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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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jeudi, janvier 02, 2025

Paresse du 1er janvier



Matin froid, n’ai ouvert qu’en fin de matinée les volets sur une lumière pauvre. Un peu de ménage, un peu de soins carcasse, de longs moments de contemplation de mon bout de nez pour penser vraiment à l’un ou l’autre, et sortie vers trois heures et demi pour petite errance destinée à mes jambes




La rue Joseph Vernet quasiment vide, rue de la République les fausses disputes des à la rue, la flânerie des promeneurs, l’énergie des jeunes, errants rues des Fournisseurs et de la Bonetterie

Grumeaux blancs au ciel

Dans un air immobile

Se crèvent en bleu




et place de l’horloge parents et enfants heureux


``

J’avais, en fin de matinée, sorti la réserve de cartes de voeux et puis comme mon esprit était soit trop tristounet soit plutôt désireux de vagabondage et pas vraiment prèt à tenter de me pénétrer du désir de lien avec destinataire, surtout aimé, tout en maîtrisant les lubies de ma main, ai eu envie de traquer les voeux dans le courrier de Votaire, pour constater, du moins pour le tome des années 1754-1757 de la Pléiade, qu’il ne daignait et dans la masse en principe complète des lettres et billets n’ai rien trouvé pour 1754… une seule lettre pour 1755, daté du 30 décembre 1754, adressée à Charles-Augustin Ferriol comte d’Argental, son correspondant parisien, commençant par

« Je vous souhaite une bonne année mon cher ange, à vous, à Mme d’Argental, à M. de Pont de Veyle, à tous vos amis. Mes années seront bien loin d’être bonnes. Je les passerai loin de vous. Les bains d’Aix ne me rendront pas la santé. Je voudrais que l’envie de vous plaire me rendit assez de génie pour arranger les Chinois à votre goût…. » et continuant en plainte contre Lambert le libraire qui l’éditait à Paris.

Pour 1756 la moisson est un peu plus grande qui comprend :

une lettre du 1er  Janvier à Johann Christoph Gotsched :

« Si j’écrivais autant de lettres que les libraires m’imputent de livres, vous seriez souvent importuné des miennes, mais un pauvre malade solitaire ne peut guère écrire. Je fais trêve à tous mes maux pour vous souhaiter autant qu’à Mme Gotsched une bonne année et toutes les prospérités que vous méritez l’un et l’autre. Je commence cette année par vous demander hardiment une grâce, c’est de vouloir bien honorer d’une place dans votre journal ma lettre à l’Académie française que j’ai l’honneur de vous envoyer. Il est de l’intérêt de la vérité et du mien que cette lettre soit connue. Faites la grâce entière : je vous supplie que par votre entremise les gazettes allemandes fassent mention du désaveu que vous trouverez joint à la lettre. Il est honteux que les libraires se mettent en possession d’imprimer ce qu’ils veulent sous le nom d’un homme vivant. Tous les gens de lettres  y sont intéressés et à qui la gloire des lettres doit-elle être plus chère qu’à vous qui en êtes l’ornement et le soutien ?… »

une lettre du 1er Janvier à Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha : 

« Madame, 

J’allais souhaiter la bonne santé à Votre Altesse Sérénissime et à toute son auguste famille avec la simplicité d’un bon Suisse tel que j’ai l’honneur de l’être. Je reçois dans le moment la lettre dont Votre Altesse Sérénissime daigne m’honorer. Elle me parle de Lisbonne, elle m’ait auparavant envoyé une Ode sur la mort. Je suis tenté Madame de vous croire dévote, et cela m’encourage à vous envoyer un sermon. Votre Altesse Sérénissime y trouvera peut-être encore un peu de philosophie. Mais je vous supplie de considérer qu’on ne peut se défaire tout d’un coup de ses mauvaises habitudes. J’étais fâché contre les tremblements de terre quand je fis cette homélie….. »

une lettre du 1er janvier à François Tronchin :

« Je commence mon très cher confrère par vous souhaiter la bonne année, à vius, à Mme Tronchin, à toute l’aimable tribu Tronchin er aux Commènes. Le tribunal assemblé chez M. d’Argental aime comme  moi les deux frères Commènes et leur rivalité généreuse. Il y a, disent-ils, de la sagesse dans la conduite de  l’intérêt dans le sujet, des idées, des sentiments, des détails. Ils espèrent que celui qui a été capable de faire cet ouvrage sera capable de le perfectionner. Ils veulent que la mère joue un personnage plus nécessaire et plus grand. Ils disent que le rôle de Nicéphore soit plus imposant. C’est un tyran faible, disent-ils, ce qui est souvent très vrai, mais jamais théâtral. Ils voudraient… » ils sont très exigeants : il y en a trois fois autant.

