commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
Affichage des articles dont le libellé est Philippe De Jonckheere. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Philippe De Jonckheere. Afficher tous les articles

samedi, octobre 22, 2022

Un envoi publie.net, des ferronneries et deux séquences

 


Récompense jeudi soir en rentrant d'ouvrir une des enveloppes qui m'attendaient dans la niche, en supposant qu'elle venait de publie.net parce qu'en renouvelant mon abonnement pour avoir accès aux fichiers et par remords d'avoir aussi peu commandé de livres-papier (quoique j'en ai tout de même quelques uns) j'avais acheté le dernier petit livre de Philippe De Jonckeere « Je ne me souviens plus » https://www.publie.net/livre/je-ne-me-souviens-plus-philippe-de-jonckheere/ que j'avais mon Kobo..

« Je ne me souviens plus des cris de mon frère Alain, bébé. Et pourtant la psychanalyse m’a enseigné que ces cris ont sculpté un versant majeur, et sombre, de moi. »

récompense donc de le recevoir accompagné en outre d'un gentil mot sur une belle carte et de « Mélancolie des données » de Philippe Maurel dans la collection Esquif (poésie) https://www.publie.net/livre/melancolie-des-donnees-philippe-maurel/

« C’était The Wall Street Journal

Europe

May 28 2010

Les agences de notation

Ont évalué les risques

« Quantas lágrimas de Portugal ? »

Le sang de l’économie a coagulé

Reflue « le blanc ourlet »

Aucun cap ne portera mon nom

Seul l’océan peut plonger dans l’oubli

L’ivresse de l’infini....»


Matin un peu parce que dois marcher surtout parce que le chantier était spécialement bruyant (et après un dialogue aimable entre une Brigitte pieds nus et en chemise de nuit décente, tête et voix jetées vers le haut, et un grand gars en survet blanc d'où il est ressorti que, oui un filet sur le côté de l'échafaudage ce serait bien mais que ça n'avait pas été prévu – contrairement à l'échafaudage sur rue pour le moment inutilisé qui outre le filet bleu est entouré d'une grille englobant toute la partie de trottoir devant la maison – mais que ce n'était pas grave pour le moment c'était du bois qu'ils démontaient) suis allée acheter deux flacons de savon pour douche et décider que non je n'achèterait pas cette robe et ce chandail.. et comme je n'avais pas utilisé la photo de ferronnerie prise sur mon trajet jeudi


j'en ai cueilli trois autres pour lui tenir compagnie..

Puis dans le silence de la fin d'après-midi ai entrepris de donner une suite aux quatre lignes écrites pour le #7 de l'atelier du tiers livre... et n'y suis pas arrivée de façon à me satisfaire, sans renoncer... je reprends les deux dernières petites séquences du documentaire imaginaire faisant l'objet de mon #5 « les visiteurs » dont je vous ai déjà infligé deux fois des passages (sous une photo provenant du site du Louvre)


Aile Sully, ils sortent des antiquités orientales, la caméra, son porteur et le garçon, la suivent sur l'escalier roulant, dépassés par des silhouettes dont on ne voit que le dos, les chemisiers, les blousons de plastique ou de cuir, un veston de tweed, un tee-shirt qui lance un anathème et des chevelures de toutes couleurs avec ou sans chapeau ou casquette.

Ils sont assis tous les trois à une table du self, la camera et son pied posés au sol, c'est le garçon qui parle, qui dit ce qu'il a pensé de ce tournage, et ils l'écoutent en souriant, comme un son sur lequel poser leurs idées. Dans une interruption elle tend la main devant elle pour introduire la question qu'elle adresse au cameraman « tu crois que ça va aller ? » – « c'est ce que nous voulions, non? » – « moi je ne voulais rien, c'est toi l'auteur, le | comment dit-on ? | documentaliste... j'ai peur d'avoir été empruntée, que ma présence sonne faux... je fais pourtant souvent ça, m'adresser aux visiteurs, il m'est même arrivé d'intervenir une fois quand un homme en veston à coudes de cuir et foulard de soie tendait un ongle vers la marqueterie d'une commode de Riesener, ou d'Oeben, je ne sais plus, ou des deux, ça ne fait rien, pour voir comment ça tenait... mais là pour la première fois j'étais intimidée, je trouve que ça ne faisait pas naturel comme quand un de mes amis a été filmé faisant son travail à la fin d'un film... en regardant dans une salle le résultat on voyait bien qu'il était le plus mauvais acteur... oh pardon, dois l'être toujours, intimidée, du coup je parle, je parle, tu devrais me dire de me taire... enfin si ça te semble ok c'est bien » – « tais-toi, c'est ce que nous pouvions faire de mieux ».


mardi, janvier 25, 2022

Ne pas se souvenir


 Réveil si tardif

que croyais le ciel absent

neutre, oublié,

la lumière et un laurier,

jouant, me l'ont rappelé.



Marchant dans le bleu

m'efforçais de ne noter

rien que d'habituel

sur mon trajet vers le squat

pour une brève leçon

afin de garder, peut-être, la fraîcheur des souvenirs que pourrais tenter d'éveiller demain pour répondre au #3 de l'atelier du tiers livre.



