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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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vendredi, décembre 25, 2015

Petites vieilles et petits vieux - suite

Dans l'avant petit-jour, ai fait place pour les santons, et comme toujours les bonnes femmes regroupées ont appelé la mater qui vieille sur l'ordinateur.
Et après douche, friction, grattage crâne et bas du dos, ai entrepris le rite crèche.
En sortant mon petit peuple, en tentant de les photographier par groupes, les ancêtres ou approchant d'abord, les jeunes et du mitan de vie ensuite, en les massacrant aussi - étaient pudiques - avais vague envie de chercher des vieillards littéraires dans ma mémoire.
Et pour les hommes est venu, tout de suite, Nestor, mais finalement, en reprenant l'Iliade et l'Odyssée j'ai découvert que sa drue sagesse qu'aime tant se manifestait surtout dans ses discours, admonestations, accueils, et qu'il y avait peu d'indications sur son apparence. Juste, ou presque, ceci, au début de l'Iliade
devant eux se leva Nestor au doux parler, le clair orateur des Pyliens, dont la langue laissait couler une voix plus douce que le miel. Il avait vu deux générations déjà disparues d'hommes mortels, qui étaient nés avant ce temps et avaient été nourris avec lui dans Pylos toute divine. Il régnait parmi ceux de la troisième... (traduction Louis Bardollet)
Pour les femmes, celle-ci, qu'ai toujours aimée, malgré tout, dans les Géorgiques de Claude Simon
Et une fois par mois, la vieille dame (la vieille veuve toujours habillée de noir, au visage de bougie, perpétuellement éplorée, perpétuellement larmoyante, aux corsages ténébreux fermés sous les vieux tendons, les flasques replis de vielle peau, par le même camée ovale où se détachait sur un fond parme comme une blancheur de linceul ou d'ossements la draperie flottante, ectoplasmique et mousseuse de quelque tambourinaire pompéienne et qu'elle semblait porter par une sorte de fidélité comme une relique profane transmise de génération en génération depuis peut-être avant l'Empire, suspendant paradoxalement en place de la traditionnelle croix de grenats aux cous flétris de successives aïeules l'équivoque et éolienne évocation d'hétaïres ou de danseuses aux corps à peine voilés et gravés en taille douce…)
S'imposaient ensuite Baudelaire, les tableaux parisiens dans les Fleurs du mal et...
Il n’était pas voûté, mais cassé, son échine
Faisant avec sa jambe un parfait angle droit,
Si bien que son bâton, parachevant sa mine,
Lui donnait la tournure et le pas maladroit

D’un quadrupède infirme ou d’un juif à trois pattes.
Dans la neige et la boue il allait s’empêtrant,
Comme s’il écrasait des morts sous ses savates,
Hostile à l’univers plutôt qu’indifférent.
(les sept vieillards)
ou, venant juste à la suite
Ces monstres disloqués furent jadis des femmes,
Éponine ou Laïs ! Monstres brisés, bossus
Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes.
Sous des jupons troués et sous de froids tissus

Ils rampent, flagellés par les bises iniques,
Frémissant au fracas roulant des omnibus,
Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques,
Un petit sac brodé de fleurs ou de rébus
(les petites vieilles)
s'imposaient, et en outre étaient faciles à trouver puisque publiés par publie.net http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782814501508
Il y a aussi, bien sûr, évidents, le vieil homme et la mer et Miss Havisham dans les grandes espérances de Dickens.. mais j'avais la flemme de les chercher, le billet s'allongeait par trop.. vous laisse le soin de choisir vos petits vieux et petites vieilles, et quand s'est présenté à ma mémoire, venu je ne sais comment, pas encore vétuste, encore moins vénérable, mais légèrement chenu, Casagrande en son château de Quelle, j'ai pris l'Iris de Suse de Giono au début.. même si je savais qu'il intervenait bien plus tard dans le récit, et suis tombée, quand Tringlot monte de Toulon vers la montagne, sur un passage qui tant me plaisait que j'ai entrepris de le recopier pour http://brigetoun.wordpress.com et que j'en suis restée là.
Si m'avez suivie, soufflez, c'est fini.

lundi, juin 03, 2013

Dimanche, pendant que vente sur la ville

Second réveil, en bataille avec le goût du produit vaisselle léché sur une cuillère non rincée, dans la plainte, l'élan du vent sur la ville, venir à la conscience en lisant, en entendant Erik Sablé évoquer François d'Assise http://www.franceculture.fr/emission-les-racines-du-ciel-saint-francois-d-assise-avec-erik-sable-2013-06-02, se dire qu'il faudrait se procurer le livre du détachement et de la paix

regarder la lumière descendre sur la cour, dire à carcasse de se taire, lui donner confiture et miel, ce qui améliore passagèrement (et se paie ensuite)


