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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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samedi, février 22, 2025

Ciel gris et portes

 


Comme hier, comme de plus en plus souvent ces jours ci, le ciel était uniformément gris, se retenant de crever, au dessus de la cour pendant que vaquais et tentais de terminer le #13 de l’atelier 2024/2025 de François Bon, que j’ai mis en ligne, pas fort contente de moi tant pis,  ce soir, au dessus des rues quand suis sortie dans l'après-midi…



et comme hier avant de s’endormir le ciel m’a fait un petit coucou pour mon retour. 



Cheminant à pas presque aisés mais sans grand intérêt pour ce que voyais sur mon trajet dont je ressentais plus intensément que d’habitude l’extrême familiarité, et refusant de penser, pour autant que cela soit possible, j’ai décidé de rechercher des images en relation avec ma contribution (publiée mercredi) à la proposition #2 de l’atelier « Boost » du tiers livre qui portait en gros sur l’ouverture et le franchissement de portes … en évitant les trop belles ou les trop baguées et abîmées… Bon mes ôte ici mais en fait le texte auquel vais avoir recours est celui de la proposition #1 et ne concerne en aucun cas les portes ou seuils.




Terre ou terres


S1 

la terre et l’arbre ou les plantes modestes qui partent coloniser les corniches, les ressauts du rocher, la terre que l’arbre semble créer pour y ancrer les graines que le vent a plaqué sur cette minuscule accroche ;

la terre que les plantes retiennent dans sa plongée dans le fleuve ;

les tapis de plantes qui nagent au dessus de la terre collée au fond du fleuve, juste frisée par le courant ;

la terre cailloutée du terre plein que le vent emporte et fait courir  sur elle-même, sur ses couches durcies et qui ne porte d’herbe qu’à l’abri des blocs de pierre disposés comme sièges ;

la terre assoiffée qui ouvre ses sillons comme une bouche pour se nourrir de vie ;

la terre amorphe dont un coup de pelle découvre le grouillement de vies ;

la machine qui descend son bras rouge dans la terre, qui l’éventre pour annoncer les fondations ;




S2

cheminement tracé vers le sens dans le mélange de  légère terre poussiéreuse semée d'aiguilles de pin ;

après l'averse la terre luisante sur laquelle glisse l'avancée indécise qui perd son chemin ;

la boue où s'engluent les pas et les mots ;

travailler le langage comme on travaille la terre, creuser pour qu’advienne nourriture ;

le brun rougeâtre de la terre de Sienne, l’ocre rouge devenu terre sur les chemins de Roussillon ;

la terre noire qui pétrit les écorces, le bois pétrifié, les champignons, l’humus pour en faire deux mots qui roulent rudement et emplissent ;

la terre en mer ce mot de l’autre vie ;



S3

marcher sur la terre sèche, la terre morte, en portant des bannières et en l’arrosant d’encens ;

se pencher, prendre dans le bac lourde brassée de terre, la porter courbée, la poser, l’humecter, la taper longuement avec un bâton et pétrir l’argile ;

les doigts qui s’allongent dans la terre pour la façonner la paume qui s’applique pour lisser et renforcer, le contact de l’essentiel, la vie qui s’échange ; 

la banalité de la terre, la sensualité de la terre ;

creuser la terre et saluer les vers ;

trancher la pente de terre et retenir l’effondrement avec des pierre sèches, de terrasse en restanque ;

appuyer sur les bras de l’araire pour labourer l’étroite terrasse ;


S4

atterrir, atterrage, terrain, terrasser, terrassement , l’humus, le sable, l’argile, le loess, le terreau,

jeudi, septembre 12, 2024

Ciel qui ne veut pas et mots pour une série d’images


Un ciel bleu matin qui quand, après m’être battue depuis le matin contre l’idée que ne devrais pas, m’en suis allée vers six heures moins le quart vers une réunion à Rosmerta, s’était chargé d’une couverte blanche d’épaisseur variable avec quelques transparences bleues. 



Et puis au bout de quelques pas s’est imposée l‘idée qui me trottait dans la tête : ma présence à cette réunion était ridicule, à la limite gênante, et il faut que je fasse mon deuil (sauf à m’occuper de tartes pour une fête samedi à Pernes où je n’irai pas), alors me suis cantonnée à un périple d’une heure en interrogeant le ciel sur l’opportunité de ce renoncement et je suis redescendue vers l’antre les yeux sur une tache bleu et de fines et paresseuses gouttes sur le visage.



