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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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jeudi, décembre 13, 2012

Décembre


 C'est décembre et twitter se couvre de neige
C'est décembre et twitter dit glagla au petit matin
C'est décembre et Brigetoun, en longue chemise de nuit et gros chandail, au saut du lit, plaint les twittos, tremble et frissonne, va s'installer au dessus du radiateur qui tente de réchauffer l'antre
C'est décembre et Brigetoun, ronronnant après longue douche brûlante, bien blottie dans la parka détestée, capuche relevée, mangeant cheveux retroussés et fausse fourrure ébouriffée, mains gantées pour la première fois, prend le ciel dans les yeux, son bleu lumineux où flottent quelques candides et légers nuages.
C'est décembre et les pigeons qui n'ont pas encore disparu aux lieux mystérieux où se cachent en hiver, cherchent chaleur sur les corniches et toits de Saint Agricol, mais se dissimulent derrière le squelette du micocoulier quand Brigetoun tente de les capturer, mains maladroites dans ses gants.

C'est décembre et le mur des halles commence à se lamenter.
C'est décembre, Brigetoun hiberne, vit dans l'attente du printemps, trouve dans un convoi des glossolales une allusion à autre hiver http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/

C'était un jour de neige fondue sous grésil. C'était être bloquée à l'entrée de l'allée bien lisse qui conduit au portique rouge, à la Cité de la Musique, au concert tant désiré. C'était être arrivée jusque là, franchis les pavés gelés, la terre fangeuse redurcie, les escaliers en tous sens, les couloirs des lignes de métro, avec mon genou plâtré et mes deux cannes. C'était avancer une canne, la sentir glisser, c'était tenter un pied avec telle appréhension qu'il dérapait. C'était être l'image du désespoir, avec conviction. C'étaient les deux pompiers de service, grands fermes et forts, se chargeant de porter la paumée et les cannes. C'était ressortir dans la nuit, les oreilles et le cœur plein de musique. C'était franchir sans encombre tous les obstacles. C'était me souvenir de mon instabilité et me casser la figure sur le quai du métro.

samedi, décembre 01, 2012

Vrai ou faux souvenir, pour jour d'absence à soi


C'était, dans le salon des grands-parents un grand-oncle qui me trouvait une ressemblance avec la femme morose en robe puce et petit chignon, visage ovale classiquement penché dans l'ovale découpé au centre du lourd cadre rectangulaire de bois doré. C'était ma mère dans la petite lettre-legs, ou le club des soeurs et le frère , je ne sais plus, me l'attribuant. C'était l'aimer par une sympathie mélancolique, avec un peu d'ennui et un petit recul devant son insignifiance comparée aux photos radieuses de sa fille ou belle-fille, mon arrière grand-mère, et le charme et l'assurance de la généalogie de femmes qui me précédait. C'était, un mois après le second deuil, le rendez-vous avec une entreprise de déménagement conseillée par le garde-meuble où j'avais retenu un petit emplacement, pour libérer l'appartement, et avoir temps et énergie de tenter de faire place dans mon petit taudis. C'était embarquer avec les déménageurs dans le camion où ils avaient chargé le tableau, un petit carton contenant quelques assiettes à dessert aux roses pâles doucement ridicules que j'avais offertes à ma mère, deux dessins d'un ancêtre dont j'aime la mini révolte et le talent, une grande bibliothèque et la jolie petite table volante aux longs pieds, belle copie du début 19ème d'un type Louis XVI, qui m'était vieille amie. C'était la gentillesse bavarde des deux bonshommes, le long périple fait avec eux pour des livraisons avant d'arriver devant le grand hangar de ciment. C'était être à coté de moi, à côté du monde, hors de toute réalité, dans une lassitude neutre. C'était signer des papiers en leur laissant le soin de ranger mon dépôt. C'était fermer devant eux le verrou, après un coup d'oeil rapide buttant sur le chêne noir de la bibliothèque. C'était revenir avec eux un peu plus d'un mois plus tard pour le transfert final. C'était le choc incrédule en constatant l'absence du cadre et de la table. C'était comprendre qu'un diable avait sans doute été soigneusement laissé hors de ma vue. C'était leur tranquille déni et mon incapacité à sentir autre chose que ma culpabilité. C'était le tenancier des lieux me disant que son assurance ne paierait rien puisque c'était à moi de vérifier la présence des meubles et objets lors de la fermeture, et puis me moquer de l'argent. C'était ne pas avoir le choix, monter dans le camion où le reste avait été chargé, remercier les deux bonshommes du mal qu'ils s'étaient donné pour hisser la bibliothèque par mon petit escalier. C'était prévenir les soeurs. C'était leur réprobation et leur pardon. C'était me refuser tout pardon, et regretter ce visage bien plus que je n'aurais aimé le trouver tous les jours sur le chemin de mon regard.

