commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
Affichage des articles dont le libellé est pasolini. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pasolini. Afficher tous les articles

mardi, mai 20, 2014

Dans le gris, disparition des lucioles, tome 2 et fin


regarder d'un oeil vague les carreaux mouillés de la cour, le bleu de l'hortensia exalté par le jour frisant sous couverte blanche, se dire qu'il sera inutile d'arroser, sortir petit chandail-à-côtes-qui-ne-se-repasse-pas, retrouver le plaisir des bottes et s'en aller chancelant sous la charge, la force en allée dans une inattention, avec un sac bourré de linge à nettoyer.

Se rencogner dans sommeil qui réclame plus que son dû et, tant pis pour éventuels passants, un dernier (pour le moment) survol des oeuvres rassemblées en hommage aux lucioles.

Spencer Finch – Blue – lampes, câbles électriques métalliques -
Madame, Monsieur, Je sais que votre structure permet à un public en difficulté de reprendre la vie active. J'apartiens à ce public car je suis incarcéré en centre de détention depuis le 8 mai 1990. Votre activité m'intéresse vivement, car j'ai une expérience variée comme vous le verrez sur mon CV ce qui me permet d'être très polyvalent. Si je pouvais bénéficier d'un contrat au sein de votre structure cela me permettrai d'obtenir une semi liberté dans le cadre d'un aménagement de peine. C'est avec ma conseillère d'insertion et de probation Mme B. que je construis mon projet. Vous pouvez la joindre directement par téléphone. Dans l'attente d'une réponse de votre part et d'un futur rendez-vous je me tiens à votre disposition. En espérant que vous comprendrez ma demande et que celle-ci retiendra votre attention. Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l'assurance de ma considération distinguée. Merci de votre compréhension

Roni Horn – Cabinet of – photographies – mais aussi les photos de graffitis de Brassaï
Je ne me suis pas pendu. Mais il y a eu «commencement d'exécution», comme pour beaucoup de mes camarades qui ne s'en sortent pas. Lorsqu'on n'a plus le droit d'être un homme, il ne reste plus que la mort. J'ai eu la chance de survivre, car j'avais ma porte de sorti : les études et l'espoir de témoigner après ma libération. Je ne suis pas mort car j'espérais être un jour un homme encore. Entre la dégradation et la mort, je choisis la mort.

Alessandra Tesi – spazi Buccati – impression photographique sur aluminium -
mais aussi le très grand tapis de petites lampes de Massimo Bartolini dans la demi-obscurité d'une voûte.
Et déjà la nuit pâlit dans une clarté
Qui griffe la cornée et y réfléchit
Une image de murs mutilés. - Pasolini

Claude Levêque – j'arrive d'un autre monde – néon brouillard son -
mais aussi la belle vidéo de Jean-Michel Pancin «tout dépendait du temps» : la main d'un ancien prisonnier dessinant son trajet de cellule en cellule, en espaces, dans la prison Sainte-Anne pendant que sa voix of dit sa vie.
On vous met nu dans le couloir. Certains gardiens ne se gênent pas pour vous tripoter. La dernière fois, ils ont enlevé tous les mégots qu'on avait mis de côté. Une photo de ma fiancée. On s'est plaint. On nous a dit de le faire auprès du chef. Comme ça aurait été le mitard, on ne peut rien dire.

collectif Claire Fontaine – Tennis Ball Sculpture / Mexican – balles de tennis et bonbons mexicains (en écho aux objets lancés dans la cour pour les prisonniers)
mais aussi l'Institution en cage de Louise Bourgeois.
Ici, reposent les cendres du pauvre Tulac qui, fatigué de voler en ce monde, va voler dans l'autre.

Adel Abdessemed – cocktail – lutrins, carnets avec dessins au fusain -
mais aussi les photos atroces en noir et blanc, corps tourmentés, déchus, étranges, de Roger Ballen
Mais si je possède l'histoire
elle me possède elle aussi ; je vis dans sa lumière :
mais à quoi bon la lumière ! - Pasolini

Douglas Gordon – Three Inches (Black) – 11 photographies couleur -
mais aussi les chaises électriques de Warhol
Permettez que je me présente, je me nomme Jean, de baptême, détenu à la centrale pour une très longue peine. Je suis retraité en parfaite santé, sportif, actif, épicurien, et plein d'allégresse. Je cherche une correspondance avec une femme célibataire retraitée.

