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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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samedi, août 21, 2010

Vendredi matin, sous un ciel que je prends pour une injure personnelle, persuadée que je suis qu'il a choisi cette grisaille depuis deux jours pour être plus bleu, plus étincelant, plus terrible la semaine prochaine, les jours où je lui abandonnerai (à lui et à la chaleur qui l'accompagnera, à nouveau), sans arrosage acharné pour les maintenir en vie, mes pauvres plantes), suis partie pour aller acheter un billet de train, afin de graver, de rendre certain, obligatoire, ma petite virée dimanche en pays dromois contrairement à ce que j'avais décidé, avec un entêtement bien buté (voir des gens que j'aime mais, ouin, pourraient venir, ouin, j'ai pas envie, ouin, j'ai pas de courage pour train et car, mais le car sera auto)

et avec le blanc grisaillou ou le gris blanchâtre du ciel, j'ai réalisé que le vert des platanes perdait de sa fermeté, se teintait d'une promesse de roux, et que le sol recevait ses premières feuilles brunes et retroussées.

Même le bleu qui s'installait, au retour, au dessus de l'oratoire et des remparts, était d'un pâleur irréelle (l'après midi il avait retrouvé sa virulence)

En chemin, j'ai choisi, parce que ça m'amusait, tenues improbables, par leur élégance ou le montant de leur étiquette,

et une robe et un manteau qui me faisaient vraiment envie (le manteau sur moi serait comique, et son prix l'était indubitablement, mais c'est sans importance).

Suis revenue avec une partie des livres qui me tentaient (librairies fermées et livres commentés sur des blogs mais non arrivés), et je me demande où vais-je les mettre, eux et ceux qui viendront presque certainement les rejoindre, puisque internet a bouleversé ma splendide indifférence à «l'actualité du livre» et que j'ai dressé, avec retenue, une assez jolie liste.

Me suis amusée, dans la fin de l'après-midi, au lieu de frotter les meubles, à noter une phrase de chaque page 68, parce que c'est mon âge, parce que dans "grains de pollen", de Novalis, traduit par Laurent Margantin, que j'ai finalement lu jeudi soir, y trouvant le calme que je cherchais, peu à peu, en lecture lente, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503496/les-grains-de-pollen, sur lequel j'ai essayé ce chiffre, le texte de la page 68, pas un des plus fulgurant, m'a sauté aux yeux, là, tout de suite, me convenait :

"Est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose à dire en faveur des hommes ordinaires, si maltraités dernièrement ? La force la plus grande n’est-elle pas du côté de la médiocrité opiniâtre ? Et est-ce que l’homme doit être davantage qu’un homme du peuple ?» - et tant pis si ce n'est pas «le grain» n°68

Donc :

«À la Vie ou la Mort on sort les vieux trucs, une technique de fabricant de tonneaux, le bois est brûlé après le cerclage.

Dur avec effet d'absorption.

C'est quand même étrange.» - Un mage en été – Olivier Cadiot

«22 mai : cipolin, orphite, sérancolin, serpentin, cannelle, dauphin, porphyre, brocatin, obsidien, cinatique. Que de noms, de couleurs, de matières, alors que le plus beau, le seul qui vaille, est blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures ni colorations.

Le marbre lui manque.» - Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants – Mathias Enard

«L'instant d'avant, la Méchante Sorcière de l'Est sifflait et crachait, désignant de son doigt manucuré ceux d'entre nous dont elle voulait grignoter l'âme. C'était un rituel comme un autre, avec ses avancées et ses reculs, ses refus et ses sacrifices, un vrai carrousel d'attitudes éprouvées dont nous maîtrisions à la perfection la mécanique.

