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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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jeudi, février 13, 2014

Ceux dont on dit qu'ils sont les autres – notes indigestes, en lisant... - pour moi


N'étais pas en moi, aujourd'hui, ou l'étais trop.. n'étais pas apte à lire ou écrire, ou n'ai pu lire vraiment qu'un livre un peu mince ou une énorme plaquette de la Cimade migrations – état des lieux 2012 http://www.lacimade.org/publications/59 image Jean Larive/La Cimade
alors, paresseusement, ou presque, en lisant, comme un exercice pour me fixer, en donner le squelette, prendre les titres et sous-titres, les chiffres, laisser la chair, le texte, la réflexion, en espérant que d'autres voudront aller y voir - c'est plus nourri, balancé, que vous le penseriez... mais garder les quelques récits témoignages.
Bien entendu, il s'agit de la politique européenne, mais s'ajoutaient, s'ajoutent ?, les conditions de mise en oeuvre dans notre pays.
et ceci va être long, beaucoup trop long,.. et parfois un peu obscur.. à vous de décider 

1 – quand l'Europe cadenasse ses frontières
image Sara Prestianni
chiffres en 2010
60% des migrations internationales sont des migrations du sud vers le sud
3% des Africains vivent en dehors de leur pays de naissance et 1% seulement en Europe
plus de 2 000 personnes ont disparu en Méditerranée selon le HCR entre février et spetembre 2011
17 317 personnes sont mortes aux frontières de l'Europe depuis 1998 selon Fortress Europe. Ce chiffre ne comprend que les cas relatés par la presse
254% c'est l'augmentation du budget de Frontex entre 2007 et 2011
13 accords de réadmission ont été sinés par l'UE au 1er mars 2011
l'externalisation du contrôle des frontières sud de l'Europe
  1. externalisation du contrôle des frontières et violation des droits – le droit n'est pas un obstacle lorsqu'il s'agit d'endiguer les départs vers l'Europe – l'émigration illégale, un non-sens juridique
  2. l'iniquité des accords de réadmission – l'aide au développement est conditionnée à la mise en oeuvre de la politique migratoire européenne – la politique européenne de gestion des flux migratoires s'appuie sur des régimes autoritaires
  3. Frontex : une agence de coopération aux responsabilités floues – le respect du principe de non-refoulement n'est pas garanti lors des opérations Frontex
  4. la nouvelle donne des révolutions arabes – tout en saluant la révolution, l'Europe s'est inquiétée des «risques migratoires»

J'ai vingt ans. Je suis né en Afghanistan. J'étais militaire dans mon pays. À plusieurs reprises, j'ai été menacé par les Talibans, j'ai donc décidé de partir. J'ai payé 4000 dollars en échange de la garantie d'arriver jusqu'à Athènes. De là, nous devions rencontrer quelqu'un qui nous aurait aidé à passer vers d'autres pays, en payant plus. D'Afghanistan je suis allé au Pakistan et puis en Iran. De là, j'ai essayé la traversée en Turquie. On devait marcher à pied dans les montagnes. Il neigeait. Pendant la traversée ils nous ont pris tout notre argent. En Turquie nous dormions dans la rue, ou nous ne dormions pas du tout. Nous avons essayé de rejoindre la Grèce en passant la frontière de la région d'Evros, nous avons dû passer la rivière sur un tout petit bateau. Nous étions 28 dessus. Nous sommes arrivés en Grèce et nous avons été enfermés dans un centre de rétention pas loin de la frontière. Maintenant nous sommes sortis. Il nous reste à passer la frontière la plus difficile, celle avec l'Italie, sous les camions qui entrent dans les grands bateaux. 

