commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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mardi, octobre 15, 2024

Vie en gris et trois livres


Eau sur les dalles

Eau en suspens dans l’air gris

Matin dans l’antre

Lavage cheveux, changement draps, mise en bac des tee-shirts à l’exception de trois blancs… matinée fort active à mon échelle



et dalles et chaussées humides, gouttes molles, air gorgé d’eau et âme morne, remâchant les peines du monde quand, lasse d’attendre que mes cheveux finissent de ne pas finir de sécher, m’en suis allée, avec le petit sourire intérieur tout de même de l’idée de ce que devait contenir le petit paquet aperçu dans la niche à courrier…




Pris le paquet, l’ai ouvert et comme prévu (m’en doutais d’autant plus que le nom de l’éditeur « l’oeil ébloui » figurait au dos de l’enveloppe… je l’avais vérifié) et trouvé les trois livres auxquels me borne, choisis parmi les 7 premiers parus sur les 53 prévis de la « Collection Perec » 



« En référence à « 53 jours », le titre du dernier roman inachevé de Georges Perec.

53 pages, l’espace d’un livre ; un lieu d’écriture pour dire, penser, inventer, rêver, percer la lecture qu’on a de Perec.

53 livres, toute une collection ; un parcours collectif multiforme, un cheminement proposé à 53 artistes et et écrivain·e·s pour porter un regard personnel sur la vie et l’œuvre de l’écrivain. »


Reprenant l’ordre de la page de l’éditeur, je vous livre les toutes premières phrases de chacun des textes


pour « Lier les lieux, élargir l’espace » d'Anne Savelli

Lier les lieux ? Quels lieux ? Les siens, ceux des autres, ceux des livres des autres, réinventés, rêvés — valeur du village qui augmente quand Proust y a dormi, quand Balzac s’y est caché, plage de Diras, chambre de Woolf, ce serait cela ? Cela et autre chose dont je ne sais que dire pour l’instant. Je devine simplement qu’un agencement existe, nous permettant d’écrire.


pour  « Une seule lettre vous manque » de Claro

C’est de l’ordre de la révélation, donc de l’apocalypse, mais aussi aussi de la farce. On n’en croit pas ses yeux, ou plutôt on ne peut que croire ce que les yeux ne voient pas. C’est là et ce n’est pas là. C’est devant soi, absent, bien réel. Comme si, après avoir été soigneusement toutes les molécules d’hydrogène de votre verre d’eau, vous n’entendiez plus que la respiration de l’eau….


pour « L’espace commence ainsi » de François Bon

                          1. L’espace commence ainsi

« L’espace commence ainsi » : l’expression est de Perec, page 5 de ma vieille édition d’Espèces d’espaces, chapitre « La page », il écrit : « L’espace commence ainsi, avec seulement des mots, des signes tracés sur la page blanche. » Mais s’interdire ici de commenter, encore plus de trop recopier : plutôt éclater, distendre, chercher les vides, les béquilles, les fissures et dissymétries. Un Perec fragile, pour mieux le rejoindre…

jeudi, septembre 08, 2022

Un aller et retour au but évanoui et premières pages


Parapluie dans sac

marcher questionnant le ciel

attente de pluie

et comme ne venait pas

se distraire avec détails


jusqu'au moment d'une de mes photos rituelles (avais enfin écrit matin les quelques lignes décrivant une autre des séries pour l'atelier de François Bon) marquant l'approche de la rue Pasteur et de Rosmerta à l'heure du rendez-vous pris avec R. dans la cour du Collège Vernet, mais nous n'avons pas de chance, la dernière fois elle était partie à Lyon pour des formalités au Consulat et aujourd'hui les provisions étant en baisse et insuffisantes pour tous elle s'affairait avec un autre jeune fille à confectionner des beignets pour magnifier ce qui rester et comme une réunion impromptue avait lieu à dix-huit heures je me suis bornée à lui donner enfin mon numéro de téléphone (oubli stupide), à leur apprendre que ce qu'elles faisaient n'était pas des beignets mais des rissoles, ce qui était nettement meilleur et plus nourrissant à mon avis (sais pas faire mais sais manger et nommer, à saluer les bénévoles présentes

et à m'en retourner vers l'antre...