L'instant d'après, un aérolithe gris écrasait notre reine abeille et il en sortait une jouvencelle hébétée, assortie d'un petit corniaud qui ne se gêna pas pour mordre les mollets d'Ethel et les talons de Ruth.» - CosmoZ – Claro (zut qu'il est grand !)

et puis, là ce ne sont pas des nouveautés, mais ils ont attiré ma main :

«Ainsi la nuit terrifiante, la nuit inapprochable qui est à leur source, est aussi leur destin. Même le désir qui croit désirer un corps visible est voué à cette nuit. C'est leur défaut qu'il désire dans les corps qu'il étreint. C'est cette nuit que fixe le regard de celui qui a un nom sur le bout de la langue. Il guette son rêve.» - Le nom sur le boit de la langue – Pascal Quignard

«J'étais assis dans ma cabane sur la véranda couverte. L'un des murs était remplacé par une moustiquaire extrêmement fine que je m'étais procurée grâce à l'entremise de l'un des contremaîtres, chef d'une tribu dont le territoire devait être traversé par notre chemin de fer. Une moustiquaire de chanvre à la fois très solide et très fine comme jamais on ne pourrait en fabriquer en Europe. C'était ma grande fierté et beaucoup me l'enviaient.» - Cahiers in-octavo (1916-1918) – Franz Kafka (parce que je cherchais «les aphorismes de Züran» du même Kafka)

Et j'y ajoute, parce que je vais sans doute m'y plonger demain, ou cette nuit (dès que j'aurais fini ma relecture de «Maîtres et serviteurs» de Michon : «L'ombre rose du pommier se penchait sur lui ; et d'autres doucement l'entouraient pommés, vastes et ffrissonnants comme des robes peintes...»), en sautant à la page 68, cette surprise merveilleuse qui nous attendait ce matin sur Publie.net : «Histoire secrète des prairies du Nord-Est asiatique» de Vincent Tholomé, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503564/histoire-secrète-des-prairies-du-nord-est-asiatique dont j'ai lu, frissonnant dans le petit matin, un peu plus de 40 pages, dégustant l'emportement de ses courtes phrases

«nous ; petites voix ; petites voix de types et de nanas ; petites voix minuscules de types et de nanas; petites voix minuscules émergeant du noir, voix de types et de nanas ; flots fluets de petites voix minuscules émergeant du noir et dans le noir, voix cassées de types et de nanas ; flots fluets de petites voix s'écoulant, minuscules.....»

Pardon humblement demandé aux éventuels passants, (et j'ai pris mon balai)

mardi, juillet 27, 2010

Avignon – début de la fin du festival – je reviens doucement à la surface – un vrai mage en été – deux Ionesco

Le mistral est devenu ventounet, le soleil est là et la chaleur gentille – en cajolant carcasse, en traitant avec elle, elle se laisse presque benoitement remettre en place. Mais il est trop tard pour récupérer mes abandons du «in» - les deux que je regrette le plus : Platel et surtout les corbeaux de Nadj (mais la dernière de celui-ci avait lieu à 18 heures, heure à laquelle j'étais à l'opéra pour Cadiot-Poitrenaux-Lagarde).

A l'heure de la douche, du miel et de l'interrogation de mes forces, j'ai téléphoné (et j'ai bien fait) au théâtre des Halles pour réserver une place pour les Rhinocéros (l'autre spectacle de 11 heures était complet)

Trouvé un pantalon blanc repassé et point trop grand (j'ai une montagne, ou disons une colline, à traiter), et suis partie clopin pas trop clopant vers la rue du roi René.

La lumière, comme toujours, aimait Saint Didier et Crillon. La ville se mettait en marche lentement et doucement.

Alain Timar, le plus itinérant sans doute des directeurs de théâtre avignonnais a monté avec des acteurs coréens un Rhinocéros dépouillé et efficace, en noir et blanc – blanc des panneaux mobiles (miroir au verso) qui modèlent le plateau, blanc des chemises des hommes, noir des costumes ou tailleurs des employés de bureau (gris pour le chef) avec comme couleurs les cravates et les chemisiers (discrets sauf l'orange volanté de Daisy) – monde un peu raide, international, avec portables, blocs et téléphones mobiles, courtoisie affichée des relations de travail, hiérarchie discrète et réelle.