Et pour nourrir « Paumée » tout en contrariant le risque d'oubli, d'effacement des petits signes que m'aurait fait la vie aujourd'hui, j'ai repris « je ne me souviens plus » de Philippe De Jonckeere (chez publie.net https://www.publie.net/livre/je-ne-me-souviens-plus-philippe-de-jonckheere/) ne me souvenant plus quel paragraphe plus ou moins long, ironique ou non, pourrait être cité prioritairement (en fait ne voulais trancher) alors, au hasard, un hasard un peu corrigé pour rester dans le neutre, laissant les non-souvenirs les plus forts de ce qui me semble constituer un beau portrait en ombre chinoise, ou par défaut, à l'éventuelle découverte par les lecteurs.

« Je ne me souviens plus du digicode de chez Hanno sans regarder dans mes derniers messages de téléphone de poche. Du temps des Arts déco, il n'y avait pas de digicode au bas des immeubles. Et certainement pas au bas de l'immeuble de Hanno. Je me connais, s'il y en avait eu un à cette époque, je me souviendrais de cette combinaison, pas de celle qui permet l'ouverture de la porte aujourd'hui. »

« Je ne me souviens plus des quelques mots de tchèque que j'ai appris lors de mes trois séjours dans la ville de Brno. Mais je sais encore dire que je ne parle pas chinois en tchèque. Néovim Chinsky (je ne parle pas chinois) et non Néovim Chesky (je ne parle pas tchèque). Je ne sais pas si cela me servira un jour de savoir dire, en tchèque, que je parle pas chinois. En revanche je ne sais pas dire que je ne parle pas tchèque en chinois. On ne peut pas tout savoir. »

« Je ne me souviens plus du cirque de Navacelles, et de son pédoncule, dans les Cévennes, le premier été dans les Cévennes, en 1974. Mais cela me fait pleurer d'émotion d'y penser. »


lundi, mars 27, 2017

A l'intérieur

réveil tardif pour réaliser que mon retard s'est brusquement augmenté d'une heure...
ciel bleu et grands troupeaux de nuages circulant
envie médiocre de sortir, lavage cheveux, ménage, musique et lunettes à mi-nez plongée dans le dernier numéro de Manière de voir du Monde diplomatique intitulé l'engrenage identitaire en alternance avec de petits tours webs, de petites circulations errances plus ou moins utiles dans l'antre, et la presque totalité du dernier numéro de la Revue Quart-monde, reçu vendredi, un peu plus mince que le dernier, toujours enrichissant.
Lectrice j'étais, sans grand chose à voir avec la petite bonne femme de Titou, mais ma foi l'aime bien, me rajeunit, sait rêver au dessus du texte, et puis était là, à côté de moi, comme, en attente de la lecture sans distractions du soir, de la nuit, une fuite en Egypte de Philippe De Jonckheere, et dans cette attente faisais petites recherches le concernant, relisais la présentation de l'éditeur http://www.inculte.fr/catalogue/une-fuite-en-egypte/, cherchais plus avant...
Dans Désordre, un journal, que Publie.net avait publié (ne figure plus au catalogue et il est dans ma vieille liseuse que je ne peux plus ouvrir - mais j'ai retrouvé quelques pages via google.book https://books.google.fr/books?isbn=2814500112) j'ai trouvé des allusions à l'écriture qui s'est échelonnée sur plusieurs années de ce livre, et j'ai glissé sur toutes les pages disponibles, avant et après celle citée ci-dessous, me souvenant du passage décrivant la tentation de mourir et la difficulté pratique de la chose, qui préfigurait le passage trouvé sur le site du Désordre http://www.desordre.net) :
Samedi 14 février 2004, Une fuite en Egypte
Corrections, peut-être pas ultimes de Veuvage (il faudrait donc chercher auparavant pour trouver l'idée de départ, mais tant pis, de toute façon ce n'était que préfiguration et je ne veux pas que ça interfère trop dans ma lecture), par plaisir je continue de faire quelques rajouts comme ce passage.
je revins à la maison en m'apercevant que je n'avais pas les clefs pour rentrer ; je soupirai ; aux prix d'efforts comiques je parvins à me hisser à la hauteur de la fenêtre de la cuisine et quand je cherchai mon opinel ; c'était un cadeau d'elle ; elle me l'avait offert pour nos promenades en forêt...
et j'en reste là... notant déjà comme une introduction cette irruption des petits côtés pratiques de la vie, de la maladresse qui me séduisent si souvent dans son écriture... Plus loin un dialogue sur la recherche du titre, avant la rencontre avec un tableau, assez mauvais, représentant la famille en fuite dans le livre sacré et l'interrogation d'une des filles...
Bon tout ça c'était avant... me suis promenée un peu aussi dans le Désordre cherchant les passages qui y figurent mais, comme toujours, m'y suis perdue.
Alors maintenant, il est là le livre et il m'attend.. pour cette nuit et les nuits suivantes



mardi, janvier 11, 2011

Sans raison aucune, humeur maussade au réveil, comme un vêtement, bien enveloppante, pas vraiment désagréable, présente sans insister, comme une qualité de l'air, qui a résisté au trop de toasts de miel, de confiture, qui s'est érodée peu à peu, recevant un premier petit choc - après l'orage de l'entrée dans la nuit - du chant des branches nues sur notre bleu revenu, dur, fort, profond.

