commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
Affichage des articles dont le libellé est juliette mezenc. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est juliette mezenc. Afficher tous les articles

mercredi, mars 20, 2019

bribes de lectures

Lumière sur la cour, mais repassage, ménage, avec l'énergie que me donnait l'énervement provoqué par l'écoute du tout début de la rencontre entre Macron et les intellectuels choisis (à part peut-être l'intervention de Dominique Meda), écoute à laquelle j'ai mis fin dès le petit tas de linge dûment défripé.
Passage du facteur avec une enveloppe à bulle (entre autres choses) contenant le tout récent livre de Juliette Mezenc publié aux éditions de l'Attente, avec une belle couverture de Stéphane Gantelet, un conte sorcier https://www.editionsdelattente.com/book/des-especes-de-dissolution/
Il revint une nuit en rêve dans un grand champ du plateau ardéchois, où il s'était allongé l'été précédent sur une herbe brûlée par le vent. Il avait fermé un temps les yeux et lorsqu'il les avait rouverts : un oiseau de proie planait entre lui et le soleil/ Au matin, l'idée avait trouvé un lieu...
Au début de l'après-midi résolument calme, lecture, avec, presque toujours, l'attention qu'ils méritaient, des 50 hommages à Antoine Emaz réunis et édités sur Poezibao par Florence Trocmé et Ludovic Degroote https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/03/dossier-50-hommages-%C3%A0-antoine-emaz.html
entre autres, de Matthieu Gosztola
Chaque poème d’Emaz est force percussive du peu, au plus près des choses, au plus ras du réel. Il s’agit de dire ce qui est. Précisément. Le poème est os, le plus souvent, même si parfois il est coulée de boue. Pour que la précision puisse être absolue = effective, les mots doivent être choisis avec beaucoup d’ardeur froide, faits eux-mêmes de peu, puisqu’il s’agit de dire le peu. Aussi Emaz utilise- t-il une langue commune, pour relater ce que chacun (« on ») peut vivre...
de Jacques Ancet
Limite n’est pas, comme on le dit banalement un « beau livre ». C’est un livre si intense dans sa justesse, dans ce peu, ces « bribes de rien » dont il est fait, qu’il est, pour moi, en quelque sorte la quintessence de la poésie d’Antoine Emaz. Oui, la vie, malgré : l’expression résumerait bien ce qu’il me reste de cette lecture : cette force dans la faiblesse, ce courage dans le désespoir (« on voudrait être à la hauteur du jour »), ce petit bruit obstiné, là, sous les mots — quelque chose de verlainien (« l’été entier / dans le clos bleu / et l’épaisseur de l’air // les bruits de la ville / de la vie loin autour... »)...
de Jacques Josse
En réalité, il aura tourné autour durant plus de trois décennies. Il n'aura cessé d'interroger, de tenter de comprendre ce qui affecte et peut déstabiliser tout un chacun : la fatigue, la peur, le dur à vivre, le peu qui nous est donné en retour. C'est ce qui fonde, pétrit ou fracasse toute vie ordinaire qu'il aura exploré. Il l'aura fait avec patience et obstination, avec son ressenti, son être à vif, ses mots coupants, son énergie, sa nervosité, en utilisant à dessein un vocabulaire simple et usuel....
et de Florence Trocmé
La mort d’Antoine Emaz, je le savais mais je m’en suis rendu compte mieux encore en composant ce dossier avec Ludovic Degroote, est un vrai séisme et ébranle en profondeur notre monde poétique. En raison de ce qu’il était et pour la haute qualité de son œuvre....
série d'hommages qui vient compléter le «dossier Antoine Emaz» constitué en urgence et publié sur Poezibao https://poezibao.typepad.com/files/dossier-antoine-emaz.pdf le 7 mars, à partir des publications antérieures, avec des notes de lecture, des entretiens, des études, une rencontre et enquête, un feuilleton en 2013 et bien entendu des poèmes
dont, le 9 mai 2011 cet extrait de lichen, encore (Edition Renauts 2009)
Je ne sais pas d’où vient ma voix : elle colle aux mots comme elle peut. Pourtant, j’ai entendu le poème en l’écrivant ; ce n’était pas visuel, c’était d’abord sonore. Le regard pouvait très bien se fixer ou errer sur un coin de table ou de fenêtre ; d’un coup les mots ont rompu cela et occupé tout l’espace mental. D’où venaient-ils ? Je n’en sais rien. À chaque fois, je n’en sais rien.
Ils sont venus. Assez pour que je puisse continuer de creuser sur leur lancée ; toujours sans bien comprendre, mais en sachant qu’il fallait continuer. À force, j’ai commencé à voir ce qu’ils disaient, mais dès lors, ça a commencé à freiner. J’ai continué jusqu’à presque plus rien. Je voyais mieux, mais c’était de plus en plus lent. J’ai continué jusqu’au bout, sur l’erre. Là, en fin de course, un moment, j’ai vu d’où venait le poème mais tout était figé, fixe, fini. J’ai eu froid, je me suis senti seul, peu de temps, mais très seul. Ensuite, je n’ai plus vu la page, ça s’est refixé sur la table, la fenêtre, le pot de fleurs... il était tard.
Le lendemain, j’ai relu les pages. J’ai entendu comme un son faible et il y a eu de nouveau comme un léger décrochement de voir. J’ai commencé à travailler, déblayer, très lentement, comme pour désencombrer la voix qui s’était chargée jusqu’à cesser. Des jours, à écouter, revoir, relire. Il s’agissait comme de fouiller doucement, longtemps. En bout de course, il devait y avoir un poème qui me prenait la voix et ne me laissait plus que l’effort (parfois écœurant) d’émettre. Une chose est sûre : un jour ou l’autre, on perd définitivement la parole. En ce sens le poème est une entreprise désespérée, une sorte de voix de haute-contre, une voix de tête, qui assume déjà la perte de l’organe vivant....
(j'espère que je serai pardonnée)