une lettre du 1er janvier à Georg Conrad Walther sans le moindre voeu pour l’avertir de ne pas imprimer un texte imprimé en Hollande qui lui es imputé.

une lettre du 2 janvier 1756 à Nicolas-Claude Thieriot

« Mon ancien ami, je me garderai bien de me servir de la vie que vous me proposez… » et sans lui souhaiter quoi que ce soir il lui envoie sa lettre à l’Académie française

une lettre du 2 janvier 1756 à Jean-Robert Tronchin (membre du Conseil d’Etat de Genève, l’un des quatre cousins Tronchin les autres étant l’ami, le banquier et le médecin de Voltaire) :

 « Les solitaires de Monrion souhaitent de bonnes années sans fin à Monsieur Tronchin et à M. de Camp, et au neveu de Monsieur Tronchin.

Je prie mon cher correspondant d’avoir la bonté de donner cours aux incluses. Je lui renouvelle les assurances de la plus tendre et de la plus inviolable amitié. Je ne veux point abuser de son temps et je ne lui demande des nouvelles qu’aux moments de son. Loisir s’il en a. »  V.

Sur ce, abandonnant Voltaire ai cherché les recueils très très incomplets de lettres de George Sand et de Mallarmé sans arriver à les dénicher… se  cachent, ai trouvé quelques titres de Flaubert et de Dubuffet mais j’en resterai là (et j’en suis resté là en ce qui concerne mes éventuels messages).

dimanche, janvier 02, 2011

Parce que rites me sont chers - ma façon de ne pas être conforme à notre monde - sortir la provision de cartes et mon carnet d'adresses (avec de plus en plus de barrées), et tenter de trouver pour chacun la carte qui lui irait, et les mots aussi (et de s'appliquer pour que l'écriture ne soit pas trop pagailleuse et les fautes pas trop nombreuses). Penser au destinataire, chercher une formule.

«je te souhaite de penser à moi comme je pense à toi ?» non ça ne va pas.

Aussi variées et adaptées , si possible, que chez Voltaire (peut être plus oublieuses de soi) -, le 1er janvier 1756

«Je souhaite de tout mon coeur la bonne année à toute la famille ; mais surtout plus de santé que je n'en ai. Je donnerai tout ce que j'ai promis, et tout ce que je pourrai faire, c'est-à-dire, quelques chapitres pour compléter le tome qui paraît trop mince...» à Gabriel et Philibert Cramer, bien entendu.

«... Je fais trêve à tous mes maux pour vous souhaiter autant qu'à Mme Gotsched (sic) une bonne année et toutes les prospérités que vous méritez l'un et l'autre. Je commence cette année par vous demander hardiment une grâce, c'est de vouloir bien honorer d'une place dans votre journal ma lettre à l'Académie française que j'ai l'honneur de vous envoyer. Il est de l'intérêt de la vérité et du mien que cette lettre soit connue...» à Johann Christoph Gottsched

«Madame,

J'allais souhaiter la bonne santé à Votre Altesse Sérénissime et à toute son auguste famille avec la simplicité d'un bon Suisse tel que j'ai l'honneur de l'être. Je reçois dans le moment la lettre dont Votre Altesse Sérénissime daigne m'honorer»..et cela continue par le tremblement de terre de Lisbonne, à Louise-Dorothée von Meiningen, Duchesse de Saxe-Gotha

«Je commence mon très cher confrère par vous souhaiter la bonne année, à vous, à Mme Tronchin, à toute l'aimable tribu Tronchin et aux Commènes. Le tribunal assemblé chez M.d'Argental, aime comme moi les deux frères Commènes et leur rivalité généreuse...» à François Tronchin (les Commènes : tragédie de François Tronchin qui ne fut pas jouée, publiée en 1779)

Mais il n'est peut-être pas indispensable d'aller jusqu'au débordement de fantaisie de Madame Du Deffand (à 74ans) dans sa lettre du 31 décembre 1771 à Madame la Duchesse de Choiseul (il lui est arrivé d'avoir plus d'esprit, mais je ne saurais en avoir autant)

«Je souhaite la bonne année à la grand'maman, au grand-papa. Je fais mille voeux pour leur conservation et autant pour leur retour. Je leur demande leur bénédiction ; je leur promets d'être bien sage et de mériter, par ma bonne conduite, la continuation de leurs bontés. Je les prie de trouver bon que je leur présente des fruits du jardin de notre monastère. La pomme est pour le grand-papa ; les marrons pour la grand'maman. Elle n'en donnera point à sa chienne, et, en les mangeant, elle pensera à sa petite-fille qui ne cesse de penser à elle et d'en parler avec le grand abbé.»

