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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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lundi, novembre 08, 2021

Pages 79


Ciel bleu et lumière ce dimanche... me suis contentée de le savoir et de le constater en faisant un pas dans la cour (pour prendre l'air du jour avec mon café, et ramasser des feuilles l'après-midi)

mais comme ai démarré tard le matin, comme j'avais à faire, n'ai eu velléité de sortir que dans l'après midi et la voix du vent comme l'éloquence des mouvements de l'olivier fou m'en ont dissuadée (n'avais pas désir très fort) – housses, repassage et


lectures... alors pour meubler paumée ai eu envie de prendre un fragment des pages 79 de livres récemment lus ou à ma portée,

comme deux des trois derniers de publie.net https://www.publie.net/ (dans le beau « Perdre Claire » de Camille Ruiz il n'y a pas de page 79)

« La main serrée très fort pour le souvenir que doit laisser un père qui passait par là, et qui a « tenté les retrouvailles avec un fils peu réceptif. Une nouvelle séparation, avec des larmes contenues par fierté des hommes tout pleins d’orgueil pour garder un semblant de virilité mal placée… … On sait bien que c’est mieux ainsi alors surtout ne tente aucune manœuvre pour le retenir ma belle sa décision est prise et personne ne l’empêchera désormais de poursuivre sa route au risque de se faire prendre avant d’avoir passé la muraille,  » Extrait de: Thibault de Vivies. « L'était une fois dans l'Ouest. »

« Aussi, dans l'hôtel, elle observe quelques traces violettes ayant comme la forme de doigts, sur ses bras. Elle lave le sang de son front. Mais cela n'a pas d'importance. Semble dire son visage dans la glace. Mais cela est logique. Semble dire son visage dans la glace. Maintenant la fille se couche. On la voit dormir. On voit son visage crispé se relâcher. » Extrait de : Fanny Garin. « La porte de la chapelle »

ou une relecture aimée : « Le bon aumônier raconte qu'il passa le reste de la journée à parcourir l'île, à visiter les cabanes, et que le soir, après souper, le père et la mère l'ayant supplié de coucher avec la seconde de leurs filles, Palli s'était présentée dans le même déshabillé que Thia, et qu'il s'était écrié plusieurs fois pendant la nuit : Mais ma religion ! mais mon état ! que la troisième nuit il avait été agité des mêmes remords avec Asto l'aînée, et que la quatrième, il l'avait accordée par honnêteté à la femme de son hôte. » Extrait de : Denis Diderot « Supplément au Voyage de Bougainville » (Folio)

ou les deux derniers livres collectifs issus de l'atelier aux Editions tiers.livre https://www.librairie-tiers-livre.store/collectifs  :

« Tintement du ruisseau, ombre arborescente, lent déplacement de l'eau dans le ciel. Les ondes bienfaisantes s'accordent. La silencieuse musique dépasse tut, s'accorde. Tout se calme, le temps coule, mon corps flotte, ma tête se berce de respirer... » dans « de l'eau – cent cinquante fois de l'eau en cent mots », Géraldine Bizet « eau-dedans »

« Le crayon est la terre et sa profondeur l'argile au-dedans, savant mélange, savante alchimie le monde entre tes doigts. L'argile connaît l'âge des temps de la Terre, entre tes doigts le crayon. Elle a vu naître la femme la première, a consigné contre l'arbre premier lui aussi une date posée au charbon là où l'écorce laissait à nu les veines de la vie. » dans « dans l'ordre des choses – 107 récits avec objets », Rebecca Armstrong « crayon à papier ». 

vendredi, mai 07, 2021

Dans l'antre


 

les fleurs sauvages

attendent la lumière

au nouveau matin

le ciel marbré se nettoie

avant de toucher ma cour

mais Brigetoun se cocotte, ne sors pas, soigne petites douleurs, soigne un peu l'antre



