commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
Affichage des articles dont le libellé est pierre michon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pierre michon. Afficher tous les articles

lundi, février 15, 2021

Paresseusement – quelques écrivains et un hommage


Dimanche matin – Lavage cheveux, aspirateur, m'entêter et finir ma piteuse (partie sur une idée idiote mais idiote à ma sauce) contribution à la proposition #8 de l'atelier d'hiver de François Bon https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4953.

Sur quoi honte à moi, le ciel étant aussi blanc et mon esprit aussi vague que dabns ladite contributio, ne suis pas sortie, ai lu les dernières contributions publiées, ai repassé un poco et, tournant le dos à mon amateurisme, ai cueilli, parmi tant d'autres, ce que de vrais écrivains disaient, dans des textes que j'avais sous la main ou presque, du fait d'écrire

en commençant par un grand, Pierre Michon dans «Comment j'ai écrit certains de mes livres » : « J'ai deux souvenirs merveilleux de la rédaction de l'histoire que je préfère dans ce livre, la « Vie de Georges Bandy ». Un jour où j'étais en train de me faire des œufs au plat, je cherchais une métaphore qui rendrait compte avec naïveté de la naïveté que fait naître en nous la vision des étoiles au ciel : j'ai touvé, c'était : « comme découpée dans du papier d'argent ». J'ai éclaté en sanglot sur mes œufs au plat. L'autre fois, c'était sur le quai de la gare de Saint-Sulpice-Laurière en Limousin, en hiver avant le jour. Cette gare est dans un tournant de la voie, les rails penchent, le train à l'arrêt penche aussi. Je venais de chez ma mère, où je croyais avoir fini cette histoire de Bandy. En attendant le train, j'ai trouvé une clôture plus belle du texte, une sorte de prolongation brève ou de relance sur le mode mineur.. Je l'ai tout de suite mémorisée et écrite dans le train. Maintenant, quand je passe dabs cette gare, me revient toujours la phrase que j'avais écrite aussi, aussitôt, en marge, un peu grandiloquente : « à Saint-Sulpice-Laurière, où les rails sont penchés, où l'Esprit souffle avec violence. » » (l'Herne)

de Josette Hersent sur son blog https://josettehersent.wordpress.com/

«Les images défilent. Je ne peux ni les saisir ni les retenir. Elles vont, viennent, passent. Fantômes d’un souvenir ou souffle divinatoire d’un Esprit en visite.

Les lettres se détachent nettement, blanches sur noir. Ce que je nommerai ma conscience tente de mémoriser les vers. Remettre à demain l’écriture : « Je vais bien m’en souvenir ». Tout est là, et pourtant tout sera perdu si je ne tente pas maintenant d’ouvrir les yeux, de saisir le papier, le crayon.» https://josettehersent.wordpress.com/2021/02/14/entre-veille-et-sommeil-2/

de Laurent Margantin dans les Carnets du nouveau jour/2 « Traduire ou écrire : se former une image intérieure de chaque mot, de chaque phrase, de chaque paragraphe, jusqu'à l'ensemble du texte. » et plus loin : « L'écriture journalière : ce matin la sensation intérieure d'une avalanche au ralenti – soulageant la montagne du poids énorme de la neige. »


de Martine Tollet

« Je suis un oiseau de nuit. J’écris rarement avant quatre heures de l’après-midi. Je choisis la bibliothèque en hiver, la terrasse en été, la table de la cuisine à l’occasion ou encore le canapé. Je me sers principalement de mon cher Macbook Air, compagnon docile et léger qui s’accorde à tous les repentirs. Mais j’ai des cahiers, des carnets, des blocs-notes. Un cahier de rêves, un journal tenu irrégulièrement, un petit carnet de citations. Dans le grand bloc journalier fourre- tout, les idées éparses se mêlent aux rendez-vous, aux horaires de train, aux gribouillis dessinés pendant les coups de téléphone un peu rasoir... » un passage de « un lieu bien à moi pour écrire » lu par Nathalie Holt en ouverture de l'hommage que nous lui avons rendu (une superbe vidéo que je vous invite à écouter/regarder – le montage photos, textes – collectés, par Catherine Serre qui a aussi donné conseils, corrigé, relancé etc... à quoi s'ajoute sa présence lumineuse parmi les voix entendues et les quelques visages filmés – , musique de Gauthier Kayerts splendidement élaboré à partir de nos contributions par François Bon est d'une grande perfection et sensibilité – cela dure 1 heure et 6 minutes, si n'avez le temps allez à droite sous la vidéo, cliquez sur Enregistrer puis sur « à regarder plus tard » https://youtu.be/LYtNFQLw-_I )