pour ouvrir et commencer à lire le tout début des 421 pages de « Musée Marilyn » d'Anne Savelli (ayant suivi de loin les longues recherches de documentation qui ont précédé sa rédaction/composition) chez Inculte (beau comme toujours chez eux)

https://inculte.fr/produit/musee-marilyn/

Marilyn comme vous ne l’avez jamais vue ? Ou plutôt : Marilyn comme vous l’avez déjà vue, cent fois, mille fois, sur des milliers de photos. De 1944 à 1962, en marge du cinéma, Marilyn Monroe n’a cessé d’attirer l’oeil des photographes. Pourtant, dans le livre d’Anne Savelli, nulle image. Le musée qu’elle a conçu, aussi imaginaire que réel, nous propose d’aller au-delà des apparences. Derrière chaque photo, il y a un corps, une pose, un décor, une mise en scène, un état d’esprit, un objectif, un moment particulier – qui tous disent quelque chose du secret Monroe –, mais aussi une rencontre, une complicité, voire une intimité.

Musée Marilyn – fruit de sept ans de recherche et d’écriture – propose une approche totalement inédite de l’actrice américaine la plus iconique du XXᵉ siècle. S’appuyant sur une documentation vertigineuse, Anne Savelli a structuré son livre comme un musée – un musée vivant, sensible. Elle nous raconte un être de chair et de sang et non un fantasme de papier glacé. Au fil des rencontres avec ceux et celles qui l’ont « prise » en photo (André de Dienes, Eve Arnold, Milton H. Greene, Cecil Beaton, Richard Avedon…), une vérité humaine se fait jour avant de disparaître dans la nuit.

Partant de « Pas un arbre, pas un abri. Avec ce soleil qui frappe, attendre sur le trottoir serait folie. Le façade du bâtiment – un ancien théâtre ou musée, on ne sait plus – réfléchit la lumière sur l'ensemble de la surface. Immense, hissée haut, l'affiche montre une femme en robe grise, cheveux blancs et gants noirs en train de se retourner. Devant elle, l'appareil photo qu'elle brandit masque son visage. Qui vise-t-elle ?... »

jusqu'à – avant de reprendre plus tard – après, entre autres le lit de verre dans la chambre transparente ou blanche où dort l'enfant, les phrases d'éventuels visiteurs, l'usine les drones et David Connover, la route, la plage, André de Dienes etc... mais surtout l'écriture, l'agencement, la parole du guide, la façon dont nous prenons connaissance du monde par notre peau... « Brusquement, les cheveux mêlés à la paille voilà que tu te sens trahie, pillée. Ce b'est pas avec ce genre de photos que tu vas t'en sortir. Comme si tout était joué, déjà, avant même le reconnaissance, l'argent, la gloire, la victoire contre les studios. Non, une partie est en cours, il ne faudrait pas l'oublier. Tu as seize ans à tenir.... » Nous sommes en haut de la page 50, elle se nomme Norma Jeane et j'ai décidé de vaquer.

Parmi d'autres liens, celui de la lecture par Pierre Ménard https://www.liminaire.fr/radio-marelle/article/musee-marilyn-d-anne-savelli

cette critique du site « la viduité » https://viduite.wordpress.com/2022/08/24/musee-marilyn-anne-savelli/

et le beau billet de Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/2022/08/en-revnant-de-lexpo/


lundi, février 26, 2018

Dans l'attente du grand froid

les arbres boules
isolés en rangs sages
se saluent de loin
prisonniers et impuissants
à s'unir pour se blottir
le tarmac blessé
que le givre va blanchir
souffre en silence
et je me navre pour ceux
dont il est la demeure
une aboulie, une envie de dormir
lire ce qu'ont écrit les premiers participants au #3 de l'atelier d'hiver de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4737 sur leur façon de «faire»
et être dans le sentiment de ma vie où n'ai rien fait, vraiment, en bien ou en mal, ni pour créer – ça ça m'est étranger – ni pour aider ou agir sur les autres...
Le soleil à midi a caressé le mur du fond, y ouvrant un grand triangle d'or doux.


