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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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samedi, août 08, 2009

utilisation paresseuse
A l’initiative de Jérôme Denis (de Scriptoplis http://scriptopolis.wordpress.com/ ) et François Bon (Tiers livre http://www.tierslivre.net/spip ), le premier vendredi du mois est l'occasion d'un Grand Dérangement ou de vases communicants : un blogueur écrit chez un blog ami, et vice versa. Et pour ce vendredi d'août François Bon avait eu la gentillesse de me proposer un échange, en me suggérant une compilation de mon mois de juillet en festivalière.
J’ai pensé à l'heureuse surprise des lecteurs de "paumée" … et puis j’ai pensé à moi, et me suis trouvée bien embarrassée. Comment résumer, tirer quelque chose de longues tartines journalières notées sur le vif et d'une masse de photos (à la qualité brigetienne) alors que je stagne dans la dépression post-festivalière, corps et crâne en panne, me risquant tous les deux jours à peine dans les rues d'Avignon, dont la torpeur n'est plus secouée que par le passage de cars de touristes ?
En fait, heureusement vu le piètre résultat, il semble y avoir incompatibilité entre nos messageries ou les fées s’en sont mêlé, ma tartine ne lui est pas parvenue, et je n’ai donc pas reçu de texte de lui. Seulement, paresseusement, même s’il s’agit d’une redite, je m’en sers. Telle que. Parce que, même si ce n'est pas évident, j'ai mis un certain temps pour arriver à ce premier début de bilan.
Pendant un mois, suis sortie de mon antre pour profiter, juste un peu au delà de mes possibilités, de la "ville du théâtre", avec les consommateurs purs, les spectateurs plus ou moins élégants (avec désinvolture) de la cour d'honneur, et du "in", et dans ce dernier les amateurs (dont je suis) des petites formes, les habitués, les appliqués ou gourmets, ou engagés, ou professionnels, peu ou prou, (qui assistent aux conférences de presse avant les spectacles dans la cour de Saint Louis, aux émissions de France Culture qui, cette année, avaient lieu dans le nouveau conservatoire, aux débats variés, les plus agréables et intéressants dans la cour de l'école d'art, aux colloques, aux conférences.), ceux qui hument l'atmosphère de la ville, la foule, les parades, les bateleurs de toute qualité dont les désespérés, les acharnés du off qui arpentent les rues avec le gros catalogue, un plan, une montre et une bouteille d’eau et s'y perdent parfois, les spectateurs d'une belle programmation de films libanais, palestiniens, israéliens dans la salle d'Utopia, et l'attente et l'après film dans la cour, et ceux qui dégustent le charme et la belle qualité des lectures dans la canicule ou la délicieuse nuit de Calvet.
Je n'ose parler des spectacles de la cour d'honneur, mon impression désabusée (mais pas de sortie en fureur, juste un peu d'ennui) n'est pas en accord avec les critiques que j'ai lues, et n'est que la réaction toute personnelle d'une vieille amatrice inculte de théâtre, qui a beaucoup vu, et finalement pas si peu retenu (le festival il y a une quarantaine d'années, et une habitude de l'Odéon, la Colline, les Amandiers de Nanterre, Bobigny, Créteil, le théâtre de la Bastille et les Bouffes du nord principalement), et qui a besoin, pour endurer physiquement la durée des spectacles, outre l'entêtement et le désir de tester son endurance, d'être un peu distraite des refus parfois véhéments de sa carcasse par la force de ce qui est là, devant elle. Et à vrai dire, je dois me souvenir de moments d'acquiessement, des beautés de certains textes, de certaines images, de l'intelligence de partis pris de départ dans l'abord des textes, pour ne pas céder, la fatigue aidant un peu, au bougonnement de la vieille baderne devant la prétention de jeunes gloires qui y perdent le souci de l'os, du rythme, de la juste mesure entre le coup de poing et l'éparpillement, et de ceux dont la marque est la provocation tout de même très, très, relative et un peu obsessionnelle.
Pépites -
Des moments de bonheur, d'intérêt, ce qui me revient en première analyse.
