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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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mercredi, novembre 19, 2014

Elles


chuter dans l'éveil, croire le sentir, étendre bras, renverser quelque chose, trouver la poire de la lampe, laisser cette fichue ampoule faire lumière lentement pendant que cerveau tente une remise en ordre et que migraine s'échauffe tout doux, redresser réveil puisque c'était lui, voir que six heures sont depuis longtemps passées, rouler sur soi, se retrouver assise, se redresser presque, un pas, pivoter, se poser sur chaise, bouger souris, voir l'écran s'allumer, chercher les cosaques, voir qu'un nouveau texte est publié, bénir l'auteur – petit sentiment de culpabilité, et de cette certitude croissante que suis pas cap - lire, aimer, tweeter, regarder dans liste, avoir autres plaisirs ou intérêts, et puis se lever, ouvrir volets, faire café, prendre une cuillère de miel, une de yaourt, méditer en se massant reins au dessus du radiateur – retourner s'asseoir sur lit – regarder le mac d'un oeil un peu torve, penser paumée, penser cosaques, penser suis nulle
chante cafetière, le ciel est mou et d'une douceur un peu fade mais bénévolente, se vouloir ainsi
café, toast, sur une impulsion passer serpillère dans pièce, repasser trois chandails, une vieille robe, deux jeans, douche, pantalon de velours, vieux polo sous gros tricot de coton, et maintenant…
risquer quelques pas dans la presque douceur de la cour, saluer la fatigue extrême des boules blanches en équilibre sur leur pente finale..
descendre la marche vers la chambre, s'asseoir dessus, poser mon menton sur mes genoux, en petit salut à l'ado complexée qui ne veut pas mourir, ramasser sur le chevet elles en chambre, bloquer la petite poussée d'auto-ironie et chercher de quoi peupler http://brigetoun.worpress.com, aimer ce qui est dit dans la chambre collective sur les ateliers d'écriture (enfin, en gros, devriez vous le procurer et le lire) reprendre le début, la chambre de Danielle Steel (ignorais son existence et crois que continuerais, il semble que dans les lectures anarchiques qui ont peuplé, un peu trop, ma vie, j'ai souvent eu la main heureuse), Sylvia Plath, Shahrnoush Parsipour c'est trop.. et puis reprendre lecture et s'arrêter, une évidence, chez Nathalie Sarraute..
Déjeuner, siester, regarder ceci, et tant pis pour longueur, avoir, appétit revenant, envie d'évoquer ce sur quoi m'étais endormie, la visite à la fin, des chambres d'écriture de femmes que je lis, avec plus ou moins de constance, que je crois connaître un peu, j'ose avoir idée d'une idée d'amitié, au moins d'une sensation, et pour deux desquelles je garde, flottant à l'arrière plan des mots que je lis, le souvenir d'une voix, d'une silhouette, d'attitudes
Alors juste, reprendre les quelques mots par lesquelles Juliette Mezenc (qui est à la fois l'auteur du livre et dans mon esprit l'une d'elles, les bonnes et touchantes) les introduit, et choisir un lambeau de ce qu'elle cite
Marie Cosnay- un long et beau texte où je cueille
Il y a eu et il y a encore la chambre du Sergent Marcel Duhau, la maison qui prendrait le large si elle pouvait, qui partirait roulant, jardin chambres couloirs et cuisine vieille, vieille. Chambre à partager, on va essayer, essayer autrement.
Il y a là autre chose. Il y a, non touché, interdit d'accès, nommé, nommé (les enfants à qui veut ou ne veut pas les entendre : le bureau de maman, interdit), le bureau…
Liliane Giraudon
Je me suis toujours battue pour «une chambre à moi», dormir seule etc. Ce que j'appelle aujourd'hui ma cabine car elle est petite comme une cabine de bateau et encombrée de livres. Le lit a la taille d'une couchette. J'y dors.... Ce qui me permet d'écrire ailleurs, par petites salves et pulsions paragraphes ou lignes démontées et déposées comme des couleurs…
Christine Jeanney
.. Alors ma chambre, c'est sans doute la place du corps lorsque j'écris.

