Long, ponctué, en total décalage, par le ciel que je regardais ce matin, parce que telle est mon habitude entêtée, et pour qu’il confirme que, même si je n’avais pas très chaud, il faisait beau - un arbre obstiné que j’aime bien - et un rappel du passé, entouré d’un très, très vague intérêt, sur la place de l’horloge.
« Je suis dans le désert avec un feu de bois
J’accompagne la nuit avec les étoiles filantes
La vie
Dans les ruines
Ces traces qui pleurent le souvenir
Je me rappelle
Et je m’installe très loin
Dans la nostalgie
La tête posée sur un coussin de soucis
Cette nuit je dors dans les ruines
De mon passé je suis les traces
Vivre ainsi le cœur oppressé et serré
Cela m’arrive
Et je sens la soif de mon âme
J’entends alors une musique
Le bruits, le vent… »
« …J’imagine qu’oublier un carnet d’adresses – même le plus modeste – dans une cabine de téléphone, ou se le faire voler parmi d’autres affaires plus profitables au voleur, laisse le propriétaire démuni, désemparé, coupé du monde et comme sans papiers : étrange propriété sans valeur vénale que celle d’un carnet d’adresses, étrange dépossession que celle de cet objet, dont la victime se sent comme un naufragé sur une île déserte,
ou sujet d’une relégation en quarantaine. Comment faire signe, comment établir le contact, comment appeler à l’aide, comment prendre un rendez-vous ou au contraire se décommander, lorsqu’on a perdu son carnet d’adresses ? Comment retrouver tous les chemins, retisser tous les fils, reconstituer l’arborescence ou le réseau dont le répertoire perdu était le point de départ… »
Et puis, parmi d’autres, lundi, « tombe » d’Hélène Cixous, et je vais peut-être m‘y risquer.
« … le lavoir était une fierté de Dun, on le vendait en cartes postales, alimenté par deux sources pures, l’une s’attardait de l’autre côté du chemin de terre dans une auge monolithique en forme de trèfle où s’abreuvaient les chevaux … avant de ruisseler vers le bassin du lavoir, l’autre jaillissait d ‘une fontaine sculptée en deux tombées d’eau parallèles qui crachaient la nuit, disait-on, des serpents monstrueux…
A l’année longue restait sur le talus une automobile immobile, une Renault beige au museau anguleux, une sorte de fourgonnette dont la partie utilitaire avait été consolidée de bois récupéré, ces croisillons épars dessinaient sur un côté une sorte de fenêtre, les pneus à plat se laissaient gagner par la végétation…. »
« Une barbiche,et peut-être une moustache, empêche d’y reconnaître tout ce qu’on cherche malgré soi dans les traits qu’il nous offre. Tête nue, le front haut, sans le moindre soupçon de calvitie, le cheveu blanc et court brossé vers l’arrière. Les paupières lourdes reposent sur un regard que la mauvaise définition de l’image n’autorise qu’à supposer doux et scrutant avec application un horizon lointain où il se voit déjà. Sa pommette est tendue par le plissement de l‘œil comme on regarde au travers de trop de lumière… » parce que le père passa dans cette posture « les dernières années de sa vie à observer les oiseaux qui venaient planter leur bec dans la tranche de lard… »