lire un billet de François Bon, http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3558, regarder et écouter Pierre Partot proférer Homère, s'épanouir lentement dans l'admiration comme chaque fois que reprends contact avec les deux poèmes, en leur différence, en leur beauté et après avoir pleuré un peu avec Calypso (qui d'ailleurs ne pleure pas, la terrible déesse au coeur secrètement tendre ou pleine de désir) et les femmes de marins amoureux de la mer violette (ils disent que c'est de ce qui est au delà, Ithaque ou autre), retrouver les versets de la visite d'Hermès, et continuer, pendant que sèchent les cheveux, dans la traduction de Louis Bardollet
La journée, il s'asseyait parmi les rochers du rivage, brisant son coeur à force de larmes, de gémissements, de souffrances ; et sur la mer inféconde, en répandant des pleurs, il fixait son regard. La céleste déesse s'arrêta près de lui et, élevant la voix, lui dit :
«Je ne veux plus te voir, ici, infortuné, dans les plaintes ; je ne veux pas que se consume en toi la force de la vie. Je vais maintenant te laisser partir et ce sera du meilleur coeur (le refus, la révolte c'est à Hermès qu'elle l'a dite, mais les intentions de Zeus ne laisse d'autre choix). Allons, prends les outils de bronze, coupe de longues poutres, ajuste un large radeau et puis fixe dessus un haut gaillard, pour qu'il te porte sur la mer brumeuse. Moi, j'y mettrai le pain, l'eau, le vin vermeil, de quoi contenter ton envie et arrêter ta faim. Et t'envelopperai de vêtements et t'enverrai un bon vent d'arrière, afin que tu atteignes sans dommage aucun ta patrie, si le veulent les dieux qui tiennent le large ciel...
et comme, devant l'action, il s'effraie à l'idée de traverser avec un radeau le grand gouffre marin, redoutable et terrible et l'accuse de l'envoyer à la mort, elle le tranquillise, le fait dîner, ils font l'amour...
manquent la voix de Partot, la cadence des versets, reste la mer.

Comme le vent rodait toujours sur nous, dans un ciel de lappi-lazzuli, comme me rend un peu fadate et qu'il me faut aide pour lutter, comme payais tribu aux colères de carcasse (il y avait un certain temps... passer le jour), comme il y avait eu aussi l'accord avec le billet d'Isabelle Pariente-Buterlin sur la musique et le Kyrie de Mozart http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?article1460, comme je pratique le pas de côté, mais pas trop, ai mis dans ma chaîne les lamentations pour la semaine sainte d'Alessandro Scarlatti, le père pas négligeable, par le Parlement de musique de Martin Gester, et suis repartie sur la mer violette, la mer vineuse.... ai survolé, me suis attardée parfois, ai abordé ce moment qu'aime, les retrouvailles de Télémaque et de son père chez Eumée le porcher (ah le premier dîner avec Eumée !), le repas, le récit du fils, et puis quand Ulysse rentre après qu'Athéna l'ai remaquillé en lui-même, la reconnaissance, et c'est tout le passage qu'il faut lire (pardon mais quand je le retrouve, ne sais plus arrêter)

«… Je suis ton père, pour qui tu gémis, à l'épreuve de mille souffrances, en butte aux violences des hommes.»
Ce disant, il baisa son fils et, de ses joues, il laissa tomber sur le sol des larmes que, jusque là, il n'avait cessé de retenir...
..
.. et Télémaque, ayant coulé ses bras autour de son noble père, de crier sa douleur en répandant des larmes. Tous deux sentirent naître l'envie de sangloter. Ils pleurèrent avec des gémissements aigus et plus pressés que ceux des oiseaux, orfraies, vautours aux serres crochues, à qui les hommes des champs ont ôté leurs petits, avant qu'ils fussent capables de voler... Ainsi répandaient-ils, sous leurs sourcils, des larmes pitoyables...


et puis ai regardé dans le vide, vers la bibliothèque en face de moi, méditant un peu, hébétée surtout, baignant dans Bhakti de Jonathan Harvey (enfin le début, le CD est rayé) – et c'était très beau, une fois encore, et puisque la musique est cosa spirituale ai continué, en repassant deux jeans et trois chandails, avec in the heart of the moon d'Ali Farka Touré et Toumani Diabaté. (avec accompagnement d'une fête sur le Rhône)


lundi, février 20, 2012

Brins autour de l'olivier


J'ai passé deux heures à chercher des livres, des poèmes, que dans ma pagaille je n'ai pas trouvés. Parce que j'aime notre arbre, ô méditerranéens. Alors, un peu n'importe quoi, trouvé en tournant en rond dimanche matin :
«Il est un arbre dont je n'entends pas dire qu'ai germé son pareil, soit en terre d'Asie, soit dans la grande île dorienne de Pélops ; arbre invaincu, arbre qui renaît de lui-même, terreur des lances de l'ennemi ; il croît surtout dans ce pays : c'est l'olivier aux feuilles pâles, nourricier des enfants. Les chefs ennemis, jeunes ou vieux, ne le détruiront jamais, car l'oeil toujours ouvert de Zeus Morios veille sur lui et Athéna aux yeux brillants.»
Sophocle – «Oedipe à Colonne»

