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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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jeudi, juillet 04, 2013

S'inventer ciel ouvert pour voyages virtuels (en très très long pillage)


S'éveiller, partir dans la ville.. sol mouillé

ciel gris, humidité régnante, se renouvelant, sans que se sente la pluie

ramener, comme peux, un marché pour un siège, deux litres d'huile, neuf cent grammes de morue, un peu plus d'un kilo de bintjes, un demi de noirmoutiers, des petites poires de Saint-Jean, abricots, courgettes, tomates noires qui ne le sont pas et vertes, un peu de poisson, un demi coulommiers, le canard enchaîné, un concombre et de petits navets, et des sandales pour marche rapide
être prise par un assaut de paresse, se l'accorder comme on accorde au ciel son caprice, et le voir s'élever, se faire légèrement transparent...
avoir un vague désir de sortir de l'antre, reprendre les photos prises lundi, ne sais pourquoi, de ciel en gloire et des prières ou agressions, tentatives d'égratignures de la ville, en complet décalage avec les souvenirs des voyages que j'ai faits en lisant :

sur Liminaire les marches, intelligence et sens en éveil de Pierre Ménard, dans les villes, à Paris (et il y a les ateliers d'écriture qu'il conduit à travers la ville, l'intervention de google street, la pluralité des écritures), et les fragments des lignes de désir comme http://www.liminaire.fr/entre-les-lignes/article/mon-tres-lent-paysage mon très lent paysage
Temps de baptiser le voyage. Et puis plus rien que le souffle du vent sur nos joues. Juste une source d’égarement, d’annonce dans la brume. C’est l’heure de décocher. Je décroche. Nous défendons le vite, le peu étant l’errance, le rejet de faire suite, quand rien ne subsiste autour de nous. Ce qui ne dure pas est un monde à part. Fort de cette impression qui insiste ou avance, demain sera sans doute assaillant. Je suis un passager ignorant le détour. L’avenir toujours moins seul.

et cette visite (se dire il serait merveilleux de l'avoir pour guide) en famille à New York, les billets-réflexions comme celui-ci pour la fin des temps http://www.liminaire.fr/derives/article/pour-la-fin-du-temps et le pont de Brooklyn
Certaines parties du pont recouvertes d’une immense bâche blanche que le vent déchire par endroits, que le temps use et que la pollution salit. Certaines parties se transforment en toiles abstraites. Et quand l’espace est enfin libre et qu’il nous permet d’observer l’horizon, qu’il se dégage enfin, la ville s’offre à nous à perte de vue avec ses immeubles au bord de l’eau striés par les larges filins du Pont, cadrés par ses structures métalliques. Je pense à Mondrian, mais pas aux plus célèbres de ses derniers tableaux : Broadway Boogie-Woogie avec son rythme musical dynamique de pulsations lumineuses et colorées.
Et puis les photos du carnet de voyage à New-York http://twoweeksinnyc.tumblr.com/

… sur le tiers livre de François Bon, les traces, dans le journal, des déplacements, des gares, de Louvain, du plateau de Saclay, et dernièrement de Fos, en marge d'un chantier de film, ce dépaysement émerveillement devant le formidable, comme dans couleurs du dedans de l'acier http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3573
Mais qu’est-ce qu’ils portent de ce que porte de rêve le bâtiment même ?
On en a la conviction : je ne saurais pas l’écrire, parce que ce sont eux qui en sont ici, les maîtres. Et qu’au bout de la poche de fonte c’est avec une barre à mine qu’on ira percer la croûte de sable, avec ses mains qu’on jettera sur la brame en fusion la symbolique cendre de riz. Ce sont eux seuls qui peuvent l’écrire

et puis, plus anciennement, mais pas tant - je suis assez jeune dans la lecture du tiers.livre - le Québec, et je pars en recherche... des mots, des images, Montréal, Laval, un dépaysement, mais aussi la visite chez les Innus de Mashteuiatsh http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2315 (tant pis pour les grandes villes) et le guide novice (comme guide)
On était devant une carte avec les rivières, nous disait les noms des rivières, ça c’était le papier. Et moi j’interrompais à nouveau, je lui demandais : mais celle que vous suiviez, vous, c’était laquelle ? Et il se mettait à parler des campements qu’ils rejoignaient, toute la famille, génération par génération, dans les canoës d’écorce. Que les plus vieux s’arrêtaient au camp de l’année précédente, et les plus jeunes s’aventuraient plus loin.

