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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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mardi, mars 09, 2021

Une petite heure de marche et RobertSmith


M'en suis allée vers trois heures, sous un bleu venté, en grande boucle – pour m'approcher de l'heure de sortie prévue – vers le teinturier, mes yeux cueillant la lumière


et, puisque nous n'avons pas accès aux salles de nos musées, ces endroits calmes et presque déserts, quelques œuvres d'art de la rue.

Avant, en rentrant d'écouter pour la première fois de ma vie, un peu déçue que ce soit aussi gentiment sage, « Just Like Haven » de The Cure parce que j'avais relu – longues phrases souples évoquant une jeunesse masculine qui, pour dater un gros peu, est nettement plus récente et assez différente de ma jeunesse féminine – « J'ai été Robert Smith » de Daniel Bourrion (la version papier, beau travail d'édition de Roxane Lecomte https://www.publie.net/livre/jai-ete-robert-smith-daniel-bourrion/) et que c'est un des titres que le livre cite (écouté une nuit de Noël en quittant pour cela la table familiale, mais dans le passage ci-dessous il s'agit de la nuit où il fut, brièvement, comme pouvait, Robert Smith)


« Un bref instant, ce sera un étourdissement de bruit et de projecteur et de sono lâchée, potentiomètres au maximum, et puis l’on verra les regards tournés vers celui qui vient de rentrer – c’était moi – détonnant parmi tous parce qu’ici, la normalité est dans le simple, le rude, les vêtements à peine différents de ceux qu’on porte en semaine et qui ne se distinguent de ces derniers que parce qu’ils sont neufs, brillants et pour les filles rappellent la fête (on porte les mêmes à la noce ou au Premier de l’An ou à toute occasion où il faut s’habiller et être beau et s’amuser et cette phrase n’a rien qui touche à une quelconque condescendance – je suis de ce monde-là et c’est le mien à tout jamais) et l’on aura l’impression que tout s’arrête et que tous les yeux convergent dans une seule direction – vers moi – mais ce ne sera qu’une illusion ou plutôt, ça ne durera qu’une seconde, le temps qu’une étiquette tombe et s’accroche à ma veste en me rejetant dans l’invisible où sont les fous et les idiots traditionnels de village : en voilà un totalement cintré. »


lundi, février 08, 2021

Le platane qui n'est plus là


Après l'orage de la nuit et le ciel morne du matin, le bleu nous est revenu et parce que je n'ai pas assez marché ces temps-ci, et pas du tout samedi, m'en suis allée... ai fait quelques pas dans la rue me sentant incomplète, comme nue, jusqu'à croiser un jeune couple masqué et réaliser que, ah oui, c'est mon visage qui était nu...


Suis remontée, prenant au passage l'enveloppe que j'avais repérée et qui m'attendait depuis la veille, l'ai ouverte en souriant de plaisir

ouvrant sur

«S'en sont allées les neiges et déjà revient l'herbe dans les plaines,

et leur chevelure aux arbres.

La terre opère sa métamorphose et coulent décroissants

les fleuves au long de leur rive...»

7ème ode du livre 4 dans le tome 2 de la traduction d'Horace par Danielle Carles chez publie.net https://www.publie.net/livre/oeuvres-completes-t-2-horace/ (nos fleuves eux en sont actuellement au temps de leur épanouissement envahissant)

«Et quand bien même je sais n'avoir été Robert qu'un peu, très peu, inutile de mentir, la soirée maintenant lointaine où j'ai voulu être lui n'était qu'une danse avec le ridicule, il reste donc cette sorte de nostalgie et puis des souvenirs...» «J'ai été Robert Smith» de Daniel Bourrion chez publie.net également https://www.publie.net/2021/01/20/nouveaute-jai-ete-robert-smith-de-daniel-bourrion/


...ai refermé le livre, la phrase se déroulait tranquillement, souplement, mais trop longuement pour que la marche prévue ne sombre pas dans l'impossible, ai raccourci les élastiques, mis le masque, ai redescendu l'escalier, m'en suis allée


déterminée et en forçant parce que mes jambes me faisaient mal, mais dans le plaisir de la lumière et des bleus


jusqu'à la rue des teinturiers, parce que je m'étais souvenue, en écrivant ma contribution (racines) à l'atelier de François Bon https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article631, du beau et cruel platane qui mangeait la pierre de la margelle de la Sorgue, qu'il me semblait qu'il avait été sacrifié il y a déjà beau temps mais que je n'en étais pas sure