Le panneau portant le texte français est, grâce à la petitesse relative de la scène, facile à suivre sans perdre de vue le jeu des acteurs.

Un musicien sur le côté, dont j'ai aimé le regard attentif sur l'action et ses camarades, pour suivre et conduire leur rythme

(photo Manuel Pascal trouvée sur internet)

Théâtre classique, discrètement, pour les dialogues entre Béranger et Jean – théâtre de groupe, de tréteau pour le groupe confronté au mystère puis à l'angoisse ou l'acceptation des rhinocéros. (mais les individualités, sommaires, se dessinent.)

Et dans le rythme, dans le dérèglement, dans l'expression du désarroi de Béranger, dans la transformation de Jean et sa brutalité affichée, des notes, sans excès, qui ramenaient vers l'extrême-orient.

Leur plaisir de jouer qui nous entraîne – plutôt une réussite.

Suis sortie aussi vite que le permettait la courtoisie,

ai salué d'un regard le jardin, parce que la carcasse grognassait et qu'en plus j'avais faim.

Poissons carrés et bocal d'asperge dans une supérette et retour trop vite pour photographier les groupes

avec, en outre, la fâcheuse manie qu'ont les de nouveau nombreux passants, surtout quand un peu mornes et imposants, à s'interposer (les minces et charmants aussi, mai je les repère moins)

Les terrasses de la place de l'horloge étaient combles, les gens détendus et joyeux.

Cuisine, gros gros déjeuner, petite sieste, un peu de ménage, un petit tour sur internet pour trouver un passage d'»un mage en été» sur le site de Médiapart, et départ à l'heure encore chaude où le passage à la clim est redoutable, résignée joyeusement à être vraisemblablement d'accord avec les avis favorables, parce que je suis bien dans les textes de Cadiot, parce que Poitrenaux est de plus en plus remarquable, parce que Lagarde met tout son talent à servir l'ensemble.

Malgré les bonnes critiques la salle n'était pas pleine, heureusement parce que ma place était là où il y deux gros trucs noirs derrière les dames, et que même en maigrissant davantage j'aurais difficilement pu m'y installer. J'ai accaparé un strapontin deux rangs devant, et j'étais fort bien placée.

Poitrinaux en toile de lin grège est seul planté au milieu de la scène, fait quelques gestes (de plus en plus à mesure que le spectacle avance) expressifs et mesurés, et quand il est immobile est souple et vivant. Il y a une bande son le plus souvent discrète, d'un grand raffinement qui se glisse dans le texte et parfois l'illustre, qui est parfois absente, de Grégory Beller et de l'Ircam, quelques formes lumineuses et de très belles lumières. Un raffinement qui n'est qu'élégance, en accord avec le texte, sans ostentation.

Le passage cité par Médiapart est au début du livre et du spectacle.

«Vu une photo dans le journal, en couleur. Une femme au milieu de l’eau, une rivière, un homme ? Elle a l’air bien, immobile comme ça, bras croisés. Elle compresse ses seins, cheveux mouillés, torsadés, courts, blonds. Ce qui est frappant, c’est son calme. C’est juste quelqu’un, au milieu de la rivière verte, point fixe dans le courant, on dirait qu’elle ne pense à rien, elle souffle, allez, on inspire. Et on expire, l’eau jusqu’à la taille, on fait barrage de son corps, comme ça. C’est beau à voir, deux rides d’eau s’accélèrent autour de ses hanches, elle a une moitié du corps au soleil, moitié au frais, c’est parfait...»

(une photo provenant du site du festival). Il y a la voix de Poitrinaux, sa douceur, ses inflexions discrètes et douces, et plus tard elle se transformera, pour incarner des personnages, d'autres sentiments. Un instrument parfait.

