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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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jeudi, avril 11, 2024

Vent, poème et choeur en début de nuit

 


Souffle sur les rues,

plein d’entrain, charriant du froid..

Mes pas bousculés

Mon visage égaré

souriant de victoire.




Le poème du jour je l’ai emprunté, à l’heure du thé noir  au réglisse et à l’anis, à Li Shang-Yin dans la traduction d’André Markowicz qui l’a retenu pour son recueil « Ombres de Chine »




Le saule


Printemps la fièvre des milliers de feuilles

Branches sans fin qui font tanguer l’aurore.

Le saule est-il  ou non doué d’amour ?

Ce qui est sûr c’est qu’il danse sans cesse.

Papillons blancs dans les duvets du vent

Orioles jaunes dans les branches souples.

D’une beauté à ruminer un empire

Qui donc ne chanterait que des sourcils !





Avant de m’en aller avant la tombée de la nuit dans le fracas du vent déchaîné vers Saint Didier 



pour écouter le concert, intitulé « Miroirs », donné par le Choeur de chambre  Êkhô, ensemble vocal professionnel, mixte et à géométrie variable, sous la direction de Caroline Semont-Gaulon, créé en 2017, concert comprenant




l’Ave Maria de Dimitri Tchesnokov, compositeur Franco-Ukrainien, présent dans l’assistance, composé pour le mariage d’amis, lumineux, un brouillard de voix où circulaient et s’entrecroisaient des lumières avec des jaillissements joyeux.


Le splendide (à mon goût) Stabat Mater  de Jacques Berthier (1923-1994) | dont le fils était présent) |, organiste, auteur de messes, de cantates, d’un Requiem et de chants pour la Communauté de Taizé... où alternent le plain-chant grégorien et des versets polyphoniques, pour une plainte et une tendre supplication.


Le Jérusalem d’Isabelle Chauvalon à la création duquel assistait la compositrice, à la ligne plus simplement harmonieuse, jouant sur les timbres de voix du choeur mixte dans ce qui se voulait (était) une montée vers la lumière.


suivi de l’Exultet de Christopher Gilbert (commande du Choeur pour servir de miroir à la messe de Frank Martin autour de laquelle a été composé ce programme) |  qui était également présent | prenant « sa source dans l’Exsultet à triple chœur de Giovanni Gabrieli, qui utilise – comme Martin dans sa messe – le principe du Cori Spezzati, où les chœurs se répondent et sont spatialisés…. Le langage contemporain à la modalité élargie est résolument assumé, mais les principes compositionnels formels et les dispositifs vocaux s’inscrivent dans la filiation de Frank Martin. »


Pièces introduisant à la Messe à double-choeur de Frank Martin composée entre 1922 (le Credo et le Sanctus) 1924 (pour la seconde partie du Credo) et 1926 (l’Agnus Dei) mais qui ne dut créée qu’en 1963 sur l’insistance de Franz W. Brunnert, chef du Bugenhagen Kantorei de Hambourg, « « En effet, je ne connaissais, à cette époque de ma vie, aucun chef de chœur qui eût pu s'y intéresser. Je n'ai jamais présenté à l’Association des Musiciens Suisses, pour qu'on l'exécute dans une de ses fêtes annuelles et, en fait, je ne désirais nullement qu'elle fut exécutée, craignant qu'on la juge d'un point de vue tout esthétique. Je la voyais alors comme une affaire entre Dieu et moi » a dit Frank Martin3. Dernière phrase qui donne une bonne idée de sa beauté.




À titre d’échantillon, le sanctus de Frank Martin par le Westminster Choir College parmi une multitude d’autres enregistrements sur YouTube https://youtu.be/PFt1-lByifU?si=Cc0B90WT6Z83pXyg 