parce que, comme tant d'autres en ces jours, Martine Tollet a été enlevée au monde, à la vie, et accessoirement mais cela nous importe à nous, les participants à l'atelier du tiers.livre, parce que certains la connaissaient, parce que je l'ai découverte dans l'atelier de l'été 2020 https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article555 et cet hiver à travers les textes qu'elle donnait, parce que j'ai eu l'impression de presque la connaître grâce aux séances de Zoom même si elle était parmi les plus silencieuses, parce qu'il y a ce qu'elle a donné aux autres et dont ils parlent. Martine Tollet femme généreuse, malicieuse, conteuse... https://www.martinetollet.com/)


 

samedi, août 21, 2010

Vendredi matin, sous un ciel que je prends pour une injure personnelle, persuadée que je suis qu'il a choisi cette grisaille depuis deux jours pour être plus bleu, plus étincelant, plus terrible la semaine prochaine, les jours où je lui abandonnerai (à lui et à la chaleur qui l'accompagnera, à nouveau), sans arrosage acharné pour les maintenir en vie, mes pauvres plantes), suis partie pour aller acheter un billet de train, afin de graver, de rendre certain, obligatoire, ma petite virée dimanche en pays dromois contrairement à ce que j'avais décidé, avec un entêtement bien buté (voir des gens que j'aime mais, ouin, pourraient venir, ouin, j'ai pas envie, ouin, j'ai pas de courage pour train et car, mais le car sera auto)

et avec le blanc grisaillou ou le gris blanchâtre du ciel, j'ai réalisé que le vert des platanes perdait de sa fermeté, se teintait d'une promesse de roux, et que le sol recevait ses premières feuilles brunes et retroussées.

Même le bleu qui s'installait, au retour, au dessus de l'oratoire et des remparts, était d'un pâleur irréelle (l'après midi il avait retrouvé sa virulence)

En chemin, j'ai choisi, parce que ça m'amusait, tenues improbables, par leur élégance ou le montant de leur étiquette,

et une robe et un manteau qui me faisaient vraiment envie (le manteau sur moi serait comique, et son prix l'était indubitablement, mais c'est sans importance).

Suis revenue avec une partie des livres qui me tentaient (librairies fermées et livres commentés sur des blogs mais non arrivés), et je me demande où vais-je les mettre, eux et ceux qui viendront presque certainement les rejoindre, puisque internet a bouleversé ma splendide indifférence à «l'actualité du livre» et que j'ai dressé, avec retenue, une assez jolie liste.

Me suis amusée, dans la fin de l'après-midi, au lieu de frotter les meubles, à noter une phrase de chaque page 68, parce que c'est mon âge, parce que dans "grains de pollen", de Novalis, traduit par Laurent Margantin, que j'ai finalement lu jeudi soir, y trouvant le calme que je cherchais, peu à peu, en lecture lente, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503496/les-grains-de-pollen, sur lequel j'ai essayé ce chiffre, le texte de la page 68, pas un des plus fulgurant, m'a sauté aux yeux, là, tout de suite, me convenait :

"Est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose à dire en faveur des hommes ordinaires, si maltraités dernièrement ? La force la plus grande n’est-elle pas du côté de la médiocrité opiniâtre ? Et est-ce que l’homme doit être davantage qu’un homme du peuple ?» - et tant pis si ce n'est pas «le grain» n°68

Donc :

«À la Vie ou la Mort on sort les vieux trucs, une technique de fabricant de tonneaux, le bois est brûlé après le cerclage.

Dur avec effet d'absorption.

C'est quand même étrange.» - Un mage en été – Olivier Cadiot

«22 mai : cipolin, orphite, sérancolin, serpentin, cannelle, dauphin, porphyre, brocatin, obsidien, cinatique. Que de noms, de couleurs, de matières, alors que le plus beau, le seul qui vaille, est blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures ni colorations.