mercredi, novembre 19, 2014

Elles


chuter dans l'éveil, croire le sentir, étendre bras, renverser quelque chose, trouver la poire de la lampe, laisser cette fichue ampoule faire lumière lentement pendant que cerveau tente une remise en ordre et que migraine s'échauffe tout doux, redresser réveil puisque c'était lui, voir que six heures sont depuis longtemps passées, rouler sur soi, se retrouver assise, se redresser presque, un pas, pivoter, se poser sur chaise, bouger souris, voir l'écran s'allumer, chercher les cosaques, voir qu'un nouveau texte est publié, bénir l'auteur – petit sentiment de culpabilité, et de cette certitude croissante que suis pas cap - lire, aimer, tweeter, regarder dans liste, avoir autres plaisirs ou intérêts, et puis se lever, ouvrir volets, faire café, prendre une cuillère de miel, une de yaourt, méditer en se massant reins au dessus du radiateur – retourner s'asseoir sur lit – regarder le mac d'un oeil un peu torve, penser paumée, penser cosaques, penser suis nulle
chante cafetière, le ciel est mou et d'une douceur un peu fade mais bénévolente, se vouloir ainsi
café, toast, sur une impulsion passer serpillère dans pièce, repasser trois chandails, une vieille robe, deux jeans, douche, pantalon de velours, vieux polo sous gros tricot de coton, et maintenant…
risquer quelques pas dans la presque douceur de la cour, saluer la fatigue extrême des boules blanches en équilibre sur leur pente finale..
descendre la marche vers la chambre, s'asseoir dessus, poser mon menton sur mes genoux, en petit salut à l'ado complexée qui ne veut pas mourir, ramasser sur le chevet elles en chambre, bloquer la petite poussée d'auto-ironie et chercher de quoi peupler http://brigetoun.worpress.com, aimer ce qui est dit dans la chambre collective sur les ateliers d'écriture (enfin, en gros, devriez vous le procurer et le lire) reprendre le début, la chambre de Danielle Steel (ignorais son existence et crois que continuerais, il semble que dans les lectures anarchiques qui ont peuplé, un peu trop, ma vie, j'ai souvent eu la main heureuse), Sylvia Plath, Shahrnoush Parsipour c'est trop.. et puis reprendre lecture et s'arrêter, une évidence, chez Nathalie Sarraute..
Déjeuner, siester, regarder ceci, et tant pis pour longueur, avoir, appétit revenant, envie d'évoquer ce sur quoi m'étais endormie, la visite à la fin, des chambres d'écriture de femmes que je lis, avec plus ou moins de constance, que je crois connaître un peu, j'ose avoir idée d'une idée d'amitié, au moins d'une sensation, et pour deux desquelles je garde, flottant à l'arrière plan des mots que je lis, le souvenir d'une voix, d'une silhouette, d'attitudes
Alors juste, reprendre les quelques mots par lesquelles Juliette Mezenc (qui est à la fois l'auteur du livre et dans mon esprit l'une d'elles, les bonnes et touchantes) les introduit, et choisir un lambeau de ce qu'elle cite
Marie Cosnay- un long et beau texte où je cueille
Il y a eu et il y a encore la chambre du Sergent Marcel Duhau, la maison qui prendrait le large si elle pouvait, qui partirait roulant, jardin chambres couloirs et cuisine vieille, vieille. Chambre à partager, on va essayer, essayer autrement.
Il y a là autre chose. Il y a, non touché, interdit d'accès, nommé, nommé (les enfants à qui veut ou ne veut pas les entendre : le bureau de maman, interdit), le bureau…
Liliane Giraudon
Je me suis toujours battue pour «une chambre à moi», dormir seule etc. Ce que j'appelle aujourd'hui ma cabine car elle est petite comme une cabine de bateau et encombrée de livres. Le lit a la taille d'une couchette. J'y dors.... Ce qui me permet d'écrire ailleurs, par petites salves et pulsions paragraphes ou lignes démontées et déposées comme des couleurs…
Christine Jeanney
.. Alors ma chambre, c'est sans doute la place du corps lorsque j'écris.

