commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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samedi, août 19, 2017

Dans la joie de la chaude lumière songer à la douleur du monde

d'ombre en lumière
dans la chaleur naissante
cheminer matin
dans la pitié et l'effroi
pensant à Barcelone
Alors, je sais c'est du réchauffé, mais en souvenir d'un temps où j'ai plongé en moi à la recherche des traces de Barcelone, au delà de sa saveur devenue imprécise (en souvenir aussi de la gentillesse grande de Christophe Grossi http://deboitements.net/ avec lequel échangions, et de la reconnaissance pour les photos qu'il m'avait envoyées, reçues juste après que j'ai achevé les montages, finalement conservés puisque faits en écrivant) je suis partie à la recherche de nos vases communicants prenant appui sur la ville en mars 2013 https://brigetoun.blogspot.fr/2013/03/reflets-de-sant-jaume.html et bien sûr c'est une Barcelone très personnelle qui se trouve évoquée, mais elle est à l'image de mon rapport à elle...
Suis-je allée à Barcelone ?
Tu es allée à Barcelone
Je croyais que j'avais pris des photos, en noir et blanc, avec un vieil appareil, mais ne les trouve plus.
Tu les as jetées, c'étaient des souvenirs d'idées de photos (alors j'en ai prélevé sur http://www.tripadvisor.fr/LocationPhotos-g187497-w58-Barcelona_Catalonia.html et http://www.beglob.com/barcelone-espagne et les ai martyrisées pour me les approprier)

j'ai gardé ces mots : j'aime Barcelone, comme une vérité, perdue dans une brume
Tu te souviens pourtant, l'hôtel Colon, le grand hall, qui n'a plus que cette taille dans ta mémoire, le bataillon de vieillards en uniforme, assortis à son âge – et tu étais honteuse, sans le montrer, de laisser porter cette valise qui te semblait si lourde – le grand ascenseur dans sa dentelle métallique – je me demande si ce n'est pas une invention, - peut-être mais je veux y croire.
Tu te souviens pourtant - la grande chambre, les fenêtres, ou porte-fenêtres tu ne sais plus, ouvrant sur la cathédrale.
Tu te souviens - les voûtes, le choeur et les stalles, l'élégance parisienne des sculptures du monument de Sainte Eulalie. Tu te souviens surtout que tu es restée un temps, arrêtée, dans le cloître – tu as toujours aimé les cloîtres – et qu'il y avait un petit musée dans une salle, à côté.
Tu te souviens que tu as aimé les traces de Rome, tu te souviens – cela s'éveille lentement, affleure – d'une salle du musée Marès, d'un bas-relief aux formes rondes et douces au milieu de bois rudes aux peintures déteintes. (et il y avait aussi, dans un autre quartier la richesse de ce musée, où après les fresques, les christs, tu étais tombée sur une exposition de toiles modernistes - ta surprise amusée en constatant que, sur les grands panneaux explicatifs, tu comprenais plus aisément le texte catalan que le castillan que tu as soit-disant appris)
Tu te souviens des rues, des hautes façades de belles pierres, autour de la cathédrale et du palais de la Généralité, d'une belle place.
Tu te souviens que tu aimais les petites rues, où tu souriais, te sentant chez toi, où tu ne t'arrêtais pas parce que ce n'était pas le cas.
Tu émergeais brusquement sur les ramblas, et tu te souviens que c'était joyeux.
Tu te souviens de la noblesse un peu provinciale de la place Reial, des affiches sur la façade du Liceu.
Tu te souviens surtout de tes flâneries sous les voûtes métalliques, dans l'abondance des fruits, légumes, viandes, poissons du Mercat de la Boqueria – tu achetais une petite salade, des tomates parfois, pour tes dîners dans ta chambre, avec une boite de thon
Tu te souviens que tu sortais vers minuit, et que tu savourais, distraite, concentrée sur ton plaisir simple, une crème catalane dans un bar trop éclairé – un décor froid de molesquine et formica – en regardant la nuit derrière les grandes vitres, et cette rue que tu suivais, le matin, pour une pause dans le parc de la Citadelle, près de l'amical squelette métallique de l'Umbracle.
dans mon souvenir il n'y a pas d'humains, aucun visage même flou, aucune rencontre.. je crois que j'étais trop triste, ou fatiguée, si triste.
Tu ne tolérais pas les gens attablés aux cafés ou dans les restaurants, les oisifs.. Tu n'as pas aimé la Diagonale, le passeig de Gràcia, ou plutôt tu n'as pas aimé y être, comme sur les Champs Elysées, malgré les façades des Casas. Tu t'es arrêtée un moment devant la Sagrada Familia, mais tu étais trop absente pour la voir.
Tu aimais flotter au milieu de corps actifs, comme un truc étranger et invisible.
je me souviens que je suis allée à Barcelone, et qu'il me semble que c'était bien.. mais je croyais que c'était il y a plus de quarante ans
Tu es allée à Barcelone un an avant les jeux olympiques, il y a donc vingt deux ans – et tu t'es perdue dans les routes en travaux sur la colline de Montjuic.
Tu es dans une tranchée, entre deux pentes raides de terre remuée, tu ne sais pas comment en sortir, tu as un peu peur des machines qui dorment, qui pourraient s'éveiller, te coincer.
Tu es assise sur le sol, tu masses tes chevilles, je crois, tu regardes au dessus de toi la barre du pavillon de Mies Van der Rohe, tu te sens en sécurité, comme si tu étais assise devant une revue d'architecture, à la BPI.
Tu as marché, tu as été fascinée par le palais de la Musique, bijou étrange, et par la conque tordue du plafond en haut de la maison que Gaudi a construit pour la famille Güell – tu as passé de longs moments, dans un sourire ravi, dans une admiration joyeuse, au musée Miro.
Tu te souviens vaguement du sourire, des gestes d'accueil aimables, d'une galeriste... et des oeuvres de jeunesse, un peu boueuses, de Picasso, de ses dessins du Paris fin de siècle aussi (l'avant-dernier, je ne me résigne toujours pas à penser que mon siècle est fini), dans le merveilleux musée aux pierres anciennes (il est toujours bien logé)
Tu te souviens de cette boutique vêtue de bois, aussi douce qu'une armoire ancienne, près d'une belle église gothique, et d'y avoir acheté, pour ton plaisir, une plaque de chocolat si noir et épais que tu as eu du mal à la casser, et les turons que tu devais ramener aux secrétaires parce qu'elles s'y attendaient.
Tu te souviens du port, du peu que tu en as vu. Tu te souviens que le soleil était superbe, qu'il se déployait, que tu étais bien.
Tu te souviens que tu as erré, un long moment, sous les voûtes du Musée maritime, et que tu croyais tenir la main de ton père, écouter ses commentaires.. tu te souviens que tu as choisi la photo du bateau le plus humble possible, l'équivalent catalan d'une tartane, pour la lui envoyer.
Tu te souviens que tu as cru être là presque en communion avec la force de la ville. Tu as su que Barcelone est ancienne, puissante, orgueilleuse, vivante, richement bourgeoise et industrielle aussi – je n'ai pu que flotter, un instant, à sa surface, j'étais trop fatiguée et seule pour elle à cette époque..
post-scriptum de 2017 n'empêche qu'elle m'est restée comme un parfum, une force, une admiration où se couler en petite chose
les belles photos de Christophe Grossi
Je pouvais pleinement être dans cette seule pitié, débarrassée de l'exaspération qui m'était venue – avec une petite honte en même temps, parce que eux, leur peur et les traces qu'ils en porteront, secrètement, étaient à mille lieux de cela – en entendant les refrains habituels, politiques parlant de l'attaque à NOS Valeurs, les journalistes s'interrogeant sur les raisons pour lesquels Barcelone, comme Londres, Berlin – en gros se limitaient à cela – étaient spécialement visés, exaspération qui m'avait fait rechercher quel était le bilan, la géographie, des attaques djadistes et trouvant, pour en rester à cette seule année 2017, cette liste qui semble prouver que ces valeurs attaquées n'ont rien de spécifiquement européennes, et sont, simplement, bellement, le désir de vivre (avec ce que cela entraîne de jouissance, joies, intelligence, amitié, amour etc...) https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27attaques_terroristes_islamistes#2017
et puis, dans l'après-midi, pour avoir un autre regard sur le monde, juste un peu autre, ai regardé un moment africanews https://youtu.be/NRZPYa2dQBk