Le marbre lui manque.» - Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants – Mathias Enard

«L'instant d'avant, la Méchante Sorcière de l'Est sifflait et crachait, désignant de son doigt manucuré ceux d'entre nous dont elle voulait grignoter l'âme. C'était un rituel comme un autre, avec ses avancées et ses reculs, ses refus et ses sacrifices, un vrai carrousel d'attitudes éprouvées dont nous maîtrisions à la perfection la mécanique.

L'instant d'après, un aérolithe gris écrasait notre reine abeille et il en sortait une jouvencelle hébétée, assortie d'un petit corniaud qui ne se gêna pas pour mordre les mollets d'Ethel et les talons de Ruth.» - CosmoZ – Claro (zut qu'il est grand !)

et puis, là ce ne sont pas des nouveautés, mais ils ont attiré ma main :

«Ainsi la nuit terrifiante, la nuit inapprochable qui est à leur source, est aussi leur destin. Même le désir qui croit désirer un corps visible est voué à cette nuit. C'est leur défaut qu'il désire dans les corps qu'il étreint. C'est cette nuit que fixe le regard de celui qui a un nom sur le bout de la langue. Il guette son rêve.» - Le nom sur le boit de la langue – Pascal Quignard

«J'étais assis dans ma cabane sur la véranda couverte. L'un des murs était remplacé par une moustiquaire extrêmement fine que je m'étais procurée grâce à l'entremise de l'un des contremaîtres, chef d'une tribu dont le territoire devait être traversé par notre chemin de fer. Une moustiquaire de chanvre à la fois très solide et très fine comme jamais on ne pourrait en fabriquer en Europe. C'était ma grande fierté et beaucoup me l'enviaient.» - Cahiers in-octavo (1916-1918) – Franz Kafka (parce que je cherchais «les aphorismes de Züran» du même Kafka)

Et j'y ajoute, parce que je vais sans doute m'y plonger demain, ou cette nuit (dès que j'aurais fini ma relecture de «Maîtres et serviteurs» de Michon : «L'ombre rose du pommier se penchait sur lui ; et d'autres doucement l'entouraient pommés, vastes et ffrissonnants comme des robes peintes...»), en sautant à la page 68, cette surprise merveilleuse qui nous attendait ce matin sur Publie.net : «Histoire secrète des prairies du Nord-Est asiatique» de Vincent Tholomé, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503564/histoire-secrète-des-prairies-du-nord-est-asiatique dont j'ai lu, frissonnant dans le petit matin, un peu plus de 40 pages, dégustant l'emportement de ses courtes phrases

«nous ; petites voix ; petites voix de types et de nanas ; petites voix minuscules de types et de nanas; petites voix minuscules émergeant du noir, voix de types et de nanas ; flots fluets de petites voix minuscules émergeant du noir et dans le noir, voix cassées de types et de nanas ; flots fluets de petites voix s'écoulant, minuscules.....»

Pardon humblement demandé aux éventuels passants, (et j'ai pris mon balai)

dimanche, juillet 25, 2010

Avignon - Michon, Booz, Podalydès et les platanes – la petite chèvre de Lambert-wild – musique dessin mistral nuit

Sous bon petit mistral et presque ressuscitée, m'en suis allée, encore, pour la dernière fois, à Calvet, m'arrêtant au passage pour acheter bouteille d'eau et carnet (le plus petit de Moleskine, trop pour mes griffonnages, froissements etc... mais rien de plus simple sur mon chemin)

Toutes les chaises et bancs étaient pris et les transats ont été remballés, me suis assise sur un souvenir d'herbe, de plus en plus près de la table qui attendait Podalydès, j'ai fait ami-amie avec in grand bébé dans sa poussette (me suis dit que je ne faisais pas ou plus peur), et j'ai attendu, pendant que tout le monde se cherchait un emplacement, en regardant des pieds défiler, me contourner, que débute la lecture de «le ciel est un très grand homme», extrait du «Corps du roi» de Pierre Michon comme l'annonçait le programme

En me penchant (n'avais pas pensé aux plantes) j'ai vu Podalydès s'installer, et il a commencé par la lecture de Booz «en essayant de le lire comme Pierre Michon a l'habitude de le faire», et ces vers sortis des livres d'extrait, ce rythme, ces images, ces mots, c'est vrai c'est beau.

Et la voix de Podalydès arrivait à lutter avec les platanes, en pleine symphonie de cordes.