Il y a le texte foisonnant, avec toujours cette poésie, cette attention aux sensations ordinaires (sans rien de plat), même quand interviennent Adorno ou Nietsche jouant au golf, il y a mille choses, de l'intelligence, de la sensibilité, des rires, et tout cela coule avec le beau texte, emporté par l'acteur, les lumières.

J'ai lu quelque part, en me préparant à partir qu'à force de riens c'était un peu inconsistant, et ne saurais en être d'accord. Des riens qui le sont fort peu, et qui convergent en une éthique, une attitude.

Sur le programme il y a ce passage, un peu avant la fin

«Comme on plonge un bâton dans l'eau, je m'amincis.

Je me spirale.

Je rajeunis.

Sous l'eau.

Lamantin.

Comme ça.

Je suis un poisson.

Je nage.

Je rajeunis sous l'eau.

Je nage.

Vous n'imaginez pas ce que peut un corps.»

Je me sentais presque rajeunie moi-même en sortant. La place était pleine de vie.

Alors comme j'étais lancée, comme c'était presque sur mon chemin, comme l'horaire convenait, et comme il m'avait semblé lire un avis favorable, j'ai décidé d'oublier que Ionesco n'est pas mon auteur favori, que ce n'est sans doute pas sa meilleure pièce, et me suis arrêtée au petit Louvre, salle de templiers, pour voir Macbett, par la compagnie des Dramaticules, mis en scène de Jérémie Le Louët.

Une attente d'un petit quart d'heure, contre le mur de la chapelle, à coté des tables des dineurs.

le plaisir de retrouver ce joli lieu,

et une farce fort bien jouée, même si les rires sympathiques au début du très jeune et mignon garçon assis à mes cotés finissaient par être gênants, trop forts et un peu à contre emploi, surlignant les faiblesses du texte (cynisme facile).

(une photo trouvée je ne sais plus où sur internet)

Un jeu volontairement outré (pas trop, juste pour donner un coté marionnettes) énormément de rythme. Un bon moment. Sans plus.

Avignon a un sursaut de gaité d'avant la fin.

mardi, juillet 20, 2010

Avignon – foule s'efface – Philippe Quesne - Pascal Dusapin

Ne suis pas allée au jardin de Mons, ne suis pas allée voir Rhinocéros, ni une autre pièce, ne suis pas allée à la conférence de presse, suis partie dans Avignon à la recherche d'un pèse-personne mécanique, mon tout pas beau électronique étant mort (incapable d'obtenir contact avec la nouvelle pile).

J'ai rencontré mon voisin le mouton qui usurpait la roulotte de son berger, je n'ai rencontré nulle part de pèse-personne mécanique. J'ai fini par revenir, pas très ferme (vraiment vieille maintenant, et je m'étais cassé la figure en me levant au petit jour, avec une belle éraflure sur mon bras) avec un électronique plus robuste, plus simple, un peu moins ostentatoire et donc moins laid que le défunt.

Les rues étaient à peine plus animées qu'un matin de semaine ordinaire (enfin plus qu'un lundi), sans distributeur de tract, sans vraie foule rue Saint Agricol.

J'ai rencontré, avec envie et curiosité, cet établi et un peu plus loin l'artisan qui disposait les objets qu'il voulait vendre – la curiosité et l'envie se sont évaporées, et j'ai rencontré des courgettes rondes, un peu trop mures malheureusement, pour meubler mes pâtes.

