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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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dimanche, mai 25, 2008

divagations
« On
(Ulysse le très-Grec)
me débarque parce que je pue.
Parce que ma blessure à la jambe n’en
finit pas de pourrir, de puer et d’empuantir
comme une petite charogne au cœur de la conscience grecque. » un passage trouvé sur
http://poezibao.typepad.com de Philoctète de Cédric Demangeot aux édition « Barre Parallèle » qui m’a donné grande mais fugace envie de lire le reste.
les ornements d’église et l’art de gourmets, rapprochement que je n'ai constaté que ce matin
Un vol de papillons assez étranges qui découragés par le gris humide, trompés par des volutes colorées, secoués par des rafales fantasques, s’est écrasé sur de la tôle. Y nada màs.
Tiens, si :

Je sors du garage avec une épouvantable migraine - je vais pouvoir me vautrer dans l’office en attendant que les pilules agissent - mais je n’ai pas de chance : Monsieur arrive avec cette démarche qu ‘il a, qui montre que le temps, le manoir, la cour, le garage, tout fait partie de l’aisance de son pas, ferme, sans trop appuyer ; il traîne derrière lui trois bonshommes qui ont un air un peu étrange et minable, même pour ses amis, mais cela ne me regarde pas.
Il me fait signe. Je rentre dans le garage et je sors la voiture, la grosse.
La route est pleine de soleil et Monsieur me dit que la journée est belle. Je réponds : « oui, Monsieur »
Il se tourne vers les trois autres : « il fait trop beau. Zut pour les visites. Je vous emmène à la Malaucène, qu’en dites-vous ? »
Nous arrivons à l’embranchement. Je m’arrête. Ils ne répondent pas. Monsieur rit ; il insiste : « nous pourrons nous promener dans les bois, comme chez vous ; ça vous plaira j’en suis sur »
Le chauve (je les regarde dans le rétroviseur) répond, presque sans bouger les lèvres « comme vous voudrez.. » et puis « je vous remercie »
Nous partons. Monsieur parle beaucoup. Et je sais qu’il doit sourire, pencher un peu la tête, faire du charme, exhiber sa décontraction heureuse. Les autres se taisent, et doivent être aussi immobiles que des légumes parce que je n’entends aucun bruit.
La migraine s’est effacée et c’est vrai que la campagne est jolie. J’espère simplement qu’ils ne s’attarderont pas trop. J’ai rendez-vous avec des amis au café ce soir.
Un peu avant la Malaucène, Monsieur qui a fini par se taire, découragé peut-être, me parle. Je m’applique à des monosyllabes, suivis de « Monsieur », bien sûr.
Je sens qu’il n’est pas content. Je m’en moque, c’est Madame qui m’a embauché et qui me paie.
Retrouvé le chemin de paroles plurielles
http://coumarine2.canalblog.com/ et le sujet cette semaine consistait en cette photo et l’incipit : « je sors du garage avec une épouvantable migraine », alors voilà - et pour la première fois strictement aucun commentaire - nullité ou manque de fusées de signalisation ?-

lundi, février 11, 2008


J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac (que diable y faisait-il ? enfin, tant mieux, cela tombait bien), j’ai arraché une page et cherché où m’appuyer pour écrire, mais justement il n’y avait plus d’endroit.
J’ai posé la feuille sur le cahier, en équilibre entre hanche et bras gauche, et, prête à noter, j’ai tourné la tête vers la gardienne, un peu en retrait.
Et pendant qu’elle expliquait son étonnement ce matin, lorsqu’elle avait vu cela avant de m’appeler, et que peu à peu son ton devenait véhément, ses gestes éloquents, pour expliquer qu’elle était sortie cette nuit, cette seule nuit, dans sa famille, ce qui, je le lui assurais, était bien normal, les questions venaient en moi, que je n’étais pas sure de vouloir essayer de résoudre - l’éventuelle enquête serait faite, s’ils le voulaient et en avaient le temps par les policiers quand j’aurais déposé ma plainte, et une décision, s’il devait y en avoir une, reviendrait au président de la SCI, moi je notais.
Mais, tout de même, comment avait-on pu faire cela sans alerter tout le quartier ? et la réponse venait : il n’y avait, dans l’immeuble principal et dans tout le pâté de maisons que des bureaux et des ateliers – comment les deux cadenas de la petite grille qui séparait ce coin et le joli petit pavillon à l’abandon, dans sa déchéance actuelle, en attente éternelle d’une solution au problème que posait son avenir, du reste de la cour, étaient-ils intacts ? oui, c’est vrai, la grille n’allait pas jusqu’au mur mitoyen –surtout, comment savait-on que c’était là ?
Et je restais bloquée, dès que je levais les yeux et regardais devant moi, toute pensée gommée par une sidération persistante, devant ce grand trou noir, aux contours irréguliers, là où il y avait eu une délicate cheminée Louis XV, d’un doux rose veiné, avec ses petites fleurs et ses belles courbes amples, seul vestige de ce qui avait été une folie, et l’incroyablement petit tas de gravas sur le parquet depuis longtemps souillé et brûlé.

Contribution à Paroles plurielles
http://coumarine2.canalblog.com (sujet :texte à partir de cette photo et de cet incipit : j’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac) d’une Brigetoun entre honte de sa presque pleurnicherie indigne de la veille (censurée et sans importance) et une paresse qui l’a limitée à ces lignes, du savon noir sur le sol, de la cire bien mielleuse sur les meubles et, avec du cirage incolore, sur des terres humidifiées et retouchées (résultats curieux) – l’histoire est à peine transposée.
Et en fin de journée, comme exercice d’italien, Dante (l’inferno) commenté, très, à la télévision italienne
http://www.rai.tv/mpplaymedia/0,,^^57069,00.html par Benigni.