une place vague, changeante, pétrie dans la vie qui déborde, débordante. Une place intérieurement bousculée, désaxée, parce qu'elle ne tient pas dans les limites du corps, ses défaillances – celles qui tordent les mots ou savent insuffler des forces inattendues – et parce qu'elle ne se place pas non plus par-dessus lui, dans un lieu idéal, spirituel.
Anne Savelli
Ecrire. Un jour réussir à écrire à côté de quelqu'un qui écrit, mouvements parallèles des doigts et silence tacite même au milieu du bruit. Ecrire ensemble ? Ecrire côte à côte sans poser de questions, sans montrer ni demander à lire. Ecrire en présence d'un corps, vision périphérique qui laisse concentrée, rythme les paragraphes…
Emmanuelle Pagano
Maintenant, il faut écrire hors du corps, hors de la vie, hors du mouvement. Se rassembler. Il faut souffler. Comme toute petite je m'enfermais pour penser, je me retire pour écrire. Je me suis choisi cet espace pour mon corps, une chaise, choisie, choyée, à la limite du fétichisme, une attache…
Cécile Portier
parmi les entrées, prendre (pourquoi ? comme ça)
11
C'est comme si, à force de viser le coeur de l'oignon, j'avais fini par y être accueillie. Mon travail c'est tellement dans les failles. J'écris au coeur du coeur du vide. Ô comme j'affectionne ces petits lieux tout à la fois confinés et très ouverts.
12
Mais je fabule. Je vous fais croire de mon écriture c'est une chambre, quand c'est une arme de poing. Elle tient toute entière dans ma main. Elle me tient…
et Juliette Mezenc, elle-même
.. Mais j'ai maintenu chambre parce qu'il se trouve que, justement, n'ayant pas chez moi de bureau ou pièce spécifiquement dédiée à l'écriture, j'écris le plus souvent dans ma chambre, ou plus précisément sur mon lit, souvent au réveil, parfois très tôt, dans cette bande d'espace-temps qui peut se cultiver, s'étirer un peu... Dans cet entre-deux (entre le sommeil et la journée qui s'annonce avec ses sollicitations, rencontres joyeuses et tracasseries ordinaires) pour moi propice à l'écriture.
Et voilà que j'ai pris conscience de l'odeur, ai trouvé patates en train de cramer, ai sauvé ce que j'ai pu, reviens... vois le fichier, pleine de honte, me dis garder le pillage, jeter le début.. et puis tant pis.. pense cosaques, m'assieds devant des catalogues de peinture et autres on verra bien.

lundi, juillet 15, 2013

Festival – jour 9 – calme - plaisir d'Etant donnée à Villeneuve


petit tour pied nu dans la cour, cheveux en broussaille et les dernières forces des roses - lassitude délicieuse

décommander voiture gentiment proposée pour aller déjeuner à Villeneuve afin de dorlotter carcasse (repas à ma mode, au calme), appeler un taxi en tout début d'après midi, 

se faire déposer devant la collégiale, profiter un peu du charme de Villeneuve

jusqu'à la chartreuse, mon but, puisque la seule raison de cette promenade était de venir voir - comment s'en priver - Étant donnée, le résultat partiel, mais quelle belle partie ! (essayé d'en parler dans files d'attente spectacles) de ce travail suivi d'un peu trop loin pour mon goût, passionnant (et puis les deux jeunes femmes Cécile Portier et Juliette Mezenc sont belles, intelligentes et émouvantes – amicales de surcroît, et le travail de Stéphane Gantelet aussi réussi qu'intrigant pour l'ignorante que je suis) http://www.kisskissbankbank.com/etant-donnee