dimanche, novembre 19, 2017

Laboratoire, légumes et flemme

dans le frais vent bleu
avec belle lumière
vers Saint Jean le Vieil
y quérir les deux pages de résultats qu'avec ma toute petite intelligence je crois passables
et puis, parce que j'avais pris mon couffin pour profiter, sans nécessité urgente, de la proximité des halles pour éviter un trajet mardi, mais parce qu'en passant place de l'horloge j'avais vu que les vins avaient fait place à la semaine gastronomique – bienvenue à la ferme j'ai hésité un moment place Pie, à côté de la tour, et puis j'ai tourné le dos au chemin vers les halles, suis entrée dans un Carrefour pour acheter du hareng (désir de nourriture forte d'hiver et pas fait déssaler de morue...)
et à travers les allées du chapiteau, négligeant les vins, la viande d'autruche, les charcuteries, fromages – en ai trop -, foie gras – aime pas -, les noix de Périgord, les châtaignes, le raisin frais, les pâtisseries, l'hydromel, les produits assaisonnés de safran ou de truffe, les escargots, même l'huile d'olive de Nyons (en ai une bouteille et un bidon) etc... pas trop recommandables pour moi ou guère à mon goût, en suis restée à un gros butternut, deux bulbes de fenouil et des petites pommes jolies venus de la Barthelasse, plus un gros pot de miel de bourdaine venu de la Creuse
lest qui m'a permis, longeant les petites cuisines devant l'opéra, de tenir dans le reste de mistral au coin de la place....
Seulement la bénignité de carcasse s'est un peu lassée, ma volonté a eu tendance à fuir, et j'ai renoncé à partir vers huit heures écouter la Corse, sous le faux prétexte d'un changement du programme : abandon de Culombu https://www.acteur-fete.com/fr/p/culombu-chanteurs-de-corse-marseille et surtout de Diana di l'Alba
même si me faisais une joie rieuse d'écouter les bastiais I Mantini
mais à vrai dire, distraction ou rêve, en lisant sur le programme : corse, j'avais entendu en moi polyphonie (quoiqu'ils en disent, même si pas forcément i muvrini, quelque chose comme Canta u Pupolo Corsu)
Alors, j'ai fermé mes volets sur la nuit froide, j'ai écouté toutes leurs chansons disponibles sur YouTube
et puis j'ai commencé (ça c'était hautement recommandable), avec bec ouvert pour mieux recueillir, la lecture d'A même la peau d'Anne Savelli https://www.publie.net/livre/a-meme-la-peau-anne-savelli/
D'ici là il y aura eu ce corps-ci, ce corps-là ce corps approché, revêtu, supposé, approché, donc, embrassé et serré, supposé donc, pas le temps de le voir de le laisser venir que déjà enserré, donc, entrelacés les doigts le manteau les vêtements qui encombrent et protègent, font ce corps approché, le détourent, le cernent, dense et pris comme tel et pourtant inconnus ce corps-ci ce corps-là et la peau, donc, peau que ne connaissent pas ce corps-ci ce corps-là, ne connaîtront jamais ou peut-être bientôt, très très bientôt peut-être, comment est-elle la peau
entrelacer les doigts parce que se séparer un très petit instant un seul de ces instants à cet instant précis, parce que se délaisser un seul petit instant il n'en est pas question à cet instant de pause, suspension dans l'espace, ce corps-ci, ce corps-là changent de position, enserrés autrement à cet instant précis et cernés par la foule qui elle ne veut rien, ne veut rien que de l'air, ne veut rien de serré ...


