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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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vendredi, décembre 20, 2013

Un presque jour


Réveil - réaliser que le mois de décembre va vers sa fin bousculée en décidant de la date d'un mini-voyage à Toulon – penser vases communicants – penser premières lignes jetées et les mots pour un ciel de pierre bleue – vaquer, dans la difficulté de penser lumière et voir que le ciel est d'un blanc mollement terne au dessus de la cour.
Enfiler parka, empoigner sac de linge et sortir.
L'escalier semblait s'enfoncer plus que jamais et je me suis, comme toujours, arrêtée un instant pour commander fermeté à mes jambes tremblantes dans l'appréhension d'une chute me précipitant en désordre vers la porte.

Et m'en suis allée, sous un ciel absent, dans une douceur molle, dans une quiétude souriante avec absence, un peu sereine, un peu autre part, multipliant les petites étourderies sans conséquence, dans la ville où seules tranchaient les lumières, brouillées par mon avancée, des petits sapins ostensiblement faux, alors que le mat dressé au centre de la place de l'horloge noyait dans l'indécis ses branches de guirlandes en leur version diurne.
Journée floue, digérer, lire avec distance pendant que la nuit nous venait vers midi, que la pluie prenait un air d'éternité, et puis s'asseoir près des poètes dans un panier près du sol, et cueillir quelques pluies, autres, toutes autres que notre humidité calme sur les pierres, les tuiles et les dalles.

quelques plumes éparpillées
au pied d'une barrière de paille

c'est l'eau rendue aux roseaux neufs
par l'entêtement de la pluie (Jaccottet)

Et le nuage, grandissant, descendait
Vers les grèves, si bien qu'un de ses bords
Allait toucher les monts, l'autre la mer.

Toute chose enfin prise dans l'aveugle obscurité,
On entendait déjà frémir la pluie
Et ce bruit augmentait avec l'approche du nuage. (Léopardi – traduction Philippe Jaccottet)

Écoute un peu tomber la pluie. Ces mots gouttent sur la vitre. Ils ne cachent pas, ne montrent pas, ils brouillent un peu le paysage. Ils répètent nos yeux pleins de larmes. La pluie qui nous coule au-dedans. L'averse douce et très intime, par où le regard s'ouvre puis se referme à la lumière. (Jean-Michel Maulpoix)

Tombe,mais douce pluie, sur le visage,
Éteins, mais lentement, le très pauvre chaleil (Yves Bonnefoy)

Il faut aimer l'eau qui s'écroule
et submerge le sol
l'emprisonnant dans une gaine liquide
Les plantes pourrissent lentement dans ce désert de nacre
froides parois qui embrassent leurs rameaux
et ceux-ci se colorent de reflets d'incendies et de sacres corrompus par cette langue très mobile
dont la moiteur augmente le nombre que j'ignore
mesure des avatars des choses et de leurs longues vicissitudes (Michel Leiris)

S'ils ont besoin d'eau, ils ne laissent pas un nuage en l'air sans en tirer de la pluie. Je l'ai vu faire plus d'une fois. N'y aurait-il même aucun nuage en vue, pourvu qu'il existe une suffisante humidité dans l'atmosphère, ils vous font bien vite apparaître un petit nuage, tr!s clair d'abord, presque transparent, qui devient ensuite moins clair, puis moins clair encore, puis blanc, puis d'un blanc lourd et rondelet, enfin gris, et vous le feront alors dégorger son eau sur le pré ou sur le verger qu'ils tenaient à arroser (Henri Michaux)

Quant à ces deux là, qui n'étaient pas, à ma connaissance poètes, mais que j'avais rencontrés avant de redescendre vers l'antre, ils étaient trop discrets, ou j'étais trop occupée par mes projets pour saisir ce qu'ils se disaient peut-être.

mardi, avril 10, 2012

Des couleurs et du détournement d'une proposition d'écriture


«Le bleu ne fait pas de bruit. C’est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l’attire à soi, l’apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu’en elle il s’enfonce et se noie sans se rendre compte de rien.» Jean-Michel Maulpoix «une histoire de bleu» cité par Pierre Ménard dans http://www.liminaire.fr/ateliers-d-ecriture-5/article/jean-michel-maulpoix-une-histoire, où j'étais arrivée, dans mon indécision du matin, à partir de «comment écrire au quotidien» http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503656 , et du choix de cette proposition :
«97 - Se livrer à une méditation poétique en forme de variation sur une couleur de son choix en l’approchant tour à tour sous un angle plutôt abstrait, et sous un angle plus concret, charnel même, la couleur, les objets, les sensations nées de cette couleur.»
mais que j'ai finalement (après avoir pensé ocre) totalement, délibérément détourné.