La magie terrible et somptueuse des "inepties volantes" de Dieudonné Niangouna (accompagné par la musique de Pascal Contet et celle, douce ce soir là, des merveilleux platanes) dans la nuit du cloître des Célestins - je retrouve ce que j'ai noté : "Le texte s'essaie à l'énonciation, à la simplicité efficace et puis les images viennent peu à peu et les souvenirs et cela devient littérature très raffinée dans sa construction, poésie sans gratuité et c'est bien...L'accordéon enfle, en un son continu comme un monde dur de moteurs, et il est repris, amplifié. Début de récit et la langue se déploie, se trivialise, se disloque sans perdre le sens. Un peu plus tard, souvenirs d'enfance, en guerre, de Bukowski, l'ami, pas l'autre le connu, et de "nous avons tué ce juif de Socrate", de la ville où "les bonnes soeurs avaient planté des cochons dans la nature". Les ninjas et le rêve d'un royaume de sans bras… Violence de l'accordéon. La parole se fait oratorio et toute l'Afrique ou presque et sa littérature défilent… Des éclairs de lumière sur les parties hautes du cloître. Niangouna se tapit au bas d'un platane, près de Cointet, des onomatopées. Duo violent de l'instrument et de la voix, puis les mots émergent, s'imposent, seuls, lyriques…. Retour à un discours presque direct, simple, pour une fin de massacre. Langage de la rue transfiguré. Le lyrisme et les images sexuelles ou simplement horriblement violentes reviennent. Avec toujours un détachement. Les images se télescopent. Violence, tragique, colère et plaisir grand de cette langue. De plus en plus violent, de plus en plus lyrique. Les tueurs. Choc du corps se jetant sur un panneau métallique comme un gong. Et cela continue."
Malgré mes ennuis de transport, et ma petite crainte d’être pour une fois déçue, l’ »Ode Maritime » de Pessoa, la beauté du texte et sa violence croissante, l’apparente austérité, les infinies nuances données par Jean-Quentin Chatelain
Une des déclinaisons de l'antiquité qui servait de base, de déclencheur, à plusieurs spectacles avec "sous l’œil d’Œdipe » de Jouanneau que j’ai aimé, qui murit dans mon souvenir - la guerre bien sûr, l’exil, le goût du pouvoir, et surtout le poème des rapports fraternels (dans tous les sens du mot), et la belle équipe d’acteurs.
La colère efficace, l’ironie féroce, face au mensonge de sa et notre société, de Pippo Delbono et son esthétisme.
Un petit spectacle doucement dérangeant sur l’attrait de la mort, du détachement, d’un québécois, Christophe Lapointe, « CHS », malgré le trop lourd dispositif scénique imposé à ma chère chapelle des Pénitents blancs.
L’assez réjouissante insolence, l’apparente désinvolture, très (un peu trop) dirigée de la troupe de Dave Saint Pierre, et…. je me rends compte que cela pourrait s’allonger jusqu’à devenir de plus en plus insupportable, puisque j’ai vu un ou deux spectacles par jour pendant un mois, en dehors des lectures, expositions… et vie courante se glissant dans la ville réveillée.
La ville qui garde une effervescence réjouissante malgré une présence qui s’est intensifiée, depuis deux ans, des services d’ordre), le passage des paquets de foule aux petites rues presque désertes qui sont mon privilège d’avignonnaise, la recherche de l’ombre et le rayon de soleil sur la peau, et la chaleur solide où s’enfoncer (mais pas la clim que je fuis), le mistral qui ne fut vraiment méchant que la nuit de Mouawab, les tables où les gens s’attardent et les musiciens au coin d’une rue bien après minuit (et les enfants qui font du manège au lieu de dormir), les pas sonnant dans le calme vers une ou deux heures du matin, entre les belles pierres, après une journée ébouriffée, l’odeur des plantes dépassant des jardins, et celle des sacs d’ordure, les échanges paresseux, les cloîtres dans la nuit.
Trop longue suis, et sans grand intérêt pour qui n’a pas eu envie un jour de ce bain rituel. J’en reste là. Au cas où ceci n'est pas jugé décourageant, la chronique de chaque jour, brouillonne, illustrée, subjective trop, détaillée, peut être parcourue, en remontant dans le temps, à partir de http://brigetoun.blogspot.com/search/label/festival%202009 ou, pour en rester à l’aspect de la ville, les photos, dans une pagaille qui ne va pas si mal à la réalité, prises au gré de mes arrêts par mon petit appareil de fonds de sac ou de creux de main à http://picasaweb.google.com/celerier.brigitte/Festival200902
les festivals se suivant en se resemblant sur nombre de leurs aspects, les photos datent de 2007 et 2008.

