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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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vendredi, octobre 05, 2018

voyages imaginaires

me suis mise en retard ce matin en lisant le billet de Thierry Crouzet carnet de route de septembre https://tcrouzet.com/2018/10/01/carnet-de-route-septembre-2018/, son journal en Floride, que j'avais commencé parce qu'un tweet de Marie-Noëlle Bertrand le signalait et qu'il faisait écho (le nom Everglades) à ma lecture passionnée de Philippe Rahmy Pardon pour l'Amérique, mais qui bien entendu n'a rien à voir, sauf la proximité géographique, que j'ai continué fascinée (avec un petit désaccord ponctuel sur le roman qui doit raconter, sauf qu'il corrige sa phrase un peu plus tard) – du coup : me suis interrompue pour faire lit, prendre douche, à dix heures, ai repris lecture et il ne me restait plus qu'un lambeau de matinée ce qui n'avait aucune importance finalement (sauf pour le programme casse-pied de préparation à l'hiver) – ceci dit si pouvez libérer un peu de temps, un conseil asseyez vous et lisez Thierry Crouzet (en prime vous aurez de très belles images) J’ai envie de parler de chacun de nous, de notre rôle de pousseur de grains de sable, toutes nos actions étant aussi importantes les unes que les autres. sauf que tout le monde n'a pas même fermeté d'esprit, même dans ses hésitations.
Et dans la nuit qui venait, m'en suis allée, à travers les contrastes de la ville, vers le théâtre des Halles à nouveau,
les photos et les oeuvres d'Alain Timar, une attente bien serrés et un spectacle qu'avais loupé à regret cet été, spectaclissime… 
Bienvenue en Corée du nord, quand les clowns une fois encore dévoilent le monde, avec Marie-Laure Baudain, Alexandre Chatelin, Laura Deforge, Adélaïde Langlois et Olivier Lopez (lequel met en scène également)
sur le site du théâtre
Ce sont dix jours en Corée du Nord qui sont à la genèse de la création. La compagnie est partie à la découverte d’un ordre fermé, définitif et absurde où le Guide Suprême est capable, par son seul regard, de faire fleurir les cerisiers ! Avec ce travail, les Clownesses rapportent leur vision d’un voyage hors du commun. Danse des missiles, gymnastique rythmique et sensuelle, le quatuor expose ici un témoignage authentique. Fragiles porte-voix des oubliés, des démunis et des oppressés, ces clowns sont aussi de formidables révolutionnaires, contestataires de tous les ordres établis, du pouvoir, de la bêtise et de la force.
Il y avait aussi tous ceux qui l'ayant vu le conseillaient, en juillet, et pour en avoir une idée (même si cela semble un peu facile) le teaser
au fond on comprend que nos deux compatriotes, l'acteur et l'écrivain-polémiste, s'y trouvent si bien.
En fait, le comique, réel, d'autant que la salle, qui était à 50% jeune réagissait bien, tient surtout à leurs maladresses et à leurs désaccords et petites chicaneries, coups en douce (un peu comme la passation de pouvoir l'autre jour) et je jubilais parce que la plus bêtasse aux yeux de tous, la plus petite, qui s'était collée outre le nez une joue un peu difforme, la plus maladroite, celle qui était désapprouvée parce qu'elle insistait à trouver des parallèles entre le Christ et les membres de la dynastie des Kims avait nom Brigitte.
Bon c'est peut-être un tantinet long... un petit tantinet, mais me suis amusée et ça me consolait de ma marche spécialement étrange en rentrant.

mardi, avril 09, 2013

Voulais petites notes égrenées... verbiage fut


Brigetoun, brusquement, s'est sentie trop papillonnante devant la richesse du monde virtuel, et le reflet du monde où sommes enclos, a trouvé coquille, toute de pureté et de solidité apparente – ignorer l'évident risque de bris – s'est rencognée, a passé de temps en temps ses yeux au dehors, en flottaison fugace sur internet, n'a rien fait de disible (ou non avouable) – a tenté de comprendre le monde à travers les indignations qui fusaient en coeur vertueux et outragé.

La lumière dimanche soir était d'opale infiniment doux à l'horizon de ma rue, dans la tendresse fugace de l'air.