Je reprends ma longue contribution au #19 de l’atelier d’été de François Bon, sous une photo un peu malmenée par la reproduction, que j’aimais assez pour l’avoir décrite de mémoire (avec quelques erreurs de détail et cette curieuse impression exprimée en clôture |le côté lumière de tragédie grecque |alors qu’il s’agissait d’un moment heureux.



Images sans statut


En noir et blanc, la blancheur terrible de la lumière, une petite silhouette vieille et rabougrie vêtue de noir au fond à gauche, tenant dans ses bras un flot de linge blanc d’où émerge le petit point rose | que l’image rend en gris |d’une joue de nourrisson ; le visage raviné coiffé d’une toque noire à voilette se tourne vers la fillette appuyée dos au mur blanc au premier plan à droite, cheveux frisés à grande coque de ruban, robe de plumetis blanc à smocks, tête pensive appuyée sur le poing d’un bras replié… et la sensation inexplicable d’une menace.


En couleurs que l’âge efface, le visage en gros plan d’un petit garçon, menton pointu, bouche entrouverte sous les yeux bleus très pâles dardés sur le regarder, qui mangent toute l’image et la pensée.


En noir et blanc à bord dentelé, vu d’en haut un tub posé sur un carrelage, au premier plan de profil une fillette nue aux tresses relevées, les jambes repliées tenues par les bras, regarde droit devant elle perdue dans un rêve, derrière elle le corps plus jeune d’une petite fille lavé par une femme accroupie, protégée par un tablier de princesse aux champs. 


Un chemin de terre envahi de feuilles mortes entre rangée d’arbres cabossés et barrière de bois bornant une petite route, de loin, vues de dos, deux silhouettes avancent côte à côte, la femme soutient de ses deux mains posées au dessus des fesses la douleur de ses reins, l’homme a croisé ses mains derrière son dos, tous deux baissent la tête et les couleurs s’effacent.


En noir et blanc que l’âge a rendu gris, une femme debout, corps fin, élégance simple, se penche un bras tendu en avant pour dire l’attention vers un coin de visage d’enfant en bas à droite de la photo.


Dans le noir de la nuit, la lumière des bougies dont les flammes émergent en bas de l’image, frappe un visage rose de très jeune femme, la bouche tendue dans l’esquisse d’un sourire interrogateur, ou le repos provisoire d’un sourire, les yeux mi-clos se tournent vers un visage hors champ.


L’ombre profonde sous un arbre au coeur rayonnant de l’été, l’éclat du bleu qui vêt une épaule masculine et la joue rose d’un enfant posée contre elle.


Une étendue de sable qui mange la moitié de l’image sous la bande étroite de la mer et le bleu irradié du ciel, à la lisière de l’eau une petite silhouette qui est peut-être celle d’un enfant.

jeudi, décembre 21, 2023

Pas cap alors odeur du sapin et poème hivernal

 


Fort peu et fort mal dormi, nervosité grande, mise en marche presque bonne et puis après un nettoyage cour d'une demi-heure anéantissement, laisser passer un petit temps, assise devant ordinateur revenir sur la journée politique d'hier, tenter échanges internet avec des mains tremblantes et deux erreurs de frappe par mot que je passais des heures à corriger au lieu de la reprise de ma contribution pour l'atelier de François Bon que j'avais décidée, voir qu'il était midi, en préparant très solide plat de pâtes regarder par la porte-fenêtre de la cuisine la superbe lumière qui accompagnait le bruissement de vent, déjeuner, décidée à tenter d'aller en début de soirée, c'est à dire vers cinq heures 30, avec partie de trajet en bus s'il le fallait, à la réunion de quelques (trois ou quatre les autres étant indisponibles) bénévoles de Rosmerta, que je je déserte maintenant étant incapable de prendre engagement, pour me tenir chaud à l'âme (sourire), sieste et réveil à peine un peu plus dispose... alors renoncer à ce projet, certaine de ne pas être en meilleure forme à l'heure de partir et tant pis pour es jambes (vais devenir énorme et paralysée si je continue, sourire) et en écoutant France Musique (entre autres l'histoire de la création en 1954 de « Déserts de Varèse (en me souvenant d'un assez formidable concert bien plus tard, où cette œuvre avait été donnée avec belle projection à la Cité de la Musique) suis arrivée à écrire/corriger/écrire dix-huit lignes avant d'abandonner,..

