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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
Affichage des articles dont le libellé est divers journal; petits contes. Afficher tous les articles
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mercredi, août 14, 2024

Fenêtres - et une lettre

 


Deux degré de moins et deux cent grammes de plus mais pas tant vaillante encore m’en suis allée dans les rues bleues sans air faire imprimer documents enregistrés sur ma clé USB,




frappée une fois encore par un reflet sur des volets, cueillant images de fenêtres sur mon chemin qui fut improductif pour divers petits ennuis côté tirage (à refaire demain) mais de bonne durée et bonne fatigue point trop anéantissante.




Mais comme le reste demi journée fut sans le moindre intérêt (en supposant que les fenêtres en présentent un minuscule) je continue à recourir à l’atelier d’été avec le #3  


La lettre dans le livre


La lettre, je l’avais glissée dans un livre. La lettre qui tombait mal. La lettre qui avait heurtée ma fatigue solitaire. La lettre que ne voulais retrouver. La lettre que ne voulais jeter. La lettre qui me venait de ce que ne voulais considérer comme le passé. La lettre venue de ce qui ne voulait m’abandonner, de ce que ne voulais abandonner. La lettre qui m’avait fait sourire, rêver un peu de promenades avec chien dans la nature. La lettre qui m’avait mise en colère. La lettre qui s’invitait des années après dans mes pensées. La lettre que revoyais, que croyais revoir, petit carré de papier rugueux fait main, carré ou presque puisque plié en quatre, avec une écriture au bic. La lettre que brusquement voulais retrouver. La lettre à relire ou à jeter pour qu’elle ne soit pas trouvée. La lettre qui était dans un livre. J’ai pensé que ne saurais me souvenir dans quel livre. J’ai pensé qu’elle devait être là puisque me souvenais qu’après un premier déménagement je l’avais trouvée en feuilletant un livre et vite placée dans un autre. Je me souvenais que c’était dans mon dernier studio parisien. J’ai pensé qu’alors elle n’avait plus beaucoup de sens mais que l’avais conservée. J’ai pensé qu’elle n’était pas dans un des livres entassés dans la cave. Une des livres de ces tas pourrissants enlevés en grands sacs par une entreprise de débarras. J’ai regardé les livres qui m’entouraient. Ils ne m’ont rien dit. Protégeaient la lettre. La lettre qui devait être dans un des plus vieux. La lettre qui se blottissait sans doute, comme un marque page, comme un billet de théâtre, une liste de course ou de mots entre les pages d’un livre de poche peut-être un peu jauni, peut-être un peu corné. Un livre dont je n’imaginais plus la couverture. J’ai pensé qu’il devait être là dans les secondes rangées d’un rayonnage, bien planqué derrière les dos que je voyais, là, bien refermé sur la lettre. J’ai pensé qu’il devait être un de ces livres dont ne me restait que l’idée qu’ils étaient là, présents et devenus traces de mon passé, hors de portée puisque n’avais plus guère la force d’extirper un de ceux derrière lesquels se cachaient. J’ai pensé que ne me souvenais plus vraiment de la lettre, juste de cette phrase et de la poésie insultante de cette marche solitaire dans la nature avec un chien. J’ai pensé que ça n’avait pas d’importance. La lettre est restée présente et rêvée

jeudi, février 29, 2024

Fin février - et saluer pour l’atelier

 


L’air en mouvement

un ciel qui s’est absenté

les pas fluctuants




M’en suis allée, matin, vers le laboratoire d’analyses pour avoir les résultats, dans un air qui faisait subir aux étoffes, aux branches et aux corps de brusques bourrades froides entre longues plages de tranquillité trop fraîche.. et en sortant, pour me réchauffer un peu et marcher en paix ai traversé les halles, me laissant tenter à la vue des asperges et achetant un samoussa aux légumes délicieux à manger par petites bouchées sur le chemin du retour pour me donner forces…




Un assaut d’hiver

dans l’ébauche de printemps

et sa tentation




Une bonne sieste, un peu de ménage, un peu de repassage, de la lecture, de la musique, et puisque mes #6 et #7 d’écriture de l’atelier de François Bon sont publiés sur le site dédié, je nourris Paumée en recopiant ma contribution au #5 :


Saluer




Dans son groupe, sa famille, son monde — et sans doute manquaient-ils de politesse aux yeux d’autres — la poignée de mains était réservée aux politiciens en campagne ou autres personnes du même acabit ; ce qui s’en rapprochait le plus était le baise-main qui avait un petit charme désuet de bon aloi tout comme la révérence des adolescentes, leur main sur la main des femmes assez mures pour être leur mère ou au delà ; croisant qui le méritait, ou en abordant un groupe, on inclinait légèrement la tête en souriant… avec la réserve de qui ne veut pas déranger.