Alors, avec mes moyens, m'y suis mise, et j'ai brièvement renoué des liens distendus, si distendus parfois qu'imperceptibles, ou ajouté une petite marque matérielle aux attentions déjà échangées.

Et le résultat fut ce qu'il put, pas excessivement satisfaisant pour les idées (pourtant il s'agissait d'une phrase chaque fois) et moins encore pour la calligraphie.

Je m'étais pourtant interrompue pour m'approvisionner en cigarillos, en une longue quête, qui m'a permis de goûter la douceur relative de l'air, le bleu revenu et la caresse de la lumière qui ennoblissait les façades.

Et, pour ce qui est de nous, devant nos écrans, je nous souhaite de regarder le monde avec une bienveillance sans illusion afin de la conserver, d'être dans la folie des buts et désirs, de nous ramasser avec grâce, ou sans, si nous ne pouvons faire autrement, de ne pas écouter les pragmatiques qui le sont au détriment des autres, de vouloir fermement l'impossible mais de trouver des moyens pratiques pour tenter de l'atteindre, de rencontrer gentillesse et bénévolence et d'ignorer le reste, de trouver la source d'une petite joie têtue. C'est pas beau, ça ?

vendredi, juillet 03, 2009

10 octobre 1769 - à Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu
..." Pour moi je ne pourrais pas vous servir de secrétaire, encore moins de courreur ; la raison en est que mes fuseaux, que j'appelais jambes, ne peuvent plus porter votre serviteur, et que mes yeux sont entièrement à la Chaulieu, bordés de grosses cordes rouges et blanches depuis qu'il a neigé sur nos montagnes. Vous qui êtes un grand chimiste, vous me direz pourquoi la neige, que je ne vois point, me rend aveugle ; et pourquoi j'ai des yeux très bons dès que le printemps est revenu. Comme vous êtes parfaitement en cour, je vous demanderais une place aux Qinze-Vingts pour l'hiver..."
13 octobre 1769 - à Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
..." Figurez-vous qu'au 1er octobre il est tombé de la neige dans mon pays ; j'ai passé tout d'un coup de Naples à la Sibérie ; cela n'a pas raccommodé ma vieille et languissante machine. On me dira que je dois être accoutumé, depuis quinze ans, à ces alternatives ; mais c'est précisément parce que je les éprouve depuis quinze ans que je ne les peux plus supporter..."
13 octobre 1769 - au chevalier Jacques de Rochefort d'Ally
.." en voilà pour cinq mois au moins ; mon état est triste, pour me consoler je songe à votre bonheur..."
21 octobre 1769 - à Pierre-Joseph-François Luneau de Boisjermain
"Je suis très malade, Monsieur, je ne verrai pas longtemps les malheurs des gens de lettres"....
23 octobre 1769 - à Jacques Lacombe
.."Savez-vous, Monsieur, qui travaille aux nouveaux tomes de l'Encyclopédie ? Je suis bien malade, vous savez que je ne travaille plus qu'à mon salut.
28 octobre 1769 - à Jean Le Rond d'Alembert
..." J'aurais encore mieux aimé causer avec vous à Paris ; mais le triste état où je suis ne m'a pas permis de voyager, et je crois, entre nous, que ni messieurs ni les révérends pères n'auront plus désormais de querelle avec moi...."
Bon, il parle de bien d'autres choses; il désavoue des écrits qui courent, il propose ou nie sa participation à la suite de l'Encyclopédie mais à part son homme d'affaires, Catherine de Russie victorieuse sur les turcs, et Cramer, chacun a droit à une allusion plus ou moins légère à son état, en une période où sa correspondance se fait (pour lui) extraordinairement rare. Lui ? Monsieur de Voltaire, qui avait cessé depuis très longtemps d'être désigné autrement, et qui se squelettisait doucement.