Alors puisque je dois tenter demain ou après demain de mettre en mots l'idée enfin venue, bonne ou mauvaise pour le prochain va-et-vient) reprends ma contribution, pas franchement satisfaisante pour la précédente (échange avec Marie-Christine Grimard)



une odeur de sapin

Dans un vieux roman réaliste, à la lisière du policier, cette formule si souvent trouvée ou entendue autrefois et qui semble passée de mode « ça sent le sapin »... et cette question qui me vient soudain : n'ai jamais senti l'odeur d'un cercueil, il est vrai que je n'ai jamais été rendre visite aux morts, même aux miens, dans leur cercueil, il est vrai aussi qu'on ne se penche pas, au cours de la cérémonie sur le bois du cercueil dûment fermé alors pour le renifler, qu'on a bien autre chose en tête et que d'autres odeurs, encens, fleurs, essence du corbillard s'entreposent. Alors quelle peut bien être l'odeur du sapin, non des planches mais d'un bel arbre robuste dans la forêt ? ma foi dans mon sud ce n'est pas un arbre fréquent, et même au cimetière de Saint Véran ou dans un jardin de Grignan que je fréquente parfois et qui contiennent une collection de conifères mon ignorance crasse ne me permet guère d'identifier avec certitude le sapin... pour les cyprès ça va encore, même si je suis bien incapable de citer le nom des différentes variétés, pour les pins aussi et les ifs, avec pour ceux ci le risque de baptiser ainsi un cyprès ou vice-versa, mais ne suis pas certaine de différencier un épicéa d'un sapin, ni les différentes sortes de sapins entre eux puisqu'il y en a certainement plusieurs, déterminées par leurs terroirs d'origine, pour les cèdres aussi je sais et quant à eux je connais l'odeur de leur bois coupé et l'aime... au fond j'imagine que celle du sapin doit avoir même profondeur mais pas telle rondeur, telle chaleur ambrée, l'imagine plus piquante, un peu comme celle d'un pot de peinture aqualine. Restent les sapins de Noël même s'ils ne faisaient pas partie de nos traditions du sud et n'en voyais, et encore moins n'en sentais, ni dans l'appartement familial ni, me semble-t-il, dans les rues (pas davantage que de villages de chalets) à l'exception d'une année où le regroupement familial s'était fait dans la région parisienne. Et même quand des sapins de plus ou plus grands sont arrivés chez les parents ou mes sœurs ils sentaient plutôt le chocolat ou l'odeur iodée des huitres. Google interrogé me dit que « L'arôme d'un arbre de Noël dépend tout d'abord de l'espèce. L'odeur provient principalement de trois molécules de la famille des terpènes : l'alphapinène et le béta-pinène (C10 H16). » ce qui n'éveille aucune sensation même imaginaire en moi. Maintenant qu'ils ont envahi les rues d'Avignon et autres lieux, je reviens aux hivers passés et tente de retrouver.l'odeur dans laquelle ai baigné un instant à leur côté : au coin de la place de l'Horloge je pense que l'odeur la plus forte risque d'être celle des legs qu'ont laissés les chiens contre le support de son tronc, mais en vers la place Saint Didier et le jardin du père Noël, négligeant les pingouins qui manquent d'urbanité, le cerf qui sort d'un dessin animé, je reste en arrêt devant lui, sa grande taille et sa puissance effacées par l'attention perplexe avec laquelle il avance doucement, pâtes repliées, comme rampant, le nez interrogateur s'infiltrant sous une branche de sapin sur laquelle flottent des feuilles mortes de platane, comme mon vieil ami labrador avant de se décider à ouvrir sa gueule sur le contenu inconnu de sa gamelle. Me penche vers lui et vers la branche, pose la main entre ses deux yeux et renifle la branche, me redresse parce que le contact de son front manque de l'élasticité et de la douceur de la fourrure et lui murmure « non ce n'est pas ça l'odeur du sapin, pas ce parfum de plastique, ce n'est pas non plus l'odeur de ta chair, du sang, de la fourrure humide et de la morue jeune et fraiche ni l'odeur de ma vieille chair, du tabac et de la morue salée et dessalée, c'est je le sens un parfum de forêt drue où tombe la lumière, une discrète odeur profonde et végétale avec une petite pointe piquante comme une cuillère de miel de forêt qui vous pique le nez ».



oooOooo


Quant au poème rituel, il est de Giuseppe Conte (traduction Jean-Baptiste Para) et l'ai trouvé dans le recueil « Poètes de la Méditerranée » de Poésie/Gallimard

les saisons du feu – 2

'… La lumière, une lame, une limite

impossible à atteindre, mais

les yeux de l'homme la poursuivent, jusqu'à

ne plus être des yeux.