vendredi, décembre 04, 2015

(Petits textes écrits à chaud après le 13 novembre 2016 au soir à Paris durant quelques jours qui suivirent malgré tout)

François Vinsot m'a proposé d'échanger, dans le cadre des vases communicants, à partir de ses, de nos, réactions aux attentats du 13 novembre
en réponse à ces «petits textes» écrits (peut-être légèrement modifiés, mais je ne crois pas) sur son site Ecrits au long court https://francoisvinsot.wordpress.com/2015/12/04/apres-par-brigitte-celerier/ je lui ai envoyé quelques lignes tentant de dire ce que je ressentais il y a une dizaine de jours, peut-être avec encore un peu trop de grandiloquence.

Place à ses méditations

1

Je me suis endormi sans savoir. Je me réveille en sachant.
Un vendredi soir comme un autre à Paris mais certains en avaient décidé autrement et s’y étaient minutieusement préparés; préparés à tuer et à mourir; ils ont peaufiné leurs armes, pris possession des explosifs, ont étudié des plans. Et puis ils sont passés à l’action, leur dernière, celle qui ferait parler d’eux dans le monde entier, qui les rendraient célèbres.
Un vendredi soir comme un autre à Paris, une salle de concert pleine à craquer pour un groupe en tournée européenne coqueluche du moment, et puis dans le quartier on traine entre soi dans des endroits fait pour ça, le quartier à forte concentration de journalistes et de gens branchés, histoire d’être certain que tout sera bien retransmis le mieux possible.
Et puis un match de foot, en présence du président; là aussi une attaque; on évacue le président; on contrôle et le match peut reprendre, et les français marquer un but.
C’était Paris, hier soir; et toi, ça va?

