commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
Affichage des articles dont le libellé est stéphane mallarmé. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est stéphane mallarmé. Afficher tous les articles

mercredi, décembre 14, 2022

Végétaux transis de pluie, sonnet en -yx et carnet

 


Réveillée de plus en plus tard, pieds douloureux pour cause inconnue, les ai soignés en essayant de deviner ce qui était demandé pour le carnet du jour et couverte, masquée pour protéger ma vieille peau et encapuchonnée m'en suis allée, d'un pas bien plus allègre que le pensais


canne fermement en main pour ne pas glisser sur les dalles et les feuilles vers la rue Portail-Matheron à la rencontre du souvenir d'un poète et m'en suis revenue en m'arrêtant chez le marchand de légumes locaux anciens pour m'offrir des racines, petit cadeau non mérité.



Corvées maison, déjeuner en survolant des lettres de Stéphane Mallarmé, m'arrêtant à un passage d'une lettre à Cazalis envoyée le 18 juillet 1868 depuis l'adresse ci-dessus à propos, entre autres, du sonnet en -yx

« … – J'ai pris ce sujet d'un sonnet nul et se réfléchissant de toutes les façons, parce que mon œuvre est si bien préparé et hiérarchisé, représentant comme il le peut l'Univers, que je n'aurais su, sans endommager quelqu'une de mes impressions étagées, rien en enlever – et aucun sonnet ne s'y rencontre. Je te donne seulement ces détails, pour que tu m'accuses pas d'avoir recherché la bizarrerie... » (Lemerre lui avait commandé un sonnet pour un recueil)

Après courte sieste, ai tripotée mon idée, sans être sûre d'avoir compris ce qui était attendu, en 479 caractères que j'ai envoyés.

et selon ma mauvaise habitue je reprends ici mon texte et mon image du 24 novembre qui, pour une fois, n'avais pas de limite de longueur puisqu'il s'agissait de notation sur les tenues de vingt silhouettes rencontrées...



Pantalon toile beige cimenté chandail grosses côtes brun chiné | pantalon à pli noir chemise bleu doudoune sans manche noire baskets blanches ornées de bleu | cloche de laine bouillie plissée orange jean manteau « ethnique » multicolore | veste faux cuir râpé sur chandail en V t-shirt gris pantalon toile noire baskets glissées sous couverture bleue du chien | béret noir long manteau beige col roulé blanc | blouson matelassé rose à fleurs bleues sur pantalon noir | jean foncé blouson jean clair sur chandail gris baskets imprimées | trois/quart droit en lainage noir sur jean faussement usé sweat shirt à capuche bleu clair | pantalon toile noire blouson imperméable jaune à capuche chaussettes vertes tennis blanches sales | pantalon et blouson de jogging gris clair capuche blanche | feutre brun clair chemise à carreaux noirs et blancs sous veste imperméable ceinturée brun cuivré pantalon brun foncé | jolies bottines longue et large doudoune noire ouverte sur col roulé et pantalon en tricot à côtes grège | bonnet laine noire parka blanc cassé pantalon de jogging rose | doudoune courte bleu à pois argentés jean/caleçon bleu clair tennis blanches | veste à carreaux noirs et blancs écharpe noire slim bottillons à talons | pantalon treillis camouflé col roulé noir gilet rouge à bandes | casque noir et gris veste imperméable kaki jean foncé | blouson matelassé rouge cardigan gris clair sweat blanc foulard laine imprimé bottines cuir amande | parka longue vert clair blouson en grosse laine blanche mousseuse jupe courte en jean collant vert sombre | bonnet violet manteau gris clair laine bouclée chandail mauve pantalon jambes larges velours côtelé violet.


jeudi, avril 17, 2014

bleu d'Avignon, Mistral et Mallarmé


Ces images de mon ciel, de ma ville ce matin... et Brigetoun les yeux dans l'un, les pieds sur les trottoirs de l'autre

J'ai lu, en rentrant, chez Philippe Aigrain http://www.atelierdebricolage.net/?p=5778 ce quatrain intitulé «tamis»
bleu sans fond du ciel
et ventre serré
l'esprit en friche
tamise les herbes
et avec son autorisation, je le lui emprunte, parce que, sauf peut être le talent de tamiser les herbes, ai reconnu mon matin.


