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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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jeudi, juillet 11, 2013

Festival – jour 5 – bons sujets à vif, la fin du western en Côte d'Ivoire, Marthaler et King Size


Un ciel d'une beauté charmante pour démarrer ce mercredi.. pendant lequel ai pris beaucoup trop de photos - ai essayé d'en jeter (réussi très partiellement) - ai vu des spectacles qui me plaisaient à titres divers – j'aurais des choses à dire mais qui demanderaient trop de temps pour moi et serait vraiment trop demander aux éventuels lecteurs (tenterai de mettre mes idées au net pour moi ensuite) et mots rétifs, survoler, espérer imagination, user du copier/coller, fatigue (mais les jours les plus durs sont les deux prochains... sans doute billets brefs par contre, d'autant que ce seront retours aux petites heures du lendemain)

début de chaleur, une rue qui offre rêve de cascade et de nature en fleurs

s'en emparer et tracer la route au long des rues Joseph Vernet et des Lices pour retrouver le Lycée Saint Joseph et le programme A des sujets à vif

avec créatures conçu et joué/dansé par Dr de Kabal, venu du rap, qu'il élargit et Émeline Pubert (formidable danseuse qui parfois fait sentir sa danse intérieure a de légers frémissements) sous l'oeil (quelle que soit la signification de cette mention) de Farid Berki
….Je vois une exploration dans le son, le verbe et le geste.
Je vois un puits sans fond dont on ne pourrait distinguer que les parois.
Je vois des muscles tendus.
Des gorges serrées.
Je vois des corps qui font des noeuds.
Je vois en fait un chant millénaire, un de ces chants qu'on chante avec la voix et l'âme. Avec l'esprit et le corps.
Je vois un concerto pour bêtes en sommeil au seuil d'un réveil imminent
…..
Je vois la rencontre inopinée de deux créatures sur le programme
lui, son dos tatoué immense dans une cage en verre ou plexi, elle petit tas collé à terre en survêtement bleu gris... rampe vers nous, se redresse pour enlever sa veste, reste en soutien gorge gris beige comme son pantalon, danse au sol,
ils se dansent mutuellement à travers la paroi, il fait musique de sa voix, avec ou sans mots, avec transformation par micro ou non, avec corps etc...
c'est beau... j'ai une page de notes plutôt lisibles mais tant pis je saute,
elle le lave à travers le verre ou plexi... elle rampe par une trappe pour le rejoindre, danse lente qui les rapproche, brusque frénésie... retour calme


et démontage de la cage avec aides et amis, elle lavant le sol...

pendant que je regarde avec une familière amitié l'arbre qui, depuis des années, tente de nous protéger du soleil ou de la pluie, et où je niche mon ennui parfois.. mais pas aujourd'hui parce que j'ai aimé aussi la seconde oeuvre
19 borns – rebels conçue par Mamela Nyamsa (refusée par le ballet classique dès son enfance pour corps trop athlétique, hors normes, ce qui l'a amenée à interroger les enjeux de ce corps, à déconstruire les exigences du ballet classique, à baser son travail sur son expérience.. celle d'une enfant noire, née d'une mère violée puis assassinée, élevée par sa grand-mère qui était domestique, scolarisée dans une école réservée aux noirs et les destinant à servir), joué et chanté par elle et Faniswa Yisa (fine, belle, marquée par sa recherche pour approfondir les cicatrices de l'apartheid) – spectacle tonique et beau.


Résumé de notes : un énorme livre ou classeur ancien dressé contre la scène devant moi - toutes les deux en tenues élégantes Faniswa jupe large et longue rouge devant, bleu derrière, petite veste serrée rouge, bustier bleu sur chemise blanche avec noeud papillon aux couleurs de l'Union Jack, élégante capeline pèche, gants blancs, Mamela jupe jaune, retroussée pour vaquer au début, bustier vert avec bretelles, plus simple, sur chemise à manches bouffantes noires, minuscule chapeau vert accroché presque au coin de l'oeil, gants noirs. Toutes les deux juchées sur des boites de conserve de belle taille, aluminium nu pour Faniswa, grand modèle de Nescafé ou similaire pour Mamela – rudement bel exploit
Elles s'approchent, se toisent, se serrent la main pour finir en bras d'honneur sans appui... elles se reconnaissent comme semblables, chantent révolte de leur enfance, se débarrassent de leur tenue pour se retrouver en petites jupes plissées très courtes mais toujours sur leurs boites, dansent.
Arrive, et là Brigetoun idiotement ne pouvait s'empêcher de trembler sans raison, parce que mes jambes n'étaient pas très éloignées d'eux, deux chiens loups de ceux qui étaient dressés contre les noirs, tenus par leur maître... elles s'agenouillent etc... puis peu à peu les défient (avec réactions évidentes, et c'est là que je me sentais gibier)
Elles attrapent le livre, s'éloignent un peu des chiens (qui à vrai dire étaient en laisse et sous l'estrade) et lisent les statistiques, année par année de la scolarisation des enfants des quatre ou cinq couleurs, je ne sais plus, reconnues par l'apartheid et défient derechef les chiens... etc...

