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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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dimanche, août 01, 2010

Avignon – veux vivre dernier jour du festival, à tort

Suis partie, comme sur un bateau soumis à un très léger roulis, juste assez pour se sentir flotter, plaisir et instabilité vaguement inquiétante, parce qu'assez tentée après avoir jeté un très rapide coup d'oeil au dossier de « Shabbath » présenté à 11 heures au théâtre des Carmes – André Benedetto par la Compagnie Interface, parce que me sentais en devoir de dire adieu au festival, parce que ne voulais pas « me laisser aller », parce que je n'avais pas rendu hommage à ce théâtre, au nom de son créateur.

J'ai failli tourner bride, inconfortable au plus haut point, ai admiré la ténacité de cet homme qui accrochait, encore, des affiches pour un spectacle en remplacement de celles disparues (je ne sais pas si le vent n'a pas été un peu aidé à faire un début de ménage avant le grand de cette nuit), et la bonne humeur avec laquelle il a regardé, constaté qu'il s'était trompé de sens, et a recommencé. J'ai continué, me répétant que j'avais dépassé la moitié du chemin.

J'ai traversé le petit marché, avec envie de m'y asseoir, pris un billet, et tout le monde était charmant. J'ai bu un demi café pas mauvais pour me retaper

et me suis installée en rive de la salle. Et j'étais pleine de bonne volonté. Et je soupçonnais un peu que mon manque d'adhésion venait en partie, plus ou moins grande, de carcasse.

Mais... peu à peu, devant cet énième spectacle sur les horreurs de notre passé plus ou moins récent, devant ces belles jeunes femmes, avec tout de même un côté Arielle Dombasle en plus frais, devant cette bonne volonté et cette petite prétention (une photo trouvée sur leur profil Facebook)

et malgré le talent de l'acteur/chanteur tout de rondeur qui se veut cruelle, j'avais, et cela me justifiait, le sentiment que multiplier les spectacles, livres, à demi aboutis, sans que la nécessité qu'en ont eu les auteurs parvienne à être perceptible, sur nos guerres, finissait par être légèrement insultant pour les victimes que l'on veut, avec un courage très relatif, plaindre ou rappeler.

Et comme mon malaise physique, dont j'accablais sans doute ce spectacle (mais dans la fin de l'après midi j'ai trouvé un article qui allait un peu dans le sens de mon insatisfaction http://www.laprovence.com/article/avignon-off/shabbath ) s'intensifiait, je suis sortie au bout de 3/4 d'heure

et suis rentrée, en grande panique, dans la ville m'asseyant quand le pouvais, grimaçant pour sourire, et regardant pour me distraire les murs comme si ne les connaissais pas.

et le reste de la journée a été extrêmement pénible, parce que j'étais toujours sur un bateau, jusqu'à en avoir le mal de mer. Me suis bornée à m'accrocher pour faire la cuisine, me laver les cheveux, à laisser passer les mauvais moments, à me masser la nuque qui criait, à attendre la nuit.

Pour en revenir au spectacle, pour expliquer davantage ma difficulté à y entrer, il y a que j'avais mal lu, avec autre idée en tête, née d'une lecture et de l'écoute distraite des nouvelles, le dossier, et attendais autre chose, sans rapport, une critique de nos démocraties, ce qui, pour le coup, est totalement de ma faute.

Et puis, le soir, une très sale façon de clôturer le festival avec la mort d'Avron (et, oui, il avait eu quelques motifs d'interrompre son spectacle à la mi-temps) - navrance.


Philippe Avron
envoyé par comeandsee. - Futurs lauréats du Sundance.

vendredi, juillet 30, 2010

Avignon – festival encore un peu - paresse ou quiétude – rencontre – Diptyque – théâtre iranien

Pour petites courses oubliées mardi, pour charrier draps et vêtements en aller retour, pour prendre un billet pour deux des concerts aux Carmes des Templin-jazz, ce moment extrêmement sympathique qui est retrouvailles avignonnaises, presque familial, m'en suis allée dans la ville, toute calme, qui se mettait lentement en marche (sauf les travailleurs) en un matin d'été ordinaire.

place de l'horloge, devenue désert, au moins en cette fin de matinée, un seul acteur-distributeur de tract que l'on aurait presqu'applaudi pour sa constance.

Et puis pour déjeuner ai commencé ma petite cuisine, et pour m'allonger ensuite, ai endossé un vieux caleçon trop large en faux jean et un tee-shirt aux bretelles entortillées pour décolleté décent, planté une pique pour relever mes cheveux, quand on a sonné.