2 – l'accueil des demandeurs d'asile en crise
image Rafaël Flichman/La Cimade
chiffres clés 2010
le nombre des demandeurs d'asile (52 762) a augmenté de 60% depuis 2007 mais reste inférieur à celui de 2001
près de 40% des demandeurs d'asile n'ont pas accès à la procédure normale de demande d'asile
24% de l'ensemble des demandes d'asile en 2011 sont traitées en procédure prioritaire ce qui représente une augmentation de 15% par rapport à 2009
35 000 demandeurs d'asile sont sur liste d'attente d'un CADA, dont 13 022 qui sont hébergés dans le cadre du dispositif d'urgence
25% des demandeurs d'asile accèdent à un centre d'accueil (CADA)
5 mois c'est le délai moyen d'instruction de la demande d'asile
  1. une hausse relative de la demande d'asile
  2. l'OFPRA et la CNDA sous pression – en Outre-mer une procédure d'asile au rabais
  3. régionalisation de la procédure d'asile : des préfectures de plus en plus inaccessibles
  4. l'absence de statut des «Dublinés» - la procédure de Dublin II prévoit que, sous réserve de motifs familiaux, l'Etat qui laisse entrer un étranger sur le territoire européen ou celui où il a déjà déposé une demande d'asile est celui qui doit examiner cette demande – la procédure peut durer jusqu'à 23 mois
  5. procédure prioritaire, une procédure dérogatoire qui se banalise – permet d'expulser plus rapidement les demandeurs d'asile – rallonger la liste des pays d'origine sûrs un outil pour réduire la demande d'asile – hausse des demandes d'asile qualifiées de frauduleuses – un phénomène nouveau, les empreintes dites inexploitables - vers un recours suspensif dans les procédures prioritaires ?
  6. un dispositif d'accueil asphyxié – les associations comme ultime recours

Avec 123 autres migrants kurdes de Syrie, Omer Chairgo a débarqué avec sa famille sur une plage de Bonifacio, en Corse le 2 janvier 2010. Enfermés en dehors de toute légalité dans un gymnase, ils ont ensuite tous été transférés vers des centres de rétention administrative éparpillés sur le territoire français. Pourtant ils avaient le droit de déposer une demande d'asile et d'être admis au séjour au lieu d'être considérés immédiatement comme des fraudeurs. Cet enfermement.. et les conditions dans lesquelles il a eu lieu a été jugé abusif et tous les juges des libertés et de la détention saisis ont libérés les 123 migrants (81 adultes et 42 enfants). Comme la moitié d'entre eux, Omer Chairgo a déposé dans les semaine suivantes une demande d'asile, appuyé par la Cimade. Cependant, l'Ofpra a rejeté le dossier de sa famille au motif que des précisions manquaient dans son récit. Le 7 décembre 2011 pourtant, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) leur a reconnu le statut de réfugié, le rapporteur de la CNDA considérant le militantisme de Chairgo établi et ses déclarations précises. En Syrie en effet, Omer Chairgo, comme de nombreux Kurdes, est «ajani» (apatride). Militant politique, il a souffert de nombreuses persécutions et a été incarcéré à de multiples reprises. Sur les 48 Kurdes ayant déposé une demande d'asile, la grande majorité ont obtenu des statuts de réfugié. 

3 – entrée et séjour des étrangers : dissuasion à tous les étages
image Vali/La Cimade
Chiffres clés 2010
43,98% c'est le taux de refus de visa à Alger en 2009, il était de 1,6% à Saint Petersbourg
193 401 titres de séjour ont été délivrés en 2009
40,6% des affaires enregistrées devant les Cours administratives d'appel relèvent du contentieux des étrangers
les demandes de visa ont chuté de 16% entre 2003 et 2009
-6% c'est la baisse du nombre de titres de séjour délivrés pour motif professionnel en 2009
  1. les visas sous tutelle du ministère de l'Intérieur – une procédure opaque, la moitié des recours entraîne la délivrance des visas – les consulats: gares-frontières au pouvoir grandissant, les consulats décident de plus en plus qui peut ou non s'établir en France – les pratiques des consulats ont indéniablement une incidence sur le développement des filières d'immigration illégale
  2. précariser et humilier ou comment réduire l'immigration légale – passage obligé par les tribunaux, le dialogue avec l'administration dans une phase amiable a été définitivement enterré – une réforme qui peine à protéger les femmes étrangères victimes de violences – les pratiques indignes des préfectures, à Marseille ou Créteil, saisir le juge pour accéder au guichet – vers la fin du droit au séjour des étrangers malades ?