Et comme, pour une raison inconnue, j'étais dans un jour de toute petite forme, en mode faiblarde-résistante, n'ai pas grand chose à y ajouter..
Juste l'admiration devant la belle résistance au vent, à la pluie, au temps, du petit chapeau ou de la houppe en argile dont quelqu'un a affublé, comme je l'avais vu il y a quelque chose sur un blog ami, la dignité de Frédéric Mistral... et j'avoue que je ne suis pas assez familière avec lui pour deviner ce qu'il en aurait pensé.
Suis partie à sa rencontre dans la correspondance de Mallarmé, et ma foi, en ai tiré impressions variées
dimanche 31 décembre 1865
Mon cher Mistral,
Voici une triste année pour moi, puisque je ne vous ai pas vu. Il en est toujours ainsi : vous ayant connu, et sachant que vous habitez un des diamants de la voie lactée, j'inventerais des ailes insensées pour vous y rejoindre : quarante lieu nous séparent, et je ne trouve pas moyen de vous presser la main. Laissez-moi vous promettre, j'aime les voeux qui me lient, en commençant cette nouvelle année, que nous nous rencontrerons, n'importe comment, n'importe où. Cette heure sera divine pour moi, car, alors, j'aurais lu votre poème splendide, (dont l'attente me désespère) et, de mon côté, je vous offrirai sans doute un des premiers exemplaires de l'Hérodiade, oeuvre de mes nuits ravies....
mais, à Madame Mallarmé, le 17 août 1866, d'Avignon
Ma bonne petite Marie,
Je n'ai pu t'écrire hier, parce que j'ai été visiter Mistral, à Maillane, et passé une charmante journée, car il m'a, cette fois, parfaitement reçu...
ou, de Bezançon, à la fin d'une lettre à Henri Cazalis, le 14 mai 1867
J'ai lu ces temps-ci le poème de Mistral, que je n'ai pas lu plus tôt, mais qui m'a semblé vraiment faible... (Calendau)
et, cependant, de Bezançon, toujours, en août 1867
Pardon, mon bon Mistral ! je souffre cruellement du cerveau, depuis une saison, et toute lettre m'est interdite. Aux rares heures de répit, je reprenais votre beau livre (Calendau), afin de me rapprocher un peu de vous avant de vous écrire, mais quand la douleur tyrannique me rappelait au mauvais rêve de ma vie, j'étais au dernier chant, et j'avais laissé passer, dans un enchantement coupable, les minutes qui vous étaient destinées – doublement ingrat.
Aujourd'hui je profite d'une excessive fatigue, qui, par sa tension suprême, m'arrache aux tourments quotidiens, non pour vous parler de ce beau poème qui s'ouvre sur la vie de l'homme comme son décor sur la mer lointaine de Provence, mais pour vous serrer simplement la main, avec toute l'émotion que mes yeux fixes, quand je venais de vous lire, ont souvent plongé dans la rivière qui coule sous ma fenêtre vers ce Midi que vous êtes et que je regrette tant.
Tant de sensations exquises, vous me permettrez de ne pas les analyser dans cette lettre, et de les garder pour le temps, proche je l'espère, où revenant parmi le soleil, loin du noir et humide climat qui m'achèverait, je vous reverrai à Maillane comme il y a un an.
En attendant, je vous aime et vous emporte pour un mois que je vais passer dans les sapins, afin d'incendier ces noirs solitaires de l'or bourdonnant de vos vers, plus abeilles que cigales encore...
et j'en suis restée là, pensant qu'au delà de la petite hypocrisie de rigueur, Mallarmé semblait avoir surtout plaisir à rencontrer l'homme, sans la respectueuse soumission des disciples (plus facile de s'entendre avec le gentil Aubanel), que le poète...
m'en suis allée, grâce à Gallica, lire le début de Calendau dans l'édition de Roumanille, (et n'ai pas trouvé le nom de Mallarmé parmi ceux des critiques louangeurs cités comme une introduction avant le portrait de l'auteur) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102760z/f3.image – pas bien longtemps, je l'avoue, parce que venait l'heure d'arroser, de me pencher sur le buis malade, de découvrir une puis deux puis trois... toutes petites chenilles et d'entreprendre chasse, coupe etc... longuement
O princesso di Baus ! Ugueto,
Sibilo, Blanco-flor, Bausseto,
Que trounavias amount sus li roucas aurin
Cors subebéu, amo galoio..
ou plutôt, selon la «traduction en français en regard», parce que plus à ma portée (moi qui dit fadate pour fadade)
O princesses des Beaux ! Huguette,
Sibylle, Blanchefleur, Baussette,
vous qui là-haut pour trône aviez les rochers d'or,
corps exquis en beauté, âmes allègres,
donnant l'amour, versant la joie
et la lumière, les monticules
de Mont-Pahon, les landes azurées de la Crau,

Dans leur mirage d'aujourd'hui
reproduisent encore votre image...
Les thyms eux-mêmes ont conservé l'odeur
de vos traces ; et il me semble
que je vois encore, guillerets,
courtois, coureurs et guerroyeurs,
que je vois à vos pieds chanter les troubadours..
Pardon, sais pas ce qui m'a pris (la faute en revient à celui qui a ainsi coiffé le buste auguste)

vendredi, décembre 31, 2010

Suis allée aux Halles avec l'espoir de trouver nourritures ordinaires, mais les étals étaient déjà en fête.

Il y avait petite foule mais point trop d'acheteurs. J'ai trouvé tout de même des pommes, des poires, un dos de cabillaud (mais pas de filets de lieu), des rougets friture (mais pas de petits sars ou dorades ou merlans, et les loups et rougets étaient trop grands pour mon appétit), une mini-aile de raie qui devait m'attendre, de la piste (là c'est nourriture recherchée mais il n'y avait pas de calamars), des patates pauvrettes (bintjes), ma provision de morue, et deux petits chèvres un pelardon bien sec et un frais.

Et puis me suis enfermée sur une humeur maussade qui m'étais venue, comme cela, et que j'ai laissée en paix, jusqu'à ce que paraisse, pendant la chute du jour, sur Publie.net « Litanie » de Daniel Bourrion http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504004/litanie qui m'a re-donné envie de lecture et qui devrait être aujourd'hui dans ma bibliothèque pour occuper un peu des dernières heures de l'année.

