ce que trouve un texte qui résonnait juste (sur http://brigetoun.wordpress.com ) – coups de téléphone de commerçants – des plaisirs internet – entretenir les kilos nécessaires – clapotis ou trombes

Soleil brillant sur la cour, sieste engloutissante, massacrer repassage - musique revenue de la pluie – négociation carcasse et France Musique

fin d'après-midi, un peu avant six heures, debout devant cour, lever la tête, ne plus voir que bleu et souvenir de soleil sur le mur – fraîcheur humide sur les bras - opter pour tube jersey fil gris perle et veste nylon brun –

Plaisir de penser que mon programme du jour prévoit l'enfermement dans les pierres des Pénitents Blancs, et cela pour Théâtre ouvert dont le 40ème anniversaire faisait pour moi partie des bonnes nouvelles de la programmation

Suis donc partie dans le joli petit vent qui avait nettoyé le ciel

passée par la Civette, et la place de l'Horloge pleine de monde,


ai admiré la lumière, me suis interrogée, vaguement, sur un titre de pièce

me suis installée sagement dans l'attente et le vent pas si petit que ça devant les Pénitents -

ai réalisé que je n'ai jamais vu un spectacle de Benoît Lambert, ni lu un texte de Philipp Löhle.

ai regardé le ciel, et les pieds, écouté sans écouter ce qui se disait, ai retrouvé ce que j'avais lu avant de partir sur le site du festival :

« Qui est donc Gospodin ? Comment ce rêveur se retrouve-t-il à la tête d'un prodigieux magot après avoir tout perdu ? À la fois grand seigneur et mendiant, Gospodin, l'anti-héros d'une légende d'aujourd'hui, un lointain cousin de Job ou de Bartleby, est pris dans la ronde burlesque des personnages d'un théâtre qui navigue entre Brecht et les Monty Python. Une fable virtuose, truffée de traits d'esprit, sur nos petits arrangements avec la société de consommation. »

ai trouvé une place à issue facile, à côté de gens qui me semblaient et étaient certainement charmants – ai attendu un peu, en balançant mes jambes qui ne touchaient pas terre, en regardant au dessus de moi les passerelles porte lumières avec envie de m'y balader – ai aimé ce que je voyais et entendais.

En fait, pour une pièce de théâtre, la part récit est importante, prise en charge par deux jeunes acteurs, tout tout bons, Chloé Réjon (spirituelle sans excès, comme le serait une amie) et Emmanuel Vérité (polos bleus) qui interprètent également les interlocuteurs de Gospodin, (Christophe Brault, plus grand, tee-shirt orange pâle). Une fable alerte, un ton simple et donc parfaitement travaillé et maitrisé, des idées par forcément totalement neuves mais réjouissantes, un bonhomme qui refuse les évidences actuelles et en premier celle de l'argent, et refuse de s'inscrire au chômage puisqu'il refuse le travail et autour de lui ceux qui se démènent, sa compagne désireuse de normalité, sa mère un peu folle mais pas trop, un futur grand artiste en quête de financement etc...

carcasse était toute quiète et j'avais envie d'assister au débat, mais après quelques sourires, quelques bouffées de trop et un peu trop de vent avec jambes tapant le sol et bras autour de la taille, comme il y avait encore gros battement de temps avant la suite, suis repassée par l'antre pour préparer billet, mettre pantalon et tee shirt de gros coton, prendre un veston (l'âge vous donne de ces prudences)

et repartir par la rue Joseph Vernet

vers l'école d'art pour assister à minuit et demie, à une « bataille » (improvisation en interaction) entre Daniel Linehan danseur (bermuda de velours beige et tee shirt blanc, très post-adolescent) et Erwan Keravec le joueur de cornemuse du spectacle de Charmatz.

Attente en regardant « Acte 0 – scène 0 », une vidéo de Sima Khatami, sur l'installation des gradins de la cour d'honneur, assez ébouriffante, et descente vers l'amphithéâtre dans l'ambiance toujours agréable de ces petits spectacles de nuit.

Keravec tétant sa cornemuse, puis en tirant des sons inouïs même pour cet instrument, jouant avec sa trompette, sans souffler dedans ou en soufflant, avec (je ne sais comment cela se nomme) le bouchon ? en le tournant en frottant dans l'embouchure, en le mettant et enlevant etc... et puis reprenant la cornemuse pour des couinements, plaintes endiablées. Daniel Lineman marchant sa danse puis l'élargissant... yeux mi-clos, concentré, dansant souple en grande ouverture... debout, au sol, en sursauts, en enchaînements surprenants et évidents, montrant la musique.

Brigetoun toute contente, applaudissements.

S'en sont allés, et nous aussi.