et puisque au Québec j'étais, Mahigan Lepage, mais justement pas au Québec, en voyage, tous ces voyages où il nous permet de le suivre un peu, avec ces temps ci l'Asie et la machine ronde http://machineronde.net/ , journal de voyage, et puis la formidable série des billets sur les villes nombres avec, par exemple, leurs trottoirs http://www.mahigan.ca/spip.php?article347
Les trottoirs sont des cuisines. À Jakarta tout particulièrement (comme à Kuala Lumpur d’ailleurs), ce sont des installations complètes, impressionnantes. Un segment de trottoirs, cinq ou six mètres disons, a été requis et aménagé en îlots. Un comptoir de coupe là, un coin vaisselle ici, les ustensiles et les aliments par là. Et bien sûr le fourneau à gaz, un wok posé sur le feu presque en permanence. La règle : conserver un espace, aussi réduit soit-il, pour la circulation des piétons. Alors, en déambulant sur les trottoirs, on traverse des cuisines. C’est comme marcher dans une ville par l’intérieur des maisons.

et comme j'ai encore du ciel, comme suis toujours paresseuse, et pilleuse, en dehors des blogs strictement dit, rester en Asie avec Shanghaï Zen sur http://nerval.fr (devriez vous y abonner) les dessins d'Evgeny Bondarenko, le texte de Geneviève Flaven http://nerval.fr/spip.php?article62
LES EAUX sont alourdies par un limon épais, une trace poisseuse de café con lecce. Des pêcheurs remontent des gros silures oblongs de la rivière Suzhou dans des filets carrés. La nuit tombe et sa douceur enfin me prend. Les flonflons d’un petit bal de rue s’enroulent comme un ruban de soie autour du cou. Trois mariées habillées de rouge prennent la pose devant un photographe. Où sont donc les époux ?

Et puisque Shanghai, je pars chez Urbain trop urbain pour retrouver le lien qui mène au Nø City Guide http://www.urbain-trop-urbain.fr/ecrire/shanghai/ trouver, entre autres, la Shangai de Wang Anyi racontée par Vanessa Teilhet
La Shanghai de Wang Anyi n’est pas raffinée, ni sophistiquée. Elle serait même plutôt triviale affirme-t-elle, alors que les Occidentaux et les Shanghaiens eux-mêmes, quidams comme écrivains, se sont attachés à perpétrer l’image d’une Shanghai faste, superbement moderne et cosmopolite. Illusions et mensonges pour Wang Anyi. Car, selon elle, la rapidité du développement de la ville, pressée sans égard par les influences étrangères, n’a pu engendrer qu’une ville à la nature grossière et artificielle essentiellement motivée par l’appât du gain.


Sur Urbain trop urbain, j'ai retrouvé les billets qui parlent d'Istanbul, et je rebondis chez Pierre Cohen-Hadria, pour le souvenir du plaisir que j'avais eu en lisant le Carnet de voyage #43 http://www.pendantleweekend.net/2013/05/carnet-de-voyages-43/, cette façon d'effleurer en laissant sourdre toute la profondeur, toujours, et puis là la possibilité d'y couler mes rêves sur le Bosphore, regarder sa beauté, les gens, tous les souvenirs qui viennent, de partout, du Léman, de Clichy, de Tunisie et..
tandis que la tour Léandres reste au coin de l’eau, est-elle en Asie, est-elle en Europe, qui s’en soucie, pour ma part je m’en fous, ce qui me plaît, c’est vivre, voir le sourire, les plis au coin des yeux, tes lunettes rouges, celles rondes et noires sur ses cheveux bouclés et noirs, et son rire et le tien, voilà tout, la musique, la photo (voici le bac)