Quand nous serons dans l'éblouissement

où n'existent plus ni dehors

ni dedans, ni côté gauche

ou côté droit, ni avant

ni après, où il n'y aura plus d'hiver

ni d'été, ni brumes impassibles ni

glaces flottantes,

là ou les points

cardinaux, celui de la tramontane,

du suroît et du sirocco

tourbillonnent et se

fondent

en un seul point, qui reflète

les étoiles dans une corolle de calendula


nous serons alors dans la lumière, la vérité

et chacun de nous connaîtra

son Dieu. »

lundi, décembre 05, 2022

Pluie, films et carnets

 


un jour à oublier... programme domestique commencé correctement, moral pas terrible, la fin du monde dans l'éclairage sur la ville, un court orage de bons gros grêlons, la pluie et un honteux refus de tout, dormir, regarder un DVD (Celebrity de Woody Allen) et découvrir sur Arte la Victime un film de 1961 de Basil Dearden avec Dirk Bogarde, plaidoyer en faveur de la décriminalisation de l'homosexualité dit le résumé avec un montage digne d'un film hitchockien... ou du moins l'ai vu aux ¾ avant que ma connexion me joue des tours (revenue vers 19 heures pour apprendre par hasard que je suis sans doute cas contact, vais me faire tester demain matin)

J'ai envoyé à midi ma contribution au #25 de l'atelier « carnets » du tiers.livre et garnis Paumée avec celle du 12 novembre (proposition #6 « personne d'autre que moi n'aurait remarqué que... »)



Personne d'autre que moi n'aurait su repérer l'eau où sombraient tes yeux, toi silencieuse, détachée, rejetée en arrière – nous savions tous cela, la surdité que t'infligeait ou t'accordait l'âge. Personne d'autre que moi je l'ai cru : cette tendresse que tu avais tous la connaissaient mais seule je pense j'ai senti la tendre et acharnée guerre qui n'était que de nous deux fondre dans cette faiblesse que tu masquais si bien d'habitude ; n'osant un baiser, ai gardé ton image.

Et celle du 13 (proposition #7 « chaque visage un trait »)



Jeunes tous les quatre | l'intelligence évidente, les longues tempes, la courbe creuse des joues, la bouche fine, le nez ferme et ces yeux lumineux | l'ovale doux et parfait, la grande bouche pour les rires brusques et le reste de peur tapi au fond des yeux | cheveux rasés, bouche bavarde et ce visage imprécis qui n'a pas décidé de sa forme | le menton carré allié un temps encore à la douceur des grosses lèvres enfantines, à la rondeur des joues, aux petites tresses serrées.

vendredi, septembre 23, 2022

Mon chemin et dalles


le vent tombé

quelques nuages sur bleu

douceur d'automne


matin pour l'antre, m'en suis allée dans l'après midi acheter les conjugaisons de Bescherelle... Il y en avait une dizaine à Rosmerta mais plus en réserve, ont été distribués et gardés par quelques anciens... et j'en voulais un pour moi, parce que sais pas vous, mais il m'arrive, et l'âge n'est pas seul responsable, pour certains de nos jolis verbes irréguliers d'avoir hésitation à l'écrit et même si ça amuse mes « élèves », j'aime assez vérifier. Y ai ajouté café, crevettes, riz, courgettes, coquillettes, carottes et, parce que j'en suis là intellectuellement à force de fréquenter de grands esprits, un Agatha Christie dont j'ai oublié depuis longtemps la fin.