Dans son groupe on ne s’embrassait pas ni ne posait ses lèvres sur une joue, sauf les rides poudrées ou non des vieilles femmes, les enfants à consoler et les aimés ou aimées quand étaient dans la peine et, oui, quand étaient dans la joie ou auraient dû l’être comme pour une fête carillonnée ou un anniversaire. Le mot « bonjour » n’était prononcé que lors d’une rencontre le matin dans la cuisine à l’heure du petit-déjeuner, ou, sans s’arrêter, en passant la porte de son bureau ou d’une salle d’attente de médecin ou autre. En réponse aussi ou quand la personne de l’autre côté d’un guichet semblait l’attendre. Le cas échéant on se contentait d’un « salut » légèrement transgressif, mais uniquement en s’insérant dans un univers amical. Et toujours cela devait être bref, quelques secondes, pour ne pas empiéter sur la vie de l’autre, ou retarder la conversation désirée.


Depuis qu’elle s’était transportée dans cette ville elle avait peu à peu compris qu’elle créait ainsi une distance non souhaitée avec ses nouvelles connaissances ou amis et, sans pouvoir se résoudre à la poignée de main, elle s’était mise à poser ses lèvres sur la joue de son vis-à-vis sans déplaisir, puis après que la remarque lui ait été faite, à rire, à dire « c’est vrai, trois fois », et à s’exécuter ce qui créa un petit rite attendu… et puis la Covid est arrivée, avec les grands « bonjours comment allez vous ? » échangés avec ses contemporains de trottoir à trottoir, et aux bonjours bien marqués en posant ses achats à côté d’une caisse, puis lorsque le confinement fut assoupli puis levé l’arrivée des coudes heurtés qu’elle ne pouvait se résoudre à imiter et des poings fermés se heurtant avec toute l’affirmation et la force de ses jeunes amis qui lui faisaient mal.  Alors, d’instinct elle a adopté sa version, peut-être avec le vague souvenir du charme souriant d’un ami venu d’Asie, loin dans son passé.


Deux mains jointes levées devant un visage qui se penche face à des rires bienveillants.


La Covid a perdu de sa force et a été presque oubliée. Les gestes convenus alors ne sont plus de saison, mais il lui semble qu’il en est resté quelque chose… dans les rencontres du groupe habituel, comme dans son monde d’avant, les entrées en matière se passent allègrement de cérémonie, un sourire et la bienveillance mutuelle suffisent, le but commun aussi. Restent, pour son plaisir les saluts échangés, verbalement, assortis parfois d’un bref arrêt pour renouer avec nouvelles et plaisir de l’échange, lors de rencontres fortuites dans les rues… avec de sa part la légère hésitation pour les plus jeunes qu’elle n’est jamais certaine de reconnaître vraiment. Elle ne rencontre plus guère les siens, si rarement que le baiser s’impose chaque fois pour l’accueil… mais quand elle  voit un poing fermé surmonté d’un sourire se diriger vers elle, elle fait toujours un pas en arrière, joint les mains, les lève devant sa tête qui se penche, parce qu’elle aime ce geste, parce qu’un sourire y répond chaque fois, parce qu’il va bien avec le mot « saluer ».

samedi, juin 24, 2023

Charroi et foulard

 

au mitan du jour

air tiède et petit vent bleu

charroi de linge


avant de sombrer une fois encore en lourde sieste, puis de puiser dans la musique d'Abdullah Ibrahim & Ekaya et de quelques autres la liberté de penser un chouya, de rêver autant ou davantage et d'écrire comme pouvais mon 2bis pour l'atelier d'été du tiers livre, avant de picorer dans la masse de tous ces textes que je ne lis pas et n'arriverai pas à lire.