et puisque chez Pierre Cohen-Hadria c'est la plupart du temps Paris, et des coins que j'aime pour y avoir vécu ou ambulé , puisque je trouve un petit contrepoint entre ses billets, mes souvenirs, et l'arrivée, chaque matin, pour ouvrir le jour, sur mon écran du Paris de Dominique Hasselmann, vous inviter, si m'avez suivi et ne le connaissez pas encore, à m'imiter et passer, aux alentours de sept heures du matin sur http://doha75.wordpress.com/ , retrouver, par exemple, en sa compagnie et avec Jean-Christophe Bailly, l'avenue Ledru Rollin et le marché de la Bastille http://doha75.wordpress.com/2013/07/01/ (blogger faisant un caprice, têtu, l'idiot, je me vois obligée de vous conseiller de cliquer sur le lien)
Peu de stands «bio», pas mal de touristes – ce marché dominical de la Bastille doit figurer dans les guides de la capitale – mais le plaisir d’entendre, notamment, les vendeurs de légumes (Algériens, Tunisiens, ou Marocains d’origine ?) attirer le chaland qui passe par leurs interpellations directes, leurs mélopées commerciales, leur rythme vocal, tout comme si l’on était dans un souk « de là-bas » : impression d’avoir franchi la Méditerranée en un clin d’œil, et d’acheter les tomates ou les piments tout frais arrivés du pays sur les étals.

Et le soir tombe sur les carreaux de la cour d'Avignon qui sont secs maintenant, mais je n'arroserai pas, et j'arrête, n'ai plus de ciel. Reste là entre le plaisir de mon petit circuit (plus fourni qu'ici) et la honte de ce pillage (repousser la crainte du soupçon de courtisanerie, ou pire, de calcul... et puis assumer le risque parce ce n'est pas, et tant pis..)
Se dire qu'avec la vie de juillet je devrais devenir nettement plus brève.
Vous inviter à passer demain : ce ne sera pas Brigetoun.

dimanche, mars 10, 2013

De peu


Suis là, floue, suis là déshabitée, suis là tremblante, suis là brouillée, suis là m'effaçant, suis là me dissolvant
mais
qu'il en faut du temps pour détruire la petite caillasse !

Peut-être, puisqu'elle ne le veut pas, ou traînasse, faudrait-il être capable d'oser, si on a le talent, si on y croit, courir sur un cri comme l'exposent les beaux billets de Mahigan Lepage (lecture conseillée, commence par http://mahigan.ca/spip.php?article312 - auquel j'ai, honte et j'espère en être pardonnée, emprunté la photo – prendre son temps, pour réagir, assimiler, faire sien, et puis c'est assez long.. ça se finit au n°7)

samedi, janvier 22, 2011

Néantissime, d'où trop long pillage

Ciel bleu dur sur la cour, mais jolis restes de mistral froid – froid, je le supposais, à tort je crois, mais le croyais sans vérifier parce que carcasse grommelant, courage se désagrégeant, me complais dans la petite défaite de l'âge et l'érosion des enthousiasmes, me rencogne, ne risque point ma peau dans l'air, et me chantonne Villon, et les premiers vers du petit testament, qui me furent longtemps refrain, quand justement de se rencogner ne pouvait être question :

«En ce temps que j'ai dit devant

…

que les loups se nourrissent de vent

et qu'on se tient en sa maison,

pour le frimas près du tison » même si de tison je n'ai pas – et reviens sur les lectures qui se sont glissées dans mes moments de conscience ces jours-ci.