Et Brigetoun et son antre, sous leur plus piètre aspect, ont vu arriver, charmante, robe fraîche, chapeau de paille et adorable fille dans les bras, Florence Noël, qui faisait l'effort de venir me «livrer» en personne mon exemplaire papier de «Diptyque», la revue dont elle a courageusement assumé l'idée, les choix, la réalisation, et ma foi l'objet est fort beau.

(pour un aperçu de la version numérique http://diptyque.wordpress.com/2010/07/04/parution-du-numero-1-en-version-numerique/ et pour vous le procurer ou mieux vous abonner aux deux numéros, c'est sur le même blog)

Et je lui rend grâce, à elle et au bébé, parce que j'ai oublié ma gêne de vieille laie débusquée et que ce fut un fort agréable moment (j'espère simplement ne pas avoir été trop bavarde, réflexe automatique et idiot).

Et puis quand elles sont reparties, ai repris confection et ingestion pitance (j'engraisse lentement) et j'ai commencé à me promener dans les textes de Jos Roy, Angèle Paoli, Michel Brosseau, Sylvie Durbec, Nicolas Vasse, Juliette Zara, Michèle Dujardin, Dominique Sorrente, Sébastien Ecorce, Denis Heudré

«les peaux les plus douces

cachées


toucher

pour rassurer la nuit


la terre ne fait plus silence

il a fallu allumer tôt...»

etc.. (le sommaire est très riche, et les noms cités le sont un peu par hasard, un peu par début de familiarité) et Florence Noël, of course

«on est toujours sans nouvelle du soir

et c'est si peu à l'orée des visages

cette crainte à peine lue qui ondule le front...»

et, comme j'en avais besoin, l'ai posé, pour un sieston, commencé et fini tard, dont j'ai émergé quelques minutes avant 17 heures. J'ai dit un adieu définitif à mon envie d'aller voir «Kichinev 1903» dont c'était la dernière, j'ai refermé «Diptyque», après un dernier coup d'oeil aux dessins et belles photos (ici Annik Reymond) - après avoir évité de regarder ma petite contribution (à laquelle grande place a été donnée !), un rien sosotte, à propos de Daniel Bourrion, Laurent Margantin, Fred Griot et Andréas Embirikos (pour Publie-net) -, et entrepris de passer chiffon et serpillère, d'arroser, de culpabiliser très modérément, par habitude, de faire cuire patates et sortir boite de crabe, de faire un tour sur internet, dans son beau gros reste de vitalité, plein de trous.

Et puis me suis nippée, un peu mieux, et suis partie, vers 8 heures et demie, dans une lumière ravissante, comme je n'ai pas su la capter,

dans une ville qui vit toujours son festival, mais apaisé, sans foule et sans polémiques, au rythme des spectacles qui disparaissent peu à peu,

croisant ce que j'ai rêvé philosophe, mais qui m'invitait à venir voir le Misanthrope,

deux joyeux italiens, et nous nous sommes apostrophés, fatigués de porter leur panneau,

jusqu'au Gilgamesh qui abrite, entre autres, trois compagnies iraniennes, parce que j'avais petite curiosité

attendu un peu, en regardant les affiches danser dans le petit vent qui avait transpercé mon tricot de lin,(et qui se sont refusées à danser vraiment quand j'ai sorti mon appareil), le début de «ville dénuée de ciel», une pièce de Pouria Azarbayejani, mise en scène par Kiomars Moradi dont le résumé disait

«Une station de Métro vétuste de Paris, Nasrine et Alma, attendent que le passeur qui les a fait clandestinement passé de leur pays (Afghanistan et l'Iran) en France, leur apporte des passeports. En se racontant leur histoire on apprend qu'elles étaient quatre au départ mais le destin les a séparées»

(photo du programme)

station désaffectéee en fait – un bloc rectangulaire (avec des écrans vides pour le moment sur la face visible) sur lequel est allongée une femme vêtue d'oripeaux, pantalon, superpositions de chandail, foulard, et on verra un peu plus tard l'autre (Alma) superpositions de robes longues et foulard, les deux visages et une notable partie des cheveux bien visibles – le noir assez sordide de la scène installée dans ce qui est je crois un garage en hiver – un grand panneau (tissu) au fond sur lequel apparaîtront des vidéos, peinture mouvante, gros plans sur toute la surface ou centrés des visages des deux autres femmes, Efi beau visage de femme mure, et Firouzeh (je crois) lumineuse et douloureuse.