Et, pour nourrir Paumée, je reprends mon histoire de foulard oublié publié le 2 juin chez Dominique Autrou, pendant que Paumée accueillait son texte https://brigetoun.blogspot.com/2023/06/va-et-vient-numero-4-le-foulard-oublie.html (pour les autres échanges de ce « va-et-vient » si ne les avez pas lus alors et si le cœur vous en dit, cliquer sur les liens dans l'introduction)


Je me demande pourquoi en ouvrant le tiroir du chiffonnier voué à ma pagaille de foulards parce que la douceur vert de gris que porte ces jours-ci n'allait pas à la presque gaité de mon humeur et à mon corsage en camaïeu de bleus, en en sortant le bien-aimé gris décoré d'impressions roses, œuvre de ma nièce, qui dormait depuis trop longtemps dans cet amas de tendresses colorées un rien froissées, je me suis retrouvée un instant assise à côté de A dans la Kangoo perdue sous des trombes d'eau sur les lacets de la route grimpant, passé le fleuve, vers la Lozère. Les croupes glissent derrière de rideau de pluie, les bois sont beaux et humides, je pense et dis « j'ai froid ». Elle demande « tu veux plus de chauffage ? » je refuse, mes deux mains frottent mon cou pour le réchauffer, le câliner et je réalise... je tourne la tête vers les sièges arrière, farfouille ma parka, son caban, soulève un paquet, me soulève pour voir le sol, me retourne, reprend position correcte. Je jette un coup d'oeil à ma sœur, elle n'a pas l'air agacé comme le serais par cette agitation... je propose une olive « pas pour le moment »... je tâte toutes les poches, coffres autour de moi, me penche, fouille mon sac, soulève le sien, elle tourne la tête « qu'est ce qui t'arrive ? », d'entre mes pieds je réponds « je cherche », « quoi ? », « mon foulard ». Elle dit que je l'avais en descendant avec les valises et paquets l'escalier vers le jardin, je dis que je l'avais gardé quand, voiture chargée, nous nous sommes assises et qu'elle a démarré, elle demande « c'était un Garlic ? », je confirme que oui, celui fait spécialement pour moi, elle dit « cherche bien » mais j'ai cherché partout alors je commence par le début : tenter de penser. Elle suggère « le boulanger », je réponds « non, le magasin U... » une respiration/révélation «  ah oui il est beau avec ses poissons stylisés mais un peu trop grand, plutôt une écharpe, et en lin plus épais, comme pour des rideaux, l'ai enlevé en fumant pendant que tu rangeais le panier ». Elle stoppe, je descends, sors le panier même si je sais qu'il ne peut être là, je recale bien tous les éléments de notre dîner, je remonte. « Je sais... suis idiote, l'avais posé sur le toit, tant pis pour moi », elle répond « c'est dommage... je veux bien une olive ». Je lui tend le paquet, j'en prends une et pendant que le chocolat fond dans ma bouche je commence à faire mon deuil. Deuil que je fais à nouveau en souriant, pliant cet autre Garlic de ma petite collection, le tissu gris peuplé d'ananas roses qui m'a été offert à titre de consolation.

mercredi, mai 17, 2023

Laisser bleu, nuages et vent dehors ; inventer qui ils sont

 


Mon explosion de toux et d'éternuements d'hier s'est soldée par l'impossibilité de dîner (ai gardé le riz au frigidaire pour en faire aujourd'hui une salade délicieuse pour le déjeuner) un renoncement, une incapacité à supporter plus que du café ce matin et la résolution de ne pas sortir et, de fait mon mal-être, a fortement diminué (me reste difficulté lire/écrire, petite migraine, fautes de frappe et un iMac cabochard qui se coince, refuse de rouvrir Open Office etc... malgré ou à cause de mes injures)


téléphoné à F pour lui indiquer que ne viendrai pas, oisiveté sans complexe, écoute « dans l'ombre de l'antitziganisme » (mieux que le titre) sur France Culture https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-vivre-dans-l-ombre-de-l-antitsiganisme , tentative abandonnée de me lancer dans le #6 de l'atelier, recherche d'une image qui puisse coller vaguement avec le troisième portrait du #4 et reprendre pour le second la photo récente qui me l'avait dictée, les recopier ici :


