commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
Affichage des articles dont le libellé est andré breton. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est andré breton. Afficher tous les articles

lundi, novembre 14, 2022

Biscuits assortis d'un dimanche oisif

 


Ouvrir les yeux, se demander quelle est l'heure paresseusement, sans vouloir vérifier, ne pas penser « à nous deux le jour » mais « fais moi une place douce et pardonne ce que ne ferai pas »... un peu plus tard écouter sur France Culture en podcast « 1919, la rencontre entre Paul Eluard et André Breton » https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/tels-qu-en-eux-memes-paul-eluard-2eme-partie-1ere-diffusion-02-11-1969-8679640 qui reprend surtout la parole d'Eluard et fondre une fois encore devant le poète qui pratiquait bellement l'amour et l'amitié.


Chercher dans mon cher livre presque somme sur Char (« Char dans l'atelier du peintre » édition établie par Marie-Claude Char pour Quarto) auquel j'ai emprunté cette photo d'Eluard et Char dans les environs de l'Isle sur Sorgue en 1929 au temps où ils en étaient encore au Monsieur et au vouvoiement, un peu de leurs échanges... et pour en rester au début du vrai compagnonnage en 1930, relire les poèmes à quatre ou six mains de « Ralentir travaux » repris à partir de l'exemplaire d'Eluard qui a indiqué à la main quel est l'auteur de chaque morceau, choisir « le partage »

Eluard

Les belles bêtes blanches qui te mangent les joues

Les pierres impatientes qui te creusent les yeux

Ce ciel en ruine que tu montres toi la muette

Aux personnages du plafond tremblant des bruits nocturnes de la rue

Char

Ce mur d'où se détache chaque nuit ton portrait

S'écroule dans la mer que tu aimais

Les veines s'éteignent dans ta nuque

Soumise à mon regard

Breton

Le polichinelle de verre qui s'appelle l'air

Danse légèrement sur ton sein sombre.

en espérant que ce pillage me sera pardonné.. en regrettant de ne pas avoir cherché plus loin pour trouver courriers ou textes parlant de ces temps qui étaient leurs (et guère plus tendres que les nôtres)


Au reste un peu honteuse parce que j'avais projets utiles et sans doute agréables pour moi et pour d'autres mais que, égoïstement et pour de mauvaises raisons comme cheveux séchant lentement, j'en suis restée à un podcast (décidément) de FC sur Anna Politkovskaja (ne retrouve plus le lien), à une présentation à l'Ecole des Chartes du livre « Doléances – la plainte politique, voie de régulation des rapports gouvernés-gouvernants (XIIIe-XVIIIe siècle) https://youtu.be/MXftedHl4EY, à une promenade via GoogleStreet en Frise, à l'écoute tardive (même si n'utilise quasiment aucun fichier sauf la base et si, n'étant que moi, mon identité numérique me laisse passablement indifférente... quoique ai silencieusement mal réagi il y a quelque jour à l'emprunt d'une photo, en me citant mais sans m'avoir prévenue, et j'en ai eu honte, et que j'ai la faiblesse de penser que ne suis pas gênée par les publicités et ce que mettent en avant les plateformes diverses) de la vidéo de François Bon « de Twitter en particulier et des Gafam en général » https://youtu.be/HtdQ3QExwuM suivie puisqu'il semble qu'elle résultait d'un échange avec Marcello Vitali-Rosati de la lecture en touriste, parce que sais d'avance que n'aurai pas la constance nécessaire, des vingt six premiers billets qu'il a consacré au Phèdre sur son blog http://blog.sens-public.org/marcellovitalirosati/ et à une trop courte marche sous notre ciel qui semblait vouloir sortir de sa bouderie avant de s'éteindre lentement.



mercredi, décembre 21, 2011

Breton, Aragon et Doucet, quelques moments (peu et trop long)

Suis sortie pour courses élémentaires dans ma rue, ai trouvé que le temps était déjà bien trop frais et désagréable pour moi, ai décidé de profiter de mon privilège d'oisive et de mes provisions, et me suis plongée dans le livre d'Edouard Graham « les écrivains de Jacques Doucet », d'où l'envie - tant pis pour vous, pouvez sauter, et repasser demain si vous le voulez bien - de reprendre certaines des lettres en fac-similé (que ne puis arriver à photographier correctement avec mon petit appareil)... pardonnez-moi au nom du temps passé à déchiffrer, à constater que les copier directement sur l'ordinateur (il faudra tout de même que je cherche un jour un remède à l'obscurité qui règne autour de lui) c'était mission impossible, à les retranscrire de ma mauvaise écriture installée comme pouvais dans l'endroit le plus éclairé de l'antre, et à me déchiffrer ensuite.