Ai interrogé un habitué des lieux, n'a pas su me renseigner


N'ai trouvé que des platanes hospitaliers et un platane amoureux qui baisait la pierre moussue, m'en suis revenue... et me suis mal conduite parce que me suis connectée à un zoom juste à temps pour sentir que ça n'allait pas, me débrancher , et être malade (sais pas ce qui avait provoqué cela, demain sera meilleur, certainement.)

lundi, juin 01, 2020

Dimanche

juste dimanche
le soleil en caresse
au mitan du jour
les cloches tintent matin
mêlées au roucoulement
on s'active, on fait des bêtises, on s'entête, il y a de la musique, du thé vert en regardant le ciel bleu au dessus de la cour éteinte, des vidéos de débats d'Alternatives économiques sur l'économie sociale et solidaire, et les très longues phrases souples qui parlent d'épuisement de Daniel Bourrion dans des étés camembert chez publie.net https://www.publie.net/livre/des-etes-camembert-daniel-bourrion/ à lire à voix haute pour recréer l'essoufflement en arrivant à la fin d'un chapitre et de la phrase de plus de deux pages

«... une fois, après une heure très longue de remplacement pendant laquelle je comptais chaque pile pour garder une notion du temps, essayer de croire encore que ça allait finir, quand je suis descendu au vestiaire me changer, mes bottes étaient ras bord du liquide d’apparence sale, je les avais vidées, ces bottes, comme des verres pleins et moi, bien qu’on portait dans cette salle le grand tablier blanc censé nous protéger, j’étais littéralement trempé jusqu’à mon slip, ça clabaudait, je ne voyais pas comme ça ma vie professionnelle.»

mardi, mai 26, 2020

non

ceci n'est pas une valise
non
ce n'était pas un long voyage
seulement
c'était s'offrir presque un confort
pour
porter quatre draps et deux manteaux
à l'aller
et c'était un peu moins d'inconfort
pour
les six draps et les trois manteaux
au retour
et puis il y a eu le plaisir en arrivant, pour m'encourager avant de hisser le tout (en quatre gravissements), que le voyage du premier tome de l'oeuvre d'Horace traduite par Danielle Carlès (souvenir de l'année où nous découvrions des épodes, odes, satires sur son blog) https://www.publie.net/livre/oeuvres-completes-t-1-horace/ et de la collaboration entre Daniel Bourrion tissant le récit d'un job d'étés et de la découverte du monde de l'industrie alimentaire et les images de Roxane Lecomte (une page sur deux) https://www.publie.net/livre/des-etes-camembert-daniel-bourrion/ ...
une image au hasard