lundi, janvier 28, 2008

Emergeant un peu avant minuit samedi me suis attaquée, ou j’ai voulu m’attaquer à la consigne de Paroles plurielles. http://coumarine2.canalblog.com : ce fragment d’un tableau de Delvaux et l’incipit « mes biens chers frères » et j’ai vu un drame en cinq, non, soyons modestes, quatre actes, bien revendicatifs, tragiques etc… et puis je n’étais pas de taille, j’avais peur et j’étais paresseuse, et il ne fallait pas dépasser deux mille caractères et espaces (toutes raisons moins mauvaises que cela peut le sembler), alors avant d’aller retrouver les filets de merlan, ce fut une bluette sans queue ni tête – mais ça faisait des lignes, j’avais agi, si peu que ce fut, conscience claire pour entrer dans la nuit (par contre, je n’ai pas tout lu mais bien aimé les contributions de Kiki, Laura et les quatre lignes un peu ironiques de Walrus) Fin de journée dans la vieille maison
« Mes biens chers frères », Jacques toussote, les regarde, reprend son souffle et …
Mais : Louis, tête en avant, comme un taureau, l’interrompt, brusque : « je t’en prie ! » ; le grand Bertrand marmonne, juste assez fort pour être entendu de tous : « chers ? » et Jules, souriant dans sa moustache : « Jacques se croit en chaire... Frérot, les sermons, les prières, nous venons de faire le nécessaire au cimetière, non ? ».
Une amorce de silence.
Jacques : « pardon, pourtant… »
Louis, se carrant, superbe : « pourtant, nous sommes heureux de nous être rencontrés autour de la tombe de Maman… et dans le souvenir de son amour, bien sur… Maintenant, je pense que nous sommes tous las, et n’avons, avouons le, pas grand-chose à nous dire. Une bonne nuit s’impose. Marthe et Bruno (avec un signe du menton en direction du petit dernier, qui les regarde tous avec son gentil sourire un peu ahuri) ont préparé nos chambres, et pour moi je crains de ne pas vous revoir ; j’ai commandé ma voiture pour six heures ».
Jacques, un peu honteux d’insister : « plus rien à nous dire ? »
Jules « et oui, Frérot, c’est simple, le notaire fera le nécessaire, la succession est limpide, Grâce à Dieu nous ne risquons pas d’affrontement. »
Jacques : « pourtant, il y a … la maison. Que décidons-nous ? »
Et les yeux de Bruno s’affolent, pendant qu’il se penche en arrière, comme pour se cacher. Alors le grand Bertrand se lève, et une main sur son épaule : « elle reste indivis, nous ne la vendons pas, et Bruno nous recevra gentiment ».
Et sous les yeux des autres qui le fusillent, Jacques bredouille : « mais bien entendu, je voulais juste en être certain».
Jules : « ce cher vieux Louis fera ce qu’il veut, mais je pense qu’un verre ensemble s’impose, comme communion et bonnet de nuit. »

Dimanche matin entre bagarre avec un éditorial du Manifesto pourtant court, mais qui me résiste, dans mon ignorance, nettement plus que les courts articles du Corriere della Serra et petites retouches en passant aux terres qui trainent - et en fin d’après midi après avoir écouté Karol Beffa en critique de diverses versions du Marteau sans maître de Boulez (et avoir été pour une fois en accord avec leur choix à tous) m’en suis allée écouter sa musique dans le joli cadre de la salle Carpaccio du petit palais. Petit vent et ciel somptueux et pas de concert…
Nous étions deux dans mon cas, un peu vexées de notre sottise et surprises, assez.
Mais le ciel était si beau que je vous l’inflige.
Et en rentrant je consulte le programme pour lire « Dimanche 27 janvier à 18 heures - Musée du Petit Palais – CONCERT - Karol Beffa - Proposé par l'A.P.D.MS & Les Editions Musicales Contemporaines Marcel Brulé »et me sens moins sotte mais confortée dans mon intuition que la musique contemporaine en Avignon est réservée à un petit club qui ne juge pas utile d’informer le grand public, comme moi et la charmante dame ma « collègue »
Repris la traduction de l’éditorial du Manifesto en espérant que mes a peu-près ne trahissent pas trop l’auteur (sur Autour http://brigttecelerier.blogspot.com/), en écoutant le Misanthrope, redécouvrant une fois encore l’intelligence et la finesse de ce texte, avec un plaisir admiratif.

samedi, janvier 12, 2008

Samedi matin gris et lent à démarrer. Trop flemmarde pour l’aspirateur et le repassage, me suis réfugiée dans Paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com : texte commençant par « j’ai bien fait le tour de la question » et ayant de plus ou moins loin, si possible, un rapport avec cette photo – pour moi vaguement tout de même, alors un peu trop premier jet (la marque du jour en tout)
ENVISAGER UNE FIN
J’ai bien fait le tour de la question, et je ne sais finalement pas. M’as-tu aimée ? Etais je seulement flattée et heureuse d’avoir été vue ?.
C’était joli, c’était gai, et nous tentions avec un entêtement plein de désir de trouver nos points communs, hors nos rencontres charnelles.
Ma foi il y en avait, ou nous le pensions un moment. Et nous nous armions de rubans et de limes pour abouter nos différences, avec un peu de jeu dans les jointures, pour que cela soit charmant, mais pas trop, surtout pas trop.
Et nous partions ainsi armés dans la vie, chez les autres, et le frottement avec cet extérieur peu à peu effritait ce lien que nous pensions avoir posé.
Nous avons duré, pas très longtemps, mais ce fut honorable mon cher.
J’ai bien fait le tour de la question : persister ne le serait pas.
Et la vie nous appelle, dehors, dans la brulure de midi. Ouvrons les persiennes, et hors de notre moiteur, décidons chacun…
Mais qu’as-tu fait de ta main ? idiot ! Montre moi ça.
Départ en tout début d’après midi, de petites rues en petites rues,
sous un ciel qui, malgré le vent, n’a eu qu’une velléité de déchirure
sept femmes plaisantant, modelant, se complimentant (enfin pour moi une fois encore un silence venant de la qualité et du fait que j’œuvre égoïstement en solo) et arrivant à ne pas trop mélanger eau terreuse, thé ou capuccino, terres variées sur les doigts et sous les ongles et chocolats.
et retour trébuchant avec une ébauche
Mais malgré une petite heure de battement, toujours aussi moulue, et pas vraiment motivée, j’ai jeté mon billet pour l’ »éducation de Rita » jouée au Chêne noir par Pierre et Adriana Santini, certainement à grand tort, mais tant pis, et j’ai regardé pour la xème fois « la grande duchesse de Gerolstein » et c’était très bien. Simplement quand la pluie s’est déchainée dans me cour, elle n’avait pas de talent et jouait sur un autre tempo.

