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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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mardi, octobre 09, 2012

S'installer pour lire.... suite picorage


C'était un jour de presque fraîcheur qui me disait de m'occuper équipement automnal ou hivernal. C'était un jour de ciel en pagaille, de traînées en tous sens mêlées à de ronds nuages. C'était un brouillon de ciel, un tableau où plusieurs mains se seraient essayées. C'était un jour de froid intérieur, de trous, de volonté en allée. C'était un jour de promesses dans la ville, et d'indifférence absolue, de non désir de choisir. C'était un jour de petites corvées exécutées lentement, parce que pourquoi pas.
C'était, tant pis pour les éventuels passants, un jour de reprise du picorage envisagé, ou d'une partie, de celle pour laquelle je m'étais rêvée renouant avec cette habitude ancienne de lecture couchée sur les tomettes, dans le rayon de soleil qui les faisait tiède, face à la porte fenêtre sur le balcon... la rue Michelet en chute abrupte vers le Littoral qui n'était pas encore bordé de plages de sable importé, l'ouverture de la rade, la silhouette de Saint Mandrier.

Ça aurait été s'absorber dans la lecture de Tous les diamants du Ciel de Christophe Claro (Actes Sud) – et pour finir reprendre mes petites notes
En partant d'un fait divers réel, à Pont Saint-Esprit, en 1951, la psychose des mangeurs de pain, et les explications, de l'ergotisme à la CIA, l'histoire du mitron jusqu'en 1970 – en l'entremêlant à celle de Lucy, américaine de toutes expériences, drogue et sexe, et CIA itou, en ajoutant la France profonde des années 50, New York en face dure, Los Angeles, l'Allemagne, Paris, la guerre d'Algérie... avec toujours drogues, commercialisation du sexe et CIA, immuablement – en six actes de trois scènes, comme une succession de tableaux des Mystères, nous embarquer, nous faire galoper ou flâner..... Sur tout cela la langue de Claro, sa façon de rendre sensibles les contacts de matières, goûts, air.. de résumer une société en formules ciselées et efficaces, en passant, par des comportements, des détails, son ironie, son jeu avec le lecteur.
Et, tout à fait au hasard, ou presque, le choix serait trop grand
Nous nous prenons d'abord nous-mêmes en otages, puis nous soudoyons nos idées les plus pures, nous testons leur résistance, avec une certaine cruauté, enfin nous procédons à des échanges, nous prélevons un peu d'argent sur le magot destiné à la collectivité et nous achetons de la poudre, perlin ou pinpin, on s'en fout, avec laquelle nous lavons le cerveau, puis nous l'essorons, et l'eau qui goutte à nos pieds, nous comprenons et proclamons que c'est le fleuve du temps, qu'il coule dans une direction et pas dans une autre, et quand notre vision s'altère, nous desserrons d'un cran le bandeau qui nous gêne.
Ou
ça aurait été déguster, en prenant son temps, pour ne pas en rester au feu d'artifice, au plaisir immédiat L'auteur et moi d'Éric Chevillard.
L'histoire racontée par lui-même d'un homme fugitif, qui peut être accusé d'un meurtre après avoir refusé, injurié, oh combien, un gratin de chou-fleur, par amour pour la truite aux amandes (pas d'accord, personnellement dit Brigetoun), qui rencontre une fourmi, s'en fait rempart, se renforce d'une jeune fille de légende, rencontre un tamanoir et un enfant, récit fait avec la logique loufoque et l'éventuelle mauvaise foi que l'on peut attendre d'un être né de l'écriture d'Éric Chevillard. Mais tout autant, ou plus, et tenant autant de place, plus peut-être, commentaire par l'auteur, justification de ses choix, refus d'être soupçonné de cynisme, d'ironie et de formalisme, théorie du roman, polémiques, adresses au lecteur, portrait sans complaisance de l'époque, vie de l'auteur qui est peut-être Chevillard lui-même (d'ailleurs on rencontre Agathe et sa soeur, ses filles, au coin d'une phrase) en «notes de bas de page», qui peuvent envahir toute la page... sans compter des passages en italique qui s'insèrent avec une liberté apparente, décrivent une autre action, ou sont contrepoints. La haine, la crainte du gratin de chou-fleur reprenant le dessus, tenant lieu de tout.
Le gratin s'est accroché, ayant cette propriété d'adhérer à tout ce qu'il touche jusqu'à la confusion moléculaire. On ne sait pas s'il ronge les surfaces ou s'il s'y enracine ; il s'y trame plutôt, comme le lichen, il y infuse, comme la feuille morte – ce qui vole n'est jamais hors d'atteinte pour lui ; la mouette s'y englue pathétiquement.
….
… puisqu'il est mort pour apprendre encore un chose à l'auteur, après lui avoir appris la vie, pour lui apprendre la mort, que l'on meurt, ce que l'auteur croyait savoir, sur quoi l'auteur écrivait volontiers et qui lui fut révélé pourtant quand son père mourut, qui lui fut révélé comme s'il n'en avait jamais rien su, cette révélation aussi surprenante que l'eût été pour lui celle d'une vie sur la lune, une révélation stupéfiante, douloureuse, car c'est aussi le fils qui meurt quand meurt le père, tout ce temps partagé qui d'un coup rejoint le passé révolu, la préhistoire, c'est la vie du fils qui se fractionne, qui soudain n'est plus enclose dans celle de son père et désormais s'inscrit dans le vide..
ou
parce que c'est relativement court, parce qu'il y a le rythme d'un polar, parce que son thème est le bienvenu, parce qu'il y a une femme drue, chaleureuse, dure, et émouvante, parce qu'il y a de beaux portraits en quelques mots, parce que c'est Didier Daeninckx La route du Rom une histoire du poulpe, où il intervient à côté de ses amis roms en butte à la bêtise cruelle des habitants actuels et passés (camp sous l'occupation) d'une petite ville.
Quand je disais «sous-merde», tout à l’heure, j’exagérais pas, c’est ce que nous étions, tous ceux de notre peuple. Juste au-dessus, à peine plus fréquentables, on trouvait les Allemands de Saxe et de Rhénanie, à égalité avec les pédés, ensuite les politiques principalement des communistes. Les maîtres du jeu, c’étaient les cinquante droits communs, c’est eux qui faisaient le boulot de l’administration du camp.
Et pour ne pas achever de lasser, je garde mon dernier petit groupe de lecture, et la photo, l'attitude qui les réunit, pour un autre jour.
Ce fût le sol de la cour humide après une ondée, ce furent des moutons blancs flottant dans le ciel bleu au dessus de la cour. Ce fût ce qu'on appelle je crois beau temps variable.