Ce fut un petit matin de grondement de l'air derrière les volets bleus, ce fut l'idée du froid plus que sa réalité, ce furent quelques pas à peu près lucides sur internet, une accalmie, les volets ouverts, un petit frisson, une lumière qui pensait venir et le balancement lent du roseau, se rendormir.
Ce fut se réveiller à nouveau, fort tard, renoncer aux halles, un petit tour utile dans le quartier, se rabattre sur imitations de ce que voulais et revenir, yeux pleurant en grande humidité pour la première fois de l'année, le ciel pur sans violence, les branches mouvantes, secouées de brusque frénésie parfois, ce fut l'antre, une remontée rapide de ce qui s'était posé sur twitter, ce fut une journée un peu à côté de soi, lucide, assez, mais non engagée dans cette lucidité, sauf éclairs d'acquiescement à ce que lisais, ce fut un essai d'élagage de mon vase sans forme ni idée, ce fut reprendre un vrai ou faux souvenir qui s'était risqué sur un ancien convoi des glossolales, http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/ et que j'hésitais jusque là à rendre évident.

dimanche, novembre 11, 2012

Ce serait – vrais ou faux souvenirs


Ce serait, samedi matin, sortir dans la cour, pieds nus sur les dalles mouillées, cheveux lavés gouttant entre pull et peau, pour aller voir, précautionneusement, sans exigence, où en sont les efforts de la petite fleur miraculeuse qui tente, première en quatre ans de production forcenée de feuilles, qui ose tenter, un peu folle, de venir à l'existence, et ne pas oser regarder les cinq autres boutons résolument fermés sur leurs promesses.

Ce serait cueillir une partie des dommages de la dure pluie tambourinant l'entrée de la nuit.
Ce serait frissonner un peu, rentrer, mettre du café froid sur la crispation de carcasse, sur le vide du crâne qui recule devant tout effort de mots, qui ne veut croire en soi.
Ce serait chercher traces de neige dans la pagaille de mes photos, et reprendre un vrai ou faux souvenir, piètre paragraphe mais qui existe, qui a fait partie d'un convoi des glossolales, http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/, juste pour savoir qu'il a existé, tel qu'il est (mais le retoucher tout de même un peu)

C'était, à Ivry, dans la cour de l'usine, les pieds dans la neige tassée et sale de la cour, à côté du camion, voir les deux hommes sortir des paquets, lire l'étiquette décrivant l'intérieur, décider, ou tenter de répartir les cadeaux entre les enfants du personnel, à l'usine, dans les ateliers et chantiers de province, à l'aide d'une liste de noms. C'était pester quand aucun âge n'était mentionné, pour les sexes se baser sur les prénoms... mais il y a des prénoms androgynes, comme Claude et ceux en ique qui font la nique (pardon). C'était les têtes qui se penchaient un instant aux fenêtres au dessus de nous, c'était une petite joie, une respiration. C'étaient deux voitures passant le portail, c'était la patronne lançant une plaisanterie et demandant, entre sourire et fermeté, que je me dépêche parce que suis nécessaire. C'étaient, dans la seconde voiture, les deux commerciaux de province rescapés de la dernière charrette. C'était parler un instant avec eux, c'était flottant en moi petite rancune en pensant aux deux éliminés que j'avais reçus, fait attendre en les laissant parler de leur ville, pour rien, les agaçant peut-être un peu, juste pour les détendre. C'était la boite prenant poids, rachetant, gardant les ouvriers et les intérimaires le cas échéant mais ne pouvant conserver deux commerciaux dans chaque région. C'était des hommes installés, ou qui le croyaient, avec petite maison, voitures, enfants. C'était ne pas oser se plaindre de trouver cela pesant. C'était finalement ne plus pouvoir et démissionner. En attendant monter dans les bureaux pour la réunion, pour passer non pas les petits gâteaux mais presque, en fait surtout les dossiers et documents. C'était chercher du boulot.

dimanche, octobre 28, 2012

C'était – vrais faux souvenirs - suite


C'était un anniversaire quelconque, un regroupement partiel chez les parents. C'était les aimer tous, et être contente d'être là dans la chaleur du clan... mais c'était un de ces jours où le discors entre ce qui rodait en soi était trop étranger, trop loin de cet univers. C'était éviter d'écouter, pour éviter de contredire. C'était regarder, derrière la petite table chargée de bouteilles et de verres, la bibliothèque basse, son bois blond, les vitres et panneaux entre les deux colonnes, la perfection des proportions sages qui parlaient Restauration, c'était retrouver sa présence dans le bureau du grand père, le divan qui vous accueillait pour un temps, les lectures nocturnes de livres tacitement déconseillés. C'était, sur le marbre, l'éventail déployé du livre chinois et la succession de sages, leurs costumes et attitudes subtilement variés, l'habitude de les regarder un à un dans les longues heures d'ennui, dans un des petits fauteuils de l'appartement parisien. C'était, devant leurs robes raffinées, le bois fruste, la vitre cassée, l'aiguille éternellement tombée à côté de l'axe, la boussole prise sur une jonque arraisonnée. C'était se lever, la prendre, vérifier que depuis longtemps plus personne ne pensait à mettre un grain de riz pour le maquoui. C'était ne pas penser que cela devait nous porter malheur.