Résistant, rodant à la lisière, sous un petit sourire instinctif, répondant fraternellement au monstre qui gueule là-haut, et refusant de croire que les pigeons se dilatent du soleil qui les frappe et rebondit sur la pierre.

Se cramponnant à la fraîcheur jugée un peu trop piquante qui se moule sur mes joues.

Fondant tout de même peu à peu, avec l'adoucissement dans le lointain de la plaque indigo, cette épaisseur de la lumière.

Cédant à la volupté d'une longue sieste, rendue encore plus délicieuse, non par l'idée du travail des autres (ne suis pas tout à fait aussi mauvaise, et les aurais bien emmenés dans ma douce fuite, ceux qui l'auraient vraiment désiré, au moins pour mon confort) mais par une petite jubilation reconnaissante de pouvoir y céder, et le souvenir de ces lignes du « voyage en Italie de Giono » (l'un des passages qui sont à la hauteur du Giono que j'aime, ou du moins qui m'ont donné petite allégresse, où l'on croit entendre une voix, un peu grognasseuse mais consciente de son charme)

« … mais finalement dormir est le très grande affaire ; et surtout dormir le jour, voilà le signe de la richesse, du bien-être, de la grandeur. C'est un monsieur qui dort le jour ! On le salue, on le respecte... Ce n'est pas l'agitation du révolutionnaire qui impressionne : c'est la puissance de celui qui peut se permettre de dormir le jour, que personne n'a le droit d'interrompre. En effet, il y a là motif à prudence. Cela signifie que celui qui dort a su dompter, domestiquer (ou massacrer) tout l'entourage » (dans mon cas, c'est la consolante contre-partie de l'absence d'entourage) «.. ou alors qu'il a un fameux courage (ce qui revient au même). Pisanello aurait dû peindre son Saint Georges profondément endormi. Les héros dorment souvent dans l'Arioste. Un homme qui dort en plein jour (et représentez-vous le même dans la chambre que n'a que le lit et le fil électrique) est, le plus manifestement du monde un héros. Il méprise amour, délices et orgues venant d'ailleurs que de lui-même ; il méprise commerce et industrie, politique, intrigue et pouvoir. C'est évidemment le signe d'une très grande puissance ou celui d'un très grand courage. De toute façon, c'est un monsieur. »

Merci

Maussaderie qui, surtout, n'a pas résisté, ensuite, au plaisir de remplacer, un peu, autrement, le spectacle auquel tant aurais voulu assister : « Formes d'une guerre » à Montbéliard, par l'extraordinaire travail de mise en ligne qu'a fait Philippe de Jonckheere http://www.desordre.net/formes_d_une_guerre/ursula/index.htm, montage, re-création, comme lui peut le réussir, et la conjonction de talents qui créaient ensemble, réunissant leurs expertises en une oeuvre, un pas de plus dans ce qui s'ouvre devant nous - et de lire, avant, le rebond chez François Bon, qui prolonge, revient sur les précédents billets http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2401

samedi, janvier 01, 2011

«Ce jour n'est pas le plus heureux que je puisse concevoir, il me faudrait avoir vu le spectacle à côté de Victorine m'aimant comme je l'aime et avec une fortune assurée, 6.000 francs de rente par exemple. Alors il n'y aurait eu que mon léger mouvement de fièvre qui m'eût gêné, mais probablement alors il n'eût pas existé, le bonheur l'aurait chassé, comme le mal-être, je crois, le fait naître.

Ce jour est donc d'une superbe médiocrité de bonheur...» Stendhal – 10 nivôse, dernier jour de l'année 1804 - «Journal»

«Là, devant moi, s'étalent les épreuves , les placards qui doivent partir aujourd'hui. J'ai l'impression de traverser un champ d'orties brûlantes. Je n'ai même pas envie d'en parler dans ce journal.

Je suis peut-être de nouveau sur un de ces sommets où j'écrirai deux ou trois petits livres, rapidement, avant de m'offrir une autre interruption. Du moins je possède assez d'expérience pour continuer. Aucun vide en moi. Et pour le prouver, je vais rentrer à la maison, me mettre en quête de mes notes sur Gibbon, et commencer à dresser soigneusement le plan de l'article.» Virginia Woolf – 31 décembre 1936 - «Journal d'un écrivain»

«Levé à quatre heures et demie. La pluie crépite sur le toit. Je taille dans le vif de ce que j'avais écrit, écarte généralités et pédanteries, me détache, à grand-peine, de ce qui était fait, écrit, acquis (apparemment) pour repartir à nouveau frais, en suivant l'ordre naturel, laborieusement dégagé, des idées. À la difficulté de la tache s'ajoute celle qu'on «éprouve à sacrifier des pages qu'on avait âprement disputées à la confusion où les choses sont ensevelies aussi longtemps qu'on n'y a pas fait âprement réflexion. Cela m'occupera jusqu'à midi avec, toutefois, un petit intermède manuel. De deux poupées ashanti, fabriquées il y a cinq ou six ans et pareillement ratées, j'en tire une seule, correcte, après avoir rectifié la tête, ellipsoïde, de la première que je rends discoïde et greffe sur le col de la seconde.» Pierre Bergounioux tel qu'en lui-même– 31 décembre 1997 – «carnet de notes»