Jean

ce que c'est que le ciel

Il a enjambé la corniche et repris pied dans la nacelle, s'est penché vers les quelques hommes qui, plantés sur les pavés de la rue, entourent le gros camion/grue, les têtes levées vers lui comme si le casque faisait plier les nuques, a laissé tomber quelques mots vers eux et puis, baissant la tête sur son micro, a détaillé ce qu'il avait constaté sur le toit et discuté avec le chef de chantier de ce qu'il devait faire. Il s'est redressé, heureux de la caresse du soleil, du frémissement du jeune feuillage des platanes sous le reste de vent, s'est à nouveau penché pour surveiller le chargement de matériaux dans la cassette comme il appelle le panier métallique qu'il fera, d'une pression de bouton, grimper vers lui. En se relevant, il a regardé le petit attroupement derrière la barrière qui ferme la place, juste après le portail du bel hôtel, là où elle se vide dans la rue, a repéré un appareil photo, s'est détourné vers le trottoir juste au moment où une femme et un enfant franchissaient la porte du jardin de l'hôtel, s'arrêtaient, levaient la tête vers lui. La femme veut partir vers le bout de la rue qui de ce côté est libre mais le gamin résiste. Sa mère se penche vers lui, lui parle – il ne sait en quelle langue, sauf que ce n'est pas de l'anglais, d'ailleurs il entend mal, elle ne s'adresse qu'à son fils – écoute la réponse prononcée sans tourner la tête vers elle, et maintenant elle le regarde lui, avec un peu de curiosité. Mais de ces deux visages renversés, de ces quatre yeux levés vers lui, ce sont ceux du garçon qui accrochent son regard, dans lesquels il se voit. Il se redresse, lève les yeux dans le merveilleux ciel bleu de mistral, se sent beau grâce à ce qu'il a vu d'émerveillement dans ces yeux enfantins, revit un instant la première fois où, avec un mélange de crainte, de plaisir, d'excitation, d'application à ne pas se laisser distraire de sa tâche malgré l'éblouissante fierté, il s'est trouvé hissé, bien plus haut qu'aujourd'hui d'ailleurs, au dessus des passants, d'un petit morceau de rue, seul dans l'air.



Adama

ce que c'est que le désir d'apprendre

Elle est arrivée après dur voyage dans cette petite ville. Elle a trouvé un lit, entassée dans une chambre avec trois autres filles d'une bâtisse fourmilière entre deux cours. Il y a celle qui semble la plus âgée, décidée, raisonnable, chaleureuse comme ses formes un peu plus qu'opulentes, une qui ricane de tout comme par la conviction que cela seul permet de durer, une liane souple qui sourit peu et qui, seule en ce lieu, porte un voile mais si gracieux qu'il est une évidence. Elle est juste un peu plus jeune que les trois autres, bouton éclos, grande et mince, cheveux rasés comme un garçon, le visage ovale et calme. Du voyage elle n'a gardé que la volonté de ne pas en avoir été changée, de conserver la réserve qu'on lui a enseignée et ses sourires sont rares lumineux et timides. Dans les petits chahuts du groupe elle rit parfois, un rire peu sonore, mais qui la secoue, la rejette un peu en arrière comme en dansant. Du voyage elle a gardé la tristesse de la séparation et la force de ce désir qui l'a fait partir : apprendre, même si, davantage que la plupart de ses compagnes et compagnons actuels, elle a déjà été à l'école. Du reste, de ce qui l'a fait quitter le village et son père, des péripéties du chemin, elle ne veut ni penser, ni parler. Dans la vie du groupe elle prend sa part des petits travaux comme l'ainée et contrairement aux autres filles, contrairement à une bonne partie des garçons. Elle aime cela en fait, ce début de normalité comme une étape où se reposer. Elle est toute dans l'attente, l'espoir, d'être acceptée, évaluée, incluse avant la fin de l'année scolaire. Elle s'installe dans la salle d'étude, sort un manuel, essaie de s'y retrouver, quand elle le peut assiste ceux qu'elle voit en difficulté devant un problème, une phrase qu'elle peut décrypter, mais seulement quand elle est certaine que cela sera accepté. Elle voit les couples adultes/élèves constitués avant son arrivée, mais ne demandait rien jusqu'à ce qu'une petite bonne femme pressée et blagueuse mais observatrice propose de lui trouver une aide.