«C'est moi qui fit la besogne et personne d'autre. Un olivier touffu aux feuilles étendues avait poussé, dans l'enceinte de la cour. Il était en pleine croissance, dans sa première vigueur, gros comme une colonne. Autour de l'olivier, je construisis la chambre, jusqu'à ce que j'eusse terminé, utilisant des pierres bien jointes ; et par-dessus je fis un bon toit. Je mis en place une porte de solide assemblage, étroitement ajustée. Ensuite je tranchais la chevelure de l'olivier aux feuilles étendues. Je taillais la souche, en partant de la racine, je la polis tout autour, à l'aide d'un outil de bronze, avec soin, en homme de savoir, et la dressai au cordeau, la travaillant en forme de pied de lit. Je perçai toutes les pièces avec une tarière ; je pris la souche comme base et façonnai le cadre du lit, jusqu'à ce que j'eusse terminé, utilisant l'or, l'argent, l'ivoire, pour le décor. J'étendis dessus une courroie de cuir de boeuf, brillante de pourpre..»
Homère - «l'Odyssée»

«À Delphes, sur la terrasse de l'hôtel,
je fus un cheval aimant et je chante encore
la barque aux flancs légers qui m'a fait retrouver
la saveur antique, la saveur
primitive. À l'ombre des oliviers
la terre s'est ouverte au ciel, à la lumière des eaux..»
Casimiro de Brito – traduction Michelle Giudicelli

«Et mon père est en bas

Il porte un olivier vieux de mille ans

Qui n’est ni d’Orient, ni d’Occident

Il se repose peut-être des conquérants

Se penche légèrement sur moi

Et me cueille des iris»
Mahmoud Darwich «pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?»

«On remplissait à la pelle de bois les couffes de sparterie semblables à des bérets d'un mètre de diamètre avec la pulpe ruisselante dans laquelle la meule tournait. Ces bérets étaient empilés les uns sur les autres sous le plateau de la presse. Il y avait cinq ou six de ces presses. Huit hommes nus armés de longues barres de bois plantaient ces barres dans les trous du moyeu et, tirant de toutes leurs forces, exprimaient l'huile....
Déjà, l'huile était comme de l'or. Chaque fois que l'équipe bandait ses reins, tirait sur la barre, tout le presse s'illuminait d'huile comme si on avait allumé une grosse lampe dans les couffes de sparterie. Elle glissait dans des canalisations de bois jusqu'à la grande cuve d'eau fumante que chauffait le brasier. Là, elle s'y dépouillait, elle y perdit ses humeurs. Quatre hommes, exactement comme des diables et qui paraissaient même être en métal luisant tant ils étaient barbouillés d'huile, armés de grandes louches cueillaient la «vierge» qui état montée à la surface de l'eau.»
Giono «Arcadie, Arcadie»

«Dominant le port et la ville de Tingris telle une vigie, une petite maison solitaire bâtie sur la corniche. Assis dans le patio à ciel ouvert, les jambes allongées sous une table basse et ronde, le général Tariq Bnou Ziyyad prenait son petit déjeuner dans un concert d'oiseaux saluant le lever du soleil. Sa galette d'orge, il la mastiquait soigneusement, lentement, comme s'il avait tout le temps, sans presque faire bouger ses mâchoires. Chaque bouchée était suivie d'une gorgée de petit lait, puis d'une olive violette. Sur la table s'entassaient un à un les noyaux, à mesure que les chefs des commandos s'inclinaient l'un après l'autre devant lui et faisaient leurs rapports.»
Driss Chraibi
«Naissance à l'aube»

Tout cela, pardonnez-moi, si vous avez lu, parce que j'aime cet arbre, donc, et ses légendes, mais surtout pour lui faire un peu honte à lui, le fol de ma cour, lui apprendre ce que doit être un olivier qui se respecte, qui étale ses branches, au dessus d'un tronc puissant, qui se creusera, se ravinera avec les ans, comme celui plusieurs fois centenaire qui ouvre la série d'images, accroché à une terrasse au dessus de la plaine d'Ollioules, un arbre aux merveilleuses petites feuilles qui dédaignent le vert, se contentent d'un gris que le soleil argente quand le vent les retrousse.
Il s'est haussé du col, m'a rappelé que j'étais son soigneur, m'a demandé si, moi, je savais en parler comme, par exemple Homère (là il prenait un risque parce que l'olivier de l'Odyssée, du moins celui là, subit un sort honorifique mais passablement cruel – mais il n'avait pas tort, cette longue tartine ayant pour but de trop m'occuper pour que je songe que je suis incapable d'écrire le texte que voulais, même sans imaginer un instant que je pourrais égaler cela).
Mais il est le seul en situation.

samedi, janvier 15, 2011

L'immeuble, visage fermé sur un supposé mystère de mandarins

ouverture sur enduit en attente d'une peinture au ton encore inconnu

Quand la rue regarde les fenêtres dardées sur elle.

