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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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mardi, août 26, 2008

Passez votre chemin
Long, ponctué, en total décalage, par le ciel que je regardais ce matin, parce que telle est mon habitude entêtée, et pour qu’il confirme que, même si je n’avais pas très chaud, il faisait beau - un arbre obstiné que j’aime bien - et un rappel du passé, entouré d’un très, très vague intérêt, sur la place de l’horloge.
Dans ma cour, lundi, après le déjeuner, j’écoutais, parce qu’entre les crevettes sous plastique, le shampoing et le teinturier, je suis entrée à la FNAC et en suis sortie avec quelques disques, j’écoute Ibrahim Ag Allahib chanter, et j’ai lu, avant, sur le petit livret du disque de Tinariwen, que dans ma langue, ce chant signifie
« Je suis dans le désert avec un feu de bois
J’accompagne la nuit avec les étoiles filantes
La vie
Dans les ruines
Ces traces qui pleurent le souvenir
Je me rappelle
Et je m’installe très loin
Dans la nostalgie
La tête posée sur un coussin de soucis
Cette nuit je dors dans les ruines
De mon passé je suis les traces
Vivre ainsi le cœur oppressé et serré
Cela m’arrive
Et je sens la soif de mon âme
J’entends alors une musique
Le bruits, le vent… »

en lisant des passages des livres qui vont paraître ou viennent de paraître. Comme dimanche après midi, et, parmi d’autres - et certains m’ont repoussée - j‘ai bien aimé (mais peut-être parce que ce ne sont que quelques pages) le ton d’Alain Fleischer dans « le carnet d’adresse »
« …J’imagine qu’oublier un carnet d’adresses – même le plus modeste – dans une cabine de téléphone, ou se le faire voler parmi d’autres affaires plus profitables au voleur, laisse le propriétaire démuni, désemparé, coupé du monde et comme sans papiers : étrange propriété sans valeur vénale que celle d’un carnet d’adresses, étrange dépossession que celle de cet objet, dont la victime se sent comme un naufragé sur une île déserte,
ou sujet d’une relégation en quarantaine. Comment faire signe, comment établir le contact, comment appeler à l’aide, comment prendre un rendez-vous ou au contraire se décommander, lorsqu’on a perdu son carnet d’adresses ? Comment retrouver tous les chemins, retisser tous les fils, reconstituer l’arborescence ou le réseau dont le répertoire perdu était le point de départ… »
Et puis, parmi d’autres, lundi, « tombe » d’Hélène Cixous, et je vais peut-être m‘y risquer.
Petite curiosité gratuite, puisque je n’aurai pas à tenter de faire croire que j’ai lu ces livres, dans des salons ou dîners où je ne vais pas - et vraisemblablement en ce cas, je n’oserais pas ou ne saurais dire ce que j’ai aimé ou non, et pourquoi - et puisque je reste fidèle, un peu en souvenir des longues années pendant lesquelles leur coût était primordial, beaucoup par habitude, un peu parce qu’un « vrai livre » m’intimide, que j’ai du mal à me l’approprier physiquement, et par un recul instinctif ou volontaire devant l’actualité, les livres »dont on parle », fidèle donc aux livres de poche, du moins pour les textes ainsi édités. Et je les découvre à retardement comme cette nuit, avec un plaisir qui m’a entraînée dans ses 152 pages, « la chambre de la Stella’ de Jean-Baptiste Harang, pour les évocations de ce monde que nous avons plus ou moins connu ou que nous aurions pu connaître (et un petit écho de Michon ou Bergounioux dans l‘attention portée au choix des mots)
« … le lavoir était une fierté de Dun, on le vendait en cartes postales, alimenté par deux sources pures, l’une s’attardait de l’autre côté du chemin de terre dans une auge monolithique en forme de trèfle où s’abreuvaient les chevaux … avant de ruisseler vers le bassin du lavoir, l’autre jaillissait d ‘une fontaine sculptée en deux tombées d’eau parallèles qui crachaient la nuit, disait-on, des serpents monstrueux…
A l’année longue restait sur le talus une automobile immobile, une Renault beige au museau anguleux, une sorte de fourgonnette dont la partie utilitaire avait été consolidée de bois récupéré, ces croisillons épars dessinaient sur un côté une sorte de fenêtre, les pneus à plat se laissaient gagner par la végétation…. »

Histoire de la maison et de ses occupants, histoire surtout du père, de son secret, et de la découverte progressive, après longue quête, par le narrateur, jusqu’à la description de la photo du "vrai" grand-père, ce père que le père n’a pas connu comme tel
« Une barbiche,et peut-être une moustache, empêche d’y reconnaître tout ce qu’on cherche malgré soi dans les traits qu’il nous offre. Tête nue, le front haut, sans le moindre soupçon de calvitie, le cheveu blanc et court brossé vers l’arrière. Les paupières lourdes reposent sur un regard que la mauvaise définition de l’image n’autorise qu’à supposer doux et scrutant avec application un horizon lointain où il se voit déjà. Sa pommette est tendue par le plissement de l‘œil comme on regarde au travers de trop de lumière… » parce que le père passa dans cette posture « les dernières années de sa vie à observer les oiseaux qui venaient planter leur bec dans la tranche de lard… »