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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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mardi, mai 25, 2021

Jour tranquille assaisonné d'un peu de Léo Ferré

Comme le ciel s'était fait blanc et comme le soleil s'était fait absent, ai recouru à celui de ma place, ai pris sourire carnassier en regardant un minuscule danseur dans une jungle métallique, y ai trouvé force d'un pas presque allègre.

Sur le chemin de mon retour, pendant que les terrasses se préparaient pour des convives au sang chaud ou bien couverts,


ai dérangé sans pitié un colloque assez animé faute d'y être invitable.


Le soleil est venu en début d'après-midi chauffer carcasse et le mur


Et puis, à l'heure du thé, pendant que la cour dormait sous la couverture grise revenue, pour accompagner une petite séance repassage, comme la veille j'avais fait une brève cure Brassens, comme m'étais venue, après colère navrée en pensant « politique » et « politique de l'éducation », une envie de Ferré et des Anarchistes et que cela s'était poursuivi par ses textes non chantés, même s'il les chante presque, les profère, la découverte, entre autres, de « Et Basta » (lire http://leo-ferre.eu/html-e/etbasta1.htm ou, comme moi d'abord, écouter les un peu plus de 35 minutes de https://youtu.be/VSPga8UBT24) avec, vers le début :

« Il y a l'amour... peut-être. C'est une solution, une solution à un problème qui reste un problème. Alors... Rien.
Une solution... Un problème... Par quoi commencer ?
On donne et on te prend. Celui qui prend a l'impression qu'il donne... Arrange-toi avec ça, si tu peux. Il y a derrière les yeux des gens, une cité privée où n'entre personne. Une cité avec tout le confort d'imagination possible. Les gens que tu vois chez toi, sont d'abord chez eux. Ils ne te voient pas. Ils se singularisent dans l'immédiate et toujours constante défense de soi. Ils ont peur. Ils sont terribles, les gens. Ceux que tu appelles tes amis, ce sont d'abord des gens remplis du moi qui les tient en laisse.
L'homme est un " self made dog "...
Il parle au centre du monde, et le monde, c'est lui.
Il transpire, il a une queue mais ne sourit pas avec, comme le chien. C'est tout et c'est trop.
L'amitié, c'est comme le ciment armé: on ne sait pas comment ça vieillit. J'aime les vieilles pierres. Elles ne transpirent pas
... »

et tout le texte vaut le coup, plus ou moins, et quand c'est moins cela fait que c'est bien... ensuite il y a des passages qui sont sans doute mieux, ou aussi bien, ou qui vous iraient mieux à vous, ou conviendraient à un moment, avant un éblouissement à venir ou un dégout ou un rien... il y a un peu plus loin, vers le milieu

« Je suis le porte-parole d'un monde perdu, présent pour moi, d'un monde auquel vous n'avez pas entrée parce que si tu y entres, dans ce monde, tu perds pied et deviens inédit. Ton foie, tes poumons, ton sexe, tout ça est à toi.
Ta tête, non. Si tu es fou, alors viens dans mes bras. Je t'aime.
68 68 68 68 68

Il y a des chiffres qui me font mal à mon dicteur. 68... Il s'en fout mon dicteur, il le connaît ce chiffre. Il l'a fait, comme on fait une partie de cartes. Les cartes, aujourd'hui, sont mêlées. Il n'y a plus rien qu'une certaine forme de dictature sentimentale qui vous arrange et qui vous endort pendant que les Autres veillent.
Vous êtes vraiment des cons et des malheureux. Ou bien alors, crève, paysan, crève et passe de l'autre côté de la rue, avec tes dieux, avec tes maîtres, avec tes pantoufles et tes clopes...
 »

plus loin

« Ce retour dans le bleu et cette façon de ne pas être dans le siècle tout en y roulant Cette descente vers les chiens et leurs paroles rassemblées »etc...