une place vague, changeante, pétrie dans la vie qui déborde, débordante. Une place intérieurement bousculée, désaxée, parce qu'elle ne tient pas dans les limites du corps, ses défaillances – celles qui tordent les mots ou savent insuffler des forces inattendues – et parce qu'elle ne se place pas non plus par-dessus lui, dans un lieu idéal, spirituel.
Anne Savelli
Ecrire. Un jour réussir à écrire à côté de quelqu'un qui écrit, mouvements parallèles des doigts et silence tacite même au milieu du bruit. Ecrire ensemble ? Ecrire côte à côte sans poser de questions, sans montrer ni demander à lire. Ecrire en présence d'un corps, vision périphérique qui laisse concentrée, rythme les paragraphes…
Emmanuelle Pagano
Maintenant, il faut écrire hors du corps, hors de la vie, hors du mouvement. Se rassembler. Il faut souffler. Comme toute petite je m'enfermais pour penser, je me retire pour écrire. Je me suis choisi cet espace pour mon corps, une chaise, choisie, choyée, à la limite du fétichisme, une attache…
Cécile Portier
parmi les entrées, prendre (pourquoi ? comme ça)
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C'est comme si, à force de viser le coeur de l'oignon, j'avais fini par y être accueillie. Mon travail c'est tellement dans les failles. J'écris au coeur du coeur du vide. Ô comme j'affectionne ces petits lieux tout à la fois confinés et très ouverts.
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Mais je fabule. Je vous fais croire de mon écriture c'est une chambre, quand c'est une arme de poing. Elle tient toute entière dans ma main. Elle me tient…
et Juliette Mezenc, elle-même
.. Mais j'ai maintenu chambre parce qu'il se trouve que, justement, n'ayant pas chez moi de bureau ou pièce spécifiquement dédiée à l'écriture, j'écris le plus souvent dans ma chambre, ou plus précisément sur mon lit, souvent au réveil, parfois très tôt, dans cette bande d'espace-temps qui peut se cultiver, s'étirer un peu... Dans cet entre-deux (entre le sommeil et la journée qui s'annonce avec ses sollicitations, rencontres joyeuses et tracasseries ordinaires) pour moi propice à l'écriture.
Et voilà que j'ai pris conscience de l'odeur, ai trouvé patates en train de cramer, ai sauvé ce que j'ai pu, reviens... vois le fichier, pleine de honte, me dis garder le pillage, jeter le début.. et puis tant pis.. pense cosaques, m'assieds devant des catalogues de peinture et autres on verra bien.

jeudi, octobre 23, 2008

l'automne se précipite pour nous investir, après nous avoir un peu oubliés, et la pluie s'est complue dans ma cour pendant toute la matinée
en deux débuts de nuit, lecture des "Mains gamines" d'Emmanuelle Pagano chez P.O.L., un peu lentement au début, avec une légère déception par rapport aux "enfants troglodiques'" et aux brides ou allusions lues sur le blog de l'auteur avant sa mise en sommeil, et cela venait je crois de ma difficulté à écouter, sans une petite hostilité ou plutôt indiférence la première voix. Et puis une fois encore c'est un beau livre.
Quand je me le shématisait sous ma douche me venait : quatre récits pour cinq femmes, leurs sexes et leurs oreilles, avec au centre la cinquième et ce qui sourt de son enfance, de son intelligence, sa volonté et des viols par les mains enfantines des garçons de la classe.
Et cela fait construit, thèse, sauf que c'est tout sauf ça, parce que c'est avant tout charnel et comme toujours la chair ne vit, ne se sent, n'existe que parce qu'elle est baignée, frottée, entourée de la terre qui règne sur ces histoires, le beau domaine viticole, les chataigneraies et la magnanerie. Avec toujours ce qui est le plus classiquement beau et ce qui est le plus trivial (catégories qui n"ont pas lieu d'être) intimement liés, comme deux expressions de ce terroir et de la vie.
Et en prime un joli mot, régional je pense, que j'ignorais : les pègues (je devrais vous laisser découv rir, disons les enfants) .
Et l'écriture - celle que l'on se raconte "Comme si mes pas imprimaient les mots quelque part, mais où, je ne sais pas; pas dans la terre des vignes; mais dans une matière invisible autour de moi....Je marche, le vent d'automne remue les rosiers au bout des rangées, je pose mes pensées, elles ne se rembobinent plus, elles sont écrites, inscrites, je me souviens d'elles..." et les livres de l'ancienne institutrice, et les contes de la grand-mère, les lectures de la petite fille, et au centre ce carnet dans la poche arrière du jean (omniprésents eux aussi les jeans et leur contact) où la femme de ménage note les noms, la trace de cette blessure d'enfant, l'exprime en poèmes qui parlent de sexe cousu, de fils de vers à soie, de bogues.