et pendant que le ciel se gave de bleu pur décide de se passionner, comme le mérite l'inutilité que l'on comprend parfois avec peine, persuadée en outre de n'en rien retenir, au moins consciemment, pour Jean de Galles et son enseignement de la sagesse (franciscain du 13e siècle prenant appui sur les écrits bibliques et des docteurs de l'église mais tout autant ou davantage sur les grecs et les romains) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Galles à travers les voix parfois un peu engourdissantes d'Elsa Manguin-Hamon, Sveltana Yatzyk et Oleg Voskoboynikov  lequel nous parle, entre autres,  de Dante à propos des niveaux de langue, d'Alexandre le Grand et de la critique médiévale de la curiosité et du pouvoir etc..  (ils sont réunis par Zoom avec bruit de l'hélicoptère de Poutine survolant ses sujets, au moins c'est ce qui a été suggéré avec des photos le représentant dans ses manifestations sportivo-machistes pendant qu'il est question d'Alexandre)  https://youtu.be/cJxLe-sfnZw et à une petite incursion joyeuse dans la Correspondance littéraire de Grimm pour prolonger la lecture du Canard Enchaîné.

«Pour prouver que madame de Warrens n'eut point les faiblesses que lui impute J. J., on en fait l'héroïne de roman la plus plate et la plus insignifiante. Si ces mémoires étaient vrais, il faudrait convenir que le mensonge a quelquefois l'air infiniment plus vrai que la vérité même. M. Claude Anet nous assure qu il a survécu plusieurs années à sa bienfaitrice ; ceci dérange beaucoup les remords du citoyen de Genève, qui se reproche si naïvement d'avoir pensé avec plaisir, en voyant mourir ce pauvre Anet, qu'il allait hériter de ses nippes, Ct surtout d'un bel habit noir qui lui avait donné dans la vue. Il y a lieu de croire que cet ouvrage a été commandé par la famille de madame de Warrens, mais elle a mal choisi son vengeur...»

ou, à propos de la «Vie de M. de Voltaire» par M. M***«... On y trouve peu de détails qui ne soient déjà fort connus, mais il en est plusieurs qu'on retrouve avec plaisir. Le style en est fort inégal, souvent plus que négligé, surtout dans la dernière partie ; mais il a en général de la rapidité, quelquefois même une hardiesse assez piquante ; on sent que l'auteur a beaucoup lu M. de Voltaire, et qu'il a tâché d'imiter sa manière, ce qui ne lui a jamais mieux réussi que lorsqu'il a pris son parti de le copier tout uniment.»

«Cependant l'avis de M. d'Ormesson a passé à la pluralité de cinquante-cinq voix contre vingt-neuf, hommage que le parlement devait sans doute à la patience vraiment chrétienne avec laquelle ce magistrat avait laissé torturer et décapiter le chevalier de La Barre, son neveu à la mode de Bretagne et de son nom, sans se permettre la moindre démarche publique, ni pour prévenir, ni pour anéantir un arrêt regardé par l'Europe entière (la cour du Palais exceptée) comme un assassinat juridique aussi absurde que barbare...»



et autres gentillesses, vaguement politiques, littéraires ou simplement curieuses, avant de pondre, à l'abri de ces regards cruellement justes (quoique ce serait invisible comme indigne) une mirlitonnade à partir de son amie en rouge aux belles fesses, à la blanche poitrine nue palpitant au fil du texte où plongent ses yeux (avec distance)