La couleur des creux n'est pas une couleur, elle est une ombre ou une lumière, une clarté, comme le rose infiniment délicat, pâle, presque une blancheur qui s'éveillerait, telle le vieillissement d'une pétale, alors qu'elle est juste aurore - le creux délicat, la si fine peau lisse légèrement marbrée - que l'on découvre en dépliant doucement, avec précaution et respect, le poing résolument fermé d'un nouveau-né.
La couleur des creux n'est pas une couleur, elle est une idée d'abri, de corbeille pleine d'air, la peau tachetée, mélange de gris vert et de beige bruni ou infiniment clair, formes redessinées par la lumière et les ombres, aisselle d'un platane, source dont se détachent les fortes branches.

««La substance du ciel est d'une tendresse étrange»
L'azur, certains soirs, a des soins de vieil or. Le paysage est une icône. Il semble qu'au soleil couchant, le ciel qui se craquelle se reprenne un instant à croire à son bleu. Un jour inespéré se lève tandis que sur la mer la nuit prend ses appuis.» Jean-Michel Maulpoix «Une histoire de bleu»

La couleur des creux n'est pas une couleur, elle est un gouffre qui les détruit toutes, quand l'oeil plonge dans un puits comme un abîme où se dissout la vue dans une pénombre plongeante jusqu'à se heurter à une obscurité plate que n'anime que l'idée de lueurs vagues mouvantes en reflet.
La couleur des creux n'est pas une couleur, elle est un assombrissement de l'ocre du mur, dessinant la courbe d'une embrasure profonde jusqu'au mur de plus en plus clair, quand la lumière est libérée, au delà de l'arrête, le mur taloché, d'un blanc d'or pâle où s'ouvre une petite grille, branchie de la cave obscure.

«Nageur blanc dans les bras de la mer.
La tête fluide et bleue plus que l'eau, immergé dans le tumulte, tu embrasses ta mort insonore.. » Jean-Michel Maulpoix – d°
La couleur des creux est assombrissement, au bas du rocher, là où la mer creuse, où la roche jaune, ocrée et verdie de lichens, vire au brun teinté par le glauque sombre de l'eau privée de lumière, par le reflet dans l'ombre de la profondeur, et l'oeil glisse sur cette frontière jusqu'à la zone que frappe le soleil, qui n'est plus que scintillement mêlant le vert tendre, l'or et le bleu, avant que s'étende vers le large le dégradé des bleus frissonnants
La couleur du creux est absence, brume, flèches violettes, quand la pensée se solidifie dans une hébétude migraineuse.

«Emma aimait le bleu.
Celui des robes et des rubans que vendent les camelots de passage, ou des stores de soie que l'on tire aux fenêtres des calèches. Celui qui recouvre les livres où l'on parle d'amour. Celui que laisse dans la tête la musique après que l'on y a dansé.
Elle n'avait pourtant jamais vu la mer.» Jean-Michel Maulpoix d°
La couleur des creux est reflet sali mais lumineux, quand ils sont remplis d'eau après l'averse qui a inondé le chantier et les a remplies d'une eau lentement bue par l'argile.
La couleur au creux de la niche est de caramel clair, là où l'ocre miel du mur se troue d'un peu d'ombre pour envelopper la vierge absente, dont ne reste que le clou qui la fixait mais ne l'a pas retenue, et cette douce paume incurvée n'est qu'attente remplie de la caresse de l'air tiède.
Et que l'audace dont je fais preuve par cette juxtaposition ne soit prise que pour ce qu'elle est, hommage, souvenir de plaisir de lectures, aiguillon pour des tentatives conscientes de leur humble insuffisance.

mardi, février 01, 2011

Air piquant sur le gras des joues, mais ciel qui se dégageait ce matin, quand j'ai forcé carcasse à s'ébranler, charrier deux grands sacs de papier et cartons et un petit de bocaux divers et nombreux jusqu'au rempart.