«Plus tard, Nathan avait fini par aller se coucher vers onze heures, excédé de fatigue. A minuit, nous nous sommes embrassés sous un rameau de gui, et comme les pétards nous y invitaient dans la rue, j'ai mis son manteau à Madeleine et nous sommes allés faire un tour dans le quartier, nous avons croisé une bande de jeunes qui faisaient claquer quelques pétards et feux de Bengale, nous nous sommes souhaités la bonne année, eux surpris qu'un adulte promène sa petite fille blonde dans les rues et moi surpris par leur politesse à notre égard, des poignées de main que l'on devrait se donner plus souvent.» Philippe de Jonckeere - 31 décembre 2004 «Désordre – un journal» http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500112/désordre-un-journal

Temps mou. Jacinthes s'écroulant sur elles-mêmes sur la table de la cour. Rien, sereinement rien. Petite chasse aux 31 décembre les plus proches de ma main et ma mémoire. Piste, patate douce, chocolats presque sublimes avec recueillement et interrogation interne. «Litanie» de Daniel Bourrion

«... chapelets durs et tellement longs dans les soirées du mois de mai dehors c’était l’éveil du monde et nous dans la chapelle à nous meurtrir genoux

... au moins par les vitraux on devinait la belle lumière jouant sans nous

... à avoir froid aussi les murs épais retenaient l’hiver manière de pénitence..»

programme pas sans charme, si l'on excepte la patate douce. Bigetoun ou Brigitte Célérier – 31 décembre 2010.

et pour l'avenir, pour le monde, l'Europe, la France, je souhaite qu'il ne soit pas trop déterminé par notre récent passé, pour moi, pour nous, je vous laisse le choix des rêves. Dans ce faux suspens du temps que nous avons créé avec le calendrier, où nous voulons croire que la réalité est flexible.

jeudi, juin 17, 2010

Beaucoup trop long pillage (résultat de ma paresse) - fuyez

Mardi à Draguignan les voitures flottaient dans les rues, mardi on s'y noyait. Nous nous sommes contentés d'une pluie tenace, parfois forte à gronder en cascade dans la descente contre le mur de ma chambre, mais sans véritable force, simplement omniprésente, obsédante, ennuyeuse et non-acceptée. Et un train de 640 italiens, dont 200 malades, rentrant de Lourdes, est resté abrité, dans la gare centrale, le soir et toute la nuit, en attendant que s'atténuent les malheurs des varois (photo Vaucluse-matin)

Pour me rendre la rendre aimable cette sacrée pluie, d'autant qu'elle fut absente mercredi, en notre presque nord, je l'ai cherchée, un peu, allant aux premiers souvenirs qui s'imposaient, dans mes lectures, en rentrant d'une petite incursion dans les rues, où, dans ma sotte maussaderie, plus ou moins délibérément, je ne fixais que touristes à l'élégance très relative et nos petites déchéances (ce qui m'a rendu l'humeur plus douce parce que je les aime)

pour une pluie qui ouvre un récit apocalyptique de vallées inondées

«Dieu sauveur ! Il ne fallait rien dire contre le nuage, ni contre la pluie, ni contre le soir. Le nuage était là-haut dessus et la pluie n'était pas si forte que ça pour empêcher de voir à travers. Elle n'était pas serrée du tout. Elle était bien éclaircie, au contraire, cette pluie qui ne tombait pas en taillis, mais se dressait comme une futaie avec des arbres d'eau, à travers leurs avenues bleues, drus et droits qui laissaient bien voir. Rien qu'en bougeant un peu la tête de droite à gauche. Pendant que les grandes ombres marchaient sur ce plomb mou, poussant devant elles des rides qui élargissaient de grands cercles...»

Giono «Batailles dans la montagne»

pour une pluie urbaine

«cela continuait à légèrement précipiter dehors, les gouttelettes de pluie se fixaient immobiles sur les glaces, éparses, il leur fallait se mettre à plusieurs, se syndiquer en une grosse goutte pour gaiement dévaler ensemble le pare-brise au verso duquel, à l'intérieur de la voiture, mes gouttelettes de buée s'associaient dans le même but Il arrivait que deux gouttes de différente nature dévalent en même temps, étreintes de part et d'autre de la vitre et paraissant la scier.»

Jean Echenoz «Lac»

pour une colère devant notre pluie confortable

«Ici on ne supporte pas que des personnes à ce point démunies qu'elles doivent dormir dans la rue, que ces personnes sans logement, prennent refuge dans cette pente qui sans doute les met tout juste à l'abri du vent et de la pluie. Alors on prend des mesures, on vote, et on construit, on construit, à l'économie, des blocs de parpaings et on les assemble de telle sorte qu'il soit absolument impossible de s'allonger d'aucune façon que ce soit...»