2

Quand je lis: « Soyez joyeux aujourd’hui sinon ils ont gagné » j’ai du mal
Non je ne suis pas joyeux et n’ai pas envie de faire semblant. Je suis vivant, oui d’accord, et j’ai bien de la chance. Je ne fais pas partie des victimes; est ce vraiment une raison d’être joyeux? Ils sont morts et moi pas. C’est plutôt une source de grande tristesse d’habitude, non?  Que des innocents soient morts.
Je lis que si je montre que je suis touché et effondré, je donnerais raison aux assassins. Non mais ça va pas la tête? Je lis que si aujourd’hui je ne sais plus où j’en suis, ils auraient gagné; non mais vous êtes tous devenus dingues ou quoi?
Parce que des hommes se comportent comme des ombres déshumanisées, je devrais avoir honte de montrer mes fragilités et mes contradictions, mon désarroi et ma peur face à de tels comportements? Non mais ça va pas la tête!
Oui ils m’ont touché au coeur ces assassins; oui, ce qu’ils ont fait me force à réfléchir à ce qui a bien pu les pousser à faire ça. Oui, et c’est comme ça; et oui, je condamne au fond de moi ,à n’en avoir rien d’autre à dire, ces assassinats lâches et terribles; et je n’ai aucune intention de faire comme si cela ne m’affectait pas.
Ils ont visé une ville où l’on peut encore relativement vivre ensemble et ils ont voulu y porter la mort, avec la leur; ils ont choisi d’y mourir en y tuant, devenir des monstres qu’aucun Dieu ne saurait revendiqué comme l’aimant; ce sont des hommes détruits qui ne croient plus avoir comme seule option que la destruction de ceux qu’ils haïssent de les voir différents et vivre ensemble.
Et oui, aujourd’hui, je suis profondément malheureux et triste et je n’ai aucune intention de prétendre qu’il en est autrement.

3

Se réveiller en état d’urgence…
…en état de guerre, se réveiller les yeux ouverts pour essayer d’y voir clair; oui; et puis? En urgence de quoi, en guerre contre qui, avec qui, comment? Tirer des questions sur notre innocence, abattre des incertitudes, errer parmi nos ombres, chantonner des refrains populaires.Comprendre, la belle affaire, le temps perdu à ne pas voir, à s’occuper ailleurs, et même à y réussir. Lorsque la réalité se trompe, la vie comme un électrochoc, idées sangsues, ablation  à coeur ouvert, transplantation de tout ce qui ne fonctionne plus, anesthésie généralisée le temps qu’il faudra. Vivre. Ne plus quitter la salle d’opération; les radios et les télés et internet montrent à quel point ça se généralise; même pas peur; ah oui, vraiment? Chacun là où il en est. S’unir contre; contre l’horreur, la violence aveugle, la déshumanisation absolue, la sienne, celle de l’autre, du monde ici pour un monde la bas, pour vivre enfin dit celui qui ne respire plus que l’odeur des balles.

4

Entrer en résistance… Oui, d’accord, on fait quoi? On commence déjà par ne pas dire n’importe quoi; oui c’est un bon début; mais on dit quoi? On commence par écouter; oui ça me va; écouter quoi? Juste écouter ce qui passe à portée, sans s’exciter, sans s’énerver. Oui, je veux bien essayer mais je ne promets rien. Et puis s’écouter; suivre ses propres traces, essayer de se retrouver, sortir de ses cachettes, de ses raccourcis qui rallongent, de ses absences qui prennent des messages pour les écouter plus tard; laisser les émotions remonter à la surface et s’évaporer lentement dans l’air du temps; écrire est un exemple. Oui d’accord, et c’est tout? Et puis, commencer peut être à creuser davantage, pour aérer a terre, la retourner un peu, pour ne pas y planter à la va vite; et pendant que le terreau s’anime, écouter une nouvelle fois, accueillir ce que l’on appelle silence, une manière d’écouter qui laisserait la place au doute, toute une aventure à portée de regard, en partage…

5

Moi président, je ne sais pas ce que je ferais, mais je ne suis pas président. j’essaie juste d’être un homme et déjà, franchement ce n’est pas facile; être un homme ce n’est déjà pas facile de définir ce que ça peut bien être; le contraire oui, on voit déjà mieux, mais la frontière est poreuse, c’est la vie qui veut ça. Le président hier, à Versailles, il a été malin, il a dit ce que la majorité souhaitait entendre, et il a toujours eu la manière; il nous a parlé comme l’on parle à un cheval que l’on vient calmer dans son boxe; et je ne suis pas sûr de vouloir que l’on me traite comme un cheval, mais c’est déjà mieux que de me prendre pour un chien; enfin c’est une manière de voir. Et puis maintenant il reste encore deux petits détails à régler: Le premier, c’est de voir ce qu’il va vraiment pouvoir faire, jusqu’où il ira, car il est malin le bougre; alors derrière ce qu’il a dit, il faudra être bien malin pour savoir ce qu’il pense; un président joueur d’échec c’est bien mais je n’aimerais pas être à la place des pions, ni des fous, ni de ses reines. Et le second petit détail, c’est de voir ce que ça va vraiment donner, comme résultat, voir dans quels mesures il a pu signer avec Harry Potter er Superman et tous les autres super héros. Et puis sinon il y a la vie au quotidien, les petits gestes qui font qu’on ne laisse pas la réalité se tromper sans rien dire, sans rien faire, sans rien échanger,et puis il y a ceux qui auront quinze ans dans quinze ans. Moi président, je ne sais pas ce que je ferais, mais je ne suis pas président.