Et j'ai continué, remontant régulièrement mes bottes qui tombaient décidément encore plus de sommeil que moi, vers la pharmacie, pendant que le bleu fragmentait de plus en plus les moutons blancs, en photographiant quelques uns des murs souffrant depuis siècles sur mon chemin, parce que voulais une photo de pierres pour un éventuel (pas certaine, je trouvais le contenu mauvais ce matin) petit recueil à proposer à Oeuvres ouvertes. (et quelques photos témoins de cette sortie vont me servir de ponctuation).


parce que, au risque de dilater mon ego envahissant, Laurent Margantin, qui avait déjà eu la gentillesse de reprendre des petits textes issus d'ateliers ou du convoi, m'a demandé si je n'avais rien pour son infatigable mise en ligne d'e-books gratuits (acceptant ainsi de descendre des marches par rapport au reste du catalogue, http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article798 où je ne figure d'ailleurs pas et où le butinage est hautement recommandable) et que, un peu ahurie, un peu perplexe, je lui ai proposé un petit rassemblement fait à l'initiative de Nicolas Vasse, il y a près de deux ans –(retrouvé d'ailleurs cela que j'avais oublié http://levivier.wordpress.com/brindilles-brigitte-celerier/ ) et que lundi matin ai vu arriver sur son site http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article827

et j'en étais toute contente, au point de chercher dans les moments où carcasse me voulait du bien, ou ma perplexité devant les textes qui s'offraient à moi était trop grande pour que j'ouvre un fichier plutôt qu'un autre, de quoi tenter d'autres regroupements de mes ouvrages de dame, au moins pour ma gouverne, avant, pour trouver vrai plaisir, de feuilleter livres et faire collecte, un peu au hasard, plus ou moins faux :

« Il y aura toujours dans mon oeil cependant

une invisible rose de regret

comme quand au-dessus d'un lac

a passé l'ombre d'un oiseau » Philippe Jaccottet « champ d'octobre »

« O le blé vert dans une terre qui n'a pas encore sué, qui n'a fait que grelotter ! À distance heureuse des soleils précipités des fins de vie. Rasant sous la longue nuit. Abreuvé d'eau sur sa lumineuse couleur. Pour garde et pour viatique deux poignards de chevet : l'alouette, l'oiseau qui se pose, le corbeau, l'esprit qui se grave. » René Char « dans la nuit giboyeuse »

« depuis tant d'eau depuis tout

le sol et l'air et les arbres

je marche immobile d'odeurs

le soleil dans une main une

nuit dans l'autre en équilibre.. » Henri Meschonnic « puisque je suis ce buisson »

«on espère parfois un

nuage qui s'émeut au désastre, ou bien c'est lui que la

Déesse-aux-Yeux-Fermés envoie, il remonte le drap

subtil, souffle le divin songe, une sorte d'oubli, trois

pétales soyeux d'oubli qui réveillent la langue » Hélène Sanguinetti « une pie » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502932/une-pie

« nous n'atteindrons jamais le pays du silence

où les arbres craquent avec le vent

où la nuit tombe

sur la blancheur des pierres » - Jacques Ancet « la ligne de crête »

« avec le premier lancer de couleur de la nuit sur la plaine, nous sommes arrivés à une cabane qui allait nous accueillir pour la nuit.

J’observais ce soir-là la lune qui montait sur l’horizon, assis sur un petit banc, dehors, contre le mur de pierre. adossé à la surface tiède, je regardais, j’écoutais la fraîcheur et la nuit se diffuser dans les choses et les gens après la forge du soleil. » Fred Griot « Visions » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500822/visions

« Le monde est un vaste pays inconnu que l'on contemple depuis les terrasses. On choisis les chambre avec vue, celles qui donnent sur la mer, même si l'on sait que la mer ne se donne pas. On l'entend crier derrière les volets : elle est la gorge de la nuit, la voix de ce qui ne parle pas, la récitation muette des lointains, la causerie assourdie du silence, une belle alliance de mots posés comme un emplâtre sur le vide de la langue... » Jean-Michel Maulpoix « une histoire de bleu »