Et puis Michon, et sa mère se mourant dans la petite ville de G - «mon esprit seul était là et constatait, les livres étaient bien sagement posés dans la petite pochette» (citation approximative, honte) et l'arrivée de la prière de Villon – je regardais le sol, parce qu'absurdement des larmes voulaient venir.

Et la naissance de sa fille, de nouveau la prière, et cette prière c'est Booz.

Le texte se déroulait, en sa beauté, Booz était toujours là, et la glaneuse offerte avec «la farouche bravoure de la vie», et puisque ce passage je l'ai sous les yeux (j'avoue que «Corps du roi» n'est pas dans ma bibliothèque) :

«Je dis d’un bout à l’autre Booz endormi, pour les eucalyptus et les genévriers, pour les rois morts, pour le néolithique, pour l’aire et les déluges, pour me faire plaisir et me faire pleurer, pour être déjà ivre avant de l’être de tala, pour le canyon dans lequel on peut tomber, pour le sabir universel, pour les occasions manquées, pour les femmes qu’on veut et pour celles dont on ne veut pas, pour jamais plus, pour Corvus crassirostris qui niche dans le Menz, thick-billed raven, qui a un vol épais, un bec ordurier, un cri répugnant, un plumage plus funèbre que celui de la vieille corneille, mais qui porte sur la nuque la largeur d’une main d’enfant d’hermine, de lait, de neige, un pur miroir où la candeur se regarde.»

Les mots, dans le soleil de la cour, sous ce ciel, et je regardais les toits de tuile plus loin et la forme des bâtiments, et ça n'avait pas de rapport mais ça fixait la beauté, parce qu'à sa façon ça l'était.

Et quand les mots parlaient de la batteuse, les platanes ont rendu vacarme pour vacarme. Podalydès savait, sans que cela paraisse forcé, placer des respirations, des silences, face à certaines bourrasques.

Simplement, et c'était comme cela ou je l'ai cru, malgré cela, malgré son métier, malgré le micro, qui ont fait qu'il n'a pas été dominé, quand, continuant le texte de Michon – son merveilleux orgueil - il en est arrivé à Faulkner, et au syndrome de Charlottesville, les platanes ont réagi avec telle puissance que j'ai décidé qu'ils étaient Hugo.

Je suis repartie, nourrie, ou plus simplement bien, et suis passée par les petites rues, pour avoir la paix, (et passer au Casino acheter du miel)

Lavage de cheveux, keep cool, un peu de ménage parce que cela devenait nécessaire et suis repartie vers le gymnase Mistral,

assez en avance pour passer à la Chapelle du Miracle, chez la région Ile de France,

et me casser le nez parce qu'il était trop tard pour voir l'installation de Sarkis.

Attendu un peu, avec des gens agréables, réalisé que les deux premiers rangs étaient logiquement réservés aux enfants, et me suis installée au bout d'un rang, juste sous mon gastro et sa femme, ce qui m'a aidé à attendre le début de «Comment ai-je pu tenir là-dedans», interprétation (qui reprenait avec quelques coupures le texte original) par Jean Lambert-Wild de la chèvre de Monsieur Seguin, ce conte que détestais, enfant, non pas tant à cause de la liberté, notion que je n'avais guère, mais parce que je n'ai jamais pu admettre que la curiosité ne soit pas une qualité nécessaire, et que je me refusais à penser que le loup, si décrié, soit forcément mauvais, et que la lutte avec lui soit nécessaire (et avec les transpositions nécessaires, je n'ai pas toujours pas vraiment assimilé l'idée).

(deux photos prises sur le site du festival). Plus d'adultes que d'enfants, et spectacle qui pouvait convenir, avec des regards différents, à tous les âges.

Une tournette, avec dans des ambiances différentes, plus ou moins sombres, fades ou colorées du même dispositif, un coffre, une table, un tabouret, quelques accessoires et le dos d'une grosse masse qui peut être Seguin (version la plus nue), le loup (éclairage plus noir et sol comme recouvert de charbon), ou une baudruche d'où s'échappera une pluie de pétales, avec un sol d'herbe et des projections colorées sur les parois très belles, lumineuses, sans mièvrerie –

une voix of dit le texte, voix d'homme grave, et Silke Mansholt est la petite chèvre, mimant (pas littéralement, et un petit garçon s'en étonnait en sortant) dansant l'ennui, la bagarre contre la longe, la joie de la montagne, et la lutte (elle déchire les parois, traverse les trois zones, arrache tous les papiers et, au moment de la mort, est allongée sur une des tables pendant que la tournette s'emballe). Elle est une chèvre extrêmement attachante et j'ai retrouvé la sympathie qu'elle inspirait dans sa vingt-cinquième heure, un peu brouillonne le 13 http://brigetoun.blogspot.com/2010/07/avignon-en-brindilles-de-spectacles.html

Un joli spectacle, et court, un peu moins d'une heure, heureusement parce que carcasse grougnassait.