Et pour remédier à mon aboulie, concernant écriture et lecture, j'ai fait couci-couça le #3 de l'atelier photofictions du tiers.livre, ai lu, parce que j'avais un peu de temps et un esprit presque ouvert une bonne partie des textes publiés pour cette consigne (mais très très peu pour les deux précédentes) et je recopie ici ma contribution au #1


Devant mes pas

Une ligne de fuite ou une aspiration, une perspective qui évite de peu la symétrie, des bandes opaques, étincelantes ou noires se précipitant vers des petits points luisants et noirs plantés devant une barre sombre qui ferme l'image. A gauche, s'amenuisant en avançant, le soubassement et le bas des murs, avec le jeu de la lumière tamisée qui modèle la pénombre pour marquer le ressaut et la ponctuation de cylindres bruns dressés pour porter ombres sur la pierre grenue. S'imposant ensuite, dans l'éblouissement sous la frappe des rayons de soleil de ce début de matinée, la fuite du large trottoir aux dalles luisantes (avec le petit signe amical d'une feuille morte recroquevillée) dont la blancheur se dissimule dans le mélange de cette luminosité et de la contagion de l'ombre qui envahit le mur, posant avec autorité l'orde d'avancer. La côtoyant, envahissant peu à peu la largeur de l'image, la tentation des pavés frappés joyeusement et irrégulièrement par même lumière mais graduellement (avec une avancée brusque due à la plus grande hauteur des maisons de droite) envahis par une belle et profonde ombre qui dit la fraîcheur et la promesse du petit trottoir qu'elle cache le noyant dans la même obscurité que les pavés et les façades qui la dominent et la projettent.

Une photo cent fois refaite, avec de légères variations selon le temps et la saison, photo réflexe en tournant le coin de ma rue et en partant entamer ma journée, comme un moyen de marquer ma détermination. Photo prise le lundi 5 septembre 2022 selon mon habitude quand la lumière s'impose une fois encore à notre presque désir de pluie, peut-être prise aussi en partie en pensant, presque inconsciemment à l'éventualité d'une contribution à l'atelier de François Bon, ce qui m'a amenée à ne pas l'utiliser pour le billet du jour, contrairement à la dernière, prise cette fois avec cette idée de série en tête, en revenant, photo d'une des lanternes de la rue Joseph Vernet et de son ombre sur le mur que j'ai finalement utilisée considérant qu'elle manquait du côté presque abstrait de celle-ci. Sans doute pas la meilleure de ses semblables que je renonce à chercher dans mon fatras (doivent bien être une cinquantaine au moins) la lumière étant un peu moins brutale en ce début de septembre et surtout parce que je ne dispose plus que du petit compact Sony (même s'il est le meilleur de la gamme) sauvé miraculeusement après la mort de son grand-frère et plus encore de son grand cousin, lui aussi mort au champ d'honneur de ma maladresse et de chutes, l'hybride Alpha 6100 (n'ai jamais possédé mieux, ni vraiment désiré) qui pour contrebalancer ses qualité et les performances de son objectif, était vraiment trop encombrant pour mes poches et trop intimidant pour le couffin.

vendredi, mars 05, 2021

Jeudi – souvenir reconstitué


jour blanc ou jour gris

aux légères nuances

indifférentes


n'ai rencontré qu'un ours qui se tient mal à table, et la cohabitation pacifique de fleurs et plantes naturelles ou artificielles


Le matin, coincée parce que j'attendais un passage qui n'a eu lieu qu'un peu avant onze heures, me suis décidé, malgré la proximité, du moins sur le fond, avec un des premiers textes publiés, à tenter de répondre à la première proposition de François Bon pour son atelier prenant appui (pour que nous nous en éloignions peu ou prou) sur Baudelaire – cette fois pour la parenthèse créée dans « le cygne » par les souvenirs de ce qu'était ce coin de Paris https://www.tierslivre.net/ateliers/baudelaire-1-la-forme-dune-ville-une-parenthese/ (les contributions sont sur https://www.tierslivre.net/ateliers/category/bicentenaire-baudelaire/baudelaire-1/ )