Arrivée en France pour s'installer et vivre avec son mari, Khadija a subi de très graves violences conjugales et familiales. Elle parvient, après plusieurs mois de séquestration, à joindre ses parents au Maroc qui saisissent les policiers, ces derniers se déplacent au domicile conjugal et libèrent Khadija qui porte plainte. Séquestrée, elle n'a pu se rendre à la convocation de l'Office Français de l'immigration et de l'intégration pour faire tamponner son passeport et son visa valant carte de séjour temporaire. Du coup, Khalifa se bat depuis un an pour régulariser sa situation... la préfecture exige la production d'une ordonnance de protection. Or, Khalifa est mise à l'abri dans une structure spécialisée et n'a plus de contacts avec son mari depuis plusieurs mois. Sans urgence ni nécessité de mise à l'abri, sa situation ne relève pas d'une mesure d'ordonnance de protection. De plus, une disposition rappelle que les personnes arrivées sur le territoire munies d'un visa de long séjour et qui sont victimes de violences conjugales avant la délivrance de leur première carte bénéficient de plein droit d'une carte de séjour. La préfecture méconnait donc doublement la loi. Son mari, quant à lui, n'est toujours pas inquiété.

4 – les étrangers «criminalisés», enfermés et expulsés
image Bertrand Gaudillère
Chiffres clés 2010
74 000 étrangers ont été placés en garde à vue pour infraction à la législation sur l'entrée et le séjour
60 000 personnes ont été placées en rétention
356 enfants ont été enfermés en Centre de rétention en métropole – on estimeque 6 400 enfants ont été expulsés depuis Mayotte
45 jours c'est la durée maximale de la rétention – elle était de 32 jours avant l'été 2011 et de 7 jours avant 1998
10,5 jours c'est la durée moyenne de la rétention
28 000 personnes ont été expulsées depuis la métropole, le quota est fixé à 30 000 pour 2011
30% des expulsés en métropole sont citoyens européens, Roms pour la plupart. Ils ont le droit de revenir en France
35 000 migrants ont été expulsés depuis l'Outre-mer – 26 000 expulsions depuis le département de Mayotte
1970 c'est le nombre de places en centre de rétention. 1000 en 2005.
  1. derrière les chiffres, une politique répressive absurde – 30% des expulsions correspondent à des retours volontaires forcés – l'Outre-mer, terres d'exception
  2. une nouvelle loi pour relancer la machine à expulser, la liberté de circulation dans l'espace Schengen remise en cause – le printemps arabe prétexte pour des contrôles aux frontières – la politique française contraire à la directive «retour», - toujours plus d'enfants enfermés – une nouvelle loi répressive, l'interdiction de retour véritable bannissement des étrangers et étrangères – la société civile écartée des Centres de rétention

Fuyant l'Angola, Guilherme Hauka Azanga est arrivé en France en 2002. Sa demande d'asile a été rejetée, ainsi que ses successives demandes de régularisation par le travail. Bien qu'en situation irrégulière, ce père de deux enfants français, vivant avec leur mère, congolaise en situation régulière, travaillait et payait ses impots. C'est si long que je résume : arrestation chez lui le 18 janvier 2010 - centre de rétention - refus d'être expulsé d'où deux mois de prison - à la sortie mis dans un avion mais à Francfort le pilote refuse de décoller avec un homme menotté à bord – retour France et centre de rétention - libéré par le juge des libertés – 5 jours plus tard interpellé avec violence chez lui – transfert à Paris en avion gouvernemental (car de CRS et hélicoptère mobilisés) – doit être expulsé vers l'Angola par un vol d'Air France mais le pilote refuse (Guilherme est bâillonné et ligoté, ne peut ni s'asseoir ni se tenir debout) – le lendemain on prévoit un vol militaire jusqu'à Lisbonne mais le survol de l'espace portugais est refusé – la préfecture renonce devant l'impossibilité matérielle de faire procéder à la reconduite à la frontière de Monsieur Hauka Azanga. Il a bénéficié de mobilisations de voisins et parents d'élèves. Il n'a toujours pas de papier, et la facture est de 100 000 euros.


