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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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vendredi, janvier 28, 2011

Il se tenait fier, sans raideur. Il se concentrait sur son but. Il sentait en lui ce besoin irrésistible de faire émerger, de donner forme, et belle, pas de façon éclatante, mais belle parce qu'au plus près du sens, et mené naturellement – ce qui était peut-être le plus dur -, de faire exister ce qui le hantait, qui s'était construit et exigeait d'être exprimé, et exprimé par lui. Il en ignorait ce qui l'entourait, qui faisait effort pour le protéger, ces barrages, de bric et de broc mais solides, érigés par ses proches pour préserver sa solitude au milieu du monde. Sans arrogance, simplement il ne s'en apercevait pas. Il ne le voulait pas, juste un peu conscient que cela existait, mais que se l'avouer serait en être irrité, détourné, gêné.

Un paragraphe issu d'un convoi http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/ pour avoir illusion d'être capable d'autre chose que d'hébétude un peu douloureuse, ce jeudi matin, et puis, en pagaille ou plutôt sans autre ordre que celui de la découverte, et des bifurcations ou sauts que cela entraîne, des phrases issues de mes lectures sporadiques pendant que j'essayais de me décider, et renonçais, à aller faire un marché (j'engraisse de toute façon et avais l'indispensable pour tenter de nourrir, assimiler etc... faire mon devoir envers carcasse)

« je préfère écrire - avant tout pour moi même - directement dans une langue étrangère. c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour assumer le fait d'écrire. » Jean-Marc Undriener

http://entrenoir.blogspot.com/2011/01/ecrire-pour-soi-dans-une-langue.html

« Effacements du temps mais de ses bords seulement à sa jointure avec le monde nos vies à nous ces lieux étranges où nous nous martelons… » Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/2011/01/27/effacement/

« ta surcharge pondérale

ton étrangeté visible

ton sexe faible

ta petite vertu

trop de gras trop de cul

trop de périphrases » Murièle Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/2011/01/credit-photo-dolarz-tu-es-noire-tu-es.html#loeilbande

« un peu de caviar

pour les idées

du rouge

et de la fumée » Guillaume Siaudeau http://lameduseetlerenard.blogspot.com/2011/01/du-caviar-pour-les-idees.html

« Décrire la fuite à défaut d'autre chose, décrire le mouvement et sa tendresse, la sentir sans savoir la montrer aux autres, même à renfort de mèches de rondeur et d'inclinaison douce, rester muet à la périphérie, repousser, repoussé. Ne plus chercher à en dire davantage, pas plus que savoir dire un paysage, l'hiver, le matin. » Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/visage-a2677049

« Il ne faut pas moins de tout l'univers pour qu'un rayon de soleil vienne faire briller tout le miel de tes yeux. » Frédéric Rauss http://tresors-infimes.blogspot.com/2011/01/il-ne-faut-pas-moins-de-tout-lunivers.html?utm_medium=twitter&utm_source=twitterfeed

« le soir la tour de Nesles est prise par la pluie, le flash, le reflet de la chambre, son tableau au mur »

Anne Savelli http://fenetresopenspace.blogspot.com/2011/01/fenetre-de-la-rochelle.html (me demande ce qu'Èric Pessan pourra dire dans sa chambre d'hôtel en quittant notre ville)

« Grand vent. Il a bu presque toute l’eau du ruisseau qui ne transportera bientôt plus que sa sécheresse bien aimée, le ruisseau est un oued, grand vent, il déploie le ciel, bleu à mourir, et rapproche de nous la mer que la montagne, entre elle et nous, interdit. Un coup d’aile soutenu par le vent, un coup d’aile par-dessus la montagne, et la mer nous est rendue. » Marilyn Desbiolles via Florence Trocmé http://poezibao.typepad.com/poezibao/2011/01/anthologie-permanente-marilyne-desbiolles.html

« L’océan s’est éloigné en images, les marais aussi. Les images n’ont ni odeur ni rumeur. Je ne sais plus trop ce que je désigne par «La France».


La métonymie n’a plus la saveur exquise de la mémoire. Il me faut une autre figure de style. » Bertrand Redonnet http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2011/01/27/metonymie-natale.html et tant d'autres choses, mais j'en reste là

En fin d'après midi, je suis partie, clopin clopant, sourire décidé et carcasse bridée, vers la place des trois pilats et le théâtre de l'Isle 80

pour écouter une lecture de « moi, je suis quand même passé » d'Éric Pessan, http://www.babelio.com/livres/Pessan-Moi-je-suis-quand-meme-passe/227587

- devant une assemblée chaleureuse (pas uniquement pour lui) dont son éditrice Caroline Gérard -

cette épopée, en twitts, avec livre (qu'il faut bien entendu lire à l'envers, en commençant pas la fin, le plus ancien, ordre que je suis en recopiant pour votre confort, ô lecteur éventuel !)

« saisit sans ménagement une phrase, s'étonne de ce qu'elle soit dure et résistante. C'est pourtant bien lui qui l'a formée. »

« se demande s'il ne manque pas d'un peu de confiance »

« plonge la phrase dans l'eau ; elle ne se délite pas. En empoigne une seconde et se trouve muni de rames. Peut diriger son embarcation. »

et l'entendre dit, ce texte que j'avais aimé, était une autre découverte

puis Éric nous a lu un (très beau) texte écrit en réaction/complément de « interdiction absolue de toucher aux filles même tombées au sol » de Claude Favre -

texte que j'aimerais pouvoir relire,

avant que nous partagions gâteaux et boissons. Un accueil, des échanges avant et après qui m'ont mis le coeur en joie.