Un certain manque de moyen, une science du découpage, une certaine sophistication dans les rythmes des images, et du jeu des deux actrices en scène qui s'aident, se chamaillent, parlent des autres, d'une façon elliptique qui nous laisse deviner peu à peu, parlent avec les absentes ou les écoutent (en rêve mais cela n'est vraiment dit que vers la fin), attendent un homme qui doit décider de leur futur, ou simplement leur amener des cigarettes pour Alma, des calmants pour Firouzeh.

Et peu à peu, on devine leur long trajet, leur rencontre, les hommes aimés et les hommes qu'il a fallu supporter ou séduire pour continuer, et la noyade d'Efi trop vieille pour qu'ils s'encombrent d'elle, et le suicide, tête sur des rails, de Firouzeh qui avait toujours mal à la tête depuis que son père l'avait séparée du garçon qu'elle avait rencontré.

Un jour Alma disparaît et j'espère que c'est l'imagination de l'auteur iranien qui veut qu'elle soit enlevée par des trafiquants d'organe. Firouzeh se retrouve pleurant devant des grandes vues des rues de Paris.

Un beau spectacle, qui avec un peu plus de moyens, pourrait être un très beau spectacle. De bonnes actrices, qui créent des personnages très féminins et très différents, liés par une certaine liberté, le courage, un zeste de futilité.





Retour à travers la ville qui vit tranquillement sur sa lancée

rencontré un petit chien tout marri d'être traité comme les fumeurs.

jeudi, juillet 29, 2010

Avignon – prise de poids, de force et de boffitude – festival à bout de course – joli spectacle de danse

Hésité entre deux spectacles à 11 heures, et puis décidé, plutôt, d'aller voir ce qu'était ce paquet qui m'attend depuis une douzaine de jours à la grande poste – dans la banalité de cet ilot contemporain, pas si loin que ça, avec une petite crainte de vexer l'envoyeur s'il lui tait retourné.

En fait il s'agissait d'une commande, totalement oubliée, de crayon à lèvres et vernis sombre pour mes orteils, et me suis retrouvée perplexe, parce que, en l'honneur de mon anniversaire, le petit paquet avait été fortement gonflé par le cadeau d'instruments de tortures et produits (trois pots différents) pour lutter contre la cellulite. Les ai regardés, ai hésité à les laisser sur le trottoir pour qui en voudrait, les ai tout de même ramenés (on ne sait jamais.. ou les offrir ? Mais c'est délicat).

Par contre, vexée et de plus en plus assoiffée, j'ai abandonné sur des bacs à fleurs ou plantes, trois bouteilles d'eau en plastique, très déformées, qui avaient fait pipi sur mes mains, mais étaient restées obstinément fermées. J'espère qu'elles auront trouvé plus fort ou moins maladroit que moi.

Un petit tour, quelques tentations refoulées, au marché du livre

et retour en croisant des touristes, d'ex-peut-être-futurs-spectateurs s'interrogeant mollement, des distributeurs de tracts fatigués, impression de me mouvoir au milieu d'une décélération aimable et lasse

Et puis rien, même plus l'idée de repasser, lu « la petite Roque » (et deux autres courtes nouvelles), pensé qu'il faudrait lire plus souvent Maupassant http://www.publie.net/fr/ebook/9178281450348/la-petite-roque et constaté, agacée, que je n'arrivais pas à l'inscrire sur Babelio (ennui passager ?), laissé couler le jour sans idée, sans envie, sans ennui, comme ça.

Et puis, un peu avant la tombée de la nuit, une vague envie de sortir m'est revenue, j'ai regardé ce qui se jouait, tard, dans les théâtres que j'aime bien et qui ne sont pas trop loin, me suis arrêtée sur Golovine où l'on donne un peu après 22 heures «fluide» d'une chorégraphe coréenne Misook Seo dont j'avais vaguement l'impression d'avoir déjà vu un spectacle, fait un tour sur internet, trouvé une photo, et une vidéo séduisante, et m'en suis allée, après avoir hésité à secouer mon vague, dans une ville que le festival déserte. Avec encore la belle surprise de cette artiste de rue,

l'ombre d'un attroupement là où il y avait agrégat il y a encore quelque jours,

cette seule présence rue du Vice-Légat,

mais les groupes habituels à la porte du théâtre ou dans le bar.