jeudi, mars 18, 2010

Ô ma belle, il est beau ton fils. Tiens toi bien droite, à l'abri. Parce que, pardon, il faut que je te dise - je ne sais pas comment - désolée suis - mais voilà, je viens de voir ta soeur. Et il était mignon son fils, elle le tient bien, elle aussi - je ne sais pas comment d'ailleurs. Seulement tu sais, ben, elle, elle ne va pas très bien.

Quant à moi, suis trop maladroite, trop vieille, trop égoïste pour cela.

Et je reprendrai mon chemin – doucement – en goûtant la venue, enfin, du printemps, sans trop le dire, pour ne pas lui faire peur,

parce que la fin de l'hiver, la lumière blanche, la prière des arbres c'est souvent beau, certains l'affublent de romantisme, mais, réellement, franchement, de tous mes os, de ma peau, de mes yeux, j'en ai assez.

J'ai eu, mardi, une impression de familiarité en lisant, chez Joachim Séné, «J’ai laissé tombé la lecture de Choir, temporairement. Ce sombre sarcasme, cinglant d’humour noir, je connais ce monde,.... « voir http://www.joachimsene.fr/journalecrit/2010/03/16/choir-chu-rechappera/

Moi aussi, je l'avais abandonné, pour reprendre souffle, surtout parce que le monde notre me sollicitait un peu, et que j'avais lâchement, besoin de m'en abstraire, mais ces intervalles n'ont pas dépassé un ou deux jours, et, moi aussi, j'y suis revenue, parce que c'était évident.

J'ai alors, émergeant en cette fin de journée vide, repris les dernières pages, replongeant dans le désespoir qui envahit, en approchant de la fin, le scribe, avec plus de prégnance

«Lorsque nous nous mirons dans Choir, nous voyons Choir encore. Et nous luttons contre le sommeil – plutôt rester éveillé dans Choir – tant est grande notre crainte de rêver de Choir, et nous réveiller alors en sursaut dans Choir.

demain tout ira mieux

hélas

car viendra ensuite après demain

et la cruauté froide du souvenir.»

et, curieusement (?) alors que l'évidence de la parenté entre nous et les habitants de Choir m'était plus forte, l'évidence de la force du livre m'a convaincue. J'ai tenté de résumer mes impressions, brièvement, et maladroitement, passant sans doute à côté d'autres lectures plus pertinentes, j'ai mis le résultat dans un coin de Babelio, et je le reprends (avec quelques citations)

"Choir" cet univers atroce, puisque tel est son nom, Choir ce livre hors genre, héritier de Beckett et Michaux et fils de Chevillard, monde où tout mouvement est inutile ou plutôt où tout effort aboutit à une aggravation, et qui avance sur trois niveaux entrelacés souplement.

«Une seule ambition pour les habitants de Choir, notre seul projet, quitter Choir. C'est formulé ici avec mesure, froidement, pour la chronique. En temps normal, nous le hurlons;

BONDIR HORS DE CHOIR !»

«Nous supposons cependant que Choir est une île, un anneau de récifs enseveli sus le sable et fermé autour d'une mer intérieure. La controverse commence lorsqu'il s'agit de déterminer quelle est la mer intérieure et quelle l'autre, l'extérieure, l'environnante..»

La description minutieuse, le constat navrant où le scribe trouve fuite en s'occupant, en se trouvant une raison d'être autre que l'entretien presque tendre de Calmar, cet outil d'observation impossible, fuite aussi dans un rire sarcastique, celui là même qui est notre tentation quand nous avons par trop le soupçon que ce monde de Choir, y compris avec les bonnes volontés et les craintes et affrontements, les règles qui unissent ses habitants, pourrait être notre.

«Quand le rire découvre nos dents, pareillement, nous en profitons pour mordre. Car, oui, nous connaissons la solidarité, à Choir, et mieux même, la convoitise. Le malheur de l'un fait le bonheur de tous les autres, axiome qui se vérifie aussi à l'envers. A Choir, au reste, la réciproque est toujours vraie.»