samedi, août 01, 2009

31 juillet - petit revenez-y du festival en petits spectacles
la ville ne s'est pas totalement vidée (d'autant que les avignonnais rentrent) mais s'alanguit, en belle chaleur
Je suis partie dans l'après-midi, presque stable de nouveau, au Centre Européen de Poésie pour "Char, Camus, ou les deux soleils de Sénac", une petite évocation de la trajectoire de Jean Sénac et de ses rapports avec ses deux aînés bienveillants.
Un court témoignage filmé de Jacques Miel, le fils adoptif, et un montage de textes et de lettres. dits par une jeune actrice qui donne sa ferveur à Sénac, un pianiste qui dit assez gauchement (mais avec toute la solidité fraternelle possible) les quelques interventions de Char, et un saxophoniste (boulanger également) qui a l'autorité paternelle, l'amitié amicale, puis le refus de l'engagement radical du jeune poète dans la lutte pour l'indépendance algérienne, de Camus.
Je me suis interrogée sur la rencontre qui ne semble pas avoir eu lieu , ou avoir eu de l'importance, entre Sénac, mort assassiné en 1973 en Algérie pour laquelle il avait opté comme étant évidemment son pays, et Jean Amrouche.
Je suis passée à la FNAC prendre deux billets pour le Tremplin Jazz de la semaine prochaine et suis rentrée dans mon antre fraîche, rencontrant encore quelques derniers distributeurs de tract (les spectacles de la soirée du 31 qui jouent encore et quelques uns qui persisteront encore aujourd'hui) et suis partie à la recherche de poèmes de Sénac qui n'est plus édité.
J'ai trouvé des fragments dont
...."Entre deux draps
De la margelle au cratère.
J'ai cru rêver : je mâche
Le miroir de la mort.
Et tous mes os sont faits de ces déchets d'empires !
Tes yeux, s'ils existent quelque part, qu'ils pilotent mes requins !
Il suffit que tu me nommes,
Je serai nu."

je suis partie, dans le début de nuit, traversant une place de l'Horloge qui se désemplit
vers la Cour du Barouf
pour une agréable surprise, "la nuit des rois", pièce que j'aime pour sa gaîté et son ambiguïté, jouée par les élèves de troisième année de l'Académie internationale du spectacle qui, dit le programme du off "s'en donnent à coeur joie dans cette pièce maîtresse de l'oeuvre de William Shakespeare. Chants, danses, pantomimes, duels, cascades sont au rendez-vous, le tout conduit d'une main de maître par Carlo Boso et toute l'équipe artistique de l'AIDAS"
Ils jouent cela sur un tréteau, les acteurs qui ne sont pas en scène attendant sur des chaises sur les cotés, comme une commedia del arte très stylisée, chorégraphiée, de façon directe mais avec l'intelligence de respecter le texte dans les scènes entre Césario-Viola et le duc ou Olivia, et toute l'ambiguïté légère est dans les mots spirituels de Shakespeare, traitant de façon carrément bouffe (sans trop de lourdeur, il n'y a pas de hiatus) les autres rôle. Sans demander de recherche, il suffisait de les suivre pour y prendre plaisir.
J'ai retrouvé les acteurs dont les silhouettes et les costumes m'avaient séduites dans les rues du festival. Ils avaient une joie de jouer communicative, et étaient très fiers d'annoncer qu'après cette représentation ils devenaient une troupe qui semble-t-il a une tournée prévue.
retour dans les petites rues où ne restent plus que quelques passants et les affiches, sur lesquelles les services de la ville vont s'escrimer.
J'ai renoncé à faire un détour par Lambert pour assister à la fin du premier des concerts gratuits prévus pour ce week-end, celui (électro) qui me tentait sans doute le plus, m'arrêtant pour écouter, seul survivant au débouché de la rue Peyrolerie, les notes claires et rondes de la musique d'un jeune brésilien que j'avais déjà entendu à l'entrée du Verger d'Urbain V.