Ce que je ne peux rendre c'est la vigueur, l'humour, l'esprit de leur jeu.

Retour vers l'antre, pour cuisine rapide, par petites rues, saluant quelques théâtres où n'aurai pas le temps, peut-être pas le désir d'aller, en passant au large des acrobates, baladins et autres de la place de l'horloge... déjeuner avec un demi canard-enchaîné, embryon de sieste presque virtuelle

et nouveau départ, en belle forte chaleur

vers la rue des Teinturiers, vivante, très, mais qui cette année (la crise?) n'est pas démente de corps évitant de se bousculer

et découverte que, comme le spectacle que j'allais voir au gymnase du Lycée Saint Joseph est le second d'une série de trois (pas vraiment une trilogie, même si la plupart des acteurs et les deux concepteurs sont les mêmes) le jardin était ouvert, et qu'au lieu de la foule et de la chaleur nous avions le droit de nous installer, de boire (café infect que j'ai jeté, mais ce n'est pas grave, la possibilité était là) ou non, sous les arbres ou sur la petite esplanade.

C'était donc la fin du western, spectacle conçu et monté par Monika Gintersdorfer (ex metteur en scène de grands théâtres allemands) et Knut Klassen, plasticien, qui depuis 2004 gravitent autour du centre énergétique et solaire qu'est le milieu du showbiz de la Côte d'Ivoire et de sa diaspora parisienne et allemande – et joué par cinq africains : Jean-Claude Dagbo alias DJ Meko, Yao Joseph Koko alias Shaggy Sharoof, Eric Francis Parfait Taregue alias SKelly, Franck Edmond Yao alias Gadoukou la Star,
et deux européens dont un meneur de jeu, conteur de l'histoire, en anglais et français, et danseur.

Les cinq protagonistes ivoiriens et leurs deux comparses allemands font le récit de la crise qui a ébranlé la Côte d'Ivoire il y a deux ans, alors que Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara inventaient la double démocratie en revendiquant chacun la victoire à l'élection présidentielle. Portrait d'un État schizophrénique, La Fin du western met en scène des corps qui reflètent les rapports changeants de leadership et s'épuisent dans des paroles et des mouvements contradictoires. Dans cette expérience de la démocratie menée jusqu'à l'absurde, c'est également l'égoïsme des puissances occidentales qui est appelé à la barre.

Un espace, face aux gradins du public, où est dite l'histoire, où a lieu un débat pour lequel l'un prend le rôle de Gbagbo, l'autre de Ouattara, les autres de Wade, ou du président de la commission des élections, où se danse aussi le dédain résigné de la politique et du vote (dans ces conditions) et, derrière le très grand paravent-mur, un autre espace où nous sommes invités à aller voir, debout, des scènes, comme celles où l'un des danseurs-acteurs se trouve aux prises avec les deux présidents de cette double démocratie qui lui donnent des ordres contradictoires, et danses accompagnées par le piano de l'anglais (et j'ai fait trop de photos, plus ou moins bonnes, aucune ne rendant vraiment cette danse qui dérive de ce qui se pratique dans les boites d'Abidjan)

Brigetoun, en forme moyenne, faisait (n'était pas seule) des allers et retours entre le public debout, en essayant de voir, et son siège, mais n'a pas participé aux actions du public quand il fallait s'allonger sur ordre... L'orage a éclaté pendant que nous étions ainsi occupés, et on a ouvert la porte pour amener un peu de la fraîcheur du jardin.