jeudi, novembre 03, 2022

Ce serait et ce fut

 


Ce serait le dégoût qu'elle aurait eu à la longue, la lassitude plutôt, de la vue sur cette étroite rue partant de sa fenêtre. Ce serait demander l'aide d'un ami pour aller chercher une jardinière amoureusement préparée par sa mère et l'installer. Ce serait confirmer que oui il fallait la mettre là, d'ailleurs il y avait longtemps que les volets avaient été déposés. Ce serait insister en réponse à son « vraiment ? Là ? ». Ce serait veiller à ce qu'elle soit bien fixée parce qu'il n'était pas question d'assommer un passant, ou pire, elle-même. Ce serait reculer pour admirer. Ce serait rester un instant coite puis rire un rien nerveusement quand il a demandé comment elle comptait fermer les battants de la fenêtre.


Ce fut partir en marchant vite pour évacuer ma rage après avoir reçu un bout de fer et quatre très gros fragments de pierre juste sur la descente d'eau et avoir eu droit à un « c'est pas grave » à mon refus jeté vers le haut de l'échafaudage d'être ainsi menacée d'être à nouveau inondée au petit matin si comme prévu il pleuvait jeudi (à vrai dire j'ai, avant de partir, mis le tout dans ma poubelle sans trop m'attarder sur le poids et un autre ouvrier m'a promis de faire attention, promesse pour laquelle l'ai remercié d'un « ce serait gentil »).


Ce fut une ambiance joyeuse à Rosmerta, et jouer avec les a er à, ou et où, est ou es et et, avec un nouveau bien trop fort pour cela mais handicapé par son vocabulaire limité par rapport à celui d'un cahier d'exercices un peu désuet.


Ce fut revenir trop tard pour vérifier l'état de la cour (tout de même me suis assurée au toucher de l'absence de gros morceaux) mais voir que la pluie n'était programmée comme possible que dans l'après-midi.

PS Ce fut dans l'indifférence un 49.3 faisant passer la totalité, recettes et dépenses du budget sans même qu'il soit intégralement discuté.

vendredi, mars 18, 2022

Avignon en gris – impératifs


notre printemps gris

avec belle constance

baignant la ville


petite marche pour butternut, yaourts et pain d'épeautre... suivre le live du Monde à propos de l'Ukraine, m'abstraire en écoutant sur France-Culture (avec des retours en arrière pour cause d'inattention) trois cours au Collège de France de Vinciane Pirenne-Delforge sur le bon daïmôn et la bonne Fortune (Agathos daimôn et Agathè Tychè), sur les motifs du serpent Agathos daïmôn et les bienfaits de Zeus, suivis de : Convoquer les nymphes, partie 1 ou l'entre-deux des nymphes...

et pour nourrir Paumée je reprends ma contribution à une proposition de François Bon, en lien avec ce qui nous entoure actuellement, en employant l'impératif (s'inspirant de éPluies » de Saint-John Perse

aimer

Ci-dessus : montage d'une photo d'Alep (Adalhraman Ismaïl pour Reuters) et d'une photo de Kyïv (Aris Messinis pour AFP) pour rester dans l'actualité même si mon texte ne le voulait pas forcément

Sachons, amis, que cette hébétude qui nous prend n’est pas pour nous, n’oublions pas que les bombes ne sont pas sur nous, maudissons le mal qui est en l’homme, pleurons l’impuissance de ceux qui sont pris dans le tumulte, de ceux qui agissent sans l’avoir voulu, de ceux qui souffrent sans y avoir été préparés, de ceux qui ne comprennent pas, ne peuvent et ne doivent comprendre, mais sachons que nous ne sommes pas eux.

Sachons, amis, que nous ne pouvons que tenter de ressentir, n’oublions pas que sous les bombes sont des vivants avec des sentiments sans rapport avec elles, tentons de penser les gorges nouées et les sourires accueillant l’enfant né dans un abri, les yeux qui ne veulent pas être mouillés pour le dernier regard de ceux qui se séparent, les yeux écarquillés qu’un petit garçon lève vers un homme bienveillant et inconnu, mais n’oublions pas la décence, et ne parlons pas de notre peine.