jambes ballantes

bien calée sur ses fesses

le cœur haletant

les seins dans la lumière

lisait les mots de la vie

mercredi, décembre 16, 2015

Petits plaisirs et sagesse intemporelle

L'air doux sur les joues.
Contre le ciel indécis
les notes rousses
du dernier chant des feuilles.
Dans la lumière
leurs pizzicati sur bleu.
Ma gourmandise.
me suis offert, petit accroc pour que carcasse soit en fête, pour le plaisir de retrouver leur savoureuse simplicité, dans le chalet tenu par nos saveurs provençales de l'Isle-sur-Sorgue un petit pot de confit d’oignon au miel, un chutney de tomates au thym, deux pots de confitures de pastèque et de rhubarbes rouges. http://www.les-saveurs-provencales.com
ai vaqué, ai lu de belles choses sur internet, ai ouvert et refermé des livres, me suis attardée un temps (entre accords et désaccords) chez l'ami Diderot et son Histoire des deux Indes
cochant au passage cela
Vous dîtes qu'il y a une morale universelle, et je veux bien en convenir ; mais cette morale universelle ne peut être l'effet d'une cause locale et particulière.. elle ne peut donc avoir pour base les opinions religieuses qui, depuis l'origine du monde et d'un pôle à l'autre, ont toujours varié...
Faut-il arracher à la nature tout ce qu'on en peut obtenir, ou notre lutte contre elle ne devrait-elle pas se borner à rendre plus aisées le petit nombre de grandes fonctions auxquelles elle nous a destinés, se loger, se vêtir, se nourrir, se reproduire dans son semblable et se reposer en sûreté...
et après avoir revendiqué le droit de chacun à se ruiner, finances ou santé, s'il le désire...
Convenir avec un souverain qu'il est le maître absolu pour le bien, c'est convenir qu'il est le maître absolu pour le mal, tandis qu'il ne l'est ni pour l'un ni pour l'autre...
Ô redoutable notion de l'utilité publique ! Parcourez les temps et les nations, et cette grande et belle idée d'utilité publique se présentera à votre imagination sous l'image symbolique d'un Hercule qui assomme une partie du peuple aux cris de joie et aux acclamations de l'autre partie qui ne sent pas qu'incessamment elle tombera écrasée sous la même massue...
toutes petites phrases de la première partie... et parmi des notions qui sont entachées par l'ignorance que l'Europe avait, plus facilement qu'aujourd'hui, du reste du monde, ou par des préjugés autres que ceux qui sont de notre temps, il y a de fières pépites à grappiller dans la suite.
Comme, au hasard, cette adresse aux Européens
ne voyez-vous pas que ce droit imaginaire que vous vous arrogez sur un peuple éloigné, vous le conférez à ce peuple éloigné sur vous ?

dimanche, novembre 09, 2014

Marcher dans la lumière, retrouver le neveu

marcher sous le triomphe du bleu dur de lumière
qui fait chanter les feuilles
marcher face à la plaque de bleu dur de lumière
où jouent les fils anarchiques
avancer sur les pavés où ricoche la lumière
exaltée par les ombres
l'hiver a déshabillé de leurs bouquets les lampadaires
leur nudité proteste en croix
l'hiver a repoussé les fauteuils et tables
qui contemplent les chalets usurpateurs
et le mat des futures guirlandes sépare les aigles
et leur met dans le bec chiffons amers.

Ma journée de paresse vaguement affairée, avant un départ à l'orée de la nuit, pieds cahotant avec les talons de mes bottes sur la calade de la rue Peyrolerie 
pour retrouver, au Chêne noir, Diderot et le neveu
mis en scène par Jean Pierre Rumeau
avec Gabriel Le Doze (dont j'ai trouvé le jeu, un instant au tout début, un peu trop vieil acteur au long métier, un peu trop habitué aux tournées.. mais cela n'a pas duré, j'avais tort sans doute) et Nicolas Vaude dans celui du neveu, qui en fait parfois beaucoup, mais pas tout à fait trop, qui est musical dans ses gestes, et dans les modulations de sa voix.
photo provenant du site du théâtre
Et puis il y avait Diderot, les moments de révolte enchâssés dans les jeux d'esprit du dialogue, et ce merveilleux fou indigne qu'est Rameau le neveu.. que frère Denis, pour le rendre si humain, ne désapprouve pas tant que le dit le philosophe.
Brigetoun, dans cette compagnie aimée, se tordait les pieds en rentrant, en pensant à se replonger dans les débats entre Jacques et son maître pour rester dans même registre (plutôt que dans le théâtre).
Les lumières de l'opéra étaient encore allumées, Mireille d'Avignon n'avait pas fini son récital...

lundi, août 23, 2010

Brigetoun en saut de puce

départ dimanche vers 9 heures et demie à l'heure des petits déjeuners en terrasse,

des ombres longues et de la démarche allègre, vers l'éventualité d'un déjeuner familial à Grignan (entêtement stupide remisé), avec la conviction que ce serait partie remise pour cause de grève. Mais, si les trains précédents étaient remplacés par des autocars (et j'aurai renoncé) celui que je devais prendre premier était maintenu

avec un retard qui a fluctué au gré des annonces – et le retour était assuré.