Et puis celle-ci, qui n'a pas vue sur la rue, mais sur petit monde clos, et derrière laquelle Brigetoun s'est battue, entre trous et lucidité relative, avec carcasse, tout au long de ce jour, avant, désolée, de décider de se passer de «Voïces ou le retour d'Ulysse» de et par Jean-Yves Picq au théâtre des Halles, parce que trop dolente était http://www.theatredeshalles.com/LES-SPECTACLES/hiver/117-Voices-ou-Le-retour-d_Ulysse

Alors dans la nuit tombée, a survolé une fois encore l'Odyssée, et puis, après :

«Mais le divin Ulysse, porteur de tant de maux, jeta un cri effrayant et, se ramassant sur lui-même, il fondit sur eux, comme l'aigle qui vole des hauteurs du ciel. Au moment même, le fils de Cronos lâcha sa foudre fumante, qui tomba devant la déesse à face de chouette, fille d'un père puissant, et, à l'instant, Athéna à face de chouette dit à Ulysse :

«Fils de Laërte, race de Zeus, Ulysse aux mille inventions, contiens-toi, mets un terme à la lutte, dans le combat qui pour tous est semblable, afin qu'en aucune façon le fils de Cronos, Zeus à la large voix, ne soit en colère contre toi.»

Ainsi parla Athéna, et Ulysse de lui obéir, la joie au coeur...»

s'est demandé si Athéna appréciait vraiment cette insistance à rappeler sa face de chouette, a flotté un peu, a cru se souvenir, a retrouvé cette pochade sienne, dans les tréfonds de «paumée», reste d'un jour de lubie

Ulysse était las,

noir de soucis et désespérance, allongé dans l’oliveraie,

naissant à nouveau au souvenir du goût de la terre.

Or la longue nef noire, tirée sur le sable, gardée par ses compagnons assemblés,

unis dans une interrogation résignée, attendait sa décision..

Vertigineusement défait,

éperdu, dans le grand désir du sommeil,

ahuri de la crainte des vagues recommencées,

un sourire conciliant sur ses lèvres et dans ses yeux,

déguisant son non-vouloir sous sa parole d’or,

entre supplication et hauteur, il s’est avancé,

pour chanter le miel de la terre, son labeur, l’odeur des plantes -

« Ahimé, que reste-t-il de nos biens à Ithaque » -

refouler dans le rêve leur appareillage vers leur passé,

tendrement consentir encore à la jouissance hors de l‘épopée.

Mais il manquait la langue de Picq, et «Putain de mort» de Michel Herr (que je n'ai pas lu) «voix d'accès incontournable pour qui veut approcher de l’overdose que fut le Vietnam, la guerre à l’état pur… à la Homère, en somme !» et Stephen Peters et «Central Park» mentionnés sur le site du théâtre.

Je veux, le faudra bien, que ce samedi soit meilleur, car il est chargé jusqu'à la gueule de projets. (de quoi noyer l'envie rentrée d'assister aux dix ans de Remue-net : http://remue.net/spip.php?rubrique248 collection des liens vers les évocations de ce début de sa belle histoire).

P.S. et je retiens mon souffle en pensant aux tunisiens

mercredi, août 12, 2009

Très cher toi, jeune idiot, pourquoi ne pas me croire ?
Les oliviers, les vrais, tordent leurs branches, les gardent proches, les épaississent, ne s’élancent pas contre le vent, résistent, et de leur sève concentrée quand ils en ont l’âge viennent fruits à la cueillette dure mais non acrobatique.
Vrai, tu es jeune, ton pot a peu de terre, et tu es en grand désir de lumière, oui, je sais…

citadin et sans espoir, enclos, voué à l’ornement, comme lui.
Mais, pour moi, pourrais tu tenter de rêver, faire semblant un peu ? et, oui, nous ne serions pas dupes, mais je m’assiérais près de toi et te dirais la Bible, ou le Coran
« Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est comme une niche dans un mur, où se trouve une lampe ; et la lampe est dans un verre et le verre est comme une étoile brillante. Elle est allumée avec l’huile d’un arbre béni, un olivier qui n’est ni d’Orient ni d’Occident… »

Laissons Dieu ou les dieux dans l’indécision de l’air, d’accord.
J’allongerais mes jambes, je m’appuierais à la pierre, et tu serais dans l’Iliade, sur la terre que leurs pas laisseraient en paix.« On voit parfois un homme nourrir un plant d’olivier magnifique, dans un lieu solitaire, un beau plant plein de sève, arrosé d’une eau abondante, vibrant à tous les vents, qu’ils soufflent d’ici ou de là, et tout couvert de blanches fleurs. Mais un vent vient soudain en puissante rafale… » - bon, excuse moi...