jeudi, juillet 30, 2009

29 juillet - festival avorté, fureur rentrée, perplexe et migraineuse - légende à l'orée de la nuit
une belle journée de ciel bleu dur et de chaleur ronde.
Repassage le matin, et place retenue, de l'autre coté de la place, au théâtre de l'Oulle; pour un Tartuffe version "commedia del arte" selon le programme - décidée à ne pas penser à certains Tartuffe comme celui, il y a déjà longues années, aux Amandiers de Nanterre, avec Daniel Auteuil, et a prendre tout rondement mon plaisir.
J'ai payé ma place (une des plus chères du off), suivi une file joyeuse, derrière une famille et des enfants vivants sans excès, eu un petit choc en franchissant la muraille froide, senti peu à peu ma peau s'assécher, ma nuque protester et une migraine s'installer, attendu jusqu'au début pour voir la première scène avec des acteurs plutôt bons (ne leur ai pas laissé le temps de me plaire ou le contraire), un tréteau de bois et du rouge à joues, et suis sortie titubante intérieurement.
(photo sur le site du festival off)
départ en colère souriante, l'équipe étant aimable et n'y pouvant mais. Un endroit à rayer pour moi, sauf peut-être le soir (à ajouter à Utopia, au théâtre et au petit palais), et plus de budget ni de programme sous la main pour autre chose. Rentrée, aspersion; doliprane et tentative de sieste.
Suis-je la dernière carcasse capable de vivre comme dans ma jeunesse, ou les temps plus anciens, naturellement, et incapable de supporter les ventilateurs dardés et les clims excessives et mal réglées ?
En écoutant d'une oreille qui se voulait distraite des informations qui me déplaisent et auxquelles je ne peux plus grand chose (à part se faire plaisir en signant des pétitions) lu les sentences caustiques, humoristiques, rêveuses de "ABC d'R" d'Alain Helissen
"Ramasser
un caillou sur la plage, le faire rebondir sur l'Océan jusqu'à ce qu'il s'immobilise sur une île à côté d'un dinosaure intrigué....
Retrousser
une montagne pour voir ce qu'il y a en dessous....."
http://www.publie.net/tnc/spip.php?article162
Je suis partie, en début de soirée, croisant les derniers distributeurs de tracts,
vers la Condition des soies, puisque les taïwanais, faute des Funambules qui a fermé cette année, et qui était mon cher et très piteux théâtre de proximité, s'y sont installés.
y gagnant un cadre moins décrépit (euphémisme) et une scène plus grande, pour un vrai beau spectacle (je trouve)
"Hampa - la déesse de la sécheresse" par la Compagnie MaxMind.
(mauvaise reproduction de l'affiche qui est offerte, avec un rouleau-programme et un billet raffiné)
"Ayant épuisé sa force divine, Hanpa, déesse de la sécheresse, erre dans le monde des humains qui la chasse pour éviter la sécheresse. Ce voyage finit par la conduire sur une petite île aux confins du monde où elle comprend enfin les raisons de son errance. Pour créer une atmosphère de merveilleux, la mise en scène a recours principalement à la musique traditionnelle chinoise, à la musique contemporaine occidentale, aux marionnettes et au tap-dancing. Ce spectacle est conçu comme un rouleau de peinture chinoise qui se déroule sous les yeux du spectateur" dit le programme du festival off d'où vient cette photo plus satisfaisante .
et c'est un régal (j'avais mal, mais j'ai serré les dents parce que je trouvais que ça en valait la peine) - théâtre chinois revisité (expressivité des visages, mouvements des mains, attitudes), harmonie des gris et des maquillages blancs et noirs, intelligence des quelques projections de dessins à l'encre en fond de scène sur lesquels se détachent les acteurs, parfois figés, mélange de musiques, de voix de tête, de chinois et du français délicieux de la seconde actrice (celle qui est, entre autres, l'oiseau ci-dessus), danse figurative et stylisée, absence de la guimauve qui teinte parfois leurs spectacles, légende, effroi, et comique léger et bonhomme. Rien ne pèse, et le plaisir esthétique est total.
Après la guerre des dieux (j'en reprends un dans mes photos de la parade d'ouverture),
Hanpa se résout à s'éveiller au monde réel (pepsi), nouveau chaos d'où l'on doit tenter de faire surgir le bonheur.
retour de moins en moins femme saoule en avançant, à travers les beaux restes d'animation.