Philippe De Jonckeere «Désordre, un journal» http://www.publie.net/tnc/spip.php?article12 (là c'est en étendant ma recherche après la dernière citation, ci-dessous, de Nathalie Riera)

et puis, pour atteindre sa douceur

«Je me réveille il pleut. Le vent te pénètre, Douve, lande résineuse endormie près de moi. Je suis sur une terrasse, dans un trou de la mort. De grands chiens de feuillages tremblent.»

Yves Bonnefoy «Du mouvement et de l'immobilité de Douve»

ou

«De tout temps j'ai aimé sur un chemin de terre la proximité d'un filet d'eau tombé du ciel qui vient et va se chassant seul et la tendre gaucherie de l'herbe médiane qu'une charge de pierre arrête comme un revers obscur met fin à la pensée».

René Char «Le Nu perdu»

«on attend la pluie et

quand elle

tombe

on ne rentre pas on ne

sait pas danser

mais on danserait bien en

vérité on ne sait pas

grand chose sur grand chose

juste qu'on voudrait

bien danser sous la pluie»

Sophie G. Lucas

trouvé ce matin dans http://www.mphn.fr/php_livrets/livrets_2007/38.pdf sur l'indication de ne sais plus qui.

une pluie que je sens, que j'adopte, que j'aimerais mienne, qui le pourrait`(euh pas pendant le Festival, et avec pas de côté pour variances),

«Elle aime surtout la pluie d'été.

La pluie tiède et grise qui tombe en longues raies obliques sur la mer. Celle qui mouille à peine et dont on n'entend pas la voix. Elle ne cherche pas d'abri pour la fuir, mais lui tend son visage. À cause de sa douceur, elle sait, elle sent qu'elle existe. La pluie, dit-elle, lui fait don d'elle même, ou lui rappelle ce côté tendre et méconnu de soi, ce libre mouvement de chute monotone, et cette sorte d'ondée légère qu'elle n'est plus...»

Jean-Michel Maulpoix «Une histoire de bleu»

et comme Nathalie Riera, sa maison, ses livres, son ordinateur ont joué les sous-marins, comme pour l'aider, un peu, Publie.net a remis sur la première page du site son beau texte «Clairvision», http://www.publie.net/tnc/spip.php?article274 ,je l'ouvre à une page où j'avais laissé un signe (et c'est vrai..)

«La pluie sait garder secret ses éclairs ne pas tarir les ombres

nous émeut la fraîcheur

ce qui nous est doux

et quand il y va de l'étincelle


envie de vous»

(blogger bouffe la mise en page)

et puis en levant les yeux, pendant ma marche, le gris, sans pluie, était adouci par des branches, des trouées,

et puis dans l'après midi les éclaircies se sont faites longues, longues à ne plus cesser (pauvrets du sud).

Pour continuer une petite gazette fragmentaire d'Avignon, des cyprès sont abattus pour faire place à une extension du stade, puisque nous avons la joie d'avoir une vraie belle équipe de foot en partage avec Arles, le Miffel (salon des fruits et légumes) nous quitte parce que sommes pas assez gros et riches, nous avons une fête des bonbons, un village marocain que je devrais aller voir et plein d'autres choses plus ou moins gaies, et le programme du off est en ligne mais le site souffre de trop de désirs (près de 1000 spectacles - une fois encore je risque de n'avoir pas temps et tonus pour en profiter, et de me limiter au beau programme de Théâtre des Halles http://www.theatredeshalles.com/LES-SPECTACLES/ete/ ) et je n'ai pas fait mon repassage