suis allée me faire confirmer par mon banquier avignonnais que le comportement de ma banque parisienne était aussi grotesque que problématique (euphémisme) pour moi, avis assorti de conseils pour me défendre, et les rues étaient batues par un vent ni très fort ni très froid, non pas cruel mais méchant, démoralisant, un temps à feu dans la cheminée (que je n'ai pas) et à thé corsé, et ce dernier était très bon, merci..

dimanche, mars 23, 2008

Puisque saint y a, samedi plus clair de ciel et d’esprit que vendredi. Frais toujours, mais le ciel rayonnait au dessus de mes pas. Réveillée en réalisant que je devais remplacer mon vieux téléphone à prix défiant toute concurrence, si je voulais avoir une chance d’entendre les messages qui y étaient déposés pendant qu’il affichait « zéro », avec aussi un nouvel appétit de lecture, et l’envie de toucher la terre.
Commencé par la lecture d’un texte téléchargé sur Médiapart où je retrouvais enfin un mai 68 moins étrange que celui qui est relaté par les officiels témoins et propriétaires (voir si cela vous intéresse
http://brigttecelerier.blogspot.com – pour moi c’est le fondement de ce que j’ai tenté d’être, avec plus ou moins de succès), choisi avec gourmandise et passé une commande sur Publi-net http://www.publie.net et suis partie en quête d’un téléphone.
Retour avec le téléphone et, bien sûr, des livres. Bataille pour comprendre, malgré mon handicap devant tout mode d’emploi, comment installer et utiliser mon nouveau joujou (il me reste plein de découvertes à faire), et en début d’après-midi un peu plus de deux heures d’énervement et de plaisir sur ma bonne femme.
qui se dégage peu à peu. Gelée et courbatue je lui ai demandé de patienter, sans trop se durcir (les jambes, la nuque, le visage etc…créer des angles, mais renoncer à la vraisemblance)
et m’en vais être parasite, ennuyeuse, ou tentatrice, en prélevant le début de chaque élément de cette promesse de lectures, moisson à venir, que j’ai devant moi.
Sur écran (publie-net)
«Il fronce les sourcils, il se frotte les yeux, il pense avoir mal vu et il regarde encore. L’écrivain classique, un matin, aperçoit soudain dans sa ville quelque chose dont il a déjà lu l’exacte description. Non pas une narration évoquant ce qu’il est en train de regarder à présent, mais au contraire la même chose, la réplique parfaite, sous la forme écrite, de ce que la réalité, visuelle et en relief, olfactive, sonore, lui propose maintenant. » Marc Pautrel (la vie des écrivains classiques)
«J e t'écris, mais pas depuis Corfou et sa prison, je t'écris d'Athènes, à peu près libre... Oh non, je ne suis pas en perme. Je suis officiellement, éternellement assiégé. Enfin, quelle importance, partout c'est plus ou moins pareil, prison, asile, parti, société... On ne peut même plus être en soi-même. Et pourtant on est tellement seul, comme si tous les matins on partait se faire fusiller... » Chrònis Mìssios (toi au moins, tu es mort avant)
« La matinée passée avec les enfants à Trois Fontaines, belle partie de ballon dans la nef avec Nathan en passoire aux cages et Madeleine comme avant-centre efficace, le goal était souvent battu, à sa décharge ses cages étaient vraiment démesurées. Le parc s'ouvrait aussi à nous, ses seuls habitants, deux ondées nous poussèrent à nous retrancher sous des marronniers épaissément fleuris. Là étendu sous le feuillage et les fleurs rouges, j'observe une buse planer à contre le vent. Mon ventre sert de piste pour les voitures miniatures de Nathan. » Philippe de Jonckheere (Désordre, un journal) mais là j’ai triché en prenant la deuxième entrée, sautant Le Pen et Chirac