Ecoute - nous pourrions rêver des grecs avec Giono, et puis aller, parce que la saison en est venue, vers eux, tes modèles, et je l’écouterais, ou raidirais mes forces pour me jucher et m’arrimer sur l’un d’eux afin de l’accompagner.
« Si je n’ai plus de joie au cœur, et s’il n’y a plus dans la lumière du jour de ces beaux corridors dont les perspectives dorées exaltent l’élan, et le pas, et la voix, je continue néanmoins à avoir assez de plaisir pour rester cramponné dans mon arbre malgré le froid. C’est un plaisir des doigts et c’est un plaisir de l’esprit. C’est le plaisir de toucher les olives grasses et d’en avoir les mains pleines. C’est le plaisir d’en ramasser des poignées et de les fourrer dans mon sac, et de sentir ce sac pesant à mon cou….
Que Dieu à l’instant même ferme le monde comme un livre et dise : c’est fini ; que la trompette sonne l’appel des morts, je me présenterai au jugement en caressant des olives dans mes poches, et si je n’ai plus de poche, je caresserai des olives dans mes mains ; et si je n’ai plus de mains, je caresserai des olives dans mes os… »

Je ne mange pas d’olive ? mais de la tapenade oui, un peu, et de l’huile oui, beaucoup, et j’aime les toucher et plus encore les respirer.
Le peu de soleil que nous avions est descendu derrière le mur, et je rêve de la colline d’Ollioules ou de la Toscane, et… attends… je prends ma petite anthologie de Mahmoud Darwich.
Mais je ne trouve que
« J’oublie un corbeau sur une branche d’olivier.
Je me souviens d’une tache d’huile sur une robe. »
Et je te salue, te dis que tu es bien pour moi, tel que, et je continue à lire, trouvant un grenadier, quelques peupliers, deux ou trois roses, du sumac, cinq ou six cyprès, des figuiers, du jasmin et surtout des fleurs d’amandiers
« Transparentes comme un rire aquatique,
elles perlent de la pudeur de la rosée
sur les branches…
Légères, telle une phrase blanche mélodieuse…
Fragiles, telle une pensée fugace… »
Je ferme le livre sur le poète, je te regarde, oui, nous allons bien ensemble.
et zut ! je voulais renoncer à la logorrhée !

jeudi, juillet 16, 2009

15 juillet au festival - esprit de contradiction et épuisement trop grand pour second spectacle
matinée tranquille et je étonnamment presque d'attaque pour quelques courses dans un Avignon reprenant souffle
Je n'ai jamais eu le courage d'affronter le gymnase Aubanel et le spectacle de Maguy Marin a déplu, très statique (pas réellement) et basé sur la parole ce qui n'est pas jugé légitime pour une qui est cataloguée comme chorégraphe (même de plus en plus déviante), je suis donc partie par la douceur des rues du quartier Sainte Catherine parce que j'étais curieuse.
un moment d'effroi en me hissant, baignée de chaleur, vers cette grande boite. J'obtiens de contourner les escaliers et de m'installer à l'angle au premier rang, pour constater qu'en fait de chaleur il régnait une climatisation presque redoutable.
Après un moment d'agacement en écoutant le discours anti-islamique, anti-jeunes de banlieues (répondu avec raideur qu'ils étaient avignonnais, et majoritaires)... de ma voisine, je me suis, sans souci d'être grossière, levée pour changer de rang.

et le spectacle "description d'un combat" a commencé, et, sans être transportée, sans crier au chef d'oeuvre, je l'ai aimé, cela a marché. Pénombre, silhouettes se déplaçant sur un plateau mouvementé, comme le seraient des vagues figées, et le dévêtant peu à peu, pendant que les voix disent des textes, majoritairement de l'Iliade, avec les Châtiments, puis, en petites brides, Péguy, Lucrèce, Pound etc..., et les silhouettes se figent puis repartent, et il y a tantôt le combat devant Troie seul, par l'une ou l'autre des voix, tantôt un mélange de textes avec parfois de l'italien ou de l'espagnol, et en se déplaçant ils "pèlent" peu à peu le plateau, soulevant de grandes étoffes bleues dont ils se drapent, qu'ils gardent ou vont déposer, puis d'immenses robes à panier dorées qu'ils soulèvent, et des draperies mordorées ou bigarrées, et peu à peu apparaissent des armures moyenâgeuses gisantes entourées de quelques piques, drapeaux et draperies rouges , et pendant qu'ils les relèvent et emmènent, avec de longues pauses (parfois un peu "tableau vivant' tout de même), c'est la rencontre entre Priam et Achille. Une femme soulève un immense vêtement pourpre à longue traîne et s'en va en prenant le texte d'Andromaque. Les dernières draperies rouges sur les épaules, comme des manteaux, des autres leur donne une parenté avec les soldats romains devant la croix sur les tableaux des primitifs flamands. Ils s'enfoncent dans le fond. Une seule silhouette reste, disant un texte que je ne suis pas arrivée à reconnaître, mais que je trouvais beau et qui me semblait familier.
"Andromaque aux bras blancs donna le signal des sanglots, tenant dans ses mains la tête d'Hector tueur d"homme.
..... A moi surtout resteront le deuil et la souffrance. Car en mourant tu ne m'as pas, de ton lit, tendu les bras ; tu ne m'as dit aucune parole solidement close dont j'eusse pu me souvenir toujours, les jours et les nuits, en répandant mes larmes."
(photos de Christophe Raynaud de Lage provenant du site du festival)
des huées (? même en n'aimant pas, c'est excessif) et des applaudissements à peu près à égalité.
Mais sur le chemin du retour, je sentais l'épuisement descendre sur moi, si absolument que j'ai eu du mal à noter comme je le pouvais ceci et que je dois renoncer à repartir vers Saint Joseph pour me donner une chance (et j'en avais réellement envie) de passer outre à mon énervement devant le génie autoproclamé de Jan Fabre et de goûter ce qu'il peut donner de poésie. J'en suis marrie.