Kendell Geers – Twilight of the Idols (Saint Sebastian) – ruban de balisage et objet trouvé -
mais aussi la vidéo de l'agonie du fils dans Mamma Roma de Pasolini
Bonjour à toutes et à tous,
Alors voilà aujourd'hui cela fait 3 mois que j'ai envoyée ma demande de parloir. N'étant pas un membre de la famille, le directeur du cp m'a demandé une enquête de moralité il est précisé que celle ci met au minimum deux mois. J'appelle régulièrement le cp mais aucune réponse à ce jour. J'ai été voir le commissariat pour savoir s'ils avaient reçus une demande d'enquête de moralité, le chef de poste m'a dit qu'il ne pouvait rien me dire pour l'instant. La dame de la sous-préfecture m'a dit qu'elle avait bien reçue ma demande mais pour l'instant toujours rien... Je ne sais plus quoi faire, je commence a perdre patience, 3 mois sans le voir, ça commence vraiment a être difficile...

Francesco Vezzoli – Self-Portrait As Emperor Hadrian Loving Antinoüs – buste d'Antinoüs en marbre de Carrare (XIX°siècle) buste de l'empereur Hadrien en marbre avec les traits de l'artiste -
mais aussi, de Gordon Matta-Clark, la maison fendue (épreuve argentique contrecollée et ruban adhésif noir)
Une fois échappé d'ici, il vaut mieux aller habiter les bois, comme font les sauvages.

Yan Pei-Ming – Marat – peintures réalisées pour l'exposition, 3 grandes huiles sur toile, chacune dans une cellule, dominante ton assorti à porte -
mais aussi «Time, Clock Of The Heart (After Ingres)» de Vezzoli portrait imprimé sur toile et papier et papillons brodés -
Si les prisons éclataient et que les détenus puissent s'enfuir, ô quel plaisir. Le soussigné Bersagliere de la Porta Palazza.

Cy Twombly – Fulson St Studio, NYC, impression sur papier
mais aussi tout le deuxième étage (plus réduit) dont j'ai manqué l'entrée, que je veux parcourir, voué à la guerre, au racisme... à Basquiat, Alighiero Boetti, à Genet «un chant d'amour» et Anselm Kiefer
Durand cellule 134 est une balance

Douglas Gordon – Punishment Exercise (Black and White) – 117 photographies noir et blanc
mais aussi les délicates roses en papier confectionnées par les prisonniers, et une femme dans la file d'attente, derrière moi, parlait de celle qui lui avait été offerte, enfant..
Amis de la prison, répétons la chanson
Et vive la gaieté dans la captivité
Car entre nous il nous faut nuit et jour
Du courage entre nous, vive le troubadour
Car le chagrin ne durera pas toujours
Nous aurons bien jour cette liberté
Que l'on attend ici dans la captivité

Zoé Léonard – Robert – 10 valises -
mais aussi de Nan Goldin les autoportraits (sorties de maisons de repos ou cliniques) et le portrait de Joey With Cake et son gâteau parce que «She is free»
J'écris vite fait car j'ai pris mon médicament ; sacrosainte médication qui nous fait oublier toute la misère du monde ! Bientôt je ne verrais plus les lignes et je mettrais cinq minutes pour écrire un mot. Mais j'en ai besoin : c'est le seul moyen de me défouler et d'avoir le courage des mots. Tu sais la came ça rend veule et lâche envers soi-même.

Kiki Smith – Southern Hemisphere Constellation – encre sur papier et méthylcellulose -
mais aussi ses gravures, et quelques oeuvres de Berlinde De Bruyckere, rescapées des «Papesses»
Mon étoile adorée, quand pourrais-je te b..... ?
L'amour est une grande chose, mais la faim surpasse toute chose.