« De La Nuit juste avant les forêts, il faudrait parler comme d’une pièce creusée dans une langue que n’épuiserait jamais rien, au cœur d’une durée affranchie de son terme, don d’une présence enfin, qu’aucun espace ne saurait circonscrire – hors le corps même, le corps proféré d’un théâtre faisant violence à l’acte de lecture. » Arnaud Maïsetti (Seul comme on ne peut pas le dire) pour entrer dans son écriture, après le blog
http://arnaud-maisetti.blogspot.com par l’intermédiaire de mon amour du théâtre de Koltès (une lecture de La Nuit juste avant les forêts)
Deux arbres qui m’avaient plu par le rebond entre la boule dense et sombre et les ramures argentées, et je continue encore et encore (pas obligés de suivre)
« Hier il y avait un peu plus de vent.
C'était du vent qui venait de là !
Aujourd'hui on dirait qu'il a changé un peu, il viendrait plus de par là,
on dirait ! » Serge Valetti (plus d’histoires) court
« Au loin l’Acropole toute blanche, le Parthénon éclatant, l’Erechthéion, les Propylées, partout du marbre.
« Tu n’es qu’un petit chien de salon. Tu aboies, mais les visiteurs savent bien que tu ne peux pas mordre. »
«Tu es un drôle de type, un libérateur de canaris qui vont se faire bouffer par les chats. Tu sais bien que sans leur cage ils sont perdus : la liberté, c’est l’insécurité. Pourquoi se donner tant de mal ?»
Màrio Hàkkas (les cénobites, précédé de le bidet)
« dans la rue un homme en costume noir traînait un enfant qui ne voulait pas : trace des doigts serrés aux poignets, l’enfant à genoux et l’homme tirant sur les bras, face à face les deux visages fermés, hostiles, ennemis pour toujours…Sereine Berlottier (ferroviaires)
« La voiture. A l’arrière l’enfant pleure. encore. Des larmes presque sèches. Presque écoulées. Devant, le père, conduit. Sans se retourner.Pas même le rétroviseur pour vérifier que le monde s’éteint avec la route.
Et la nuit. »
Sébastien Rongier (au troisième étage) court itou.

Sur papier, classiquement et pour lecture mobile :
« Je n’ai jamais été un enfant.
Dès la naissance, mon enf ance s’est envolée ailleurs, à jamais éloignée de sa part sublime, orpheline »
Hafid Aggoune (premières heures au Paradis)
« Voix qui m’attire du dehors et plonge au-dedans de moi. Cri prolongé et sourd abolit les distances. Soudain ressentie l’insensibilité de la mort quand le souvenir s’abat après m’avoir frôlé ». Arnaud Maïsetti à nouveau (où que je sois encore…)
« Dans la chambre où elle est enfermée depuis plusieurs heures, la jeune fille entend les cris et les rires qui montent de la grande salle. A mesure que la soirée avance et que les esprits s’échauffent sous l’influence de l’alcool, l’angoisse grandit en elle à la pensée du sort que lui réservent les hommes qu’elle entend festoyer, et, au premier rang, le pire de tous, le chef de la bande, Hugo Baskerville, propriétaire dévoyé du manoir qui porte son nom » Pierre Bayard (l’affaire du chien des Bakerville) et je me dis que je vais le commencer dans la nuit, qu’il va avec mon humeur
« C’est une journée claire, la première après plus d’un mois de grisaille et de froidure, et a grande lumière est singulièrement bienfaisante. A dix heures, nous sommes à Vierzon et prenons pied sur l’autoroute. A Gif à onze heures et demie.
Je passe au Rustol quelques-uns des personnages en fer que j’ai rapportés, monté sur socle le galet recueilli à Carennac – la vierge sous ses voiles »
et la suite est jolie. Pierre Bergounioux (carnet de notes 1991 – 2000) mais là, dans cette une somme à déguster par brides, j’ai pris la seconde page.