« Bonne écurie de l'aube

repos des arbres qui peignent le crin des nuages

boirai-je ton grand seau d'eau fraîche

sous le soleil chargé d'épis à pleins râteaux. ? » Michel Leiris « haut-mal »

et puis, intruse, j'ose

« ciel qui se décolore ;


lumière gris bleue sur nous ;


les arbres s’unissent dans la nuit ;


nuages en débandade


non pas gris mais sans couleur


eux qui accrochent pourtant


les derniers rayons pour se sculpter


d’éclairs blancs ;


on regarde sans penser ;


on frémit un peu du frais ;


on se retire. » Brigitte

jeudi, juin 17, 2010

Beaucoup trop long pillage (résultat de ma paresse) - fuyez

Mardi à Draguignan les voitures flottaient dans les rues, mardi on s'y noyait. Nous nous sommes contentés d'une pluie tenace, parfois forte à gronder en cascade dans la descente contre le mur de ma chambre, mais sans véritable force, simplement omniprésente, obsédante, ennuyeuse et non-acceptée. Et un train de 640 italiens, dont 200 malades, rentrant de Lourdes, est resté abrité, dans la gare centrale, le soir et toute la nuit, en attendant que s'atténuent les malheurs des varois (photo Vaucluse-matin)

Pour me rendre la rendre aimable cette sacrée pluie, d'autant qu'elle fut absente mercredi, en notre presque nord, je l'ai cherchée, un peu, allant aux premiers souvenirs qui s'imposaient, dans mes lectures, en rentrant d'une petite incursion dans les rues, où, dans ma sotte maussaderie, plus ou moins délibérément, je ne fixais que touristes à l'élégance très relative et nos petites déchéances (ce qui m'a rendu l'humeur plus douce parce que je les aime)

pour une pluie qui ouvre un récit apocalyptique de vallées inondées

«Dieu sauveur ! Il ne fallait rien dire contre le nuage, ni contre la pluie, ni contre le soir. Le nuage était là-haut dessus et la pluie n'était pas si forte que ça pour empêcher de voir à travers. Elle n'était pas serrée du tout. Elle était bien éclaircie, au contraire, cette pluie qui ne tombait pas en taillis, mais se dressait comme une futaie avec des arbres d'eau, à travers leurs avenues bleues, drus et droits qui laissaient bien voir. Rien qu'en bougeant un peu la tête de droite à gauche. Pendant que les grandes ombres marchaient sur ce plomb mou, poussant devant elles des rides qui élargissaient de grands cercles...»

Giono «Batailles dans la montagne»

pour une pluie urbaine

«cela continuait à légèrement précipiter dehors, les gouttelettes de pluie se fixaient immobiles sur les glaces, éparses, il leur fallait se mettre à plusieurs, se syndiquer en une grosse goutte pour gaiement dévaler ensemble le pare-brise au verso duquel, à l'intérieur de la voiture, mes gouttelettes de buée s'associaient dans le même but Il arrivait que deux gouttes de différente nature dévalent en même temps, étreintes de part et d'autre de la vitre et paraissant la scier.»

Jean Echenoz «Lac»

pour une colère devant notre pluie confortable

«Ici on ne supporte pas que des personnes à ce point démunies qu'elles doivent dormir dans la rue, que ces personnes sans logement, prennent refuge dans cette pente qui sans doute les met tout juste à l'abri du vent et de la pluie. Alors on prend des mesures, on vote, et on construit, on construit, à l'économie, des blocs de parpaings et on les assemble de telle sorte qu'il soit absolument impossible de s'allonger d'aucune façon que ce soit...»

Philippe De Jonckeere «Désordre, un journal» http://www.publie.net/tnc/spip.php?article12 (là c'est en étendant ma recherche après la dernière citation, ci-dessous, de Nathalie Riera)

et puis, pour atteindre sa douceur

«Je me réveille il pleut. Le vent te pénètre, Douve, lande résineuse endormie près de moi. Je suis sur une terrasse, dans un trou de la mort. De grands chiens de feuillages tremblent.»

Yves Bonnefoy «Du mouvement et de l'immobilité de Douve»

ou

«De tout temps j'ai aimé sur un chemin de terre la proximité d'un filet d'eau tombé du ciel qui vient et va se chassant seul et la tendre gaucherie de l'herbe médiane qu'une charge de pierre arrête comme un revers obscur met fin à la pensée».

René Char «Le Nu perdu»

«on attend la pluie et

quand elle

tombe

on ne rentre pas on ne

sait pas danser

mais on danserait bien en

vérité on ne sait pas

grand chose sur grand chose

juste qu'on voudrait

bien danser sous la pluie»

Sophie G. Lucas

trouvé ce matin dans http://www.mphn.fr/php_livrets/livrets_2007/38.pdf sur l'indication de ne sais plus qui.

une pluie que je sens, que j'adopte, que j'aimerais mienne, qui le pourrait`(euh pas pendant le Festival, et avec pas de côté pour variances),

«Elle aime surtout la pluie d'été.