En attendant j'ai repris « Divagations » de Mallarmé, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501300/divagations, recueil dans lequel j'avance par petites étapes, et j'ai relu, pour son adéquation à la saison et à cette maussaderie légère, dans les anecdotes et poèmes du début, «la pipe»

«Mon tabac sentait une chambre sombre aux meubles de cuir saupoudrés par la poussière du charbon sur lesquels se roulait le maigre chat noir ; les grands feux ! et la bonne aux bras rouges versant les charbons, et le bruit de ces charbons tombant du seau de tôle dans la corbeille de fer, le matin –alors que le facteur frappait le double coup solennel, qui me faisait vivre !», qui fait allusion à Londres, qui, me semble-t-il, irait assez bien aux appartements, en leurs anciens aménagements, pas sans charme, (je pensais à celui de ma grand-mère, pas très éloigné, avec les vitraux de la salle à manger, la tapisserie de la porte) du quartier de la rue de Rome.

avant de reprendre, après la crise du vers, «quant au livre», et ceci, qui tranchait par sa clarté (oui, me faut un petit tas de lignes pour entrer dans les raffinements de sa langue, en venant de mon monde, et n'étais pas trop en état), son côté plus ouvertement polémique

«en tirez-vous un rétrospectif rire, égal au mien ; il s’agissait de désastre dans la librairie, on remémora le terme de «krach» ? Les volumes jonchaient le sol, que ne disait-on, invendus ; à cause du public se déshabituant de lire probablement pour contempler à même, sans intermédiaire, les couchers du soleil familiers à la saison et beaux. Triomphe, désespoir, comme à ces ras de ciel, de pair, chez le haut commerce de Lettres ; tant que je soupçonne une réclame jointe à l’effarement, en raison de ceci et je ne saurais pourquoi sinon, que le roman, produit agréé courant, se réclama de l’intérêt comme atteint par la calamité.

Personne ne fit d’allusion aux vers.

Rien omis en cette farce (importance, consultations et gestes) de ce qui signifiait qu’on allait donc être, à la faveur de l’idéal, assimilé aux banquiers déçus, avoir une situation, sujette aux baisses et aux revirements, sur la place : y prendre un pied, presque en le levant.»

Et puis j'ai sorti une robe dont j'oublie toujours l'existence et qui me mérite pas ce dédain, un veston de velours, des richelieus et mon plus récent manteau, pour partir le soir à l'Opéra, voir «la vie parisienne», décidée à l'apprécier, à cause de l'humeur susdite, parce qu'à moins de se donner du mal on ne peut en faire un vraiment mauvais spectacle, parce que les finances de notre opéra (l'orchestre est de nouveau très menacé) risquent de ne plus nous permettre cela.

et, en somme, ce fut un assez agréable moment, (même si, un rien déçue mais pas tout à fait, j'ai hésité à partir pendant l'entracte)

un décor astucieux avec une tournette, et des panneaux mouvants, mais qui n'en abusait pas. De jolis costumes, en noir et blanc avec quelques touches de rouge (pour certains un souvenir du My Fair Lady de Cukor et Beaton – la scène d'Ascott) des chanteurs qui en général, mais pas tous - et Metella, jolie, avec une jolie voix, était d'une bêtise parfaite dans sa façon de chanter – jouaient avec un rien d'esprit leur chant, et, à part la première scène où le coeur s'agitait en désordre et noyait les airs, pendant tout le reste du spectacle, et surtout les deux derniers actes, une très jolie façon de faire bouger, de mener les acteurs et le choeur, jusqu'à palier parfois au manque de rythme de certains des interprètes.

Toute la fin était très bonne, (avec un cancan en clôture, et une très bonne danseuse qui consentait à être légèrement canaille) ce qui m'a permis de partir sur une bonne impression.

jeudi, mai 13, 2010

Suis partie ce matin dans la ville, parce que la nécessité sous forme de réserve de patates vide, me propulsait, parce qu'au dessus des carreaux de la cour, dont l'humidité n'était plus que de surface, semblait ne plus les atteindre en leur coeur, ce qui leur redonnait des tons de rose soutenu et de vert de mousse imbibée au lieu des rouge sombre et noir verdi de ces jours, il semblait que la plaque gris clair s'était élevée, et que des éclairs de lumière, des coins de bleu, la déchiraient.

Clopin pas si clopant que ça, j'ai pu ramener choses utiles et d'autres un peu moins, mais j'avais, en me lançant dehors avant que la paresse me prenne, oublié mon appareil.

Alors, disons qu'au lieu des découpes dont je rêvais, comme celle ci-dessus, mes façades auraient ressemblé plutôt à celle-ci (auraient parce que je ne suis pas passée devant elle)


La pluie a accueilli mon retour, était là, installée, presqu'invisible, quand le sommeil lourd de la digestion (vais peut être finir par être ronde ?) m'a prise, et la lumière était revenue, sans trop de timidité en fin d'après midi.

J'ai tenté de nettoyer les vitres de ma chambre, et n'ai pu commencer à venir à bout de la terre qu'avec papier journal et vinaigre, souvenir reconnaissant des conseils d'autrefois. Voilà, voilà.

Ah, si ! Je suis partie, à huit heures, faisant pari sur carcasse, avec une petite appréhension qui était moins sotte que je le pensais, sous ciel de grandes draperies, et de petits trous de tous les tons de bleu à l'or, un peu, sous un nuage très blanc,

le long du Rhône, jusqu'à la porte de la Ligne,

au Musée FUJak pour «le «cas» Mallarmé ou la folie utile», un spectacle-lecture de Joëlle Molina (récit, exploration à partir notammentttt des lettres à Casalis et autres) et Alain Cesco Resia (lecture fermement hallucinée d'Igitur), spectacle qui était présenté ainsi :

« Dans sa correspondance, Mallarmé donne un beau témoignage d’une expérience de la folie

dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

Entre 1863 et 1871, Mallarmé consulte différents médecins, utilise différentes médecines

et finit par trouver son propre traitement : c'est l'écriture d'un conte Igitur ou la folie d'Elbehnon.