Je suis paresseuse et j'ai encore dormi, je suis superstitieuse et j'avais le tract à la pensée de la marche vers le Gymnase Aubanel dans le souvenir de mon abandon et retour pénible le 14 juillet http://brigetoun.blogspot.com/2010/07/avignon-esprit-las-lecture-paresseuse.html mais j'avais désir de ne pas lâcher et surtout très envie de voir «Big Bang» de Philippe Quesne et du Vivarium studio (si bon souvenir de la magie jubilatoire de «la mélancolie des dragons» http://brigetoun.blogspot.com/2008/07/et-jai-pass-un-merveilleux-moment-pour.html)

Alors, lâchement j'ai pris un taxi jusqu'à la porte de la Ligne, ce qui m'a permis d'attendre, longuement, mais à l'ombre, presqu'en haut de larampe d'accès, avec conversations et lecture

et d'avoir une place au premier rang, pas trop loin de la porte de sortie, à côté d'un couple de mon âge qui avait gardé le même agréable souvenir de 2008.

J'ai retrouvé cette décontraction, cette façon qu'ils ont de se concerter, comme si c'était découverte, et cela gardait son charme, le côté bricolage et la beauté de cette succession de tableaux. J'ai aimé. J'étais bien (enfin assez, surtout au début, parce que le premier rang n'était pas un très bon choix, sauf si on adore avaler des masses de fumigène). J'ai sans doute moins jubilé, un peu moins.

Il y a un thème, selon le programme, ou au moins vaguement un thème, qui serait un big-bang et «un îlot, où un groupe échoué referait le monde, repartirait aux origines pour rejouer l'Histoire en accéléré.» Thème évoqué bien entendu d'assez loin, mais qui devrait impliquer un lien entre la succession de tableaux, et curieusement l'évanescence de ce lien fait que l'ensemble semble plus disjoint que la fantaisie simple de la mélancolie des dragons, où chaque action semblait simplement découler naturellement d'une exploitation de la précédente. Manquait aussi un peu la nuit sur les Célestins.

(photo martin argyroglo gallias bey photography)

Mais ce n'est qu'un bémol, et si ce n'est l'abondance excessive des fumigènes, ou leur tendance à se propager sur le public, ce serait un très beau souvenir. Ça en est un beau.

Les lumières, et les passages au noir qui ont un effet légèrement comique, leur attitude, le blanc omniprésent du début, les formes vagues en fourrures blanches ou brunes, les ordres ou conseil du meneur du jeu, les loupades ou tâtonnements simulés avec naturel, la voiture renversée qui faisait lien avec les dragons, et les arbres traversant la scène, les bruits d'atelier ou de sciage nous parvenant depuis les coulisses - le passage du feu de camp entouré d'êtres enveloppés de fourrure dans un univers blafard à Hawaï - les séances de pose sur un homme-fourrure-rocher tenant une branche/arbre - le montage musical, - l'ouverture du panneau blanc sur quelques centimètres d'eau dans lesquels patauger avec des «c'est bien», les scaphandriers ou astronautes – l'omniprésence des fumigènes qui enveloppaient les images, assuraient les transitions, mettaient en évidence des détails (et je devais leur reconnaître des vertus) – l'univers final baignant dans le vert avec la rivière et les arbres amenés et posés avec soin..

Retour dans des rues qui se sont tout de même nettement vidées.

Pensées pour les très nombreuses troupes du off qui attendent et viennent chercher des spectateurs pour minimiser leur perte.

Une jolie scène de don à boire – et une actrice de rue me disant que les bourses peut-être trop plates pour la fréquentation des spectacles (pas très chers pourtant) avait du bon pour le «out»

deux ou trois parades, tout de même, et des tracts

Essai de rédiger ces quelques notes évasives, cuisine, arrosage, et cigarillo une fois les fumigènes oubliés.

Mis une robe à manches longues et suis partie, dans la ville qui, finalement, était encore assez animée à 22 heures 30,

vers le cloître des Carmes, pour le concert de Pascal Dusapin

Lequel a écrit : «Car la musique ne dit rien et on ne dit jamais rien sur la musique. Dire sur elle est insensé. Alors on n'en dit rien. Jamais. A défaut de pouvoir la dire, on en parle. Mais parler de musique semble toujours nous plonger dans l'obscurité tant son sujet se dérobe..»