dimanche, janvier 06, 2019

lectures

La première rose de 2019 s'étiole et va mourir, le mistral lui a retrouvé belle puissance, les feuilles des platanes viennent se vautrer dans ma cour et la force du souffle, malgré les obstacles posés devant ma porte-fenêtre, joue à l'entrouvrir.
La quatrième proposition de François Bon pour l'atelier d'hiver, belle et exigeante, m'a donné, en me basant sur les cinq visions intérieures que j'avais écrites pour la première, quatre paragraphes que ne veux mettre en mots, ni réveiller, ou, à partir d'une autre, un petit rien inconsistant – d'ailleurs la beauté des écritures avec lesquelles je suis entrée dans la nuit vendredi, que ce soit, j'y reviens, Daniel Bourrion
que j'ai vu ensuite, bien ensuite, tous les dimanches ou quasiment, bras de chemises roulés, cheveux plaqués en arrière à force de gomina, jouer aux cartes dans la brume que faisaient leurs cigarettes au salon de la maison dont la charpente est faite de béton comme presque toutes ici parce que tout avait brûlé et que les bâtisseurs d'alors, les hommes aux cartes bras de chemises cheveux lissés, s'étaient dit qu'en béton, à la suivante de guerre, ça brûlerait sans doute moins, les toits et puis le reste et qu'à faire comme ça, couler là-haut des mètres et des mètres cube de ciment gras qu'il fallait hisser à pleins seaux, ça serait comme une assurance contre les hommes et puis leurs armes et puis le rabot des années...
ou Marguerite Duras : Cette discrétion sublime des femmes qui a fait que, je le crois – même si je n'en suis pas tout à fait sûre -, l'enfant a été mis de l'autre côté de l'église, là où il n'y avait encore aucune tombe. Là où encore il n'y a que sa tombe à lui. À l'abri du vent fou. Elles ont pris le corps de l'enfant, elles ont lavé le corps et elles l'ont posé à cet endroit là, dans la tombe, celle de la dalle de granit clair... ces écritures donc me persuadaient - plus encore parce qu'après la mort du jeune aviateur anglais j'ai relu, avant de m'endormir, écrire – que rien que de faiblard, maladroit, au mieux (qui est le pire) banalement correct, ne méritant pas que quelqu'un perde son temps à le lire, ne pourrait venir de moi.
Alors j'ai lu un peu du Monde Diplomatique, un texte de la Revue du Quart Monde sur la fracture numérique et puis, deux minces livres de ma pile
La grande maison à gauche est la confiserie de Fuchs. Tout y est merveilleusement décoré, partout des glaces, des fleurs, des figures en massepain, des dorures, bref, l'élégance la plus exquise. Mais tout ce qu'on y consomme est à la fois ce qu'il y a de plus mauvais et de plus cher à Berlin...(Henrich Heine – lettre de Berlin – traduction de Laurent Margantin – éditions Oeuvres Ouvertes http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article4040)
et,
Elle le suit, mais ici il y a le tri... C'en est fini des vivants. On aperçoit les morts qui marchent lentement, à peine guidés par le personnel en blouse aux bifurcations des jardins. La jeune-femme ne pourrait pas passer sans se faire remarquer. Il y a les quatre de l'accident de la route, toujours en groupe soudé, elle se colle à eux : les morts ne remarquent plus rien des vivants qui les entourent. Elle passe la zone de tri, c'est comme sans doute une scène de guerre, ligne de démarcation, passage d'un clandestin à la frontière (François Bon – John Doe et autres récits avec mort – tiers.livre éditeur http://www.tierslivre.net/tiers_livre_editeur_francois_bon.html)
et puis, mais là je n'ai lu qu'un poème, un des plus courts, parce que ce petit livre reçu aujourd'hui, Île en ailes, édité par Jacques Flament http://www.jacquesflamenteditions.com/nouveautes/ qui regroupe certains des textes poétiques que Jean Diharsce publie sur Facebook (suivez le si ne le faites déjà) et qui me sont entrée dans le jour, je vais le lire avec parcimonie quand le besoin en sera
Il me revient le chaud de cet été parfait, un soir de plénitude où les mots se noient, un chemin dans les blés au bout d'un jour intense et l'odeur de cheveux au creux d'un cou blotti. Un instant où plus rien ne ressemble au connu, quand la pression des doigts invente la rencontre, un baiser sur la bouche sidérant la chouette. C'était hier, ailleurs, je me trouvais en toi, la lune souriait.
Et pour finir j'ai regardé les gilets jaunes faire du tourisme sur les quais rive gauche, en souvenir de mes détours pour rentrer à pied du bureau les soirs d'été où je n'allais pas au théâtre.