Ai frissonné avec détachement en lisant l'amour criminel de Marie-François Goron, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814507166/l-amour-criminel avec un peu de la petite fascination humaine et misérable sans gravité pour le crime, avec le plaisir du style vif de l'auteur, de son ton de fin/début des siècles précédents, de le trouver, avec ses responsabilités, la revendication de ses succès, assez humain pour estimer qu'il aurait été blâmé par une équipe sortante (par l'actuel ministre un peu aussi, moins sans doute) pour laxisme léger, quand il évoque le rôle de la société, quand des petites notes de morale se glissent dans son récit comme
Cela, du reste, la plupart du temps, n’a d’autre résultat que de la faire poursuivre par la justice comme receleuse. — Je me hâte d’ajouter que les poursuites de ce genre m’ont paru souvent injustes. — Ces malheureuses ne peuvent avoir que des idées très rudimentaires sur la morale ! Une d’entre elles, inculpée du recel d’une montre volée par son amant, me disait :
J’ai pas pensé à lui demander son état-civil, à c’te montre !
Toujours, je l’avoue, j’ai été très large pour les pauvres créatures arrêtées dans ces conditions, et je ne les impliquais dans les affaires où figuraient leurs amants que si leur culpabilité était bien démontrée, et consciente ! La plupart des magistrats parisiens partageaient, du reste, mes idées à ce sujet.
Ne sont-elles pas toujours les victimes ? Il faut qu’elles donnent à leur souteneur tout ce qu’elles ont, et quand elles reçoivent de lui un bijou ou une robe, elles s’en vont en prison comme receleuses !
Et j'ai dépassé l'hôtel de Jupien dans le Temps retrouvé

Lundi matin le frais nous est revenu, sans agressivité, s'installant peu à peu en moi pendant ma petite marche dans les rues en travaux, et le ciel était mort.
Ai suivi jeudi et samedi de longs moments des débats à l'assemblée, ai eu un peu de baume au coeur en constatant que, parfois, les députés socialistes sortaient de leur morose, réprobatrice, malheureuse acceptation de la consigne et amélioraient légèrement le soit disant accord unanime (comme si le rôle des législateurs était de donner la force de la loi au renoncement devant des contrats déséquilibrés). Ai frémis de colère en entendant le rapporteur répondre «il y a beaucoup de socialistes et pour certains je vous les laisse» (pas les mots exacts, mais le sens était celui là, et le ton incisif et rapide) à Chassaigne qui appuyait ses amendements sur ce que clame Filloche, qui sait de quoi il parle.

Ai ouvert, comme on prend un bonbon dans une boite, Meydan la place 2 http://www.publie.net/fr/ebook/9782814597273/meydan-la-place-2, l'anthologie d'auteurs turcs contemporains réunie et présentée par Canan Marasligil, ai savouré la richesse que j'ai cru deviner, me suis résignée à perdre la partie sonore à cause de mon mauvais équipement, et fait déjà, le temps d'une tasse de thé, une promenade délicieusement vivante sur le Bosphore avec les photos belles et aiguës d'Erinç Salor qui accompagnent la flânerie littéraire d'Esra Almas, heureuse qu'ils me tiennent la main, me montrent ce qu'il voit, m'indique, elle, l'épaisseur des textes qui l'évoquent,
Naviguer en vapur le long du Bosphore est le moyen de découvrir la ville de l’intérieur tout en étant en même temps à l’extérieur. Le trajet permet une expérience de contrastes et de convergences. Le résultat peut se trouver dans l’appel de la silhouette brumeuse de la ville vue depuis les rives du cours d’eau. Une silhouette tissant des sens immédiats de la ville avec les palimpsestes de son histoire, et des visions pour l’avenir