le Mourillon

Le boulevard débouchait sur la mer, le petit port du fort, l'ouverture de la rade, les douces hauteurs de la presqu'île en face – virer en courbe large sur la gauche pour embouquer le boulevard du Littoral comme nous l'appelions – ne pas regarder à gauche, ignorer si quelques petits immeubles ont poussé ou dépassent le premier rang de villas parce que les yeux suivent la petite courbe du port, le fort qui maintient la jetée – saluer le pont qui n'est plus levis depuis des siècles, l'escalier de bois qui mène à la porte au bas de la muraille courbe, avec la petite grimace de l'ado qui y avait ses entrées mais n'en usait pas, fuyait l'idée de monter l'escalier, de passer dans le vestiaire et de faire traverser à ses complexes la terrasse sous les paires d'yeux se prélassant au soleil dans les créneaux, avant de descendre l'échelle pour se baigner sous la muraille – voir avec le calme de retrouvailles distraites la contrecourbe qui revient au tracé de la côte et la maigre plage de sable sur laquelle se pressaient tous les toulonnais, ce que ne daignons – et brusquement le choc de ce qui ne devrait pas être – suivie du contrechoc causé par le brusque souvenir d'allusions à la mobilisation de ceux qui étaient attachés à notre cadre, de ceux aussi qui craignaient le bouleversement écologique causé par cet empiètement – le choc de cette mer devenue prairie, parking, sable, de ces criques bien dessinées sorties de rien – ces silhouettes marchant, se prélassant, vivant avec le naturel de l'habitude dans ce monde qui surgit brusquement – sourire avec un peu d'étonnement parce que le boulevard suit toujours le tracé sinueux de ce qui était le rivage, retrouver le garde-fou en métal suivi des piles de ciment réunies par des barreaudages qui bornaient nos trajets, ignorer un moment ce qui est là maintenant, en contrebas, et croire que, depuis la chaussée qui monte lentement, la terre descend rudement vers l'eau, penser que l'on domine la chute des rochers, chercher des yeux l'ouverture du sentier qui dégringole au travers des plantes broussailleuses, des fleurs d'ail, des crottes de chien, de quelques débris plus ou moins ragoûtants, jusqu'à la plage de galets que nous nommions la Pyramide à cause d'une ruine d'ouvrage en ciment émergeant à une centaine de mètres, la baignade la plus proche du groupe d'immeubles désignés par les plus jeunes des officiers comme l'offlag – mais l'appel de la rade, du large qui s'ouvre là bas, en face, après Saint-Mandrier, tire le regard, et comme la mer nous a fuis, prendre la première des rampes qui descendent, traverser le parking, suivre les allées tracées entre les pelouses, à vrai dire plutôt entre les idées de pelouses (mais l'étrangeté de leur présence, elles qui ne survivent pas dans les jardins des villas), et à la lisière du sable où lisent – dorment – des adultes, où courent des enfants, s'installer à la terrasse d'un des petits restaurants qui ont poussé avec le reste, laisser fondre une glace plutôt chère en souvenir du temps où on pouvait les déguster, en regardant autour de soi, en trouvant ma foi cela assez beau, fermer les yeux, sentir la mer, l'écouter, laisser le soleil caresser la peau du visage, recevoir sur la main posée sur la table une fiente, cadeau d'une mouette de passage, tenter de se persuader qu'on retrouve son passé pas si changé que cela.


mercredi, janvier 20, 2021

Aux prises avec


interrogations

de l'enfant de si longtemps

jamais résolues

une photo reçue aujourd'hui... pardon, mais je fais connaissance avec mon moi d'alors, et pour une fois aime assez – en tout cas j'étais aussi interrogative face aux révoltes des objets et de l'évier ce matin... réprimées peu ou prou en long travail qui ne se voulait pas trop anarchique


et puis, celle qui depuis tant et tant d'années n'est plus la pouliche échappée (l'un des surnoms que me donnait mon père, l'autre, plus juste, étant la frégate incomprise) s'en est allée faire une vraie heure de marche (un peu davantage en fait) dans la lumière et un air qui se faisait étonnamment quasi tendre.


Mais comme suis un rien vidée et fort paresseuse, reprend, sous la photo d'une œuvre de Davide Galbiati, souvenir d'une exposition au petit palais en 2015, bien qu'elle n'ai absolument aucun rapport avec la tête que j'ai cherché à évoquer, je reprends ma contribution du #6 «le gros plan comme outil littéraire, avec Jean Epstein» https://youtu.be/oRC_RUeo-98 (l'ensemble des contributions sont ou seront sur https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article629