5 – un vivre ensemble menacé
image Vandy Rattana
chiffres clés 2010
5 260 000 immigrés vivaient en France en 2008, ce chiffre inclut les étrangers naturalisés. Cela représente 8,4% de la population française
143 275 naturalisations ont été accordées en 2010 contre 108 303 en 2009
5,3 millions de postes de travail sont interdits aux étrangers résidant légalement en France
le budget 2011 pour la mission «immigration, asile et intégration» est de 72 millions pour l'intégration et l'accès à la nationalité française et de 90 millions pour la lutte contre l'immigration irrégulière
101 355 contrats d'accueil et d'intégration ont été signés en 2010 contre 97 736 en 2009
24 068 se sont vus prescrire une formation en français
  1. un foisonnement de discours décomplexés, et les Français d'origine étrangère sont réduits à leur seule origine
  2. être français, ça se mérite ! - décentralisation de la procédure de naturalisation : vers un traitement inéquitable des demandes – la langue française devenue outil de sélection, la nationalité est pensée comme une récompense sanctionnant des épreuves réussies
  3. le travail, vecteur d'intégration et pourtant... - des communautaires discriminés dans l'accès au travail, les ressortissants roumains et bulgares citoyens européens de seconde zone – les emplois réservés, une préférence nationale injustifiée, les étrangers exclus d'un emploi sur cinq – des travailleurs intégrés mais sans papiers

Je suis arrivé en France en 2001. Depuis, je paie mes impôts, je travaille, dans les chantiers, le nettoyage, j'ai été vendeur, aide-plombier, j'ai tout fait, vraiment. Maintenant j'ai un CDI, je travaille dans une petite entreprise de bâtiment. J'ai enfin obtenu un titre de séjour il y a 2 ans. Avant, je travaillais avec des cartes d'amis. Je me suis fait arrêter six fois dans le métro ou sur les quais de gare. Deux fois, j'ai été enfermé en centre de rétention après une garde-à-vue. Et puis en 2007, j'ai vu à la télé qu'il y avait une nouvelle loi pour les travailleurs. Mais mon dossier a été refusé. J'ai été arrêté de nouveau, ils n'ont pas pu m'expulser mais j'ai été licencié. Finalement j'ai trouvé un autre CDI, j'étais toujours sans papier....et puis j'ai eu de la chance, la dame au guichet de la préfecture était gentille. Voilà, j'ai eu ma carte de séjour. Je peux commencer à vivre.

Et Brigetoun, dans la nuit, se dit que ceci est parfaitement indigeste, espère que personne ne se risquera à le lire puisque, malgré l'hésitation qui prenait force, de plus en plus grande,  au fil de sa frappe, elle le met tout de même sur Paumée, mais comme un geste gratuit..

mardi, octobre 22, 2013

Marcher dans la ville pour ses petites affaires, revenir à nos magnifiques lois et agissements (longuissime)

Après avoir suivi l'indignation soulevée par le cas de la jeune kosovar, renouvelée ce matin par la maladresse ordinaire de notre Président, et la grogne des députés qui mettent tout le dépit que certains ont de devoir assumer l'action, et surtout les discours, de Valls, au service de leur amertume après les votes des lois sur l'organisation du travail et les retraites (ce qui, entre autres, désespérera un peu plus, fera un peu plus le jeu des extrémistes ou de l'abstention ce qui revient au même), m'en suis allée dans la ville vers le teinturier, vers la pharmacie pour le vaccin anti-grippe, soit me suis occupée de ma petite personne.
Rencontrant l'automne et le nettoyage des platanes, rencontrant quelques trouées bleues dans le morne ciel blanc, trouées qui ont fui mon appareil, timides qu'elles étaient, rencontrant les tables que l'on préparait pour les buveurs encore absents sauf en effigie, les verres abandonnés, et la mise en place des petits commerces de la place (et semant les images rapportées, de façon passablement incongrue, comme ponctuation de ce qui suit)