Kimsooja – Bottari – couvre-lits et vêtements utilisés
mais aussi les objets et organes en verre de Chen Zhen
L'enfant fait fête et tourne vers son père
Un visage rieur, comme une étoile
Qui entre les étoiles tremble de joie - Pasolini

lundi, mai 19, 2014

La disparition des lucioles – tome 1


dans l'antre, ou dans le soleil qui baigne un coin de la cour sans encore la transformer en un four invivable, ignorant ce que dit le haut-parleur d'une fête quelconque sur le Rhône ou devant le Rhône, me suis plongée dans mes souvenirs, en déplorant un peu d'avoir sauté par moment des cellules, ou des portes fermées nécessitant de se succéder devant le judas, et le catalogue de l'exposition de Sainte-Anne, puisque sur une impulsion et comme le fais rarement, trouvant cela idiot, encombrement inutile par un objet jamais ouvert, je l'ai acheté ce que je ne regrette pas.
Catalogue de cette exposition qui a été l'occasion d'une nouvelle invitation de la belle collection d'Ena Righi de Bologne, avec des ajouts venant de la collection Lambert, de la collection Pinault de Venise, de la collection La Gaia de Busca, de collections particulières.
Catalogue qui s'ouvre, dans la présentation, par Eric Mézil, directeur de la collection Lambert et commissaire de l'exposition, intitulée la disparition des lucioles, par Verlaine, bien entendu, que l'on retrouve dans la section vie en prison avec un autoportrait et quelques poèmes (mais à ma déception pas celui-ci, sans doute le plus connu, et qui s'imposait, dansait dans ma mémoire)
le ciel est par dessus le toit
si bleu si calme
un arbre dans le ciel qu'on voit
berce sa palme....
et par ce passage
La nuit dont je te parle, nous avons dîné à Paderno, et ensuite dans le noir sans lune, nous sommes montés vers Pierre del Pino, nous avons vu une quantité énorme de lucioles, qui formait des bosquets de feu dans les bosquets de buissons, et nous les enviions parce qu'elles s'aimaient, parce qu'elles se cherchaient dans leurs envols amoureux et leurs lumières, alors que nous étions secs et rien que des mâles dans un vagabondage artificiel.
d'une lettre de Pasolini, adressée de Bologne, en 1941, à Franco Farolfi.

Lucioles qui reviennent dans l'articolo della luciole publié le 1er février 1975 dans le Corriere della Serra, sous l'inspiration duquel a voulu se placer l'exposition, et qui a été à la base de la survivance des lucioles de Georges Didi-Huberman (souvenir du petit spectacle de Nicolas Truon aux Pénitents blancs, l'un de mes meilleurs et plus forts souvenirs du festival 2013 où je voulais envoyer tous les gens rencontrés alors que les quelques places étaient venues depuis longtemps).. Georges Didi-Huberman qui a écrit pour ce catalogue un texte lumière contre lumière lequel comporte, après des fragments de poèmes de Pasolini, et avant une belle méditation philosophique et poétique faisant appel à Dali, Benjamin, Merleau-Ponti... trop longue, trop dense pour que puisse l'évoquer, un passage sur l'affrontement entre le lieu infâme qu'est une prison et la fame, la renommée des oeuvres d'art médiatiques, à tort ou raison, que j'ai repris pour http://brigetoun.wordpress.com. (et de fait certaines oeuvres ont du mal à lutter contre la force du lieu, du moins à mes yeux, mais non pas toutes, loin de là, et pour certaines une nouvelle visite, tranquille, hors foule, en prenant temps de mettre son oeil à d'autres judas, puisque certaines sont présentées ainsi, derrière une porte verrouillée et de regarder complètement ou davantage que ne l'ai fait certaines vidéos, comme celles qui m'avait saisie de Joan Jonas my new theater III – in the shadow a shadow) 