La pluie tiède et grise qui tombe en longues raies obliques sur la mer. Celle qui mouille à peine et dont on n'entend pas la voix. Elle ne cherche pas d'abri pour la fuir, mais lui tend son visage. À cause de sa douceur, elle sait, elle sent qu'elle existe. La pluie, dit-elle, lui fait don d'elle même, ou lui rappelle ce côté tendre et méconnu de soi, ce libre mouvement de chute monotone, et cette sorte d'ondée légère qu'elle n'est plus...»

Jean-Michel Maulpoix «Une histoire de bleu»

et comme Nathalie Riera, sa maison, ses livres, son ordinateur ont joué les sous-marins, comme pour l'aider, un peu, Publie.net a remis sur la première page du site son beau texte «Clairvision», http://www.publie.net/tnc/spip.php?article274 ,je l'ouvre à une page où j'avais laissé un signe (et c'est vrai..)

«La pluie sait garder secret ses éclairs ne pas tarir les ombres

nous émeut la fraîcheur

ce qui nous est doux

et quand il y va de l'étincelle


envie de vous»

(blogger bouffe la mise en page)

et puis en levant les yeux, pendant ma marche, le gris, sans pluie, était adouci par des branches, des trouées,

et puis dans l'après midi les éclaircies se sont faites longues, longues à ne plus cesser (pauvrets du sud).

Pour continuer une petite gazette fragmentaire d'Avignon, des cyprès sont abattus pour faire place à une extension du stade, puisque nous avons la joie d'avoir une vraie belle équipe de foot en partage avec Arles, le Miffel (salon des fruits et légumes) nous quitte parce que sommes pas assez gros et riches, nous avons une fête des bonbons, un village marocain que je devrais aller voir et plein d'autres choses plus ou moins gaies, et le programme du off est en ligne mais le site souffre de trop de désirs (près de 1000 spectacles - une fois encore je risque de n'avoir pas temps et tonus pour en profiter, et de me limiter au beau programme de Théâtre des Halles http://www.theatredeshalles.com/LES-SPECTACLES/ete/ ) et je n'ai pas fait mon repassage

samedi, juin 13, 2009

"Il aime les salles d'attente et les quais. Des paroles très douces lui montent à la tête quand le vent du sud courbe les lilas devant la gare de briques roses où de jolies filles viennent s'asseoir avec un cartable et des livres. Elles attendent des trains qui ne vont nulle part. Elles regardent à travers les vitres, chaque matin à la même heure, s'émietter le temps de leur vie.
Parfois il pleut sur les rosiers grimpants accrochés le long du quai à des fils de fer où de grasses gouttes luisantes sont suspendues, se détachent les unes après les autres, et s'écrasent parmi les cailloux."

"se présenter à la gare, regarder le panneau, et partir au premier train, aller jusqu’au bout - ne s’inquiéter de la ville d’arrivée qu’à la descente du train, alors s’asseoir et écrire"
idée d'Hababuk le libraire (
http://habakuk.fr ) à partir de laquelle je m'étais promis de délirer ou de rêver - ce que je ne ferai pas là, parce que :
- le sommeil du boa
- le sol à laver et pas envie
- du repassage et déterminer ce que j'emmène demain matin pour le mariage toulonnais en tenant le moins de place possible (cela s'annonce mal entre cadeau et chapeau gigantesque et incongru, j'avais oublié qu'il s'agissait d'un mariage citadin, et d'une charmante enfant éprise de discrétion et simplicité).
Et donc, je sais où je pars, et je suis heureuse de retrouver de très beaux, chers, intelligents (mes pieds en dedans) jeunes adultes et mes dignes contemporains, la rade vue d'en face etc..... et malgré cela désireuse de revenir vite pour acheter les places
que les avignonnais m'auront laissées (aux occupations que je retarde, je dois ajouter la liste à dresser et le planning à mettre au point)
J'aurais pu pourtant, dans un autre monde, dans un autre corps, avec une zone en friche de mon esprit, en souvenir d'embryons de gestes enfouis dans un passé qui fut peut-être mien, m'installer dans un compartiment, il aurait fallu que ce soit un compartiment pour qu'il y ait un couloir sans lequel il n'est pas pour moi de voyage possible, examiner mes compagnons et être examinée par eux, entamer la conversation sans trop insister, tâter un peu, et puis m'endormir et fermer les yeux, somnoler pendant que le train franchit la région que je connais, un peu, me réveiller en entendant des noms de gares inconnues, grains du chapelet à parcourir avant cette destination lointaine que j'aurais choisie un peu au hasard, et qui pourrait être un port dans un nord relatif.
Et il faudrait que ce soit un train comme on n'en a plus, qui franchisse des plaines, des fleuves, des frontières, des déclinaisons locales de cette fichue civilisation officiellement uniforme, mais en prenant son temps, en s'arrêtant, et je me pencherais, accrochée aux barres et un pied flottant au dessus du quai, en tentant de deviner quelque chose de la ville à travers l'aspect neutre de la gare, encombrée, vivante, mais sans rapport obligatoire avec ce qui l'entoure, puis je devrais remonter ou descendre sur le quai, pour tenir compte de l'impatience des voyageurs arrivés ou futurs devant l'encombrement que je serais pour eux.
Nous repartirions, et je verrais des maisons venir vers moi, et s'en aller, déformées par l'angle que la vision contrainte que j'en aurais leur ferait subir, des champs, une lumière décolorante à travers les vitres sales ou des gouttes de pluie pressées pour trouver le paysage merveilleusement indistinct, noyé, et jouir d'être dans une boite sèche.