Et j’exagère, désolée pour les patients – mais je n’arrive pas à comprendre comment on peut se priver de, ignorer, le plaisir de la lecture, et sa profondeur.

mercredi, mars 19, 2008

Réveil au petit matin et début de butinage, renouer avec la lecture, ou presque :
Sur les lectures publiques par l’auteur : François Bon sur tiers livre
http://www.tierslivre.net
« Le parlé de la lecture à haute voix n’emprunte rien au théâtre mais plutôt au chant…..
…….
J’ai eu la chance de pratiquer l’étude du souffle bien des années avant d’avoir à lire en public, et sans me douter de l’usage que je ferais plus tard de cette technique. L’usage de la respiration ventrale, d’un porté lent et continu du souffle, se travaille en silence, allongé ou assis, chez soi. Dans l’heure qui précède une lecture la tête est vide, le trac remplit tout, il n’y a plus que la respiration pour garder contact avec le temps : on la ralentit. Il y a des exercices aussi, narines alternées, respiration sanglot, tenue d’une légère apnée en fin d’inspir ou d’expir, qui oxygènent à fond le cerveau. » plus pour cette profération à vrai dire que pour la littérature, mon gout, ma fascination pour tous les artisanats, pour la parole des métiers, et c’en est un, et beau.
Et puis me suis rendormie, réveillée à moitie en miss catastrophe, et suis partie en retard vers les Halles pour remplir mon garde-manger vide et le plaisir grand (très) que me font deux toulonnaises en venant déjeuner ce mercredi, incapable de me risquer à de la cuisine, envie d’abondance, refus de les submerger, manque de simplicité, décision d’en avoir etc… Bon c’était agréable. Et partout le printemps s’annonce, dans le verdissement léger des arbres, les platebandes des jardiniers de la ville etc… et les asperges sauvages et les premières fraises locales.
Avec un très joli début de mistral qui secouait un peu les manifestants contre les diminutions de personnel de l’éducation nationale, mais sans les transir comme nous autres vieux l’autre jour, assez fort pourtant pour me bloquer au coin du théâtre, puis me faire reculer d’une dizaine de pas avec mes paniers et sacs en drapeau. J’ai tout de même remporté le match, mais coup de pompe en rentrant, et après le problème consistant à caser mes achats et une grande assiette de pates au thon couvertes d’aïoli, effondrement doux.
Et dans l’après midi, sans excès, tentative de transformation en lieu civilisé de mon antre, repliement des terres et du matériel, lutte renouvelée contre les chatons et le plâtre de la cour, début de ménage, en gribouille totale, chacun de mes gestes entrainant une mini catastrophe, saladier cassé, miroirs moins nets après qu’avant mon intervention, objets disparaissant avec malignité, livres sortis pour rangement et remis en pagaille après picorage. Bon l’ensemble et moi nous survivrons et présenterons une image acceptable je pense, et c’était assez drôle.
Et le temps a filé. Et mon ordinateur trainait lamentablement quand j’ai voulu le reprendre, je continue, navrée, à être un rien absente des blogs. Et puis, après restauration, je suis tombée sur http://lescorpsempeches.net/textes/lecturecroisee.pdf un entrelacement de textes d’Emmanuelle Pagano et Marc Pautrel, qu’ils ont lu à deux vois au marché de la poésie de Bordeaux, chacun ayant choisi des passages chez l’autre, et c’est un joli régal, je copie, en mineur :
« Je m’assois nu sur la moquette et c’est alors que des fleurs me poussent partout sur le corps : longues tiges et corolles grandes ouvertes ; tulipes, roses, pivoines, lys, tournesols et jonquilles, coquelicots, orchidées, violettes et giroflées ; voilà que je deviens un homme-jardin » (Marc Pautrel)
«Sinon pourquoi ma chair seule est amarrée aux mousses humides, aux feuilles craquantes, tellement fragiles, dans le même temps lavées et salies par les orages. Pourquoi moi seule je sens tout ça, ou plutôt pourquoi je me sens si seule dans les choses de l’automne. Souillée comme le dessous des arbres, si seule, à rester là, vierge et sale à la fois. »Emmanuelle Pagano
Et que la photo me soit pardonnée, la dernière de ma moisson de la matinée, assez peu en accord.