« la science des lichens » de Mahigan Lepage http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504059/la-science-des-lichens son troisième texte sur Publie.net après le très aimé « vers l'ouest » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502857/vers-l-ouest (et http://brigetoun.blogspot.com/2009/12/y-avait-la-foire-aux-chevaux-lundi.html ) et le « carnet du Népal » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501515/carnet-du-népal ramené d'un voyage dont ce dernier texte pourrait être un prolongement, un approfondissement,

«j’aurais mieux fait de m’en tenir au circuit principal et marcher d’un guest house à l’autre bien gentiment mais non, j’ai préféré grimper une montagne par un sentier impossible et boire de l’eau sale et manger du vieux dhal bat bourré de coliformes fécaux, tout ça pour aller effrayer des enfants avec ma pauvre paire de jumelles, tout en répandant mes billets de banque un peu partout dans le village,»

Une seule longue phrase, une litanie de navrances, désillusions, refus, explications, articulée sur des groupes de mots repris comme des refrains, comme des appuis qui permettent au verbe de prendre appui, de rebondir, de continuer, en s'infléchissant le cas échéant, d'introduire un nouveau thème. Un Thomas Bernhard (je ne sais, je crois que cette impression n'est pas partagée mais elle fût chez moi instinctive, et s'est installée – et cela faisait partie du plaisir, comme une compagnie, une presque familiarité) qui aurait renoncé presque définitivement aux points, qui rebondirait sans pause – cependant à quelques reprises les propositions s'enchainent ex-abrupto sans cet appui du refrain ou d'une subordonnée et le point est peut être là, invisible mais sensible furtivement.

Je me demande s'il serait audible dans la belle expérience que pourrait être une lecture à haute voix, comme un fleuve dont il faudrait rendre évident la façon qu'a le déroulement de la phrase de ne jamais perdre de vue le sens, de faire récit.

« ou bien la ville dans notre dos qui éclaire, au nord de Paris le jour était faux, maintenant au sud c’est la nuit qui est fausse, on oublie que tôt ou tard les illusions vacillent, les illusions vacillent et reste la science des lichens, les arrêts de la ligne B portent les noms attendus voyez, »

De l'amener jusqu'à cela : que cette phrase, ce discours, c'était façon d'accompagner la désespérance.

« nous voilà au bout de la ligne, dehors sont pour vous les rues et d’autres trajets, en ces proliférations que vous appelez vos villes, toundras de lichens craquant sous vos pieds, les portes s’ouvrent et nos corps se disloquent, partez maintenant je me tais, il y a ce tunnel creusé sous les voies, attention à la marche en descendant du train. »

et puis, ai profité des offres , celle de Joachim Séné dont j'avais aimé « sans » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503687/sans ( http://brigetoun.blogspot.com/2010/10/honte-moi-entre-ma-forme-physique-et.html) et la crise http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503045/la-crise ( http://brigetoun.blogspot.com/2010/02/encephalogramme-plat-et-paresse-grande.html) et puis les petits et jubilatoires « hapax » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501584/hapax et « roman »

« http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502246/roman », qui sur son blog http://www.joachimsene.fr/txt/spip.php?article232 offre un texte inédit « maître et esclave », fable sur les appartenances, roman à la De Foé

« Muraille, frontière. Entre domaines semblables à celui de B. Où, si je tombais en cherchant à m'évader, je deviendrais immédiatement prisonnier, condamné à de plus durs travaux qu'aujourd'ui, dans des conditions abjectes dans lesquelles sont traités les fuyards et les meurtriers

…...............

Et si je partais, ma vie ici disparaissait. Qui serais-je au dehors ? Et que pouvait être le dehors de tout, puisque tout ce que je connaissais était le domaine.

…...............

J'avais l'effet de surprise avec moi, j'étais au coeur de la forêt riche de nourriture, de bois, riche de vie, silencieuse d'un brouillard humide qui collait mes vêtements contre ma peau et les bruits loin de mes oreilles, forêt peuplée de peur, de la peur du garde devant moi qui a peur de ma peur de le voir.