samedi, août 29, 2009

de mon incapacité et du Hilton - longuement
J’ai fait de Paumée un soutien – grâce lui en soit rendue, il l’a fait si courageusement que j’ai presque cru que point si petite était, et je me carrais en nouvelle ampleur, j’ai presque cru exister.
J’oubliais que Paumée venait de moi, s’appuyait sur moi, et que, pour porter, les trompes doivent jaillir de belles maçonneries, sur de belles fondations, que pour jouer avec le vide elles doivent ne pas être sable fondé sur ombres.
Pauvre de lui et pauvre de moi, nous nous réveillons pauvrets.
Et, pour sortir de cette inconsistante ébauche de métaphore geignarde, me sens bien incapable d’ajouter quelque chose (qui, de plus, soit lu) à ce que j’ai trouvé, avant et après ma lecture, sur « l’incendie du Hilton » de François Bon.
Il y a eu d’abord, depuis fin 2008 - je crois m’en souvenir - des allusions, et des photos de ce non-événement, et des ébauches sur le Tiers-livre, jusqu’au « carnet d’accompagnement de travail en cours http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1678 (et les pages du carnet qui viennent à la fin du livre, qui en disent l’écriture, ne sont pas le moins important, mais un beau cadeau, riche, avec, entre autres ça : « Livre écrit sans attache, sans mémoire : ville flottante ou dérivante, la ville que construit le récit. Et la place de qui écrit alors seulement liée à cette ville mobile et sans place fixe : heures qu’on a passées sur ces phrase, soi-même sans table ni ancre… ») et à la vidéo prise par Jean-Paul Hirsch, un peu flou, de la descente dans les escaliers, et ce pourrait être n’importe quoi, mais on les retrouve dans le livre ces escaliers insoupçonnés des clients de l’hôtel et la circulation vers l’autre face de la ville http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1854
(pour rester dans mon incapacité, et par force puisque je n'ai rien d'adéquat, je prends, en ponctuation, des images qui n’ont vraiment aucun rapport)
Il y a eu, un peu avant l’arrivée du livre dans les librairies, les passages repris par les « lignes de fuite » http://blog.lignesdefuite.fr/post/2009/08/19/organiser-les-traces-internet-qui-construisent-l-ambigu%C3%AFt%C3%A9
Et puis, il y a eu trois billet, et à chacun d’eux je me disais que l’essentiel y était.
Avant ma lecture du livre, celui de Philippe de Jonckheere http://www.desordre.net/blog/?debut=2009-08-09#2220
Avec la métropole (« son mouvement et son agitation sont tels que très rares sont les espaces et les plis au milieu desquels il est possible d'apercevoir le fonctionnement menteur qui donne l'illusion de cette fausse continuité et la nécessité de s'y rendre, et ce ne sont que des concours de circonstances proprement extraordinaires qui permettent de les observer. Il faut pour cela à la fois un observateur aguéri — François Bon est cet observateur vif — et un dysfonctionnement, un accident dans la continuité, et enfin de l'intuition chez l'observateur pour ne rien perdre de cette mince fenêtre qui est ouverte peu de temps devant son regard. « ), avec l’édition (mais moi je l’aime bien, avec ses faiblesses inavouées, le vieil écrivain et son besoin d’un auditoire, d’une compagnie, et j’aime parfois ce qu’il dit), avec l’insistance sur l’autre hôtel, celui de Dreux, lors d’un stage pour récupérer des points de permis, et la façon dont François Bon de même façon, «déplie les rouages d'un tel stage, justement parce que son observation est permanente, est effectivement équipé pour remarquer, »
Il y a eu, et j’ai pensé que c’était la lecture à laquelle j’adhérais le plus, juste avant que je commence à lire, et les mots étaient dans ma mémoire sans me gêner, celui de Jérémy Liron http://lespasperdus.blogspot.com/2009/08/lincendie-du-hilton.html
« Se retrouver alors en dehors, aborder la ville par l’en-dessous, dans l’attente, butter là-dessus : ce déport du réel dans la fiction. La présence des livres non loin et ces auteurs errants dans ce bloc de nuit de quatre heures. Quelque chose d’à la fois déterminé (quelques noms au besoin, quelques faits vérifiables) et flottant. » et, oui, qu’importe si la rencontre avec les frères Rolin, et ce qu’ils disent, leur échange, est exact ou non, cela devrait l’être.
Et je ne sais pourquoi, alors que Jérémy Liron n’en parle pas, je repense à ce restaurant un peu fou dans un coin de ce monde de tours, de dalles, d’escaliers, de luxe ou pseudo, tenu par trois femmes, des russes je crois.
Et puis, il y a eu, après que j’ai fini de lire le livre, non pas en quatre heures, le temps de l’action, comme recommandé, mais en deux fois deux heures parce que je l’avais commencé au cœur de la nuit et que je piquais du nez, le premier billet de Jean-Claude Bourdais qui retrouve ainsi son journal http://www.jcbourdais.net/26aout09.html - vu du côté de l’écriture, et même si le point de départ est une réaction coléreuse contre un article stupide, il faut lire (après le livre) tout ce qui est dit, comme :
« On ne peut être plus clair :" Un non-évènement : le plus parfait des non-évènements. des victimes, des bléssés, des morts, dans l'immense catastrophe ordinaire du monde : rien, aucun. Un bouleversement de la ville, des ruines, un effondrement : absolument pas. Juste cela, l'incendie du Hilton, ce qu'on y cherche, ce basculement provisoire, et la ville cul par dessus-tête." C'est écrit et dit dès les deux premières pages du livre (p.9 et 10). L'incendie du Hilton n'est qu'un prétexte, le plus anodin possible. C'est un avertissement : il n'y aura rien à voir, il n'y aura pas d'histoire(s). Juste un basculement provisoire, une tentative de redonner 4 heures »
Ceci aussi, dans le carnet qui clôt le livre, pour en revenir à lui,
« Le vieil écrivain, au Tim Hourtons : « Avoir moins confiance en soi-même, sa mémoire. Se répéter les éléments vus, entendus, observés, comme gosse on apprenait ces poésies (quel exercice, quel bel exercice c’était). Le constituer dans sa tête comme on se souvient avec précision du récit d’un livre…. » Et en fait, après les carnets, ce sont les fichiers électroniques qui permettent de garder trace des matériaux.
reste à s'interroger sur la sagesse qu'il y a à continuer de penser que Paumée et moi nous existons.