«Nous ne mangeons pas d'âne, mais c'est aussi par scrupule de conscience : comment dévorer en effet notre fidèle et endurant compagnon aux cils soyeux, aux gros yeux humides, sachant quel infect purin nous l'avons toute sa vie forcé à boire ? Et nous sommes si émus de voir le ver se trémousser d'aise dans notre paume que nous le coupons en deux pour être trois à nous réjouir.»

Les invocations adressées à Ilinuk, leurs scansions, leur lyrisme digne des prophètes.

«Orée, Entame, Bourgeon, Aube, tous les départs, Ilinuk ! Lauréat du plus gros potiron ! Extra-fine Illusion ! Lanceur d'oies ! Imputrescible salaison ! Algue dans le fer ! Ilinuk ! Cheval de nuages, Ours de neige, Papillon de cendre et de toutes les autres farines la brioche insécable ! Petite Lune dans la nuit et déjà morte, ô Iinuk, fils du Chameau dyspepsique et de la Loutre noyée, reviens !»

Le récit-conte écouté bouche bée (et certains bien entendu font les forte têtes, le refusent comme mensonge ou simplement comme ennuyeuse répétition dont les jeunes doivent se libérer) de la geste d'Ilinuk par Yoakam, qui réveille l'espoir du retour, de la délivrance, de l'envolée générale hors de Choir.

«Il avait grandi, ses muscles se développaient, mais il restait étonnamment fin. Sa silhouette élancée contrastait avec les nôtres, plus trapues, voûtées.... Du fait de sa haute taille, il donnait toujours l'impression de regarder au-dessus de nous, ou au-delà, plus loin.»

Que cette issue par l'espoir, que la ferveur des appels, soient sans objet, ne débouchent que sur le pire dépassant la détresse, n'est qu'une façon de clore, de parfaire ce monde, ce livre, car pour nous lecteur, pour faire de cette possible fable chose éventuellement éveillante mais de toute façon assez délectable pour que nous ne nous évadions qu'en faisant des pauses - mais nous reprenons la lecture immanquablement - il y a le plaisir, souvent la jubilation, et l'admiration de l'écriture, de la construction.

dimanche, novembre 15, 2009

Au terme d'une journée un peu brumeuse, un rien dolente, obstinément oisive, sans assez d'esprit pour en avoir honte, je le rencontre en cherchant une image, le regarde et le trouve bien trop peu indéterminé pour avoir la présence nécessaire.

Non, ce n'est pas « Palafox » qui, sous prétexte qu'il a été écrasé, à la fin du livre qui m'a tenu compagnie à mes moments de lucidité, et qu'il n'est donc peut-être, on peut le supposer, jamais sorti de ces pages, se refuse toujours à être identifié, à se manifester « même si nous n'ignorons pas qu'il peut vivre fort longtemps sur les réserves de graisses stockées dans ses deux bosses (lesquelles contribuent accessoirement à lui donner cet aspect repoussant déjà si souvent mentionné).... Quelques plaisantins prétendent l'avoir aperçu, qui s'avèrent incapables de le décrire ou crayonnent des portraits-robots fantaisistes, plus ou moins inspirés de l'ornithorynque, du tamanoir, du coelacanthe... D'autres pistes qui semblaient plus sérieuses nous conduisent, la première à une poularde, la deuxième à un mouton noir, la troisième à un ragondin. » et puis il y a eu ce témoin qui « a bien failli aplatir un étrange petit animal lumineux, à fluorescence verte, qui lui a échappé de justesse et c'est envolé en zigzagant dans la nuit. Nous identifions Palafox, la description concorde, ça ne peut être que lui, il se sera dépouillé de sa fourrure hivernale ».

Mais les paysans, Algernon, les savants, Maureen, Olympie et leur scribe Eric Chevillard, s'égarent ou nous égarent, parce qu'il ne faut pas oublier que Palafox a une masse considérable et fuselée qui nécessite des quantités hallucinantes de plancton pour nourrir son gouffre, sans compter qu'il présente une certaine parenté avec un sanglier et que, après une mue, il apparaît « comme neuf, avec ses écailles lisses et luisantes, son dos vert amande orné de losanges noirs qui forment un zigzag parfait de la tête à la queue, les chevrons rouges de ses flancs, son ventre blanc crème immaculé », lui qui, toiletté à la lion, a remporté le premier prix grâce à sa belle couleur orange.

Il reste une constante, sa férocité, ou celle qu'on lui attribue, le soupçonnant de tous les crimes en y ajoutant « les troupeaux décimés, les greniers pillés, les étangs vidés, les basses-cours, bergeries, porcheries mises à sac et les vignes, les vergers dévastés, puisque le porc ne réussit pas les desserts.. » et une battue a été organisée : « les chiens paraissent déconcertés, désarroi rare chez le chien de chasse, en quoi il s'apparente à l'hippocampe, peu impressionnable lui aussi et qui ne s'en laisse pas conter lui non plus. »

Mais il me semble que ce jugement est un peu sommaire, il ne faut pas oublier que Palafox est un délicieux animal de compagnie, amoureux de sa jeune maîtresse Maureen ni qu'Olympie parvient assez bien à lui donner des habitudes de vie, à s'en occuper. Et puis, vraiment, vous trouvez qu'il a l'air féroce ?

vendredi, septembre 25, 2009

ça commence par "le boucher"

"j"ai faim de viande, moi. Nous sommes entre carnassiers, ce tourment doit être connu. Je mordrais bien dans un beau quartier de viande, mais quelle ? J'hésite devant tant de choix.."

et, en y pensant, j'ai fait un tour devant un des étals de boucher des Halles ce matin, visite très inhabituelle, et photo prise suis partie vers des sardines, des pommes de terre terreuses et un coulommiers tendre à souhait, enfin pour des nourritures qui me conviennent mieux.