M'en suis revenue dans la nuit fraiche, ai jeté un coup d'oeil sur l'atelier d'écriture de François Bon à la BUA, et ma foi j'ai risqué, trop vite, pas tout à fait selon les indications je le crains, mais parce que « musique » sans parler rigoureusement de la musique ça m'avait provoqué, une participation, puis j'ai lu avec admiration, souvent, les autres http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2417#forum5241

lundi, novembre 08, 2010

Mes dernières lectures – pour mon plaisir, trop long

Jour de pénombre, une pénombre différente, ce dimanche, je sentais, je savais, que dehors, sur la ville, la lumière était morte, grise, filtrant à travers de hauts nuages, un plafond opale.

Et les arbres rencontrés samedi – les regarder pour m'accrocher, affermir mon pas – ne devaient plus chanter, ou en mineur.

Celui qui mariait branches nues, en prière, ou défit, hivernales déjà, et les petits bouquets racornis, vert décoloré ou noir, sans la gloire automnale.

Celui qui portait, exhibait, fragilement, chacune de ses feuilles survivantes comme un gemme, rouge de lumière.

Un peu maussadou au réveil, avec toujours cette stabilité défaillante, l'idée que je ne devais pas laisser s'installer la peur de sortir, mais peu à peu, doucement, l'acceptation, le renvoi à autre jour, celui-ci étant jour à se laver les cheveux, et la certitude d'un lendemain énergique, ou presque.

Un peu somnolente, pour se réveiller, du miel violent, et une recension de mes dernières lectures hors blogs (tant pis, gommer la richesse de certains), les livres donc, me redire le cas échéant, quand je crois le pouvoir, ce que j'ai été en face d'eux, et par jeu, ou semblant de, choisir une phrase de la page 14, parce que 48 c'est http://www.liminaire.fr/spip.php?rubrique4 , parce que 14 c'est 6 + 8, parce que j'ai, encore, 68 ans, parce que «19 francs» a 29 pages, et le livre à 19 francs, c'est à dire « l'occupation du sol » d'Échenoz, 22. Et que Pierre Ménard, je l'en prie humblement, me pardonne de détourner ses idées, contraintes, en simples trucs.http://www.liminaire.fr/

Ainsi donc, dans l'ordre de lecture, ou re-lecture :

Vivre encore, encore de Régis Jauffret http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503724/vivre-encore-encore

« L’humanité est éblouie par sa lumière, sa propre lumière dont elle est dense comme les feuilles des arbres de chlorophylle, la mer de sel, l’oxygène d’oxygène. Nous prenons notre clarté trop intense pour l’obscurité, et si nous vivons si souvent dans la pénombre. C’est qu’à l’intérieur de nous il y a des paupières qui tombent avec le temps comme des voiles, des rideaux. »


19 francs de Daniel Bourrion http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503762/19-francs

court texte provoqué par une allusion à la librairie de Géromino chez François Bon, et le souvenir de l'achat d'un livre "pas cher" d'Echenoz, et de l'importance de cette lecture, plaisir pour la langue et pour ce que cela dit de nos désirs contrariés et découvertes ferventes quand nous entrons, avec nos petits moyens, dans le monde de ceux qui auront accès et vivront avec les livres, et de la vie des travailleurs dans laquelle sommes plongés, où nous circulons.

« Je pensais aussi, faut dire, aux autres, à ceux qui dans d’autres coins du département prenaient les mêmes autocars ou presque pour eux aller dessous la terre, rejoindre les puits qui sur la ligne horizontale (quand tu regardes ce pays, le mien, tu vois ces deux lignes, une Nord-Sud, l’autre Ouest-Est, et tout du long, vers le haut c’est l’acier, vers la droite plutôt le charbon, on aime les choses bien rangées dans la région) étaient comme des sortes de fanaux, des points d’ancrage. »


Le retour : Extrait du recueil Inquiétude de Conrad, en une centaine de pages, denses et fermes, une évolution intérieure avec combats, vers l'humanité.

« Sous le couvert de cette fiction poétique et sacrée, il eut impérieusement envie d'elle, pour diverses raisons, mais surtout pour la satisfaction d'imposer sa volonté. Il y mit tout l'ennui et toute la solennité possibles – sans autres raison concevable que de cacher ses sentiments – attitude convenable s'il en est. »


Impressions numériques de Jean Sarzana et Alain Pierrot http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503748/impressions-numériques

« Aucune recherche autour du livre ne peut ignorer à quel point l’édition est multiple, et parler de l’édition comme entité relève de la gageure. On relève pourtant une prédominance de la littérature dans le regard porté sur le livre en général et dans la représentation collective de l’édition en particulier, alors que plus des trois quarts des livres vendus n’appartiennent pas à cette branche du livre. Cette constatation s’opère à la lecture de la plupart des articles de presse, rapports publics et documents de toute nature, internes ou externes au secteur, se rapportant au livre. »


Monsieur Le Comte au pied de la lettre : Calembredaine héroïque de Philippe Annocque

une farce (fournie, goûteuse, avec éléments variés et de bonne force) à tous les sens du mot, et jeu avec les mots, histoire de mots trop nombreux... Une dérive, de brusques dérapages en listes joyeusement recherchées, en phrases étirant les assonances, en actions désordonnées. Ironie et à-cotés, au gré des idées et du vocabulaire, et dedans un Monsieur Le Comte qui est son double, ou un jumeau, un siamois qui est peut-être Monsieur Le Comte, ou en quête de l'être, ou l'auteur, au péril de trop d'écrits. Jubilatoire, preste, désinvolte.