Le public s'engouffrait dans la Chapelle de l'Oratoire, quand je suis passée, pour voir «le prophète» de Khalil Gilbran, interprété par Michel Le Royer, spectacle repris chaque année, là ou à la Chapelle Saint Louis.

Le mistral avait un peu faibli et laissait place à quelques nuages, mais il était tout de même bien assez fort pour qu'une tenue chaude soit nécessaire pour la nuit, et j'ai fouillé dans une valise pour récupérer un col roulé de laine fine en prévision de la cour d'honneur, en y joutant un pantalon large en coton et une veste tunique en soie épaisse,

et il fallait bien cela, le mistral s'en donnant à coeur plutôt joyeux sur notre moitié de cour. Comme il ne faut pas trop compter sur les bien trop rares couvertures c'était un concours de tenues hétéroclites.

J'ai retrouvé ma place au 4ème rang, négocié avec ma sympathique voisine un échange pour son strapontin, parce que malgré les clamants pris je n'arrivais pas à faire taire carcasse et nous avons attendu de voir ce que donnerait ce «concert dessiné».

Et ma foi j'avais des oreilles passabement heureuses en écoutant la musique, les chansons de Rodolphe Burger et de ses musiciens (Julien Perraudeau basse, clavier – Alberto Malo batterie et Erik Truffaz trompette) et les yeux et l'esprit ravis en voyant s'élaborer, projetés sur le mur, les dessins nés de la collaboration de Charles Berberian et Philippe Dupuy, chacun devant son pupitre, séparés par toute la scène. Les traits, estompes, coups de pinceau s'accordant le plus souvent à la musique (avec quelques petits gags pour la fixation des feuilles).

Je n'ai pu résister à la tentation de tenter des photos sans flash, à la sauvette, mais j'ai renoncé (finalement c'est moins mauvais que ne le pensais, mais bien en dessous de la réalité)

C'était gai, assez fascinant, passablement magique. Malheureusement aux 2/3 du temps évalué, mon inconfort m'a vaincue et suis sortie discrètement entre deux morceaux. Un peu navrée mais contente d'avoir eu droit à une heure à peu près de ce plaisir.

jeudi, juin 18, 2009

Des lectures trop belles ou absorbantes depuis mardi après-midi pour parler d'autre chose, pour en parler aussi d'ailleurs, sauf pour donner des échantillons un peu au hasard, pas forcément représentatifs, correspondant à de petits éclairs.
J'ai commandé trois ou quatre textes de Publie.net hier dont, parce qu'une vague impression d'importance m'est venue, "la voix de la mer" de Jacques Ancet. http://www.publie.net/tnc/spip.php?article16
Et, ouvrant le fichier, j'ai vu qu'en fait je l'avais déjà acheté, lu, aimé à souffle retenu, enregistré sur un disque dur avant la mise en place de ma bibliothèque privée par l'éditeur. J'ai constaté mon erreur, mais emportée par le texte, j'ai continué pendant une quarantaine de pages ma lecture, avec, par exemple, le début d'"un bruit de source"
" Parler de sa vie aujourd'hui est, pour lui, un acte étrange et difficile. Dès qu'il essaie de fixer sur elle son regard mental, il la voit s'éloigner, s'éparpiller en un désordre d'images qui toutes viennent se dissoudre dans l'unique certitude qu'il peut en avoir, celle de son corps ici et maintenant : ce froid aux extrémités des doigts tandis qu'il écrit, la table, la lumière de la lampe et, dehors, un jour gris comme une photo en noir et blanc, un peu ternie... Tout le reste n'est qu'une histoire qui ne le concerne plus. Alors, parler du sens de sa vie ne peut être que plus difficile encore. Car il n'en voit aucun, lumineux et lointain, vers lequel s'en iraient ses jours comme le fleuve vers la mer. Á moins, bien sûr – et cette très vieille image du fleuve coulant vers la mer l'y conduit – de voir dans le non sens même – la mort –, le vecteur et le point de fuite de toute existence. "