- ça : "dans la zone d'activité" d'Eric Chevillard http://www.publie.net/tnc/spip.php?article137 republiée chez Publie.net, cette série de 28 métiers évoqués à sa façon inimitable, en courts textes d'une à trois ou quatre pages.

Comme le maître-nageur" : "On ne l'a jamais vu dans l'eau. Sait-il seulement nager ? On l'ignore..."

ou le mathématicien : "Deux fois deux fois treize plus cent douze fois cinq divisé par trois moins soixante-teize fois..." etc..

ou le notaire, qui, après tous les qualificatifs plus ou moins comiquement acerbes et convenus, se termine par :..."Cest un notaire guitariste qui endort ses enfants en chantant. Oh le beau, le beau notaire !

Mon père."

Et, tout à l''heure, après avoir vidé des sardines, les avoir ouvertes et mises à attendre dans un plat, je regardais la moisson de photos de l'autre jour, puisque certaines pourraient illustrer des métiers, avec la vague idée d'en dire moi aussi, sans son talent ni son esprit.

Mais bien entendu, raison ou paresse, j'ai abandonné. Il y avait bien le mot "archiviste" et ce couloir entre une enfilade de rangées de rayonnages,

mais, face à lui ne me venait que le souvenir du frisson d'excitation qui m'avait saisie en descendant les quelques marches du petit vestibule, et mon soupir en y pénétrant, parce que l'odeur était un tel plaisir, et puis, en remontant, la petite salle légèrement morne et décrépite, les garçons installés devant leurs ordinateurs et l'amusement de faire venir des images du passé de la ville.

mais il était là, lui aussi.

Et l'oncle Bernard, retrouvant son filleul qu'il avait un peu délaissé depuis quelques années, a savouré la petite complicité qui se renouait entre Julien et lui - en y réfléchissant, il a trouvé cela normal, son autorité, son prestige et, pourquoi ne pas en convenir, ce charme qu'il dégageait malgré lui, ne pouvant que lui conquérir l'admiration éperdue de ce gamin.

Pour l'en récompenser, et pour s'en récompenser, il a voulu lui faire un cadeau ; en se promenant dans la ville - et il en reprenait possession au rythme de ses pas - il en rêvait vaguement.

Il s'est arrêté devant une vitrine où sur un fond de feutrine ou de velours sombre se détachaient, des spots éveillant de chauds reflets sur leurs bois, des violons et des altos, brillaient l'éclat blanc de flûtes, la chaleur profonde des cuivres, et il s'est souvenu que sa soeur aimait la musique, autrefois.

Il a mis la main sur la porte, et puis s'est arrêté au moment de la pousser, a murmuré "mais, j'y pense..." et le soir, dans une conversation molle d'après dîner, avec l'appui enthousiaste de sa soeur, il a convaincu le garçon de son envie de faire la musique, a ridiculisé l'idée du violon - et sa soeur a bataillé avant d'en abandonner l'idée avec un soupir - trouvé un peu vulgaire la trompette, un peu trop féminin la flûte, trop compliqué, et disons le un peu trop cher, le saxo, oublié les bois et conclu "tu va voir".

Et le lendemain il a posé sur la table du salon un grand étui en disant "c'était à ton grand père".

Son frère a levé la tête: "ah ?", et puis, devant l'instrument que Julien sortait avec un air perplexe, "c'est vrai, j'avais oublié, mais..."

Et dans l'imagination du garçon s'est écroulé le rêve de concerts écoutés dignement, l'instrument posé sur ses genoux, de courtes interventions glorieuses, et de cette merveille, le plaisir un peu comique de l'égouttage énergique, pendant que les violons se pâment lyriquement au premier plan.

jeudi, août 27, 2009

Paresse, donc très long - en exploration
Quelques nuages et presque de la fraîcheur mercredi matin, (et un orage un peu avant cinq heures, aura-t-il amené le petit peu d’eau qu’espéraient les vignerons pour parfaire le raisin, juste avant les vendanges imminentes ?)
Suis partie en quête d’un journal et d’un nouveau lave-pont, et suis revenue, des heures plus tard, avec un mélange balais-pâtes-livres, où manque « la vengeance du traducteur », non encore paru, remplacé par un petit tas de poches.
Et, paresseusement, longuement, je reprends, en attendant d’y mettre le nez, la première phrase, et un passage de la page 67 de chacun d’eux.

« -Ah ! les voilà.
Le père pose son stylo et se lève…. » (triché)
« La tortue sombra dans les profondeurs. Urashima se ressaisit, étendit les bras, fit un pas en dehors de la passerelle et se sentit agréablement aspiré vers le bas, les joues caressées par une brise rafraîchissante. »
Dazai Osamu « le Mont Crépitant »
« Madrid est plein de garçons nommés Paco (Paco est le diminutif de Francisco) et l’on raconte en ville l’histoire d’un père qui vint à Madrid et fit paraître dans les petites annonces du journal El Liberal les lignes suivantes : « Paco, vient me voir hôtel Montana mardi midi. »..
« Macomber restait là, envahi par une légère sensation de nausée, et ses mains, qui tenaient le Springfield toujours armé, tremblaient ; sa femme et Robert Wilson l’avaient rejoint. »