« Monsieur Le Comte lui-même pressentait que son passé viendrait dans l'avenir, si le besoin s'en faisait sentir, et que peut-être même il pourrait disposer d'autant de passés qu'il était nécessaire. »

Trois nouvelles - L'épave - Miss Harriett - Les tombales de Guy de Maupassant http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500860/trois-nouvelles

Le sentiment de la nature - de la tendresse - de l'esprit - du cynisme affiché sans excès - une langue merveilleuse. C'est à dire Maupassant

« Seuls, la sensation, le souffle de l’eau salée demeuraient en moi. Je sentais l’odeur du varech, l’odeur de la vague, la rude et bonne odeur des côtes. Je marchais vite ; je n’avais plus froid ; je regardais l’épave échouée qui grandissait à mesure que j’avançais et ressemblait à présent à une énorme baleine naufragée. »


l'occupation des sols de Jean Echenoz

« Dès lors c'est très rapide, quelqu'un sans doute ayant vendu son âme avec l'espace, il y a le trou. »

deux vies plus une, histoire expresse, amour d'une femme et paternité


La Vie matérielle : Marguerite Duras parle à Jérôme Beaujour

lisez si ne l'avez fait. (et si vous êtes comme moi, par moment, grommelez votre désaccord, mais avec révérence)

« Tous les jours, tous les après-midi de tout l'été. On peut parler de sa vie toute sa vie, la vie est considérable. »


Kuessipen de Naomi Fontaine http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503793/kuessipen

Elle dit, dans la page qui sert de préface à ses nouvelles ou récits, nouvelles puisque distance il y a, re-création : «J’ai inventé des vies... Et ces autres vies, je les ai embellies. Je voulais voir la beauté, je voulais la faire. Dénaturer les choses – je ne veux pas nommer ces choses – pour n’en voir que le tison qui brûle encore dans le cœur des premiers habitants. » Et c'est ce qu'elle fait, même si l'alcool, la drogue, les naissances précoces (mais désirées), la pauvreté, l'inceste, sont là, c'est en passant, à deviner, et, sur le devant, il y a la tendresse, la famille, la nature, la tradition, et les voitures, les cabanes, les conserves, le catholicisme, les études, la terre, la résistance.... et une belle écriture, ferme.

«Dans le silence que font les ours en hiver, il gronde. Cette nuit ce n’est ni la ville, ni les avions qui colorent le ciel d’un doux mauve qui crie aux loups. Les yeux de petite fille disent merci d’avoir vu. »


Zozo, chômeur éperdu de Bertrand Redonnet

Ai pensé, avant d'y entrer, à Alexandre le bienheureux, même registre pour le côté dru, paysan, mieux traduit par les mots, mais en lisant : différence dans le refus du travail qui pour Alexandre est fuite devant tout effort, pour Zozo un recul obstiné, même quand maladroit, devant toute subordination, parce que s'active Zozo, et glorifie ses actes. Roi du chômage obstiné (et l'auteur spécifie bien que cela se situe à l'époque où il fallait se donner du mal pour l'obtenir ce chômage, où il n'était pas imposé comme en nos jours), mais aussi roi du mensonge orné, superbe, auquel personne ne croit mais que l'on savoure. De quoi entrer dans la légende, même petite, à son échelle.

« … finalement sur son lit où il demeura étendu une bonne huitaine de jours avant de reprendre, claudiquant sur des béquilles et rasant les murs, le chemin de la basse-cour et du toit à cochon, puis, discrètement, la clef des champs à la découverte des moeurs estivales du gibier, en prenant toutefois bien soin d'éviter par de larges détours à travers les sous-bois les chantiers maudits de l'adduction d'eau. »

Minimal et sans grand sens

l'humanité – paupières qui tombent – clarté trop intense – la mer – vivons – pour l'obscurité

dessous la terre - fanaux - lignes - ancrage - acier - charbon - on aime - tu vois

sous le couvert - cacher – sa volonté – poétique – ennui – satisfaction – sacrée


son passé – pressentait – le besoin – peut-être

vite – l'odeur du varech – le souffle de l'eau salée – baleine naufragée - ressemblait

le regard – relève pourtant – à quel point – la gageure – est – prédominance – des trois quarts des – rapports


son âme – ayant vendu – l'espace

parler – tous les jours – l'été – est considérable

cette nuit – les yeux – d'un doux mauve – disent – les ours


du toit à cochon – il demeura – à la découverte des moeurs estivales – à travers les sous-bois.

lundi, avril 26, 2010

Samedi, dans la nuit, mon dîner de hareng, pommes à l'huile, s'est étiré en bouchées espacées et distraites pour durer le temps de la lecture, lente et attentive, dans la dégustation des mots, des 91 Pages de «Géographiques» de Bertrand Redonnet.

Ce qui se cache derrière les mots, climat, ("Un climat, oui messieurs. Votre cher et maître mot. Un des plus beaux mots de la langue française, un mot qui a beaucoup vu. Un mot de voyageur. Ouvert à tout vent, conjugué à bien des temps et qui essuya bien des intempéries.") pays, pagans, paysages etc... qui est notre rapport à ces endroits que nous investissons et qui nous investissent - en une petite sottie, faux entretien entre le poète qui parle des mots et un groupe de savants, océanographe, climatologue, géographe, etc... , chacun décrit avec saveur, en un de ces débuts précoces de soirée comme il y en a au bord de la Vistule, et qui, dans le plaisir de la nourriture, d'un vin exceptionnel, de l'envie qu'ils ont d'une autre approche, oublient leur rigueur doctrinale pour revivre le climat, la terre de leur enfance, et ce qu'elle a fait d'eux, adoptant le regard, le sens des mots que donne le poète qui est l'auteur (les autres aussi un peu) en une joyeuse conversation.