mercredi, novembre 19, 2014

Elles


chuter dans l'éveil, croire le sentir, étendre bras, renverser quelque chose, trouver la poire de la lampe, laisser cette fichue ampoule faire lumière lentement pendant que cerveau tente une remise en ordre et que migraine s'échauffe tout doux, redresser réveil puisque c'était lui, voir que six heures sont depuis longtemps passées, rouler sur soi, se retrouver assise, se redresser presque, un pas, pivoter, se poser sur chaise, bouger souris, voir l'écran s'allumer, chercher les cosaques, voir qu'un nouveau texte est publié, bénir l'auteur – petit sentiment de culpabilité, et de cette certitude croissante que suis pas cap - lire, aimer, tweeter, regarder dans liste, avoir autres plaisirs ou intérêts, et puis se lever, ouvrir volets, faire café, prendre une cuillère de miel, une de yaourt, méditer en se massant reins au dessus du radiateur – retourner s'asseoir sur lit – regarder le mac d'un oeil un peu torve, penser paumée, penser cosaques, penser suis nulle
chante cafetière, le ciel est mou et d'une douceur un peu fade mais bénévolente, se vouloir ainsi
café, toast, sur une impulsion passer serpillère dans pièce, repasser trois chandails, une vieille robe, deux jeans, douche, pantalon de velours, vieux polo sous gros tricot de coton, et maintenant…
risquer quelques pas dans la presque douceur de la cour, saluer la fatigue extrême des boules blanches en équilibre sur leur pente finale..
descendre la marche vers la chambre, s'asseoir dessus, poser mon menton sur mes genoux, en petit salut à l'ado complexée qui ne veut pas mourir, ramasser sur le chevet elles en chambre, bloquer la petite poussée d'auto-ironie et chercher de quoi peupler http://brigetoun.worpress.com, aimer ce qui est dit dans la chambre collective sur les ateliers d'écriture (enfin, en gros, devriez vous le procurer et le lire) reprendre le début, la chambre de Danielle Steel (ignorais son existence et crois que continuerais, il semble que dans les lectures anarchiques qui ont peuplé, un peu trop, ma vie, j'ai souvent eu la main heureuse), Sylvia Plath, Shahrnoush Parsipour c'est trop.. et puis reprendre lecture et s'arrêter, une évidence, chez Nathalie Sarraute..
Déjeuner, siester, regarder ceci, et tant pis pour longueur, avoir, appétit revenant, envie d'évoquer ce sur quoi m'étais endormie, la visite à la fin, des chambres d'écriture de femmes que je lis, avec plus ou moins de constance, que je crois connaître un peu, j'ose avoir idée d'une idée d'amitié, au moins d'une sensation, et pour deux desquelles je garde, flottant à l'arrière plan des mots que je lis, le souvenir d'une voix, d'une silhouette, d'attitudes
Alors juste, reprendre les quelques mots par lesquelles Juliette Mezenc (qui est à la fois l'auteur du livre et dans mon esprit l'une d'elles, les bonnes et touchantes) les introduit, et choisir un lambeau de ce qu'elle cite
Marie Cosnay- un long et beau texte où je cueille
… Il y a eu et il y a encore la chambre du Sergent Marcel Duhau, la maison qui prendrait le large si elle pouvait, qui partirait roulant, jardin chambres couloirs et cuisine vieille, vieille. Chambre à partager, on va essayer, essayer autrement.
Il y a là autre chose. Il y a, non touché, interdit d'accès, nommé, nommé (les enfants à qui veut ou ne veut pas les entendre : le bureau de maman, interdit), le bureau…
Liliane Giraudon
… Je me suis toujours battue pour «une chambre à moi», dormir seule etc. Ce que j'appelle aujourd'hui ma cabine car elle est petite comme une cabine de bateau et encombrée de livres. Le lit a la taille d'une couchette. J'y dors.... Ce qui me permet d'écrire ailleurs, par petites salves et pulsions paragraphes ou lignes démontées et déposées comme des couleurs…
Christine Jeanney
.. Alors ma chambre, c'est sans doute la place du corps lorsque j'écris.