Nous arriverions, je regarderais ce qui me resterait comme argent, et je prendrais un taxi ou errerais dans la ville, qui m'intriguerait, me plairait, où j'aurais envie de m'arrêter, jusqu'au port, un coin de quai proche d'un lieu d'embarquement, et je me calerais contre le mur d'un bureau ou d'un entrepôt, et je regarderais l'eau un peu sale, des cordages, dans une odeur de métal froid, de goudron et de respiration maritime, en essayant de rêver à la mer ou l'océan, au delà des jetées, des hangars, des bateaux.
J'irais peut-être errer le long des cargos, et regarder les hommes et les grues, avec l'impression d'un vêtement à ma taille. Le soir je chercherais où dormir.
Et boudiou ! au boulot !

mission remplie - je me demande tout de même si la doyenne ne va pas sembler un peu trop sorcière funèbre pour souhaiter de grand coeur tout le bonheur possible au jeune couple. Tant pis... j'assume, nous dirons vieille fée (comme l'entendait Saint Simon).
suis allée assister à 'Celtic Legends" à l'opéra, avec une légère crainte que ce soit vraiment très "Holiday on ice", et c'était le cas - mais avec un superbe entrain professionnel et plutôt agréable. A vrai dire, des lumières hideuses de show télévisé, de bons musiciens mais, à part deux ballades en anglais, dès que la cornemuse ou le violon se laissaient aller à s'alanguir ou rêver superbement, le public, qui avait été invité à se manifester par des cris fort peu celtiques (si j'en juge par l'original fourni) et des claquements de mains enthousiastes et approximatifs, les rappelaient à l'ordre. Des interventions de charmants danseurs agiles, en costumes assortis aux lumières, seulement : une gigue j'admire, deux je tapote du pied en souriant avec sympathie, trois oui c'est bien, quatre bon ça va comme ça. Je suis partie encore relativement de bonne humeur au bout de trois quart d'heures.
me réveiller à temps pour la voiture qui doit m'emmener - je suis extrêmement joyeuse.

vendredi, juin 12, 2009

« Sa chambre est minuscule. Entièrement tapissée de livres. Une espèce de lucarne ouvre sur le ciel et les toits de la ville.
Il lui semble parfois qu’elle palpite : elle devient plus vaste, puis plus petite ; elle change de couleurs, se couvre de gravures, de portraits, de bouquets de fleurs, puis d’un seul coup se vide, comme si elle éprouvait soudain le besoin de se délivrer de tout, de se rendre inhabitable et pure.
…..
Quand le corps de la chambre le refuse, il lui faut en inventer d’autres, plus petites, en posant sur la table un monceau de feuilles blanches. »

La chambre qui est une partie des « portraits d’un éphémère » de Jean-Michel Maulpoix.