En fait l'attente a été d'environ 20 minutes, le temps d'avancer dans le récit coulant de «le nom sur la langue» de Pascal Quignard

jusqu'au «petit traité sur Méduse» et : «C'était un nom non pas au bout de ma langue mais au bout de mon corps et le silence de mon corps était seul capable d'en rendre présente, en acte, la chaleur. Je n'écris pas par désir, par habitude, par volonté, par métier. J'ai écrit pour survivre. J'ai écrit parce que c'était la seule façon de parler en se taisant. Parler mutique, parler muet, guetter le mot qui manque, lire, écrire, c'est le même. Parce que la dépossession fut le havre...»

et puis un très court trajet (pas suffisant pour finir le livre) dans la campagne sans grand charme jusqu'à la voiture qui m'attendait, nouvelles échangées en roulant, mouche du coche en cuisine,

reçu en cadeau des livrets des «scènes intempestives» du dernier festival de la correspondance,

déjeuner de bon appétit, familial, avec plaisanteries, histoires, pas de sujets dangereux, dans la fraîcheur relative de la terrasse supérieure, à l'ombre d'un arbre-monde (ne me souviens plus de son essence, juste de sa taille superbe)

et puis l'après-midi de belle forte chaleur au jardin,

avec les anciens enfants devenus parents très adultes, garçons s'ébattant dans la piscine, une romancière de neuf ans alternant bain et rédaction,

le sourire radieux d'une toute petite fille, merveille de grâce féminine, sans minauderie, à nous rendre presque jalouses, l'appétit ou la soif incessants d'un tout jeune bébé

la circulation des deux vieilles et des jeunes femmes entre la maison, son raffinement (qui resteront secrets), ses beaux dessous

les coins d'ombre (et nous pouvons maintenant nous renvoyer entre soeurs des noms d'acteurs ou critiques reçus par elle au nom du festival, et quand elle évoquait leur bonheur, leur quiétude d'être à Grignan après, avant ou au lieu d'Avignon, je lui accordais, avec un mélange de fierté, de compréhension totale, de légère vexation que le contraste entre ce charme et la folie qui règne ici pendant un mois rendait la chose évidente)

et, pour elles, la piscine, pendant que, bien au chaud, mais à l'ombre, je mettais mon nez dans les livrets :

Fabrice Beucher : «Racine/Molière ou l'école des hommes» : «Molière : Moi, Monsieur, je ne suis pas de ceux qui veulent plaire à seulement quelques courtisans en infligeant au théâtre ses carcans ennuyeux et réducteurs. Le bon sens, le discernement, valent mieux que vos dogmes..»

Evelyne Lever : «Marie-Antoinette, adaptation de la correspondance» : «Y a-t-il une femme plus à plaindre que moi ? Je crois que mon fils se meurt lentement. Mon mari, qui a en charge le plus beau royaume d'Europe, ne parvient plus à le gouverner. Il ne compte que sur moi et j'ai choisi comme principal ministre un homme qui se rend odieux à la nation, malgré ses qualités...»

Isabelle Cousteil : «Cyrano ou la maladie de la gloire» : «Edmond : Rosamone, toi seule peut empêcher tout cela : mon courrier, mes moindres gestes, mes vêtements, tout est disséqué, livré à la condescendance, à la moquerie, à l'adulation niaise aussi, ce qui revient au même à l'échelle du sordide.» (à vrai dire du mal à m'intéresser à lui)

Françoise Hamel : «Madame de Sévigné va au théâtre» : «Nous écoutâmes, le maréchal et moi, cette tragédie avec une attention qui fut remarquée, et certaines louanges sourdes et bien placées n'étaient peut-être pas sous les coiffures «à la Fontange» de toutes les dames présentes...»

Julia de Gasquet : «Diderot une leçon de théâtre» : habile marquetage de lettres à Mademoiselle Jodin et à Madame Riccoboni (et interventions de cette dernière) antérieures au «paradoxe.. », finissant sur des passages de l'ébauche de ce dernier, parue dans la correspondance littéraire de Grimm : «Réfléchissez un moment sur ce qu'on appelle au théâtre être vrai. Est-ce y montrer les choses comme elles sont en nature ? Aucunement. Le vrai en ce sens ne serait que le commun. Qu'est-ce donc que le vrai à la scène ? C'est la conformité des actions, des discours, de la figure, de la voix, du mouvement et du geste avec un modèle idéal imaginé par le poète, et souvent exagéré par le comédien...»

et puis j'ai quitté, en fin d'après midi, le noble village, ou le peu que j'en ai vu, et que désirai en voir (autres priorités),

pour la gare de Pierrelatte et son air de bout du monde - retour, en s'arrêtant dans toutes les petites gares.