tenté de lire en écoutant la Traviata d'Orange (avec notre orchestre !)

jeudi, septembre 25, 2008

des yeux qui brûlent et s'obstinent à se fermer, un crâne et un ordinateur qui tournent avec un ralentis extrême (pour le dernier, surtout lorsque je suis sur mon univers netvibes), décomposant tout jusqu'à tout annuler - est ce un début d'hibernation avant l'heure ?
et après chaque plongeon de brefs accès d'appétit, de quasi-lucidité allègre, avant le nouveau plouf
J'en reste à mes presque familiers et, me souvenant d'un échange récent, je ne sais plus où, et de mon soutien à l'Iliade, à vrai dire effet de mon fichu esprit de contradiction, j'y suis repartie en plongées assez longues.
Et tout de même, bien sûr l'Odyssée est un bloc de poésie, mais cette évocation de la guerre où les hommes sont les jouets des dieux (et par ricochet entraînent leur intervention), j'aime bien, et tout de même c'est pas mal... - un peu au hasard

avec les effets de refrain : "L'Aurore sortait de son lit. ... Zeus envoya aux nefs rapides des Achéens la terrible déesse des combats tenant dans sa main le signe de la guerre. Elle s'arrêta près de l'énorme nef noire d'Ulysse, qui se trouvait au centre, pour que l'on fût entendu dans les deux directions : jusqu'aux pavillons d'Ajax, fils de Télamon, ou jusqu'à ceux d'Achille. Ils avaient tiré leurs nefs bien balancées aux extrémités, se fiant à leur courage et à la maîtrise de leurs bras. La déesse s'étant arrêtée là, poussa un grand cri, terrifiant, droit dressé...
Tels des moissonneurs, quand, se faisant face, ils mènent les andains, à travers le champ de froment ou d'orge; d'un homme opulent, et que tombent, serrées, les poignées d'épis,.... Comme des loups, ils s'élançaient avec fureur, et le dieu des combats, cause de gémissements sans nombre, mettait sa joie à les contempler...
Un lion n'a pas de peine à mettre d'un coup en pièces les tout jeunes petits d'une biche rapide que, de ses dents puissantes, il a saisis, étant entré dans leur gîte,et à qui il a enlevé leur tendre coeur. La biche peut bien se trouver toute proche, elle ne peut leur être un secours. Car un tremblement terrible en elle s'insinue. Vite elle s'élance à travers les bois, à travers l'épaisse forêt...."

ou cette ébauche des jeux,
"Tous en même temps sur leurs chevaux levèrent le fouet, les frappèrent avec les rênes. Impatients, ils donnaient de la voix et leur parlaient. Et les chevaux promptement d'aller au bout de la plaine, s'éloignant des nefs avec rapidité. Sous leur poitrine, la poussière se dressait, soulevée. C'était comme un nuage ; c'était comme une tempête. Leurs longs crins s'agitaient parmi les souffles du vent..."
et puis il y a les discours des chefs, et ces chamailleries, arguties, de l'assemblée des dieux, pour lesquelles j'avoue un penchant peut-être légèrement honteux.

et copier ces phrases me permetait d'écouter avec attention (le principe du rosaire) le débat à l'assemblée nationale, assez différent de ce qu'annoncent les gazettes puisque l'examen du RSA aura lieu, plus tard, peut-être à la fin de la journée du mercredi, ou jeudi, ou... lorsque les députés en auront fini avec une loi qui prime sur lui (intéressement) et puisque, loin d'être discutée, toute proposition de soumettre à quelque contribution que ce soit les stock-options ou les heures supplémentaires et de remise en cause du bouclier fiscal ne provoque qu'un "avis défavorable de la commission et du gouvernement", sans l'ombre de l'esquisse d'un argument pour ce refus, et cela ne dérangeait que momentanément ce pauvre Bertrand de ses occupations.
Tout de même une petite augmentation du ticket restaurant, pour que les salariés modestes (puisque le but déclaré de la loi est le pouvoir d'achat) a suscité une réaction, d'hilarité il est vrai.

pendant qu'ils allaient dîner petit tour sur les blogs et voilà que mon envie de lire "Zone" de Mathias Enard devient irrésistible, car comment résister à la présentation qu'en a fait Claro http://towardgrace.blogspot.com/2008/09/enard-bio.html
les deux premières images proviennent du sité des musées de France

mardi, mars 20, 2007

Sous ce ciel bleu et ces nuages lumineux le froid s'est installé. Je le sais et je porte un chandail de laine sous le trench léger ; je prends dans les yeux le bleu et puis, peu à peu, le froid pénètre. Je brusque mes courses et me rapatrie.
Me voici redevenue marmotte, envahie par le sommeil (le gros plan, pris entre deux bâillements me navre, je ne me voyais pas ainsi, mais je le garde)
Dans un dernier effort, après mon devoir d'italien bâclé, je cherche "le sommeil" dans mes livres et, comme toujours en ce cas, c'est en vain.

