En bonne ancienne solitaire, je suis heureuse d'avoir la visite de ma jeune soeur très chérie et de son mari, et je suis pleine de crainte de ne pas savoir faire la cuisine, de trac à l'idée d'être trop évidemment appliquée, de très vagues résolutions pour la mise au top niveau de mon espace. Bien trop paralysée par cette peur, ou par ma paresse, pour faire quoi que ce soit, ô moi l'être velléitaire entre tous. J'ai paré au plus urgent en m'endormant. Au réveil le ciel avait opté pour un bleu pur et la chaleur était douce.
Et mon coeur est joyeux en pensant à cette journée, comme celui d'un enfant avant une fête - et, au pire, je ne vais pas les empoisonner. J'ai tout de même passé une heure à confectionner une pommade de tomates, oignon, ail, basilic, thym, romarin et huile d'olive, pour enduire le lapin et le laisser s'en imprégner jusqu'au matin, et mes mains sentent délicieusement bon.Cet après-midi s'est levé un joli petit vent, pas un de ces grands vents créateurs de courants qu'évoque Orsenna, me tenant sous son charme, en conteur.
Un conteur qui aime citer et faire partager ses goûts. Donc, je cite Orsenna, citant Lacarrière, citant Ibn Abbas, pour rien, pour le plaisir de ce merveilleux récit de "la naissance du monde " : "Dieu créa une perle blanche ayant les dimensions du ciel et de la terre. Elle a sept mille langues dont chacune glorifie Dieu en sept mille langages... Puis Dieu appela (la perle blanche). Elle tressaillit à son appel, si fort qu'elle en est devenu eau coulante et mouvante. Toute chose suspend, pour un moment, ses louanges au Créateur, sauf l'eau qui ne cesse de le glorifier par son tremblement et son agitation." ... Puis ordre fut intimé à l'eau de ne plus remuer et elle s'arrêta, attendant un signe de Dieu". Est ce parce qu'il n'existe plus qu'elle a recommencé à couler ?