…...............

Tout ce temps où j'étais esclave, j'étais maître. Maître du domaine. Maître de toute chose en ce domaine. Maître de mon travail qui faisait vivre le domaine. »

y ajouter des cieux, des arbres, des plantes, une garde.. et dégustez.

Et chez Laurent Margantin, qui met en ligne http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?rubrique60 ses traductions de Novalis et Kafka, des textes de Maupassant, Baudelaire, Montaigne, et, découvertes pour moi, Marc Bonneval, Lêdo Ivo (très beau poème) et Serge Meitinger (qu'il me semble avoir lu, que je vais redécouvrir), ses « dits de Reger » et des textes de lui regroupés sous le titre de « Visions secondes » (goûtés comme l'avais fait d' »insulaires » http://brigetoun.blogspot.com/2010/01/comme-le-ciel-etait-moins-bleu-mais.html)

où j'ai retrouvé et découvert choses délectables et graves, à travers son écriture précise, régulière, habile, sensible, satirique

« On se souvient en effet des événements tragiques qui, au cours du vingtième et unième siècle, accompagnèrent la disparition des livres en papier : nombreux suicides spectaculaires de rats de bibliothèque, immolations par le feu de groupes entiers de lecteurs dans des librairies, attentats visant les boutiques où l’on vendait des tablettes numériques. »

ou

« Tu te souviens des fleurs ? Jaunes, oranges, roses, rouges, toutes les fleurs que nous avons déposées autour du trou de feu ? Et les dieux et les déesses que nous avons portés sur leur socle ? Et les grandes herbes que nous avons parsemées ? Et l’eau des noix de coco dont nous avons aspergé les braises ? Et les femmes en sari jaune et orange qui sont venues s’asseoir tout autour du trou de feu ? Et les visiteurs derrière les barrières, silencieux ? Et la procession à laquelle nous avons participée sur la plage un peu plus bas, avant-dernière purification avant l’ultime purification ? Et nos muscles et tout notre corps affaiblis par les dix-huit jours d’abstinence ? Et le rythme des tambours qui nous vidait le crâne, nous préparant à la dernière épreuve, la marche sur le feu ?

ou

« Surtout, j’étais troublé de ne ressentir nulle chaleur à son passage. L’un d’entre nous se risqua même à s’avancer vers la torche humaine, qui se retourna et voulut lui serrer la main. Son vis-à-vis accepta, sans être brûlé. Il me sembla même que la torche humaine dégageait un grand froid, oui, un froid polaire en cette nuit si chaude, encore brûlante des feux qui avaient été allumés partout dans les rues autour. Etais-je en revanche le guide, je reculais, me tenais caché dans le noir, pétrifié, bouleversé par la venue de la torche humaine qui, je le savais, allait désormais habiter toutes mes pensées jusqu’à la fin de mon existence»

et puis la beauté du premier des nouveaux textes confiés à Publie.net par Jacques Ancet, regroupés sous le titre de « la Tendresse » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504042/la-tendresse (je n'ai pas eu encore le temps de lire les deux autres)

Ce premier texte, donc, «un travail du noir» : savoir que c'est là, présence devinée, recherchée, appel entendu, à côté de la femme aimée, des enfants - avancer dans cette quête, le souffle retenu, haché par le texte qui progresse en groupe de mots attentifs – et, avec crainte, depuis l'obscur, aller vers cette lumière, tenter de connaître, de saisir. Le calme qui vient avec le jour, la présence qui se devine, indistincte encore et que le jour efface, mais qui s'approche, qui va émerger, depuis les profondeurs de l'histoire humaine, des recherches des hommes de toujours, en accouchement/éloignement. Et les mots, toujours, dans la quête. C'est tendu et très beau.