Dos souplement parallèle au dossier du fauteuil, jambes tendues, au premier rang, mes yeux dialoguent avec une nuque légèrement ployée au dessus d'épaules rigides, s'emplissent de la courte masse de cheveux souples basculée vers nous. La voix du saxo se meurt et le souffle du vent léger qui le portait prend possession de la salle pendant que, insensiblement, le crâne bascule, se redresse, que le cou se déploie, se découvre, dans la presque imperceptible tension des muscles qui encadrent sa haute colonne claire sur laquelle dansent, dans le son qui forcit, des boucles sombres. Avec la même lenteur, l'épaule de droite s'enfonce un peu, le lobe d'une oreille apparaît, le visage se révèle, pendant qu'il s'approche jusqu'à occuper presque tout le cadre, effaçant le ciel, avant de s'arrêter de trois quart. La fuite d'un haut front, une forte arcade sourcilière, un trou sombre et, sous une pommette marquée, le méplat d'une joue maigre, le bout du nez, une narine palpitante, le coin d'une bouche aux lèvres minces qui s'ouvre peu à peu, l'ensemble continue de grandir, de venir vers moi, les cheveux commencent à sortir du cadre et s'impose la tension qui semble étirer cette peau, la plaquer sur sa structure, pour que nos bouches accompagnent, en un halètement muet, les lèvres que nous regardons. Le corps a repris son mouvement et, tandis qu'un bourdonnement vient contaminer le bruit du vent, c'est maintenant le haut de l'épaule gauche qui vient, au milieu de l'image, supporter l'ensemble, le cou, le visage, les petites rides que creusent les yeux plissés, la diagonale sèche du nez au bout légèrement relevé, la bouche qui se ferme, la boule du menton dressée comme pour une interrogation, la forte mâchoire qui achève de masculiniser cette face. Le bourdonnement s'intensifie – on reconnaît le bruit d'un moteur – et le visage se tourne vers nous tout en s'approchant, grandissant, pendant que le cadre se resserre en montant le long de la peau hâlée démesurément grossie, jusqu'à laisser deviner sa texture, ne montre plus que les yeux enfoncés, légèrement bridés, dont le regard d'un bleu très pâle, filtrant sous les paupières prudentes, se fixe sur un point à ma gauche, évitant de justesse l'échange de regard. Un bruit de porte métallique, le son d'une chaussure qui se pose sur de la terre, un frémissement de lumière dans les yeux, une décrispation, le cadre s'élargit, redescend jusqu'aux lèvres qui s'assouplissent dans un sourire qu'un reflet doré, venu d'on ne sait où, caresse soudain, et mes épaules se détendent. 

mardi, janvier 12, 2021

Bleu et brun

sur mon heure de marche, entrecoupée de longues attentes poste et pharmacie, la lumière bleue qui allège les pas et nous rend aimables (oui da)



et ma foi pas grand chose d'autre à dire... alors je recopie ma tiote contribution à la proposition #5 « mâcher du rouge avec Henri Chopin » de François Bon pour l'atelier d'hiver sur tiers.livre https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4949 (les contributions sont sur https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article628

féminités du brun

brun brun ocre brun rouge brun jaune brun fade brun usé variations brunes brune incertitude brunes sensations odeur brune du café brune idée de chaleur brune brune cassure du chocolat brune onctuosité qui fond brune liqueur dans le sang brune brunes lèvres de l'enfant rieur brune la menotte qui se tend brune brune brune odeur acre d'oignons brûlés brunes et dorées les gouttes de caramel brune saveur du pain d'épice brunes brunes harmonies de l'automne brunes et pâles les feuilles racornies brunes feuilles tombées brune la feuille qui fut en or brune rumeur des feuilles foulées brune et acre l'odeur pourrissante brunes suppliques des branches nues brune brune terre d'après la pluie brune opulence de la terre brunes les mottes brune la vie retournée de la terre brune douleur des reins redressés brunes les mains pressant les reins brune brune poussière aride dans le vent brune écorce d'un chêne brune et lisse la peau du micocoulier brune lumière d'un bois ciré brune la fragrance du camphre brune brune brune couleur des peaux de l'été brune vague cheveux secoués brune et rose tendresse d'une nuque brune brune reliure brune vieillesse du papier ocré brune odeur de sagesse brune chanson du violoncelle sa voix profonde et brune brune lueur de son bois brune caresse musicale brune brune la pipe brune la barbe brune la veste brune morsure de joie brune brune la douceur de l'ours en peluche sa brune amitié chaude brune brune lumière dans la forêt brune terreur d'un ours dans la nuit brune froideur du crépuscule brunes senteurs du jour qui se meurt brune brune brune blessure brune douleur du sang qui sèche brune percée du bronze brunes histoires d'antan brune ombre d'une épaule sur un livre.