mercredi, janvier 07, 2009

Nous n'avions pas de neige, ou peut être pas encore, mardi, mais déjà une fraîcheur devenue froid, et non négligeable, pendant que je suivais un peu avant 16 heures la rue Joseph Vernet, vers petit toubib, tentant de freiner mon pas pour tenir compte de ma jolie avance, et en profitant pour saluer, vite, sans laisser cet air glacé me pénétrer, des branches auxquelles je trouvais un petit air fraternel, une semblance avec ma tignasse chaque matin.
dans le petit bocal annexé à la salle d'attente, je regardais le bleu du ciel (qui ne se voit pas, la batterie étant une fois encore à son plus bas, et les vitres passablement sales) tendre vers le rose et je flânais dans les textes que, sur Cybook, je réserve aux petites lectures évasions lors des attentes, comme "Désordre, un journal" de Philippe de Jonckeere (http://www.publie.net/tnc/spip.php?article12 pour premières pages, présentation, extrait, téléchargement éventuel), et j'y ai retrouvé, dans mon assez longue relecture, ces deux vieux musiciens, juste de quoi faire l'âme légère
"La musique d'un morceau de Satie, je reconnus que c'était du Satie mais j'étais incapable de deviner le morceau dont il s'agissait, et quelle ne fut pas ma surprise quand je remarquais que cette musique était jouée par deux hommes assez âgés, assis côte à côte devant un piano à queue qui mangeait toute la largeur d'un salon rendu exigu, et qu'ils jouaient à quatre mains sur ce même piano. Qu'ils jouaient fort bien, peut-être pas aussi bien qu'ils jouaient quelques années auparavant avec des mains moins chenues, qu'ils étaient visiblement contents d'être assis, comme cela, l'un à côté de l'autre, goûtant la chaleur de leur amitié, et se régalant sans doute des annotations si courantes dans les partitions de Satie, telles que don't be so proud ― ne soyez pas si fier ― à la fin de chaque morceau, ils dialoguaient paisiblement et chaleureusement, telle mesure leur avait paru améliorable et les voilà qui reprenaient depuis le début, concentrés, et côte à côte. Amis depuis fort longtemps, cela s'entendait au delà de leurs mains devenues moins habiles et moins souples."
retour en luttant contre l'étouffement et des vertiges-chocs (je ferais une piètre sportive et une très piètre habitante des rues) dans la descente du crépuscule et le froid devenu intense, coupant, omniprésent, peut être annonciateur de neige.
Et, reprenant des lectures de blogs, ne m'arrêtant que pour de belles choses, ou fortes, ou drôles, je constate une fois de plus que je ne peux plus supporter ma médiocrité, et devrais en rester à ma vocation de lectrice - avis qui, me semble-t-il, est assez partagé

mercredi, octobre 01, 2008

bon, je suppose que ce devrait être la mort de Paumée, sa longue dégénérescence le fait passer de soutien à poison, (et je suis un peu comme l'économie en ce moment)
mais comme les habitudes sont difficiles à perdre, et parce que je tournais en rond, pondu un truc pas terrible pour le nouveau site des impromptus littéraires
http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/ (il fallait parler d'aventure, en incorporant "impromptu" et "littéraire" et il y avait une photo d'un pont de lianes dont je n'avais pas compris qu'il fallait tenir compte, et qui m'était antipathique )

- bonjour grand-père
- bonjour ma chatte
- tu fais quoi ?
- je bois le soleil
- tu me fais une place ?
- installe toi
un silence - un soupir - un silence - un gros soupir
un ton résigné, un peu :
- qu'est ce qui t'arrive ?
- je m'ennuie
- vas jouer
- pas envie - raconte
- pas envie
- je t'en prie
- bon. Alors il faisait bon dans le café de Jacques et dehors il pleuvait, mais j'avais senti le matin que le vent promettait, et quand faut y aller... J'ai sifflé l'équipage, le second m'a rendu compte, nous avons levé l'ancre et j'ai manoeuvré pour que la Glorieuse franchisse la porte du café.
- mais, grand père...
- bon, faut dire que les gars avaient ouvert tout grand
- mais, grand père...
- tu écoutes, non ? alors, c'est vrai, la brise était bonne, pas très forte pourtant, et nous avons mis une bonne semaine pour rejoindre les alizés, et nous avancions vers des mers nouvelles qui s'élevaient derrière l'horizon, et la nuit l'eau chantait, épaisse et sombre, le long de la coque
- mais, grand père, comment ton bateau il tenait... ?
- tu écoutes, non ? et nous étions bénis, il y avait toujours assez de vent pour gonfler les voiles, leur musique descendait des vergues en faisant vibrer les mats, mais la mer nous accueillait doucement et la proue de la Glorieuse la divisait, avec juste un petit friselis ; nous glissions, et comme nous entrions dans l'océan, nous avions fait nos adieux à la pluie, et le soleil blanchissait le pont et brillait sur les cuivres.
- il était à voile ton bateau ?
- c'était la plus jolie frégate que les chantiers aient jamais vu naître, et nous nous entendions bien - et...bon je crois que l'heure avance et que les femmes vont nous appeler - alors juste... je me souviens... un mouillage le soir, près d'une île, et le matin, le soleil a sauté hors de la montagne, et comme dans un impromptu théâtral, des nuées d'oiseaux et des hommes peints dans des pirogues noires sont venus vers nous, et les matelots chantaient, et ta mère nous appelle - viens déjeuner.
- c'était joli ton début d'histoire, mais c'était même pas vrai... c'était... littéraire
- tu n'aimes pas ?
- j'adooore !