catalogue qui comprend également, outre la présentation par Eric Mézil de chaque section, et de belles photos (alors que les miennes, qui se sont limitées à ce qui ne se refusait pas à mon piètre appareil, ne peuvent être qu'évocations de certaines des 200 oeuvres et pas forcément celles qui m'ont le plus retenue)
une histoire savante et fouillée du quartier depuis l'aube de l'histoire, des asiles d'insensés, des prisons, de la gloire des Pénitents noirs, de la trop longuement survivante prison Sainte Anne et, rapidement, des péripéties des projets pour son avenir
l'intervention de Philippe Astières qui, actuellement présente avec Mathieu Pernot à la Maison Rouge l'asile des photographes exposition à partir d'archives d'un hôpital psychiatrique, et qui donne ici un beau cut-up de biftons et lettres de femmes de prisonniers, dont j'ai grande envie de reprendre certains éléments, alternant, sans lien évident, avec l'évocation ou la photo des oeuvres qui me sollicitent, pour une évocation de ma visite qui promet d'être longuissime et lassante (tant pis c'est pour moi) que, quitte à lasser, je vais fractionner en plusieurs tomes, sans qu'ils respectent forcément l'ordre de présentation au long de ces grands couloirs, de ces escaliers, de ce dédale géométrique.
Donc go, pour une première livraison avec :

Loris Gréaud – Spore speakers – résine, silicone, hauts-parleurs, lumières
mais aussi Kimsooja «A laundry woman» fascinante vidéo d'une femme, de dos, devant un paysage d'eau évanescente, matin calme
oh toi charmante hirondelle dans tes chants printennier,
pourrait tu me dire quand j'aurais ma liberté

Markus Schimwald – Skies – huile sur toile
mais aussi, de Marcel Boodthaers avec notamment «Pluie» une vidéo où il s'obstine à tenter d'écrire sous la pluie, ou droit dans un paysage nu au ciel bleu, le jeune homme photographié avec son panneau muet par Mircea Cantor
Je salue le 265 dont j'ignore le nom. Au revoir pour aujourd'hui compagnon d'infortune.


Nan Goldin – Bruce in the Smoke, Solfatura, Pozzoli, mais aussi les carceri de Piranèse
Et déjà la nuit pâlit dans une clarté
Qui griffe la cornée et y réfléchit
Une image de murs mutilés – Pasolini
ou
J'ai rêvé Ginota ! avec une riche robe brune – ornée de pierres bleues – elle s'asseyait près de moi et m'étreignait d'une de ses mains – et tel était le plaisir de ma délectation – de l'avoir une fois enfin séduite – que je me pris à la regarder, et elle me plut tant – que ma joie se versa en pleurs – mais bientôt la vision disparut – Disparut la bien aimée – et j'embrassai des larves.

Roni Horn – Dead Owl 1997 – faisant face sur l'autre mur à Dead Owl 2009 têtes claires sur fonds blancs d'un garçonnet ébauchant un sourire
ou de Rémi Zaugg les deux N.T. grands panneaux d'aluminium l'un gris très pale portant en grandes lettres blanches
«QUAND FONDRA
LA NEIGE
OU
IRA LE BLANC (avec l'accent que ne sais obtenir) l'autre blanc aux lettres grises
Mademoiselle,
Comme vous m'avez écrit ce matin que vous aviez seulement 37 jours à faire si vous voulez, nous partirons dans un pays inconnu et nous vivrons bien heureuses. Si vous êtes contente, mettez un billet dans la même place. A demain.

Zoé Léonard – sans titre – pelures, aiguilles, fermetures éclairs.., mais aussi Philippe Parreno - Speech Bubles - ballons argentés suspendus dans un couloir (visible chez Françoise Dumon http://avignon-etats-lieux.blogspot.fr/2014/05/un-musee-geant-linterieur-de-lancienne.html?spref=fb
je te comprends c est vraiment dur mon homme est sortit d'un an de prison au moi d'avril et vient de retombé pour trois ans, cela fait que 1 jours kil est incarcéré mais c est dur car je me retrouve seule enceinte de bientôt 7 mois c est atroce comme situation pour n importe quelle femme de se retrouvé sans son homme la solitude pèse et l'angoisse !!! si ta besoin de parler n hesite pas courage a toute