C'était trouver sur une page d'album quatre photos, une sépia et trois glacées et brillantes par delà les ans, quatre fois la fierté de ses grands-parents, moustache fière et robes de satin noir : les trois fils, en costume marin en leur enfance, et puis apparition, sur l'un après l'autre, de l'uniforme d'officier de marine (sauf pour lui mon père, méconnaissable en grand lycéen boudeur sur la dernière.. il en manque une) et sourire avec un petit attendrissement, que je n'aurais jamais osé devant le patriarche quand j'étais petite gamine et qu'il était dieu tout puissant, en jubilant de la satisfaction de celui qui était né dans le petit logement qu'occupait dans l'arsenal la famille de son père, charpentier de marine.

Suis sans confiance en ces jours en moi, mon crâne et mes mots – reprends deux paragraphes embarqués sur des convois des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/ qui, même un peu retapés, ne me satisfont guère. Inch allah

samedi, octobre 20, 2012

vrais faux souvenirs - suite


C'était à la fin du premier mois d'école, c'était s'entasser à l'arrière d'une traction, une de celles dont les anciens se servaient pour transporter les châssis, c'était cet éternel effort pour ne pas montrer son effarement de pensionnaire transplantée, c'était la jubilation qui montait, c'était les chants idiots beuglés, c'était la mélodie de certaines chansons empruntées aux carabins, c'était découvrir la beauté du tracé de cette étrangeté, l'autoroute, c'était contourner la cité universitaire, c'était le bras autour des épaules qui forçait à se pencher dans les virages, c'était Orly, les voitures qui se vidaient, c'était le grand massier sélectionnant la plus jolie des cinq nouvelles, et bien entendu ne pas être désignée, c'était la fanfare regroupée, c'était le pompier et d'autres airs, la fille et l'énorme gerbe, c'était notre irruption dans l'aérogare, c'était chercher le responsable, c'était une délégation, fanfare, fille, anciens, remettant à une hôtesse de l'air notre bouquet pour le mariage de Farah Diba, c'était rentrer, retrouver l'atelier et l'un des trois bourets de l'illustre ancienne.
Encore un de ces jours où me sens inapte à mettre trois idées et deux mots à la suite, alors, parce qu'il existe, quel qu'il soit, je reprends un paragraphe d'un convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/

samedi, octobre 13, 2012

Un jour de plus, encore – et vrais-faux souvenir


Suis tombée du lit à l'aube pour me laver les cheveux, me débarrasser de la lotion tueuse des sales petites bêtes que, je l'avoue, j'ai ramassées quelque part, pour ratisser lentement et avec force, une troisième fois, ce qui fut chevelure abondante, me dire que j'en ai fini, et ne plus en être tellement sûre avec le jour qui avance, gagner la bataille de la plomberie, sourire à l'automne qui colore un peu ma cour, et stupidement me rendormir un chouya.

Ai émergé une demi-heure plus tard, vidée, et j'ai cheminé au long du jour, âme presque en paix, tremblement des os et des paupières, jambes juste assez fermes pour promener aspirateur et serpillière, creux froid en moi, douce béance, intelligence de pigeon, ce qui n'est pas grand chose, qu'ils me pardonnent.
Récupéré juste un peu d'yeux et esprit pour goûter, extrêmement, ma promenade avec Nathanaël Gobenceaux à travers ses courtes incursions dans 46 villes, bourgs et autres lieux l'un des deux très brefs publiés ce vendredi, comme chaque semaine, dans la collection à tout tout bon marché de Publie/net ouvrez http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506909/46-villes-bourgs-autres-lieux - quelques lignes, souvenirs marquants : une ou deux notations dignes d'un guide, des détails, la façon dont ils l'ont vécu cette ville (car ce sont presque toujours voyages à deux, le deux variant), les plaisirs cueillis, la quotidienneté – et chaque fois une ambiance, avec en écho intérieur, pour le lecteur, des souvenirs autres en contrepoint ou à l'unisson, avec petit infléchissement –
Comme nous discutions, la nuit s’installait discrètement, lorsque nous sortîmes c’est le long d’un quai sombre que j’allais pour rejoindre ma voiture, accompagné de quelques lumières de boutiques et des reflets lumineux de l’autre rive, se reflétant dans l’eau de la rivière.(Chinon)
un grand charme dont je ne saurais dire à quoi il tient

et puis repris un paragraphe, un c'était.. (même si rituellement chaque fois que je le fais les stats de paumée s'effondrent, moi j'aime bien) d'un convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/
C'était accompagner le vieux jardinier pour ouvrir, lorsque c'était son tour, la vanne sur le petit canal du quartier, qui venait de se remplir d'eau. C'était le suivre le long du circuit, et avoir le droit de relever la petite cloison métallique qui permettait de donner l'eau aux laitues, à un autre carré, ou de remplir le caniveau du jardin de fleurs. C'était voir la petite rigole de ciment se transformer avec un léger murmure en ruban de vie. C'était, derrière son dos, faire flotter une brindille et la suivre en gambadant dans le soleil.
Photo, qui ne correspond pas tout à fait à mon souvenir, d'une rigole dans un jardin andalou http://www.capvert14.fr/post/2009/07/21/Retour-aux-sources