Folie utile, utile à la création littéraire.

Mystère de la fiole de Néant et du Ptyx.

Nous vous raconterons cette aventure à travers médecine et poésie : la découverte freudienne s'annonce.....»

qui m'avait été signalé par Caroline Leboucq (entraperçue) et qu'elle évoquait en février 2009

http://cousumain.wordpress.com/2009/02/14/mallarme-avignon-et-igitur

Toute petite salle dans laquelle on rajoute des chaises, public motivé, maîtres des lieux sympathiques.

Un recueillement non pesant, attentif, les deux voix se relayant parfaitement, et une Brigetoun qui se sentait de plus en plus mal jusqu'à ne plus pouvoir le tolérer, le mal-être douloureux aidant un temps à la concentration (et les mots de Mallarmé vécus par Alain Cesco Resia), mais s'installant jusqu'à ne plus pouvoir être toléré. Je suis arrivée à sortir discrètement, après attente tendue d'un silence,

et suis rentrée, la marche rapide, pas trop trébuchante, me calmant un peu, par les petites rues gagnées par la nuit.

Et puis, pendant que cuisaient patates, j'ai repris, une fois encore, cette lecture jamais figée,

«Et du Minuit demeure la présence en la vision d'une chambre du temps où le mystérieux ameublement arrête un vague frémissement de pensée, lumineuse brisure du retour de ses ondes et de leur élargissement premier, cependant que s'immobilise (dans une mouvante limite), la place antérieure de la chute de l'heure en un calme narcotique de moi pur longtemps rêvé; mais dont le temps est résolu en des tentures sur lesquelles s'est arrêté, les complétant de sa splendeur, le frémissement amorti, dans de l'oubli, comme une chevelure languissante, autour du visage éclairé..»

jeudi, février 26, 2009

mercredi matin, en partant, j'ai rencontré l'absence de vent, et la persistance du ciel balayé par lui
j'ai rencontré, comme toujours, ou presque, sur mon chemin, l'absence et la trace discrète de la librairie où fut reçu, entre autres, Mallarmé, seulement comme je venais de voir une mauvaise photo de celle-ci (quand elle était là, nomade qu'elle fut) y ai pensé
au retour j'ai rencontré, (et j'en ai profité pour poser le boutis et le sac de linge) une petite tâche jaune, fragile sur sa tige ployante, seulette, et lui ai transmis le salut des beaux pavots rencontrés le matin chez Pierre http://jeandler.blog.lemonde.fr/2009/02/25/pavot/
au retour, un peu plus loin, j'ai rencontré le ciel de lit de Manon, oublié, pendant que plaisantaient, un moment, les déménageurs
de jolis nuages étaient revenus, juste comme un décor, quand je suis partie vers les Pénitents Blancs,
et comme toujours la queue avant que les "avec" et "sans" billets arrivent à franchir la petite entrée,
pour assister à "Pre Fauna" par La Ventura et Cie
"...réunissant Mallarmé, Nijinski et Debussy dans un décor de glace, de fer et de feu, lors d’une appropriation féminine et protéiforme de L’après-midi d’un faune .
Attrait d’animalité sous fond de fresque sauvage figée par le froid, le désir liquéfié glisse du corps à la banquise et la fait fondre.....
Sujet récurrent dans le corps et la graphie d’Anna Ventura : un soupir d’extase de 90 minutes lors de The Female Macbeth, un désir aussi physique que mystique dans D’anachronique… Pavlova moi, une sensualité offerte pour Herida Superficial, ses collaborations auprès de la chorégraphe buto Carlotta Ikeda… l’érotisme fait partie intégrante de la thématique développée dans son œuvre
."
dixit le programme, et je pense que c'est la cause de ma petite gêne, non parce que l'érotisme s'exhibe, et en fait tous les érotismes, corps vêtu, dénudé, en transparence, violence désordonnée, des positions "fin de siècle" jusqu'à la limite du trash, mais qu'il soit toujours assez peu convaincant, comme si elle était à la fois le faune et les femmes ou nymphes qui le provoquent et se refusent.

Peut être étais -je trop sensible à la construction d'admirables images (comme la gigantesque papillote d'or irisé dont le corps se dégage peu à peu pour faire danser de grands reflets, comme une eau incandescente dans lequel il nagerait - et puis le bloc de glace qu'elle frappe, faisant jaillir au début des gerbes de glaçons, et qui fond peu à peu) pour ne pas rester spectatrice, souvent admirative, ou un peu ennuyée.
De très beaux moments, une légère ironie bienvenue, et la reprise de cette phrase : "C'est un berger qui joue de la flûte, assis le cul dans l’herbe " (Debussy à Camille Chevillard)
Et puis, la musique de "l'après-midi" qui arrive, intercalée dans celle de Karin Helbert, et proféré, et projeté les bouts de texte se mouvant comme en tourbillon, le texte du Faune, qui prend toute la place à ce moment.
"Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre,
Chaque grenade éclate et d'abeilles murmure
Et notre sang, épris de qui le va saisir,
Coule pour tout l'essaim éternel du désir.
A l'heure où ce bois d'or et de cendres se teinte
Une fête s'exalte en la feuillée éteinte
Etna! c'est parmi toi visité de Vénus
Sur ta lave posant ses talons ingénus,
Quand tonne un somme triste ou s'épuise la flamme."

et dans le programme je prends la belle image finale.