6

Le temps, ça permet de prendre du recul…
C’est bien connu; le temps ça permet de prendre du recul; donc dès les premières minutes déjà tu recules un peu, d’horreur, et puis tu recules encore, d’impuissance, et puis tu recules encore, pour t’éloigner un peu, et puis tu recules encore pour te réfugier dans des souvenirs, et puis tu recules encore et encore et encore et encore…..
Et puis vient le moment de ne plus reculer; pas avancer, ça tout de suite c’est hors de portée; mais ne plus reculer; rester sur place; d’où l’importance de bien choisir sa place, quand on peut; on s’agite  on cherche; on ne trouve pas mais bon le temps manque alors on prend un peu ce que l’on trouve; et là on ne recule plus; on essaie d’y rester; sauf que lorsque le monde bouge, si tu restes sur place, tu découvres que c’est un peu comme si tu reculais; et là si tu recules, tu risques de de retrouver collé au mur, à force; donc tu te dis: allez c’est le moment d’avancer.
Donc tu avances; d’abord avec des mots, tu avances des sensations, des envies, des idées, des partages, des dessins, des cris, des témoignages, des échos, d’autres mots, d’autres partages, d’autres sensations, d’autres envies, d’autres idées, d’autres partages, d’autres dessins, d’autres cris, d’autres témoignages, d’autres échos,d’autres mots, d’autres partages, d’autres sensations, d’autres envies, d’autres idées, d’autres partages, d’autres dessins, d’autres cris, d’autres témoignages, d’autres échos,d’autres mots, d’autres partages, d’autres sensations, d’autres envies, d’autres idées, d’autres partages, d’autres dessins, d’autres cris, d’autres témoignages, d’autres échos,d’autres mots, d’autres partages, d’autres sensations, d’autres envies, d’autres idées, d’autres partages, d’autres dessins, d’autres cris, d’autres témoignages, d’autres échos,d’autres mots, d’autres partages, d’autres sensations, d’autres envies, d’autres idées, d’autres partages, d’autres dessins, d’autres cris, d’autres témoignages, d’autres échos,d’autres mots, d’autres partages, d’autres sensations, d’autres envies, d’autres idées, d’autres partages, d’autres dessins, d’autres cris, d’autres témoignages, d’autres échos,d’autres mots, d’autres partages, d’autres sensations, d’autres envies, d’autres idées, d’autres partages, d’autres dessins, d’autres cris, d’autres témoignages, d’autres échos…….

7

Imaginez un monde où l’on déciderait de se taire pour prendre le temps de réfléchir
Une minute de silence c’est bien; une heure c’est encore mieux, une semaine ça commencerait à faire un vrai changement. et plus si affinité. Imaginez un monde où l’on déciderait de se taire pour prendre le temps de réfléchir; un monde où l’on écouterait avant d’emprunter la parole en cas d’absolu nécessité, comme une pompe à incendie; un monde où la parole ne serait pas devenue une monnaie de singe dont il faut des heures pour effleurer une idée juste, juste une idée. Imaginez un monde où la parole aurait de nouveau de la valeur, serait respectée, refléterait des différences qui ne seraient pas de façade. Imaginez un monde où les mots ne seraient pas devenus des pièges à poser, à éviter, à appâter, à déplacer sans cesse. Imaginez un monde où la parole serait rare, un évènement, une rencontre, un partage, une promesse. Imaginez un monde dans lequel l’homme serait à nouveau le coeur, le centre, l’homme dans son humanité, dans ses fragilités et dans sa force, un homme parmi les hommes, ni plus, ni moins.

8

Vivre aujourd’hui, c’est respirer l’air du temps; eh oui, forcément… Inspirer ce qui se raconte, expirer ce que tu en dis, inspirer ce que tu en lis, expirer tes mots à toi aussi, inspirer ce qui se montre , expirer tes émotions et tes cris. Inspirer le monde tel qu’il est, expirer celui que tu voudrais qu’il soit; inspirer mal, expirer aussi mal; entre tout vouloir lire et ne plus rien lire du tout, tout vouloir entendre et avoir soif de silence, entre tout vouloir voir et fermer les yeux; entre se souvenir et l’oubli; entre deux, marée basse et marée haute; entre tout arrêter et c’est quoi tout arrêter? Entre être joyeux pour qu’ils ne se réjouissent pas de m’avoir rendu triste et puis le visage de ceux qui y ont perdus la vie; entre les photos de ceux qui sont disparus, entre leurs sourires, inspirer, expirer, entre les résumés de leur vie, inspirer, expirer, entre le néant et demain, inspirer, expirer, pas comme si de rien n’était, non, respirer l’air du temps, car c’est le seul air, et chanter un refrain qui changerait le monde, en plaçant bien la voix, en allant bien chercher de l’air dans les poumons, les épaules bien écartées, doucement sans forcer, inspirer, expirer, respirer, pour ne pas suffoquer, entre deux cris, entre deux larmes, entre deux désespoirs, entre deux réveils, entre deux, marée basse, marée haute; à qui appartient le futur? Respire l’ami(e), respire….
Et ce matin, réveil lourd, et désir de réunir ce qui précède, en pâle mémoire…..

Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

Si vous êtes tentés par l’aventure, faites le savoir sur le groupe dédié sur Facebook, sur twitter ou sur le blog http://lerendezvousdesvasescommunicants.blogspot.fr tenu par Marie-Noelle Bertrand qui a gentiment repris le flambeau qu'avait maintenu en vie Angèle Casanova
Merci, si vous en avez le temps, de vous baser sur cette liste pour découvrir les autres échanges, suis certaine que ne le regretterez pas.



vendredi, juillet 03, 2015

Squatter des vases communicants pour un bref aperçu

Angèle Casanova qui a pris avec brio les rênes des vases communicants est dans l'impossibilité de faire ce mois-ci sa recension habituelle – alors, sans tenter de la remplacer, elle sa lecture approfondie, sa science du résumé et sa voix lisant les contributions, je reprends mes petites notes clopin-clopant à ma trop désinvolte manière.
Dans ce mois où tant s'en vont, l'esprit en vacance, il y a eu quelques beaux échanges
échange de photos, de mots et «se demander quoi et comment» entre
tremblements angulaires en six vies antérieures
deux photos vues d'avion et six paragraphes, six petites histoires malicieuses commençant par Il y a quelques années, dans une vie antérieure, un Concorde qui couvre les voix et une interrogation – des fenêtres anti bruit non adaptées – l'amour et le lit animé par le passage d'un 747 – une fête où chacun bondissait au dessus de lui-même – une mauvaise période mais une si jolie vue Les soirs d’hiver, les puissants projecteurs des cargos de nuit en vol direct pour les cieux sibériens jouaient avec le clocher pointu à dessiner en ombre chinoise sur les nuages bas d’élégantes aiguilles ; elles filaient de gauche à droite comme celle d’un compteur de vitesse quand le véhicule accélère, jusqu’à devenir incontrôlable – le jeu d'échecs et la concentration au voisinage des rotors
et
les maîtres du monde
des peupliers, un étang, un ancien élève d'école de commerce, un fils dont le père payait, l'âge qui vient, les enfants, les signes d'une réussite, un pincement au coeur, la Bretagne bien entendu, et la barbe éternellement naissante, la montre voulue, cadeau comme se doit, le divorce bien sûr... bon vous feriez mieux de le lire, lui, Piero Cohen-Hadria – la douceur décidément de l'étang etc...
comme tous les samedis, il ira cet après-midi à la piscine du club, où il rencontrera un oncle ou on lui présentera quelqu’un d’important, un peu dans son genre, chemise col ouvert, l’humour et la désinvolture, la culture, oui, surtout la culture et la tradition, devant ce plan d’eau, la douceur, ah voilà N+1, il le suit, ils courent, de l’air, la vie sensible et calme, quarante et un ans, le point de côté, un peu à droite qui pince, et dans le ciel, si haut, un avion qui s’éloigne
à partir d'une photo d'une charmante poupée de foin et d'étoffe
straw doll
Jane rencontre la poupée, debout derrière une grille, et pense d' abord à un petit épouvantail pour fête de la citrouille, et puis tombe sous le charme, un accueil à elle destiné par celle qui l'avait convoquée
(A suivre…
Comme une invite à Marie-Christine Grimard pour futur un Vase Communicant, si elle y consent. Quand je relis ce fragment inaugural, je trouve en effet qu'il pourrait ouvrir une histoire comme celles qu'elle partage sur son blog.)
et
44 ° Celsius à l’instant au thermomètre.
et ce que cela inspire à la petite bonne femme qui s'abandonne au farniente obligé (avec un air qui tourne dans sa tête), c'est à dire un plaidoyer pour que le bourdon, de lui même s'en aille, respecte ses plantes, que Fifi ne broute pas l'olivier et à Mini Coq
Ne t’égosille pas comme cela
Il fait trop chaud
Tu me casses les oreilles
Descends de ton arbre.
À partir d'une photo de Proust à Venise
et
ont échangé des mails qu'ils reproduisent tous les deux et c'est un régal depuis le Ce chapeau, ça lui donne un petit côté Charlot, non ? de Nicolas Bleusher jusqu'au .. et ressentir peut-être les mêmes impressions, les mêmes frôlements du vent marin, apercevoir la même course des nuages dans un ciel de couleur forcément vénitienne… Oui, cette photo de Proust, cela pourrait être un joli départ. de Dominique Hasselmann en passant par Proust et la modernité, de belles citations et des souvenirs ou projets de Venise – impossible comme pour tout bon dialogue d'en donner idée..
les tilleuls (sur un échange de photos)
couleur tilleul
Linda avançant dans l'avenue familière, dans l'odeur des tilleuls, l'air léger du printemps et son envie de changer de vie
Quelques heures plus tard, en sortant du salon, la chevelure couleur tilleul, elle sut que son chemin serait différent. Même le regard de Renato s’était transformé, la lueur d’agacement qu’elle lisait toujours au fond de ses prunelles avait laissé la place à une admiration amusée.
et la suite de cette jolie histoire vous montrera que, oui, cela peut changer une vie, il suffit d'en décider (bon moi cette dernière portion de phrase j'ai un petit doute, mais c'est un défaut mien)
et
le flou et cet incertain tangible
quand j'étais mort , dit-il, je n'étais que fuite (enfin il ne le dit pas ainsi, mais mieux) pour échapper au réel, trouver dans la marche l'endroit où la loi de la gravitation universelle ne s'applique pas, l'intangible
sortir de la torpeur grâce aux premières fragrances du printemps, et chercher à résister au tangible
Etre insaisissable, dans le mouvement, dans la fuite reste la seule manière d’échapper aux incertains adeptes d’un tangible unilatéral.
Et pour éviter de paraphraser, mal de surcroit, vous invite à lire Franck Queyraud qui parle du temps, de la mort, de la poésie, de la sottise et l'impossibilité de toute mise en ordre, classement..