"Des "ah" et des "oh" d'une vive réprobation fusent autour de la petite table. Sans doute craint-on que le monsieur mafflu, timidement couperosé, le cheveu blanc coupé ras, visage débonnaire du bon vivant, m'ai heurté par sa franche répartie. Alors on lui dit que l'heure n'est pas franche répartie. Alors on lui dit que l'heure n'est pas aux mauvais augures de laboratoire, qu'il tombe un peu l'uniforme, bon sang d'bon sang, qu'il reprenne un peu de vin."

Autobiographies et d'abord de lui qui est passé de l'ouest niortais au fond de la Pologne, par choix, à cause de l'envie que lui a donné la douceur de sa terre d'en vivre une autre "Enfant, nous, quelque chose de non identifié ne collait pas entre le climat océanique et moi.»

venu de cet ouest

"Ainsi là-bas, à l'embouchure de la Sèvre Nortaise où se prélasse Charron. Le soleil est encore haut suspendu au-dessus de l'horizon brumeux à l'heure où, ici, au seuil de la nuit, nous entrechoquons nos verres. Tout est imprégné par des embruns salés, la plaine est grisâtre et son herbe échevelée se couche à toute vitesse en tournant le dos à la mer, comme si elle tentait éperdument de la suivre. C'est une plaine aplatie sous le vent, qui déroule sa mélancolie sans une saut d'humeur et qui vient se noyer ainsi jusque dans les gouffres de l'océan. Sans transition. On passe de l'herbe où paissent les bovins du producteur de viande à l'eau saumâtre du mytiliculteur. Puis, sans transition encore, on passe au large où croisent des navires en partance pour les antipodes, puis enfin, toujours sans transition, au ciel où tournoient inlassablement des cormorans inquiets."

à la plaine ouverte, noeud des vents, et proie de l'hiver qui bien sûr, pour les polonais, leur vient, comme tout ce qui est dur, de Russie.

"Les rus et les rivières, les étangs, les mares et les petits lacs partout disséminés sur les champs, hibernent dès lors dans l'immobilité. Les pêcheurs trouent la glace, comme Maître Renard le fit faire à Ysengrin et, de ce puis glacé où s'engouffre l'oxygène, ils sortent des silures ventrus au bout de leurs hameçons...

Parfois le ciel est anxieux, lourd et noir comme à l'orage, et, entre deux nébulosités accroupies sur la lige d'horizon ouest, le soleil baigne dans cette platitude blafarde d'un sang jaune et rouge. Beauté chagrine de ces fins de journée où le mercure n'a pas réussi à remonter plus haut que les moins dix degrés et où la lumière, congédiée en plein après-midi, en pleine adolescence, répand son agonie menstruelle sur des champs immaculés."

Il y a aussi l'Auvergne d'un fumeur de pipe, où le froid est dans les fonds, et les petites fleurs naissantes sur les sommets ronds et usés, la cour de l'école normande "sous ce climat grognon" qui a fait l'océanographe amoureux des suds, et de la plaine où il s'est établi, sous le Mont Ventoux ("Il arrive aussi qu'au-dessus des vignobles le bleu du ciel soit si brûlant qu'il en est transparent, qu'il se gondole comme le fer de la forge chauffé à blanc et battu sur l'enclume.."), le vent d'autan etc...

Il y a une certaine bonhomie dans cette fausse assemblée, il y a surtout une poésie simple, drue dans tout le texte, le goût de la terre et de ses rapports avec les hommes.

Dimanche, après-midi, profitant des rayons de soleil qui parvenaient jusqu'à moi, debout contre le mur de la cour, j'ai griffonné un paragraphe pour le convoi des glossolales, au lieu de m'occuper de ma garde-robe d'été http://leconvoidesglossolales.blogspot.com , et je reprends les deux précédents :

Assises sur assises, marqueterie de tons du blanc vieilli à l'ocre, sur laquelle brodent les zones brunes, là où la pierre s'est laissée gorger d'humidité, en rectilignes redans, contreforts, appuis, la muraille s'élance vertigineusement vers le ciel violet, irradié, et en renversant la tête pour la suivre des yeux je garde conscience, dans cet essor, de la solide pesanteur qui le crée, l'accompagne, pulse ce mouvement figé. Envolée plus solidement ancrée que je ne le suis sur mes jambes écartées.