Anselm Kiefer – Asche für Paul Celan – bateau en plomb, livres en plomb et blocs de béton
J'aime mieux entendre le chant de l'alouette, que le cri de la souris.
Ces juges sont menteurs et hypocrites outre mesure.
Un jour ou l'autre, nous sortirons de cette cage de bêtes fauves. Justice infâme ! Michele
Oh ! quelle triste solitude ! mère de funestes pensées !
Gloria Friedmann – le Cobaye – terre et acier
ou de Douglas Gordon – 30 Seconds Text – lettrage, système de minuterie et ampoules – permettant de lire (juste en cette durée)
En 1905 en France, un médecin réalisa une expérience au cours de laquelle il essaya de communiquer avec la tête tranchée d'un condamné à mort immédiatement après que celui-ci a été guillotiné
«Immédiatement après la décapitation, les paupières et les lèvres du condamné se contractèrent pendant 5 à 6 secondes.. Au bout de quelques secondes, les contractions cessèrent, le visage se relâcha et les paupières se fermèrent à demi sur les globes oculaires, ne laissant apparaître que le blanc des yeux, comme chez les mourants ou les personnes récemment décédées.
«Languille ! Criai-je à ce moment-là d'une voix forte. Je vis les yeux s'ouvrir sans cligner, en un mouvement lent et précis. Le regard n'était pas morne et vide ; les yeux, bien vivants, me regardaient, incontestablement. Quelques secondes plus tard, les paupières se refermèrent doucement.
Je l'interpellai de nouveau. Les paupières s'ouvrirent lentement, sans contractions, et deux yeux, vivants assurément, me regardèrent attentivement, avec une expression encore plus perçante que la première fois. Puis les yeux se refermèrent. Je fis une troisième tentative. Sans réaction. L'épisode entier dura entre vingt-cinq et trente secondes.»
.. la lecture de ce texte devrait prendre en moyenne entre vingt-cinq et trente secondes.
Gloria Friedmann – théâtre d'ombres – photographies noir et blanc
mais aussi la vidéo d'une interview que n'ai pas regardée, que voudrais voir - me suis contentée de la beauté de ce visage en passant et d'être intriguée par une remarque d'un visiteur (qui m'avait reconnue, dont je cherchais à quel moment agréable, j'en était sure, il correspondait, et je m'en veux d'avoir aussi tardivement réagi au nom de Cécile Portier qui m'a transportée une minute, mais trop tard, devant un café sur une terrasse de Villeneuve avec, entre autres, cet homme assez passionnant) relatif à Auschwitz – de Marceline Loridan-Ivens racontant son internement à Sainte-Anne avant sa déportation.
Je recherche une correspondante femme entre 40 à 50 ans, je suis incarcéré à la maison centrale et nous n'avons pas la possibilité de correspondre par internet car cela n'existe pas et c'est interdit. Je suis de nationalité française et j'aimerai avoir une personne avec qui je puis échanger soit par courrier et téléphone.



PARDON

dimanche, août 25, 2013

N pour samedi


météo
au second réveil, passer le nez hors de l'antre, lever les yeux, voir les petites plantes de la terrasse supérieure se détacher sur un ciel indécis, qui semble ne pas vouloir se décider pour le bleu – une cuillère de yaourt, une cuillère de miel, une plongée en sommeil béat jusqu'à neuf heures
petit assaut furtif de panique, de presse – ciel blanc lumineux avec quelques transparences – lavage de cheveux
visite aux plantes – étonnement de ces petites promesses de fruits qui apparaissent, rondes et minuscules à côté des olives adolescentes, là où il n'y avait même plus souvenir de fleurs... des bleus d'une délicatesse émouvante cernés de nuages, du gris sombre et même de grosses gouttes de pluie, l'automne nous parlait de loin.
Une journée tranquille de lutte avec objets et de langueur de ma machine... la portion de mur que je vois à côté du volet de bois à demi rabattu s'illumine doucement, se meurt dans le morne, retrouve couleur.... et avec la naissance du vent ce fut l'installation, l'agrandissement, de superbes trouées lumineusement bleues.

lecture
avancée dans la nuit, avec un intérêt fluctuant, dans les bribes réunies dans Théâtre 1938-1965 de Pasolini, jusqu'au dernier tableau d'Italie magique créé à Bologne en décembre 1964 avec, notamment, Laura Betti... livre fermé, un peu avant la fin, parce que le sommeil venait, sur
Toi, ma chère, mon irréparable image,
si parfaite, si parfaite, si parfaitement moi,
tu commences déjà à être une autre,
et un monde ignoré t'entraîne au loin.

alphabet
en croquant toast, courte liste - bien entendu les mots les plus évidents ne viendront que demain ou après-demain - deux nouveaux naissent dans le crâne courbé sous le jet d'eau rinçant les cheveux – j'en reste là, je les note, je les laisse et m'en vais vaquant, pour tenter dans l'après-midi de voir ce qui vient les habiller.