mercredi, janvier 30, 2008

Matin aux Halles et nostalgie devant ce délice à mes yeux : de jeunes cœurs de céleri, et à coté, invisibles sur la photo, en écho blanc et rude, les cardes. Mais leur vue et mon envie ce devait être trop encore et l’après midi fut pénible.
Peut être aussi parce que j’avais décidé, à une moitié de mon esprit défendant, d’aller à la Rocade reprendre ma carte du parti et voter pour une liste que mon vote ne changera pas. Me rattraper par surprise ces jours ci au siège de campagne plus facile d’accès . ?
Donc sieston cotonneux, petites activités ménagères, et, à l’heure du thé, comme j’avais assez récupéré pour lire : des rencontres dans les textes publiés par Publie.net
http://www.publie.net/tnc - choix portant très subjectivement sur des écritures, qui me confirment dans mon statut de lecteur (mais on peut y trouver beaucoup d’autres choses)
Chez Jacques Ancet « la voix de la mer », ces lignes de « Parler le monstre »
"Il s'en rend compte aujourd'hui, après tant d'années: écrire, au plus profond est un acte né de la douleur. Un acte qui libère dans le langage cette blessure lointaine du corps, la soulage mais ne l'efface jamais. Il aurait souhaité n'écrire que la beauté de vivre, la splendeur du monde, comme il l'a fait aussi. A chaque fois, pourtant, au coeur de la lumière, il y a ce noir: le corps seul, souffrant et qui gémit. Lui voudrait ne pas l'entendre, ne pas le voir. Il voudrait continuer à chanter, mais sa voix se brise, elle mue, et c'est la tragédie qui sort de ses lèvres."
Emmanuelle Pagano parlant de Jacques Dupin et le citant dans « toucher terre » (bref et bon)
Et la poésie est à son corps ce que les éléments, les maladies, l’isolement sont au nôtre. « La poésie qui nous chasse, et nous prend à la gorge, elle rase plus près elle blanchit plus noir (…) le seul recours des lisières, des terres, des terres à l’abandon, des fissures dans la eoche, des talus à la dérive butant
contre la détresse du monde »
et, en trichant, je sais, mais parce que ce petit texte est une merveille pour qui a toujours rêvé de New-York et ne le connaîtra pas, surtout celui-là dans « Centre du monde » de Michèle Dujardin (quelques pages de texte et dessins que je vous souhaite)
« et les façades convulsées guillotinent aux fenêtres les psaumes, à peine nés l’encre aux doigts du prophète n’écrit pas : elle est sans plume, sans lettres ni papier, juste elle trace en glissant sur les murs des yeux, écarquillés dans leur silence, et qui voient l’autre rive, loin à l’envers des briques »