Et, un peu effarée par l'impression que beaucoup découvrent le sort réservé en France aux sans papiers et déboutés du droit d'asile, j'ai feuilleté en rentrant, après m'être, encore une fois en priorité, shame, occupée de prendre rendez-vous pour carcasse mienne, trois bouquins, une revue, et j'en reste à un picorage dans les témoignages recueillis dans les 262 pages de chroniques de rétention 2008-2010 de la Cimade, un peu au hasard, sans effleurer le droit d'asile ou le droit des étrangers, même si, bien entendu, dans ces cas, il ne s'agit pas uniquement d'enfants scolarisés.
(pour l'état du droit, sans perdre trop de temps en recherche, des renseignements peuvent être trouvés, déjà, sur les premiers sites auxquels j'ai pensé :
de la Cimade http://www.lacimade.org/ et sur le droit d'asile (ce que le père a tenté de faire jouer, en mentant – poussé par la nécessité) http://www.lacimade.org/poles/defense-des-droits/rubriques/2-droit-d-asile- et pour le droit des étrangers, si on a le temps circuler dans le site, les documents et rapports des Nations Unis et autres
et bien sûr il y a aussi celui du RESF http://www.educationsansfrontieres.org/)


Un matin donc, à l'ombre de ses peurs et chagrins, le jeune adolescent de 12 ans, maintenu en rétention avec son père et sa mère, écrivait (au préfet)
«Je m'appelle Kasoïan Timour, je suis né le 24 novembre 1994. Je vais à l'école, je suis en 6°B, je joue au football. Un jour, les policiers sont venus me chercher chez moi avec ma mère, ils nous ont ramené à la frontière de Mont-Saint-Martin. J'y suis restée une journée avec ma mère. Après, ils nous ont ramenés au centre de rétention, moi, ma mère, mon père. À l'entrée, ils nous ont pris en photos, nous ont fait signer des papiers. Là-bas, je joue au baby-foot, aux échecs. On était resté deux journées, et mon père est devenu fou, il n'arrive pas à supporter la rétention. Alors, il a essayé de se suicider, mais ma mère est arrivée à temps, elle a appelé les policiers... Et maintenant j'ai peur, j'ai envie d'aller à l'école, je m'ennuie là-bas tout seul avec les grands. J'ai 12 ans, j'en ai déjà vu de toutes les couleurs. Je suis parmi les grands, j'en ai marre. Je ne sais même pas où il est mon frère. Alors, monsieur le préfet, laissez-nous encore une chance, s'il vous plaît.
Je vous remercie.
Kasoïan Timour» (et tant pis s'il n'est pas dans les meilleurs élèves) – Kécheri Doumbia.

Eliane est arrivée en France il y a cinq ans, avec son passeport et un visa, régulièrement donc. Elle travaille comme femme de ménage pour différents employeurs et fait parvenir l'argent qu'elle gagne à sa famille, restée aux Philippines. Elle n'a jamais sollicité de titres de séjour. (ce qui la met en faute, sans qu'elle en soit forcément consciente)

elle a été renversée par une voiture et conduite à l'hôpital Sainte-Marguerite de Marseille. C'est suite à cet accident que les policiers, soi-disant venus pour enregistrer son témoignage, l'ont interpellée à l'hôpital et placée en garde-à-vue le soir même. La préfecture des Bouches-du-Rhône lui a notifié un arrêté de reconduite à la frontière et l'a placée au centre de rétention administrative du Canet... Sophie Dru


Mme Ngoma (65 ans, en France depuis 2001 pour soigner son diabète dont son père est mort au Congo, suivie par les services sociaux d'une petite ville de l'Eure où elle est hébergée en hôtel par le 115) n'y entend pas grand-chose aux histoires de papiers. Elle a des certificats médicaux, qui montrent qu'elle ne peut pas repartir dans son pays, car elle ne pourrait avoir accès aux soins qui lui sont nécessaires. C'est avec ces éléments que l'assistante sociale l'aide à faire une demande de titre de séjour à la préfecture. Elle obtient alors une première autorisation de séjour de trois mois, puis une autre. Ce papier là, elle le sait, est précieux, alors elle ne manque jamais un rendez-vous de renouvellement, jusqu'au rendez-vous du 3 avril 2008. L'employée du guichet lui notifie un refus de délivrance de titre de séjour accompagné d'une obligation de quitter le territoire français. Mme Ngoma signe, signe tout sans trop comprendre, y compris la feuille où l'on mentionne le retour volontaire au Congo. Elle n'est pas d'accord pour repartir, mais elle signe, elle veut montrer sa bonne volonté, envers et contre l'obstination de la dame du guichet, à qui elle offre un napperon au crochet qu'elle a confectionné.