Sachons, amis, que ceux qui la font sur le terrain en ce moment ne le voulaient pas ou pas tous, sachons que c’était pour eux un métier, et un métier utile pour défendre leur pays pensaient-ils, et qu’ils avaient eu la sottise de croire en la fable d’une juste cause comme s’il pouvait y en avoir une hors la défense des faibles, maudissons leur sottise et plaignons leur désarroi et celui des leurs.

Sachons, amis, que ce qui découvre en nous la guerre c’est notre légèreté, n’oublions pas qu’elle n’a jamais cessé dans un coin ou un autre de cette satanée, merveilleuse, pauvre terre, n’oublions pas ceux des nôtres qui l’ont faite ou la font encore pour de nobles causes ou du moins c’est ce qu’on leur, ce qu’on nous a dit.

Sachons aussi le sang qui s’excite dans l’homme qui combat, motivé par une idéologie, un engagement, un devoir, des grands mots dévoyés, et finalement bouleversé par la peur, la joie de la force, des amitiés ou camaraderies, le désespoir, le désir d’en finir, n’oublions pas qu’ils furent des petits garçons bagarreurs et douillets.

Et toi, pleure toutes les détresses, les terreurs, les déracinements, les humiliations de ceux qui n’ont plus que l’attente d’aides à n’oser quérir, demander, provoquer, ou même circonvenir, quelles qu’en soient les causes et ne t’abrite pas dans tes petites craintes égoïstes, ouvre tes mains désarmées, saisis les occasions d’une broutille, d’un geste si cela se peut pour consoler nos faiblesses, ne juge pas | comment le pourrais-tu | les réactions qui bruissent, s’écrivent, se proclament, si ce n’est bien entendu les saloperies, les hypocrisies, l’horreur tranquillement mise en mots, ne condamne pas ceux qui trient les malheurs mais crache sur eux, leurs maîtres, leurs livres, leurs pouvoirs petits ou grands.

Ne pouvant mieux, pleure sans larme ni bruit sur les êtres, les idées, la beauté, les sourires, les menottes et les rides, souris aux menottes et aux rides, aux gestes de soutien, aux fleurs qui patientent sous la neige, à la fraternité, la bienveillance, le souci, la peine partagée, les couvertures posées sur les épaules, les soignants dans les villes assiégées, toutes les villes assiégées, les bras possessifs des parents serrant leurs enfants.

Quant à toi, dans tes minuscules craintes personnelles, individuelles, comme tant d’autres, devant les décisions qui pourront être à prendre, tente de dégager la solution la plus sage au moins à tes yeux, et celle qui pèsera le moins ou le plus brièvement aux tiens, cherche le silence, l’ignorance des tiens, et surtout, pour tout, pour le mal qui règne, pour les solidarités, pour les sourires mouillés et francs, pour nos petites mesquineries, et nos grands désirs d’aides, cramponne toi à la seule arme en ta possession, aime.



jeudi, août 12, 2021

Lassitude, reprendre atelier et prolonger Paumée d'un ou deux jours


Paumée se meurt lentement, ça me navre un peu, et j'ai besoin de vacances au moins sur le net (à l'exception de petits passages atelier), j'avais donc décidé de reprendre ici ma participation au #P8 (un texte sur un personnage désigné par « tu » comme le fait Charles Juliet dans la première partie de « Lambeaux » en cherchant à redonner vie à sa mère), de continuer (pour moi parce que pas contente de ce qui vient un peu à contre Brigitte en tentant « faire un livre » mais têtue) de travailler en commençant par le #L8 (lyrisme) et de mettre en vacances, au moins pour une quinzaine de jours, ou plus, ou infiniment plus, Paumée et Brigetoun avec ce billet...