il me reste à trouver une manière de me maintenir, retrouver pour un temps l'appétit d'épuiser la petite masse engrangée en désir de lectures (pour les spectacles on verra) - et quand j'arrive à mettre le nez dans un texte l'envie revient, comme avec "zone" de Matthias Enard, et le lisant je me disais, je crois, qu'il ne fallait pas s'arrêter à ce qui se retrouvait dans tous les articles : la longue phrase, qui n'est finalement pas d'une originalité folle, et d'ailleurs ce seraient plusieurs longues phrases, ni l'absence de ponctuation, puisque justement elle n'est pas totale, et qu'il y a quelque tirets et nombre de virgules. Simplement elles ne sont pas toujours où on les attendrait pour reprendre souffle, et leur absence nous entraîne un peu haletants, ou nous le serions si nous avions la possibilité de fractionner, leur rôle étant plutôt d'articulation entre les différents plans, le présent du narrateur et ce qu'il recrée, mais pas toujours.
Et j'y fais de longues plongées.
comme dans les pages du "désordre" de Philippe de Jonkheere reprises chez "publie.net" http://www.publie.net/tnc/spip.php?article12 avec l'intelligence et l'humour tendrement humain, comme la rencontre, dans le roman qui n'a pas été publié, d'un désespéré en sursis et des éboueurs alertés autour d'un café, moment de gentille dérision , et tout le reste, les jugements esthétiques, de salutaires colères devant le monde qu'on nous fait.
des photos dormant en réserve

lundi, août 18, 2008

ciel bleu clair, comme le veulent les premières heures, ciel qui, au fil de la matinée, lorsque je passais le nez entre deux taches domestiques (reprise en main sans excès), s’est parsemé de nuages très blancs, très dessinés, puis, peu à peu, s’est laissé envahir par une masse grise, le soleil ne trouvant plus que des interstices pour venir caresser le haut du mur mitoyen.
Quelques photos de mes petiotes pour me faire croire que je me suis promenée dans un chemin se frayant passage entre feuillages - ma capacité d’imagination retrouvée, celle qui me faisait voir une mer calme et grise sur la croupe d’un amphithéâtre, trop près de ma fenêtre, aux temps où je découvrais que j’avais vendu mes jours contre un salaire. (mais si vous avez envie de déambuler un peu au hasard dans Avignon, il serait bien de laisser tomber ce qui suit et de cliquer sur le diaporama - succession de photos prises au hasard)
Et donc journée vouée à une bonne partie de ce qui m’ennuie dans une maison, avec des pauses dans le désert d’internet - comme ce moment de symbiose (eu cette fatuité) avec Philippe De Jonckheere dans rencontre avec la bêtise au front bas http://www.desordre.net/blog/blog.php3?debut=2008-07-27#1744 , sauf que, moins forte, moi, dans ces cas là, je me demande si ce n’est pas moi qui peut-être, dans ce monde, ne serait pas normale - sans pouvoir me résoudre à le devenir.
Et puis, il y a ce merveilleux récit de son expérience des »bouchons sur la route des vacances » http://www.desordre.net/blog/blog.php3?debut=2008-07-06 et là je me permets, avec une admiration totale pour sa réaction, un petit sentiment d’impunité puisque, sauf cas de force majeure comme absence de train ou maladie me mettant, pleine de gratitude, à la charge d’autrui, je me suis toujours dispensée à tout prix de ces trajets en voiture, même pour un week-end, à plus forte raison pour le grand départ (et ne suis jamais partie en vacance pendant ces deux mois qui sont ceux de l’exode, n’ai pas de voiture, et d’ailleurs ne conduis pas).
Egocentrisme ou rebond ?
Et, trouvé par je ne sais plus quel chemin, la description, comme chaque jour ou presque, extrêmement précise, détaillée, au plaisir de la langue, du « temps qu’il fait » sur http://meteoretro.canalblog.com/
Le ciel est redevenu bleu, d’une pureté presque dure, comme un souvenir de ce qu’il fut, pendant que je frottais mes carreaux, et mes meubles, nez dans le savon et la cire embaumant le miel - bâclé, sortie et dans la nouvelle douceur relative, repris Bonnefoy et « dans le leurre des mots » que j’avais goûté en m’assoupissant dans la nuit de samedi
"Ô poésie,
Je ne puis m’empêcher de te nommer
Par ton nom que l’on n’aime plus parmi ceux qui errent
Aujourd’hui dans les ruines de la parole.
Je prends le risque de m’adresser à toi, directement,
Comme dans l’éloquence des époque
Où l’on plaçait, la veille des jours de fête,
Au plus haut des colonnes des grandes salles,
Des guirlandes de feuilles et de fruits.
….
Et si demeure
Autre chose qu’un vent, un récif, une mer,
Je sais que tu seras, même de nuit,
L’ancre jetée, les pas titubants sur le sable,
Et le bois qu’on rassemble, et l’étincelle
Sous les branches mouillées, et, dans l’inquiète
Attente de la flamme qui hésite,

La première parole, après le long silence,
Le premier feu à prendre au bas du monde vert »
Même si je pense que je suis plus sensible aux passages qui ne sont que simple, mais parfait, mesuré et ouvert sur l’immense, récit de la vie quotidienne.