Ce qui m'arrange bien. Disons seulement que je n'aime pas toujours ce qu'il compose, mais que j'ai beaucoup aimé :

  • le trio Rombach pour clarinette (Armand Anster de l'ensemble Accroche-note, comme les autres musiciens) violoncelle (Christophe Béau) et piano (Vanessa Wagner)

  • les airs pour soprano (Françoise Kubler, plutôt mezzo, avec une belle étendue de timbres) , clarinette et piano d'après des poèmes de Beckett

  • «Ictus» les cinq pièces pour ce formidable instrument qu'est la clarinette basse

  • l'extrait de l'opéra «Roméo et Juliette» sur un livret d'Olivier Cadiot

Et puis il était prévu la lecture d'extraits de ce livret par Pascale Dusapin. Et ça a été l'interminable mauvais moment. Une voix agréable, et une lecture qui massacrait le texte, rendant vulgaire les différences de tons, les passages brusques de la poésie à un syle parlé en les rendant trop bruques et trop marqués. Et ça n'en finissait pas. Comme revenaient les mots « adieu » ou « stop » j'avais une folle envie de les applaudir, mais comme tout le monde endurait (alors que les plaisanteries navrées ont fusé entre les groupes qui se pressaient vers la sortie) et que j'étais assise à côté d'Olivier Cadiot, j'ai attendu.

Ce qui nous a conduit un peu plus d'une heure du matin, heure où la rue Carnot et la place de l'horloge vivaient encore, où on empilait les sièges place Crillon à côté de tables obstinément occupées.

jeudi, juillet 08, 2010

Avignon les trois coups – Brigetoun tente de suivre


Entre petite crise d'agoraphobie, réaction à une clim et bonshommes aux physiques opulents et gros appareils de photos se postant là où il ne fallait pas, beaucoup trop de photos (j'ai jeté les pires), des petits reculs vers le soutien des murs, des sourires, des plaisanteries et de féroces brumisations.


J'ai abandonné au bout d'une heure et demi, négligeant la fin du cortège et le regroupement festif sur la place du palais, les amis que j'ai rencontrés, qui prennent belles photos murement pensées, en mettront certainement en ligne (et en effet, les très belles de Nathalie sur la place http://avignon-in-photos.blogspot.com/2010/07/la-parade-du-off.html et de Mathilde http://bienplusquedesmots.blogspot.com/2010/07/festival-off-la-parade-22-les-comediens.html et http://bienplusquedesmots.blogspot.com/2010/07/festival-off-la-parade-12-lambiance.html et Michel http://avignon.midiblogs.com/archive/2010/07/07/jour-de-parado.html ) tant pis je garde mes trucs


Rentrée, perplexité devant photos, et mosaïques parce que pas le choix – trop fatiguée pour lire sur le web (et ça ne fait que commencer, ne suis pas à la hauteur des gens dynamiques qui arpentent la ville)


Pendant que la nuit tombait et que le dîner cuisait, j'ai repris en glissade rapide, « retour définitif et durable de l'être aimé » de Cadiot, qui avait accompagné, entre jouissance des mots, des idées et sourire devant la satire, mes deux derniers soupers

« Après chasseur, il fera artiste dans la post-compagne, installateur de jardins avec réserve naturelle, ménagerie maison, observatoire à poissons enterré dans l'étang, télescope pour photographier les mouches à 3 km... »

« Ça creuse, l'image se tord, se plisse comme de l'huile qui spirale une masse d'image en torsion comme avec le jouet où l'on centrifugeait les couleurs qui doit maintenant être au grenier perdu au milieu des cartons ... »

« Vous savez la poésie c'est l'art de la mémoire de la prose, dit-il après un long moment où je n'avais plus rien écouté. »