une place vague, changeante, pétrie dans la vie qui déborde, débordante. Une place intérieurement bousculée, désaxée, parce qu'elle ne tient pas dans les limites du corps, ses défaillances – celles qui tordent les mots ou savent insuffler des forces inattendues – et parce qu'elle ne se place pas non plus par-dessus lui, dans un lieu idéal, spirituel.
Anne Savelli
… Ecrire. Un jour réussir à écrire à côté de quelqu'un qui écrit, mouvements parallèles des doigts et silence tacite même au milieu du bruit. Ecrire ensemble ? Ecrire côte à côte sans poser de questions, sans montrer ni demander à lire. Ecrire en présence d'un corps, vision périphérique qui laisse concentrée, rythme les paragraphes…
Emmanuelle Pagano
Maintenant, il faut écrire hors du corps, hors de la vie, hors du mouvement. Se rassembler. Il faut souffler. Comme toute petite je m'enfermais pour penser, je me retire pour écrire. Je me suis choisi cet espace pour mon corps, une chaise, choisie, choyée, à la limite du fétichisme, une attache…
Cécile Portier
parmi les entrées, prendre (pourquoi ? comme ça)
11
C'est comme si, à force de viser le coeur de l'oignon, j'avais fini par y être accueillie. Mon travail c'est tellement dans les failles. J'écris au coeur du coeur du vide. Ô comme j'affectionne ces petits lieux tout à la fois confinés et très ouverts.
12
Mais je fabule. Je vous fais croire de mon écriture c'est une chambre, quand c'est une arme de poing. Elle tient toute entière dans ma main. Elle me tient…
et Juliette Mezenc, elle-même
.. Mais j'ai maintenu chambre parce qu'il se trouve que, justement, n'ayant pas chez moi de bureau ou pièce spécifiquement dédiée à l'écriture, j'écris le plus souvent dans ma chambre, ou plus précisément sur mon lit, souvent au réveil, parfois très tôt, dans cette bande d'espace-temps qui peut se cultiver, s'étirer un peu... Dans cet entre-deux (entre le sommeil et la journée qui s'annonce avec ses sollicitations, rencontres joyeuses et tracasseries ordinaires) pour moi propice à l'écriture.
Et voilà que j'ai pris conscience de l'odeur, ai trouvé patates en train de cramer, ai sauvé ce que j'ai pu, reviens... vois le fichier, pleine de honte, me dis garder le pillage, jeter le début.. et puis tant pis.. pense cosaques, m'assieds devant des catalogues de peinture et autres on verra bien.