mercredi, octobre 10, 2012

C'était, vrais faux souvenirs - 3 – et musique


C'était, en la déplaçant légèrement pour prendre un livre, vouloir que ma main ignore que le contact de la naïade aux beaux seins ronds n'était pas comme cela aurait dû l'être celui de l'ivoire ou de la corne, ou c'était s'amuser de cette imitation presque parfaite, juste un peu ridicule, comme lorsque je l'avais offerte à mon père comme un petit gag, un aveu de mon incapacité à faire mieux, mais un tribu rendu à notre goût partagé pour les ouvrages de gaillard d'avant, les petits cuivres d’accastillage, les chansons à hisser ou virer gueulées, merveilleusement faux pour moi et les soeurs en soutien du baryton dont il était fier sans trop le dire. Souvenir partagé du sous-sol de la villa de La Pérouse, des rayons sur le mur à côté du Coq posé sur ses cales, souvenir de cette boutique lambrissée dans laquelle nous étions descendus à Nantes, de la pénombre, des odeurs de toile, de cordage et de goudron, souvenir de tout ce à quoi il n'avait renoncé que tardivement, petit signe pour l'accueillir dans sa chambre bureau, avec la carte de la rade d'Alger et ses lignes de minuscules chiffres, lorsqu'il revenait de ses promenade le long de l'écluse.
Reprise d'un paragraphe d'un convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/ pour continuer les vrais et faux souvenirs.

Ce jour, ce fût le plaisir d'un concert dans la belle chapelle de l'Oratoire, musique de la renaissance exécutée par Stefan Temmingh (fondateur de La Follia), flûte à bec, et Axel Wolf, jeunes, plutôt beaux, assurément musiciens de haut talent

Ai cherché, entre deux petites corvées (je les ronge lentement mais sûrement) et l'coute de ce qui se passait à l'assemblée, des renseignements basiques (grâces rendues à Wikipedia) sur les compositeurs au programme, tel qu'indiqués sur le petit livret de l'opéra :
Ortiz (de Tolède à Naples, musicien au service du duc d'Albes, maître de la chapelle royale de Naples, auteur de deux recueils publiés en 1553 et 1565)
- reccuerda tercera 3 – en ouverture – luth et flûte se répondent – douceur, chaleur et ptofondeur du luth avec une impression de résonance
- et riccerdada primera et segunda, après l'air de De Rippe – charme, raffinement, imagination
De Rippe (luthiste de François 1er) – son clair de la flûte, sans stridence, mais juste avant de perdre sa rondeur parfois. Il se penche en avant parfois en tournant légèrement, puis la flûte remonte, en cercle presque parfait.
- douce mémoire – une chanson adaptée pour le luth, rêveuse et douce
Dowland (l'un des quatre plus célèbres, même moi je connais – Angleterre, of course)
- lachrimae et gaillard to lacrimae – musique de poète, sobre et ornée avec délicatesse – le flûtiste change d'instrument d'une pièce à l'autre, et plaisir des variations de timbre, presque de nature du son. (une grande, de bois presque noir, douceur de caramel) 

Johaness Schop (allemand, 17ème siècle, violoniste et compositeur – Hambourg)
- lachrimae pavan – danse de cour -
De Selma y Salavaerde (né à Cuenca, musicien à la cour d'Innsbruck)
- canson terza a soprano solo – passages lents ou rapides, virtuosité grande et diversité, et grand plaisir –
Jacob Van Eyck (né à Utecht, aveugle, carillonneur de la cathédrale, organiste, flûtiste et compositeur)
- wat zalmen op den Avond doe – virtuosité extrême, mais joie non moins grande, la flûte et le public jubilaient

un entracte un peu long, une méditation devant les flûtes, un grand désir d'avoir une explication, de connaître leur nom... mais le musicien était dans la sacristie, ne suis pas sure qu'il parle français, et nous étions assez nombreux (une bonne partie du tout petit public) à les contempler, avec des mains qui nous démangeaient

Reviennent avec, pour le flûtiste, un instrument très clair et encore plus long que celui posé sur la chaise, pour jouer :
- greedeeves air anonyme et qui sonne connu
et puis, le luth seul pour
- une passacaglia d'Alessandro Piccinini (ne connaissais guère que le nom – italien on s'en doute – luthiste et théorbiste à cheval sur siècles) – répétition, et douce mélancolie
Marin Marais (célèbre avec ou sans Quignard)
- les folies d'Espagne – danse solennelle un temps, puis gambade
Corelli (partage avec Dowland la célébrité universelle)
- sonate n°10 en fa majeur – un prélude, des danses rythmées, une grande richesse, une musique joyeuse, une petite note triomphante de la flûte pour conclure