samedi, janvier 05, 2019

Un peu lamentable.. et puis

un peu – juste un peu, ne veux être cruelle, surtout avec moi - lamentable petite vieille, mais pas tant que ça - en connais qui me font honte – qui frissonne en se réveillant parce qu'il fait 2° dehors et quelques degrés de plus dans l'antre, qui attend le début d'après-midi pour s'en aller, s'imaginant jambes molles, crâne saisi malgré le bonnet et vertige balladeur, jusqu'à en rire puisqu'elle avance, faut bien le constater, sans problème réel, pour apporter - faute un peu de chevance et surtout d'être capable d'être utile, par maladresse, faiblesse et manque de la générosité nécessaire pour rester malléable, en attente, disponible – une petite contribution à la liste de besoins : planches à découper et grands couteaux de cuisine (à l'usage exclusif d'une cuisine) rue Pasteur, dans le local réquisitionné par Rosemerta https://www.voxpublic.org/Association-Rosmerta-Avignon.html
un bref échange, un accord avec la merveilleuse badame-gouvernante pour des aides ponctuelles
et un retour un peu moins cahotant, sous un ciel en pleine éloquence, vers l'antre
pour retrouver les deux livres envoyés par tiers.livre.éditeur http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4014, les ranger dans ma pile, mais choisir,  comme je le fais devant une boite de chocolat, pour la fin du jour, légendes de Daniel Bourrion (chez publie.net https://www.publie.net/livre/legendes-daniel-bourrion/) - si ne le faites pas déjà, vous devriez suivre sur Face Ecran https://www.face-ecran.fr/ sa sorte de journal et les textes en cours (actuellement la dispense et une nostalgie Woodstock)
Légendes donc qui reprend de courts textes anciens
langue que j'aime tout particulièrement
Cette langue n'est pas ma langue. Cette langue que je parle là n'est pas ma langue. Cette langue que je parle là m'a été toute apprise sur les bancs d'une école comme j'avais trois ans par deux bonnes soeurs à cornette noire...
et quelques pages plus loin Tout cela parce que je viens d'un pays de frontières, d'un lieu qui n'est pas que de passages fait de terres qu'on envahit et qu'on traverse en y laissant à chaque fois des tombereaux de soi, je suis d'un pays qui n'a peut-être même pas de langue propre, de langue à lui, et moi dedans, avec ma langue désapprise et cette autre avalée après que la première a été perdue, je ne sais plus à force de quelle terre je suis...
litanie
Procession que nous faisons derrière la charrette lourde à pompons noirs du bois seulement du bois rien d'un tissu même si plus bas et soulignant toute la plateforme était un crêpe feston flottant aussi dans le vent aigre le vent glacé...
la petite fille dans sa robe claire
Il y en a des brassées un peu partout dans la maison là-bas construite après le grand incendie par des hommes maintenant tous disparus ou presque que j'ai vu ensuite, bien ensuite, tous les dimanches ou quasiment...
19 francs
Géronimo, j'y suis entré la première fois quand ils étaient encore petite librairie à côté de l'université. La boutique faisait le coin, on y voyait des bouquins posés partout... texte d'apprentissage et de reconnaissance
trois quatre-vingts
Je suis retourné dans la ville et chez l'Indien, j'y suis retourné pour essayer de retrouver le livre de Jean Echenoz, pas le mien forcément qui est maintenant je ne sais où s'il a été revendu par le bouquiniste de la fin de mon livre, celui que j'ai écrit moi tout seul...