lundi, novembre 03, 2014

En rester à l'île


Humeur noire ou gris sombre, ce dimanche matin, et pour réagir : sortir, m'en aller
vers la place de l'horloge, la Civette, l'achat d'une boite de petits cigares - en sourire, me moquant un peu de moi, y trouvant peut-être une petite vengeance/révolte puisque je sais, au fond, que mon regard sur le monde est perturbé, bousculé, assombri, énervé, froissé, encoléré par le rendez-vous que j'ai ce lundi avec un pneumologue qui l'avait suggéré il y a plusieurs mois, au début de l'été... auquel je me résous à me rendre, bien décidée à ne pas me laisser embarquer dans de nouveaux examens etc... puisque les biopsies ont donné des résultats négatifs…
vers les cigares donc, mais surtout vers le petit palais, dans la tiédeur, le reste de bleu, le début d'automne qui fait du jardin des Doms une marqueterie de verts et roux - parce que j'ai retrouvé une invitation, négligée à l'époque, au vernissage d'une petite exposition autour d'une bannière restaurée, et que l'envie de la voir m'était venue.
Mais je garde les photos, le souvenir de cette visite pour un autre jour, parce qu'il y avait eu aussi, au coeur de la nuit, avant de m'endormir dans son souvenir, le plaisir de lire l'île ronde d'Anne Savelli (et un peu aussi de Joachim Séné pour une voix, de Mathilde Roux pour la couverture et d'Arnaud de la Cour pour des photos)
et que je voulais, en parler... mais, comme toujours, ne sais comment le faire
Dire que ce n'est pas simple ? – sourire – puisque tu peux ressembler à tout un tas de chose.
Il y a celle qui dis tu, qui est pour un temps dans un château, dans une chambre rose.. près d'une forêt, d'un lac, d'une île, d'une légende
Il y a, et c'est un peu elle, mais pas tout à fait, Dita Kepler, l'avatar qu'elle a créé, plusieurs années il y a, dans la seconde vie.
Et Dita Kepler, qui est venue par les airs se poser là, ira, à travers la forêt, vers l'île, la légende de l'ogre encagé dans un trou et de la jeune fille qui doit le délivrer.
Et Dita Kepler deviendra l'ogre et la jeune fille
pendant que je raconte quelque chose s'enroule autour de vos deux corps. Tu deviens une tactile une sensible un projectile un engoncé une fugitive un encagé un rageur une enracinée un hercule un enflé une cérébrale un clou une flâneuse empêchée...
et on entendra leurs dialogues, venant s'intercaler dans le tissage du texte, parce que bien entendu il y a bien plus, que vous devrez découvrir si en avez le désir, comme les pensées de Dita regardant, écoutant, découvrant la forêt, cette nature (même si Dita n'a pas de mots parce que le bruit, croit-elle, remplace sa pensée. Du monde réel elle ne connaît que la ville, une certaine sorte de ville, celle qui cherche à régner. En elle, Dita K, une liste complète d'échangeurs d'autoroutes, de boulevards circulaires qui se grimpent les uns sur les autres, s'accumulent et s'annulent...) et bien d'autres choses.
Mais j'en reviens, j'aime les légendes, et le lieu les exige, à Dita Kepler devenue ogre et jeune fille.
La jeune fille ne peut délivrer l'ogre, mais tente de l'emmener avec elle autour de l'île, du lac, en lui disant les sons, la lumière, la végétation
Spatules blanches, aigrettes, roselières en couronnes larges
Herbiers, nénuphars blancs et jaunes
Pattes semi-palmées des canards
Forêts de saules et d'aulnes
Douves, rades...
et l'ogre questionnera, exigera, se plaindra quand se sentira abandonné, se voyant général lombric qui se brise la nuque à tenter de monter ou au moins d'aplanir, de lisser son domaine, l'incurver, l'inverser pour cesser la descente...
Et puis sur le château, la forêt, l'île, il y a cet avion - une voix Imbriqué, enfermé, serré. Le lac se rapproche. Et je me vois dedans, maintenant, un pilote qui ne conduit personne, immergé, noué par les algues aux manettes, incapable de bouger. Je me regarde. Il me regarde. Nous allons nous frôler.
Et la contre-voix, avec les mots de Joachim Séné
Je suis au même moment au-dessus du lac, celui-ci, l'unique, et de tous les autres lacs, de tous les océans, de toutes les terres asséchées, de tous les sommets des tours en pierre et verre, de tous les terrains vagues, de tous les visages tournés vers le ciel.
Et puis, à la fin, il y a la beauté des photos, images des parcours d'Arnaud de la Cotte qui invite, d'Anne Savelli qui est invitée.

PS
et voilà que je me demande ce qui m'a fait dire ogre pour géant
et voilà que je sais que tout ce qui est grand me menace, me fait peur
et que pour continuer je me persuade que cette menace n'en est pas une, que les ogres peuvent être gentils

jeudi, février 28, 2013

Frais oloés


Marcher dans les rues de la ville - me refuser à avoir froid avec les 11 ou 12° qui nous étaient accordés, penser aux gens du nord, penser à ce qui m'attend.
Chercher le ciel, s'emplir de la lumière, avoir une fois de plus, petite envie de cette terrasse, moins encaissée que mon trou entre murs, penser : on dirait que j'y aurai lu les dernières pages de le mal de Montano de Vila-Matas qui a accompagné, en alternance avec Sodome et Gomorrhe mes entrées dans la nuit (bon j'aurais changé d'horaire)
«Adieu, Montano, adieu», lui ai-je répondu. J'ai marché des heures et des heures jusqu'à ce que m'écartant de la route perdue, je m'enfonce dans un silence sylvestre sans oiseaux. Après avoir laissé le bois dans mon sillage, le livre de Montaigne sous le bras et le souvenir de Mzungu à l'esprit, j'ai pris un sentiment infini qui a fini pas se rétrécir et se transformer en quelque chose qui ressemblait à un escalier anguleux. Et j'ai, tout à coup, vu Musil au bord d'un abîme. Chemise blanche à col ouvert, pardessus noir tombant jusqu'aux pieds et large chapeau rouge. Il était songeur, regardait par terre. Il avait l'air de mesurer les vitesses, les angles, les forces magnétiques des masses fugitives de cet abîme qui s'ouvrait devant nous. Il a levé la tête et m'a regardé. Devant nous, il n'y avait que du vide, l'Action Sans Parallèle et les autres ennemis de la littérature nous encerclaient. «C'est l'air du temps, ils menacent l'esprit», lui ai-je dit. Musil a levé les yeux vers l'horizon incertain. Au loin, très loin, au-delà de tout, comme un mirage de salut surgi du vide et de l'abîme, on voyait la mer, ses volées d'oiseaux, ses essaims de voiles blanches, triangulaires. «Prague est intouchable, a-t-il dit, c'est un cercle enchanté, avec Prague ils n'ont jamais pu, avec Prague ils ne pourront jamais.
Et j'ai continué, simplement, dans Avignon.