Après les applaudissements, nous avons eu droit à un bis, une musique charmante, un Noël si j'ai bien entendu (mais je n'ai pas compris le nom du compositeur).
Un grand plaisir, et puis comme la chapelle est assez petite et n'était pas, loin de là, pleine, une agréable impression d'intimité (mondaine)
Un retour, les basses de la musique de mes voisins (dépaysant, mais ce n'était pas très fort)
J'ai trouvé, dans l'après midi aussi, une vidéo des deux musiciens jouant Lachrimae Pavaen de Johaness Schop qui figurait au programme et que n'avais jamais entendu, comme la presque totalité des musiques écoutées

dimanche, octobre 07, 2012

Samedi matin par les rues – et vrais faux souvenirs


M'en suis allée, sous un ciel qui semblait opter avec une certitude éternelle, au moins, cela était évident, pour le bleu lumineux, avec quelques petits nuages flottants, dans un air d'une douceur tendre.

Ai rencontré un embryon d'arbre installé, au dessus du sol, entre pierre et descente d'eau, accompagné d'une petite fleur jaune, niant l'idée d'automne

Ai rencontré un arbre qui affichait l'automne avec coquetterie, se parant de quelques bouquets jaunes comme de noeuds de rubans pour fêter la lumière

Ai rencontré des pleurotes avec leur aspect de minable inexistence, des lactaires, de toutes petites girolles brunes et des cèpes que j'ai pris en photo, pour le goût que j'aurais eu pour eux s'ils ne m'étaient interdits, et j'ai rempli un couffin de bintjes, de petites pommes de terre de la Drôme, de courgettes qui viennent un peu trop tard, d'une tranche de potiron, de petites tomates noires pour des sauces parfumées, d'un reblochon, d'un pavé de morue, d'un bidon d'huile du moulin, d'un dos de cabillaud, d'une aile de raie et du programme du parcours de l'art, un couffin et un grand sac.

Suis rentrée dans douce lumière, ai vaqué, déjeuné pendant que des nuages, venus dont ne sait où, colonisaient lentement le ciel, ai fait avec conviction un programme pour donner à ma penderie et mes tiroirs leurs occupants d'automne et d'hiver et ranger, trier, jeter les restes de l'été, et me suis enfoncée, satisfaite, dans une longue sieste dont j'ai émergé trop tard pour que me vienne idée autre que thé et lecture.
Le ciel était couvert d'une haute nuée d'un gris doux. Il faut que l'entrée dans l'automne s'éternise, suis pas prête.
Et reprends, parce que l'avais ressorti le matin, puisque ne devais pas avoir temps pour Paumée, un paragraphe d'un convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/

C'était avoir aimé se promener les dimanches après-midi à la limite des 6ème et 7ème arrondissements, remettre les pieds dans ses chemins d'élève architecte fugueuse, quand le trajet entre le 17ème des grands parents et l'école du boulevard Raspail se faisait à pied et prenait toute la journée, c'était avoir marché en regardant le haut des immeubles, l'irruption des toits sur les façades, et les cariatides et tympans, c'était se souvenir du rez-de-chaussée de l'aile du Louvre le long de la Seine et de la nymphe de Fontainebleau, c'était avoir retrouvé, en s'installant dans cette ville de fin de vie, au bord du Rhône, les petites rues, les porches et les façades noblement ornées, c'était aimer, sous les mascarons grotesques de l'hôtel de Crillon, une femme couchée, presque offerte, entre ville et fleuve, c'était rêver très vaguement, en dérive imprécise, aux métamorphoses d'Ovide, et aux dernières fraises plissées du temps d'Henri de Navarre. 

dimanche, septembre 30, 2012

C'était.... (vrais et faux souvenirs)


C'était aimer la solidité du bras du grand-père, le plaisir de l'avoir un instant à soi, mais c'était aimer beaucoup moins la rudesse du drap kaki contre le rebondi de ses mollets – c'était préférer le coton de la chemise de Mahmadou, et puis lui il avait le temps de parler et de jouer – c'était trouver aussi qu'il faudrait qu'il se dépêche un peu, le bonhomme en civil, qui parlait beaucoup, qui exigeait un sourire, qui n'en finissait pas de regarder dans son gros appareil. C'était attendre avec impatience d'être reposée au sol, de pouvoir cueillir d'autres brins d'herbe, entre les aiguilles de pin, à côté de la grande place en terre. C'était sentir la main du grand père qui chatouillait un peu, pour avoir le sourire demandé, c'était aimer bien ça mais baisser un peu la tête pour bloquer ce sourire qu'il était beaucoup plus amusant de refuser.