samedi, janvier 17, 2015

Revenir à la rue de la Roquette grâce à mon dernier vase communicant

dans l'antre, aujourd'hui, entre doutes, rangements (en suis au Bo... et ça entraîne grands bouleversements, recherches, lectures, circulation assise sur carreaux de rayonnage en panier (carrelage frotté par velours, l'espère satisfait)
alors, retrouver ma réponse à La Roquette de Piero Cohen-Hadria http://brigetoun.blogspot.fr/2015/01/roquette.html
le bus emboque,
estuaire discret, la rue
de la Roquette,
j'y goûte le temps perdu,
les piétons nous dépassent
un libraire en allé, une librairie neuve, restaurants chinois, japonais, thaïs, épiciers arabes, cafés, on arrive dans mon ancien domaine, je descends
jour, trottoir vide,
devant théâtre, passants,
bouquiniste mort,
souvenirs s'entrechoquent,
attentes, écoutant, fumant
un coin vert serti
entres façades, vivant
mais sagement clos,
notre combat réussi
le vide sauvegardé
la tête est restée.
Blum, sa rose dans le dos,
a déménagé
Sages tournent les autos
un nouveau rond-point très laid
en août s'est vidée
la terrasse du Cadran
derrière métro.
Les cafés d'après marché
pauses dimanche matin
le poissonnier bleu
entre le bon fromager
et des légumes
y choisir un gros rouget
pour que mange mon père
rose doux et vert
la façade qui se joue
de la symétrie,
jamais je ne comprendrai
le goût que j'ai pour elle
un bazar profond,
le gentil ridicule
de mon pâtissier ;
pâte un peu brûlée, crème,
les tartelettes aux fraises
je me souviens d'en avoir apporté, après une opération, aidée par la fille des patrons qui a dû prendre la suite maintenant, eux et moi avons vieilli ensemble, deux plateaux aux infirmières de la clinique proche
portail et pigeons,
les restes de la prison
ouvrent sur jardin
debout en partie haute
livre sur buisson, lire
les arbres, trois bancs,
deux terrasses, et Ali
dont ne sais vrai nom,
Porte verte, une cour,
un escalier, mon taudis
quatrième étage, entre deux cours, près de quarante ans, souvenirs durs de la fin, partir par fenêtre ou au loin

samedi, janvier 03, 2015

Premiers vases de l'année – et dernière recension brigetounienne

La période des fêtes, la tant redoutée, mais la si aimable cette année, abstraction faite de carcasse, étant close, me suis installée, ouvrant, pour la dernière fois je pense - parce qu'Angèle Casanova assure si bien la relève - un fichier vierge, pour lire les vases communicants en ce début d'année..
mais le réflexe a joué.. et là j'étais, encore une fois, une ultime fois, impliquée.

Or donc, il y avait pour ouvrir 2015 beaux et valeureux échanges entre
Ensablés
un poème à écouter, lu par Florence Lavisse, avec montage d'images et musiques
un couple, un fleuve
.. ils ne se disputent pas, même lorsqu'une nouvelle fois ils traversent le fleuve ensablé
la femme s'en va
et
Xmas Spirit
un petit conte, ou un récit, récit d'un soir de décembre, d'arrêts de bus, d'un homme presque nu
Chétif, blafard. Un bras plâtré en écharpe, un sac plastique pendu au poignet. Il garde les pieds joints, les orteils repliés. Tête rentrée, craintif, un vague sourire contrit. Endurant sa peine sans mot dire.
et pour le reste il y a le texte
à partir d'une vidéo reprenant des photos prises par François Bonneau,
textes à écouter en regardant,
globules dans une veine
dit par lui, un texte qui se marie aux images noires et blanches, petites silhouettes se découpant sur le bleu gris clair de la nuit qui tombe, et au rythme de leur défilement
La nuit qui avale la chair et boit la moindre humeur régurgite des lignes qui se brisent, qui s’enroulent, s’articulent et se fondent, les ombres sont chinoises tant qu’on leur prête vie.
et
à quoi rêve les ombres ?
lue par Cécile Charpentier, une méditation de Christine Grimard devant ces petites ombres devant le crépuscule en sept strophes rebondissant sur le premier vers
A quoi rêvent les ombres
Assises entre jour noir et nuit bleue ?
Elles espèrent en un dieu généreux
Qui les libérerait de leur pénombre
deux poètes et la lumière
Lune aven
nous, blattes dans une boîte, implorons qu'elle soit percée pour respirer (bon ça c'est un résumé en quelques mots plats, pour détail et saveur des mots et images voir le poète)
Et nos yeux de black blattes
fixaient, éblouis d'amour,
la lune aven irradier nos vies
et irriguer de sang...
et
faire de la lumière
sur une photo de Sébastien Marcheteau, un beau poème, que je ne tenterai pas de paraphraser
..Tutoyer le monde