Et ce que peuvent être les manières d’habiter, de vivre, les chambres qui sont dans les maisons, derrière les fenêtres qui meublent notre espace, le long desquelles nous passons. Habitées comme on utilise un objet, vécues comme une vitrine, une expression de leur habitant, ou palpitant de la vie du corps et de l’esprit qui s’y enclosent, comme un prolongement, ou un soutien, presqu’une justification.
Ce balcon qui n’en est qu’au début de sa parure estivale, qui devient chaque année une jungle, est il un salut à la rue, un ornement, et un sourire qui nous est dédié, ou une protection, un rempart contre les regards et le bruit de la circulation, placé qu’il est au départ d’un des axes de la ville ?
Et en marchant vers lui, détournant les yeux de la flèche de Saint Pierre pour traverser, en passant sous lui, je savoure l’avancée de la végétation et j’imagine une vie aisée, avec une indiscrète, vague et furtive interrogation sur ce qu’elle est, sur ce qui occupe les pièces derrière les portes-fenêtres, la présence de livres, de couleurs, ou d’ascèse, de convention et de fantaisie sur commande, de meubles d’acier ou de bois, de canapés ostentatoires ou de strates d’objets, musiques, tissus et livres s’épanouissant en pagaille, comme secrétés par la vie qui s’y abrite.
Et puis cette petite maison sans caractère que j’ai rencontrée l’autre jour, comme on rencontre un être inconnu, qui je ne sais pourquoi, dans sa banalité douce, m’a été une présence, juste assez personnelle pour rendre timide mon imagination. Et je me demande ce qui lui donne le charme qu’elle avait pour moi.
Après la pluie de la nuit, le ciel a joué avec des nuages et des longues périodes radieuses et une bonne chaleur.
Je suis partie un peu après huit heures vers l’opéra pour le concert de clôture de la saison symphonique, qui mobilisait des musiciens de l’OLRAP et de l’orchestre de Toulon-Provence-Méditerranée, les chœurs des deux opéras et le chœur régional.
En entrée, l’heureuse surprise d’une œuvre de Bernstein que, je l’avoue, je ne connaissais pas, les Chichester Palms, avec la première partie syncopée, pleine d’énergie joyeuse, la seconde partie douce et un très jeune contre-ténor qui donnait merveilleusement bien un chant enfantin, et la troisième partie avec des grands mouvements de cordes, sauvés par quelques stridences, et un beau chœur calme et ample pour le bonheur fraternel.
Et en seconde partie, la pièce de résistance, la 9ème symphonie de Beethoven qui m’a laissée plus perplexe. J’ai trouvé que la direction du premier mouvement manquait de subtilité, cela s’est amélioré jusqu’à une belle interprétation du troisième mouvement, mais dans l’hymne à la joie les voix de femmes avaient (pour moi) un côté abois, et dans le quatuor de solistes j’ai surtout apprécié (mais beaucoup) le baryton. Mais ne puis retrouver son nom, ni ceux des autres chanteurs, parce que je me suis levée, malade de chaleur ou presque, pour me mettre debout au fond de notre troisième balcon caniculaire, et que j’ai oublié mon programme plein de gribouillis.
j'ai beau faire le ménage de ma machine, elle peine affreusement et se traîne et se coince.

jeudi, juin 11, 2009

mercredi matin, un peu de l'autofictif d'Eric Chevillard http://l-autofictif.over-blog.com/article-32464814.html:
"La spirale du vertige creuse le socle le plus dur comme une vrille pour retrouver le vide au-dessous."

du kitch
de la promotion pour l'agriculture locale (les cerises ne sont plus cueillies parce que vendues moins chères que les frais nécessaires)




cette phrase merveilleuse de la blanchisseuse qui ne retrouve pas trois paires de drap et une housse de couette : "c'est pas grave Madame" et cette pensée d'une Brigetoun dépitée : "ben tout de même, c'est sot mais on s'attache" - enfin elle devrait chercher et il me reste la possibilité d'un scandale (et d'achats)
assise sur la table de la cour, j'ai suivi les "portraits d'un éphémère" de Jean-Michel Maulpoix jusquà ce que la lumière décline trop et que, pour rentrer, je ferme le livre sur :
"Il aime cette façon qu'ont les mots de se tenir serrés les uns contre les autres sur la page, comme ceux qui discutent au café sans se connaître et qui oublient alors combien leurs vies sont séparées, à cause des mots précisément qui ouvrent un peu les coeurs et les rapprochent de la lumière. Si l'on se laissait aller, on parlerait bientôt du ciel et des anges. Avec empressement, on prendrait d'autres mains dans les siennes. On poserait sa tête sur une épaule. On s'endormirait par mégarde, dans un heureux brouillard d'alcool et de tabac, délivré de soi et de tout".