nacre
J'aime modérément les grandes coquilles, les grandes nacres, dont certains exposent les valves, longues coupes en triangle aigu, avec leur face bosselée de concrétions qui fanent leurs couleurs avec le temps et la face intérieure sur laquelle glisse la lumière...
J'aime la matière, les petits boutons bien sûr, même s'ils ne sont pas ceux de la robe de Sanguine, les incrustations - si elles ne tombent avec trop d'enthousiasme dans le kitch - mais, quand, en marqueterie, avec des fils de cuivre, des essences de bois précieux, elles ornent les superbes crosses de certaines armes ou les plus beaux des petits meubles du Maghreb – j'aime assez, aussi, la difficulté, devant laquelle je recule, à rendre par des mots ses couleurs.

naître
notre premier, parfois notre seul, moment de gloire... dont nous sommes parfaitement inconscients, trop occupés à respirer, à inventer la vie, et la conscience ou son amorce.
Suivent tant et tant d'années de travail, émerveillements, douleurs, sentiments et apprentissage des mots pour les dire et en prendre connaissance.

naviguer
dire lentement navigation et entrer dans en rêve – clapot doux, brise légère, avancer imperceptiblement dans ce flou
Et si chance nous avons, goûter le réel, savourer l'attente du moment où se larguent les haussières, l'odeur du métal, les bruits, l'instabilité, le vent, la beauté, les beautés changeantes, parfois fort rudes, de la mer et du ciel.
Revenir au rêve, embarquer sur une caraque, une caravelle, un vaisseau et partir vers des mers et terres inconnues... ou lire Cook, Bougainville, Dumont d'Urville, d'autres...

nid
Les hommes ont toujours dû jalouser, plus ou moins, les oiseaux qui savent, d'instinct, les construire (et admirer leurs infinies variétés).... mais y ont pallié, avec sobriété ou magnificence, par l'ingéniosité, la science ou l'argent, quand ils en disposent.
Pour certains ne reste que l'instinct de se dire qu'ils y ont droit et les douleurs qui naissent du manque.

noeud
mon incapacité totale à en faire un élégant, à reproduire celui d'une ceinture telle qu'il était dans la boutique, à obtenir sur un paquet un résultat que je juge satisfaisant -
ma contemplation admirative et perplexe devant les répertoires explicatifs des noeuds marins – le plaisir de leurs noms : de chaise, bien sûr (là ça va, je retrouve si on me montre une fois), d'ajut, de ris, d'agui, ou de Lagui, d'étalingure, en huit, de galère, de vache, de carrick, d'alouette, de jambe de chien ou de plein poing....
Bon, ma foi, de bric ou de broc, suis bien obligée d'en faire (en pensant qu'il faudra les défaire)
Je décide d'oublier tous les méchants noeuds intérieurs....


noir
est-ce une couleur ? Oui, et la préférée des jeunes femmes – ce fut longtemps celle attribuée aux vieilles qui n'ont plus de charmante carnation à mettre en valeur en les y enveloppant.
Couleur de deuil (il fut un temps où c'était le blanc, du moins pour les grandes dames), couleur qui se fatigue et se lustre, couleur que l'on donne aux idées mauvaises... mais la douceur de la nuit, l'éclat discret du jais, les niellures, la saveur des romans ainsi nommés, et la beauté des images en noir et blanc... ne mérite pas sa réputation.

non
Je veux croire que l'instinct m'a fait prononcer quelque chose ressemblant à Maman avant mon éternel, omniprésent, entêté, non.
Il m'a fallu longues, longues années avant que le oui arrive presque à le contrebalancer.

nourriture
Ce privilège que nous avons, pour la plupart, en nos pays, de devoir la rendre attrayante – et d'en faire l'objet de discours, recherches de raffinement ou de nouveauté. Mais, du manque tragique que d'autres peuvent en avoir, du souvenir de temps de moindre abondance, il reste une trace, en nos vieilles bourgeoisies, dans le principe que on ne gâche pas la nourriture et le grand plaisir enfantin que l'on éprouve à l'enfreindre, avant, adultes, de l'oublier tout simplement, sauf en périodes pénibles.
Mon goût, aussi fort que platonique, pour les livres de recettes, et celui qui l'est guère moins, pour les étals de marché.
Le plaisir, noyé de panique chez moi parce que c'est si rare et que je dois re-apprendre chaque fois, de cuisiner pour les autres.