M'en vais essayer de lire la masse de twitts écrits pendant l'intervention dimanche matin de François Bon et Henry Le Bal sur «livre numérique et droits d'auteurs» pour Numer»île dans le cadre du Salon du livre insulaire de Ouessant http://www.livre-insulaire.fr/57.html

mercredi, mai 06, 2009

Julien est sorti sans un mot, est allé à grands pas vers la remise, s'est mis à frapper le métal d'une vieille machine, s'est fait mal, s'est assis sur un billot. Sa bouche mimait un hurlement, ses mains se crispaient - et peu à peu il s'est calmé.
La voiture de Christian est arrivée. Il l'a rejoint, a hoché la tête. Ils sont entré dans la cuisine.
La mère était debout devant la cuisinière. Elle a soulevé le couvercle. La buée baignait son visage, le masquait d'humidité et on n'y lisait rien.
L'odeur leur a donné faim. Ils se sont assis, ont mangé. Un petit îlot de bien-être s'est reconstitué, après que Jean ait explosé d'une colère théâtrale, qui les a dénoués.
Il y avait eu le coup de téléphone de Christian, un peu perdu en constatant que sa soeur n'était pas parmi les quelques voyageurs. Il y avait eu Jean découvrant sur son mobile, oublié sur son lit, un message : "je ne peux pas - pas encore - excuse moi auprès des parents".
Elle manquait toujours, ou à nouveau, - l'annonce de cette visite avait ravivé le manque. (Bon, je suis incapable de savoir ce qui avait provoqué son départ - ils l'ont peut être oubliés, s'ils l'ont su - et elle s'en souvient-elle ?).
La mère a eu un petit sourire évanescent en découpant le gâteau - en servant Jean elle l'a regardé et il a compris qu'il devait continuer à incarner le fragile lien avec elle, l'autre, sa grande soeur.

Brigetoun en petite forme a contemplé et harangué ses plantes un peu secouées par le vent -
l'a écouté mugir, ou s'y essayer, comme un grand.
a tenté un nouveau regroupement de blogs, lentement parce que sa machine peinait, en écoutant ce qui se passait à l'assemblée, son addiction. (avec une fascination atterrée devant ce que sont les droits de l’opposition et la cynique brutalité de la démonstration à l’occasion des propositions de loi sur le bouclier fiscal, les salaires, le délit de solidarité)
a vidé une des housses des vêtements d'été - a envisagé et commencé de les repasser, en essayant de le faire correctement, et l'a remplie de quelques tailleurs et chandails.
a regardé des nuages remplacer les grandes étendues bleues de lundi.

a repris, dans le soir qui tombait, un recueil de textes de l'Encyclopédie, s'est agacée, un peu, avec Véron de Forbonnais, s'est carrée le plus souvent dans le plaisir d'être chez elle, avec Marmontel un peu, d'Alembert timidement, Diderot pleinement, le cher homme
"Voilà donc l'âme installée dans le corps calleux, jusqu'à ce qu'il survienne quelque expérience qui l'en déplace, et qui réduise les physiologistes dans le cas de ne savoir plus où la mettre. En attendant, considérons combien ses fonctions tiennent à peu de chose ; une fibre dérangée : une goutte de sang extravasé ; une légère inflammation ; une chute ; une contusion ; et adieu le jugement, la raison, et toute cette pénétration dont les hommes sont si vains ; toute cette vanité dépend d'un filet bien ou mal placé, sain ou malsain.
Après avoir employé tant d'espace à établir la spiritualité et l'immortalité de l'âme, deux sentiments très capables d'enorgueillir l'homme sur sa condition à venir, qu'il nous soit permis d'employer quelques lignes à l'humilier sur sa condition présente par la contemplation des choses futiles d'où dépendent les qualités dont il fait le plus de cas. Il a beau faire, l'expérience ne lui laisse aucun doute sur la connexion des fonctions de l'âme, avec l'état et l'organisation du corps ; il faut qu'il convienne que l'impression inconsidérée du doigt de la sage-femme suffisait pour faire un sot, de Corneille, lorsque la boîte osseuse qui renferme le cerveau et le cervelet, était molle comme de la pâte."
et frêre Diderot, il n'en serait pas moins homme.