Ici, mes frères, l'orage a tourné longuement l'après-midi, le petit animal se recroquevillait en moi et je surveillais le bas de ma porte fenêtre - le matin la terre cuisait instantanément sous la seule action de l'air.

mardi, février 10, 2009

cette arche, toujours, qui détourne mes pas, appel pendant un instant vers l'inconnu, un enfoncement bref avant de rejaillir, et en m'y engageant je sais que je vais simplement retrouver un cheminement parallèle à celui que je suivais vers le castellet, la porte sur le Rhône, le pont Bénezet et les touristes, mais cela ne m'arrête pas, comme si mes jambes ne voulaient pas entendre ce que dit ma mémoire, ces jambes qui hésiteront pourtant devant l'autre possibilité, la petite montée raide entre deux murs neutres, avec juste ce haut tronc un peu penché que j'aime bien, vers la bande d'immeubles idiots, immeubles d'accompagnement, modernité qui ne s'assume pas, copropriétés qui se barricadent, barrière à franchir avant les raidillons pavés qui s'humanisent peu à peu, pierres et belles portes de bois ou jardins devinés, marches usées et rampe métallique qui éveille un vague souvenir de dégringolade vers la mer, mais qui là me hisse vers la grande plaque de la place du palais.
Et je ne sais plus pourquoi je l'avais associée, avant de noter cela, au passage que je viens de lire dans le "roman du monde" de Pena-Ruiz dans lequel j'avance par quelques pages de temps en temps, en bouche creux, mise en train avant une tâche matérielle, et qui, là, s'attachait, dans ce qui suit la construction de l'homme, au temps de vivre, au temps de l'aurore.
"D'hier et des souffrances, il reste la mémoire inquiète, qu'assume une nouvelle confiance. De demain, l'espérance hésite à s'esquisser, qui reste suspendue au présent incertain d'une lueur timide, surgie à peine de la nuit. Les temps de l'aurore s'accomplissent dans une annonce ensoleillée, où brille midi le juste."



Un fascinant billet sur le blog d'Angèle Paoli, reflet du charme que doit exercer le livre évoqué "Léonard et Machiavel" de Patrick Boucheron http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2009/02/patrick-boucheron-l%C3%A9onard-et-machiavel.html
et puis, via Fabula, les articles du colloque "autour du Dictionnaire philosophique de Voltaire
http://www.fabula.org/colloques/sommaire1088.php et surtout l'article de Pierre Campion
« De la guerre dans les Lettres. Le Dictionnaire philosophique de Voltaire
http://pierre.campion2.free.fr/cvoltaire_dictionnphilo.htm

lundi, décembre 31, 2007

Mes projets de Halles, qui n’avaient pas grande importance, se sont évanouis. Cloitrée, j’ai retrouvé dans ma réserve, pour préparer la journée du passage, l’élan gelé de ces embryons d’arbres. Paresseusement ai sorti des cartes de vœux, constaté que j’en avais pour plusieurs années, le carnet se réduisant (déménagements ou pertes de vue), décidé que cela attendrait rituellement le soir du premier janvier et suis partie dans des correspondances en quête de vœux.
En ai fort peu trouvé dans les choix de lettres - cet exercice relève généralement d’un automatisme courtois (ou de l’intimité) et ne « faisant pas sens » pour les éditeurs.
Ceci, tout de même, de Dubuffet à Jacques Bernes, que je ne reprends pas à mon compte mais dont la presque noirceur m’a réjouie un moment,
Paris, lundi 8 janvier 68 « … L’année s’annonce aigre.
Une fois, il y a bien longtemps, mon ami Paul Budry m’a montré un livre qui avait pour titre « Traité du désespoir » mais j’ai oublié le nom de son auteur.
Pour qui est expert à la traiter la gamme du désespoir est friand aliment à partir duquel se peut élaborer un miel de vertu concentrée, une gelée royale. Je serais même près de croire qu’il n’est de bon miel que procédant de cette friande gomme.
L’année s’annonce donc prospère
Fièrement inaugurée en tout cas avec les berceuses de haute gelée… »