C'était rencontrer sur un déballage à même le sol de la place du marché, une jambe dans une petite valise en carton, les fesses blotties dans un boutis froissé, un baigneur en celluloïd – se dire en celluloïd, s'étonner pourtant d'une épaisseur qui ajoutait à son souvenir un sentiment de solidité et de quasi richesse – c'était repenser mécaniquement, comme les rares fois où elle se retrouvait en présence d'un de ces corps joliment potelés, d'une de ces têtes rondes aux cheveux sculptés, au jouet de son enfance, assez grand pour qu'elle puisse à peine le tenir dans ses bras au début - et peut être était-ce la raison pour laquelle elle n'avait jamais eu pour lui l'embryon du sentiment maternel que l'on attend d'une petite fille – qui lui avait appris le vague plaisir de la propriété, comme ses chaussures ou sa place au tour de la table familiale, qui lui avait appris surtout l'échange d'amour entre sa mère qui l'avait donné, comme le nom puisqu'elle, elle ne s'en souciait pas – et d'ailleurs elle l'a oublié – qui lui tricotait chaque année, ou cousait, un vêtement, entre sa mère donc et elle qui remerciait, souriait pour faire plaisir, heureuse de plaire ainsi et de répondre à la générosité maternelle, avant de retourner aux jeux inventés avec les petits.
Deux paragraphes dans la suite dégénérée de la lecture de l'Autobiographie des objets de François Bon, détachés de convois des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/

mercredi, septembre 26, 2012

Petite ambulation dans mon quartier – pour en finir avec les matins


petit vent, juste pour mettre légère aigreur dans la température d'été en déclin refusé, nuages tirant vers le sombre, grumeleux, avec flèche de lumière dégageant un coin de bleu, fluctuant devant mes pas,

alternant avec l'azur sans violence où nagent de petits nuages, temps hésitant, mêlé comme mon humeur.
Courgettes et petits toasts, retoucheuse pour amputer pantalon, le mettre à ma petite échelle, puisque j'ai de plus en plus de mal à enfiler une aiguille et renâcle devant le peu que savais faire : ourlet et bouton, et puis monter vers la place, acheter journal local et boites de cigares -

recevoir l'appel angoissé de cette femme oubliée dans maison barrée, la regarder placidement en allumant cigare, hésiter à demander assistance, enfin pas vraiment, penser lâchement que cette détresse est peut-être jouée, saisir son regard, se demander si ce n'est pas plutôt nous, l'extérieur, qui l'affolons, lui tourner dos et redescendre vers l'antre -
vaquer, cuisiner, se nourrir, lire un peu mais sans arriver à entrer dans ce qui est là et que j'aime je crois, se débarrasser des deux derniers paragraphes matinaux qui m'énervent, restes d'une série avortée pour les convois des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/ , série qui m'a valu ce jugement sévère qui me paralyse et me fait prendre conscience de la futilité qu'il y a à publier sur Paumée ma médiocrité... tourner page

Ce matin là, le ciel était d'une pureté transparente, la rosée perlait encore les herbes près de la porte de la cuisine, le soleil montait, l'air gardait un peu de piquant et ils se sont assis avec leurs tartines sur les marches du seuil pendant que la Mariette lavait à grande eau et forts coups de serpillière le carrelage, pressée de se faire belle pour le mariage de son cousin.

Ce matin là, il ne restait plus que les jumelles et le petit dernier, les aînés étaient partis en pension - joyeux sourires et discrètes caresses des yeux sur le jardin, et un peu sur les visages. Ce matin là, Sylvette avait traîné en se levant et sa soeur et la Mariette la bombardaient d'ordres, de grouille-toi, qui lui faisaient renverser le café, mettre son pied droit dans le soulier gauche. Ce matin là, quand elles sont enfin parties à l'école, Jacques a reniflé, mis trois doigts dans sa bouche, a réfléchi, est sorti, jambes maladroites ruant plus qu'elles ne déroulaient leur pas, s'est laissé tomber dans les herbes près de la cuisine, a crié quelque chose qui ressemblait au nom du chien, et une poule est venue picorer entre ses pieds grassouillets.

lundi, septembre 10, 2012

Ce matin là (3)


Ce matin là, comme la Mariette était partie passer trois jours chez sa soeur, ils ont décidé de préparer le petit-déjeuner... le lait n'a pas débordé, Pierre a calé la boule contre lui et coupé un tas de tranches, mais pas lui, les doigts des petites sont restés en suspens au dessus de la confiture, ils ont discuté de la disposition des bols pour que les couleurs fassent joli, ajouté un bouquet des pâquerettes du chemin, les parents sont restés sagement sans se manifester dans leur chambre sans trop d'impatience, souriant avec un rien de nervosité, et l'aînée a mis les cuillères de café au fond de la cafetière ce qui s'est révélé non adéquat.