Bon, simplement, une jolie couverture et surtout 110 pages que je vous recommande.


dimanche, mars 11, 2018

Croyais n'avoir rien à dire

ciel morne, carcasse entre flou et gribouillis, la décision d'aller voir, parce que le cloître Saint Louis, parce que le titre, parce que des photos de petites créatures blanches sur la page Facebook de Caroline Gérard, devient moins pressante (j'irai certainement avant le 30 mars, alors imitant en moins pertinent le billet de Dominique Hasselmann https://hadominique75.wordpress.com/2018/03/10/miettes-agrandies-dun-jour-1-2/ une cueillette vraiment au hasard au fil de ma boucle remparts/poubelles, cigares, retour
au fil du chemin
des détails de la ville
ciel gris sur blanc-gris
et pour le reste du jour, déjeuner, saluer le bleu semé de blanc au dessus de la cour, sieston, tilleul et puis lire plusieurs articles du Monde Diplomatique, un peu d'Alternatives Economiques et m'installer avec mon kindle pour déguster Lieux de Daniel Bourrion https://www.publie.net/livre/lieux-daniel-bourrion/, aller, en train, en auto, non sans détours dans les saisons, les ans, les morts etc... vers la cuvette dans le plateau, la maison... Il est tard déjà. Dehors, c'est un visage et son propre visage qu'on voit se refléter dans la vitre parce qu'on a fini par arriver, prendre le dernier virage qui juste au niveau du cimetière fait une bascule surprenant chaque hiver le pressé qui finira sa course au fossé, rarement avec plus de dégâts que quelques tôles mâchées sur les bords de la boue, la courbe traîtresse se faisant aider de plus par le verglas quand elle le peut pour déclencher quelque accident, rien de méchant le plus souvent, donc, juste de quoi maintenir une tradition permettant de sortir le tracteur dont il est à se demander s'il sert encore pour d'autres tâches, d'autres labeurs, afin d'aller remorquer l'imprudent, lui faire la leçon, le laisser repartir mais doucement cette fois, chat échaudé etc., ralentir devant la maison toujours connue, s'extirper de l'habitacle, tirer du coffre les sacs qui sont ce qu'on emporte de soi lorsque l'on craint un peu de se perdre soi-même, remercier le conducteur, sonner... et Brigetoun, se demandant pourquoi diable c'est ce passage ci, mais pourquoi pas, qui l'a arrêtée, même pas au quart du texte, pour le recopier, continue, suit, en freinant parfois, revenant le long des lignes, le mouvement des phrases, en écoutant, pas trop fort pour se marier sans s'imposer aux mots, en décalage mais bon accompagnement, passages de Ravi Shankar et Philip Glass (long et lent)
(et puis Ravi Shankar avec Menuhin etc...) continue en suivant le mouvement des phrases, dans ce lieu, la maison, le village de maintenant et les maisons d'avant, d'avant l'écrasement de la guerre, les gens et les gens d'avant, la vie matérielle de ce-là vers lequel on est venu, le présent et toujours le passé qui revient avec, et le basculement dans le futur, les bois, la toponymie, etc... (à vous de découvrir le etc.. qui est, saveur douce ou rude, les formes que prend le temps) jusqu'à, dans la nuit tombée, fermer le kindle parce que c'est la fin, qu'il est temps d'éplucher les patates, de faire un tour sur internet, sans les oublier les patates sur la plaque, comme hier (mas pas grave).