Il y a bien : "il arriva aux nefs rapides des Achéens et se rendit auprès d'Agamenon l'atride. Il le trouva en train de dormir dans son pavillon, où l'entourait la coulée du divin sommeil" et cela me plaît, même si Songe y intervient pour lui tracer sa conduite, avant de terminer par "et que ne te prenne l'oubli, lorsque t'abandonnera le sommeil miel de l'âme". (Illyade)
Mais de Beckett à Blanchot je n'ai trouvé que l'absence de sommeil. "Je ne pus dormir cependant. Le vent était devenu la violence, la détresse du vent, mais ce n'était pas cette puissante rumeur du dehors qui me tenait éveillé, c'était, au contraire, le calme prodigieux qu'un tel bruit laissait intact. Sur ce calme, je ne pouvais me tromper : c'était comme un lieu réservé dans un lieu, qui toutefois ne se situait pas ici, que je m'imaginais mieux trouver en revenant en arrière, en errant... (celui qui ne m'accompagnait pas Blanchot) - et, en fait, c'est normal, le soleil est absence et ne peut s'écrire sauf en disant : "il dormait".
Peut-être celui des nouveaux-nés, qui me fait toujours un peu peur, tant il est absolu, profond. Mais plus grands : "Dors sur ma poitrine un petit moment, ça te réchauffera un peu" dit mon père avec affection.
Contre la poitrine de mon père, je me sentis un peu tranquillisé. Et cependant, je n'arrivais pas à m'endormir. La tête levée, je regardais le visage de mon père...
Quand le vent soufflait, il frôlait mon épaule, avec une caresse comme pour endormir les petits bébés, il dit : "Ce n'est rien, les feuilles se remettent à bruire, dors bien". (la pagode de longévité Pa Kin).
Et puis la vague du sommeil montait, je me suis étendue et me suis endormie, profondément, totalement, comme toujours. Réveil en chute fugitive dans un vide glacé - ceci - morue et patates et je me rendors.
Carpe diem.

lundi, juillet 17, 2006

La chaleur semblait tombée dans la nuit de samedi, mais elle est revenue sur Avignon et ses festivaliers, un cran au dessous, alors que mon corps est désagréable avec moi. Avant de partir pour un concert à Calvet, j'ai préparée une tenue qui m'euphorise pour aller plus tard, à la carrière de Boulbon, voir ce qui Vassiliev fait de la mort de Patrocle, une petite voix me susurrant que je n'irai pas.
Entre la climatisation redoutable et mon léger énervement contre le clan "musique contemporaine" d'Avignon, que je n'arrive pas à intégrer (devrais-je me parer indûment des amiraux de la famille, en marchant sur quelques pieds, lors du pot suivant le premier concert saisi cet hiver ?), j'étais fort mal. Me suis décoincée vers la moitié de l'introduction et allegro pour harpe, flûte, clarinette et quatuor à cordes de Ravel, que je ne connaissais pas et qui a évoqué pour moi (à cause de mon état ruisselant ?) un monde liquide - des gouttes de harpe et des jeux de vagues recommencées. Pourtant je n'aime guère la harpe et ses faciles descentes.

Juste assez ragaillardie pour déguster l'interprétation par Emmanuelle Ophèle des roucoulements de Syrinx de Debussy et les stridences variées, ruptures de phrases etc.. totalement délicieuses de Densité 21,5 de Varèse, que je n'avais jamais entendu. J'ai bien aimé et je découvrais aussi Psy d'Eötvos pour flûte, alto et harpe - plus ample - là arrivant à donner une impression d'énergie, unissons de l'alto et du piccolo, etc...
Et j'ai été conquise par la version pour alto d'Anthème 1 de Boulez, créé par Odile Auboin - début classique, des sons ténus puis des cris se modulant en chant, puis j'ai écouté sans rien noter, prise dans le déroulement de l'oeuvre "surprise et reconnaissance" des entités comme le veut Boulez (derniers mots pompés du programme).
J'ai renoncé à la seconde partie du concert (encore Debussy, des extraits du livre pour quatuor de Boulez et présentation par ce dernier d'Anthème) et j'ai donné à une jeune femme mon billet pour Vasiliev.
Posted by Picasa Et finalement je suis ressortie pour aller à l'hôtel de Sade où, dans une fournaise effarante, j'ai assisté à un petit spectacle le cabaret républicain dans une ambiance sympathique et chaleureuse au début, sympathique et écrasée à la fin. Mise en scène plus que sommaire, des bouts de discours dits par Serge Barbuscia (un faux air de Féré) et des chansons plus ou moins révolutionnaires (les canuts, le temps des cerises, la butte rouge..) très bien chantées par Aïni Iften. Il était temps que ça finisse, mon crâne prenait feu et public et acteurs revenaient au stade liquide.
Pour Vassiliev j'imagine, sans doute à tort, des hommes en blanc avec de longs bâtons (selon une photo), dans les belles carrières que je ne connais pas, mimant et psalmodiant le chant XVII de l'Iliade - peut-être : "Un lion, nourri dans la montagne, enlève, confiant dans sa force, la meilleure vache d'un troupeau à la pâture. De ses dents puissantes il la saisie et lui a d'abord mis le coup en pièces. Puis, tandis qu'il la déchire goulûment, il avale le sang et les entrailles toutes entières" illustration de l'ardeur du blond Ménélas. Allez en paix.
d'après les premiers compte rendus il semble que je n'avais pas si mal imaginé le spectacle de Vasiliev, je pense que j'aurais fait partie des fascinés, avec en même temps lanscinante l'idée de tenir jusqu'à la navette de retour