Ce matin là, pendant qu'ils étaient le nez dans leurs bols ou se disputaient en silence le pot de miel, leur mère leur dit «bonne nouvelle : votre tante Mathilde et ses enfants viennent déjeuner», et après un moment de silence et de regards coulés de l'un à l'autre, «ne montrez pas trop votre joie», et puis «regardez moi», et puis «je compte sur vous», et puis à l'aînée «toi tu restes là et tu veilles sur eux», et puis aux jumeaux «je ne veux pas vous voir filer dans votre chambre» et à tous «vous verrez, ça va être une très belle journée» et puis «souriez», et puis «je ne veux pas voir ces sourires entendus»

une belle dame de Titou parce qu'elle est charmante, n'est-il-pas, (disons que ce pourrait être la tante) et quelle est rime décalée de la tasse. (http://www.titouvergier.com/)
Deux convois paresseusement décrochés de convois des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr

Suis si déconnectée de la vie hors connexion - et bétassou en même temps - que ce dimanche fut végétatif, et que j'ai réalisé à six heures du soir que, depuis samedi, il y avait fête médiévale aux Carmes.

samedi, septembre 01, 2012

Ce matin là - 2


Ce matin là, ils ne purent se mettre d'accord, les suggestions de leur mère tombèrent dans l'indifférence, leur père n'en fit aucune, il y eu litige pour la possession du bol à l'oiseau bleu, quelques grands gestes de bras, une danse du pot de miel, et chacun s'en alla de son côté.

Ce matin là, comme il pleuvait interminablement, pour toujours, l'aînée a décidé qu'ils joueraient au théâtre, a distribué des rôles malgré controverses chougnardes ou doucereuses, a décidé d'une histoire qu'ils ont détruite en improvisant, et ils se sont merveilleusement disputés et amusés, sauf Pierre qui leur a dit que c'était idiot et qui est allé retrouver ses amis pour faire un concours de saut en longueur avec dérapage dans la boue de la rive près du ruisseau, et fastueuses réceptions sur les fesses.

Deux paragraphes préalablement embarqués sur des convois de glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/

jeudi, août 16, 2012

Ce jour là


Jour à oublier – La fête de Marie, pas la mienne...
Je reprends deux paragraphes embarqués sur des convois des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/

Ce matin là, ils allèrent au bout du village, chez la grand-mère de la Mariette, avec des doigts gourmands, mais au fond du jardin, à l'ombre du buis clairsemé, il n'y avait plus de framboises et la grand-mère se lamentait, y a eu une bande d'oiseaux pilleurs, mes enfants.

Ce matin là, ils sont partis sur le chemin du port, pieds nus, chacun portant une charge à sa mesure, le sac à voiles, le petit seau de minuscules escargots blancs récoltés dans les herbes à côté de la piste de la base aéro, le panier des palangrottes, ou celui du pain et des abricots, et la brise de terre soufflait doucement sur la plage quand ils sont arrivés au bateau.

dimanche, juin 24, 2012

Pour en finir avec Jean


À l'heure où suis encore hésitante sur le bord du jour, plantée sur le bord de la cour, je regardais au dessus de moi le passage affairé, en tous sens, sans essayer de comprendre leurs buts, les passages, les ascensions, les lancers, croisements, de noirs, aigus, triangles ailés, que je baptisais martinets. Ils me donnaient appétit de vie, sans but précis, juste comme ça. Mais ils sont restés obstinément absents juste aux moments où je déclenchais mon appareil – n'y a que la têtue petite tache qui ne veut pas partir.

Suis partie chercher le boutis qui m'attendait chez le teinturier et trois paires de draps toujours pas prêts (finis par me demander s'ils ne sont pas perdus) – eu un coup de coeur pour une robe qui conviendrait si bien à ma dignité de septuagénaire, soupiré que non, souri aux robes à vingt euros ou moins que finalement je préfère à toutes, mais la garde, elle, ici, faute de mieux.
Et puisque, provisoirement je pense, l'espère ou le crains, j'ai perdu mon innocence avec les mots, mon consentement à ma gentille insignifiance d'écrivante, puisque aussi, en juillet, si reprends tonus, je n'aurai temps, au mieux, que pour notes à la va tant mal que bien sur ce qu'aurai tenté de cueillir dans Avignon, dis au revoir ou adieu au convoi des glossolales, et solde les «Jean a dit» qui, d'ailleurs, lassent, ou au moins me lassent http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/

Jean a dit «il y a une maison, il y a un bois, il y a un jardin, il y a l'automne», il y a la promenade intéressée, il y a les petits produits des campagnes, les champignons à lamelle, les champignons à pores, les phalles, les géastres, les vesses, les champignons en coupe ou en gelée, les lactaires, les bolets à pied rouge et les bolets Satan, les armillaires du miel, les cèpes, les coulemelles, les chanterelles, les clavaires, les girolles, les coprins et les galères, les lentins, les helvelles et les trompettes de la mort, les pleurotes et les oreilles de Judas, les amanites, les russules, les lépiotes, les extravagants sparassis et les xylaires, les morilles, les truffes, les arrêtés préfectoraux, les qui-se-mangent, les qui-sont-délice, les qui-sont-à-éviter, les tueurs et les champignons magiques des coréens, et puis c'est vrai il y a les mycoses des pieds, l'ergot du seigle, le midiou et autres mais ça c'est une autre histoire, alors revenons aux champignons à fumer, et n'oublions pas l'ail et le persil.