mardi, octobre 02, 2007

Douceur – des moutons s’égaillant dans le ciel, en rompant leur troupeau - m’en suis allée faire les courses les plus urgentes et peupler un peu mon emploi du temps – « temps libre » qu’ils disent, culpabilisant ainsi même une récalcitrante instinctive, totale enfin impunément, comme moi - distrayant de penser que j’aurais un embryon de programme, même si c’est pour le transgresser.
Devant Saint Pierre un pigeon a posé pour moi, attendant patiemment que je trouve mon appareil dans un des trous du magma qui occupe mon sac. Et j'aimais la fragilité apparente de l'arbre, et le sol.
Vers midi les moutons s’en étaient allés provisoirement, et ce clocheton que l’on ne voit qu’à distance faisait une fois encore signe à mon envie de le situer exactement.
J’ai trouvé dans Alternatives Economiques des tableaux classant la France pour tout ce qui touche à l’environnement, et dans mon effarement (cela dépasse ce que je pensais), ai repris les chiffres dans une note sur Autour
http://brigttecelerier.blogspot.com (si vous avez deux minutes il y a de quoi se « motiver »
Pour cela un tout petit peu, surtout parce que c’était comme ça, je n’avais aucune envie de lecture ni d’activité quelle qu’elle soit, et avec ma logique personnelle, j’en ai profité pour découvrir ce que l’ami Diderot avait produit comme poésie. Pas son point fort, mais ses études en avaient fait un habile rimailleur, et la philosophie si l’on veut, l’attitude devant la vie, l’honnêteté aimable, la profondeur masquée du bonhomme transparait, même en traces dans les « pièces de circonstances » comme dans ces vers (qui ne pourraient lui attirer « j’ai vingt six ans mon vieux… et je t’emmerde en attendant »). Enfin quoi, j’aime bien :
« Tel sans remord, je suis resté.
De la triste raison, de l’austère sagesse,
Remettant les conseils du jour au lendemain,
A soixante ans passés, la marotte à la main,
De sa rivale turbulente
Je suis, le dos courbé, les bataillons falots,
Et quelquefois, autour de ma tête tremblante,
De Momus on entend résonner les grelots.
Près de vous j’aurais pu connaître
Un rôle plus décent, s’il n’est pas aussi doux ;
C’est celui de rire des fous
Quand il n’est plus saison de l’être.
Mais pour ce rôle il faut peut-être
Avoir grand sens, être vous.
A mon âge il est difficile,
De passer sous une autre loi,
Et vous avez, sage Lucile,
Du moins quinze ans encore à vous moquer de moi ».
Tout joli, non ? Oh ! si le cœur vous en dit deux musiques un peu déjantées que j’aime bien, surtout le première :
http://www.youtube.com/watch?v=06Qm-Z5OsHw - quoique :
http://fr.youtube.com/watch?v=7DasikXHVqY

vendredi, septembre 14, 2007

En extrême dérive
Je suis gagnée par la bofitude.
Je ne sais si cela vient du crâne, ou des jambes piquetées de petits éclairs d’engourdissement, du trop plein trop vide du bide, si elle se cachait dans un sillon des rides du visage, ou dans un cheveu qui hésite à tomber - peut-être du monde tel qu’il est, les poussées d’indignation remplacées par un refus en expansion continue - peut être d’une lassitude dans le creusement du moi, devant le vide.Bof, bof, bof, on verra domani (je ne peux le dire en espagnol à cause du clavier).

Amusement en feuilletant (façon de dire, le format rend l’exercice difficile) le catalogue de l’exposition Fragonard de 1987, de trouver ce passage d’un libelle de 1773
« M. Remi : En 1755, on imprima à Paris chez les libraires associés un livre intitulé, l’art de devenir Peintre en trois heures, et d’exécuter au pinceau les ouvrages des grands maîtres sans avoir appris le dessein (pas moi, orthographe d’époque). Cette recette eut, comme vous l’imaginez, un succès prodigieux, et cette seule année valut à notre Académie plus de sujets que tous le siècle n’en avait fourni : les Frago(nard), les Casa(nova), les Ha(llé)… »
De toutes les époques. Il est vrai que l’ami Diderot s’était déclaré déçu par le peintre dès 1767 et n’en a plus parlé qu’une fois dans Jacques le fataliste (parait-il).
Sans intérêt, si ce n’est que je les aime tous deux, et je me suis donc mise en quête de cette allusion. L’ai trouvée, lors de la description que Jacques fait au maître, en le déshabillant, description d’un tableau :
« Comment diable ! Jacques, ta composition est bien ordonnée, riche, plaisante, variée et pleine de mouvement. A notre retour à Paris, porte ce sujet à Fragonard, et tu verras ce qu’il en saura faire.
Jacques :
Après ce que vous m’avez confessé de vos lumières en peinture, je puis accepter votre éloge sans baisser les yeux ».
Bien sur le sujet est assez particulier : un moine et deux filles descendus d’un fiacre endommagé porte Saint Denis, le moine qui fuit, une fille dépoitraillée qui éclate de rire etc… mais je me demande si cette remarque est vraiment une condamnation ?