nouveau
l'agacement devant l'injonction d'aimer quelque chose, d'adopter une idée, par-ce-que-c'est-nouveau.
le plaisir de la découverte s'il reste personnel, s'il est dicté avec telle discrétion qu'on n'en est pas conscient
la joie du printemps

nuages
mouvance, insistance
petits et blancs, dorés, roses, effilochés, en nappes grises, montagnes sombres, noires menaces...
tous les mots, toute la littérature que les hommes leur ont dédié, tous les rêves avec eux en allés, toutes les attentes des paysans, toutes les craintes des marins et vacanciers...
leur spectacle perpétuel et leur influence sur mon humeur
Pourquoi diable ai-je choisi ce mot ? et comment dire les nuages en général autrement qu'en exposant leur formation, leurs effets, ou en disant – abusivement, ce devrait être marque déposée – les merveilleux nuages, d'autant qu'ils le sont parfois fort peu ?..
Alors les regarder.

nuit
que j'aime – non pour faire des choses extraordinaires, pour vivre la nuit en fête (quoique.. les spectacles) mais parce que j'y suis bien, que j'aime les pas dans le silence, le calme qui descend sur la ville et en moi, et ces zones de lumière qui rendent précieux ce qu'elles touchent, qui s'effacent lentement, caressent la profondeur inconnue
et puis l'esprit qui se condense sur la lecture
oublier les nuits d'hôpital et le passage de trois heures du matin dans les nuits de travail.

nul
toujours envie de chercher les qualités de ce qui est ainsi désigné
Nulle, moi, ce jour – et ne vous croyez pas obligés d'être courtois, c'est mon opinion qui compte.

samedi, août 10, 2013

e ou euh pour vendredi



météo
Même si je me réveille presque tardivement, comme ce vendredi matin, la lumière dans la cour est encore morte, sans éclat – mais en faisant les quelques pas rituels vers l'olivier fou et ses compagnons, ai tordu mon cou pour voir la netteté bleue qui nous dominait et sentir sur mon visage le début de forte brise qui s'éveillait, qui est devenu beau fort mistral sans brutalité.


Lecture
. Au fond de tes aveugles
yeux, palpite ton sang,
et, le menton en l'air, tu flaires l'ouragan.
Sur toi, somnambule larve,
dans le calme menaçant du ciel,
viennent et s'abattent les herbes gelées,
dans l'air qui désormais ne s'anime,
ne rougit, ni ne tonne plus, mais teinté de froid,
s'égare, dans la grise stupeur des branches. derniers vers (en redoutable écho, je le réalise soudain) de l'acte II d’Œdipe à l'aube pièce manuscrite, datée sans doute de 1942, de Pasolini qui figure dans son Théâtre 1938-1965 &dité aux Solitaires Intempestifs, que prends, abandonne, reprends (les premiers fragments ayant un intérêt surtout documentaire)

alphabet
e, donc et j'ai pensé euh.. tant mieux, cela va être maigre (ou j'ai deviné que Michel l'annoncerait en commentaire), ce qui bien sûr n'a pas été le cas

ébonite - pour le seul plaisir du mot, pour celui d'avoir repêché dans le petit bol reliquaire ce fragment d'une pipe paternelle, celle qu'a bien voulu me donner mon frère.

échelle – je gomme toute idée d'escalier, raide ou non, d'échelle de meunier, de maçon, de valeurs, de couleurs... pour une petite histoire rêvée vaguement en marchant l'autre jour
Ce serait une maison un peu ridicule et charmante, pas très grande, un petit pavillon au bout d'une courte allée de jardin, avec, entre deux fenêtres, une porte surmontée d'un balcon arrondi soutenu amoureusement par deux corps d'enfants nus, des putti, sans ailes d'angelots, sans arc ni flèches.. ce serait, au premier étage, trois fenêtres, celle du centre, sous un triangle aigu du mur et du toit, comme une allusion à un petit fronton, encadrée de deux autres putti qui portent les parties horizontales de la rive de ce toit ... ce serait, dans le désert du jour, un volet ouvert, ce serait une échelle appliquée, ce serait peut-être un voleur d'amour, du secret caché dans le calme noir des pièces, ce serait le silence, l'absence de toute vie perceptible, ce serait une petite interrogation paresseuse, ce serait sans gravité. 

