« Mon cueur est devenu hermite
En l'ermitaige de Pensée;
Car Fortune la tres despite
Qui l'a hay mainte journée,
S'est nouvellement aliée,
Contre lui, avecques Tristesse,
Et l'ont banny hors de liesse:
Place n'a où puis demeurer,
Fors ou bois de Merencolic.
Il est content de s'y logier
Si lui dis je que c'est folie.... »
Par ma foi, Monseigneur, trop triste suis en vous entendant -
Vous prie, bien humblement, de nous bailler, à vous et donc à moi vous suivant, consolations
« Haa, Doulx penser, jamais je ne pourroyc
Vous desservir les biens que me donnez,
Car, quant Ennuy mon povre cueur gerroye,
Par fortune, comme bien le savez,
Toutes les foiz qu'amener me voulez
Ung souvenir de ma belle maistresse
Tantost Doleur, Desplaisir et Tristesse
S'en vont fuiant; ilz n'osent demourer,
Ne se trouver en vostre compaignie
Mais se meurent de courrous et d'envie,
Quant il vous plaist d'ainsi me conforter...... »
Sourire nous vient, tremblant et enfantelet, comme le petit soleil du printemps. Taisons nous et allons nous en balant, nous ferons parures de feuilles.
(vrai que là nous aurions du mal)
Me suis un peu promenée dans les poèmes de Charles d'Orléans, dans l'après-midi de vendredi,

avant de monter - en tentant de garder mon derrière en place, en bas d'un dos presque droit, me hissant sans trop le montrer en guise de gymnastique et j'étais pantelante en haut -
vers le Petit Palais, pour écouter une conférence de Jacqueline Cerquiglini-Toulet, sur un contemporain (au moins en sa fin de vie) de sa transformation, Charles d'Orléans, intitulée « À l'école de la mélancolie : quand un prince devient poète »,
Un agréable moment, qui nécessitait sans doute en sa rapidité, sa densité, son fourmillement de références aux contemporains mêlées de citations, de s'être un peu immergée dans l'oeuvre, même légèrement, pour en tirer vraiment plaisir, sauf sans doute pour les membres du colloque en cours à l'Université d'Avignon, (être poète au temps de Charles d'Orléans).
Je ronronnais

et puis suis revenue, un peu branlante - il me faut prendre chair et forces – picorer encore un peu, plus loin, à l'école de Merancolie, tout nument, en nonchaloir, réveil sommeilleux, ne bien ne mal.
Car tout m'est un – et il n'est si beau jeu qu'il ne cesse – en foi de quoi me suis occupée de ma cuisine....
Mais pourtant, reste vrai :
« De Vieillesse porte livrée
Qu'elle m'a puis ung temps donnée,
Quoy que soit contre mon desir,
Mais maugré myen le fault souffrir,
Quant par Nature est ordonnée.... »
Il suffit, puisque :
«C'est folie de trop parler
De ce que ne puis amender, »
alors si
« Je vous sans, et congnois venir,
Ennuyeuse Merencolie,
Mamteffoiz, quant je ne vueil mye,..
il n'est pas vrai que « L'uys de mon cueur vous fault ouvrir... »
si vous ne vous parez de douceur tendre.
Allez en paix