Sur une table de marbre blanc, le couvert était ocre et rouge sombre - le rouge des carrelages du palais ; assiettes et verres étaient placés dans les coins des sets en boutis posés en biais, et cela dessinait une petite géométrie vaguement esthétique, un peu, juste un peu, surprenante, violemment colorée (mais les dessins des assiettes et du tissu, dissemblables, étaient sobres, un peu étriqués, comme un baroque à la fois avorté et desséché), qui, dans son semblant d'originalité, appliquait toutes les règles des décorateurs en vogue. Marie a surtout pensé, comme sans doute tous les convives, que c'était parfaitement inconfortable. Ils se regardaient ; des petites phrases, en léger bourdonnement, voletaient autour de la table, avec prudence, tâtonnement pour se deviner, se classer, chercher des sujets de conversation entre des hommes au visage lisse, bronzé, costume de lin de couleurs évanescentes ou classiquement blancs, chemises au col ouvert, avec, parfois des foulards qui lui ont rappelé sa jeunesse, et certains nez autoritaires, quelques rides, lui ont fait signe, lui ont donné envie de connaître leurs porteurs, de pénétrer derrière la banalité, parfois la sottise de ce qu'ils disaient – il y avait aussi, lui provenant du bout de la table, de rare incursions du violoncelle d'un complet bleu de ciel mourant, et l'homme, assis un peu en retrait, avait les yeux perdus dans le vague, et puis en face d'elle les très beaux yeux brillants d'un très jeune homme qui lui ont souri, avant de se détourner vers la blonde au beau décolleté et à la moue lasse un peu plus loin, avec la même cajolerie, qui a continué le tour de la table, passant de femme en femme. Une majorité de cheveux souples, blonds ou auburn brillant, d'épaules plus on moins rondes et très nues, quelques casques de cheveux noirs, assortis à des voix profondes, creusées par la vie et les cigarettes, des jeunesses éclatantes, ou reconstituées, quelques ingénues. Un jeune couple, très dru, très frais, campagnard, faisait des allers et retours depuis la maison, apportant des couverts noués en bouquet et de grands plats de crudités décoratives, de petits coquillages, des grands bols de sauces colorées. Elle s'est préparé à s'ennuyer.

vendredi, novembre 20, 2009

Me suis jouée, intérieurement, pour qu'elle soit imaginative, riche, complexe et débarrassée de mon incapacité à émettre note juste, une petite musique avec tout plein de friselis, bien solidement cantonnés dans leur liberté allègre, claire mais nourrie d'ombres, de matité, sur un sostenuto lumineux et mouvementé, en regardant une image de l'extérieur où je renonçais à me risquer jeudi matin.

doliprane, chocolat, et pourquoi j'aime lire Bertrand Redonnet.

Je l'avais découvert via publie.net et « Chez Bonclou » http://www.publie.net/tnc/spip.php?article107 et la présentation de François Bon

« Bertrand Redonnet est d’ouest aussi, mais vit en Pologne. Comme s’il lui avait fallu l’écart pour revenir sur les lieux en partage, ces noms dont nous sommes collectivement dépositaires.

… Ainsi, dans ce texte, le Port des Gueux dans l’île d’Oléron croise des ossements inconnus découverts en Pologne. Ainsi, Damvix, pays de Gaston Chaissac ou de mes grands-parents maternels, ou la symbolique du loup en Deux-Sèvres comme en Pologne. »

et puis j'avais goûté ce style ferme, poétique, d'une simplicité apparente, l'érudition détachée à en paraître inventée, la réflexion sans insistance sur le monde, l'attachement au passé, qui n'est pas réaction mais tri http://brigetoun.blogspot.com/search/label/bertrand%20redonnet (à la fin ou au milieu des billets)

une parenté - ou cousinage plein de curiosité, étrangère que je suis aux paysages de l'Atlantique (même si les connais, les goûte, mais sans les porter) et encore davantage à ceux des campagnes polonaises (je me découvre de plus en plus profondément, mythiquement et charnellement méditerranéenne, alors que finalement je n'y ai peu vécu et seulement dans le Var, à Alger et aux alentours et, le temps de naître et de faire quelque pas, en Corse)

En vrac :

« De lourds dictionnaires ayant été consultés derechef au détriment des minces actes notariés, on en vint à dire que l’endroit avait été travaillé jadis par deux ancêtres peu scrupuleux, l’un ayant fait reculer le bois des Essarts et l’autre, au contraire, l’ayant laissé gagner sur Les Renfermis. »

...

« Cet accent sur le n fait notre « gn.». La bourgade et sa basiliquee eussent-elles vécu sous nos climats que Kode se serait sans doute fait appeler Kodègne et que nous aurions eu bien du mal à vouloir pénétrer ses secrets patronymiques.

Mais nous sommes dans une lecture slave et To de en lituanien, signifie « Il fait jour.» Il faut dire que par l’union de Lublin, scellée en mille cinq cent quarante neuf, la Pologne et la Lituanie constituaient un seul royaume. «

Je le suis sur son blog « l'exil des mots », http://lexildesmots.hautetfort.com/ goûtant les passages repris de « le silence des chrysanthèmes », cette évocation de l'enfance et l'adolescence dans les campagnes de l'ouest, en des temps de transition entre le monde actuel et la civilisation de ma propre enfance, quelques années plus tôt, je pense, avec une netteté dénuée de nostalgie qui me baigne pourtant dans la saveur de cette époque, qu'il faut avoir vécue pour que nos corps se souviennent de la ressentir.

«Quand, fraîchement retourné et fumé, on abandonnait le potager aux pluies et aux gels, les grands migrateurs traversaient en direction du Sud le ciel en déclin, la rivière réapparaissait plus limpide et plus cristalline que jamais, les feuilles des bois prenaient leurs tenues d'adieu et les brouillards s'attardaient plus longuement sur les champs.