mardi, décembre 18, 2007

En sècheresse dimanche, entre deux épisodes d’un palpitant feuilleton de la RAI, vu le sujet en cours de Paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com : les mots tocs – «Vous écrivez un texte cohérent avec le plus possible de ces "mots tocs" dans l'ordre que vous jugerez bon. Le texte sera un monologue intérieur de quelqu'un qui doit prendre une décision, et qui ne parvient pas à se décider. » et des exemples sont donnés «En voici quelques-uns: tout-à-fait... quelque part... effectivement .. pas de souci... que du bonheur... c'est trop... j'ai envie de dire... oui mais non... y pas photo.. »
Rêveuse – ne me semble pas que ce qui me sert de pensée, que mes ratiocinations, aient quoi que ce soit de cohérent. Plutôt de longues tirades s’enfonçant dans un lyrisme vague, avec des ruptures en sauts brusques ou dérivations insensibles, et certainement pas en prenant appui sur « y a pas photo » ou « que du bonheur ».
Mais, en pleurant sur les peines de cœur sur écran que j’essayais de comprendre (pas très compliqué), ais fini par pondre quelques lignes, d’un minimalisme désinvolte, un peu arrogant, image paresseuse de mes renoncements, four mérité au moins moralement.

Mon moi tel qu’il demeure
Je devrais… – Tu crois ? – au niveau du concept… – non – tout bien pesé… – mais non ! que je ne veux pas – cependant, vois-tu, petit soldat, tu y trouverais… - zut ! je ne pourrais jamais ! – cependant – non – pourtant – jamais – ma belle, décide-toi – tout à fait, et c’est non – au regard de… - en fonction de mes capacités, négatif – pourtant, le plaisir de faire… - je dirais que j’aimerais autant pas – Dis, il devrait être possible… - de m’asseoir face à moi pour une conférence de consensus ? pas de souci, c’est d’accord – Enfin ! – pas grave. Il s’agit de quoi déjà ?

Lourde interprétation : entre ciel et sol très sol, perplexité d’une peu douée (mais le bélier était très confortable).
Et les renoncements paresseux ont continué avec l’italien, ma présence trop épisodique risquant de retarder les autres, j’ai décidé de ne plus y assister, et de tenter de travailler un peu seule pour ne pas perdre la totalité de mon investissement – étape suivante : paumée ?

dimanche, décembre 02, 2007

Le sujet de Paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com
"Vous écrirez un texte sur le thème de la jalousie.La jalousie peut concerner tous les domaines (pas seulement l'amour...)
- ce sera obligatoirement sous forme de lettre- en aucun cas vous ne pouvez utiliser la lettre u

NB. Humour bienvenu"
A la réflexion, les u de tu et vous ont été tolérés mais j’ai préféré de m’en passer. Me suis appliquée à ne pas dépasser les 2000 signes, espaces compris (1976), mais mon humour n’est pas d’une évidence criante. Est-ce la contrainte ou une cause plus personnelle, en relisant je trouve que le ton est d’une vulgarité qui se voudrait raffinée, parfaitement petite bourgeoise. Ne sais si c’est pour cela que je ne figure pas dans les textes annoncés. Mais zut j’ai mis un bon moment vendredi soir à pondre ces lignes (reste-t-il un u que je n’aurais pas vu ?). Les photos sont des emprunts familiaux et la maison en haut du pré est un hôtel où je n’ai pas mis les pieds.
lettre de remerciements
Ma chère Clothilde,
Me voici rentrée dans ma thébaïde, et j’ai repris le traintrain de ma vie sans trop de déplaisir mais je tenais à dire encore le plaisir ressenti, pendant cette semaine, à partager la votre dans votre si charmante Maroignie, à profiter de l’entrain de vos amis, et de votre famille. Vos enfants sont parfaits de gaité et délicatesse ; j’envie votre chance et votre talent.
Je me sens pleine de reconnaissance, de nostalgie également, en revivant ces grandes conversations, si charmantes par votre esprit et le soin mis à révéler les potentialités de vos convives, pendant ces jolies soirées, devant les portes-fenêtres en regardant votre paisible jardin et les très nobles arbres se dessinant en clair contre le noir, cette paix.
Merci encore, je me dois de le dire, de la délicatesse de vos regrets en devinant le lien très ancien, si ancien, effacé des mémoires, entre Jean-Philippe et moi. Je dois reconnaître mon léger choc en le rencontrant. Agréable réminiscence maintenant, et pas d’avantage, croyez moi.
Mais j’ai été assez étonnée, je me sens forcée de le dire, de son choix. Sa femme est réellement charmante mais je ne le pensais pas attiré par ce genre. Donnez-moi votre avis, cela me serait agréable. Cela m’importe, je le constate. Reste de tendresse ?
Elle ne m’a pas semblée exceptionnellement brillante par son aspect, ni dans son entretien, même si elle sait assez admirablement respecter les silences imposés par les limites de ses connaissances, je crois le deviner, et sa trop récente entrée dans votre cercle. Enfin, il a certainement ses raisons. Je l’espère éternellement satisfait.
N’en parlons pas d’avantage. J’attends la visite promise. Ne me lâchez pas, ma très chère. Je promets le calme, pas d’avantage, mais cela ne laisse pas d’être agréable et il y a ici d’admirables bâtisses et des promenades charmantes.
Faites mes amitiés à votre mari, et croyez, en l’expression de mes très reconnaissants sentiments.
Geneviève