Mais un peu avant, presque en face de la seule librairie du quartier, librairie d'ancien, tête levée, avais trouvé un autre oloé, sans grand charme, sauf une protection plus grande contre les caprices du vent, le bleu toujours, et la vue sur une succession de tuiles canals.
Y continuer la découverte ravie de Décor Lafayette d'Anne Savelli (aux éditions Inculte), là où je l'avais refermé aux petites heures de mercredi, dans la cabine d'essayage, avec une des Elle, après la liste des trop maigre, trop grosse... en longue et éternelle litanie
juste à Trop mauvaise, nerveuse. Pas assez.
Pas assez moqueuse, soignée, pas assez bardée de leurs sigles, pas assez tatouée au fer, à l'or fin, à la pierre taillée, pas assez placée sur écrin ni addict au rang de perles, au cafard dès le matin, une coupe d'entrée, de champagne, de cheveux, que passe la journée entre des mains expertes, pas assez habituée aux pierres chaudes, aux embruns, aux onctions, aux caresses, à cette intimité entre toute raisonnable – des chambres, des recoins, des hamacs, fontaines, peaux de bêtes, coussins dans une garçonnière ou mieux, une bonbonnière, délicieux pied-à-terre, trois cents mètres carrés.

ou céder à l'envie d'aller à la fin, à l'index nommé entrer dans le décor, s'y promener, en sortir s'arrêter sur par le bruit, par le son, choisir bruits de vaisselle, aller à la page 90
… Devant le salon de thé, sixième étage, toujours, chocs de la porcelaine, des soucoupes qu'on empile. Une dame se dispute, répond à son mari qui voudrait se faire servir...
mais pour vous qui passez ici, cela ne peut vous donner idée de ce foisonnement, qui comprend aussi Simone Signoret, des géantes, l'homme du désir, le catalogue etc..
le mieux serait de lire ce qu'en disent Christophe Grossi http://deboitements.net/spip.php?article347 ou Christine Jeanney http://christinejeanney.net/spip.php?article577

Et puis reprendre la rue, mais dans la nuit toute neuve, pour aller (appareil de photo oublié dans l'autre sac) au Studio des Hivernales, et là je trouvais qu'il faisait frio, voir John de et par Ambra Senatore (c'est elle sur la photo, mais dans un autre spectacle) – agréable spectacle, élégant, sensible, simple, fluide, une femme, la quotidienneté, la présence d'un homme.

Les deux photos d'oloés (endroits ou lire ou écrire, mot forgé par Anne Savelli et largement adopté) je les avais prises le matin, en rentrant, après recherche de boutique en boutique, avec la seule et très ridicule (au fond c'est plutôt bien) paire de chaussures fourrées, à peu près à la taille de mes pieds à géométrie variable – ce n'est plus tout à fait ce que proposent les magasins – pour la montagne lozérienne où m'en va via Grignan, laissant Paumée, vendredi, aux très bons soins de Christophe Grossi (et je regretterai bien de ne pas assister à votre plaisir) pendant que je serai chez lui (soyez gentils et généreux allez voir ma tentative de retrouver Barcelone). Vais essayer de trouver tenues chaudes et pas trop moches.