et de la tombée à la profondeur de la nuit de mardi, plongée dans "les onze" de Pierre Michon, ce que j'avais lu sur ce livre, et qui me faisait craindre une déception, effacé par les mots, leur saveur, le rythme des phrases, leur précision et leur mouvement, leur emportement allègre, la façon dont elles s'imposaient à moi - et tout serait à citer (me restent trente pages ou à peu près pour cette nuit), alors cela, au début avec Corentin en aide de Tiepolo, portraituré en page sur un plafond
"Vous imaginez cela, Monsieur ? Le prince-évèque en bas sur sa canne folâtrant, argumentant, rimant, colérant, doutant, jetant un coup d'oeil à son image peinte se rassurant, le petit Français qui sera lui-même un jour de la carrure de Frédéric Barberousse, qui ne l'est pas encore, qui pour l'instant fait des niches au prince, tous les petits assistants avec leurs pots de rose, de bleu, leurs grimpettes aux échelles, parmi eux Domenico Tiepolo qui a vingt ans, qui apprend la magie, qui aura de la fortune et du mérite dans la magie, le petit Lorenzo Tiepolo son frère qui a quatorze ans, qui apprend la magie, qui jamais n'en pourra assimiler les détours ni la voie droite, qui aura de la fortune dans les bateaux, enfin peut-être le grand manteau mozartien jeté en bas sur une statue de Neumann et qui la coiffe comme d'une cagoule bleu nuit - et Tiepolo là-haut ne jugeant pas un instant de tout cela comme nous avons pris coutume d'en juger, ne tranchant pas des inadéquations des hommes avec leurs rôles, de la fortune et du mérite, du hasard et de la vérité, que sais-je encore, mais peignant..." parce que j'aime en recopiant retrouver mon goût pour les Tiepolo, et au delà des grands plafonds glorieux et blonds, des toiles, cet oiseau qui s'échappe d'un plafond d'une petite salle de je ne sais plus quel palais vénitien, et que le fils a posé juste contre le haut du mur, au delà des moulures.
Alors il y a la blondeur de la mère, les limousins dans la boue, les onze, ces limousins poètes manqués et hommes redoutables (le Comité de Salut Public) etc..
Pour avoir une idée, si vous n'en avez pas encore trop entendu parler, entre autres :
http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2009/05/pierre-michon-les-onze.html
http://www.fabula.org/actualites/article30833.php (avec des liens)
et puis, cherchez, mais comme je vous veux du bien, je vous conseille de l'acheter ou l'emprunter, mais pas de le voler sauf si vous êtes très adroits.

et puis, dans mon petit tour sur le web, mercredi matin
"Cette lumière est celle de l’esprit, froide et planétaire,

Et bleue. Les arbres de l’esprit sont noirs.
L’herbe murmure son humilité, dépose son fardeau de peine
Sur mes pieds comme si j’étais Dieu.
Une brume capiteuse s’est installée en ce lieu
Qu’une rangée de pierres tombales sépare de ma maison.
Je ne vois pas du tout où cela peut mener".
début de "la lune et les cyprès" de Sylvia Plath, traduction Valérie Rouzeau chez Gallimard sur Poezibao http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/06/anthologie-permanente-sylvia-plath.html
bravo pour votre courage si vous arrivez ici, et pour vous aider à respirer, n'ayant rien qui corresponde nettement aux textes, j'ai posé deux vues de mon ciel mercredi matin, et des terrasses de café où l'on pourrait parler de ce qu'on a lu, ou d'autre chose, ou lire simplement.
P.S. A propos des "onze", lu mercredi soir
http://www.berlol.net/jlr2/?p=1602 qui part de ce que j'aurais voulu citer sur la richesse produite par le canal et sur les limousins