Retour dans les rues qui séchaient, tri des photos, embryon de tour internet, cuisine, douche, et départ, tout près, à l'Opéra

pour King Size le spectacle proposé par Christoph Marthaler, l'un des glorieux anciens invités – moment jubilatoire (avec juste mon agacement de constater que selon la bonne habitude du festival, toutes les langues sont sous-titrées (en fait sur-titrées) sauf l'anglais, et tout de même le français cette fois ci
Le programme annonce : L'enharmonique est un procédé de composition musicale reposant sur le fait que deux notes nommées différemment peuvent produire le même son. Selon Christoph Marthaler, les relations humaines seraient impossibles si les êtres n'usaient et n'abusaient de l'enharmonique. Assis ou couché dans un lit king size, un couple-chanteur passe en revue un répertoire éclectique allant de la musique sérielle à Michel Polnareff, en passant par Bach et les Jackson Five. Dans cette comédie flirtant avec le boulevard, les personnages cohabitent sans se percevoir vraiment et le rêve prend le pas sur la réalité. 

Et ce sont des chansons plus ou moins sentimentales, ou légères (un petit salut savoureux de Boby Lapointe) accompagnées de situations absurdes, de gags visuels..
des rires quasi ininterrompus de la salle.
En fait il y a les deux chanteurs, mais aussi un pianiste, et une femme d'âge moyen, en sage robe bleue d'une mode qui n'en fut jamais une, avec un sac bien classique (dans lequel elle mange des spaghettis, range n'importe quoi, d'où elle tire des mouchoirs tachés de sang et...) qui traverse et retraverse la scène entrant par l'une des portes ou par un placard, essaie en vain de monter un pupitre de musicien, tiré de son sac, et prononce des sentences d'une poésie philosophique désabusée ou désespérément égarée, et pour laquelle j'avais une tendresse.

Et m'en suis retournée mettre ceci en mots, en place, bien décidée à ne pas être trop longue, désolée de savoir que le serai, dîner, dormir, un peu en manque de lectures.
Demain les plus de huit heures de Faust I et II(avec entractes dont ne saurai que faire, destiné à se restaurer) à la Fabrika... on verra si j'assume la totalité

