jour un peu étrange,
projets, démarrer quasi vivement, avant que surviennent sous la
douche vertiges,
se tenir aux murs, enfiler
vieux trucs, s'allonger, somnoler
émerger vers treize
heures, voir que le soleil atteint maintenant aux meilleures heures
le sol de la cour – s'appuyer contre paillasse, confectionner gros,
gros déjeuner
dormir
à l'heure du thé, faire
petit tour internet, encourager le roseau qui semble vraiment décidé à survivre.. et puis revenir sur la soirée de jeudi,
quand m'en suis allée au
Théâtre des Halles, voir, dans belle affluence, attente dans une
ambiance agréable de m'installer au premier rang et d'assister à la
première de Pédagogies de l'échec, une
pièce de Pierre Notte, mise en scène par Alain Timàr, jouée par
Olivia Côte et Salim Kechiouche.
Présentation de l'auteur
sur le site du théâtre
Au septième étage,
dans des bureaux dont il ne reste rien, ni cloisons ni fenêtres,
deux individus se plient aux lois de la hiérarchie. Tout autour
d’eux est tombé, un tremblement de terre, une catastrophe ou un
conflit mondial, peu importe. Un monde en ruines et dépeuplé. Mais
ils sont là, ils poursuivent, ils continuent le travail, tentent de
produire du travail dans le vide et entourés de trous. Ils se
soumettent aux rôles professionnels, le pouvoir et l’immunité du
(de la) supérieur(e), et la servilité et l’irresponsabilité du
(de la) subalterne. Avec mauvaises fois, rancoeurs, jeux
d’humiliations, mises à l’épreuve, jalousies, désirs,
aspirations. En bas, on monte des échafaudages, dont le coût de la
location a précipité dans la faillite la boîte qui les a loués
pour une reconstruction hypothétique. C’est dans cette boîte
précisément que travaillent les deux individus, mais à présent
désoeuvrés, sans objectif, ni projet, si ce n’est celui de «
continuer toujours à travailler. »
... c’est une comédie
féroce de la vanité de l’action et des rôles imposés, de la
théâtralité des catégories socio-professionnelles, qui veulent
tenir le coup, encore et malgré tout, dans un univers aveugle quant
à sa propre érosion, sa pathétique dégringolade.
On rit beaucoup, avec un
petit arrière goût d'apréhension, ou de souvenirs amers.
Répliques courtes,
causticité, le calcul qui se cache, conscient ou inconscient,
derrière des phrases qui semblent innocentes, presque amicales,
la hiérarchie sous-jacente, toujours.
photo iFou pour le pôle
média
Et voilà que ce soir, je
trouve sur internet
-
une émission sur
France Culture
http://ouvertauxpublics.fr/pedagogies-de-lechec-pierre-notte/
pour écouter le petit texte introductif qu'Olivia Côte et Salim
Kechiouche ont dit devant la scène, suivi de passages différents
de la pièce proprement dite, mais l'acteur, Hervé Furic, joue le
rôle d'Olivia Côte (la cadre) et l'actrice, Manon Leroy, celui de
Salim Kechiouche (le collaborateur) et je réalise ce que ce
changement de sexe ajoute, dans la mise en scène de Timàr dans les
moments où les rapports hiérarchiques se parent d'un discours des
corps
photo iFou pour le pôle
média
Ces corps qui sont marqués
par leur place au début, elle mince, droite, aigüe, avec ce qu'il
faut de charme pour être efficace, mais aussi netteté dans
l'apparence, dans le verbe, lui qui se laisse un peu aller comme le
dit sa chef (son chef dans la version radio) mais pas tant, sans
dépasser limite, qui a de petites révoltes, qui est porte-voix
aussi des regards des employés de base sur la directice du
personnelle, les dirigeants, son interlocutrice, mais sans prendre
cela à son compte, et qui sait gommer les vexations, les
intérioriser, relancer sur le travail, ce travail qu'ils tentent de
considérer toujours comme crédible.
Ces corps qui lachent
quand, empêché par le sadisme sans doute pas totalement inconscient
de sa supérieure – jouissance de petit chef – de se soulager il
se souille, quand lui la blesse en lui plantant le seul stylo dont
ils disposent dans la cuisse, ces corps qui ont faim, soif et que
Timàr soumet à rude épreuve (me demande quel est le dispositif qui
leur permet de réaliser cela et de continuer à jouer) en faisant
que le petit tréteau qui représente cet espace de bureau
subsistant, entouré du vide, les autres bureaux, les toilettes, la
petite cuisine étant devenus trous par la disparition de cinq des
étages qui sont sous eux, disparition des escaliers aussi et même
des fenêtres remplacés par le vide, en faisant donc que ce petit
plateau bascule très lentement (on ne réalise pas tout de suite)
jusqu'à être presque vertical, les acteurs étant cramponés l'un à
l'autre, pendus à l'une ou l'autre des mains accrochée au bord
supérieur.
Fragilisant tous leurs
efforts plus ou moins sincères pour construire quelque chose, un
avenir, une solidarité, un désir de ne pas lâcher, abandonner.
Et puis peu à peu
l'échafaudage qui est la seule chose qui reste vivante - enfin sans
doute sont vivants ceux qui le mettent en place mais ils ne sont pas
évoqués, on ne parle que de cet échafaudage – qui monte le long
de l'immeuble disparu dans la ville tombée arrive vers leur étage,
et il part vers son week-end, et ils se donnent rendez-vous au lundi
suivant..
Applaudissements pour la
pièce, pour la mise en scène, pour les deux acteurs, leur jeu et
leur performance.
Timàr était là,
discret, attentif et semble-t-il satisfait de l'accueil.