Et tant pis, je serais très longue mais continuant chez Diderot, j’ai trouvé cela, qui me ravit, et pourrait s’appliquer à l’arbre du précédent billet. sur la façon de le voir (pour celui-ci un sursaut, ou un hoquet complique la chose, introduisant un flou qui à l'époque n'aurait pu venir que de l'ivresse ou de l'absence de bésicles):
« Le champ de l’œil en embrasse une partie. Si l’œil ne réitère pas l’expérience, il ne connaîtra pas l’arbre.
Si la partie embrassée dans la première expérience par le champ de l’œil ne se lie pas à la première, en sorte qu’une partie de ce qu’on a vu se joigne à une partie de ce qu’on voit, on aura beau multiplier les expériences, on aura parcouru tout l’arbre, mais les expériences ne se liant point les unes aux autres, on n’aura point la notion précise d’un arbre.
Pour avoir cette notion exacte et des parties et de l’ensemble, il faut que l’imagination peigne le tout dans l’entendement et que j’en éprouve la sensation, comme si l’arbre était présent : et si l’on examine bien ce qui se passe dans l’entendement lorsqu’on veut apercevoir l’arbre en entier, l’on procède au-dedans de soi comme on a procédé au dehors : par champs plus ou moins étendus qui empiètent successivement les uns sur les autres, et qu’on parcourt avec une extrême rapidité, une rapidité si grande qu’on se persuade qu’on voit en dedans tout l’arbre à la fois, comme on se persuade….. »
Et le voilà lancé, et moi derrière, ravie par la souplesse de cette langue - j’espère que vous n’en avez pas fait autant, sauf si vous en aviez le loisir et la fantaisie, mais la bofitude s’en est allée.

dimanche, mai 06, 2007

samedi matin, le ciel, à un moment, s'est soulevé, un peu, et du bleu, par petites taches est apparu, comme un clin d'oeil mais les averses sont revenues, sans violence, humidité froide plutôt que fraîche.
Dans l'après midi, j'ai rencontré frère Diderot qui répliquait vertement à Frédéric II, le roi philosophe, animal alors inventé en ébauche fort insatisfaisante n'en déplaise à Monsieur de Voltaire, le dit Frédéric donc, qui avait critiqué l'"essai sur les préjugés" de d'Holbach, peut-être amélioré par le gentil Denis.
Les erreurs passent, mais il n'y a que le vrai qui reste. L'homme est donc fait pour la vérité : la vérité est donc faite pour l'homme puisqu'il court sans cesse après elle : qu'il l'embrasse quand il la trouve ; qu'il ne veut ni ne peut s'en séparer quand il la trouve.... Tous peuvent dire comme Médée "Je vois le bien et je l'approuve, mais c'est le mal qui m'entraîne" (Ovide - les Métamorphoses)
Si le monde est plein d'erreurs, c'est qu'il est plein de scélérats prédicateurs du mensonge ; mais en prêchant le mensonge ils font à leurs dupes l'éloge de la vérité, mais leurs dupes n'embrassent le mensonge qui leur est prêché que sous le nom de la vérité : il y a tant d'ennemis du vrai, du bon, et du bien ; tant de fausses lois ; tant de mauvais gouvernements : tant de mauvaises moeurs ; tant d'hommes qui trouvent leur intérêt dans le mal.
Toute mensonge attaqué est détruit et détruit sans ressource ; toute vérité prouvée l'est à jamais.
et le copiant je trouve que c'est assez mal écrit, pour lui. Tant pis..
Et aujourd'hui, nous pourrons garder, un temps, le non-plaisir de l'incertitude.