Le décor du grand mouvement des choses était ainsi dressé pour que la lame d'un implacable couteau s'enfonçât dans la gorge graisseuse du cochon, tranchât l'artère et fît jaillir le sang dans de larges poêles vinaigrées que des femmes remuaient énergiquement pour en interdire la coagulation. »

entremêlés de réflexion sur notre histoire, vue de Pologne et des pays de l'Est, avec des retours vers l'ouest de l'origine, d'une chronique de sa vie actuelle, et d'un regard un peu distant sur nous.

et il y eut, ces jours-ci, la lecture de « Polska B dzisiaj », http://www.publie.net/tnc/spip.php?article279 voyage en Pologne, découverte des pans d'histoire souvent cruelle qui se superposent, et nourrissent toujours les campagnes à côté de la ruée dans notre modernité consommatrice, et la vie lente dans son village perdu à l'Est du pays, où il est accueilli mais comme étrange étranger.

Les paysages et les gens, écrits sobrement, et la réflexion qui colore tout et sourt de tout. Le charme (au sens entier) et la découverte de ce que nous (je) connaissons si mal que presque pas.

« L’automne flamboie. Le jaune des bouleaux, le vert des pins et le rouge des chênes se disputent la vedette. Une huile au couteau. Une palette épaisse et si rude qu’il faut prendre du recul, sortir un peu de soi pour en goûter tout le langage. Pas comme cette aquarelle subtile de nos rivages où les vapeurs océanes diluent les couleurs et liquéfient la lumière qui ruisselle dans l’espace vide d’entre les choses, mais aussi sur ces choses elles-mêmes et sur nous-mêmes. Les paysages des bords de mer fusionnent le spectateur et le spectacle dans un même flux réfléchissant le monde.

Les paysages continentaux, eux, sont plus extérieurs, modelés par la terre et par une intelligence rustique entre les arbres. »

... »J’ai souvent dit qu’ayant marché à l’envers, d’ouest en est, je goûtais ici les charmes succulents d’un retard accumulé sans avoir eu à en souffrir les désagréments, le pays bouclé derrière le rideau de fer et fermement bâillonné, les étalages quasiment vides, juste pourvus du strict nécessaire,.. »

et, après la visite d'un haras et l'histoire de ses vicissitudes à travers les dominations, occupations, régimes :

« J’imagine l’humiliation transmise de générations en générations, nous qui n’avons pas tout pardonné des guerres de cent ans aux Anglais ! En plus, les Polonais ne sont pas comme ça. Ils sont ailleurs. Il me semble que les exigences du monde moderne ne pèsent pas lourd sur leurs épaules. Ça les rend inciviques, tricheurs impénitents, la désobéissance érigée quasiment en devoir moral. Car elle fut longtemps liée à la survie, la désobéissance. »

«J’étais sûr que oui, ça me plaisait d’en être sûr et je le regardais décliner ses phrases et ses mots nostalgiques et je me disais que l’histoire, les luttes, les trahisons, les échecs, les vérités, les morts, les prisonniers, les réussites, les idéaux, les tactiques, les alliances, les buts, les systèmes, tout ça, c’était les hasards du réel, les leurres d’un prisme déformant et que les hommes n’entendaient rien, absolument rien à la mise en scène de leur propre destin. Ils étaient des ombres. Des balbutiements. »

Il y a le calme du village, un peu rude : « L’air ce matin-là était figé à moins vingt. L’orme gigantesque sur ma gauche touchait le ciel de ses grands moignons gelés, tout ruisselants de lune. Il était quatre et demi. »

et puis de belles pages, un peu comme une peine dans une brume déserte, une peine indicible du rare visiteur, sur un trajet vers les restes du camp de Sobidor, la rencontre, dans les bois, des rails, de la gare.

Pardon, je vais d'un extrème à l'autre

samedi, septembre 20, 2008

Longuette une fois encore.
vendredi matin, après une soirée d’orage où je ne pouvais arriver à lire, à faire quoi que ce soit, revenant sans arrêt devant la porte-fenêtre pour vérifier que l’eau ne rentrait pas, à l’heure où j’essayais de me persuader qu’il fallait entrer dans la journée et faire du café, un pauvre jeune et fort postier a hissé deux paquets fort lourds. Excuses demandées, porte fermée, joie de penser qu’il’agissait de deux des étagères en bois attendues, étonnement à demi conscient devant le format, bagarre avec un carton et désespoir de constater que, même si ce n’était pas mentionné, même si leur prix par rapport aux autres rayonnages laissait penser le contraire, il s’agissait d’un kit.

Me suis assise à coté des planches, trop lourdes pour que je puisse faire plus que les pousser légèrement, ai regardé mes mains, suis tombée dans un trou. Et puis, après trois coups de téléphone, j’ai trouvé une entreprise d’insertion merveilleuse qui s’en chargera mardi matin. D’ici là je tournerai autour.
M’en suis allée, pas très flambante mais soulagée dans un air tiède et un ciel parfaitement joyeux contrairement à ce qu’annonçait la météo-internet.