lundi, février 23, 2009

dimanche matin, second réveil un peu tardif, en confortable corps, et âme sereine à en être engourdie. Regardé les chandails et autres dans le bac à repassage et haussé les épaules, regardé l'argenterie ternie et haussé les sourcils dans le souvenir de l'avoir faite il n'y a pas si longtemps, tourné le dos - regardé le programme des hivernales lu "11 heures, Maison Jean Vilar : rencontre débat autour de l'événement Mallarmé" salué avec révérence les intelligences qui s'y retrouveraient et décidé de me laver les cheveux.
pensé vaguement, avec plaisir, à aller regarder l'après-midi des vidéos "autour d'Andy de Groat" et succombé aux délices d'une sieste profonde en écoutant je ne sais plus quelle musique - en fin d'après midi, contemplé en me grattant le dos la mort lente de certaines de mes plantes, et puis fait un petit tour en terres mallarméennes.
Dégusté , en buvant un thé un peu trop corsé, son "affiche électorale" de 1896 (et ce fut lui qui fut promu "Prince des Poètes" pour prendre la relève de Verlaine)
"POETES !
D'un geste, se conçoit, à l'heure où - prestige matériel évanoui, hélas ! - en lumière pure se résout le fantôme humain, autrefois levé sur le pavois, de l'aède, désigner quel; d'une présence réclamée dès lors, doit primer dans le respect et l'admiration, son front lauré des unanimes palmes.
Peut-être, écarté l'effroi de l'entrée en scène, le passé - le mien -, poètes riches du peu d'années vendangées, m'incite-t-il, parmi les cuivres sourds de mon crépuscule et les vierges clartés de votre aurore, à surgir pour, enfin, recevoir tel salaire d'honneur.
Ici, donc, je veux, sans plus demander, à qui est échu parce que digne, le droit de l'attribuer, un suffrage.
POETES !
Cher, mon voeu que par vous vive un nom, le mien
s'exprime tel.
STEPHANE MALLARME"
et son commentaire dans sa lettre à Claudel, annonçant cette "promotion" en même temps que son dégoût de la vie des lettres parisienne (passager ?)
"alors les journaux m'attachent une queue de cerf-volant avec laquelle je me sauve par les rues sans autre moyen de me dissimuler que de rejoindre le cortège du boeuf-gras. Être un masque malgré soi, Claudel, et quand on n'aime que l'oubli excepté le votre".
Ce Claudel qu'il soutint, qui fréquentait, jeune, les mardis (et j'ai l'image de la tabagie et une bouffée de nostalgie, à défaut) et qui écrivait dans ses "mémoires improvisés" (trouvé dans le numéro de février/mars des cahiers de la Maison Jean Vilar, intitulé évidemment "Mallarmé notre contemporain")
"Il y a une parole.. qui, au contraire, a profondément marqué mon intelligence, et qui est à peu près le seul enseignement que je reçus de lui, et c'est un enseignement capital :"Tous ces gens là, après tout, qu'est-ce qu'ils font ? Des devoirs de français, des narrations françaises. Ils décrivent le Trocadéro, les Halles, le Japon, enfin tout ce que vous voudrez. Tout ça ce sont des narrations, ce sont des devoirs."...

mais finalement je choisis, un peu plus loin dans le même numéro Pierre Louÿs
"Nous avons parlé art. Il m'a dit à peu près ceci : "Pour justifier la direction de ma vie, je cherche toujours la littérature dans l'art, et j'ai la même impression devant un tableau qe devant un sonnet où serait traité le même sujet". Il y dans sa salle à manger le Hamlett de Manet et un paysage de Claude Monnet qui est pour lui le plus grand peintre vivant..."
et puis un petit tour dans l'Azur
"Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t'en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d'une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.
.......
- Le Ciel est mort. - Vers toi, j'accours, donne, ô matière,
L'oubli de l'Idéal cruel et du Pêché...."

beau et, oserais-je, dominical.

samedi, février 21, 2009

tartine sans importance
Brigetoun, pas vraiment flattée (euphémisme), et très paumée, se demandant, entre café et douche, si vraiment elle va enfin aller chez le teinturier et se coltiner au retour le boutis, si elle se risque à investir dans l'espoir et l'achat de billets pour les hivernales, si elle assistera enfin au circuit "Mallarmé" et où diable s'est nichée la seconde chaussette, enfin quoi, si elle se décide à assumer son sort d'être humain, y compris dans la nécessaire distraction.
La chaussette, je l'ai retrouvée, en terrain nu mais sous un pan d'ombre, vers six heures du soir, le paquetage et le grand sac vide pour le teinturier sont restés bien tranquillement au chaud jusqu'à ?, et m'en suis allée à la recherche d'un lampadaire pas trop laid ni trop cher, puisque le point central, malgré deux interventions d'un électricien , semble définitivement mort, et que je me lasse de la petite lampe/ampoule basse consommation/bougie

j'en ai trouvé un, juste après un billet pour un concert, pas excessivement laid (agréablement neutre), qui devait être monté en dix minutes ou un peu plus, et qui en effet ne m'a demande qu'environ une heure - et m'en suis revenue en longeant les carcasses de terrasses qui se mettent en place jusqu'au bureau des Hivernales.
J'ai fait une impasse navrée sur le spectacle qui se donne à la Chartreuse et Nadj qui a la mauvaise idée de danser à Cavaillon, et j'ai eu à peu près tout ce que je voulais - pari peut être un peu aventureux et inconsidéré, sans excès, pour mon budget.