dimanche, novembre 18, 2007

Me suis réfugiée dans le sujet actuel de Paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com : cette photo et comme incipit : « je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin » - et, entre deux listes de mots italiens et surtout de longs « regardages » fascinés d’auditions de la commission des finances sur l’achat par la Caisse des dépôts et consignations d’actions EADS (via la LCP), ai pondu cette chose : Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin, ce n’est pas vrai, mais cette phrase rythme et entraîne mes pas.
Je – n’ai – pas – mis - c’est presque vrai - et ça ne l’est pas, les autres refusent mes pieds.
les – bonnes – chaussures – Quelles seraient-elles ? Pas des trucs pointus et fins, douloureux et agressifs, pas des sabots en caoutchouc, trop prétentieux.
ce – matin – je – n’ai pas – clap, ouille, clap, clap, encore et encore
mis – les bonnes – elles seraient du vert doux d’un repli de rivière, souples comme de l’argile fine ; elles mettraient entre ce macadam dur et triste et mes pieds un nuage léger ; et mes pieds s’y calleraient, penchés pour se cambrer et tendre le mollet
chausures – ce – matin ; et ce nuage m’emporterait très vite le long de ce bête mur sans fin, et puis il freinerait un peu devant une vieille maison décrépite, ses volets bleus délavés, la vigne vierge croulant jusque sur des pavés et un chien au regard mouillé.
Je n’ai – clap, et la plante de mes pieds crie –
pas mis – clap, clap, le dur contact remonte le long de mes jambes -
les bonnes chaussures – le sol s’est adouci, et la maison est là, gentiment humaine.
Encore quelque pas pour la longer, une flute qui chante clair, et cette autre porte où je sonne. Elle s’ouvre sur un sourire qui m’illumine, moi, et la rue, et les maisons derrière moi. Et tout est gai, et mes chaussures n’existent plus.

mercredi, novembre 07, 2007

A côté de moi une grammaire italienne que je n’ouvrirai pas, un recueil de conjugaisons source de découvertes éternellement renouvelées, toute mémoire de ce qui a été lu s’effaçant d’un jour à l’autre, une feuille d’exercices élémentaires bourrée de fautes, en moi une certitude que cancre suis pour tout ce qui touche aux langues, depuis toujours, plus encore avec l’âge, et une absence totale de motivation. J’ouvre internet et lis quelques textes sur paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com sur un sujet un rien ingrat : texte commençant par « tante Babette prit une profonde inspiration… » et s’appuyant sur cette photo. Et pour retarder « vorro- - vorrai – vorrà…. » je ponds ceci, sans trop m’y attarder parce que je me sens coupable et que j’exècre les sablés, madeleines etc…
Vive les cocktails
Tante Babette prit une profonde inspiration et tenta de dégager son bras, mais tu avais la poigne ferme.
Elle posa sa main sur la tienne, qui, sous prétexte de la soutenir, l’entrainait, la tirait en douceur vers la boutique, ces alignements de gâteaux d’un honnête classicisme, le jaune, l’odeur douce, un paradis de beurre et farine.
Elle les regardait d’un œil terne, les narines et les lèvres serrées, le chapeau battant de l’aile, petite, frêle, ferme, et elle marmonnait, mais tu ne comprenais pas, ou ne le voulais pas.
La foule du samedi après-midi vous contournait, et elle ne bougeait plus.
Tant de monde ! Tant de fadeur ! L’impression d’une rue pleine de silhouettes goulues, de mains plongeant dans des sacs en papier un peu graisseux.
Elle a bloqué ses pieds, t’a souri et s’est tournée vers le bout de la rue, la plage, les bars, bouche entrouverte et narines palpitantes.
Tu t’es penchée vers elle : « oh regarde Tantine ! Comme c’est appétissant ! Viens, nous allons en acheter. Pour notre thé »
Mais Tante Babette a rué, un peu, comme dans un symbole de ruade, doucement pour ne pas tomber. Et elle a fait non de la tête, elle t’a regardé en riant et, en sortant son paquet de petits cigares :
« Je n’aime pas Proust ! »

Grand soupir et je pose sur mes livres le même regard que tante Babette sur les madeleines, mais je les ouvre pour poser une nouvelle couche de mots à oublier dans un crâne qui les refuse. Mais en fin de journée, je me dis qu’une madeleine serait plus facile à digérer que la majorité du bureau national du parti qui fut le mien. Me sens un peu comme une mouche qui se tape aux murs.

dimanche, octobre 07, 2007

Pouf pouf – vu chez Coumarine sur Paroles Plurielles ( http://coumarine2.canalblog.com/) que les textes de la quinzaine devaient partir de cette photo et s’achever par : « il lui donna solennellement les clefs de la maison. » - alors :

naissance tardive
Elle aurait voulu du soleil, mais comme toujours le ciel restait scrupuleusement en harmonie avec la pierre, le lichen, les rampes absurdes avec ces arceaux mesquins, la terre détrempée et les bois noirs.
Elle n’avait pas encore la lumière, pas ici, mais derrière les grilles du jardin, là bas, la route tranchait dans la masse des arbres, s’ouvrant sur le monde.
Elle avait voulu être seule, et ça elle l’avait réussi. Entortillées, persuadées, ses filles étaient reparties vers leur vie. Et bien sur elles reviendraient, et bien entendu, les belles, elles savaient qu’elle serait là.
Elle aurait voulu retrouver la franchise, la pureté et la clarté de la jeunesse, mais il avait bien fallu mentir, un peu, laisser croire, ne pas les brusquer dans leur deuil, ne pas risquer leur désarroi devant sa défection. Elle écrirait.
Elle aurait voulu être joyeuse, et s’étonnait de ne pas l’être vraiment. Les pierres, les voix, la vie qu’elles avaient contenue ralentissaient encore ses gestes, ses pensées, son rire. Et puis il y avait cette longue familiarité – sa main avait esquissé des caresses.
Elle avait voulu ne rien garder, et avait tout de même rempli une petite valise, parce que la vie l’exigeait, et que l’âge lui avait apporté la prudence, au moins cela, juste cela, sans qu’elle lui donne trop de place.
Le taxi s’est arrêté devant le portail ; elle a saisi sa valise, souri, et elle est descendue, sans se retourner, fermant l’immense parenthèse ouverte ce jour où déjà, après l’espoir lumineux, après ces jours pendant lesquels il était retombé, elle avait su qu’elle s’était trompée, ce jour où il lui donna solennellement les clefs de la maison.
Photo prêtée à Coumarine par
http://alainx.blogspot.com /

suis entrée dans une période de fours de belle taille - se dire que bien sur cela n'a pas d'importance - aller jusqu'au bout et muer "paumée" en ce carnet de notes personnel et non mis en ligne que je n'ai jamais tenu ?

samedi, septembre 22, 2007

Jeudi soir, découvert le sujet de Paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com/: cette photo pour un texte commençant par « je lui ai dit de se taire », et en attendant le sommeil cela a donné ce petit truc, sans signification, tue-minutes
Jardin – la nuit

Je lui ai dit de se taire, élégante formulation. En réalité j’ai plaqué ma main sur sa bouche, vite, si violemment qu’il en a perdu le souffle et que j’ai vu ses yeux s’écarquiller. Je ne pouvais risquer le temps nécessaire à ce que mes mots atteignent sa conscience, le cher idiot.