mercredi, juillet 29, 2009

28 juillet - à coté du festival, de la ville, de la journée
J'ai trouvé, en raclant bien, un restant de force ou d'énergie, ou d'envie, pour aller en fin de matinée, tout à côté, dans la belle chapelle des templiers du Petit Louvre, assister, un peu au hasard, au spectacle de Khalid K
sur le programme, ceci qui, avec la proximité, m'avait tentée, tout en sachant que rien n'est plus trompeur que ces quelques lignes présentant les spectacles
"Il invite le public à un voyage musical, ludique et poétique. Paré de sa voix, de trois boîtiers enregistreurs et de quelques accessoires, il est seul sur scène, mais il semble plusieurs à se dresser devant nous. Il construit, au fil de son histoire, qui devient peu à peu la nôtre, un paysage sonore d'ici et d'ailleurs. "Je suis une ferme, je suis le ressac, je suis un cow boy, je suis la jungle, je suis le village rassemblé le soir autour des souvenirs des anciens..." KHALID K
et; cette page, trouvée au cours d'une très brève recherche avant de partir, http://www.loreilleenfeu.fr/archive/2009/01/15/khalid-k-bruiteur-chanteur-musicien-conteur.html (d'où provient cette photo)
et c'est drôle, sans vulgarité ni méchanceté, c'est une vraie musique de voix, de bruits, démultipliés, superposés, opposés, très souvent belle - des enchaînements souples, des reprises. Il mime ou évoque de loin, il passe du haut de contre baroque au vieux coq, à la porte qui grince, à l'avion de passage, la trompette tibétaine, le chanteur country, le pistolet, les campagnards se hélant, le chant classique arabe, le bombardement etc... et avec une bande préenregistrée et celle qu'il enregistre et passe en léger différé il crée des dialogues, des symphonies, des foules. Un très joli moment (avec juste une fin qui s'effiloche un peu)
et puis, après le déjeuner, me suis enfoncée dans un sommeil dont je n'émergeais que pour y retomber, abandonnant les quatre pantalons et les blouses amples aux teintes toniques de mon tas de repassage, toute idée de nouvelle sortie dans la ville, toute lecture.
J'ai trouvé, en émergeant pendant que le soir tombait, plusieurs vidéos de Khalid K sur myspace, dont celle ci qui reprend plusieurs moments (il en manque de très bons qui sont peut-être sur les autres) du spectacle http://vids.myspace.com/index.cfm?fuseaction=vids.individual&VideoID=34293796
J'ai finalement, le soir descendant, repris "le verbe" dans "Interzone" de Burroughs
"Alors je rameute mes vieux potes et on passe de chouettes soirées à écouter la machine à laver nous seriner Sweet and Low et Lessiveuses's Boogie ; et la sinistre écrémeuse, vivant fossile, aussi aigrie que du beurre de yak rance, cavale après l'aspi; feulant tel en léopard. La banlieue renferme assez d'horreurs pour rassasier un millier de castrats..." (passage tout public)
et je pense qu'il me faut une forme plus lisse, j'hésite, ouvre des livres ou des fichiers, j'oublie mon but et c'est "l'enfer est vert" de Leslie Kaplan http://www.publie.net/tnc/spip.php?article227 (pour présentation, premières pages, achat éventuel) et après la fin de ces 42 pages :
"et pour le dessert
é goiabada cascao com muito queijo,
une goiabada avec beaucoup de fromage
dépois café, cigarro é um beijo
de uma mulata chamada
..
et après le café une cigarette et un baiser
d'une mulâtre qui s'appelle
Léonore ou Dagmar...
les oubliés
ils ont des rêves
d'enfants

l'enfer est vert."
je m'installe devant "Falstaff" de Verdi.