Des courses relativement raisonnables, écouté les recommandations du bonhomme éternellement penché au balcon de la place de l’horloge, et n’ai rien fait, prétextant une légère tendance aux frissons et à la tête lourde.
Repris en parcours rapide, parce que j’ai aimé être dans ce texte, avant de l’archiver , « incipit » de Daniel Bourrion http://www.publie.net/tnc/spip.php?article155 (premières pages, présentations, extrait) et plus pauvrement http://brigetoun.blogspot.com/2008/09/un-dbut-dembouteillage-au-coin-de-ma.html ;repartant de la familiarité des cahiers comme j’en ai eu
« ces mauvais cahiers dont les couvertures aux couleurs criardes mal posées sur le croquis central, un chevalier sur une monture cabrée je crois, leur texture au toucher, ressemblaient un peu à la peau qu'attrapaient les vieux paysans après leurs années passées sous les caresses vives du vent, du soleil, de la pluie et, plus souvent encore, du gel qui faisait éclater dans les bois certains arbres affaiblis, fendus déjà et par les fissures desquels l'eau s'insinuait peu à peu jusqu'à en atteindre le coeur pour y attendre que des températures bien largement égatives la fassent se figer, gonfler, se gonfler jusqu'à ce qu'elle parvienne, cette eau changée en glace, à opposer sa dureté minérale à celle plus tendre du bois, puis à vaincre cette dernière en la faisant littéralement exploser…. »
Et puis au fil de ces longues phrases, l’histoire que lisent les habitants de la vallée sur ces cahiers et qui les rend incertains, d’une tristesse profonde - et cela parle de la terre, des efforts, et de la filiation, du lien (et de l’interrogation sur sa nature) avec tous ces fils disparus dans la guerre, le face à face des hommes pleins de terreurs qui la font : « …un feu ennemi soudainement déclenché par quelque sentinelle effrayée, hallucinée à son poste et ayant capté un mouvement furtif, un glissement ; s'étant dressée, les yeux écarquillés, le souffle court ; ayant lancé quelque bref avertissement puis, ne recevant pas de réponse, nul mot de passe, ayant tiré en direction de son cauchemar en provoquant aussitôt de la part de ses lignes, par le seul pouvoir de la peur transmise aux camarades, un déluge de balles, d’obus de mortiers…. »

Et puis, après avoir un peu malaxé ma glaise toujours collante et fuyante (et je pense que c’est sans espoir, sans grande envie de m’acharner d’ailleurs) retrouvé des terroirs, et leurs noms, des histoires, l’Histoire, des saveurs, des érudits locaux, de la malice, beaucoup de gourmandise, de Saintonge en bocage ou en Pologne avec « Chez Bonclou » de Bertrand Redonnet http://www.publie.net/tnc/spip.php?article107 (premières pages etc…)
Comme les échanges, autour « d’un petit rosé noueux des coteaux » sur le nom de Damvix, savantes, refusées, etc…. et puis
« un monstre, des légions défaites acculées à l’épouvante, des bagnards et des damnations. D’autres peut-être en prendraient ombrage et liraient là-haut, sur le coton instable des nuages comme de mauvais augures.
Mais la couleur de la vie ici est une aquarelle en vert et bleu humides. Elle a gardé des bords extrêmes de l’océan cette réflexion mystérieuse de la lumière qui tremble sur l’eau et cette nonchalance des paysages secrets façonnés par le lent recul des eaux… »
« la magie des mots passe le flambeau, toujours intact, loin par delà les hommes »…
« Les lire, c’est revenir sur ces pas.. »
Et là aussi une écriture souple, précise, évocatrice.
Publie-net commence à avoir un catalogue impressionnant, où la curiosité peut se donner libre cours, et pour qui craint la lecture sur écran il est toujours possible d’imprimer les textes téléchargés (même si c’est regrettable). Oh, j’y pense : je n’ai pas d’actions, et ne pense pas que quiconque en ait - ce serait plutôt de la part de l’équipe un entêtement, qui semble réussir, pour qu’advienne une autre forme d’édition.
et zut Kagel est mort

mardi, septembre 09, 2008

Soleil gai et ciel d’autant plus bleu que de légères écharpes le magnifiaient - un début de fraîcheur relative, comme un avant-gout de l’automne - un périple paresseux (diaporama encore une fois) et un petit sursaut de raison qui m’a fait différer l’achat de deux livres - trop gros, ils me faisaient prendre conscience de tout ce qui attend que je le lise. (le Pynchon et Zone)
Et, pendant la cuisson des pâtes, fière de cette résistance, commande de trois textes sur Publie-net :
Pour la langue et le thème : Daniel Bourrion « Incipit »
http://www.publie.net/tnc/spip.php?article155 (extrait, présentation, commande éventuelle)
« Ce onze novembre-là, donc, alors que nous tentions de former un groupe aussi compact que possible afin de nous protéger de la pluie et des bourrasques dont l’une venait d’emporter le béret du vieux Louis, qui demeura sans réaction à regarder son couvre-chef rouler au caniveau – ce qui, cette absence de jurons, de course malhabile derrière la galette de tissu s’éloignant, nous signalait, mais nous ne le comprîmes qu’après, le commencement de la fin du vieux, les premières manifestations de la bête qu’il portait sans le savoir dans sa tête et qui, lentement, le rongea, lui déforma le crâne, lui fit perdre ses beaux cheveux dont il s’enorgueillissait toujours, l’amena aux frontières de la parole….. «

Beinstingel « Feuilles de route, 2000-2003 » - http://www.publie.net/tnc/spip.php?article130
« Et comme à chaque fois, nous nous demandons quand Marcelle Bazar va se décider à mourir, elle qui a déjà fait graver le principal de sa vie sur sa pierre tombale. Bien sûr, les années passant, on se demande si Marcelle, au seuil des centenaires, n’est pas déjà morte et que ses proches ont tout simplement oublié la date. Ou peut-être l’a-t-on retrouvée il y a bien des années, réduite à l’état d’un parchemin, oubliée de tous au fond d’un jardin… Ou peut-être était-ce un bébé à peine né ? Marcelle Bazar déclenche notre imagination. Et finalement, la tentation est grande de résumer sa vie à un nom, une date de naissance et un tiret. Car la date de mort n’intéresse jamais le principal concerné, le seul intérêt réside dans le tiret, petit résumé de vie et qui est tout. »
Mais à vrai dire les sujets, s’agissant d ‘une « accumulation » sont par essence variés - une partie de ce qui s’élabore semaine après semaine
http://pagesperso-orange.fr/tb/beinstingel.htm (et détail infime qui me plait : lui non plus ne peut pas dire qu’il relit Proust)
Et puis :
« Mon imagination de lecteur de villages court où ont couru mes pas. Des bords de l’océan à l’autre bout du continent, d’Ouest en Est. J’ai parcouru des yeux ces villages et ces lieux-dits comme un livre écrit par des toits, des chemins, des nuages et des arbres. Tant et si bien que la lecture dépend pour beaucoup de la position du soleil dans le ciel, quotidienne ou annuelle, de la direction d’où nous venons, de ce qui nous a conduits là et du sens que nous donnons à notre voyage."
Bertrand Redonnet « chez Bonclou »
http://www.publie.net/tnc/spip.php?article107
Mais là je triche, et ce passage n’est pas dans l’extrait cité mais dans le texte reçu.