Le 9 juin 2008 est le jour où elle revient en préfecture faire renouveler son autorisation provisoire de séjour. Interpellée au guichet de la préfecture, elle est ensuite placée au centre de rétention administrative de Rouen-Oissel...Isabelle Robin


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Un peu plus loin, une fillette, sourire aux lèvres, pédale à toute allure cramponnée à son vélo.
Je regagne le bureau de la Cimade. Elle y est déjà venue... on lui a tout expliqué. Le JLD (juge de la détention), la demande de réexamen de la demande d'asile, le consulat. Malgré tout, poussée par les parents, elle nous raconte leur histoire. Et dans un français enfantin mais impeccable, annonce que son «papa a tué deux hommes en Albanie».
Est-elle consciente de ce qu'elle dit ? Ou n'est-ce qu'une énième explication qu'on lui dicte ? J'ai peine à ne pas réagir au fardeau bien trop lourd imposé à cette fillette.
J'ai peine à ne pas réagir à la lâcheté confortable de chacun. Parler de tout ça avec une fillette de 8 ans par commodité ?
Peu importe. Dans quelques jours, plus besoin d'interprète. La petite-fille et ses parents s'envoleront pour l'Albanie – Henri Graindart.

Abdelkader Ammar Khoja est à nouveau en rétention. Il y avait déjà fait trois séjours, infructueux, puisque la préfecture n'avait pas réussi à le renvoyer dans son pays. «Normal», dit-il, puisque son pays, depuis vingt-neuf ans, c'est la France. Comment considérer autrement ce pays où il est arrivé à l'âge de 9 mois, où il a passé toute sa vie, où ses parents et son grand-frère ont été naturalisés, où sont nés des six soeurs et son dernier petit-frère ? Même ses oncles et ses tantes sont français, et ses grands-parents sont décédés et enterrés ici, eux aussi français. Lui aussi aurait dû le devenir.
Mais à 16 ans il commet «l'irréparable», comme il dit. Un face à face qui tourne mal, parce lorsqu'on traîne dans la rue, avec des grands, on n'a ni l'habitude de se laisser faire ni celle de demander de l'aide... N'ayant pas eu l'intention de tuer, il aurait préféré que l'on retienne les coups et blessures ayant entraîné la mort. Huit ans ferme. Il ne rejette la faute sur personne, il assume...
Bénéficiant de remises de peine, il aurait pu même sortir encore plus tôt, s'il avait accepté une «libération conditionnelle expulsion». Expulsion ? Pourquoi ? Le juge n'a pourtant pas prononcé d'interdiction du territoire français. Mais ce n'est pas le juge devant lequel il aurait pu se défendre, c'est le ministère de l'Intérieur (en 2010) qui prend cette décision. La commission d'expulsion émet un avis défavorable à son expulsion. Malgré cela, Abdelkader se verra notifier un arrêté ministériel d'expulsion, deux ans avant sa sortie... - Annette Huraux