Plaisir de l'atmosphère calme, détendue. Pour attendre le début du spectacle (et zut un moment de panique ridicule et sans suite) se promener dans trois salles devant les installations de Alexandra Loewe et, si j'ai bien compris, le collectif La Fracture numérique (n'ai pas tenté les puzzles)

Ai rapté deux photos (j'espère être pardonnée) sur


Etant donnée est une interrogation poétique sur nos traces numériques, qui prend la forme d’un projet artistique hybride : - c’est une énigme à regarder jouer en performance scénique mêlant installations plastiques et multimédia ; - c’est une fiction transmédia sous forme de site web, où il sera possible de naviguer entre les textes, les «traces» des performances et installations, et bien d’autres dispositifs.

Progressivement s’est construit un personnage, qui s’est révélé être une femme. Elle est née de l’exploration des bases de données de l’INSEE et de l’INED, de tâtonnements dans diverses études (marché, rendus de sondages, d’enquêtes), d’errances dans d’innombrables sites web (proposant force diagrammes et lectures critiques des statistiques). Cette femme, à qui un nom (lui-même issu des statistiques) fut donné, on l’a vu vivre et évoluer pendant quelques mois sur le net. Puis elle a disparu. Et c’est au moment où on la retrouve, ignorant tout de son antériorité, que commence Étant donnée.




ou s'appuyer sur Duchamp pour partir du « contrat » suivant : « Étant donnée une femme retrouvée nue, amnésique, à “rhabiller” de toute sa vie grâce aux données numériques collectées sur elle à ce jour. »

bon, ça c'est un rien schématique, mais il y a le site pour suivre recherche, avoir le synopsis du spectacle (allez-y voir)... et puis il y a la beauté passionnante, délicate de ce qui est montré, avec le soutien, l'apport, l'aide de Stéphane Gantelet et, de plus loin, de ceux qui ont participé au projet directement ou à d'autres parties de cette recherche foisonnante... il y a la beauté délicate et passionnante du spectacle, à leur image (et me souviens de l'accord de ceux qui avaient assisté cet hiver à la préfiguration, et j'étais heureuse de l'accueil qu'elles semblent avoir reçu en Russie).
Tout ceci je l'avais préparé avant de partir – en fait j'ai été impressionnée par la perfection de ce qui est, maintenant, toujours une recherche, mais aussi un spectacle. Dès le début leur présence, debout, encadrant l'écran (qui sera le support du complexe mais clair travail de Stéphane Gantelet, avec inclusion d'une vidéo de Alexandra Loewe je crois et de l'avancée dans les rues de Pierre Ménard avec Google street view, entre autres éléments divers et évidents) leur présence et leurs voix au moment de la découverte du corps de la femme, le texte tranquille, neutre, créent une ambiance un peu mystérieuse, accrochent l'attention..
Un spectacle, un texte précis mais sensible, sans tapage (le très beau texte sur le sang, entre autres)
Plaisir quand l'amitié s'allie à un accord sincère.

Discussion avec le public.... Les ai embrassés et suis sortie fumer trois bouffées d'un cigare vite abandonné (regardez ce qui est autour de la bonne femme)

Interviews pour Radio-Campus.... et me suis laissée, avec joie, persuader de les suivre autour d'une grande table, boire et discuter.... et de profiter d'une des voitures (celle des Portier) qui gagnaient l'Isle sur Sorgue pour se baigner avec les enfants (attendaient à Avignon). Je savoure chaque minute de cette chance que j'ai.
Ne rien faire, jeter des photos, pas assez, ne pas repasser, profiter de la fraîcheur descendant dans la cour, écouter la retransmission de la lecture de Living de Nordey à partir d'extraits du journal de Julian Beck, attendre la nuit, et le feu d'artifice, parce que j'aime ça, parce que surtout mon adresse me contraint à y assister.
Mais comme ceci est vraiment trop long, mettrai images éventuelles dans billet ci-dessous.

vendredi, octobre 26, 2012

Un jeudi entre liens fragiles


pris la pile de publicités humides sur le pas de la porte pour les porter aux remparts.