Samedi soir, opéra, un concert les trilles du diable et Brigetoun un peu étonnée d'être là.
Un quatuor de bonne qualité, le Quatuor Illico, un contrebassiste Stanislas Kuchinski et un violoniste solo Nemanja Radulovic (tenue vaguement cosaque en version balkan, à la sauce Chatelet, une énorme crinière crépue évoquant une perruque louiquatorzième mais noire, des sourcils épais et éloquents, mais : cette théâtralité légèrement agaçante tempérée par un peu d'auto-ironie et le souci de la musique, un vrai talent, un violon au son fruité et allègre)
Stupidité de mon ignorance et mon recul instinctif – une belle exécution du caprice basque et des airs bohémiens de Pablo de Sarasate (même si ne me serais pas déplacée pour cette musique, question de goût) – une pièce d'Aleksandar Sedlar spring in Japan écrite après le tsunami, belleune bonne interprétation du poème pour violon et orchestre de Chausse (mais là encore je n'aime que très modérément), mais deux arrangements pour une chaconne de Bach et un adagio de Mozart - afin de montrer au grand public que la musique classique était une belle chose, nous a-t-il gentiment annoncé -. Seulement, je ne dois pas être assez grand public, et si j'ai trouvé un charme virtuose et sentimental à ces exécutions (ou parce que j'ai trouvé...) j'ai cherché un peu Bach, je n'ai pas trouvé Mozart.
Retour dans une bourrasque hivernale, la pluie glacée et le vent se joignant pour me chasser vers l'antre.

Moments de soleil entre averses, pétales roses et cyclamens ramassés, bambou haut, robuste et passablement fané, quelques bourgeons sur une partie du saule qui semblent se trouver très seuls – la plante courbe qui s'était couverte l'année dernière, pour la première fois depuis trois ans, d'une toison de fleurs blanches serrées et drues, se borne cette année à quelques bouquets qui m'attendrissent de beauté fragile.
Me voici loin des quelques mots égrenés que voulais...
Tout ceci est finalement bavard, assez sot, dépasse les notes lapidaires que voulais, et ce en quoi nous baignons, Cahusac, les réactions, l'enquête sur les paradis fiscaux, ne saurais en parler ici – laisser cela en surplomb.
Juste un peu de narcissisme mais pas que... parler d'un eBook (gratuit chez Immatériel) sur une idée de Thierry Crouzet (et par ses soins) cinquante micro-nouvelles http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782919358496/50-micronouvelles ne dépassant pas la taille d'un tweet, soit 140 caractères, drôles, tragiques, sérieuses, moins sérieuses, pour une lecture diaprée et rapide, réunissant 50 auteurs et pseudo-auteurs puisque Brigitte Célérier s'y est glissée avec cette oeuvre immortelle :
On marche, on tourne un coin, et soudain, devant la porte d’un petit square de l’autre côté de la rue : un revenant se penche sur un landau.
Me demande si j'ai bien fait de revenir charger Paumée, pauvre cher, de ce verbiage

samedi, novembre 27, 2010

Hibernante et pilleuselonguet (prévenir)

Je suis réellement une ourse, simplement légèrement insomniaque, ce qui a mis provisoirement fin à mon profond sommeil un peu avant dix heures (et internet, lui aussi tout engourdi de désirs de langueurs, faseillait) – en tentant désespérément d'émerger de mon coton, parce qu'on nous a appris que le nirvana, s'il n'est pas spirituel, est condamnable, en jetant un coup d'oeil sur twitter, avant de voir que fidèlement elle me citait, avant de rêver aux découvertes superposées de la fichaise du jour http://tentatives.eklablog.fr/fichaises-c399152, j'ai découvert ce que Christine Jeanney avait vu en ouvrant les yeux de sa maison. Et me suis rencognée, engourdie, enfouie.

J'ai fait un demi pas dans la cour, pris la gloire dans les yeux, frissonné de tout mon corps, suis rentrée, ai fermé, me suis massé pensivement le bas du dos au dessus du radiateur, suis revenue avec un toast au miel sur internet, ai trouvé encore de la neige, plusieurs fois, et puis j'ai lu les premières contributions à la construction fictive d'une rue lors de « Livre au centre », http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2354, et, en écho, l'après-midi, chez Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/spip.php?article1180&var_mode=calcul, ai admiré souvent, ai renoncé à tirer des mots de moi, suis revenue sur mes dernières lectures, ai établi un long pillage, (tant pis pour les visiteurs), un peu au hasard, et l'ai posé, tout cru, comme ça, paresseusement, sans ordre autre que la chronologie de mes découvertes ou re-lectures, ni tentative de présentation, en ponctuant d'un peu de notre ciel, tel que le voyais ce vendredi matin, ou les jours récents quand la lumière nous visitait

« Elle balbutia à travers ses larmes :

– C’est... c’est... c’est donc fini d’être une honnête femme !