mardi, juillet 28, 2009

27 juillet - prolongations Festival
La nonchalance gagne et il y a maintenant des heures creuses pour les terrasses.
Ai passé un nez dans le cloître Saint Louis, un peu avant le début de la conférence de presse bilan, et puis ai décidé que l'achat de shampoings, huile pour le corps, sopalin, coulis, pâtes, bonbons, collants; éponges etc... était plus important.
Dans l'après-midi, suis partie, sous un ciel douteux,
vers l'Île de France, ou plutôt ma chère chapelle du miracle, où se tient, en relation avec les spectacles de Raharimanana et Rachid Ouramdane (je me demande pourquoi on supprime régulièrement le prénom du premier ce qui fait que je n'arrive pas à savoir s'il se nomme Jean-Luc ou Jean-Louis), une exposition, montrant quelques photos d'archives de 1947
ou de portraits par Pierrot Men, maintenant, de quelques combattants de 1947, avec des panneaux présentant un texte d'accompagnement de Raharimanana.
"Silence pèse sur la mémoire. Les langues se délient. Des hommes et des femmes voudront comprendre. Des hommes et des femmes, au delà de frontières et des rapports de force voudront savoir..."
ainsi qu'une vidéo des interviews recueillies par Ouramdane, qui lui ont donné des matériaux pour "des témoins ordinaires", portraits de personnes en souffrance "colonisées, torturées, exilées" dont Gilbert Gabore qui a vécu, enfant, caché, le Rwanda.
"... et puis une sorte d'inconscience en fait. Parce que, peut-être que quand on est au coeur de ce genre de situations, on ne peut pas en prendre la mesure".
et puis pendant un long moment, le plaisir d'entendre Pippo Delbono face à son public, avec les habituels amateurs de pensée profonde, et de jubiler à tout ce qu'il disait : paniqué devant cette intelligence (le ton faisait tout passer) - cherche ses lunettes noires de metteur en scène - incapable de théâtre psychologique - la violence est dans le ventre - le fascisme est en nous, dans notre société - parle de l'Italie, parce qu'il n'est pas en droit de parler d'un autre pays (petite anecdote de l'attitude d'une femme dans une queue devant une caisse avignonnaise que j'ai goûté comme du miel) - non la charité, c'est pour Bill Gates (ou pour beaucoup d'entre nous), mais l'égalité, sans hiérarchie, et le don naturel - pour le théâtre, revenir à la simplicité - et puis oui il y a parenté entre capitalisme, gouvernement et maffia (toujours en Italie, of course...) avec fermeté et ironie souriante, cet homme est un cadeau.
Un certain nombre de théâtres et de spectacles ont fermé, ou s'arrêtent demain, et je m'y suis prise trop tard pour réserver une place pour "Hamelin" de Juan Mayorga par le Rideau de Bruxelles, au théâtre du Dom, dont c'était l'avant-dernière.
Finalement, je suis partie, à 10 heures, vers la Chapelle du Verbe Incarné pour voir un sympathique spectacle de danses urbaines (Bruk up la version jamaïquaine) "Boomerang".
(photo sur le site du festival off)
"Tout a commencé le jour où il n'est resté qu'un seul os, où les traders se sont fait la guerre, où les adultes ont donné en héritage des masques à gaz à leurs enfants, où les populations ont dû faire leurs bagages pour espérer ailleurs. Quand le retour du boomerang nous oblige à revisiter nos valeurs ..."
une chorégraphie acrobatique parfois très éloignée du thème qui est sensé être représenté, dansée par un groupe de jeunes pleins d'énergie et d'une belle virtuosité (pour les filles guère plus), un grand bonheur d'être sur scène et un formidable et beau danseur chorégraphe P-Fly.
Les petites terrasses, un peu avant minuit, se font intimes.