Et comme ne sais en parler, je pille :

« les voix des vivants qui semblent désigner le lieu de ta venue, t’appeler comme je t’appelle dans l’obscure marée de la phrase, comment continuer avec ce poids mort des heures qui te recouvrent et qu’il est dur de les repousser, tenter d’être ton rythme d’eau, ne pas me perdre dans l’encre de ton signe au matin avec la neige légère sur la grisaille des murs quand je voudrais que mes mots soient comme les flocons, lents et rapides à la fois, révélant en la couvrant ton absence si proche »

« pour que dure l’instant, construisant un présent dilaté où je suis bien, où tout ce qui m’atteint devient silence, blancheur, toute parole brille et s’efface, chaque objet flotte et se dissout ne laissant que ce vide où je t’imagine, rose à peine dans la lumière, forme comme montant du fond, mais il n’y a pas de fond, tout est présent et nous déborde infiniment, montagnes poussière feux tournant, caillou crevant le noir, doigts, silences impénétrables, ressacs de l’espace et du temps, l’eau, cette souffrance qui me poursuit, malgré moi, ce vertige, et toi, au bout, »

« de vagues rumeurs me parviennent à travers l’épaisseur d’un silence où je suis bien, frissons, flux et reflux de la phrase, pour un instant je rejoins ta paix de sang tiède, écume, sillage d’un geste dans l’obscur, nuée pâle du visage, je t’enveloppe d’une membrane de syllabes, ma phrase est rouge, elle ondule jusqu’à toi, tu t’en nourris, par elle tu respires, tu pressens le feu soudain de la lumière, l’air froid qui s’adoucit déjà au milieu d’une rue où je marche, remontant le courant des corps, cette rumeur de vie qui n’est pour toi qu’un souffle à peine comme la mer lointaine où tu flottes, »

« j’ai tracé des lettres, des mots, une phrase comme un fil traversant ma mémoire, remontant jusqu’à cette main solitaire crispée, entrouverte, crispée encore, pulsation lente que je sens maintenant sous mes doigts, coulée obscure, irrésistible, je plonge mon visage dans l’encre, les mots sont étincelles, lunules dansantes, filaments, fissures, sillons dans la nuit étroite, crépitement encore, suif ou résine, éclat soudain et la main s’ouvre, immobile, sur la paroi rouge, elle monte, est-ce la tienne, je vais la toucher mais le jour une fois de plus efface ton vertige, »

Et je m'en vais, dans le creux du jour, ou des jours, terminer ce recueil et, esprit affuté, reprendre les textes, que je trouve importants et goûteux par les images choisies, de François Bon dans « Après le livre » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504103/après-le-livre

mardi, décembre 01, 2009

Y avait la foire aux chevaux lundi matin, près des remparts, là bas, au bout de la rue Joseph Vernet et de la rue Saint Charles, et m'en suis allée les voir. Ne rêvais pas d'en ramener un, mais peut-être une image, pour raison d'économie, de place, et puis un peu parce que j'ai passé mon BEPC pour gagner des leçons que j'attends encore. N'y a eu place dans ma vie que pour deux chevaux en mon enfance, un luxueux et un beau gros monument qui tirait charrette et tonneaux, et ma rencontre avec eux a été exaltante, sous patronage de très grands adultes, et fort brève.

La lumière filtrante faisait une jolie tache dans le gris et j'ai mis la main dans la poche de ma pelure rouge, attrapé mon appareil ami, eu un moment de surprise émue et me suis souvenue que la batterie devait attendre sagement dans le chargeur.

Aucune image d'ailleurs, et certainement pas celle de croupes devant nos vieilles pierres n'aurait convenu à l'évocation de « Vers l'Ouest » de Mahigan Lepage (http://www.publie.net/tnc/spip.php?article286) . Alors, après celle de la couverture, j'ai cherché dans les petites traces de mes jours sans rien trouver – imagination requise.