Certes, je fus à ce moment sur le point de faire une bêtise, une grande bêtise !... Je ne la fis pas.

Je quittai Berthe en rentrant à Paris. J’aurais peut-être été trop faible, plus tard. »

Maupassant - « Joseph et autres coquineries » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503809/joseph-et-autres-coquineries

« Jamais il n’avait cessé d’écrire et de dialoguer avec ses lecteurs. Il était devenu l’animateur d’un réseau de chercheurs de vie, toujours insatisfaits, toujours en mouvement. Ils ne partageaient aucune idée particulière, sinon la certitude qu’il ne fallait pas s’enfermer. »

Thierry Crouzet «La thune dans le caniveau» http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782919248360/la-tune-dans-le-caniveau

«Le champ s'étendait devant eux. Rien n'y poussait, rien d'utile aux hommes c'est-à-dire. On ne voyait pas très bien non plus en quoi ce champ pouvait intéresser les animaux. Les oiseaux devaient y trouver des lombrics. Il était de forme fort irrégulière et entourée de haies malingres, composées de vieilles souches d'arbres et de fourrés de ronces. Il y avait peut-être quelques mûres sauvages en automne. Une herbe bleue et aigre disputait le sol aux chardons et aux orties. Ces dernières auraient pu servir de fourrage, à la rigueur. »

Beckett - « Mercier et Cadmier », si contente de les rencontrer à nouveau ces deux là, et j'ai déjà évoqué ces retrouvailles http://brigetoun.blogspot.com/2010/11/je-suis-allee-chez-le-pharmacien-ce.html

« Une jeune fille grandit dans mes yeux. Plus je les ouvre, plus elle s’étend, se déploie comme un long et large fleuve qui les irrigue. Mes regards purs et pleins d’eau inondent le monde et les choses mouillées ramollissent, prenant leur forme vraie. »

Nikòlas Evandinos – ne sais pourquoi celui-ci parmi les « douze jeunes poètes traduits du grec » par Michel Volkovitch http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503755/douze-jeunes-poètes

« Au coin de la rue Louis-Blanc, les autopompes de la ville de Paris déchargent les excréments dans les égouts. Les employés sont africains. À cent mètres au nord, ils peuvent apercevoir la coupole blanche de la nécropole étrusque du colonel Fabien qui accueille parfois des défilés de haute couture. Le nom de Louis Blanc ne peut plus réveiller mon père malgré leur commune passion pour l'utopie. Sinon il l'entendrait rappeler que la foule est devenue peuple et ajouter deux, trois phrases bien senties. Voilà qui est décidé : le peuple ne se battra plus si le lendemain doit ressembler à la veille. Préparer le lendemain est donc la préoccupation invinciblement commandée aux gens de bien. »

Bernard Chambaz - « Ghetto » cet hommage/discussion

«Sortie de chez soi et de soi ;

Obligation de se détacher de ses préoccupations

Refus de céder à la pression de la rumeur (une communauté fabriquée par les marchands et la réclame) ;

Entrée dans le monde de la discussion, du dialogue qui fait jouer les rapprochements et les éloignements. »

Christian Ruby «Notes sur le travail du spectateur et sur le spectateur au travail de soi» http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501935/notes-sur-le-travail-du-spectateur-et-sur-le-spectateur-au-travail-de-soi

« - Tu touches ici à la thèse opposée, lui dit l'abbé. Certains commentateurs déclarent en effet que l'histoire ne donne à personne le droit de juger le portier. Quel qu'il nous apparaisse, il n'en reste pas moins un serviteur de la Loi ; il appartient donc à la Loi ; il échappe donc au jugement humain. Et dans ce cas on doit cesser aussi de le croire inférieur à l'homme. »

Franz Kafka – « le procès »