avec la bouche

Se remettre à écrire

le corps en amont

Dans l'aube floue

chercher les rayons…
sur une photo proposée par l'autre
Citron avec un zeste d'Histoire
devant une belle photo rappelant la guerre (mais les onze – ou les quinze, le luxe - ont longtemps survécu, j'en ai même partagée une avec un groupe d'amis dans les années 60 pour transporter les grandes esquisses déployées) Dominique pense, se souvient, et remontent souvenirs, l'Histoire et les histoires, et même le son de la voiture...
Là, je suis remonté en voiture. J’étends mes petites jambes dans la voiture du «tonton», nous roulons vers Vesoul (Haute-Saône) où se trouve la maison de son père. Les façades n’ont pas dû changer depuis la guerre (sauf celles qui ont été détruites). Des soldats allemands logèrent dans la maison à l’allure «alsacienne» pendant une partie de cette période – un peu comme dans «Le Silence de la mer», de Vercors – et je me demande maintenant comment mon grand-père, qui avait «fait» 14-18 et les tranchées, et nous en parlait souvent, a pu supporter plus tard cette «cohabitation» avec des officiers ennemis.
et
ce qui se dit ici est contraire au silence
partant d'une inscription sur le bâtiment du pont tournant photographié par Dominique Hasselmann, Franck Queryraud monte l'escalier de la grande bibliothèque en goûtant le silence de ces lieux dans et à l'écart de la ville et sa rumeur – bibliothèque qui est ville, et ville pleine de surprises et de trajets, bibliothèque qui est vie, où passer une vie …
une des leçons de l’histoire de Calvino, non ? Arriver second ou faire d’une autre manière… Enfin, je le lis comme cela parce que je ne sais pas faire autrement : lire d’où je me tiens sur cette terre. C’est la tragédie des humains de vouloir toujours arriver premier. «Les bibliothèques deviendront un jour des villes, dit Leibniz» écrit Lichtenberg [référence KA 257 pour les rats de bibliothèques]

sur un incipit tiré d'un livre de Jean Teulé : Celui-ci tourne sa tête bouclée et blonde vers elle
haut comme trois pommes
un très, très jeune homme prêt à tout pour elle
et le texte lui donne la parole à ce jeune homme de trois ans qui justement, ce jour là, décide, pour la première fois, de la prendre.., de parler
Comme dit celle qui nous lit des histoires, j’ai avalé le dictionnaire dans mon biberon et je continue. Maman met tous les mots les uns après les autres dedans, je les avale, les cale dans un coin de mon cerveau et je ne les ai ressortis qu’à partir de ce jour-là.
Mais pas mal à propos, toujours à bon escient et cela leur en bouche un coin, excusez l’expression.
et
interruption
un court poème pour un meurtre commis avec un rien de distraction
… Coupe le son et reprend
Sa poursuite
Des nuages
l'apocalypse
Minuit. Arrivez comme le vent et partez comme l'éclair
un concert en plein air, de hard rock semble-t-il, et la description du service d'ordre – un texte précis, vif, qui colle à ce qu'il raconte en détail, longuement, suivant la montée du tumulte
Le déchaînement s’accentue dans la zone de contact entre la chaîne du service d’ordre et les totos, une ligne tordue d’agitation. Exclamations rageuses, agrippements désastreux, exhortations à la fuite, on va vous bazarder, certains pris de panique et tentent de s’extraire en voulant s’enfuir en zigzag, mais progressent difficilement entre les gens, glapissements de toute part.
et qui donne la parole à Céleste, la responsable du service d'ordre, à Félix, à David à des militants anonymes – fin sur le désarroi de la super-Céleste
et
réveil
un poème
calme auprès du lit où elle dort, et dehors
Les abcès du monde
Les charognes fumantes
Je tire les rideaux
avec un dernier vers qui résume
à propos de si (ou if) de Kipling
tu sera
un poème qui, comme chez Kipling, énumère des conditions, comme des morales, et, si les conditions ainsi posées diffèrent notablement de celles de l'original, les contredisent à vrai dire
Si tu peux briser honneurs et réputations

Pour seulement divertir ta cour

Et jeter en pâture à la rumeur avec délectation

D'humbles et honnêtes rivaux ;
la conclusion tranche brutalement (sans que, je l'espère, elle explique ce qui précède)
et
quand je rêvais d'être un poète
quatrains de belle facture,
Quand je serai si vieux qu'en retraçant mes ans
J'en verrai dans le feu d'illusoires semblances
Quand mon coeur gonflera de souvenirs tremblants
J'aurai peut-être atteint l'enfance… 
sur sa carte, dialogue entre (et transcrit sur les blogs de..)
et
dialogue déclenché par une phrase de François Vinsot Sur sa carte de visite elle avait mis : Péripatéticienne et qui s'enchaîne, tout en fantaisie et logique, qui fait vivre la bourgeoisie du village, la police, qui relate une plaisanterie à goût fort, un scandale, une mise au ban – ou sa confirmation –, les petites ignominies cachées mises sous la lumière, un rire – et pas que -vengeur
François Vinsot Ce début de lettre fut écrit si à propos qu’une centaine d’exemplaires, tous écrits de la même belle et douce main, n’eurent aucun mal à trouver leurs destinataires et attirer leur attention, tout particulièrement.
Angèle Casanova Finalement, elle l’avait attirée, leur attention, et pas qu’un peu. Ils allaient y réfléchir à deux fois, maintenant, avant de se foutre de sa gueule et de celle de sa fille. Cette flopée de ventrus, incapables de reconnaître leurs torts.
et une ONG ou similaire
Et puis il y avait la rue de la Roquette
racontée à travers le regard sociologique, philosophique, attentif, baladeur, de Pietro Cohen Hadria (dans le billet ci-dessous)
Bah, ça, c’est Paris ? Peut-être pas, ou alors seulement la Roquette, si sinistre mémoire de prisons de femmes et d’exécutions capitales, en Espagne c’est au garrot qu’on s’y prenait, aujourd’hui un jardin d’enfants occupe les lieux car les temps changent aussi
et
à travers quelques souvenirs pêchés dans la masse d'environ quarante années par Brigetoun http://www.pendantleweekend.net/2015/01/vases-communicants-55/
portail et pigeons,
les restes de la prison
ouvrent sur jardin
debout en partie haute
livre sur buisson, lire (parce que le jardin n'est pas réservé aux enfants, que les bancs de l'entrée sont occupés par des petits vieux qui refont le monde et le quartier, en veillant sur les jeux des gosses, les allées et le terrain de jeu par des adolescents et post-adolescents et que l'âge moyen vient y prendre l'air le samedi – Brigetoun en idiote protectrice de mémoire, comme si cela comptait, l'image de Piero Cohen-Hadria était plus belle, mais je sentais le soleil sur mes joues et j'entendais les garçons qui se disputaient un ballon et les plus grands qui tentaient de se débarrasser des petits)