lundi, mars 21, 2016

Printemps Tang


Puisque j'ai entendu au petit matin que nous entrions dans le printemps, puisque le ciel me semblait bleu en ouvrant les volets, puisque n'avais pas envie de rester avec moi même et ma crise de lucidité, l'idée m'est venue d'aller faire petite, oh très petite, marche dans l'après-midi. Mais puisque à l'heure du miel et de la confiture de gingembre le ciel était blanc, ce désir a commencé à fléchir. Et puisqu'en sortant de la douche j'ai vu traces de pluie sur les carreaux de la cour, me suis installée avec une envie d'écrire.. pour vérifier que n'en suis pas capable.
Alors je me suis retournée vers mon livre-refuge du moment, Ombres de Chine, le recueil de poèmes choisis et traduits par André Markowicz (si le pouvez, vous le conseille, pour les poèmes, pour la traduction et pour la belle préface dans laquelle il évoque ce qui l'a amené à composer ce livre et expose quelle a été sa méthode) – et même si, en montant vers la place de l'horloge dans l'après-midi, j'ai trouvé un ciel rajeuni, j'en suis revenue à ma promenade au temps des Tangs et j'y ai cherché des images du printemps (que je ponctue de mauvaises captures des belles photos de Werner Forman figrant dans un vieux bouquin que je traîne avec moi, l'art chinois - nouvel office d'édition Paris – photos de statuettes provenant de tombes de l'époque)
n'ai rien trouvé chez les deux premiers poètes, mais suis entrée dans le printemps grâce à Song Zhiwen, et tant pis s'il a très mauvaise réputation auprès des spécialistes chinois.. il a été impliqué dans toutes les intrigues de la cour à la fin du règne de l'impératrice Wu Zetian, et a été surtout lié aux frères Chang, qui étaient parmi ses ministres les plus corrompus... il y a ce début du sacrifice à la mer :
Printemps face à la mer – un sacrifice
La nuit – le jeûne pour laver l'angoisse.
Au chant du coq rougeoiement du soleil
Les vagues déchaînées effraient l'aigrette
La terre est vaste – ses confins sont là.... et que j'aime cela (la suite aussi mais tant pis)
face à ce printemps paré, la délicatesse de la cascade au chant d'oiseau de l'heureux Wang Wei
Repos – tombent les fleurs des canneliers
Nuit calme – le printemps montagne vide.
Surgit la lune elle effraie un oiseau
Le cri dans la cascade printanière.
Et chez le grand Li Po d'un long poème, dont le très long titre : poème écrit sur la commande de Sa Majesté dans le parc I-chun au bord de l'étang du dragon lorsque les saules retrouvent leur première verdure et les jeunes orioles chantent de leurs mille façons est en lui-même un poème, je retiens, à regret, le début
Déjà les vents de l'Est ont ramené
     une herbe verte dans le parc I-chun.
Les salles pourpres les pavillons rouges
     tout vibre des auspices du printemps.
Déjà les saules de l'étang du Sud
     ont retrouvé un peu de leur verdure
Une fumée légère virevolte
     au-dessus de la ville de brocart….
Ai même trouvé une scène de printemps parmi les poèmes marqués par la guerre et la politique du dernier des membres de la grande triade, Tu Fu
Pays brisé – monts et rivières restent
Ville au printemps – herbe et arbres foisonnent.
Pleurant les temps les fleurs versent des larmes
Coupé de tout l'oiseau perce le coeur.
Depuis trois mois les feux d'alarme brûlent
Une lettre reçue vaut un trésor
On se gratte la tête – cheveux blancs
Si rares que l'épingle n'y tient plus.
Printemps courtisan chez Han Yü entre deux exils, visitant le domaine de montagne de la princesse Taïping
Dans sa magnificence la Princesse
      voulut que le printemps lui appartienne
Elle éleva des kiosques des terrasses
     d'ici jusqu'à la porte de la ville.
Si vous voulez savoir combien de fleurs
     elle admirait quand elle était chez elle
Le chemin de la ville au mont Zhongnan
     entrait entièrement dans son domaine.
Mais là, ça me donne une envie de fraîcheur, légèreté et naturel…
Chez Meng Jiao chantent l'automne, l'hiver ou l'absence de printemps... mais chez Po Chü-i dans la chanson du regret éternel, un printemps fugacement s'incarne
… Au début du printemps elle a l'honneur
     d'un bain dans le Bassin des Fleurs Candides.
Les sources chaudes lustrent et caressent
     la soie crémeuse de sa peau diaphane.
.. Et c'est alors pour la première fois
     que l'Empereur la couvre de ses grâces.
Visage-fleur nuage de cheveux
     l'aigrette d'or qui tremble au pas des reines
Derrière un rideau tiède d'hibiscus
     ils ont passé cette nuit de printemps….
Et la nature s'est engouffrée avec les poètes vivant à la fin de la dynastie, amenant parmi beaucoup de paysages d'automne, des bribes de printemps,
éclairant un trajet mélancolique chez Li Ho rentrant à Changou au printemps
… Assez de pleurs ! Par la porte de l'Est
Et terre et ciel s'ouvrent à l'infini.
Bourgeons et jeunes feuilles du Li-shan
Le vent fleuri sur la route de Qin
Jeux du soleil sur le palais en ruine.
Les pics abrupts d'un paysage peint
Rouge des fleurs vert délicat des feuilles
Semés sur mon chemin riant pleurant
Mais un parfum soudain descend la route
Selles chevaux brillants de mille feux….
printemps et saules, chez Wen Tingyun
Longues soieries du saule
Douces pluies de printemps
Déjà les fleurs le bruit de la clepsydre lente.
L'effroi des oies sauvages
Des corneilles du fort
Des perdrix d'or peintes du paravent...
et chez Li Shang-yin
Printemps la fièvre des milliers de feuilles
Branches sans fin qui font tanguer l'aurore.
Le saule est-il ou non doué d'amour ?
Ce qui est sûr c'est qu'il danse sans cesse.
Papillons blancs dans les duvets du vent
Orioles jaunes dans les branches souples
D'une beauté à ruiner un empire
Qui donc ne chanterait que les sourcils ?
Et je reste sur cette question, n'espérant guère que vous aurez pris le temps de descendre le long de toutes ces lignes en y prêtant attention, mais qu'importe, j'ai aimé ma promenade immobile.