Et j'ai bien aimé. Pour six danseurs (cinq asiatiques et une occidentale, sans doute pas la meilleure). Une danse néo-classique, de belles images, quelques moments comiques, un expressionnisme d'une franchise devenue inhabituelle (un peu excessif par moment comme au début où un corps humain couché s'extirpe avec force contorsions de son voile pour s'élancer dans la vie, mais la danse qui en résulte est belle), une belle sensualité, assez loin de ce qu'est devenue la danse, mais plutôt agréable.

Danse de la naissance de la vie, de notre animalité douce, une bande son mêlant bruits, musiques occidentale et orientale.

Un joli moment. Des soli, beaucoup de duo, un ensemble à la fin qui correspond à la video

au retour, vers 11 heures 30, quelques musiciens avec un public un peu plus fourni qu'à l'aller,

encore de la vie sur la place de l'horloge mais des terrasses presque ou totalement vides, des restaurants qui fermaient.

mercredi, juillet 28, 2010

Avignon – abandon – ne garde que flamenco et amitié – et recycle

Matinée sous ciel charmant et ventelet à petites bouffées de force... des projets vagues pour la matinée, et puis me contente,

dans mon proche quartier, de me procurer pommes de terre, croutons, navettes, jeune fusain et plante à petites fleurs bleues (aucune idée de son identité, fait une tache dans les verts).

Me vois dans une glace de la fleuriste, me trouve l'allure d'un squelette hideux de ne pas avoir perdu toutes ses chairs.

Déjeuner, et sieste en attendant de partir au théâtre des Halles voir «Kichinev 1903» comme j'en avais envie depuis le début du festival et pour lequel j'ai acheté un billet lundi. Et puis réveil, instable, trop tard.

Décide que, décidément je n'y irai pas, et pourtant cela me tentait bien

http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2010/02/22/kichinev-1903-ou-a-la-recherche-d-un-avenir_1309357_3232.html

Je me cramponne un peu, ne repasse toujours pas, tente de trouver une photo qui m'inspire un paragraphe pour le convoi et n'y arrive pas.

Je puise tout de même dans ma réserve et en sors deux anciens pour les mettre ici, dont le premier pour lequel je suis incapable de trouver quelle peut bien être la photo correspondante, et qui, à vrai dire, ne me plaît guère. Alors, in memoriam, je prends celle-ci du mur végétal quand était dans toute sa gloire (je pense qu'il s'agissait d'un macaron) :

Sois béni d'être là, et si merveilleusement intelligent. Sois maudit pour ta sollicitude et ton désir de remettre en ordre mes pensées. Sois béni pour ce que tu m'a apporté, parce que j'avais envie de te croire. Soit maudit pour le fracassement de ce que je croyais aimer, être. Sois béni pour ce vide que tu as fait. Sois maudit pour les graines un peu trop personnelles, un peu trop défraîchies que tu as tenté de m'imposer. Sois béni pour la liberté que, de toute la force nouvelle que tu as provoquée, je vais prendre en t'oubliant.

Alors, celui-ci

Dans le bleu brulant, dans le gris mort et vaguement humide, dans les bourrasques qui lui parvenaient au ras de la cime des remparts, la terrasse était souvent vide, sans doute, mais elle était si profonde et dominait de si haut nos pas que l'on ne pouvait en être certain. On ne la remarquait pas d'ailleurs, l'oeil glissant sur la sévérité de la façade, animée uniquement par quelques bandeaux qui soulignaient le beau rythme des quelques ouvertures, pour se précipiter directement dans le ciel. Il y avait pourtant, accrochés à un coin du petit grillage, assez laid, mais dont la banalité m'était sympathique dans son refus d'ajouter ou de lutter avec la noblesse des pierres, quatre pots de géraniums et une fougère, à côté d'une souche de cheminée, comme perdus à la limite d'un grand espace désertique, et j'imaginais une petite cabane humble et confortable, hors de vue, au fond de cet espace, qui abriterait un ermite, vieil homme retiré, méditatif et vaguement lettré, que des esprits assisteraient en assurant, invisibles et discrets, l'entretien de ce semblant de verdure.