Ceux qui arrivent dans votre bureau d'un pas rapide et décidé, et qui vous disent :
- Madame,je veux écrire à Nicolas Sarkozy, je suis compagnon d'Emaüs et j'ai fait l'Afghanistan.
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Ceux qui abattent leur contact RESF ou CGT comme un as sur la table. Ceux qui pleurent. Leurs épaules se redressent quand on leur dit qu'ils sortiront le lendemain parce qu'il y a un vice de procédure.
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Il y a les tox foutus, les engagés politiques, les pères de famille, les étudiants, les sortants de prison. Ceux qui se la pètent parce qu'ils ont un super-avocat qu'ils payent super cher et qui leur a juré à 100% qu'il les ferait sortir.
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Ceux qui viennent discuter de l'histoire des relations entre le Mali et la Côte d'Ivoire avec vous, dans le bureau, quand vous avez un peu de temps. Ceux qui sont protrés. Ceux qui ont été tabassés.
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Il y a ceux dont on se dit, pendant qu'ils vous racontent comment leurs femmes ont été coupées en rondelles par les rebelles
«Purée, qu'il est beau ce mec».... Eve Chrétien
Alors, bien entendu, les lois doivent être respectées, et ne peuvent être modifiées que dans le cadre de ce que l'Europe prévoit, espace Schengen oblige (mais encore faudrait-il le tenter), alors bien entendu une circulaire a tenté de mettre fin aux différences entre les préfectures pour les conditions de régularisation (mais de façon restrictive), alors bien entendu il est difficile, presque impossible, de démontrer, sans braquer, la stupidité, onéreuse de surcroît, de cette politique, et il ne saurait être question de se permettre de sembler faire la morale... mais pourquoi faut-il que le gouvernement batte, semble-t-il, les records de reconduite à la frontière ?
Ne me reste qu'à présenter mes excuses aux éventuels lecteurs, c'était juste pour avoir l'illusion de faire quelque chose.

lundi, décembre 05, 2011

Incursion au domaine de la rétention

Dimanche matin, air doux, ciel hésitant à dominante gris doux boursouflé s'effilochant par endroits sur du bleu non moins doux.

Me suis contentée d'un petit raid utilitaire dans mon quartier (limité puisque tout ou presque était fermé), remettant à plus tard la recherche d'un tube pour ma salle de bains, tube que je regarderai sans avoir dans mes mains la force nécessaire pour ôter le cache et le mettre en place, et suis rentrée dans cette mollesse un peu morose vers cuisine, lavage de cheveux, assoupissement... prolongé, trop, un peu de ménage, contemplation de l'argenterie à faire etc...

La lumière, le bleu pur, se sont installés en suivant mon repli.

Sur fond de « vie parisienne » débitée par France Musique, reprends des bribes du livre qui a accompagné mes dernières soirées, en partage-alternance avec « le dépaysement » de Jean-Christophe Bailly, :

« la Cimade – chroniques de rétention - 1008-2010 », suite de témoignages d'intervenants de la Cimade, écrits dans des styles divers, du plus retenu à une imitation pas très maîtrisée du langage parlé, expliquant leur métier, car c'en est bien un et qui demande ténacité, désir chevillé d'enrayer un système ubuesque et inhumain, connaissances juridiques pour faire respecter la loi extrêmement évolutive et tirer parti des négligences, dédains trop nets de la légalité, commis par l'administration.., attention parfois à des êtres pour lesquels la sympathie n'est pas aisée, ou pas possible, souplesse, empathie réfrénée pour tenir le coup et être efficace, et capacité de résister aux doutes quand ils prennent conscience de passer parfois aux yeux des retenus, au premier contact pour un rouage de la machine absurde qui les broient, et de ce qu'il y a de juste là-dedans, qu'annule la bouffée de plaisir quand une libération est obtenue.

Des bribes pour que nous ayons conscience de ce qui se fait en notre nom. Des bribes, un peu au hasard, qui, dans cette masse, ne reprennent pas les cas les plus terrifiants, ou grotesques, ni la violence quand elle se fait physique parce que faisant l'objet de récits trop détaillés et donc trop longs. Et je les mets ainsi, en tas, sans ordre, pour donner un peu l'impression oppressante venant de ces quatre vingt dix récits ou réflexions (si j'ai bien compté).