mercredi, février 14, 2018

Depuis l'antre, en dérive

un cul exhibé
un pot renversé conte
vent tourbillonnant
mais le calme est revenu
nous laissant lumière bleue
si ce n'est que bien entendu, le calme en s'installant a lentement ramené des nuages jusqu'à installer une couverture blanche sur ma cour
matin, après un premier tour sur les blogs familiers, eu le temps ayant ouvert la vidéo du dernier service de presse de François Bon https://youtu.be/lW4NZt8zXd8 de la déguster tranquillement, avec plaisir et curiosité chatouillée mais en me défendant de désirs, sauf bien entendu pour le nouveau livre de Christophe Grossi qui paraît dans une semaine environ ou un peu moins, parce que le désir était déjà là et l'achat programmé, mais rien d'autre puisque j'ai six ou sept livres en attente, peu de sous disponibles dans l'immédiat, moins encore de place, et une très grande envie de ne céder à aucune sollicitation immédiate, pour relire, relire, ce projet que j'ai toujours, cette envie contrecarrée par ce que je vois passer sur Facebook (et tant pis pour tout ce que je manquerai... cela ne fera qu'ajouter à l'immensité de ce qui me restera inconnu)
De relire et puis de lire lentement et, par exemple, comme en lisant le Quichotte, autoportrait chevaleresque, et sans que cela diminue ou interrompe le plaisir que j'y prenais, j'ai fait de petites incursions dans le Quichotte de Cervantès, là en commençant le Bernard-Marie Koltès d'Arnaud Maïsetti (chez Minuit) j'ai sorti les lettres de Koltès, publiées également par Minuit, et les relis (ce que n'avais pas fait depuis plusieurs années) en même temps ou plutôt à la fin de chaque chapitre, et lundi soir, avant d'en venir au III Les Amertumes, ou l'écriture de plateau je suivais le jeune homme ébloui par New-York
Huit jours à New-York, jusqu'au 25 septembre 1968 ne suffisent pas à approfondir l'indescriptible expérience. Beauté de la ville : non pas l'harmonie confortable d'une forme posée face à soi, mais plutôt ce mélange de sauvagerie et d'incompréhension qui fabrique de la vie lâchée au-devant et qu'il faudrait rejoindre.
A son ami Bichette il écrit le jour de son départ de New York: «J'ai trouvé
ma place
sur ce monde...» (Arnaud Maïsetti)
mais avant cette lettre, dans une assez longue lettre à ses parents New York n'est vraiment comme aucune autre ville du monde : c'est comme un grand sac où l'on a mis tout ce qui ne cadrait pas ailleurs : rien ne surprend, mais rien n'est ordinaire. Dans les rues on est pris en sandwich entre deux tranches de gratte-ciel dont on ne regarde jamais la fin en haut. Les immenses voitures filent, ça klaxonne, les sirènes de la police crient sans arrêt. C'est sale, c'est bruyant et c'est magnifique...
Seulement, comme, peut-être, j'ai une timidité ou un désir pervers de retarder le moment d'aborder les vrais débuts théâtraux de Koltès, j'ai puisé cet après-midi dans mes souvenirs et dans la malle aux trésors publie.net pour suivre des découvertes de la ville (avec des images de surcroit) à la suite de Jean-Pierre Paringaux et Laurent Herrou («L'emploi du temps» https://www.publie.net/livre/l-emploi-du-temps-jean-pierre-paringaux-laurent-herrou/ on avait un guide de manhattan par quartier, que l'on consultait à certains moments privilégiés, quand on buvait un café dans un starbucks par exemple, en anticipation de la prochaine heure, de la prochaine destination ou du désir suivant.... et de Daniel Bourrion («Cette ville n'existe pas», vous le recommande, https://www.publie.net/livre/cette-ville-n-existe-pas-daniel-bourrion/) une photo de gens assis dans le métro Eux maintenant reflets de femmes et puis ceux d'hommes comme affaissés dessus des vies toute ressemblantes eux devenus par là tristes poupées sur banc et sans qu'on voit les fils et sans qu'on voit la fin – presque un mantra où donc presque où donc était-ce ?
photo floue d'un homme debout livre ouvert en main dans une superbe bibliothèque Et lui sur le papier figeant donc le temps son déhanchement las une sorte de moine plongé dans sa lecture à voix très haute et forte autour une assemblée d'autres là à vider leurs assiettes écuelles à mâcher leur silence et puis cette question dans quelle ville trouver encore vraiment des moines...
Eh oui, suis pas seule à laisser la bribe aux glissades de l'esprit, comme par exemple la fantaisie de mon esprit qui, ne sais pourquoi, m'a fait penser autre ville monde (enfin qui l'était à cette époque) et aller chercher mon Montaigne pour son voyage en Italie et le retrouver à Rome, et puis au lieu de le ranger, glisser vers la fin du volume de la Pléiade jusqu'aux lettres et le laisser ouvert pour relire (là je ne sais combien de dizaine d'années depuis la dernière fois) cette nuit la très longue – dix pages et ce n'est qu'un fragment – et très belle lettre que Monsieur le Conseiller de Montaigne écrit à Monseigneur de Montaigne son père, concernant quelques particularités qu'il remarque en la maladie & la mort de feu Monsieur de La Boétie (suivie si je me souviens bien de trois ou quatre brèves, ou du moins plus brèves, lettres à divers correspondants sur le même sujet.
Et si vous avez eu le courage d'arriver jusqu'ici dites-vous que cela m'a pris un beau gros tas d'heures et que, vraisemblablement, d'autant que je relis toujours quatre ou cinq pages à chaque retour vers une lecture interrompue pour renouer le fil du livre, celui d'Arnaud Maïsetti devrait me donner long plaisir (encore n'ai-je aucune des pièces sous l a main, ayant perdu la seule que j'avais le combat... mais il y a quelques souvenirs..)
Vous demande pardon tout de même...



lundi, mai 06, 2013

Dimanche – petite (mais trop longue, pardon) incursion chez nerval (fr)


Ciel infiniment doux vu par yeux qui s'ouvraient, avec petit nuage blanc ourlé de jaune rosé dans un coin... peut-être illusion, parce que, quand suis sortie après m'être attardée sur internet en doux plaisir, avoir, avec lenteur si détachée que presque languide, décrassé linge et carcasse, le ciel était brouillé, blanc transparent, avec grumeaux et bleu deviné.

Suis montée vers la place (cigares, sans conviction, par crainte du manque), dans une tiédeur attendue et absente (petit vent gai mais un peu aigre, le veston de laine mélangée, le chandail de laine si fine que réduite à une presque inexistence, étaient nettement insuffisants) – ai croisé l'amusement de deux garçons cambalés en curieux véhicule..