mardi, juin 09, 2009

la journée de dimanche m'a couté, non les illusions que je n'avais pas, mais une tristesse stupéfiée, cinq cent grammes et des névralgies diverses, plus une tendance prononcée à l'atchoum. Une journée pour rétablir les choses.
Me réfugie dans les arbres ou la contemplation virtuelle du fleuve, puisque j'ai ces photos sous la main.
Dans la nuit, pour faire le passage, j'ai lu (et non relu) en un assez long bain d'admiration, 92 pages de Rimbaud le fils de Pierre Michon - et je l'ouvre, réellement au hasard, donc à peu près vers le milieu.
"Il est devant nous, de même taille ou peu s'en faut, sur deux pieds ; il vient de loin ; là-bas il ne sait plus qu"il a fait ce que nous appelons une oeuvre : il n'a plus de colère ; avec beaucoup d'étonnement il regarde dans notre main qui pend l'innombrable, la futile glose rimbaldienne. Mille fois il lit son nom, puis le mot génie, puis le vieux mot archange, puis les mots : absolument moderne, puis d'illisibles chiffres,et puis encore son nom. Il relève ses yeux dans les notres ; et nous restons là face à face, immobiles, babas, vieillots, les pins d'Italie derrière nous sont suspendus sans un souffle d'air, il va parler, nous allons parler, nous allons poser notre question, nous allons répondre, nous y sommes, - les pins bruissent dans un coup de vent brusque, Rimbaud de nouveau a bondi dans sa danse, nous voilà seuls la plume à la main."
et derrière moi, ce lundi matin, France Musique diffuse du Brahms qu'une zone de mon crâne brumeux écoute.

"J’envoyais au diable les palmes des martyrs, les rayons de l’art, l’orgueil des inventeurs, l’ardeur des pillards; je retournais à l’Orient et à la sagesse première et éternelle. — Il paraît que c’est un rêve de paresse grossière !
Pourtant, je ne songeais guère au plaisir d’échapper aux souffrances modernes. Je n’avais pas en vue la sagesse bâtarde du Coran. — Mais n’y a-t-il pas un supplice réel en ce que, depuis cette déclaration de la science, le christianisme, l’homme se joue, se prouve les évidences, se gonfle du plaisir de répéter ces preuves, et ne vit que comme cela ! Torture subtile, niaise; source de mes divagations spirituelles. La nature pourrait s’ennuyer, peut-être ! M. Prudhomme est né avec le Christ. "
Rimbaud "une saison en enfer", repris en fin d'après-midi.

ciel gris et vent sur Avignon, et passants de bonne humeur sur mon chemin.

lundi, septembre 01, 2008

Dimanche - dans le petit matin, quelques pas de canard dans la cour - cambrée, mains sur les fesses, je regarde le ciel moutonneux, bleu, gris, blanc, comme une opale, et une lumière qui en sourd et teinte doucement en rose le haut du mur en face de moi.
Cet étonnement : il suffit de photographier ces grumeaux pour qu’ils s’effacent et se noient dans un bleu moucheté.
Ciel mouvant toute la journée, à mes moments d’attention - me résoudre à prendre enfin les compléments prescrits chaque matin, passant outre l’écoeurement et la légère humiliation.
J’ai repris, avec, une nouvelle fois, cette attention extrême et plutôt émerveillée - la plongée dans ce qui est dit, et en même temps saveur de l’exactitude des phrases - les « vies minuscules » de Michon, les frères Bakroot, - les peignades entre les deux frères, lourds et roux de la Flandre, et se surpassant dans leur rivalité.-, et le père Foucault
« Sa stupéfaction n’aura pas décru. Il sera mort aux premières neiges ; son dernier regard l’aura recommandé aux grands anges tout blancs dans la cour ; on aura ramené le drap sur sa figure, aussi étonnée du peu de la mort qu’elle avait pu l’être du peu de la vie ; cette bouche sera close à jamais, qui s’était bien peu ouverte ; et à jamais immobile, intacte d’œuvre, refermée sur le rien de la lente métamorphose où elle a aujourd’hui disparu, cette main qui jamais ne traça une lettre. »