Ernest Hemingway « la capitale du monde »
« Dans leur petit pavillon de banlieue, les Claxton menaient une vie de la plus haute spiritualité. »…
« Enfin, nous découvrîmes que le seul moyen de communiquer avec nos propriétaires, qui vivaient dans la même maison que nous, était de descendre à Florence et de leur envoyer une lettre recommandée par exprès. »
Aldous Huxley « le jeune Archimède »
« Le téléphone a pu sonner deux fois, Vito savait qu’il ne décrocherait pas »…..
« Hors du circuit des hôtels habituels, le Parc Palace est une résidence calme et retirée, souvent fréquentée par des clients incognito, trop riches et trop puissants de toute façon pour être connus du grand public. »…

Jean Echenoz "Lac"
« « Je peux te prêter mon bras droit pour un soir » dit la fille »…
« C’est vrai. Quand j’essaie de le lire, ça me paraît très cru, et j’ai envie de le laisser de côté, comme un type qui aurait écrit son journal n’importe comment sans rien comprendre à la vie. Les aveux de Saburo Yamabe ne sont que vantardise, je trouve.»
Yasunari Kawabata « La Beauté, tôt vouée à se défaire.
« Décapsule-t-on un œuf, ou quoi, comment nommer l’opération délicate qui consiste à faire sauter le quart supérieur, prétendu supérieur, à l’aide d’une cuiller à café ? »….
« La harde n’était plus très loin ; les ronces s’offrirent à nous accompagner, comment dire non et surtout que prétexter ? Les chevreuils nous échappaient. D’une certaine façon l’ex-Chancelade paya pour eux
. »
Eric Chevillard « Palafox »
« J’ai un doute tout de même. »…
« Il n’y a plus de sens maintenant, mais, maintenant, je sais que la vie n’a aucun sens.
Sous l’impulsion de Montaigne, j’ai aussi repeint le plafond de mon appartement. »….
Vincent Delecroix « La chaussure sur le toit »
«Tu vas avoir quatre-vingt deux ans »….
« Peu après notre emménagement dans la maisonnette, tu as adopté un chat gris tigré qui, visiblement affamé, attendait toujours devant notre porte. Nous l’avons guéri de la gale. »…
André Gorz « Lettre à D. »
« AUJOURD’HUI, NOUS SOMMES LE VENDREDI 5 AOÛT 2005 »…
« Alors que je traverse le petit village de Nea Makri, des personnes âgées installées dans un café en plein air, occupées à boire lentement leur café du matin dans des tasses minuscules, me regardent en silence lorsque je passe à côté d’elles en courant. Comme si elles assistaient à une scène historique pas très brillante. »…

Haruki Murakami « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond »
« Cet incendie du Hilton comme allégorie de la ville, et la ville comme allégorie du monde : où étions-nous, quelle ville, quel monde, qui soudain basculait dans son envers ? » …
« Griserie de ces moments où un livre attrape tout, les rêves de la nuit, les insomnies qu’il provoque, ce qui t’arrive dans la journée et même ce type qui va venir te parler, là, sans que tu ais rien demandé. On marche dans une ville inconnue, et ce qu’on voit répond au livre, l’intègre. »…

François Bon « L’incendie du Hilton »
« Je pars. »….
« Nos vies sont ainsi faites que les livre, lorsqu’ils les affectent, ne les affectent que peu, happées qu’elles sont (nos vies) par mille choses hypnotiques qui nous prennent à leur piège.
Nos vies sont ainsi faites… »

Lydie Salvayre « BW »
Et les deux derniers ne sont pas sans lien, ne serait-ce que par la lecture enthousiaste du second par François Bon.
Mais, pour le moment, je viens de commencer, et j’ai encore envie d’y cheminer, « Le silence des chiens » de Jacques Ancet.
Comme les premières pages, et la présentation sont sur
http://www.publie.net/tnc/spip.php?article259, j’avance dans la longue phrase et je prélève, page 67, ceci :
« . la danse d'ombres sur le mur, plainte aussi, murmure, quelque chose d'indéfinissable, un peu comme le vent, un animal blessé, des pleurs ou, simplement, un son pur de tout sens ouvrant un espace vacant, grisaille lumineuse, écoute, basse lancinante à la racine du silence, tambour muet, rythmant quelle danse, apparitions, disparitions,… »
Et grand pardon vous demande, à vous, et au tas de chemises et jupes à repasser.

lundi, août 10, 2009

J'étais là, je ne pensais pas, ne le voulais pas.
L'était le vide, ni bien, ni mal, comme ça.
Peut-être que je pensais un peu, un petit peu, oui, tout de même, je ne sais pas, j attendais.
Peu à peu, au coin, là, à coté de mon oeil, j'ai cru percevoir une vague lueur, j'ai repris mes yeux et j'ai regardé.
Sur le sol, autour de nous, et peut-être sous nos pas, une petite multitude (je sais ça ne se dit pas ou pas comme ça) de coeurs, de couleurs tendres, gentillets, mais pas trop mièvres, pourquoi semés là...
Le reste, la trace d'une noce, petits souhaits qui se voulaient vrais, oubliés.
Alors, comme les mariés, leurs amis, et tous les amis de leurs amis, que j'imaginais, puisqu'aussi il était temps, j'ai avancé, les ai piétinés.
Ils ne m'intéressaient pas, je n'étais pas concernée, et d'ailleurs ils restaient là, sur ce sol, ne collaient pas à mes semelles, bouts de papier qui avaient pris leurs habitudes, qui s'étaient fixés.