« Autrement dit un « mot » ne fut jamais isolé (on l'isole après coup au dictionnaire) mais toujours « total refait » (i.e. phrasé) et en formation, « expans-i-on » ouvrant, opérant, le champ figuratif en figures de son « pouvoir-dire quelque chose ; il peut dire « quelque chose » avec les autres : « toute chose », la « chose », n'est pas isolée, mais chose de choses, « nuage » »

Michel Deguy - « De l'illisibilité » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502178/de-l-illisibilité

« Un projet de roman attisait, si besoin était, ma curiosité du Pays des Aigles. Despotisme, dictature et décervelage serviraient de toile de fond à une intrigue ethno-socio-policière. Le héros, écrivain du dimanche, héritier d’une famille de haute noblesse et fonctionnaire au Ministère des affaires étrangères, allait être invité au colloque. Il y ferait convier son amant, un prolétaire de La Courneuve, deux cents mots de vocabulaire et une syntaxe bancale, en le présentant comme un homme de lettres terriblement taciturne»

Michèle Kahn - « les prunes de Tirana » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503823/les-prunes-de-tirana

«Nous admettrons cette hypothèse : que tout groupe cherche à se maintenir dans l'état dans lequel il se trouvait précédemment.»

Raymond Queneau «Une histoire modèle»

Vous n'avez pas un peu le mal de mer, avec ces sauts par dessus des vides, d'un monde à l'autre, vous qui avez suivi ? Je vous que ça tombe bien (pardon, mais c'est vraiment le hasard)

« S'arrêter face à la mer. Hésiter, un peu, au moment d'affronter les éclats de coquillage qui scintillent et menacent à l'intérieur des rouleaux. Se décider, enfin. Entrer dans l'eau chargée d'écume, forcer, sans tarder, jusqu'aux mollets, jusqu'à la taille, jusqu’aux frissons. Progresser, en sautillant, les mains appuyées sur la peau verte et mouvante. Guetter la prochaine vague, celle qui fera perdre contact avec le fond sableux»

Nicolas Bleusher - «Fictions et confidences » http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782919248209/fictions-et-confidences

« La mer commença de se pommeler d'écume alors que nous naviguions en vue de Butachauques, une grande île au pied de la cordillère des Andes, qui protège un groupe de ses petites soeurs.

Le Pumalin, notre goélette de trente tonneaux, était lourdement chargé de sacs d'huîtres, de moules, de cholgas et de choritos, que nous avions collectés au cours d'une tournée des parcs à coquillages des îles Chauques. »

Francisco Coloane - « le golfe des peines »

« Tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.»

Arthur Rimbaud - « Les illuminations » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500051/les-illuminations

« J’ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse ! Je ne vois même pas l’heure où, les blancs débarquant, je tomberai au néant.

Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse ! »

Arthur Rimbaud - « Une saison en enfer » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500044/une-saison-en-enfer

« quand à la blancheur de cette feuille, c'est encore une épaisse couche de peinture comme celle de ce rectangle, au dos du livre que j'ai sous les yeux, au dos du livre que j'ai acheté en plein hiver dans une librairie d'occasion de Chapel Street ; mais ce qu'elle recouvre c'est un miroir, cette épaisse couche de peinture que ma plume gratte, telle une pointe de couteau, que ma plume fait s'écailler, telle une flamme de chalumeau, pour me révéler peu à peu, au travers de toutes ces craquelures que sont mes phrases, mon propre visage dont mes malheurs et mon acharnement lavent peu à peu le noyau de quartz hyalin, mon propre visage et le tien derrière lui, Bleston, le tien miné de guerre intime, le tien qui transparaîtra de plus en plus fortement, au point que l'on ne distinguera plus pour ainsi dire, de moi-même, que le brillement des iris autour des pupilles, et celui des dents autour de la langue, le tien se consumant enfin dans son incandescence amplifiée, cette blancheur que je dénonce, semblable au silence du dormeur que lézarde après coup le souvenir de ses rêves. »

Michel Butor - « L'emploi du temps » - pourquoi diable étais-je passée à côté ?

Bon, vous fais grâce de Lautréamont, parce que le passage merveilleusement éructant que j'avais choisi dans « Poésies » était tout de même vraiment trop long...