Quand ses yeux se sont calmés et que j’ai pensé qu’il revenait en lui, après cette surprise, j’ai mimé « chut » très lentement. Et il a incliné la tête.

J’ai levé lentement la jambe pour un pas précautionneux, et il m’a imité. Le tenant par la main, je suis sortie de notre abri odorant sous le bois de pin, très doucement, en cherchant les espaces de terre nue. Il nous a fallu un temps démesuré pour arriver près de la maison. Je sentais qu’il souriait derrière moi, heureux de notre réussite.

Nous approchions. J’ai levé la tête triomphalement.

Et brusquement la fenêtre de la cuisine s’est éclairée. Lueur blanche derrière la vitre dépolie. J’ai sursauté. Mon pied s’est pris dans un arceau. Je suis tombée en jurant. Il a éclaté de rire. Tu as ouvert brusquement la fenêtre, faisant tomber les bouteilles.

Tu as souri, nous a traité d’idiots. La surprise était loupée.
je ne sais quelle miseà jour intempestive (j'ai beau désinstaller ça ne sert à rien) m'interdit depuis minuit de commenter sur les blogs "bloggers". Je reste coincée et doit éteindre l'appareil à la hussarde. Je passerais donc sans vous saluer)

mardi, septembre 11, 2007

D’un bleu à l’autre, mais le notre va, de nouveau, avec du vent.
Ce week-end Paris était extrêmement secondaire, ce fut une rapide traversée de ses entrailles et non une immersion, mais je vois ce matin sur http://www.parisfaubourg.com/, cadre de mes nostalgies, qu’une grande cabane a été installée pour accueillir les pigeons du quartier au dessus de mon cheminement le long du square de la Roquette, juste à coté de ce qui est toujours plus de deux ans après, et bien que j’ai vendu ce petit antre en état de décrépitude avancé, chez moi, absurdement, durablement. Et je nous revois fusillant du regard les femmes qui venaient avec des sacs de pain les alimenter ces sacrés pigeons. L'horloge indique vingt deux heures trente, mais elle est en avance, je sais, et parfois, paresseusement, je me dis qu’il faudrait la régler. André s’en occupera quand il viendra. Puisqu’il viendra.
L’horloge indique vingt deux heures trente, ou ce qu’elle veut, j’attends, tranquillement, doucement, dans un long temps qui veut croire qu’il coule. Mais cela ne me concerne pas, ou plus, ou je ne le veux pas.
L’horloge indique vingt deux heures trente, et parfois il me faut chercher le nom, le chiffre que donne le calendrier à l’instant que je vis, et très passagèrement je m’agace, un peu, de ne pas le savoir. Mais c’est assez rare, un peu des petits cailloux sur lesquels je glisse.
L’horloge indique vingt deux heures trente, et quand je croise les bras je vois des petites rides se former sur ma peau, là, au dessus de mes seins inutiles. Cela me frappe un peu, plus que mon visage qui parfois me semble si étrange. Lente transformation, je crois, peu à peu, si lente que je peux ne pas le savoir.
L’horloge indique vingt deux heures trente ; sur les briques de la façade la pluie a dessiné des coulures un peu vertes, sous les oculi. J’aime bien, leur couleur en a pris une présence.
L’horloge indique vingt deux heures trente. Je me demande tout de même, quand je ne fais pas attention, si André va nous reconnaître, moi et la maison, quand il viendra. Puisqu’il viendra.

Le sujet de Paroles plurielles (http://coumarine2.canalblog.com/) ces jours ci : texte débutant par « l’horloge indique vingt deux heures trente, mais elle est en avance.. » avec un rapport plus ou moins évident ou direct avec cette photo. Et vide j’étais, un peu comme la dame ci-dessus.


Les gens de Numéricable qui me promettait un dépannage vendredi se sont, à ma grande joie , trompés.

lundi, juin 25, 2007

Dedans la rue qui refusait de s’effacer, près de chez moi, s’était installée l’autre jour une cuisine aussi charmante qu’improbable, avec une lampe de salon très « Maisons et jardins », des boites mystérieuses, des tiroirs ouverts sur des trésors, et aucun appareil de cuisson, chose qui me fut longtemps inutile. Le lierre, les bougies plates, des restes d’or fondu, et le souvenir de roses ou de pivoines, les amicaux oiseaux à la tête dressée m’invitaient à entrer, mais les plus attendrissants se sont penchés vers le sol et vers moi et ne sais plus exactement ce qu’ils m’ont dit, ni pourquoi, mais je suis restée dehors. Les ai salués, m’en suis allée.
Sur Paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com. il y avait cette photo et l’histoire de cet automate qui faisait un peu peur aux enfants, à vrai dire à cause de brusques mouvements, semble-t-il, et, comme sujet, inventer » la leçon de morale totalement absurde qu'il est en train de proférer ». Je me croyais, je me veux, incapable de jugements à priori, mais je ne pouvais m’empêcher d’en avoir un sur ce pauvre personnage et j’ai finalement cédé, vite :

Enfants, jolis enfants, lâchez la main de vos parents et découvrez la vie.
Enfants, jolis enfants, souriez et regardez le ciel et le soleil.
Enfants, jolis enfants, débarrassez vous de vos oripeaux et courrez nus, le monde est jeune.
Enfants, jolis enfants, vous êtes le printemps et je vous aime.

Non n’ayez pas peur, je reste là et je garde mon trench fermé. Monsieur le juge me l’a demandé.