après avoir triomphé de l'épreuve consistant à visser quatre branches métalliques de façon solide, j'ai voulu me dépêcher de préparer mon plat de pâtes, puisqu'il était deux heures, et me suis fort piteusement , minablement, affalée.
J'ai donc abandonné l'idée du circuit (à vrai dire les découvertes en groupe ne sont guère mon fait) - décidé que j'avais nettement plus envie de voir, seule, les éditions originales à Ceccano et "le coup de dé" à la Collection Lambert en même temps que l'exposition, que je ne suis toujours pas allée voir depuis le vernissage séché en décembre, 'le réveil des oiseaux" ("une exposition hommage à Olivier Messiaen. Articulée autour du thème des oiseaux, elle proposera des œuvres contemporaines dont certaines ont été produites pour l’exposition (Idris Khan, Pierre Marie Agin)" selon le site du musée). Et ce fut donc mini gavage, sommeil, tempes et jambes molles et humble pardon demandé aux oiseaux (je pense que ceux qui sont visés sont moins domestiques et lourds que ceux-ci, mais ils me vont assez bien)

En fin d'après midi j'ai repris les lettres que Mallarmé écrivait d'Avignon, comme celle-ci à l'ami Cabanis; (le 3 avril 1870)
"Tantôt ergotant sur les deux termes extrêmes, j'essaie, pour te détacher un peu de moi et te voir, de comparer ta vie que visite la Notion Négative à la Croyance, où se complait maintenant mon esprit, revenu, mais auquel se refuse la vie, précisément ; et je souris à la différence. En effet, ce sera par cette dernière que je succomberai peut-être : j'avais passé un hiver très curieux, édifiant ma pensée par de beaux retours au rêve, d'un côté ; par ce long prélude si attrayant de l'étude d'une science (Bour a dû te parler de mes projets de Linguistique) et voici qu'un accident, ma pauvre Marie malade, lequel me tire inopinément de mon abstraction nécessaire et de cette architecture factice de mes facultés si industrieusement agencée, me replonge dans le désordre et la totale nullité. Je vais recommencer..."

et puis, pour rester dans l'époque, j'ai piqué du nez sur les "choses vues" de Victor Hugo, un an plus tard, en 1871, me redressant de temps en temps et, après un coup d'oeil égaré et une pensée pour Papa quand il "réfléchissait" jusqu'à ce que sa pipe tombe, et reprenant avec intérêt la lecture de ses efforts pour sauver Rochefort et d'autres.

lundi, février 16, 2009

dimanche matin l'azur n'était plus terrifiant, mais le ciel était toujours bleu, d'un bleu adouci, presque transparent, milieu vivant et non plus plaque dure, mais le froid était encore plus vif (enfin à notre échelle, je ne sais comment survivent les habitants des régions septentrionales - j'aime le mot) et au coeur de sa gloire (et la lumière, derrière lui, décolorait encore le ciel) il prenait l'air détaché de celui qui n'est pas concerné, qui ne s'occupe que des muses, sans même un sourire pour solliciter notre pardon.
Mais quelques pas plus loin, j'ai échangé un sourire de complicité gelée avec un superbe presque vieillard, faisant flotter autour d'une robuste carcasse un souple manteau clair dont l'étoffe m'a semblée d'un luxe superbe, faisant briller des yeux sombres sous un grand chapeau et au dessus d'une barbe bouclée, vision d'un non conformisme très installé, très intouchable, très confortablement aimable.
Chaque pas revendiquait l'hiver, et même le vélo champêtre appuyé à la vitrine de Carrefour était à l'unisson.

Me souvenant, pour l'avoir rencontré sur cousu-main http://cousumain.wordpress.com/ , de la célébration d'Igitur et de Mallarmé, par la ville qui l'aima mal, j'avais eu, aux petites heures, une velléité d'aller à la collection Lambert voir enfin l'exposition autour du "coup de dé", mais le souvenir de l'air froid de la matinée m'a renvoyée à la recherche des textes, bien au tiède, et puis, pour en garder trace ici, renonçant au coup de dé pour raison de mise en page, j'ai continué ma promenade pour tomber, pour l'ébauche d'une familiarité, sur les "paroles inconnues qui chantèrent sur" ses 'lèvres" en sortant de son appartement, et qui étaient, "sur un ton descendant : "La Pénultième est morte"...
..."Je fis des pas dans la rue et reconnus en le son nul la corde tendue de l'instrument de musique, qui a été oublié et que le glorieux Souvenir certainement venait de visiter de son aile ou d'une palme, et le doigt sur l'artifice du mystère, je souris et implorais de mes voeux intellectuels une spéculation différente. La phrase revint, virtuelle, dégagée d'une chute antérieure de plume ou de rameau, dorénavant à travers la voix entendue , jusqu'à ce qu'enfin elle s'articule seule, vivant de sa personnalité. J'allais (ne me contentant plus d'une perception) la lisant en fin de vers, et, une fois, comme un essai, l'adaptant à mon parler ; bientôt, la prononçant avec un silence après "Pénultième", dans lequel je trouvais une pénible jouissance : "La Pénultième -" , puis la corde de
l'instrument, si tendue en l'oubli sur le son nul, cassait sans doute, et j'ajoutais en manière d'oraison : "Est morte"..."
Mais cela m’a plutôt évoqué la rue de Rome, et par extension le petit train, la gare du Pont-Cardinet, la rue du Printemps la très mal nommée.

et la douce dame sur le chemin que j'aurais du prendre, penchée gracieusement sur les passants parmi lesquels je n'étais pas, me pardonne et m'attendra.