vendredi, juillet 18, 2008

mon festival "in" de vendredi, en longue tartine
vendredi matin, au jardin de la vierge de Saint Joseph (je n’y peux rien) les sujets à vif, programme C, et un moment jubilatoire avec « chanteur plutôt qu’acteur », une idée de Massimo Furian et Marielle Pinard (performer suisse d’origine italienne, et auteur - je n’aime pas auteure - suisse itou) avec Karelle Ménine comme meneuse de débat, et Claire de Ribaupierre, Thomas Hempler et Philippe de Rham.
Karelle Ménine et Roméo Castelluci et Valérie Dréville (ou presque eux, assez déroutants physiquement) invitent chaque jour une personnalité différente (c’était Marc Augé) à « un débat autour de la relation père-fils et de la question de la filiation« . Le ton est très sérieux et pénétré, et les exemples pertinents : Hervé Vilard, chanteur, qui a choisi une carrière différente de son père Jean Vilar, la passation entre Valérie Dréville et son père Antoine Vittez …
Des bouffonneries et un peu de sérieux
Des évidences « quand on veut faire un rite, il vaut mieux être plusieurs »
Et vers la moitié du débat, la vierge est apparue à une fenêtre et a regardé, saluée à la demande de Castelluci (très jolie imitation de sa phraséologie, pas méchante mais drôle, comme les réflexions profondes aboutissant à un presque mutisme de Valérie Dréville) parce que nous étions chez elle et que bien sûr « elle a un fils qui est présent, mais il est tellement absent aussi »
Enfin pas si absent, il est venu aider, Castelluci ayant supplié la vierge d’intervenir parce que l’harmonium ne fonctionnait pas au moment de la chanson d’adieu, et d’un geste il a rétabli les choses
Mais l’œuvre suivante « la nudité du ragoût » par Ludor Citrik en clown et Isabelle Wéry dans le rôle d’une actrice qui doit l’aider à trouver son personnage, qui semble avoir plu au public bien sage (mais qui ne riait pas beaucoup je trouve) m’a ennuyée.
« le mot né de la pièce : dompterie et volée de verbes…. Chromos de music-hall. Un univers débondé, ludique, lubrique et insatiable » peut-être mais juste après la première pièce c’était, pour moi, surtout passablement lourd. Au troisième degré, peut-être...
Impossible de trouver autre chose que des salades dans les petits restaurants du coin, du moins pas de pâtes, renoncé à voir un spectacle rue des Teinturiers en attendant 15 heures et retour rapide pour alimenter carcasse (une maison assez quelconque du plan de Lunel a une terrasse qui me tente toujours)
Comme c’était un mauvais jour, j’ai essayé pour une fois de prendre un taxi, et comme il n’y en avait pas suis repartie pas très fiérote pour la rue des Teinturiers, Benoit XII, et Das System, spectacle de Stanislas Nordey à partir de deux monologues et cinq courtes pièces de Falk Richter
Moment d’effroi en m’installant, en découvrant que le tout était assez long pour que deux entractes soient prévus (en fait de trois heures à huit heures moins le quart) et crainte que carcasse ne profite de ceux-ci pour me renvoyer chez moi.
J’ai couvert sept pages de mon mini carnet de notes plus ou moins lisibles, me faut les condenser. Principal : retour au théâtre politique, avec simplicité de mise en scène et importance du mot.
Pour le monologue et les deux premières courtes pièces (phrases rebondissant entre des jeunes vêtus de ti-shits aux belles couleurs franches avec des emblèmes de la civilisation américaine comme des personnages de cartoons), sol blanc et trois murs noirs couverts d’ampoules à la lumière crue.
En réponse à une question sur l’utilisation éventuelle de la vidéo : « Avec Falk Richer ou Fausto Paravidino, on n’a pas besoin d’images, le texte parle de l’omniprésence de l’image et il me parait plus intéressant de faire passer ça par l’acteur, son imaginaire, sa voix…. J’ai la sensation que mes spectacles sans image, mais où l’on tente d’aller au fond des mots, sans échappatoire, sont parfois plus violents que des spectacles avec des images provocantes » (ce qui s’applique aussi au fait qu’aucune violence n’est jouée, tout étant dans la parole).
Et, ma foi, cela s’est confirmé, puisque ce texte qui dénonce les faux-semblants, la manipulation, la religiosité, les intérêts bien réels de Cheney (du Michaël Moore avec plus de talent) … et l’implication du gouvernement allemand dans la guerre en Afghanistan (des mots durs pour Fisher), qui me semblait bienvenu mais un rien banal, finit, dans les lumières clignotantes, par une violence classiquement ordurière et surtout des vœux pour l’extermination des responsables, et que cela est arrivé à scandaliser mes voisins et a réduit le public pour la seconde partie.
Murs et plafond tendus de draps blancs, une femme en stricts pantalon noir et chemise blanche mène un dialogue avec son mari au premier rang du public. Inquiétude pour lui, en fait inquiétude aussi parce que les « patrons » ont remarqué la baisse de son enthousiasme, de sa joie dans son travail et dans les fêtes organisées entre collègues et laissent planer l’éventualité d’un licenciement, puisqu’il s’ennuie, et du renvoi de ce monde silencieux et propre vers l’horreur extérieure. Des phrases courtes, hésitantes, aimantes, et une description un peu poussée du monde des réprouvés (Volodine, presque pire). Merveilleusement interprété.
Enchaînant un dialogue questionnaire où un homme se félicite de sa vie dans un monde où tout va très bien , où il n’y a plus d’attentat, ou presque pas, où les gentils voisins ne s’affrontent presque pas, où les incendies ne sont pas grand-chose, où l‘on assiste avec joie sur ordre à des messes. Bonne tenue dans le comique genre atroce.
Reprise du monologue - tableau de notre monde - on sait, mais c’est bien dit - la dénonciation, la petite révolte qui devient tendance (le beau sac à main avec un drapeau « pace ») - la télévision - les journaux - l’acceptation - le système.
De nouveau les murs noirs, lampes éteintes. Beau texte (la partie la plus « écrite ») pour Jean Personne, souvenirs d’enfance; solitude, froid, gens congelés, refus des règles, celui que l’on ne voit pas, et qui aime se faire attendre pour prendre un avion, retarder les autres, parce que « quand je suis absent tout le monde me remarque » - et, l’encadrant, deux acteurs récitent les règles du bon manager.
Le consultant qui aimerait que les gouvernants trop timorés lui cèdent la place - et la glace qui congèle.
Et pour finir les hommes désertent pour laisser les machines jouir de ce monde fait pour elles.
Plus riche que cela qui est trop long et trop sommaire. Des faiblesses. Mais salubre, et théâtral.