Et puis, je mange une tartine, trouve une photo et une idée de paragraphe, arrose, prépare un dîner, en attendant de traverser la place pour aller voir du flamenco parce que des amis ont eu la merveilleuse, bienveillante, et utile, idée de me donner rendez-vous (me suis même fait inviter) pour le spectacle de Luis de la Carrasca, que je suis déjà allée admirer lors de festivals passés, puisque à tort ou à raison, dans mon ignorance, je les trouve bons, très, lui et sa troupe (évolutive mais toujours de qualité)

après, dans le soir qui descendait, une courte recherche sur internet : son site myspace http://www.myspace.com/luisdelacarrasca )

et parmi plusieurs vidéos

ma préférée, je crois, de 2008

celle-ci de 2009

ou, de 2005

value="http://www.youtube.com/v/g9XhHwHPk6I&hl=fr_FR&fs=1">

etc...

Luis au chant, un violon (alto), une guitare sèche assez merveilleuse, une guitare électrique, une batterie et une belle entente.

Une danseuse, un peu lourde à l'arrêt, et toute en énergie, robe rouge, tordue, retroussée, retordue, et air légèrement vache.

Un superbe danseur, complet doré, chemise violette, tout de tension, décharges, talons crépitants, hanchements, mac. De plus en plus virtuose, avec le charme d'un gamin ravi, triomphant, plein d'humour, et la rangée de jeunes filles devant nous était électrisée.

Des chants qui raclent, des récits, de beaux soli des instrumentistes.

La danseuse version triomphante, robe jaune et chale rouge tout en franges.

Le garçon, pantalon noir et chemise rouge, dansant sur une table entre jubilation, exploit, défit, posession maitrisée, virtuosité, malice.

embrassades de remerciements et d'aurevoir, petit flottement, et l'antre.

mardi, juillet 27, 2010

Avignon – début de la fin du festival – je reviens doucement à la surface – un vrai mage en été – deux Ionesco

Le mistral est devenu ventounet, le soleil est là et la chaleur gentille – en cajolant carcasse, en traitant avec elle, elle se laisse presque benoitement remettre en place. Mais il est trop tard pour récupérer mes abandons du «in» - les deux que je regrette le plus : Platel et surtout les corbeaux de Nadj (mais la dernière de celui-ci avait lieu à 18 heures, heure à laquelle j'étais à l'opéra pour Cadiot-Poitrenaux-Lagarde).

A l'heure de la douche, du miel et de l'interrogation de mes forces, j'ai téléphoné (et j'ai bien fait) au théâtre des Halles pour réserver une place pour les Rhinocéros (l'autre spectacle de 11 heures était complet)

Trouvé un pantalon blanc repassé et point trop grand (j'ai une montagne, ou disons une colline, à traiter), et suis partie clopin pas trop clopant vers la rue du roi René.

La lumière, comme toujours, aimait Saint Didier et Crillon. La ville se mettait en marche lentement et doucement.

Alain Timar, le plus itinérant sans doute des directeurs de théâtre avignonnais a monté avec des acteurs coréens un Rhinocéros dépouillé et efficace, en noir et blanc – blanc des panneaux mobiles (miroir au verso) qui modèlent le plateau, blanc des chemises des hommes, noir des costumes ou tailleurs des employés de bureau (gris pour le chef) avec comme couleurs les cravates et les chemisiers (discrets sauf l'orange volanté de Daisy) – monde un peu raide, international, avec portables, blocs et téléphones mobiles, courtoisie affichée des relations de travail, hiérarchie discrète et réelle.

Le panneau portant le texte français est, grâce à la petitesse relative de la scène, facile à suivre sans perdre de vue le jeu des acteurs.

Un musicien sur le côté, dont j'ai aimé le regard attentif sur l'action et ses camarades, pour suivre et conduire leur rythme

(photo Manuel Pascal trouvée sur internet)

Théâtre classique, discrètement, pour les dialogues entre Béranger et Jean – théâtre de groupe, de tréteau pour le groupe confronté au mystère puis à l'angoisse ou l'acceptation des rhinocéros. (mais les individualités, sommaires, se dessinent.)

Et dans le rythme, dans le dérèglement, dans l'expression du désarroi de Béranger, dans la transformation de Jean et sa brutalité affichée, des notes, sans excès, qui ramenaient vers l'extrême-orient.

Leur plaisir de jouer qui nous entraîne – plutôt une réussite.

Suis sortie aussi vite que le permettait la courtoisie,

ai salué d'un regard le jardin, parce que la carcasse grognassait et qu'en plus j'avais faim.

Poissons carrés et bocal d'asperge dans une supérette et retour trop vite pour photographier les groupes

avec, en outre, la fâcheuse manie qu'ont les de nouveau nombreux passants, surtout quand un peu mornes et imposants, à s'interposer (les minces et charmants aussi, mai je les repère moins)

Les terrasses de la place de l'horloge étaient combles, les gens détendus et joyeux.