écrire une lettre, cet art que nous ne possédons plus... le grand sac qui m'a été confié, où s'entassent ces lettres qui débordaient presque des tiroirs du secrétaire maternel et que je n'arrive pas à trier, lettres échangées entre mes parents, ou entre ma mère et la sienne – cet art qui faisait partie de leur vie à toutes deux, pour maintenir liens familiaux mais aussi avec les amis, les relations - et quand je me laisse aller à en prendre une, suis toujours aussi admirative.. ce petit îlot à respecter quand passais : ma mère installée devant les porte-fenêtres sur la Seine, pour profiter des rayons de soleil, présente (elle commentait parfois, pour nous ou pour le vide) et isolée dans sa correspondance... mon excitation mêlée de découragement, ma panique chaque fois que je dois m'y risquer.

écriture - ma jouissance de lectrice, ce que je cherche – mon écriture, ma graphie, si on peut employer un si beau mot pour cela, atroce, toujours.. et les secrétaires en profitaient, peinaient tant qu'il était convenu tacitement que je me débrouillerai et qu'elles se consacreraient aux hommes – et je n'ose croire que suis capable de manier assez bien les mots pour que cela mérite d'être considéré comme une écriture.

je prends ma petite liste de mots (trop longue, je retardais mon rendez-vous avec l'aspirateur et le fer à repasser), je sabre... et me fais promesse de concision pour les rescapés

élan – pour sa beauté, pour l'ordre que me suis donné au début de ces lignes, qu'il me faut freiner... pour que soit présente l'idée du grand arc boutant et de la tour se hissant plus haut que le rocher et la maison commune, rue de la Peyrolerie, l'élévation de voûtes comme celles de la très belle photo de Jean-Yves Fick vue dans la matinée http://jeanyvesfick.wordpress.com/2013/08/09/lignes-6/ et toutes celles qui sont venues chanter avec elles dans mon souvenir... élan de la danse, d'un envol de pigeons, d'un aigle s'élevant devant un pic rocheux etc...

éléphant parce qu'il est venu comme ça, et qu'on ne s'en débarrasse pas si facilement,

embrasures profondes où s'asseoir, avoir un peu mal aux fesses, avoir l'impression d'être imperceptiblement autre - très légère et presque inconsciente illusion -, regarder un jardin, une fontaine, une descente vers une plage, un enfant qui passe, sous d'autres cieux, ou le fort Saint André et Villeneuve par delà le Rhône, peut-être le cloître de Benoît XII, dans l'odeur d'un rosier

émissions de France Culture (Cuba et musiques haïtiennes) qui ont bercée ma sieste et mes premières lignes, avant que je cesse totalement de leur prêter attention – je le croyais du moins - mais là ce sont les mots de la radio qui se sont interposés, sont venus au premier plan, un moment, parce que les voix qui flottaient à l'arrière plan ont brusquement sonné informations.

entre – mot merveilleux pour ce qui est liaison et séparation... instants, événements qui se succèdent, et ce qui est entre s'efface, est insensible – l'espace d'air, de pensées, de désir parfois, qui sépare deux corps – les paroles, les idées qui s'échangent – et puis ces gratte-ciels isolés, toujours, et les interstices dont parlait Daniel Bourrion http://www.ontheroute.fr/blog/dbourrion/interstices, les ruelles entre les isles ou îlots de maisons d'Avignon et leurs ouvertures sur autres murs, et puis, provisoires, d'un provisoire qui peut être démesurément long mais qui contient toujours la promesse de leur disparition, les dents creuses marquant une destruction.

éphémère ma décision d'être brève.

être - est ce bien utile ? c'est souvent fatigant - alors s'asseoir à côté d'Hamlet.

Les exoplanètes arrivent à la radio, vais arroser en écoutant.