Et la nuit est venue, s'est étalée, a régné, est partie, et dans le jour j'ai levé les yeux et j'ai vu cette maison qui nous dominait, et je l'ai aimé, je pense, un peu.
Puis je suis revenue au livre entre mes mains, qui allait à cette nouvelle journée, juste à mon présent, et même pas à cette maison, sauf par une malice du hasard, va savoir :
"- Voici le chantier de ma maison. Je n'ai pas attendu la fin de travaux pour m'y installer, puisqu'elle est habitable, j'ai emménagé hier. Comme vous voyez, le plus gros est fait, ajoute Crab qui désigne pourtant un vaste terrain nu dépourvu de toute trace d'habitation. Mais à ceux qui s'en étonnent et tentent de lui démontrer que la construction de sa maison n'a toujours pas commencé, il réplique : - L'entrée et la sortie y sont, toutes les fenêtres aussi, grandes ouvertes, le reste est un luxe dont je me passe très bien.... Puis s'étend à même le sol, à même le ciel, et s'endort.
Crab est le dernier sage, son corps sans désirs n'a d'autre projet que vieillir, vieillir sans trêve et jusqu'au bout."
là, ce n'est rien, juste un point, et puis un passage, pour revenir en arrière, au début de ce livre qu'avec le privilège que me donne ma longue fidélité à un mélange de "romans à énigmes" et de lettres du 18ème, privilège de découvrir ce qui a été lu il y a plusieurs années, de lire comme neuf le passé des auteurs, et de tomber sous le charme de "la nébuleuse du crabe" d'Éric Chevillard, et de Crab, dont j'aimerais être soeur, sans en être vraiment capable, faute de me surveiller.
"D'un autre côté, Crab n'est pas de ceux qui disent : - On ne saurait comparer telle et telle chose. Il ne voit pas ce qui pourrait l'empêcher de comparer par exemple un chien et une aiguille. Rien de plus facile au contraire que de relever leurs différences, avantages respectifs et qualités particulières, et autres caractéristiques de taille, de poids, de volume, etc., qu'il lui suffit ensuite de confronter et de mettre en balance, alors Crab tranche avec autorité en faveur du chien ou de l'aiguille, du soleil ou du cendrier, de la haine ou de l'orange, de la campagne ou du parapluie, de l'exil ou de la lecture, de certain philosophe ou du plomb....
S'il est parvenu à la conclusion que le chien supplantait l'aiguille, dans l'absolu, que le chien est globalement supérieur à l'aiguille, et qu'il doit recoudre un bouton, Crab utilise le chien."

jeudi, juin 11, 2009

mercredi matin, un peu de l'autofictif d'Eric Chevillard http://l-autofictif.over-blog.com/article-32464814.html:
"La spirale du vertige creuse le socle le plus dur comme une vrille pour retrouver le vide au-dessous."

du kitch
de la promotion pour l'agriculture locale (les cerises ne sont plus cueillies parce que vendues moins chères que les frais nécessaires)




cette phrase merveilleuse de la blanchisseuse qui ne retrouve pas trois paires de drap et une housse de couette : "c'est pas grave Madame" et cette pensée d'une Brigetoun dépitée : "ben tout de même, c'est sot mais on s'attache" - enfin elle devrait chercher et il me reste la possibilité d'un scandale (et d'achats)
assise sur la table de la cour, j'ai suivi les "portraits d'un éphémère" de Jean-Michel Maulpoix jusquà ce que la lumière décline trop et que, pour rentrer, je ferme le livre sur :
"Il aime cette façon qu'ont les mots de se tenir serrés les uns contre les autres sur la page, comme ceux qui discutent au café sans se connaître et qui oublient alors combien leurs vies sont séparées, à cause des mots précisément qui ouvrent un peu les coeurs et les rapprochent de la lumière. Si l'on se laissait aller, on parlerait bientôt du ciel et des anges. Avec empressement, on prendrait d'autres mains dans les siennes. On poserait sa tête sur une épaule. On s'endormirait par mégarde, dans un heureux brouillard d'alcool et de tabac, délivré de soi et de tout".

jeudi, mai 28, 2009

"Elles se répandent dans les rues de nos villes, semant la terreur et le malaise avec leur casque de cheveux bleus ou mauves, leur visage scarifié, leur véhément délire. Ce sont les vieilles dames qui sortent de chez le coiffeur"
début de l'autofictif du 27 mai http://l-autofictif.over-blog.com/article-31913860.html et me voilà résolue à ne pas commencer à recourir aux services de ces artistes -
par contre j'y ai trouvé une utilisation pour la photo prise en pensant aux Notules de Philippe Didion, http://pdidion.free.fr/notules_2009/notules_2009_mai.htm , quatre ans après qu'il en ait reçu une semblable.