Or donc, après l' époque de mon cher Suarès qui a introduit le début du siècle, le virage pour sortir du 19ème avec Gide, Valéry, Cendrars, Max Jacob, Reverdy, Salmon etc... l'arrivée de Breton et puis, amené par lui, d'Aragon :

« Une année de romans

(juillet 1922 – août 1923)

à Monsieur Jacques Doucet

Qui suis-je, Monsieur, que vous me demandiez avis des romans qui menèrent rumeur une année durant et que je vous réponde ? Ni élève ni professeur. Mais sans doute un être vivant puisque voici vingt-six ans que je dors, prêt à parler de tout sans légèreté, comme ces bavards qu'on rencontre dans les lieux publics, les tramways, et qui commentent avidement leur journal. Je n'ai des romans après tout qu'une idée ni très haute ni bien définie. Mais sans doute si l'on me trouve difficile, est-ce que j'ai de moi-même cette idée que je n'ai point d'eux. « ouvrage fabuleux composé d'après les plus singulières aventures de la vie des hommes », voilà le roman pour Sade, et je ne vois rien à y redire, ni à y ajouter. Il n'est pas de mon naturel de discuter de la nature des choses. On a tenu pour une grande invention humaine cette forme de fiction, dont le développement récent en Europe a donné tout à coup une activité fiévreuse aux écrivains de métier. Il ne m'appartient ni de la dépriser, ni de la défendre. Dans tout ce que je lis, l'instinct me porte trop vivement à rechercher l'auteur, et à le trouver ; à l'envisager écrivant, à écouter ce qu'il dit, non ce qu'il conte ; parce qu'en définitive je trouve infimes les distinctions que l'on fait entre les genres littéraires, poésie, roman, philosophie, maximes, tout m'est également parole. Habitués à ces distinctions nos contemporains sont déroutés par tout ce qui y déroge, mais les écoliers de l'avenir, baillant aux mouches, n'imagineront qu'avec peine et par respect de leurs maîtres qu'on classe dans deux casiers différents Vauvenargue, et La Terre (?) par exemple. Ils y verront une subtilité pédagogique, de laquelle ils riront entre eux.

On comprendra que je sois insensible aux petites révolutions, aux petites modes qui naissent au cours d'une année de succès de telle forme romanesque. On a vu pendant ces derniers lustres ce que c'était aujourd'hui que le succès. Pierre Benoit et Louis Hémon. Il me faudrait bien de la perversité pour m'attarder à de pareils cas. Mais quels étaient à tout prendre à la fin de l'été 1922, les antécédents immédiats du roman français ? Depuis le roman symboliste, qui naît avec Huysmans et meurt avec Gide, que s'était-il produit ? D'abord les naturalistes avaient fait de nouvelles recrues et en 1022, le grand succès qui fut aussi le grand scandale aller à La Garçonne de Victor Margueritte, roman bien décrié, mais que j'estime (un mot caviardé).... »

Aragon recruté au début de 1922, après l'abandon de ses études de médecine - « Je n'avais pas de quoi manger quand André Breton a persuadé son patron de m'engager » (« Aragon parle avec Dominique Arban » Seghers 1968) – comme bibliothécaire et conseiller littéraire, commentant, et critiquant souvent, les manuscrit et lettres achetés par Jacques Doucet (Cocteau : « Figurez-vous que Mr. Doucet commande à L.Aragon des préfaces ordurières et les fait relier avec nos manuscrits qu'il achète » - lettre datée de Chantilly 6 février 1923 vendue chez Sotheby's en mai 2011). Doucet qui soutient, commande parfois ses oeuvres, aide les revues de Breton et Aragon - le rappel de leurs rapports, échanges, etc... est assez passionnant.