Un ciel d'opale, une brume qui nous venait du Rhône, comme un salut de l'autre rive, de la rencontre prévue à la Chartreuse.

Et moi, en route pour nourritures et pharmacie, avec mon insolente santé, et même ce poids record.


Et moi, avec cette soirée à venir et avec, prégnante, la présence du clown qui a mis en tête de son semenoir, «Clown» ce poème de Michaux
«Un jour.

Un jour, bientôt peut-être.

Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.

Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche...»
cheminé, échangé avec commerçants, plaisanté, un peu, pensé à la relecture dans la nuit, avec nouveau regard, de tant de bribes du semenoir
oui semenoir
_mot à rêverie
_mot à tiroirs
......
_et presque la moire, apprêt que reçoivent, à la calandre ou au cylindre, par l'écrasement de leur grain, certaines étoffes de soie, de laine, de coton ou de lin, et qui leur communique un éclat changeant, une apparence ondée et chatoyante.


_ah s'imaginer "ondée et chatoyante" par écrasement_oui quand j'aurai l'impression que certaines choses de la vie m'écrasent un peu et bien j'en appellerai à cette "moire" et c'est le chatoiement et l'ondoiement qui s'assiéra sur mes genoux
et les herbes, les poèmes, les jeux-hommages avec les mots des autres, les chats roux et toutes les baleines, et puis les jardins et... le petit chant à cueillir.

Suis rentrée, ai salué les dernières grappes mauves en face de ma porte, que je lui dédie à elle, puisqu'en rentrant, en enregistrant ces trois photos du jour, ai appris que la fin était venue, douce, de la lutte de Maryse, qui nous était poésie, attention, invention et tant, et dont les mots sont ici en italique, venant de ce bel endroit que vous invite à visiter http://semenoir.typepad.fr – (et puis elle m'a fait l'amitié d'une visite pour les vases communicants avec antre lumière d'encre http://brigetoun.blogspot.fr/2012/06/antre-lumiere-dencre.html et vous conseille le beau texte qu'elle a écrit pour un spectacle Abyssal Cabaret http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505315/abyssal-cabaret)
Fait des petites incursions pour un très insuffisant florilège, cueillir ces mots qui disaient si intensément et discrètement le goût de la vie, cette saveur simple et forte qui s'impose aux rescapés, que Brigetoun devrait moins oublier..
comme dans les mesmoires : les sandales nu-pieds bride arrière, pointure 39, plates, cuir doux, blanc, souple, recouvrant le dessus du pied, laissant paraître doigts de pied ; elles marchent amoureuse, ; magnifiques marcheuses d'été ; marcheuses voyages ; peut-être jusqu'aux caraïbes, île st vincent ; coucher de soleil sur atlantique, cocotiers, vous traverserez le bois de cocotier les mains sur la tête en cas de chute de noix ; perroquets somptueux vert pomme et rouge ; frangipaniers et leur parfum amande et vanille ; cocktails rhum noix de muscade râpée canne à sucre rondelle citron vert

la vie ça éparpille des fois
ça chélidoine et copeaux
ça bleuit ça noisette
(et là j'ai chipé une photo)
comme un jardin qu'un discipline
les rosiers étouffent sous les herbes hautes le chiendent les ronces la berce les verges d'or
le bureau de la maison étouffe dans l'ombre
les géraniums étouffent sous les millepertuis
les sauges étouffent sous le chiendent les ronces la berce les verges d'or
les pivoines étouffent sous le millepertuis les verges d'or la berce_essayez de préserver les asclépiades
et cet autre pour accueillir ce qu'on ne peut jeter
au jardin la vie des linges et vêtements dépouilles des êtres aimés entame un autre cycle de vie une autre histoire avec les herbes
serai un jour dépouille offerte à la métamorphose presque une herbe libre au vent
et puis, bien entendu toutes les baleines paysages, comme la baleine échouée à l'approche du 15 août
7:03 soleil pose bagues lumière sur branches tilleul / qui cuicuite est-ce troglodyte / tache claire du saule pleureur au fond derrière tilleul / épaule éblouissante en tache dorée sur le mur de la pièce / avion vroum / entrée de chat roux après sa nuit au jardin / mésange zinzinule charbonnière /grand nettoyage du carré des rosiers presque achevé / la lumière se déploie 7:57/ caresses au chat roux / mésange à tête noire et mésange charbonnière au balcon nourricier / la lumière chante dans le poème / on voit quelques mûres surgir des buis / quelqu'un a coupé deux branches du magnolia / les sauges et leurs petites fleurs rouges à parfum camphré / l'odeur des cistes / la porte mangée la-bas vers les noisetiers / avion vroum
Et j'arrête là mon pillage, fait au hasard de mon cheminement, parce que finalement la raison et la gêne me viennent. Juste ma pauvre contribution, sais pas faire autrement, aux beaux accompagnements sur les blogs amis.

