« Notre première cliente de la journée avait 97 ans aujourd'hui.Elle cherchait un guide des maisons de retraite pour plus tard. »
Sur le blog d’Eric Chevillard http://l-autofictif.over-blog.com/
« Dans quelques semaines, les petits retraités n’auront plus le droit de fumer leur clope au comptoir. Ils ne mourront donc pas d’un cancer du poumon, mais de tout l’ennui soudain revenu d’une vie laborieuse qui fut si avare en plaisirs. »
Mais depuis mon arrivée ici, comme j’ai continué, avec ma désinvolture appliquée, à les installer en équilibre devant des livres, la rencontre avec la dureté du carrelage a eu raison de la plupart. Des dernières mortes j’ai gardé des tessons. Et il m’en reste dix, je crois.
Petit frère, qui est un vrai frère, pour les remplacer sans risque vient de m’envoyer quelques photos prises en mon honneur lors d’une exposition.
Je crois me souvenir que c’est François Bon sur le tiers livre qui a signalé, dans la collection Folio à 2 euros, le livre de Stéphane Audeguy « petit éloge de la douceur », et je vois que je ne suis pas seule à l’avoir suivi, en souvenir du plaisir pris à la « théorie des nuages » (et dans l’attente de lire « fils unique ») puisque je l’ai retrouvé sur plusieurs blogs« La douceur est vouée à une irrémédiable minorité : ce charme est son secret. C’est précisément pourquoi, il me semble, toutes sortes de forces politiques, sociales, morales s’acharnent à la falsifier. Toute force réactive hait la douceur et cherche à la remplacer par d’odieux simulacres : la mièvrerie, la niaiserie, l’infantilisme, le consensus.
Je propose d’appeler ici douceur l’ensemble des puissances d’une existence libre ; définition générale, mais non vague, si l’on veut bien y réfléchir ».
Et dans les notules qui suivent, il s’y emploie assez bien. Plaisir, parfois agacement d’où débat intérieur avec l’auteur, dans lequel je suis très agréablement favorisée, deux ou trois moment d’ennui, en général acquiescement agréable ou pure délectation légère. Un peu de polémique, de la gravité, de la légèreté, une pincée de politique au sens plein, de la sensualité. Je retiens, en mineur, la fin de Dolci, effleurant la cuisine italienne «Cette cuisine matriarcale, la plus douce du monde peut-être, n’offre guère à la dent de résistance. Mais dans le fondant de la pâte et de ses sauces, dans le velouté du minestrone, dans la variété des crèmes glacées, le parfum des huiles d’olive, que de raffinements simples ! » pour aller avec mes assiettes.
Et suis partie dans la nuit et un reste de pluie vers le théâtre du Chêne noir et « Tailleur pour dame » - une grande envie de m’amuser, un décor assez laid mais avec les portes requises, des costumes graphiques et réussis, des acteurs laissant passer, sans lourdeur, la profonde vulgarité des personnages, d’autant plus nettement pendant le premier acte que le rythme n’était pas tout à fait atteint et la drôlerie plus devinée que réelle, et puis c’est venu, la salle avec, comme toujours chez Gelas, une belle proportion d’adolescents, était ravie et je me suis en effet amusée, agréablement.