Jean a dit «il y a un salon près d'une rivière, il y a le bazar, il y a les bleus et chamois des tapis de Chine», il y a les tapisseries, les kilims et les tapis de la Savonnerie, les nattes, les tapis berbères, des tapis tout autour du monde, les tapis d'Anatolie et puis pour ma méditation heureuse il y a les tapis persans, il y a les tapis d'Ispahan, la variété des tapis de Gouhm, et le minah khani pastel et argenté d'un Héréké, il y a le bleu sombre en jardin choisi pour mon père, il y a quatre vingt ans environ, par un ami turc, il y a mon petit Gouhm, il y a tous les tapis que je rêverais d'avoir, les innombrables ateliers, quoique peut être devrait-on dire il y avait, il y a les laines du Khorasan, le coton, les soies, les fils d'argent, la garance, l'indigo, le jaune de la vigne et celui du safran, le brou de noix, le noir des poils de chameau, il y a l'univers des marchands, les souks pour touristes et les réservés, les tapis proposés sur les épaules dans les rues des ports, les tapis en gloire derrière les vitrines rue de Richelieu – il y avait - ou près de Saint Philippe du Roule, il y a trop longtemps, et la boutique qui est sous mon antre.

Jean a dit «il y a les légumes de l'été, il y a les terres cuites, il y a les parfums, il y a...» et Marie l'a interrompu pour savoir ce qu'il voulait manger.

jeudi, juin 21, 2012

Recours à Jean


journée sans relief, selon moi – sans rien de notable selon le guetteur silencieux qu'ai rencontré en rentrant de mes petites courses utilitaires (lamentable façon d'introduire cette photo qui m'a amusée)

entre le coup de tonnerre des petites heures et mon retour dans le sommeil bercé par douce pluie sur les feuilles et le tintement d'une cloche
entre la lumière sombre qui perçait les nuages, qui brillait irréelle sur des pans de mur quand suis sortie, et la clarté qui touchait la cour dans l'après-midi

entre le téléphone de la billetterie qui a enfin fonctionné et m'a permis d'avoir trois billet supplémentaires et les deux spectacles (dont les six personnages) qui sont complets depuis lundi soir, avec le seul espoir des renoncements prévus début juillet par, je le suppose, les comités d'entreprise et agences
entre une ébauche des premiers mots du vase enfin tentée et un repassage non fait
entre les feuilles rares de l'olivier fou et ses promesses qui n'ont jamais été aussi nombreuses (j'aurai peut-être une olive cette année), rien de notable vraiment
ai recours une fois encore, et tant pis s'il ennuie, à Jean, retour de convois http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/

Jean a dit «il y a la nuit des temps, il y a l'obscurité des grottes, il y a les bisons et chevaux, les animaux qui vivent à la lueur, il y a aussi ces silhouettes en fil de fer, il y a les mains», il y a Fuente del Salin, Vilhonneur, Gargas et Bornéo, il y a la grotte Chauvet et la grotte Cosquer, il y a la marque d'une gifle qui a voulu faire mal, il y a la peinture blanche écaillée de la main que j'ai évité de piétiner dans ma rue ce matin.

mercredi, juin 13, 2012

un jour... Jean a dit


mardi matin neuf heures, toast au basilic, confiture de cédrat, pour mettre la bouche en joie, une tasse de café, et le ciel – la gloire du bleu, petites pensées en feston

mardi matin dix heures, tenter de croire à l'action – l'hortensia, têtes sur le sol, et cette fatigue qu'est grossir

grignoter repassage, prévoir un mois sans, pendre serrés pour que se froissent
sentir la variation de la lumière, voir le ciel devenu blanc, voir retour de la lumière, voir des trouées et flèches de soleil sur le mur de la cour, sortir pour voir s'installer moutonnements noirs,
dormir, vaquer, lire en pagaille, rager pour stupidités
faire du thé aux zestes d'orange, arroser
et, tant pis s'il fait fuir, faire appel à Jean pour peupler Paumée


Jean a dit «il y a les Pouilles, il y a la Toscane, Ajaccio et Dubrovnik, il y a le basilic et la tomate», il y a le Pô, il y a les jambes de Silvana Mangano, il y a un risotto sophistiqué, il y a la polenta et le moeche de la lagune, il y a les gressins et les pâtes, les lasagnes, les conchiglies, les anchellinis ou les grattonis pour la soupe, les cheveux d'ange, les rigatonis ou les penne qui m'étouffent, préfère les bucatinis, les farfalles et les orecchiettes, les conchigliettes, les fusillis et les macaronis, les raviolis aux herbes, à la viande, à ce que veut, les cappelletis à la ricotta, les spaghettis bien entendu, mais plutôt les linguines au supion, les mafaldes qui me rassasient rien que par leur nom, et puis, souples et tendres dans la sauce qui les enrobe et pénètre, les pappardelles, les tagliatelles et les fettuccines qui sont mes préférées, il y a toutes celles, innombrables, que ne connais pas, il y a le safran, le mascarpone, le pecorino, les poivrons, le fenouil, les tomates séchées, les anchois, les coquillages, les épinards et le pesto, et il y avait les pâtes du dimanche soir en rentrant de la plage que nous oubliions et qui faisait si belle masse que nous nous forcions à manger en nous accusant mutuellement, ou qui nous forçaient au jeûne.