Alors, pour oublier ma petite honte et pour une langue gouteuse, je suis allée voir Maître Coquillard sur (http://gallica.bnf.fr/ et les droits nouveaux, p 182 et la suite, au grès de l'envie
Humains, courtois, begnins, sauvages,
Dissimulateurs, inventeurs,
Cueurs actifs et saffres couraiges,
Laissez bourgades et villages,
Affin d’estre noz auditeurs.
Venez, venez, sophistiqueurs,
Gens instruits, plaisants topiqueurs
Rempliz de cautelles latentes,
Expers, habilles décliqueurs … »
Ou “… Archiez laissez voz halebardes,
Canonniers, laissez vos bombardes,
Pietons laissez voler vos picques…
»
Keep cool, keep happy

samedi, juin 09, 2007

Dans mon imagination ignorante issue d’une enfance livresque et adepte de l’à-peu-près, le lierre, comme le gui, sont de très méchantes et belles choses, et leur affection pour les arbres auxquels ils s’attachent est pleine de danger. Et je voyais de petites griffes traverser la fine peau des platanes, cette peau qui, avec sa tendance à peler, me semble fraternelle, et les beaux grands troncs ou les branches étouffer sous ces enlacements. Mais chaque année le plus petit platane de la place, tout de même de fort belle taille, se peuple allègrement avec le soleil du printemps, et les petites feuilles à la base de son nouveau dôme se penchent en se balançant amicalement vers leurs cousines, cet épais capiton, un peu une doudoune, qui habille le tronc et masque sa forme, la rend imprécise.

Dans le genre douce et ferme étreinte, sur le site de Paroles Plurielles (http://coumarine2.canalblog.com), cette photo de Nicolas Ranaldi, assortie de la consigne « finir ou commencer par : excuse-moi, c’est une erreur » et d’un plaidoyer pour la brièveté, est apparue le 6 juin et je l’ai trouvé belle, se suffisant assez manifestement à elle-même et pas du tout dans mon registre. Je suis passée. Mais, curieuse, je suis revenue pour lire les histoires charmantes, les pensées, qui commençaient à s’y attacher. Alors, sans aucun mal pour respecter la brièveté, puisque je trouve que la phrase mise en légende aurait suffi, en délayant comme je le pouvais au contraire, j’ai voulu me faire l’interprète de cette évidence, telle que je l’avais vu s’afficher sous mes yeux. Et ma foi, voilà :

Après midi à la maison de pêche
Les volets ne laissent passer qu’une torpeur lumineuse. De la plage montent des voix. Je les ai quittés, navrée, je dois rentrer en ville. Ils étaient allongés et ont tendu leur bras et leurs visages pour me dire au revoir. Jacques a dit : « vraiment ? »
J’enlève mon maillot et fouille dans le tas pour retrouver ma vêture citadine. La porte s’ouvre dans mon dos. Je me redresse, entre gêne et bonheur.
Il s’approche. Un pas surprenant. Je me raidis un peu, interrogeant ce bruit.
Il est dans mon dos, et ses mains se posent avec les miennes sur mes seins. Je le sens contre moi, mais ces mains ! ce ne sont pas les bonnes.
Et comme j’avale l’air, je l’entends, cet idiot : « excuse moi, c’est une erreur »

vendredi, mai 25, 2007

Sur paroles plurielles http://courmarine2.canalblog.com - "Le mouvement international ATD Quart Monde lance une déclaration intitulée Refuser la misère, un chemin vers la paix. Pourquoi ne pas consacrer une consigne à ce sujet….

Que ce soit clair: je ne souhaite pas transformer PP en une tribune politique ou de polémique sociale….. Alors oui, je vous propose de vous laisser "prendre" par une photo que m'a transmise Arthur. Non pas pour écrire un texte "moral" sur la pauvreté, mais pour écrire VOTRE texte à vous que vous inspire cette photo. "

Je ne peux parler de l’intérieur de la grande pauvreté, et je me refusais à faire du sordide parce que ce serait contraire à l’esprit d’ATD. Alors, bien sûr, ce qui en sort est très mineur, un peu fade, loin de la réalité etc… mais elle m’a plu cette femme, et je voulais lui donner un peu de banalité légère.


Le samedi c’est plus tranquille, il y a moins de monde, et personne ne passe le nez par le trou de la clôture pour nous voir. Enfin, c’est pas que ce soit fréquent. Non, c’est plutôt les « aides » qui ne déboulent pas.

Mais le samedi Raoul et Leïla sont sur le marché, pour les manutentions – Pablo est parti jouer devant les cafés de la rade – et Mauricette et Carmen pour lire dans les mains sur l’esplanade du Casino. Qu’est-ce que je vais faire de vous, les niots ?

- Julien ne mets pas ta main dans la bouche. Ecoutez mes doux, vous restez sages, je vais demander à Ali s’il veut venir passer l’après-midi avec vous. Mais vous promettez de ne pas sortir, de jouer ici, de ne pas le faire courir.

- Tu as raison Deliah, il raconte de jolies histoires mais tu ne le fatigues pas, hein !

- Oui, je dois sortir. La « madame » elle m’a demandé d’aller aider sa mère qui reçoit ses amis dans son jardin. Elle est belle votre maman, hein ! heureusement que j’ai cette robe. Comme disait maman avec une robe noire on est toujours élégante

- Oui Deliah je rentrerai avant la nuit. Et peut-être avec une surprise. Et puis, comme il fait beau, nous irons tous sur la plage ce soir, quand les touristes seront partis.

- Oui, c’est beau la plage quand elle est à nous. Peut-être que les gars passeront, et Mariana racontera des histoires, et Pablo chantera. Et toi aussi Deliah si tu veux. Vous allez voir ça va être une bonne journée.

Bon, tout est en ordre, si Madame Caccioli passe, elle fera un bon rapport.... Mes sacrées chaussures ne sont pas l’idéal pour le chemin, mais elles étaient si belles...

samedi, mai 12, 2007

Paroles plurielles de la quinzaine (http://coumarine2.canalblog.com/) , cette photo et la phrase « seule l’écriture me (nous) sauvera de la gueule de bois », que j’ai bien du mal à faire mienne, car me semble un peu péremptoire, en ne dépassant pas deux cents mots (je crois, lisant les autres textes, que cette contrainte m’était personnelle) - bon voilà :

Grandir enfin

Vieux Jean je relève la tête, tu vois – et tu es là, merci, vieux Jean, comme autrefois, avec tes yeux fendus, tes grosses paupières et tes mains griffes, qui m’avaient déplu et qui me sont devenus familiers et chers, plus chers encore pour les plaisanteries que tu m’attirais.