Après le déjeuner, pendant que j’enregistrais mes photos, j’entendais sur France Culture Thierry Paquot faire l’éloge de la sieste, et me suis empressée (comme à vrai dire chaque jour ou presque, je n’arrive pas à épuiser les années de sommeil en retard que j’ai emmagasinées) de m’y adonner.
Réveil très longtemps après (et je n’aurai pas fait mon tour de blogs) pour plonger avec France Culture restée en marche dans Pascal, et dériver avec l’augustinisme, et mon refus-éloignement, malgré ou contre mes dominicaines, de la solution : grâce, cette « concupiscence du bien ».
Remontant mes souvenirs, et peinant pour les transformer, corriger, accentuer, dénaturer, j’ai répondu aux « impromptus littéraires »
http://impromptus.fr/dotclear qui demandaient de s’inspirer de cette photo et de l’idée d’une odeur de pain grillée dans une cour
Mes sandales jouent avec le gravier. J’aurais peut-être du mettre des soquettes. Le soleil tiédit et le pré - non , c’est vrai, le parterre - devant la terrasse, les arbres au fond, tout se dessine plus doucement ; les couleurs naissent, se séparent.
Sur mes bras l’air est moins aigre, et pourtant je recommence à trembler un peu - ça ne se voit pas mais je tremble.
Ce sont les bruits qui sortent de l’autre porte fenêtre, plus loin, et j’imagine les tasses, la grande table, la cafetière en argent, et - oui cette odeur - j’ai un peu mal au cœur - la corbeille et les mains qui écartent une serviette pour prendre des toasts, le bruit des cuillères contre les confituriers - eux tous autour, et après les premiers grognements, peu à peu, leurs voix,et des rires, et les mots aigus qui ramènent le calme.
Pourquoi tu m’as laissée. Je sais tu m’as dit : juste pour deux jours. Mais pourquoi - je ne suis rien, là - elle le pense, la vieille femme, je crois.
Ces regards rapides, ces petites phrases. Je veux m’en aller. Non, je ne suis pas pauvre. On n’a pas une grande maison, nous, mais des amis qui en ont, et plus grandes, et plus belles. S’il faut de la splendeur … je regarde les bois - oui ils sont beaux, mais je connais la mer, là bas, au bout de l’allée entre les mimosas, en contrebas de la vraie terrasse avec ses grands arbres, pas des orangers en caisse. Ou celle de ma grand-mère, avec la galerie en travers et le jardin fou, et la pagaille le matin, et la grille et les troupeaux qui passent devant en rentrant le soir. Ne pas être ici.
Et puis la jeune femme qui est gentille, tellement, trop, qui veut que je joue avec ses enfants au lieu de lire, qui dit que je devrais courir plus vite, qui veux m’emmener à la chasse, parce que c’est elle qui est arrivée quand je vomissais hier après midi.
Non, je ne suis pas nerveuse et sotte, et trop sensible, et sauvage, mais…
Et oui, c’était beau, dans la nuit de la cour d’entrée, l’étalage de poils et de plumes et les lumières du hall et des phares qui se croisaient, jouaient dessus. Mais il y avait les abois des chiens, et les grands rires, et les grosses voix - bon, elles, j’aimais bien, elles me rappelaient papa.
Et le lendemain matin, tout ce temps, assise avec les filles de la cuisine, tirer sur les belles plumes, et la peau élastique avec les petits trous après l‘arrachage, le doux velours du duvet sur le cou, qui pend, et le bec … - et il faut faire attention de ne pas déchirer la peau autour de la balle - et l’odeur fade sur mes mains.
Je veux ne pas être ici.
J’entend que l’on demande : »mais où est la petite C ? »
« elle s’est levée très tôt, et elle était si gentille et perdue, Madame - je l’ai fait déjeuner avec nous à la cuisine »
Le souvenir des joues souriantes, de l’odeur, de la chaleur, de la grosse miche de pain. Je vous aime.
Les petites voix : « pourquoi pas nous, Berthe ? »
« vous n’auriez pas du. Sa place est ici. Ma brue nous l‘a confiée».
Je me lève, j‘ai un peu, juste un peu, honte - pauvre Maman qui se donne du mal pour me désauvager - je rentre. Un peu moins de deux jours, et les autres enfants.
Bavard, très insatisfaisant (avis partagé), m’ayant demandé beaucoup trop de temps (et l’odeur des pommes de terre commençant à carboniser dans une pauvre casserole) mais témoin de mon entêtement. Et je n’aurai rien fait sauf récurer une casserole, ni rien lu sur le web, ou si peu….