et suis partie à l’Opéra pleine de bonnes intentions assister à « la Bohème » dans une production de l’opéra de Tours. N’ayant pas grand gout pour le bel canto je connaissais bien sur les grands airs et duos, mais n’avais jamais écouté l’ensemble. Et j’ai été surprise de trouver intéressant le reste, les ensembles comme le groupe des garçons au début de l’œuvre, le bal, et même de le goûter. Une bonne mise en scène de Gilles Bouillon et direction d’acteurs (sauf le chœur d’enfants mais leur gaucherie avait du charme). Jolis décors et costumes années 50-60, une époque qui colle bien. Une Mimi (Rié Hamada) terriblement jeune fille japonaise, pleine de charme et une jolie voix que j’appréciais surtout aux moments où la musique ne l’oblige pas à exprimer sa douceur en criant, et un Rodolphe (Alfred Kim) coréen avec le coté trompette que l’on aime chez les ténors. Karen Vourc’h que je me souviens avoir aimé dans la Flûte enchantée, à l’allure folle. Jean-Sébastien Bou en Marcello, très bon et une agréable distribution pour les autres rôles masculins. Mais j’ai beau faire, je n’aime pas cette musique à effet, même si le livret est habile, si certains airs sont pleins de mélodie, je n’y arrive pas. Et peu à peu la douleur s’est manifestée pour habiter mon léger ennui. J’ai snobé le dernier acte et la mort. Je ne sais si le ciel partage mon avis. Il bruinait.

vendredi, août 24, 2007

Le ciel dimanche, et encore lundi, avait gardé sa jeunesse estivale. Des photos, pour les mettre, parce que je les ai prises, de divagations dans le jardin qui retrouvait ses habitants.
Des fleurs simples dont j’ignore bien entendu le nom. Je crois que je ne savais pas ou plus il y a trois ans à quoi ressemblait un plan de tomates, ou un gardénia (les platanes, la vigne, les oliviers, le thym, les roses et les marguerites représentaient à peu près toute ma possibilité de nommer).

L’enfant puis la femme des villes, ou d’une campagne marine, mais qui ne savais pas tout voir, juste l’eau de mer stagnante et sourdant des trous creusés dans le sable, les épines de pin, les taches de soleil sur le sol et les fleurs d’ail, ou bien qui a oublié. J’apprends, et comme j’oublie aussitôt, je recommence avec plaisir. Sans épuiser, ou si peu, la tolérance de mes professeurs improvisés.
Et dans ce jardin, j’ai mis un peu plus d’un jour à lire « les amants troglodytes » d’Emmannuelle Pagano, et j’ai corné des phrases parlant d' une nature bien éloignée, parce qu’elle est liée étroitement aux sentiments, aux actions, aux évènements qui s'y coulent.
« Mon bouleau comme le reste est bleu, sali d’hématomes, sans feuilles en hiver il prend le marine des épicéas, sans âge il prend la forme de l’eau, des larmes, se redresse un peu, puis avec les feuilles glabres, douces, il se fait border de mousses outremer, mais le lac ne déborde que sur lui-même, et mon bouleau se lave au même endroit à l’eau, à l’air du lac, et moi je suis assise en dessous »…
Ces photos et mes citations sont une trahison. « Du brouillard, dans l’humus jusqu’au corps des arbres, inscrit dans les écorces, et quand s’étalent les brumes de l’air, nos pupilles sont énormes.. » Parce que le livre c’est le retour, les joies, les douleurs présentes parfois et leur souvenir de la fille née dans un corps de garçon, le retour du frère, la façon dont les néo-ruraux se coulent dans la camaraderie des collégiens, les enfants mort-nés, la fratrie, la ferme sous le lac, les enfants et les adolescents et ce qui les entoure, la musique et les vaches bleues, les écolos et, comme il n’est pas question de loup ou d’ours, je les aime bien les écolos.
« La rumeur traversera le plateau lentement. Avec le redoux, les brumes descendront en avalanches fumantes sur les parois des gorges et on aura juste l’impression d’être dans un mauvais film… » et j’étais assez sous le charme pour refouler ma légère incrédulité devant cette ré-installation d'Adèle dans sa vallée.