dimanche, février 08, 2009

Ma paresse que je ne me lasse pas de savourer depuis plus de quatre ans, ma retenue, ma sauvagerie, ma façon de me contenter de rêver mes actions.
J'ai mis dans un coin de mon cerveau, bien décidée sans me l'avouer à les y laisser, les journées d'ouverture au public, à la Chartreuse de Villeneuve, du 29 au 31 janvier, pour la sonde 01 09 "de l'encre au pixel : les nouvelles matérialités de l'écrit", le Rhône malgré sa proximité et les cars, tout du moins jusqu'à une certaine heure, m'étant un obstacle aussi infranchissable que pour les tous tous premiers pré humains (existait-il alors ?) http://www.chartreuse.org/Site/Cnes/sondes/
J'ai reçu il y a un certain temps deux (toujours, ils doivent être relativement riches finalement) invitations de la Collection Lambert pour "un coup de dés jamais n'abolit le hasard" - performance chorégraphique, le 6 février à 18 heures 30 de Thierry Thieu-Niang et Bastien Lefèvre, dans le cadre des Hivernales (il faut que je ressorte le programme) et pour l'anniversaire de l'écriture d'Igitur.
Et j'en avais mis de côté une, bien décidée à y assister et à en profiter pour visiter enfin l'exposition en cours "retour de Rome" et celle sur Messiaen , ce que je veux mais j'oublie de faire http://www.collectionlambert.com/ /
Et puis j'ai reçu il y a trois jours je crois un courriel (collectif) de Pierre Marie Danquigny me signalant (et m"y invitant) un parcours ce même jour à travers 6 expositions depuis les archives municipales à 14 heures 30 jusqu'à Lambert http://www.litteratur.fr/?cat=1 - et me suis organisée samedi matin pour y aller, en partie en souvenir d'une conversation avec lui au sujet de la maison de la place du Portail Mathéron, cette dilatation de la rue, entre Saint Pierre et les Carmes, sur laquelle il a écrit une plaquette. Et en l'écoutant je me souvenais de ces lettres dans lesquelles Mallarmé, dans sa détresse avignonnaise, la célébrait presque cette maison, d'où il écrivait, le 14 novembre 1869 à Henri Cazalis, au moment de l'écriture d'Igitur quand son labeur (compte tenu du peu de goût qu'il avait pour lui) le permettait "j'ai pu, levé tôt, travailler plusieurs heures chaque matin ; mais le soir, je n'étais pas long, après des journées ingrates, à m'endormir sur un livre de vers ; une promenade de Pan automnal, au crépuscule ; et tu sais mes journées. L'heure de famille, celle à laquelle on remettait de t'écrire parce qu'on ne parlait que de toi, était le souper, dans la petite salle à manger, qu'une grave horloge dont tu connus la gaine, rend sérieuse. A la faveur de son timbre conventuel, je te dirai un seul mot de mon travail que je te porterai l'été prochain : c'est un conte, par lequel je veux terrasser le vieux monstre de l'Impuissance, son sujet du reste, afin de me cloîtrer dans mon grand labeur déjà réétudié..."
La pluie avait cessé à midi, et en déjeunant inhabituellement tôt, je sentais qu'une douce lumière, comme une coquille humide, s'installait dans le ciel, pendant que je piquais du nez sur mon assiette et que peu à peu, cette mauvaise raison, en pestant contre mon insomnie de la nuit précédente, mon refus instinctif de tout déplacement en troupeau, et en même temps je me reprochais de me priver ainsi d'occasion de rencontre, la remontée des courbatures et de l'ébauche d'une migraine, psychosomatique ou réelle, enfin tout sapait peu à peu ma décision, et me suis enfoncée dans une sieste lourde, me promettant, et sachant que je ne le ferai sans doute pas, d'aller voir les expositions des archives (puisque je ne suis toujours pas allée voir la Condition des soies) et celle de Ceccano, les rapports entre Mallarmé et le Félibrige me paraissant toujours un peu hors nature (mais il y avait la belle hospitalité et amitié de Théodore Aubanel)
suis partie pour un petit circuit vers la pharmacie (sirop et antibiotique) puis les expositions de Lambert en attendant les mallarméens, le musicien et le danseur. Je sentais mes os trembler un rien douloureusement dans la fraîcheur pourtant modérée, et mon estomac s'est noué insidieusement pendant que je marchais face au semblant de foule qui vient nous visiter le samedi, et suis rentrée piteusement, en admirant en passant, la belle lumière qui passait par le trou de l'ancienne porte de l'Oulle pour jouer avec le bout des branches de mon platane favori.
et, pendant que ma machine chauffait et que j'en souffrais, un peu, un tout petit peu, pour elle, ai préparé ce très long n'importe quoi sur rien, avant de revenir à Contre Sainte Beuve.
Mais, avant ai trouvé "Igitur" numérisé - merci à lui - par François Direz http://www.mallarme.net/Mallarme/Igitur , et, souffle retenu, ai lu les 17 pages, en resuçant des phrases parfois plusieurs fois pour croire les avoir comprises, jusqu'à
"IL SE COUCHE AU TOMBEAU
Sur les cendres des astres, celles indivises de la famille, était le pauvre personnage, couché, après avoir bu la goutte de néant qui manque à la mer. (La fiole vide, folie, tout ce qui reste du château ?) Le Néant parti, reste le château de la pureté
."