Belles rafales de vent mercredi matin, que cette photo montre mal,
emmenant avec elles les papiers arrivant en vol plané dans ma cour, et les rameaux que mes pieds effleuraient,
me donnant, sonnée que j'étais par mes petites luttes inégales contre leurs brusques forces, une démarche de vieille femme légèrement grise, en arrivant sous le porche de la vieille Préfecture avec mon sac de marché découvrant, dans la cour, la grâce un peu sèche d'un macaron et une jolie imposte, titubant encore un peu en pénétrant dans le salon où se tenait "éditer en Vaucluse"
Et puis j'ai flâné un peu, eu des envies d'achats, échangé quelques sourires et mots, cédé simplement, en l'absence momentanée de l'éditrice, la dame de "Cousu main" http://cousumain.wordpress.com/ , devant une petite chose, joliment précieuse, "Vertébrales" d'Ophélie Jaësan, avec de belles photos et des poèmes, dans lesquels me suis glissée - et j'ai aimé.
"Avec mes yeux de pluie, de l'eau
troublée par une portion de ciel"...

mercredi, avril 01, 2009

"Internet, agora où nous allons devisant avec des amis de rencontre, ponctuant notre dialogue philosophique d’un grain de raisin sucré gobé à la même grappe ou d’un baiser (et la brise froisse un peu nos toges, à moins que ces effets de drapé ne soient de simples jeux de lumière sur nos écrans). Puis un gorille d’une bourrade met fin à ce désordre et rétablit la foire d’empoigne"
premier élément du tercet de l'autofictif du 31 mars
http://l-autofictif.over-blog.com/
Qui dit mieux ?
petite incursion, en quête d'un médicament, d'un journal et d'asperges, dans mon proche univers - le frais est un peu moins sensible que je ne le pensais, et le micocoulier (je crois) du carrefour commence timidement à risquer ses premières feuilles
Écouté avec fascination les absurdités qui se disaient à l'assemblée, et le combat sans espoir (sauf un amendement) de l'intelligence de tous bords contre le front buté de la Ministre, la sotte suffisance du tout mignon rapporteur, et la puissance du nombre (l'UMP faisant venir en séance le nombre adéquat de députés frais et innocents avant les votes, entrant et sortant en groupes pour ce seul moment). Et en fin de journée, pour me nettoyer, Mozart et la Clémence de Titus à l'Opéra.
une co-production avec l'Opéra de Rouen - l'OLRAP et le choeur de l'Opéra d'Avignon, dirigés par Jonathan Schiffman, un beau décor de Denis Fruchaud - deux grandes volées de marches qu'un panneau masquait brièvement pour marquer la fin des actes, et de belles lumières - une mise en scène un peu approximative - un Titus qui a eu des malheurs dans son grand air, mais des voix qui se mariaient bien dans les beaux ensembles (et la seconde partie, à part Titus, m'a donné des moments de grand plaisir), Caroline Mutel jolie voix et jolie silhouette dans Servilia, une Vitellia Ermonela Jaho puissante mais plus habituée à chanter du bel canto, et celle que nous avons vraiment aimée, mes voisins qui d'opéra en opéra deviennent des amis et moi, Karine Deshayes dans le rôle de Sesto.

mercredi, janvier 28, 2009

"Certains retraités, après toute une existence laborieuse, ingrate et routinière, se jettent à corps perdu dans l’étude et ne vivent plus que pour l’amour de l’art. Livres, concerts, théâtre, cinéma, musées, ils deviennent en quelques années de parfaits érudits avisés et omniscients, pourvus en somme de l’instruction que les pédagogues s’acharnent en vain à donner aux jeunes gens afin de les armer pour la vie, alors s’abîment dans le gâtisme, la décrépitude et la mort." http://l-autofictif.over-blog.com/article-27217632.html "l'autofictif" d'Eric Chevillard.
Désolée, cher grand esprit, mais mon expérience est autre, légèrement, et ma fréquentation des théâtres, salles de concert et expositions était bien plus intense au temps de mon labeur hautement ingrat, puisqu'elle était ma seule fenêtre (et que pour la découverte d'une musique contemporaine ou d'un raffinement délicieusement intelligent, instrument de délectation et d'évasion, pour l'éveil de ma curiosité, Paris et ma bourse de l'époque étaient nettement plus favorables que mon tant bel Avignon - que mes cartes de la Grande Masse, quelques années, puis des Amis du Louvre, me facilitaient des accès, comme le laisser passer de Pompidou, et je sais que si je passais à Paris quelques jours je ne visiterais aucune des expositions qui me tentent à distance, incapable que j'ai toujours été, et plus encore maintenant, de supporter de me ranger dans une file, et attachée que je reste à mes visites répétées pour déguster lentement les oeuvres, aux heures creuses)
Restent les lectures, et l'immensité de mon retard, mais je retrouve ces jours ci l'inaptitude, certains soirs, à entrer, comprendre, goûter certains textes - et je reste, comme je l'étais en mon adolescence, incapable de lire ou d'écouter quelque chose parce que "cela doit m'apporter" quoi que ce soit, me fiant à ma seule fantaisie.
J'aurai tout de même appris, ici, à tenter de trouver des qualités à certaines musiques, comme l'opéra du 19ème (sauf les Verdi "de chambre ou presque comme Falstaff, Othello etc...)