ai retrouvé les flâneurs, en kawés, petite laine, mais nonchalance dominicale, les bijoux, les peintres,

de grandes zones bleu évanescent, comme des souvenirs du ciel de la veille...
suis rentrée dans l'antre,

ai poussé (attention, métaphore boiteuse, usée, mais pardon, j'avais des portes dont ne savais que faire, reste d'une matinée de collecte rue Saint Etienne et au début de la mienne, et l'envie de parler de ce site) chez Publie.net http://publie-net.com, la porte de nerval.fr (le principe de cette revue en ligne : http://publie-net.com/espace-pro/web-edition/- abonnement 15 euros), m'y suis promenée, gardant à la fin mon appétit presque intact puisque, irrésistiblement, ai été attirée par relectures, retrouvailles, alors que le menu déjà abondant est bien fait pour titiller ma curiosité (en fait j'ai commencé à en lire plus, mais c'est déjà très long mon billet, ai déjà risque de tuer votre envie, y reviendrai)

Ai poussé la porte et ailleurs
ai retrouvé dans le blanc de Berit Ellingsen, dont j'avais gardé merveilleux souvenir, prose poétique, comme le dit le site, adressée à tu, ce doctorant pris dans la tempête et la nuit du pôle
Pendant que tu dors, on prélève tes rêves comme l’eau fossile, et tes cheveux en désordre et ta respiration gelée....
et ce monde étrange où cela le mêne
Tu perçois un monde blanc, un peu comme le tien, mais plus vaste, plus lourd. Tu aperçois une rive verglacée, et des masses de glace solide dans le blanc. La glace s’est solidifiée selon des cascades plongeantes, des vagues déferlantes, et des éboulis de banquise s’écroulant les uns sur les autres. Dans le ciel, deux disques pâles veillent sur ce monde sans ciller. La glace atteint le cœur de la planète. Ici sommeille un autre océan, de métal liquide agitant lentement des vagues languides.
…..

suis restée dans et ailleurs, ai ouvert il y a quelqu'un de Anh Mat, me suis retrouvée au Vietnam, ai suivi l'être qui y avançait, perdu dans l'étrange, ratiocineur, poursuivi par l'idée de la mort d'un chien
Alors qu’il me regarde en penchant la tête comme attendant un geste de ma part, ma fièvre à son paroxysme réveille d’un coup de sang ce volcan nerveux qui sommeillait en moi jusque-là. Je me mets à lui cracher dessus la lave de ma colère en le rouant de coups du thorax à la queue.,
et son absence de remords revendiquée, proclamée pour se défendre de
Je donnerais tout pour être la statue plantée au beau milieu de cette fontaine que les passants remarquent tout juste du coin de l’œil et sur laquelle ils ne s’arrêtent pas, tant sa solitude de pierre est insignifiante à leurs yeux. Dieu que j’aimerais, moi aussi, être en pierre ! S’ils me regardent de la sorte, qu’ils chuchotent entre eux la main sur les lèvres pour ne pas me montrer du doigt, c’est que ma présence de chair et d’os va jusqu’à les imprégner de crainte, de suspicion, de dégoût, de pitié, d’antipathie !  

L'ai laissé, ai secoué le malaise contagieux qui m'était venu, ai rouvert (pour le souvenir d'une lecture il y a quelques jours, qui m'avait tant retenue en lent parcours que cela a entraîné une vingtaine de petites sentences brigetouniennes, liste abandonnée parce que le voisinage est un peu écrasant, et même si cela affichait sa différence, en petite chanson en mineur, n'oserais jamais proposer quelque chose à nerval..) les très beaux 4 X 40 aphorismes d'Abdelmajid Benjelloun – une présentation qui m'avait préparée à une attention admirative, qui est restée intacte
Nous existons à un millimètre de distance de l’éternité, qui est un silence inversé.
Du pain froid que l’on mange, ma mère dit qu’on le libère.
Le monde entier vient au ruisseau oublier son immensité quotidienne.
Dans le meilleur des cas, mes mots prennent vent.
Il est des êtres qui ne parviennent jamais à l’ailleurs que par le cri.
Picorage forcément dérisoirement frustrant.