J’ai grandi et vieilli, vieux Jean, mais je suis bien contente de t’avoir retrouvé dans la vieille maison. Parce que je ne peux plus pleurer à grandes goulées, ni crier, ni taper du pied. Tu te souviens ?

Pas si vieille, vieux Jean, pas comme ils le croient, et je continue à me passionner, à croire, à vouloir, à espérer et à me tromper, toujours. Et je me retrouve toute vide, après.

Je te regarde, et je revois l’adolescente un peu bétassou que j’ai été. Tu sais, j’ai envie, comme alors, d’essayer d’exorciser ma peine, ou ma rage, en me racontant des histoires. Oui - peut-être - je crois - seule l’écriture me sauvera de la gueule de bois.

Et si je me récupère, vieux Jean, avec amour, je te jetterai. A mon âge, il est temps.

samedi, avril 28, 2007

Pour paroles plurielles : http://coumarine2.canalblog.com cette photo de Jean Sébastien Monzani, qui, selon la consigne, n’aurait rien à voir avec la première phrase qui devait être : « ma voiture n’a pas démarré ce matin »

Conférence
« Ma voiture n’a pas démarré ce matin… » j’ai soufflé cela, assez fort cependant pour être entendue de tous, face aux visages neutres, désapprobateurs ou étonnés qui se tournaient vers moi, debout sur le seuil, un peu déstabilisée par mon petit saut de rétablissement puisque, bien entendu, j’avais trébuché sur la dernière marche - seule, face au groupe qui avait eu le temps de se constituer pendant mon quart d’heure de retard, majoritairement masculin, avec cependant une femme de mon âge, un peu large, assurée, regard neutre sous une souple permanente blonde, ongles peints et bagues, tailleur affichant son prix et la neutralité de son style et, un peu plus loin, une longue trentenaire, chignon strict, long cou, fin visage dont le profil ne pouvait être qu’aigu, des yeux aussi bleus que froids, qui me toisait avec un fin sourire légèrement condescendant. La conscience que j’avais de la déroute de mes cheveux, de la rougeur qui menaçait si visiblement de m’envahir, a atteint, puis dépassé, le niveau de la panique, et, enfin, mon pouls s’est calmé.
En glissant le long de la table de conférence, accompagnée de quelques murmures polis, et de quelques sourires, jusqu’à la place libre que j’avais repérée sans en prendre conscience, je me suis demandée ce qui m’avait amenée à prononcer cette phrase : besoin de s’excuser sans doute – certes - mais aussi d’être conforme, que mon excuse me range parmi vous, dans votre normalité.
Je me suis assise, en prenant bien soin que ma chaise ne racle pas les dalles, j’ai sorti mon dossier, écoutant pour déterminer à quel point de la loi, de l’étude de sa mise en pratique, ou, pour certains, des failles qu’elle pouvait présenter, je vous avait interrompus. J’ai levé la tête en entendant évoquer un article que j’avais trouvé spécialement intéressant, pour créer effectivement une certaine clarté, un apaisement, et je t’ai vu, assis en face de moi, avec un petit sourire ironique, mais bienveillant, les sourcils très imperceptiblement levés. Le temps d’un échange de regards, je t’ai remercié, intérieurement, parce que tu n’allais pas souligner, même en plaisantant, cette vérité : l’inexistence de cette voiture que je venais d’accuser, et puis j’ai levé un peu la main et pris la parole.

écouté dans la journée un vieux CD de Rostro et Britten, et ce soir France Musique en hommage à Rostro, avec des musiques d'intérêt varié, et pensé bien sûr à lui, et à Sakharov

dimanche, avril 15, 2007

au saut du lit ce matin, ma contributions à Paroles plurielles, http://coumarine2.canalblog.com, manquant totalement d'un sens profond - défi : un texte ne dépassant pas 2000 caractères, sur l'impulsion de la double photo, commençant par "et maintenant ça suffit" et comprenant les mots, corbeille, citron et cathédrale. J'aurais sans doute dû laisser les citrons murir.


vacances en couple

« Et maintenant ça suffit ! »
Martine a ramené ses pieds vers elle, sur le banc, et a entrepris de les masser.
Julien, assis sur le banc d’en face, l’a regardée en souriant et puis, répond : « de toute façon, on déjeune maintenant, non ? »
Il se penche et ramasse le sac de toile jaune effondré sur la terre entre eux, l’ouvre et sort des paquets qu’il pose à côté de lui , ouverts ; il trouve des tranches, fines à s’en déchirer, d’un jambon pâle et odorant, puis des bandes de jambon cru rouge foncé. Il lève les yeux vers elle et la regarde en souriant avec approbation. Et comme, à la suite, il trouve trois petit chèvres en file, un gros triangle de tome, et, dans un petit pochon de plastique, de grosses crevettes, il remarque : « tu as aimé le petit marché de la place, sous la citadelle, non ? »
Elle tend la main « passes moi une tomate, tu veux ? Dans l’autre poche »
Il sort les sacs de papier, trouve des pèches, puis des tomates et, dans le fond, des citrons allongés et d’un jaune brillant, et un dernier sac qui contient des échalotes grises qui lui semblent minables.
« Tu veux qu’on mange ça, là ? »
« C’est un petit vieux qui était assis à l’écart avec ses paniers. Il avait un joli début de barbe, ils sont forcément bons. Pour les corbeilles de ma cuisine ».
Il roule avec soin une tranche de jambon, elle se penche pour mordre dans la tomate, et, en se redressant :
« mais la cathédrale m’a épuisée. »
« Tu n’avais pas besoin de grimper dans la tour – moi j’ai aimé »
« bien sûr, tu es resté sur une chaise, jambes allongées, avec un air béat ».
« je regardais la voute, la forme des nervures le long des doubleaux ; je goûtais la fraîcheur et le calme, et j’écoutais le gars et son harmonium. C’était bien, tu sais »
« Oh j’ai entendu, c’était « ton » choral, mais je préfère la transcription sur laquelle tu t’échines à longueur de soirées »
Et, quand ils ont fini de manger, ils descendent cote à cote vers le fleuve, et s’allongent dans l’herbe.