« Plongée dans les iris, iris, iris partout, le modèle est assis sur l'herbe, robe multi-tache, à pois, filtrage de trembles gigantesques, trouées de lumière, on aurait du mal à reconnaître un dalmatien sur cette pelouse tachetée d'ombre. »

jusqu'à

« Le type qui ressemble à Peter Sellers, pantalon mou, mocassins à glands, à l'est, la femme très parfumée, à chignon vertical blanc, neige, maquillage bleu-vert, au nord, le gros homme rouge à moustache armée des Indes encore jamais vu au sud, et un tout petit type maigre, très blanc, petits yeux rouges très rapprochés, fait le mort. » et me suis changée, avec un peu de soin, de la maladresse, une envie de fête et une crainte du froid, avant de partir vers la cour d'honneur, en grand désir de découverte, et de plaisir, pour le spectacle d'ouverture du festival « Papperlapapp » de Christoph Marthaler et Anna Viebrock

pour lui, et pour avoir lu « Curieux de ce lieu, curieux de son architecture et de son passé, le metteur en scène a cherché ce que son théâtre musical pouvait exprimer en s'intéressant à ce palais labyrinthique et à ceux qui l'ont traversé. Ce monument n'est-il pas l'expression majestueuse du pouvoir politique et du pouvoir religieux qui, depuis des siècles, ont en commun d'utiliser à leur convenance la pratique de la vérité et du mensonge... Questionnant l'histoire morcelée que nous racontent les livres, ajoutant quelques éléments manquants, voire inventés, traversant la littérature, la musique et la philosophie... »

un petit speech sur les difficultés (euphémisme) existantes et surtout à venir du théâtre vivant avec la RGPP et la chute vertigineuse des crédits, et puis, très bellement théâtrales, des voix d'intermittents placés dans le public et se répondant.

Une entrée en douceur dans le spectacle, sur une musique qui nous parvient faiblement des profondeurs du palais, avec un guide et son troupeau de touristes, passionnés par le carrelage pendant qu'il leur explique en un mélange de langues l'histoire des murs et des tours. Une multitude de petits gags. Des bouts de texte de Christoph Marthaler, Maite Libenaut et Olivier Cadiot (que je crois avoir reconnus) et des acteurs d'après toute une pléiade d'auteurs, que j'aimerai avoir parce que le mélange des accents, et des timbres, qui font musique, le rendent parfois assez peu compréhensible.

Le spectacle est découpé (à vrai dire les transitions sont fluides et se repèrent à peine) en sept journées.

Une mise en scène qui ne refuse pas le lieu mais l'utilise bellement (même si le mur se voit gratifié de clims et de quelques menuiseries métalliques). Des déplacements aussi individualisés et chorégraphiés que chez Pina Bauch.

Côté public, des sorties bruyantes et la rangée derrière la mienne odieuse, ricanante, refusant de partir pour gêner à titre de vengeance (j'ai pu me déplacer juste à temps pour éviter de sortir du spectacle)

Beauté de la musique, omniprésente, mélangeant Martin Schüte à Bach, Karl Bette, Antoine Busnoys, Chopin, Gesualdo, Haydn, Lita, Mozart, Joseph Meyer, Palestrina, Pérotin, Satie, Verdi et Wagner, en réussissant à donner une sensation d'unité. De belles voix (et à un moment les femmes, éclairées, au haut du mur, répondant au chant brutal des hommes restés sur le plateau).

De l'insolence, de la dérision, de la tendresse aussi.

Brigetoun à tort ou à raison s'enfonçait de plus en plus dans un plaisir qui était bien être.

dans les discussions de sortie : le mini-scandale polémique décidé par les journaux et radios qui expliquaient que cette année IL N'Y AVAIT PAS DE THEÂTRE DE TEXTE à Avignon (ben si, mais pas uniquement) a été respecté par quelques lecteurs dociles.

PS au lieu ou avant de repasser, petit tour web et une critique que j'aurais pu écrire (sauf peut être la fin) si avais eu temps, force et talent