vendredi, avril 04, 2008

Longuissime puisque un peu frissonnante et vide je pille, sans avoir même envie de me forcer trop à élaguer.
Rien – des projets – de la paresse – du mal être – l’un ou l’autre ou les deux – de la maladresse. Ce que j’ai fait de plus utile et très provisoirement marquant : la chasse, non plus seulement aux chatons et leur rousseur mais aux blanches invasions de pollen qui s’installent pour un grand mois. J’arrive à en saisir sans les écraser, et j’imagine les cristaux de neige que je ne connais guère que par des photos.
Comme je me sens un peu plus stable, un peu moins migraineuse, en écoutant le cirque à l’assemblée (avec une impression de revivre à propos de l’amendement 252 protégeant les territoires et AOC, le lendemain du vote de la licence globale) accompagné par le chant du vent, pas impérial mais joliment joufflu, j’ai « feuilleté » (il faut trouver un terme équivalent) des textes de Publie-net http://www.publie.net/ en attente, et j’ai trouvé l’écriture

« Les mots sont importants car ils constituent les couleurs de l’écrivain classique ; on n’insiste pas assez sur le temps passé par les grands peintres à préparer leurs couleurs, à les choisir, à les atteindre. Une fois qu’on a la bonne couleur, le reste vient tout seul. La note de couleur commande à tout le tableau, elle l’oriente comme il faut ; même chose pour le mot et la page, sauf que les mots d’une langue n’existent qu’en nombre limité. Au total, ils sont environ soixante mille, et seuls dix mille d’entre eux seront vraiment compris par tous les gens, et seuls cinq mille seront utilisés dans un récit de fiction. L’écrivain classique, une fois qu’il a ses mots, doit encore respecter la mesure, la cadence, l’exacte musique. Cela vient tout seul, mais il faut quand même faire attention parfois. »« la vie des écrivains classique »Marc Pautrel
"S'obstiner à travailler dans de telles conditions, c'est sûrement maladif, de même que de faire feu de tout bois, et pourtant les mots sont là, comme la parole est aux bavards, un flot mal contenu dans lequel on trouve de tout, le plus difficile en somme c'est de séparer le grain de l'ivraie, c'est-à-dire de retenir les pépites dans un torrent de boue. Je n'en trouve pas si souvent des pépites, je n'appartiens pas au clan serré des chercheurs d'or heureux, plutôt au groupe indistinct et sans grade des chercheurs d'or pauvres." – « Désordre, un journal » Philippe de Jonckheere


Jean-François Copé est venu surveiller ses troupes, a tonné contre l'opposition et s'en est allé
"Raconter des histoires, transmettre des idées, témoigner, des tas d’institutions bavardes s’occupent de ça, les grands-mères (du temps au moins qu’elles savaient « raconter des histoires »), l’université, les médias, le cinéma, même les partis politiques. Tramer de la beauté avec les mots, en revanche, est proprement l’objet de la littérature. Seulement on ne sait pas du tout en quoi consiste cette « beauté » verbale. On cherche à tâtons, obstinément, quelque chose qu’on ne connaît pas, ou plutôt quelque chose qu’on a souvent éprouvé, lecteur (et alors cela donne envie d’interrompre sa lecture pour se lever et tourner en rond en répétant, en ressassant la phrase qui vous a balancé comme une décharge électrique), mais que pour autant on ne sait pas définir." "Littérature, politique" Olivier Rolin
Le Président a annoncé qu’une conférence des présidents de groupe était convoquée et a annoncé une suspension de séance (ils vont laisser reposer la tempête vraie ou non après la séance de ce jeudi soir). Ce qui m’a envoyé, sur un rayonnage à :
« Mon sacré nom de Dieu de roman me donne des sueurs froides…. J’ai relu tout cela avant-hier, et j’ai été effrayé du peu que ça est et du temps que ça m’a coûté (je ne compte pas le mal). Chaque paragraphe est bon en soi, et il y a des pages, j’en suis sûr, parfaites. Mais précisément à cause de cela, ça ne marche pas. C’est une série de paragraphes tournés, arrêtés, et qui ne dévalent pas les uns sur les autres. Il va falloir les dévisser, lâcher les joints, comme on fait aux mâts de navire quand on veut que les voiles prennent plus de vent. » «lettre du 29 janvier 1853 à Louise Collet » Gustave Flaubert que je trouve tout de même plutôt content de lui, là. (pas à tort, mais inhabituel


Je suis sortie jeter des papiers aux remparts, et en ai ramené un peu du ciel de fin d’après midi (et les nuages qui animaient le bleu, et le bleu pur au dessus de ma rue)
Et pendant la poursuite du débat, je n’ai pas trouvé derrière quel livre se cachait la correspondance de Mallarmé, que je cherchais, mais
« Et me voilà tâtonnant à nouveau, trébuchant, accueillant les images pour les écarter ensuite, cherchant à dépouiller le signe de tout ce qui ne lui serait pas rigoureusement intérieur ;mais craignant aussi qu’une fois dépouillé de la sorte, il ne se retranche que lieux dans son secret.
Ce matin l’eau voile l’herbe
l’écume revient aux roseaux,
plume par le vent poussée ! »
« paysages avec figures absentes » Philippe Jaccottet

et parce que le choix dans ma réserve de photos du ciel m’avait été dicté par le souvenir que j’en avais, un peu de « la Mounine » de Francis Ponge et les tentatives entêtées de description de ce ciel et le paysage « il faut d’abord que je le saisisse, que j’en lie en bouquet, pouvant être tenu à la main…. »« Sur la campagne de Provence
rêgne un pétale de pervenche
Ce jour bleu de cendres vaut nuit
Qui pèse sur la Provence….
.. »Le jour qui luit sur la Provence
est un azur à mine de plomb
ce jour bleu de cendres-là vaut nuit »
… »l’immensité intersidérale est vue ici par transparence et c’est grandiose (aperçu sur l’infini). »