Ai changé de zone, ouvert narrations non-fictions
salué 140 tunnels de Dominique Hasselmann avec plaisir (si vous l'avez manqué, je vous le recommande – l'un des textes repris de la collection d'ultra-brefs) ai filé un peu à travers leur diversité
Tunnel des songes perdus au hasard du blizzard, du bazar des cauchemars et du balbuzard envolé, pas loin de la place de la République
Tunnel des choix économiques avec un chef d’orchestre où les musiciens jouent faux, la partition à l’envers sur les pupitres métalliques.
Tunnel de l’autoroute A7 par grand mistral, force 750, en moto on roule soudain penché d’un côté, pareil aux arbres mais sans racines.
Tunnel de la peau, son grain (parfois de beauté), son revêtement lisse, humide, les dérapages contrôlés, sa bande d’arrêt d’urgence.
et le très beau place de la chambre de Michaël Gluck (autobiographie au filtre de l'écriture) que j'ai cité, lors d'une visite précédente, le 18 avril http://brigetoun.blogspot.fr/2013/04/voeux-pour-publienet.html

et puis bien sûr, suis entrée chez Daniel Bourrion, pour né mort («mémoire de ceux qui ne sont plus, prégnance de la terre et des paysages de Lorraine, ce qui a traversé là des guerres. Une prose constamment aiguisée par le rythme et la densité propre à la poésie..» reprise par plein accord de la présentation) parce que ne peux m'empêcher d'aller voir ce qu'il écrit (et en suis rarement presque déçue)
Je suis né mort, je suis né mort d’une mort avant, je ne suis jamais né, je me suis juste glissé dans une vie vacante sans que personne ne me remarque, sans que personne ne m’en empêche, à croire que tout le monde attendait ça, que je vienne là, que j’entre dans cette vie-là qui n’est même pas ma vie à moi...
…
Ce mort que je suis n’est pas tout seul, heureusement pour lui qui n’aurait sans cela que sa seule absence à conter, il va partout accompagné de ses morts, ses morts à lui qu’il a vu passer devant lui, ses morts de poche, ses morts accrochés dans sa tête et qui sont coquillages d’un nacre tellement noir qu’on ne peut y voir rien qui vaille

et tant pis c'est déjà trop, je devrais arrêter, vais juste mentionner, avec le jubilatoire mais pas que Arthur Maçon de Joachim Séné, déjà cité le 18 avril
Au cours de son exil, Arthur Maçon vit le dernier mammouth. Celui-ci se déplaçait à lents cahots de droite et de gauche, encombré par son pelage long, épais, croûté et graisseux, laissant dans la neige de profondes traînées maladroites. Arthur Maçon le vit de suffisamment loin pour ne pas pouvoir attester sous serment qu’il vit bel et bien le dernier mammouth. C’était même de très loin, il y avait du blizzard, Arthur Maçon était emmitouflé de peaux et de lainages, c’était peut-être aussi bien un ours, ou le yéti, ou une grosse pierre, ou une punaise ou un point.

juste mentionner donc, plus long et d'ailleurs logé dans fictions complètes, un texte que j'ai aimé suivre au fil de son écriture, ligne 1044 de Christine Jeanney, dont elle dit Il faudrait que ça puisse se lire comme une rêverie distante, les yeux à peine ouverts. Les lettres apparaîtraient disparaîtraient en surimpression d’images de paysages qui défilent. Chaque fragment/paragraphe vibrerait, soumis aux secousses du train, avec en continu le bruit des rails, et des formes fuyantes étirées par la vitesse dit-elle et c'est exactement ça.
Quelques bribes, au hasard
une forêt, de temps en temps des blocs blancs et énormes, l’un debout, comme une dent géante ; les arbres avec leurs dissemblances, des arbres individus, certains ronds enfantins, d’autres aux bras décharnés, tendus, tordus, sortent du lot, leur sécheresse isolée raye le vert ; une buse figée en haut d’un arbre mort ; elle ignore les grincements du train, que sommes-nous pour elle, un serpent bruyant et massif, inutile, au milieu d’autres détails sans fondement, paramètres périphériques...
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des caravanes, deux, entre deux ifs et un grillage ; un bâtiment neuf pour la plonge, une parabole, des serviettes étalées sur l’auvent et des tongs...
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on se sent lever la tête d’une force irrépressible, devant, avoir besoin d’un point d’appui, signe, trou de lumière, une couleur grosse de mouvements et de formes, on se demande pourquoi toujours un personnage s’agite qu’on ne peut s’en détourner,...
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une femme, une poussette double, un chien en laisse, supposer qu’elle est permanente, qu’elle passe à cet endroit régulièrement, allant, venant, on pourrait la saluer si on habitait là, la connaître, échanger avec elle sur le temps, les visites de la famille, Bordeaux c’est beau, le prénom du petit, l’usine qui a fermé, la fatigue...
Bon, on dira que je n'ai pas fait grand chose.