lundi, juillet 27, 2009

26 juillet - fin du "in" pour moi
après avoir beaucoup hésité, me suis propulsée, en cherchant les chemins détournés et à l'ombre, en tout début d'après midi, vers Benoît XII et "loin" de Rachid Ouramdane, un peu faute d'avoir vu son spectacle à Villeneuve, et puis parce que ce solo (qui date d'un an) porte sur un sujet qui a des résonances pour moi.
"Lors d'un récent voyage au Viêtnam et au Cambodge m'est apparue une autre façon de creuser ce sentiment d'être étranger.... je me suis souvenu des pages du carnet militaire de mon père qui avait eu à fouler cette ex-Indochine. ... je voyais qu'on me donnait la place d'un enfant d'ancien colon alors que ce qui liait mon père à cette Indochine était l'héritage d'une autre colonisation, celle qu'il a lui-même vécue en Algérie... Comment la violence des conflits armés nous rend-elle étranger ? Quelle sensibilité naît de cette violence ?"
(photo Erell Melscoët sur le site du festival)
Différents niveaux de textes, liés à différentes expressions du corps, de l'immobilité, danse lente au sol, danse minimaliste, marche, souplesse extrême à pieds joints, danse saccadée qui expriment la violence mais où je voyais surtout les courbes dessinées par les mains seules visibles avec un bout de visage sous la cagoule et voix off de la mère parlant des deux guerres d'Algérie (m'a-t-il semblé) de tortures et d'égorgements, sa voix enregistrée pour un petit rappel factuel, le texte très littéraire qu'il dit, les témoignages au Viêtnam; non des habitants et des vétérans, mais de jeunes américains d'origine vietnamienne venant à la recherche du passé de leur parent, et se découvrant en accord avec ce pays (et je pensais à un ami), avec seulement cet ancien caméraman des troupes vietnamiennes qui déteste la guerre, ne veut pas en parler à ses enfants et petits enfants et regrette de ne pas être parti en France. (et les enfants de ceux qui font les guerres, même quand ils vivent cette période, mais à distance, ont la même impossibilité de savoir ce qu'elles étaient, intérieurement, pour leurs pères)
Que ce soit le thème, que ce soit ces ébauches de danse et leur accord avec ce qui était dit, j'appréciais, mais, est-ce fatigue de ma part ? j'ai aimé, je n'ai jamais été touchée.
La rue des Teinturiers avait encore une langueur de début d'après midi dominicale.
Suis rentrée, par les belles rues désertes, en sentant que je me décomposais (mais j'ai été arrêtée, rue de la République, par un jeune "étudiant photographe" (spécialisation je suppose) qui devait aimer les bouilles défaites et m'a demandé l'autorisation de faire une série de portraits de mon pauvre vieux visage qu'il trouvait beau - intéressant j'aurais mieux compris - tellement ahurie que je n'ai pas pensé à lui demander son nom ou comment je pourrais les voir - tant pis mais ça m'a amusée et dopée pour les derniers mètres).
Je suis partie, en début de nuit, vers les Célestins, voir "un peu de tendresse bordel de merde !" de Dave St Pierre avec un peu d'appréhension parce que j'avais eu des avis enthousiastes, et que j'ai peur que cela fausse ma vision, que mon esprit de contradiction se manifeste ou non. La petite bronca pour me procurer un programme m'a délivrée, et me suis installée au premier rang, à côté de gens charmants.
Stéphane Lépine, dans le programme, parle de "notre incapacité à entrer vraiment en contact avec l'autre" de la stupidité de l'être humain "qui s'arrange toujours pour tomber bêtement amoureux et qui se lance à la recherche de cette putain de tendresse sans jamais parvenir à combler son vide affectif, sa solitude irrémédiable, sa déréliction amoureuse absolue"- et il y a les élans des filles, facilement hystériques, face à des garçons impassibles, ou capables de gestes tendres (un côté un peu tranquillement macho), il y a une dame en noir, très maîtresse, un rien bavarde, en anglais avec des traductions savoureuses, il y a les ébats parfaitement réjouissants des garçons nus et parés de blondes perruques bouclées, qui m'ont fait rire de bon coeur, en parfaite innocence (un petit revenez y des années 70), faunes gamins, pleins de grâce affectée et rigolards. Dave St Pierre dit "Je me découvre une fibre paternelle, qui voit ses ouailles sourire comme des petits fous sur scène à faire mille pirouettes, cabrioles et coups pendables."
Un petit moment de gêne seulement à un moment où sur le visage d'un danseur nu face à moi j'ai pris conscience de la réalité en fait parfaitement réglée de cette spontanéité. Visible aussi dans la lutte des filles entre elles.
Comme est très réglée la danse d'une belle énergie, ces moments où garçons et filles se jettent à terre ou les uns contre les autres (de très beaux portés), ce qui est bien entendu normal , mais se trouve souligné par des ordres criés ou des sonneries.
(photos Raynaud de Lage sur le site du festival)
Et puis, à ma grande fureur, un quart d'heures à peu près avant la fin, pendant qu'ils erraient tous autour d'une fille égarée, une petite douleur m'est venue qui m'a chassée, et la jeune femme qui m'a guidée à travers les loges ne m'a pas consolée en me disant qu'il y avait de très beaux moments dans le petit bout que je manquais.