N’est ce pas joli ? Il va de soi que mes souhaits seront différents, souhaits de joie ou de petites joies, tendrement pour les miens, sincèrement pour les amis, avec conviction grave pour les humains, avec désespoir pour le monde. Pour une gracieuse urbanité je l’ai trouvée chez Voltaire (c’est rare, généralement quand vœux il y a, ils ne sont qu’une ponctuation dans des lettres ayant un autre but)
« A Louise-Honorine Crozat du Châtel, duchesse de Choiseul – par Lyon 1er janvier 1770
Madame,
Votre Excellence saura que comme j’étais dans ma boutique le jour de la Saint-Sylvestre sans rien faire parce que c’était dimanche, il passa chez moi un pédant qui fait des vers françois ; et je lui dis : « Monsieur le pédant, faites-moi de vers françois pour les étrennes de Madame Gargantua », et il me fit cela qui ne m’a pas paru trop bon :
Je souhaite à la belle Hortense
Une âme noble, un cœur humain,
Un goût sûr et plein d’indulgence,
Un esprit naturel et fin….. »

Et par ma cornette, moi qui ne suis qu’un typographe incapable de faire des vers françois comme dit frère Voltaire, je nous souhaite à tous, avec un cœur ouvert, intelligence et curiosité, autant que nous le pourrons et qu’il nous sera donné.

dimanche, décembre 09, 2007

Dans le vide, je peuple d’une avalanche de mots (et je les aime bien, alors tant pis ils resteront là en trop longue occupation de l’espace du blog et du temps d’éventuels passants)
Matinée plus active que vendredi, en sillonnant la ville (mais avec retenue dans les achats, j’ai perdu le compte de mes finances et la banque était fermée où je venais chercher à faire le point) La lumière était belle, les familles en recherche sans que ce soit encore l’hystérie, et le sapin de la place de l’horloge, un peu plus grand que celui de notre place, et surtout moins isolé, avait presque de la joliesse.

Pleuré, ou presque, Stockhausen. J’ai déploré la mort de créateurs et d’acteurs ces dernières années, mais avec un certain détachement, ils étaient des admirations, des points de départ, des ressources ou souvenirs, devenus tels avant leur mort, avec lui inexplicablement je sens que disparaît un de mes contemporains, et un contemporain d’importance. Ecouté la seule chose que j’ai trouvé de lui dans mes tiroirs : « Aus den sieben Tagen » par l’ensemble Musique vivante de Diego Masson, avec toujours cette légère gêne : la musique du 20ème siècle, pour moi, peut-être parce que c’est ainsi que je l’ai entendue pour la première fois, me rend nécessaire le concert, plus que pour le classique qu’en provinciale du temps où ce mot avait tout son sens je n’ai d’abord connu que par la radio et le disque,. Apparente bizarreté quand il s’agit de musique électronique. Nécessaire mais pas indispensable.
Dans une incursion web je suis tombée chez François Bon sur un plaisir un peu émerveillé, comme devant un joli paquet : http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1091 sur François Place et surtout la vidéo présentant l’élaboration de son dernier livre « la fille des batailles » qui m’a donné une envie folle de l’avoir entre les mains et sous les yeux et de le déguster, grand enfant ou non…. Et vu que Philippe De Jonckheere en réfléchissant sur l’importance de Stockhausen (évidente pour moi, au point que l’on avait l’impression de le connaître comme les gens qui parlent de Mozart avec une fausse familiarité, à coté dérisoire mais signe tangible de son influence et de la richesse de sa création) cite justement l’œuvre qui m’est tombée sous la main à midi.
Est-ce parce que je me détache un rien de la lecture de « la toile » actuellement, que Paumée a brusquement perdu la moitié de ses lecteurs, me rendant presque possible, si dans le restant il n’y avait des chers, de laisser surgir l’autre Brigetoun , la souvent intérieure, celle qui gueule ? Le cours normal des choses ?
Sans crainte d’ennuyer je note des mots de mes lectures des nuits de jeudi et vendredi
« J’essayai par la suite, pendant un certain temps, de me dégoter une âme sœur parmi les races inférieures, rouges, jaunes, chocolat, etc. Et si les pestiférés avaient été d’un accès moins malaisé je me serais faufilé parmi eux, roulant les yeux, réprimant des gestes, ébauchant des rictus, ineffant et conatant, le cœur battant. Avec les déments aussi j’échouai, de justesse. » Beckett