« Une indifférence totale à ma tentative de résoudre le problème par la voie gracieuse. Une indifférence totale à la loi qui protège de l'expulsion les enfants entrés en France avant l'âge de quinze ans. »

« .. assise en face de lui, c'est plutôt moi qui ai envie de m'excuser ; je suis bien au delà de la révolte, j'ai honte. Sa troisième nuit en France, et alors qu'il est demandeur d'asile, Wahid la passe au centre de rétention administrative de Vincennes. Je ne le sais pas encore, mais il ne le quittera que pour repartir en Afghanistan. »

« M. Kouyaté est libre, mais il a l'obligation de quitter la France. Cette petite phrase que le juge judiciaire lui a dite, il ne l'a pas entendue. M. Kouyaté est libre jusqu'à la prochaine fois. »

« Mais ils ne sont pas fous. Ils savent qu'il s'agit là de traitements inacceptables, ils savent que la mission qui leur est confiée est d'une incongruité flagrante, et plus ils savent, plus ils gonflent des ballons, plus ils font sauter des enfants sur leurs genoux, plus ils distribuent des bonbons, plus ils se pâment devant les jolis minois enfermés tout en regrettant – dans le verbe du moins – qu'il en soit ainsi. »

« Elle devait avoir des arguments convaincants de droit, puisque le TA (Tribunal Administratif) accordera une suite favorable à sa requête et annulera l'arrêté préfectoral de reconduite à la frontière pris trois jours plus tôt. Mais c'était trop tard. La préfecture l'avait déjà reconduite en Bulgarie, en violation incontestable, une fois de plus, d'une disposition légale. »

« Un gendarme s'approche, frappe à la porte du bureau de la Cimade et demande : « C'est le PV n°2430 qui est avec vous ? ».... Il ne s'adresse pas directement au « retenu » pour lui demander son nom, bien qu'il soit en face de lui ; il me demande si je suis en entretien avec un numéro de PV. «

« Sous la pression de la Cour européenne des droits de l'homme, de nombreux États européens ont officiellement suspendus la reconduite des Tamouls au Sri Lanka. En 2007, la CEDH a demandé à la France de suspendre ces reconduites. Paris n'en a pas tenu compte. Invariablement, les préfectures placent en rétention les Tamouls qui sont déboutés de l'asile, et les juges confirment leur maintien en rétention. Ils sont présentés à leur consulat qui délivre immédiatement un laissez-passer. Nous saisissons alors la CEDH qui prononce la suspension de la reconduite pour risque de traitement inhumain et dégradant. »

« À ce même moment, à Rouen, la Cimade reçoit une dame originaire de Guinée, arrêtée par la police à l'aéroport, alors qu'elle s'apprêtait à prendre un avion pour rentrer dans son pays d'origine. …. Sans doute que l'on préférait d'abord la priver un peu de liberté, puis l'expulser, pour pouvoir, sur les listes du ministère, inscrire son nom dans la case « expulsés »et, ainsi, grossir le chiffre de fin d'année. »

« La cellule d'isolement. Une pièce de quelques mètres carrés sans fenêtre. Les murs peints en bleu très clair, une pâleur d'univers hospitalier. Pas de lit, mais un rectangle de béton ne faisant qu'un avec le sol, recouvert d'un fin crépi, sur lequel un matelas est maladroitement jeté. Dans un coin, un lavabo de forme ovale est suspendu au mur. En face, des toilettes à la turque en acier de médiocre facture. »

« Il est marocain mais ne peut pas le prouver. Né dans un petit village, aucun document d'état civil n'a pu être établi. Le consulat algérien en France le reconnaît comme étant algérien : mais l'Algérie le condamne pour un fait commis pas sa propre ambassade en France. Ubu n'aurait pas fait mieux ! M. Benhia est la balle de ping-pong, la patate chaude que se renvoient la France et l'Algérie depuis plus de trois ans. »

« Ceux qui ont été traducteurs officiels de la préfecture au tribunal et qui se retrouvent devant le même tribunal pour leur propre expulsion.

Ceux qui n'ont personne à appeler pour prévenir qu'ils sont enfermés. Ceux qui ont marché des milliers de kilomètres et qui sont en France depuis à peine quelques jours. Il y a des ingénieurs, des vendeurs de pneus,. Des ouvriers, des sociologues, des fils de président. Des Circassiens. Il y a ceux qui sont en danger, en tristesse ou en colère. Ceux qui sont en perplexité. Ceux qui trouvent qu'on ne fait rien pour eux.... »

Livre édité chez Actes-sud – Solin, disponible sur le site de la Cimade http://www.cimade.org/publications?category=publications+de+partenaires