lundi, septembre 24, 2007

Grand beau temps dimanche matin, vent un peu faible, nuages paresseux, malgré tout je me sentais disposée à la gîte et j’ai pris des ris, et suis partie pour un petit tour (je regrette tout de même un peu le mât en trop).
Place de l’horloge on s’affairait pour le sympathique évènement du jour : « les Cyclades : la grande fête du vélo – le grand cortège cycliste du matin : prenez le départ de votre mairie de quartier » et toutes les animations de la journée, tous âges confondus. J’ai salué et pensé qu’ainsi le vélo me plaisait bien (et au retour j’ai croisé un grand père et son petit fils arborant fièrement des maillots couverts de marques et roulant de concert – et un groupe jovial de piétons chargés de ravitaillement). Mais pour admirer nos athlètes, cliquer sur la photo
Caresse des yeux sur la peau de cette façade usée en retrait de la place du palais, petite tache que j’aime bien. La lumière était d’accord et musait en se jouant sur ses défauts.
J’ai profité de l’arbre qui masquait la vierge qui m’agace par sa démesure, pour retrouver la proportion de la tour de Notre Dame du Dom, en écho au palais – j’ai salué les assez rares touristes et l’activité qu’ils provoquent,
et m’en suis retournée vers ma rive, par les rues douces aux yeux et rudes aux pieds
Vague à l’âme en poursuivant la lecture du numéro de « Manière de voir » sur « les droites au pouvoir », rappel de ce que l’on sait ou sent sur nos conditionnements – mal-être physique aussi - j’ai évité que la somnolence occupe toute la place, en rouspétant, repassant, faisant mon courrier.
Mais le ciel à huit heures, face à moi (sortie poubelle) était d’une beauté parfaite, le bleu et le blanc des bandes nuageuses lumineux mais discrets, comme un camée antique de belle facture.
J’ai repris de l’appétit et parcouru des blogs. Tombée sur le journal de Jean-Claude Bourdais (
http://www.jcbourdais.net/journal) et le billet du 21 septembre où, après les vaches dans la brume de la campagne qui s’éveille, il en arrive à Michon « pétant un câble », et, le lisant, je me disais qu’il avait raison, mais qu’au fond je m’en moque, que pour moi, lectrice primaire, ce qui compte c’est ma lecture, et puis le cycliste de tête sur la seconde image a donné sa version et le groupe a entonné « une image de soi sur fond de néant… comme écrit Kenneth White alors ? … Pour le Roi Michon, Hip, hip, hip… HOURRA » - ce qui m’a semblé une très bonne fin et comme « l’empereur d’Occident » était près de moi, j’ai lu
« Mais une fois – sur l’ample versant d’oliviers à notre gauche, le dernier soleil régnait encore sur l’acier des feuillages, y armait des légions arrêtées, des cataphractes de cavaliers gothiques ; un vent léger agitait cette armée ; elle ne vaincrait pas la nuit ; des petits ânes patients trottaient entre les arbres… » et j’aimais, toute heureuse de pouvoir me payer le luxe de ne pas analyser quand je le veux (et d’autant plus que je me sais infirme pour le faire, ce qui fait que cette satisfaction devrait m’inquiéter – bah ! un autre jour) – mais je suis allée découvrir le sens de « cataphractes », revers de ma candide idiotie.

mercredi, septembre 27, 2006


ce que je vois en marchant près de chez moi - place Crillon - rue Saint Etienne.

Le vent ne m'a pas emporté, ne m'a même pas empêché de regagner mes pénates. Mais il a emporté tout ce que contenait ma boite crânienne et emmêlé mes cheveux.

Il me reste le souvenir du plaisir de l'écoute d'une interview de Pierre Michon par Francesca Isidori, en recopiant mon histoire de carnet.
Plaisir qui m'a fait prendre pour dîner et la nuit un livre de lui dans la pile de mes achats récents la grande Beune (je sais il est ancien mais je ne l'avais pas lu)
Pour le plaisir. ..le sol est farci de cet outillage d'abattoir, ces grenades obsolètes à jamais dégoupillées roulent dans les ruisseaux, se prennent aux glaces, viennent dans les racines des arbres effondrés et sautent hors des labours, les enfants les ramassant sur un chemin les rapportent à l'école sous leur capote, dans leur bonnet valaque, et avec un gentil sourire tendent au maître qui s'y connait, qui s'y intéresse, dans leur main débile, ce morceau de ténèbres. Cela fait ils s'assoient, défont leur cartable, s'absorbent en frottant des pieds, penchent leurs nattes et leur nuque fraîche sur un pensum où des petits lapins leur apprennent à lire, et pour faire plaisir à leurs parents, à leur maître, à eux-mêmes parfois, travaillent à devenir grands.

Dans ce monde il y a aussi une formidable hotesse et le tout est l'écrin ou la source d'une des plus belles célébrations de la beauté et du désir que j'ai lues.
78 pages dégustées. Posted by Picasa