Et vendredi soir : « On se plaint des fermiers généraux, et des intendants : mais combien devrait-on s’élever contre des misérables qui mettent des impôts sur l’esprit, et qui tyrannisent la pensée. L’ignorance et l’infâme superstition couvrent la terre. Quelques personnes échappent à ce fléau, le reste est au rang des bêtes de somme, et on a si bien fait qu’il faut des efforts pour secouer le joug infâme qu’on a mis sur nos têtes. Nous sommes arrivés à regarder comme un homme hardi celui qui pense que deux et deux font quatre. » Voltaire au marquis d’Argence.
Et comme, dans ma faiblesse, je crains de ne pas être digne de faire partie des quelques personnes, me suis retournée vers Beckett. « Alors il regrettait de ne pas avoir voulu apprendre l’art de penser,….et de ne rien entendre, ou si peu, au charabia de doutes, désirs, imaginations et craintes qui déferlaient dans sa tête. Et pourvu d’un peu moins de force et de courage lui aussi aurait abandonné, renonçant à savoir de quelle façon il était fait et allait pouvoir vivre, et vivant, vaincu, aveuglément, dans un monde insensé, parmi des étrangers ».
Tombant où elles le peuvent des images récoltées au cours de ma journée, dont ce tableau que j’ai aimé, pour son climat, sa fausse simplicité et sa facture.

lundi, mai 14, 2007

Une photo comme ça, encore une fois. Ou pour le novice qui, cet après midi, un peu avant que la révolution vide Saint Louis, lisait en cachette, psautier à proximité, « le crocheteur borgne » de Monsieur de Voltaire (oui encore lui) :
« Il vit par hasard passer dans un char brillant une grande princesse qui avait un oeil de plus que lui, ce qui ne l'empêcha pas de la trouver fort belle; et, comme les borgnes ne diffèrent des autres hommes qu'en ce qu'ils ont un oeil de moins, il en devint éperdument amoureux. On dira peut-être que, quand on est crocheteur et borgne, il ne faut point être amoureux, surtout d'une grande princesse, et, qui plus est, d'une princesse qui a deux yeux. Je conviens qu'on a bien à craindre de ne pas plaire; cependant, comme il n'y a point d'amour sans espérance, et que notre crocheteur aimait, il espéra. Comme il avait plus de jambes que d'yeux, et qu'elles étaient bonnes, il suivit l'espace de quatre lieues le char de sa déesse, que six grands chevaux blancs traînaient avec une grande rapidité. La mode dans ce temps-là, parmi les dames, était de voyager sans laquais et sans cocher, et de se mener elles-mêmes; les maris voulaient qu'elles fussent toujours toutes seules afin d'être plus sûrs de leur vertu, ce qui est directement opposé au sentiment des moralistes, qui disent qu'il n'y a point de vertu dans la solitude. Mesrour courait toujours à côté des roues du char, tournant son bon oeil du côté de la dame, qui était étonnée de voir un borgne de cette agilité. »
Et je ne sais pour le novice, mais ce ton m’a mis, une fois encore, d’une humeur délicieuse.