Et, par fort intérêt, pour l'amitié, pour faire suite à un bel après-midi http://brigetoun.blogspot.fr/2012/03/brigetoun-de-la-chance.html, ai traversé le Rhône vers la chartreuse de Villeneuve,

dans la nuit, pour la fin de la résidence de Cécile Portier (inter) faces, partie de Etant donnée, http://petiteracine.net/wordpress/2012/10/rythme-et-couleur-de-temps-residence-a-la-chartreuse/ retrouvant les co-intervenants Juliette Mézenc qui joue le personnage http://motmaquis.net, et Stéphane Gantelet http://s.gantelet.over-blog.com/ (mais en évitant - tournant en rond et trouvant à faire, à cause de ma sacrée timidité et parce que n'avais pas tête à ça - d'aller, plus tôt, à d'autres lectures et au pot qui les suivait, sauf à la fin)

arrivée, recherche du salon de thé où avait lieu le pot - tombée dans les bras de Juliette puis Cécile, échanges et tristesse partagée, errance dans les têtes connues et inconnues qui étaient ensemble depuis plusieurs heures, pendant que le trio préparait la salle, et puis la belle lecture d'un fragment de ce projet passionnant (dédiée, en quelques mots discrets, à Maryse Hache)

Vous laisse lire la présentation de cette lecture chez Cécile. Reprends, pour vous allécher, le petit texte d'accompagnement
««Face à moi, se présente une instance pleine de sollicitude. Je la connais déjà. 
Très souvent elle est là, face à moi. Tous les jours. Son apparente simplicité me désarme et m’appelle.»
Une femme passe, quelque chose d’elle est capté. Son image, son attention, sa présence. Qu’elle soit face à un dispositif de consultation ou de surveillance, elle se mire dans les écrans, dialogue avec eux, comme s’ils étaient miroirs d’elle-même et du monde, capables de tout restituer, de tout redéfinir.
Inter(faces) constitue un des moments de la fiction Etant donnée.
Etant donnée une femme. Vous la retrouvez nue et inconsciente dans un terrain vague. Elle se réveille, amnésique.
Vous aurez la tentation, le devoir, de la rhabiller entièrement en recousant pour elle le manteau de données collectées sur ce que fut sa vie d’avant : nom, prénom, situation, localisation, comportements d’achats, options de vote ou d’abstention, navigation et mouvements absorbés en télésurveillance… Faits, gestes et opinions répertoriés et mis en chiffres, en icônes indiscutables de son identité. Vous saurez tout. Mais que faites-vous en faisant cela, sinon échouer à la rendre à elle-même? Et vous, votre vie s’écrit-elle seulement en données apposées?...»

une photo volée après la lecture, un peu gênée d'être seule à le faire, mais voulais.
Une salle, un écran, une chaise et un ordinateur à gauche, une sculpture en papier de Stéphane à droite, Stéphane aux commandes des vidéos qui se superposent, s'effacent, s'ouvrent, des images de nature avec chants d'oiseaux ou Juliette parlant sans son, et puis surtout sa silhouette vêtue ou non et des graphiques, des images en 3D.. Juliette qui vient, se tient debout, bouge légèrement, dit la partie thèse, théorème, petites constatations, affirmations non sans humour, Cécile assise dans une fenêtre sur le côté qui dit l'intérieur, ce que pense la femme. Assez vertigineux.
Comme, ensuite, les deux vidéos «en bonus», un texte très abouti de Cécile sur la reconnaissance faciale et la version augmentée, modifiée, de la disparition, travail en commun avec Pierre Ménard.
Difficile d'en parler mais un site est en projet.
Vu dans l'assistance quelques têtes d'avignonnais connus plus ou moins, avec parfois surprise – félicité et embrassé les dames, félicité Stéphane (mérité oh combien !)

attendu taxi, peu de temps, et retour dans l'antre, le Rhône est très beau la nuit.