Matin mal dans ma peau (avais oublié mon traitement) douche, un peu de repassage, redresser une bougie, et attaquer, pleine d'enthousiasme, le #L8 qui m'a très fort résisté ou qui s'effilochait... l'ai abandonné au bout d'une quinzaine de lignes (à jeter ou rapetasser et poursuivre) et m'en suis allée un peu avant seize heures, saisie en sortant de l'antre par la belle chaleur qui brûlait les pierres et les corps,


pour aller marcher à l'ombre dans Calvet et voir ce que donnait l'accrochage de quelques œuvres venues de la collection Lambert en contre-point. Comme le pensais n'ai quasiment rien découvert mais retrouvé avec plaisir, ai souri à des malices, ai pris trop de photos, ai marché un bon peu dans la ville en sortant, et suis rentrée fortement découragée à l'idée de trier, attribuer, les différentes images... donc je remets cela à demain, et pour aujourd'hui reprends mon approche d'une femme que j'ai beaucoup aimée et finalement trop peu connue, et vais chercher quelque chose de bien idiot... ou une musique qui me fasse voguer comme une cantate...


#P8 - pas cent ans

Tu occupes, dans le grand appartement (assez grand pour que le ménage de votre fils aîné le partage avec vous) qui fut votre dernier adresse – votre dernier achat, votre couronnement, bien plus haut que les abords du port –, la grande chambre, celle qui fait suite aux pièces de réception et s'ouvre sur le parc de Galland, et maintenant que peu à peu tu as laissé la direction à ta belle-fille aînée comme, dans ses dernières années, bien après avoir vendu son prospère commerce de faïences, ton mari avait glissé doucement, laissant place à son fils, hors de son rôle de pater familias, ne gardant de ses activités que son intérêt vigilant pour l'école de cadres de marine qu'il avait fondé, la présidence de la société nautique et de deux ou trois associations, mais depuis ton univers de meubles sombres et sculptés, de velours et de cuivre repoussé, qui sent un peu le renfermé, un peu le musc et la violette, tu règnes, discrète déesse tutélaire, petite créature frêle, au visage de pomme blette, dans tes robes de cotonnade molle violette, noire ou grise à petites fleurs blanches, ou de taffetas noir, avec tes rubans de cou brodés ou garnis de perles, tes manchettes et mouchoirs de dentelle, ton chignon qui ne conserve plus de sa gloire qu'une petite pelote blanche au sommet de cheveux qui ne bouffent plus guère et le fin duvet blanc qui entoure ta bouche et te fait ressembler à une gentille musaraigne, et ta bru te dirige avec respect, t'honore et fait à sa guise comme le veut votre accord tacite qui la rive, avec tendresse et mouvements d'humeur soigneusement bridés, à toi et à ton service jusqu'à devoir te tenir lieu d'infirmière pour les soins les plus intimes, seule tolérée par toi, jusqu'à ta mort un peu avant tes cent ans, à l'époque où ne te reste quasiment plus que cette exigence de ta fantaisie, celle qui te pousse à quatre-vingt-dix ans à exiger de porter des pyjamas à fleurs et à faire une fugue dans les rues d'Alger au moment de la liesse de l'indépendance, celle qui te fait décider que : non, lorsque auprès du cadavre de la troisième des six sœurs que vous étiez, l'une, ne sais laquelle, des suivantes, se tourne vers toi et avec la rude familiarité des tribus te signale que tu es la prochaine, et de fait tu t'obstine à vivre avec plus de persévérance que les plus jeunes de cette tribu de jeunes filles à marier, bien élevées dans un couvent de bonnes sœurs, photographiées autour de votre mère veuve de son ex charron devenu entrepreneur de mari, elle qui trône, un peu écrasée par vos jeunesses et vos robes, au centre de l'image, avec la dignité mais aussi la rudesse simple qui lui vient de son enfance difficile, de ses parents morts de fièvre à Mustapha, toutes filles qui font des mariages plus ou moins bourgeois, même si, dans ton cas, ce mariage vient tardivement puisque tu as trente ans lorsque tu rencontres les trente et un ans et la superbe moustache de ce marchand de porcelaine que tu accompagnes, un pas en arrière comme il se doit, mais bien présente – même si tu apparais rarement lors des petits reportages dans le principal journal d'Alger sur des réceptions d'amiraux ou notables de métropole ou de bals où tu dois pourtant être présente, mais n'es qu'englobée dans l'allusion finale aux dames élégantes, forcément élégantes, sauf une ou deux fois où on évoque ta robe blanche ou noire – dans son accession au rang de notable, assez installé pour présider l'association des commerçants, et pour avoir moyen et temps de se consacrer de plus en plus au monde de la voile et des armateurs, avec une passion qu'il transmettra à vos trois fils.