vendredi, mars 30, 2007

dernière consigne de Paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com : un texte de moins de 2000 signes, commençant par "j'ai presque une heure d'avance" et s'inspirant de plus ou moins loin de cette photo (et c'est d'assez ou de très loin).
"jour d'été de 1941"
J'ai presque une heure d'avance - j'ai encore une longue heure devant moi, et puis cette cérémonie, tout ce temps... Je rêve - ne restent que les chaussettes et les chaussures.
Maman doit s'inquiéter de l'effet qu'elle va produire. Je rêve...
Choupie, elle, est, j'en suis sûr, un peu recueillie au milieu de l'excitation de sa soeur, de ses amies, de cette parure qu'elle croit nécessaire. J'imagine leurs rires - je rêve. Et c'est pour moi... Nous sommes un petit bloc de bonheur dans un monde bouleversé. J'ai un peu peur peut-être. Je rêve.
J'ai rêvé trop longtemps. Mes pieds - la chambre est payée, ma torpédo démarre, une place au bas de la rue qui grimpe vers la façade rose de l'église.
Le soleil est radieux. Les haies embaument. Mes vieux parents sont là. Maman me couve du regard, admirative et tendre ; elle soupire mon prénom et ses yeux se promènent sur son fils, et puis s'arrêtent : "Tu as vu tes chaussettes ?"
C'est vrai, le trou que je pensais caché dans ma chaussure apparaît sur la cheville. Alors, assis sur le trottoir, nos sabres d'uniforme posés à côté de nous, mon témoin et moi nous nous déchaussons et procédons à l'échange. Et il se relève, s'époussette, paré d'un chaussette trouée et de ma gratitude totale.
pour la tribu si elle passe, je viens de réaliser j'aurai dû mettre, si on admet une part de vérité, un jour de 1940 et non jour d'été de 1941 non ?

samedi, mars 17, 2007

"Il faut que je vous dise... j'ai menti" - avec cette photo c'était le thème des Paroles plurielles (http://coumarine2.canalblog.com)

Il faut que je vous dise... j'ai menti ! Je ne suis pas partie à Houston. Sans nouvelles, si vous vous en êtes aperçus, vous aurez pensé que j'étais comme ça, nonchalante en amitié.
Il faut que je vous dise... j'ai menti et je suis là, dans un paysage d'une douce normalité. Je l'ai aimé. J'étais mon amie et mon étude. Je voulais...
Il faut que je vous dise... je me suis menti. Je ne sais plus rester ainsi, et puis je n'en peux plus d'ascétisme.
Il faut que je vous dise, je me suis retrouvée, moi et mon vide - et quand vous aurez cette lettre, on aura ressorti mon corps de la si douce eau à laquelle j'ai fait face, à m'en pénétrer, jour après jour.
Ne regardez pas ; je serai laide. Et pardonnez moi si je n'ai plus que la pudeur très médiocre de mon jeu infime avec les phrases.

Bon, je suis là, et j'ai trouvé cela dans "celui qui ne m'accompagnait pas" de Maurice Blanchot - "La solitude était, je le crois, le mieux exprimée par cette gaieté : un léger rire de l'espace, un fond d'extraordinaire enjouement qui supprimait toute réserve, toute alternative et qui résonnait comme le vide de l'écho, le renoncement au mystère, l'ultime insignifiance de la légèreté..." J'ai aimé, et j'ai découvert qu'il fallait lire Blanchot à haute voix.

samedi, mars 10, 2007

pour Paroles plurielles (http://coumarine2.canalblog.com ) Coumarine a trouvé quelque part sur le web cette photo et l'a proposée comme base pour un texte commençant par "ça fait huit jours exactement", et au lieu de renoncer définitivement j'ai commis, pendant que mes cheveux séchaient, ce qui est mon nouveau four.

Ça fait huit jours exactement que la porte de la boutique est close, et que mon chemin a perdu cette station, mon petit lumignon dans la grisaille - j'allais vers elle et je la quittais, et ma déambulation quotidienne y trouvait un pôle, à la lisière du labeur.
Ça fait huit jours exactement qu'au dessus, à la place de la fenêtre et des rideaux de tulle que sa main écartait, il y a ce panneau, qui commence déjà à se détacher, qui va bientôt flotter au vent.
Souvent je vois le Louis sur le pas de sa porte, ou par la porte-fenêtre à coté, qui regarde au dehors, pipe au bec, dans le vague. Il sourit un peu ironiquement, du moins je crois.
Je passe, très digne, et j'enrage, par pour le sourire, non, ce n'est que la suite de notre petite guerre, non, mais parce que : l'idiot, qu'a-t-il fait ?
Et l'autre jour il a fait deux pas vers moi, je me suis arrêté, il m'a salué, rire bourru, et alors nous avons parlé un peu, du temps, de la pèche, du maire, de tout sauf de la maison.
Je repartais, pas allongé en prévision de la côte, et il s'est décidé et il m'a crié : "Elle ne reviendra pas - elle a mis en vente - elle en avait marre de nous. Va falloir trouver un repreneur, mais... alors, moi, par dessus le panneau de l'agence, je l'ai mise, elle, là-haut. Qu'est-ce que tu en penses ?"
Et j'ai pensé : le salaud, il l'a eue et l'est pas fichu de la retenir - mais c'est vrai : devait l'aimer, il l'a réussie.

En commentaire, hier Bruno Lamothe (http://www.changer-le-ps.com ) faisait allusion à la campagne des "porteurs d'eau" qu'il détaille dans un billet (puis-je vous suggérer d'y aller voir ?).

quand une eau fait le bonheur des moustiques, des mouches et des rats, nous n'oublions pas que des hommes vont la boire aussi.
Ces mots et la photo proviennent du site d'Action contre la faim : http://www.actioncontrelafaim.org qui présente un dossier sur l'eau avec l'image d'un flacon très parfum de grand couturier, pour illustrer ce qu'elle a de précieux.