jeudi, mai 10, 2007

Mercredi matin le soleil et la douceur de l’air ont retrouvé le chemin de notre coin de pays, et la béatitude d’un garçon attablé, pour un début de matinée, sur mon chemin, nimbé par la lumière légère et dorée, m’a rendue joyeuse.
J’ai continué à m’énerver un peu des critiques contre les vacances de notre impérator pour leur coté totalement contreproductif. Le brave homme, noyé dans les difficultés, qui a voté pour lui parce qu’il lui promettait que le travail et le mérite lui ouvrirait le monde, et qui croit que c’est vrai, la brave femme qui a pour rêve suprême ce qu’elle voit, je crois, dans Gala (je n’ai jamais feuilleté ce journal que dans des salles d’attente et sans lunettes, cela va très vite), vivent ces moments par procuration et prennent les critiques pour du mépris à eux adressés.
Saut de chat - m’abstrayant, j’ai rencontré ma région, à une époque où la religion dominante n’était sans doute pas si éloignée de l’intolérance cruelle que l’on attribue maintenant aux autres, comme preuve de leur différence, chez Monsieur de Voltaire, dans son histoire des parlements, avant qu’il en vienne au Parlement de Toulouse et à l’affaire Calas
« il y avait sur les confins de la Provence et du comtat d’Avignon des restes de ces anciens Vaudois et Albigeois ….. Ces peuples habitaient vingt-deux bourgs, dans des vallées entourées de montagnes peu fréquentées, qui les rendaient presqu’inconnus au reste du monde. Ils cultivaient ces déserts depuis plus de deux cents ans, et les avaient rendus fertiles. Le véridique président De Thou, qui fut l’un des juges de l’affaire dont nous parlons, rends justice à l’innocence de leur vie laborieuse ; il les peint « patients dans les plus grands travaux, justes, sobres, ayant les procès en horreur, libéraux envers les pauvres, payant les tributs avec allégresse, n’ayant jamais fait attendre leurs seigneurs pour leurs rentes, assidus aux prières, ignorant toute espèces de corruption, mais ne se prosternant pas devant des images, ne fesant (agréable ces fautes d’orthographes impunissables puisqu’anciennes) point le signe de la croix, et quand il tonnait, se bornant à lever les yeux au ciel, etc. »
Le vice-légat d’Avignon et le cardinal de Tournon résolurent d’exterminer ces infortunés… »
Bon, avec l’accord de François 1er et par l’action du baron d’Oppède, premier président du Parlement de Provence, ce fut fait, pour la grande douleur de Mérindol et de Cabrières.
Pour ce genre de croisade et pour le plaisir de te lire, il te sera pardonné frère Voltaire ta conception du bonheur des travailleurs telle qu’on la trouve parfois dans tes lettres – et en considération de ton siècle.
Pour quelques semaines, le soleil pénètre dans ma cour et saluait les plantes rescapées, sauvées par leur entêtement de mon traitement de cheval, et l’unique fleur de géranium qui s’est haussée de toute sa sève vers la lumière. Et j’écoutais, en repassant, une émission sur l’incendie des Belles Lettres et m’étonnais, à nouveau, de l’indifférence qui l'avait entouré.
Et j’avais oublié, comme beaucoup, que c’était la fête de l’Europe.


dimanche, mars 25, 2007

Je fais une piètre citoyenne - j'avais prévu d'aller au local de campagne de notre candidate à la députation, en traversant Avignon et franchissant les remparts mais comme la forme était hautement décevante j'ai décidé, comme nous l'avions envisagé avec mon toubib au beau crâne de la remettre à zéro, ce qui m'a confiné chez moi et n'a eu d'autre résultat que de faire de moi un zombi.
Je suis tombée, sans aucun rapport, à part l'enfermement, sur celui, plus redoutable, de Voltaire l'anti-poète que j'aime bien :
"J'arrive enfin dans mon appartement ;/ Certain croquant avec douce manière,/ Du nouveau gîte exaltait la beauté;/ Perfection, aise, commodité ;/ Jamais Phébus, dit-il, dans sa carrière,/ De ses rayons n'y porte la lumière,/ Voyez les murs de dix pieds d'épaisseur;/ Vous y serez avec plus de fraîcheur,/ Puis me faisait admirer la clôture,/ Triple la porte, et triple la serrure,/ Grilles, barreaux, verrous de tout côté;/ Cela, Monsieur, pour votre sûreté".
Mais je serais libre de m'en aller, si ce n'est ni pour Londres ni pour Cirey.

dimanche, septembre 10, 2006

indulgence requise
L'envie m'a pris (et surtout j'avais reçu ma carte d'amie du musée) d'aller voir "figures de l'acteur" à la Collection Lambert, maintenant que les feux du festival sont éteints. Mais elle n'ouvrait qu'à 11 heures et je n'ai eu que le temps de survoler, inventorier, décider de futures visites:
Quelques impressions :
les grands portraits du 18ème de l'escalier d'honneur, dont Lekain et la Duclos - les beaux très grands tableaux de Barcelo des années 80 qui sont là pour saluer sa présence au festival cette année, et ses masques de terre dans leur joyeuse et belle variété, ralentissement, arrêt -
des vidéos, dont Bette Davis dans All about Eve, et sa merveilleuse arrogance, nouvelle station -