vendredi, janvier 02, 2015

Roquette


Elle commence d’un cimetière, traverse le onzième de part en part, un peu comme celle du Chemin Vert, ou celle de Montreuil, se termine d’une colonne surmontée d’un génie d'or : la rue de la Roquette, qui entre temps aura croisé une salle nommée opportunément Olympe de Gouge (ce genre a droit au sous-sol), une statue noire, oblongue située sur une place du nom même de la représentation, Léon Blum (celui-là est en surface), une synagogue puis une église, puis une autre, évangélique, un ex-marchand de modèles réduits remplacé par un autre de vêtements de luxe, on y verra une clinique du rasoir électrique
de multiples restaurants, puis laissant à gauche une petite rue chère à Francis Lemarque mais où une gentrification galopante, comme à Saint-Germain-des-Près, a pratiquement tout englouti, nommée de Lappe (avant hier, brrr… une femme y a trouvé la mort d’un coup de tournevis), remonte vers la place où trone des cafés bientôt "lounge" ou "salon" si on préfère, où on n’attend que des touristes qui laisseront là quelque billet de cent, personnels en chaussures pointues ou tatoués queues de cheval vous honorant du plus profond mépris si vous vous étonnez de l’absence dans l’établissement qu’ils servent d’un bar : à dix heures du soir, on montera le son et on se retrouvera entre soi.
Que reste-t-il de cette place qui, un dix mai, rassemblait celles et ceux espérant un radieux, ouvert et sensible avenir ? Eh bien, la même géographie, sept ou huit cafés si français, deux succursales de banque, un opéra (places de 5 à 210 euros…), deux ou trois cinémas, une brasserie de luxe, cachée un peu dans le fond il est vrai, faisant face à un restaurant de caviar… Et de nos espoirs dans l’avenir, un type pas même ordinaire, non, mais normal, allant rue du Cirque en scooter occupant une fonction de laquelle il ne domine pas même la cheville.
Bah, ça, c’est Paris ? Peut-être pas, ou alors seulement la Roquette, si sinistre mémoire de prisons de femmes 
et d’exécutions capitales, en Espagne c’est au garrot qu’on s’y prenait, aujourd’hui un jardin d’enfants occupe les lieux car les temps changent aussi (en mieux, comme on voit), sans doute doit-elle être rendue aux piétons les jours de fête, sans doute y trouvera-t-on une librairie ou deux, un théâtre d’avant garde qui, chaque saison, risque de sous sa porte laisser la clé
un salon de coiffure nommé « Onzième Art » (posé à l’Invent’hair) et un autre Natur’L (idem par Philippe de Jonckeere), quelques fleuristes, non loin, est-ce rue Pache ? il me souvient d’avoir été enquêter le musée du Fumeur, officine singulière qui faisait et fait toujours probablement dans l'édition dans la rue Pétion proche, je ne sais s’il existe toujours, vers le haut une petite place, des arbres, puis les arbres du boulevard, non loin sur la gauche une caravane de chiromancien, le Mage Altiz qui lira votre avenir
les tombes de Piaf, Cocteau, Morrison, et de bien d’autres, évidemment, et face au Père Lachaise, un marbrier vendeur de concessions réservées à perpétuité aptonymique en diable… 
Paris est un musée, de nos jours, les rues le traversent, bordées d’inutiles potelets, afin d’y régulariser flots et stationnements d'autos, d’aider les piétons et les amateurs de glisse à se frayer un chemin, bientôt on n’y fumera peut-être plus à l’air libre (une liberté amputée de sa fin phagocytée ici par les locations de vélos et de voitures) mais s'y promener mènera, toujours, à la découverte.

Ce trajet dans ma très familière – enfin, autrefois très familière - rue de la Roquette, n'est pas mien, mais, comme celui rue de Montreuil rappelé ci-dessus, de Piero Cohen-Hadria, qui m'a fait le grand honneur de vouloir échanger à nouveau avec moi, ce qui, de façon évidente, a fait se recroqueviller ma décision de ne plus participer aux vases communicants, mon enthousiasme, si grand qu'il fut d'une durée exceptionnellement longue pour moi, étant maintenant moribond... en suis navrée.
Mais toute contente d'avoir été amenée à tenter, difficilement, de revenir sur mon long passé, le résultat, pour ce qu'il vaut, étant hébergé chez Piero Cohen-Hadria sur http://www.pendantleweekend.net

Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
La liste des vases communicants se trouve sur le blog ouvert à cette fin par Angèle Casanova http://vasescommunicantsliste.wordpress.com