Cela finit par la rupture, à l'initiative d'Aragon semble-t-il, en 1927, et à une lettre de onze feuillets

« … Vous me demandiez un papier exposant l'état du surréalisme, de ceux qui le composent, des dissidents, des raisons des dissidences et des exclusions. Tous ces mots sous diverses réserves de ma part. Et simplement, parce que cela pur vous est naturel, vous ajoutiez : sans y mêler la politique. Eh bien, tel est aujourd'hui mon état d'esprit, que, sous peine d'un assez malhonnête petit jeu de cache-cache, cet exposé soumis à une telle restriction se réduirait à une page blanche.. » (et là Brigetoun repense à la grande exposition organisée à Pompidou en 2002)

… « La position que j'ai prise politiquement, et que ce texte vous interdit désormais d'ignorer vous rend sans doute ma fréquentation impossible, impossible l'utilisation de mes facultés pour l'enrichissement de votre bibliothèque qui m'apparaît aujourd'hui comme une chose absolument insensée puisqu'elle ne contient ni Babeuf, ni Blanqui, ni Marx, ni Engels, ni Lénine, ni Trosky, etc. et leur préfère n'importe quelle anodine insanité littéraire parue dans ces dernières années. » joli "oubli" de la part qu'il a prise à la constitution de ladite bibliothèque.

Et voilà que moi qui, vertueusement, voulait me limiter à Aragon et Breton, et à une faible partie de ce qui les concerne, je réalise que trop longue étais sur le premier.

Tout de même dire que plus riche et complète fût la relation avec André Breton.. et puis ne pas résister à cette sage écriture et, tant pis, ajouter ce début d'une lettre, au début de leurs relations :

Mardi 4 janvier 1921

Monsieur,

« vos lettres peuvent me faire moralement un grand bien. Je suis trop touché de l'intérêt que vous me témoignez (après tant de déceptions sans doute) pour ne pas vous dire deux fois merci. J'éprouve le désir de me livrer à vous ; vous verrez un jour que je suis bien incapable de calcul et qu'en vous écrivant comme je le fais je ne me borne pas à exécuter un traité. J'ai oublié de vous dire que j'avais près vingt-cinq ans (quatre ans et demie de guerre comme brancardier, puis comme médecin auxiliaire).

C'est à Nantes où, au début de l'année 1916, j'étais mobilisé comme interne au centre de neurologie, que (rature) je fis la connaissance de Jacques Vaché. Il se trouvait en traitement de l'hôpital de la rue du Boccage (pas certaine de ma lecture) pour une blessure au mollet. D'un an plus âgé que moi, c'était un jeune-homme aux cheveux roux, très élégant, qui avait suivi les cours de M. Luc-Olivier Merson à l'école des Beaux-Arts... » et il exprime sa dette envers Vaché.

Et puis, parce qu'il ne s'est pas borné au rôle de conseiller littéraire, une lettre, sur papier à en tête de La Révolution Surréaliste :

Paris le 12 décembre 1924

Cher Monsieur

« auriez-vous le moindre doute sur le jugement que je porte sur « les Demoiselles d'Avignon » ? cela me paraît impossible, après mes précédentes déclarations. Mais je comprends qu'il vous paraisse désirable de voir fixer par écrit la place à laquelle ce tableau a droit dans toute l'histoire artistique moderne. Sans lui, je vous l'ai dit maintes fois, il n'est, à mon sens, aucun moyen de représenter aujourd'hui l'état de notre civilisation sous cet angle particulier, et cet angle est de ceux que l'on peut le moins négliger. Tout en accordant d'une façon générale, la prééminence aux recherches poétiques quand il s'agit de déterminer les directions d'une époque, je ne puis m'empêcher de voir dans « Les Demoiselles d'Avignon » l'événement capital du début du XX° siècle. Voilà la tableau qu'on promènerait, comme autrefois la Vierge de Cimabue, à travers les rues de notre capitale, si le scepticisme ne l'emportait pas.... »

lettre par laquelle il persuada Doucet d'acheter le tableau, comme « le bocal de poissons » de Matisse, des Derain, etc....... ce qu'il ne pût obtenir pour le rouleau manuscrit des « 120 journées de Sodome ».

Pardon imploré.

Pendant que je le dédaignais ainsi, le temps s'est amélioré... j'espère qu'il maintiendra son effort aujourd'hui.