sortir dans un matin au
ciel indécis, dans la douceur qui s'en vient, s'arrêter devant la
grande vitrine de Ducastel, se perdre dans les baies, les anses de
Guy Toubon, juste un moment, pour que vienne un désir de moiteur, de
murmure de la mer sur le sable, de bois craquant dans la chaleur...
continuer sur des jambes
indociles, les faire avancer à grands coups d'épaules, les injurier
silencieusement, avancer penchée un peu, bec légèrement ouvert
dans lequel s'infiltre l'air encore un peu froid, saisir de l'oeil –
et s'arrêter pour le garder – un rose fort et chaud qui parle
d'été
retrouver, un peu plus
tard sur son chemin, un rose doux et soyeux, regretter qu'il soit
impossible de s'y blottir
et pour une note rouge un
coquelicot qui garde le poids, la trace, de la dernière ondée de la
nuit.
Faire marché, bien lourd
– non, ce n'était pas le fromage qui l'était, les deux petits ne
pesaient guère, les filets de poisson non plus, mais patates,
légumes, bouteilles de sirop et pots de confiture – pour que les
protestations des bras et des reins prennent le relais des jambes
assouplies
et rentrer, coeur léger,
sous un ciel empli d'un bleu qui joue avec quelques nuages légers, avec de multiples arrêts pour changer de main, et reprendre souffle, jouer à voir
d'évocations d'un orient
proche (vertueusement, y résister, ne pas céder au plaisir des
doigts et du bec poissés de miel, au retour à l'enfance)
en évocations de savane,
de jungle..
ou de forêt exubérante,
avec dieux et perroquets...
jusqu'à voir des
palmiers, finement soyeux, se mêler à la ville.
Trier la récolte,
cuisiner, déjeuner, siester parce que cette fatigue surprenante est
toujours là.
Regarder avec respect le
tas de repassage.
Lire un peu pendant que le
jour s'en va :
Ai fait une infidélité
aux lectures en cours (suis entre plaisir des mots et idées et
blocage-esprit-vagabond-dans-le-rien en ce moment) pour des petites
incursions dans « la sorcière » de Michelet, nouvelle
édition chez Publie.net
http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505445/la-sorciere
(dont j'ai sans doute déjà parlé parce que c'est exactement ce que
dit Hervé Jeanney dans la fin de sa préface :
Michelet, conscience
hugolienne et scientiste à la fois, explose de colère, de sarcasme,
d’inventivité et de fulgurances dans ce livre unique. Dénonciation
de l’obscurantisme, de la misogynie, de l’exploitation des
faibles, c’est comme si l’ennui profond qu’il devait ressentir
en ces années dolentes de Napoléonisme (le III, pas le 1er)
venait lui fouetter le sang. Souvent, on se demande si le sujet
profond du livre n’est pas Satan lui-même, si souvent cité, et
dont Michelet n’a pas décidé fermement s’il était l’ennemi
absolu ou la providence de l’humanité. En cela, il sépare
clairement ces inquisiteurs plus bornés et dégénérés les uns que
les autres (pages horrifiques d’orgies en tous genres) du démon,
conceptuel, ironique et presque attachant. Michelet pardonne au
diable, pas aux hommes.
Vous n'êtes pas tentés ?
Et pour goûter Michelet,
au hasard, ce passage du troisième chapitre (le petit démon du
foyer), l'arrivée innocente de la sorcière au fond du moyen-âge,
de la campagne, avant les flammes, les scandales, la haine
Monde singulier,
délicat, des fées, des lutins, fait pour une âme de femme. Dès
que la grande création de la légende des saints s’arrête et
tarit, cette légende plus ancienne et bien autrement poétique vient
partager avec eux, règne secrètement, doucement. Elle est le trésor
de la femme qui la choie et la caresse. La fée est une femme aussi,
le fantastique miroir où elle se regarde embellie.
Que furent les fées ?
Ce qu’on en dit, c’est que, jadis, reines des Gaules, fières et
fantasques, à l’arrivée du Christ et de ses apôtres, elles se
montrèrent impertinentes, tournèrent le dos. En Bretagne, elles
dansaient à ce moment, et ne cessèrent pas de danser. De là leur
cruelle sentence. Elles sont condamnées à vivre jusqu’au jour du
jugement...