Et puis, après une montagne (enfin une colline, un monticule, un tas) de repassage, et diverses autres choses, me suis endormie, ai eu envie de musique, ai regardé « la flûte enchantée », ai réalisé, juste un peu trop tard, avec une confusion à moitié sincère que j'avais un billet pour la représentation « tout public » d'un spectacle de danses pour enfants et plus « zafari et fantasmo ».

Me suis maudite, sans virulence.

dimanche, mai 02, 2010


Crachotante, pliée en deux, yeux, nez et bouche en liquides, me demandais devant les gouttes d'eau qui s'écrasaient, rares et molles, dans la cour si vraiment j'allais remplir le programme que je m'étais fixée.
Et, bien entendu, quand je suis arrivée aux remparts pour le départ de la manifestation, elle était très, très loin d'être prête au départ, ce dont tout le monde, dans la bonne humeur (avec un petit regret devant la relative maigreur de notre troupe, plus conforme aux habitudes que les dernières manifestations), ce dont tout le monde, donc, se moquait tranquillement, sauf, un peu, Brigetoun qui regardait sa montre.

Ai circulé, ai plaisanté, aurais admiré les brins de muguet si je ne détestais pas cette fleur sauf quand j'en vendais, ai photographié, ai regardé le ciel,

et, justement, à ce moment, un coin de bleu m'a, nous a, salué.

Le cortège s'est ébranlé – et j'ai sauté de groupes en groupes, usurpant des appartenances, pour avancer vers la tête, ou allant d'empathie en empathie

pour abandonner un peu après Monoprix (ce qui s'est révélé avoir été le déclic pour ceux que j'ai retrouvé par la suite devant le mur), allongeant le pas (et voyant alors en regardant les jambes que le pantalon kaki, que j'avais saisi et mis en décidant de m'habiller plus chaudement que prévu, était bizarrement gris clair) pour regagner mon antre, mettre anchoïade, pommade de tomate, tapenade et bouteilles dans le panier préparé et entreprendre l'assez court trajet qui me séparait du mur.
Je constatais de pas en pas que ma charge n'était pas à mon échelle, l'anse passait d'une main à l'autre, les touristes flânaient dans mes jambes devant les cotonnades, les torchons brodés d'une cigale ou d'un pont, les santons habillés, les pots de tapenade et les flacons de lavande et autres.

Je suis arrivée dans les premières, avec un quart d'heure de retard, et nous avons parlé, un peu bu, un peu mangé. Le groupe a grossi légèrement. C'était sympathique, et j'ai royalement loupé toutes les photos sauf à peu près celles-ci.

Le ciel passait du couvert au bleu, la chaleur montait, mon chandail était «trop», mes trois gorgées de rosé et ma mini tartine d'achoïade absurdement salée et de tomates l'étaient tout autant,

alors, un peu avant une heure, les ai quittés, ne laissant derrière moi que quelques verres (pas en verre), quelques galettes et quelques olives, et suis rentrée, carcasse couinant et panier léger.

Mais, après les pâtes et le lieu, me suis enfoncée dans une sieste qui a gommé tout le reste du jour, ou presque. Juste le temps de reprendre la lecture jubilatoire des 295 idées de Thierry Crouzet
«J’ai eu l’idée de ne plus être hypocondriaque, mais ça n’a pas suffi.
...
J’ai eu l’idée de lire l’Ancien Testament. Quand j’ai découvert que la tour de Babel n’y occupait qu’une ligne, un mythe s’est écroulé
des idées religieuses, philosohiques, sur l'édition et le numérique (bien entendu) ou politiques qui me semblaient plutôt sensées, d'autres moins (cette croyance qu'internet = démocratie qui raye une bonne part de l'humanité) des idées légères et des profondes dites légèrement, des idées détaillées, plus ou moins longuement, et puis, parmi les plus courtes, un peu au hasard :
«J’ai eu l’idée que la musique techno initiait les jeunes à la musique dodécaphonique. Mais je me trompais : Schönberg n’est pas plus écouté que par le passé.
J’ai eu l’idée que les hommes croyaient pour se donner un but à leur vie : plaire à Dieu.
J’ai eu l’idée que les athées avaient un but tout aussi simple : plaire à leurs semblables.
.
J’ai eu l’idée que l’été commençait quand il faisait bon être à l'ombre.»