un couloir réservé pour plus tard - le portrait de Mignard jeune par Mignard, à peu près contemporain de son passage dans la ville, et des célébrités à revoir, sauf le Talma de Delacroix que je n'aime pas - des estampes montrant des acteurs de kabuki et du nô, et à coté un petit film merveilleux de Desailly montrant la découverte par Jean Louis Barrault des marionnettes du Buranku lors d'un voyage, et l'hommage qu'il leur rend en tentant un mime, deux arts du passé, un peu artificiellement conservés mais si beaux (souvenir de mon émerveillement en découvrant le Buranku à Paris il y a quelques années) -
des costumes, des caricatures - des dessins de Picasso - des oeuvres contemporaines présentant ou non de l'intérêt, des photos, une Marilyn de Warhol, des visages dont les yeux sont des miroirs, des hyper-réalistes, et les photos d'Harcourt - des escaliers gravis et des escaliers descendus, comme je pouvais - une autre Marilyn par de Kooning -
les grandes statues assez moches de Mademoiselle Mars et de Rachel, venues de la Comédie française, dans la même salle qu'une formidable série de photos d'Isabelle Huppert par Rony Horn devant lesquelles je me suis attardée, expressions, traits, scrutés, éclairages sur et par le visage - etc... mon futur lieu de promenade.
Je suis passée place d l'Horloge prendre un abonnement, j'ai salué un pigeon en tournant dans la rue Saint Sébastien, et j'ai retrouvé les humbles vestiges 18ème de ma rue.

Repassage fini, j'ai pisté la Clairon dans les lettres de Voltaire, et retrouvé ce qu'étaient les contraintes subies par les plus grandes "gloires du théâtre" à la fin du 18ème.
En mai 1765, alors qu'à la suite d'une fronde des comédiens français, elle était emprisonnée : L'homme qui s'intéresse le plus à la gloire de Mademoiselle Clairon, et à l'honneur des beaux-arts, la supplie très instamment de saisir ce moment pour déclarer que c'est une contradiction trop absurde d'être à Fort-l'Evêque si on ne joue pas et d'être excommunié par l'évêque si l'on joue ; qu'il est impossible de soutenir ce double affront, et qu'il faut enfin que les Welches (nom qu'il donne aux français quand il les juge barbares, c'est-à-dire fort souvent) se décident. et, en juillet : Quand on pousse l'art aussi loin que vous, il devient respectable même à ceux qui ont la grossièreté barbare de le condamner... L'odieuse contradiction de nos Français chez qui on flétrit ce que l'on admire.
Après quoi elle s'installa quelque temps à Ferney pour se soigner, y joua et en repartit plus malade. Il la loua dans force courriers et en parla avec une paillardise presque voilée dans une lettre à Richelieu.
Cinq ans plus tard, Lekain qui s'attardait à Lyon où il était allé, après un passage à Ferney, se faire soigner par un Tronchin (et jouer) fut menacé de prison s'il ne regagnait pas Paris à la date fixée.
Pardon, j'abandonne les Daminaville, Argental, d'Alembert, et fait grâce à ceux qui m'auront suivi jusque là dans ce qui a été et reste une de mes plus assidues lectures. Posted by Picasa

mardi, mars 21, 2006

les dalles de la cour sont rouge humide et vert mousse imbibée, les cailloux peints luisent. Le jeune printemps vient avec une humidité bienfaisante et navrante. Quoiqu'en pensent Madame du Deffant et maître Voltaire vive le vieux
Elle : "Mon esprit s'affaiblit, se fatigue, se lasse ; je n'ai plus de mémoire ; je ne suis plus capable d'application ; il n'y a presque plus rien qui m'intéresse ... il me semble que l'on n'est point née pour vieillir ; c'est une cruauté de la nature de nous y condamner ... j'ai pris le parti de ne jamais faire de visites. Je reste dans mon tonneau ... jusqu'à présent, il n'est pas de mauvais air de m'y venir chercher". Vive le monde contemporain qui nous ouvre plus de possibilités, je n'aurai su tenir salon. Et lui sans persiflage :"Je vous écris parce que vous vous croyez malheureuse et que vous avez une âme forte à qui je dis quelquefois des vérités fortes ... Soyons philosophes au moins dans nos derniers jours, ne les employons pas à nous sacrifier aux vanités du monde, à suivre des fantômes, à nous éviter nous-mêmes ...à nous repaître de vent. Vivez, philosophez avec vos amis ... qu'ils égaient avec vous le chagrin secret de la vieillesse."Et puis il y a ces vieux et vieilles pleins de sagesse et de chaleur, comme Nestor, (ou papa) qui accueillent et nourrissent la jeunesse. Me manquent sagesse et cheveux blancs.
Faites que les "partenaires sociaux" soient bien inspirés dans la valorisation des poins ARCO et AGIR pour nous permettre d'être sereins (honte, pense aux jeunes pauvres) et que la belle sécheresse arrive (honte, pense aux agriculteurs)
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