dimanche, mars 06, 2016

Un samedi de mars

carreaux humides
traces de pluie à l'aube
guerre intérieure
guerre à tous, à moi même
se rencogner, attendre
petit sourire
du ciel entre les branches
bleu s'élargissant
détendre le visage
sur les épaules serrées
et puis vaquer, maladroitement, un peu, obstinée, lentement
et puis le plaisir de trouver une petite sélection des fichaises, du journal du rat:
jour _ trouvé la cuillère : chercher la tasse, imaginer le morceau de sucre qui va avec

nuit _ se creuser une fosse, y passer le temps nécessaire à apprendre le noir, ses nuances, et se remémorer le temps de la lumière avec plus d’acuité, le manque a rempli ma ratière
des todo-listes dans le journalier de leur auteur, Christine Jeanney http://christinejeanney.net/spip.php?article1221
le plaisir de vaguer un peu dans ombres de Chine le gros et beau recueil de poèmes chinois traduits (et choisis) par André Markowicz, passant au hasard, parmi les plus courts, pour un premier contact de Lu Zhaolin (634-684)
chanson de la neige
qui tombe
Chevaux nomades pendant trois automnes
Sur la passe infinie paix des nuages
La neige est sombre – sable des Tartares
Le glace brille – lune de Chine
Les portes de la ville sont d'argent
Le Mur protège la Coté de jade
Tombées comme des feuilles les bannières
Le Fils du Ciel n'entendra pas un nom.
à Li Po (701-761)
chanson du lac Ch'Tu-Pu
Blancs les cheveux longs de trente mille toises
C'est qu'ils ont la longueur de la tristesse
Face au miroir brillant on s'interroge :
Ce givre d'automne, d'où vient-il ?
ou, par exemple, Li Shang-Yin (812-858)
Le saule
Printemps la fièvre des milliers de feuilles
Branches sans fin qui font tanguer l'aurore.
Le saule est-il ou non doué d'amour ?
Ce qui est sûr c'est qu'il danse sans cesse.
Papillons blancs dans les duvets du vent
Orioles jaunes dans les branches souples.
D'une beauté à ruiner un empire
Qui donc ne chanterait que les sourcils !
plaisir enfin, de partir en début de soirée vers le théâtre du Chêne noir pour écouter les Poème d'exil, dits et chantés par Aïni Iften et Serge Barbuscia (bandonéon : Yvonne Hahn), textes de Brecht évoquant son périple du Danemark en Finlande et enfin aux Etats Unis, poèmes, chansons, anecdotes, témoignages, avec des musiques de Kurt Wiell et Astor Piazzola, traduits et mis en scène par Serge Barbuscia

plaisir anticipé de découvrir une facette de Brecht plus intime, plaisir de lire sur le programme que le choix du bandonéon vient de la parenté de destin, instrument né en Allemagne (ne savais pas) et parti trouver un nouveau pays, de lire Promu au noble titre d'artiste dégénéré, Brecht se prête volontiers au jeu du faux naïf auquel il donne le nomde Monsieur Keuner – un monsieur tout le monde incapable de penser comme tout le monde. L'aspect clownesque que revêt malgré lui l'artiste exilé constitue le fil rouge de ce spectacle.Plaisir un peu déçu, malgré la voix d'Aïni Iften, malgré de belles idées, les textes, par un manque de rythme qui surlignait un peu trop.. 
retour en maudissant silencieusement la mauvaise entente des cailloux de la calade et des talons de mes bottes.