Ce qui ne s'applique pas à Offenbach, surtout quand il est bien interprété, source de jubilation pure, et spécialement pas à ses ambitieux "contes d'Hoffmann" dont suis allée voir la version locale ce mercredi soir. (co-production avec l'opéra-théâtre de Metz).
avec un décor unique d'Éric Chevalier, qui signait aussi la mise en scène (de jolies idées dont l'absence de rideau et l'enchaînement du prologue et de l'acte 1 avant l'entracte (que c'est long sans cigarette, du coup j'ai colonisé une mère et ses élégantes filles) et ensuite les actes 2 et 3 et l'épilogue

des costumes légèrement stylisés et légèrement improbables de Dominique Burté, un bon travail des choeurs (avec parfois un curieux effet de ségrégation, les hommes regroupés sur le plateau et les femmes, qui interviennent peu, s'éventant dans les galeries), un Hoffmann aguerri que, j'en suis désolée, je n'aime guère, comme souvent les voix de ténor - mais bon dans les ensembles comme le très beau trio de l'acte 2 avec le Docteur Miracle (Nicolas Cavallier que j'ai par contre apprécié, et qui chantait également Lindorf, Coppelius et Dapertutto) et la toute belle et bonne Michelle Canniccioni en Antonia - l'Olympia de Mélanie Boisvert, ridiculement vêtue comme il se doit, spirituelle, voix virtuose qui reste cependant toujours agréable, etc... de bons interprètes.
Malgré tout je me suis un peu ennuyée pendant le prologue, trouvant, malgré de bons ingrédients et une certaine force (peut-être un peu uniforme) l'ensemble assez plat. Comme cela s'est nettement amélioré, j'étais sans doute passablement en cause.
retour un rien crevée à minuit moins dix dans un vent qui, sans être, bien entendu, de la force de celui de la tempête, se vengeait de mon dédain, et j'en tremblote encore en notant ceci.
Et l’inquiétude pour les gens que j’aime se dissipant un peu, j’avais l’esprit libre et j’ai les 7/8ème d’une bouteille de Gigondas dont je ne sais que faire
.

dimanche, janvier 18, 2009



"Nous vivons parfois dans la sphère domestique d'éprouvantes régressions, comme si le temps était pris de spasmes, de caprices ou de regrets, nous nous trouvons brutalement ramenés deux ans, dix ans ou vingt ans en arrière. Il suffit d'une panne de l'un des ingénieux systèmes d'exploitation désormais intégrés à nos existences : magnétoscope, graveur, ordinateur, Internet, et soudain nous décrochons de notre époque, nous n'y sommes plus, de là ce désarroi qui pourrait sembler disproportionné s'il n'avait d'autre motif qu'un petit souci technique."
l'autofictif d'Éric Chevillard http://l-autofictif.over-blog.com/ n° 449
clin d'oeil, vendredi matin, en allumant l'ordinateur, après une petite station au dessus du radiateur dans l'air qui se dégourdissait, réveillée par la lumière perdue depuis qu'à minuit l'électricité nous avait abandonnés, juste après que j'ai fini de faire ma cuisine.
Et m'en suis allée dans le noir à la chasse aux bougies pour pouvoir lire et me sentir accompagnée, pendant que je croyais sentir le froid s'installer, et que mes oreilles bourdonnaient de silence.
mais ne sais si c'est une réaction (suis certaine que non à vrai dire) je me suis déconnectée de la vie et du monde, et au moment de partir vers le Chêne noir assister à une comédie intitulée "sans fil" un ennui invincible et certainement injustifié m'a saisi et je me suis sentie incapable d'aller m'intéresser, même de façon ludique, à l'utilisation que mes contemporains font des portables (bien peu concernée)
une vacance, une tendance à rester en contemplation devant le mur, que je ne voyais pas, qui a duré toute la journée de samedi, avec juste une incursion vers la place de l'horloge (j'étais sortie pour un concert Mendelssohn à Saint Agricol et j'ai trouvé cela totalement inutile pendant les quelques pas qui m'en séparaient) pour voir le ciel vaguement gris commencer à se déchirer sur les arbres, et il était redevenu bleu dans l'après-midi quand j'ai levé des yeux un peu plus aiguisés, après avoir goûté les quelques pages fraternelles de l'"histoire de la libraire" de François Bon, sa découverte des livres, du monde des libraires, de cette foule à découvrir, des livres de poche, et ces lignes où je me suis retrouvée (en inversant Flaubert et Balzac)
"Pourquoi je cale à Proust ? Pendant plus d’un an je tourne autour, j’essaye de lire, je ne comprends pas. J’ai quand même vingt-six ans, mais je n’ai pas les clés. Peut-être il me manque l’échelon Flaubert, l’échelon Nerval.
Grande crise Flaubert, profonde. Et puis n’y plus revenir : comme un bon copain, content de le revoir mais on n’est plus sur la même route. Nerval et Balzac, oui. J’ai des trous énormes. J’ai basculé au lycée dans le surréalisme, mais Baudelaire et Rimbaud connais pas. Je découvre enfin Baudelaire via Benjamin. Là aussi, je vais lire au cimetière, cul sur la tombe. Trente ans plus tard, j’y retourne au moins une fois l’an. Rimbaud je le lis à Prague, printemps 1978. J’ai la clé. Je suis prêt pour Marcel Proust, mais sans savoir pourquoi il fallait ces clés..."
et puis, je ne me suis pas assise sur la tombe de Baudelaire, mais je l'ai réellement lu tard (et pas encore entièrement) et ne viens que depuis peu à Rimbaud (prévention contre une icône pour jeunesse qui se veut libre, préjugé stupide una vez màs)
Et toutes ces librairies qui me font rêver et que je ne connais pas (sauf l'Arbre à lettres parisien) et où j'ai toujours peur du regard, jugement, conseils du libraire (je n'aime pas que l'on intervienne quand je joue avec la tentation qui me vient des livres, jusqu'au moment du choix).
Mais, lui, les librairies, il y va depuis longtemps aussi pour lire ou écouter des auteurs, qu'il connaît peu à peu, lire. En commun, tout de même, la détestation des chats et du téléphone.