La route vers l'Ouest d'un adolescent québécois, un des temps d'après moi, un qui est parti, lui, dans l'idée de son grand pays, mais un pour qui la coupure avait un petit goût d'héritage, puisque :

«Les fils de bourgeois, les fils de fonctionnaire, quand ils se révoltaient ils pouvaient croire que c’était pour la première fois. Ils pouvaient croire assumer la paternité de leur révolte, ils pouvaient croire être les premiers fils. Moi je le pouvais pas. J’étais fils de fils. J’étais fils de révolte.»

Mais il est parti tout de même, et plusieurs fois, a pris la route

«La route défile sous le capot et la couleur de l’asphalte est indéfinissable. On ne sait exactement si elle est grise ou noire ou blanche ou bleue ou jaune. Elle a une coloration mais elle est d’abord matière. La route est une expérience en soi qui jamais ne lie les territoires qu’elle relie. En elle-même route demeure tout entière à rassembler.»

Les grandes routes droites à longues circulations (rien à voir avec ça)

Encore moins quand elles abordent les villes, à travers ces zones indécises qui sont leur entrée et leur extension, et à Montréal il a le fleuve, et les ponts, et «le bleu pâle du fleuve glisse sur le coloris vif du port de marchandise, lequel à son tour glisse sur le brun pâle de la ville en retrait.»

J'aime la différence qu'il note entre les façons d'aborder la ville : en y entrant de plein pied en voiture, en se faisant déposer près d'une bouche de métro, pour se sentir là, en elle, en avançant dans ce souterrain, alors que le train en arrivant à Paris ou à New-York est en dessous, passe dans un tunnel et on est dans la ville lorsqu'on remonte.

Sur la route il y a les filles, il y a «faire le pouce» (et je pense que cette saveur ne vient pas de son âge, que c'est la langue inventive des québécois), il y a le travail quand on en trouve, et la nourriture gratuite, les tentes et de quoi se faire des joints, juste ce qu'il faut de souplesse pour se couler plus ou moins facilement à travers les difficultés, mais des moments perdus, ou de la peur, et les différentes routes et leurs aventures sont tissées dans un texte qui file.

Mais, toujours, il y a le retour possible chez la mère, après les déconvenues, après être allé à Niagara ou à «la limite est du pays noir et rude des usines et des mots anglais. Et les confins du pays sont de forêt dense et de noms rouges, comme Maniwaki et Oka, rouge foncé et canadien, quand le Canada fait du sang des Indiens la couleur même de son identité.» La mère qui est arrivée à donner à son fils une somme d'argent et du «pain et du beurre d'arachide et des biscuits aux amandes», et puis un mot laissé avant le premier départ, prélude à tous les autres, jusqu'à «La brume était très épaisse ce matin-là, la route en sortait comme une langue. L’asphalte avait des reflets de bleu et de jaune et de noir.»

Et la mère je l'ai retrouvée, après ce voyage vers l'ouest, plus proche, à Naples, avec, là, le lien qui se moque bien des erreurs, de l'impossibilité pour elle de comprendre le fils, et pas seulement parce qu'il bégaie - et l'impossibilité pour lui de dire, son sentiment d'être à côté se manifeste ainsi – dans «pas ici, pas maintenant» d'Eri de Luca, une centaines de pages admirables, une sensibilité qui affleure dans la langue précise, presque neutre. Et la rencontre entre la jeune femme de la photo et le vieil homme qui est son fils.

«Tu regardes devant toi un point de l'autobus qui a surgi en face. Tu n'as pas ton visage de vent. Je nommais ainsi l'expression que tu prenais lorsque tu passais dans la rue, semblant affronter le siroco.... La chaise s'est faite dure... je suis assis à l'intérieur, je suis tourné vers la fenêtre et toi tu me regardes."

Tu ne me reconnais pas.»

Et voilà que, pour qu'elles continuent à courir à travers ma journée de dimanche, mes soeurs organisent une rencontre pour l'anniversaire de la mort de notre mère.