vendredi, avril 07, 2006

jeudi fut une journée blanche. Ordinateur et corps de mauvaise humeur j'ai dormi, me suis un peu promenée sur internet, attendu que le mistral se renforce et relu l'Illiade.
Statu quo pour l'ordinateur et ma carcasse ; en essayant de persuader cette dernière de se mettre en ordre de marche, je reprends l'Odyssée. Mon midi manquait à la parisienne convaincue que je suis, et manque toujours le bateau.
Les départs au petit matin en as (de merveilleux bateaux qui n'existent plus) pour pêcher à la palengrotte avec papa et la smala, les mini croisières "tramway des îles" entre Hyères, Port-Cros, Porquerolles et Toulon.
"Alors, se renversant, ils firent, du plat de la rame, jaillir l'eau salée... Quant à la nef, c'était comme, dans la plaine, un attelage de quatre étalons, qui, sous les coups de lanière s'élançant tous ensemble, se soulèvent en l'air et s'en vont vivement jusqu'au bout de leur route .. Telle se soulevait la proue de la nef, et par derrière, bondissaient furieux les grands flots bouillonnants, où la mer multiplie sa rumeur.. Ainsi la nef, rapide et vive, fendait les vagues de la mer... Il est un port au pays d'Ithaque .. Deux escarpements abrupts y projettent leur pointe, accroupis près du port".
J'écoute un journaliste italien, avec son splendide accent, parler de notre goût du spectacle que Berlusconi satisfait. On se met à apprécier Prodi.Posted by Picasa

mardi, avril 04, 2006

en rentrant après avoir déposé mon sac d'ordures j'ai vu le ciel au dessus des maisons de la place : au ras des toits un gris poussière très doux et de longues lanières blanches flottant au dessus.
J'ai fouillé dans ma valise de photos pour en retrouver une que j'avais prise de papa et qui est ma préférée. Il est allongé sur une chaise longue, un bras étendu derrière sa tête, sa pipe reposant sur son ventre dans son autre main. Il est dans la pénombre d'une pinède et un rayon de soleil traverse son visage en teignant d'ocre son visage halé de vieux marin. Je ne l'ai pas retrouvée. Je me suis assise sur la marche de ma chambre et j'ai regardé le rideau de ma penderie. Je me suis souvenue du lieutenant rapatrié venant nous parler de lui, qui était sur sa chère Gracieuse en Indochine et de notre fierté. Je me suis souvenue des longs trajets en voiture tous les deux où je lui confiais mes petites histoires, mon petit amour, et de nos discussions homériques où nous affrontions nos points de vue toujours opposés et que nous goûtions tant. Je suis sure que chacun de ses enfants a son petit trésor venant de lui. Et je sais que comme pour moi, pour tous les orphelins âgés, leur père mort au bout d'une vie pleine est toujours présent.
Je suis arrivée à lui par les îles grecques qu'il aimait presque autant que La Pérouse, à côté d'Alger, et Toulon, aux îles par Homère, à Homère par Siréneau et sa crique.
Et dans Homère ces passages sur les retrouvailles entre Ulysses et Télémaque
"dans la cabane, avec l'aurore. ...Le porcher fut stupéfait. Il se releva vivement. Comme il était à mélanger le vin qui flamboie, les récipients qui servaient à sa besogne lui tombèrent des mains...
Le porcher leur présenta des plats de viandes rôties, les restes de ce qu'ils avaient mangé la veille. Il se hâta d'entasser le pain dans les corbeilles et mélangea dans un pot le vin délicieux comme le miel.. Ils jetèrent les mains sur les bonnes choses étalées toutes prêtes...
Télémaque, ayant coulé ses bras autour de son noble père, de crier sa douleur en répandant des larmes... Ils pleurèrent avec des gémissements aigus et plus pressés que ceux des oiseaux, orfraies, vautours .. à qui les hommes des champs ont ôté leurs petits" et j'en resterai là. Que je suis de plus en plus longue .. Posted by Picasa