Cuisine, gros gros déjeuner, petite sieste, un peu de ménage, un petit tour sur internet pour trouver un passage d'»un mage en été» sur le site de Médiapart, et départ à l'heure encore chaude où le passage à la clim est redoutable, résignée joyeusement à être vraisemblablement d'accord avec les avis favorables, parce que je suis bien dans les textes de Cadiot, parce que Poitrenaux est de plus en plus remarquable, parce que Lagarde met tout son talent à servir l'ensemble.

Malgré les bonnes critiques la salle n'était pas pleine, heureusement parce que ma place était là où il y deux gros trucs noirs derrière les dames, et que même en maigrissant davantage j'aurais difficilement pu m'y installer. J'ai accaparé un strapontin deux rangs devant, et j'étais fort bien placée.

Poitrinaux en toile de lin grège est seul planté au milieu de la scène, fait quelques gestes (de plus en plus à mesure que le spectacle avance) expressifs et mesurés, et quand il est immobile est souple et vivant. Il y a une bande son le plus souvent discrète, d'un grand raffinement qui se glisse dans le texte et parfois l'illustre, qui est parfois absente, de Grégory Beller et de l'Ircam, quelques formes lumineuses et de très belles lumières. Un raffinement qui n'est qu'élégance, en accord avec le texte, sans ostentation.

Le passage cité par Médiapart est au début du livre et du spectacle.

«Vu une photo dans le journal, en couleur. Une femme au milieu de l’eau, une rivière, un homme ? Elle a l’air bien, immobile comme ça, bras croisés. Elle compresse ses seins, cheveux mouillés, torsadés, courts, blonds. Ce qui est frappant, c’est son calme. C’est juste quelqu’un, au milieu de la rivière verte, point fixe dans le courant, on dirait qu’elle ne pense à rien, elle souffle, allez, on inspire. Et on expire, l’eau jusqu’à la taille, on fait barrage de son corps, comme ça. C’est beau à voir, deux rides d’eau s’accélèrent autour de ses hanches, elle a une moitié du corps au soleil, moitié au frais, c’est parfait...»

(une photo provenant du site du festival). Il y a la voix de Poitrinaux, sa douceur, ses inflexions discrètes et douces, et plus tard elle se transformera, pour incarner des personnages, d'autres sentiments. Un instrument parfait.

Il y a le texte foisonnant, avec toujours cette poésie, cette attention aux sensations ordinaires (sans rien de plat), même quand interviennent Adorno ou Nietsche jouant au golf, il y a mille choses, de l'intelligence, de la sensibilité, des rires, et tout cela coule avec le beau texte, emporté par l'acteur, les lumières.

J'ai lu quelque part, en me préparant à partir qu'à force de riens c'était un peu inconsistant, et ne saurais en être d'accord. Des riens qui le sont fort peu, et qui convergent en une éthique, une attitude.

Sur le programme il y a ce passage, un peu avant la fin

«Comme on plonge un bâton dans l'eau, je m'amincis.

Je me spirale.

Je rajeunis.

Sous l'eau.

Lamantin.

Comme ça.

Je suis un poisson.

Je nage.

Je rajeunis sous l'eau.

Je nage.

Vous n'imaginez pas ce que peut un corps.»

Je me sentais presque rajeunie moi-même en sortant. La place était pleine de vie.

Alors comme j'étais lancée, comme c'était presque sur mon chemin, comme l'horaire convenait, et comme il m'avait semblé lire un avis favorable, j'ai décidé d'oublier que Ionesco n'est pas mon auteur favori, que ce n'est sans doute pas sa meilleure pièce, et me suis arrêtée au petit Louvre, salle de templiers, pour voir Macbett, par la compagnie des Dramaticules, mis en scène de Jérémie Le Louët.

Une attente d'un petit quart d'heure, contre le mur de la chapelle, à coté des tables des dineurs.

le plaisir de retrouver ce joli lieu,

et une farce fort bien jouée, même si les rires sympathiques au début du très jeune et mignon garçon assis à mes cotés finissaient par être gênants, trop forts et un peu à contre emploi, surlignant les faiblesses du texte (cynisme facile).

(une photo trouvée je ne sais plus où sur internet)

Un jeu volontairement outré (pas trop, juste pour donner un coté marionnettes) énormément de rythme. Un bon moment. Sans plus.

Avignon a un sursaut de gaité d'avant la fin.