vendredi, mars 28, 2008

Peu, donc long.
Photos de la matinée de jeudi où j’ai pu sortir pour des courses hautement anarchiques (y compris une robe inutile, peu mais trop chère, et trop jeune, en accord avec une petite liesse intérieure) – blanc, jaune (sur la réclame désuète et l’énorme insecte) et bleu – et puis la petite boule entre roux et rose.
Me suis embarquée un peu avant minuit, mercredi soir, avec la voix et celui qui écoute les voix et bruits dans la nuit dans « où que je sois encore » d’Arnaud Maïsetti (déplacements – Seuil – son blog http://arnaud-maisetti.blogspot.com )
Ecoutant « les pas d’une histoire perdue encore – d’une histoire en retard de toute une vie, de toute une histoire à venir ; histoire venue s’échouer contre moi et les murs blancs de cette chambre semblant se rapprocher à mesure que la nuit s’établit dehors, dedans, partout. J’écoute encore, je regarde. Sur le monde plane le murmure amer de l’histoire – le murmure éparpillé des devoirs à se transmettre. Comme l’histoire possible de cet homme que je peux inventer….
« La voix du soir s’établit, la première voix de l’histoire de ce soir, et je pressens combien elle prépare toutes les autres qui la suivent, la poursuivent, en retard sur moi-même, en retard sur elle…
»
et dans la nuit qui m’entourait je l’ai suivi à travers les révolutions même petites, les façons d’écouter la pluie, un vent admirable… ce qu’on fait de nous vivants, la communauté, la solitude… le dehors pris et dit par celui qui parle… être ombre… un certain lyrisme permis par la nuit, l’insomnie, les voix, l’écoulement du temps… une fille sous la pluie – et, plus tôt, sans rapport, ou avec, une fille croisée un jour qui avançait avec des yeux fermés … la nuit face au chaos, chaos qui gouverne les vies
et ne suis plus sure que ces notes cernent bien ce qui veut être dit, n’y reconnaissant plus totalement ce que je ressentais, mais en vraie-fausse vieillarde, doucement en accord avec cette voix même dans ses véhémences, discrètes, arrivée à : « Nous ne sommes pas résignés, nous qui veillons dans nos chambres les heures faibles qui s’éloignent. Qui n’avons pas autre chose à faire – puisque l’histoire est passée – que de planter doigts et ongles et os dans l’instant pour ne pas être emportés – nous sommes plus légers que des noyés – plus faibles que les heures qu’on efface… », parce que j’ai toujours eu un peu de lâcheté et qu’il m’est resté pour cela un peu de poids, lestée par cela, me suis enfoncée tranquillement dans le sommeil, laissant ce « nous » veiller. Les retrouverai avec la nuit qui vient.
Acharnement lent et presque insensible sur les terres, torpeur fébrile de la digestion, cire sur terres et meubles pour le plaisir de l’odeur du miel, pas de repassage, rage contre ma boite à courrier et sa lenteur…
Avec l’aide d’un petit peu de chimie, m’en suis partie d’un pas presque léger au Chêne noir (premier billet que je ne jette pas) curieuse et en attente de voir et entendre ce que donnait le Léo Ferré (un théâtre où il avait son rond de serviette) de « poète vos papiers » mis en musique par le quatuor d’Yves Rouseau et chanté par Claudia Solal et Jeanne Adred. Salle chenue et donc ouverte (désolée pour nos successeurs qui me semblent souvent un peu rigides)
Passé l’agacement du début, de la préface (récitée) qui est du Léo jouant les primaires :
« La poésie contemporaine ne chante plus, elle rampe.
Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore… »

Parce que si vraiment
« le vers doit faire l’amour dans la tête des populations
A l’école de la poésie et de la musique on n’apprend pas, on se bat ! »
s’il fut éminent pour cela, il n’était pas seul.
Il y a eu la musique au début discrète, du vrai jazz peu à peu, les violons de Régis Huby, Yves Rousseau sa contrebasse et sa bonne humeur, la batterie de Christophe Marguet qui a eu droit à un solo assez chouette, finissant dans une légère banalité (toujours opinion personnelle) et Jean-Marc Larché au saxo parfait accompagnateur des voix, et gouteux quand on lui laisse de l’espace.

et « la muse en carte » :
« Je suis l’apocalypse
et tire à perdre haleine
des sons ultra biaisés
d’un cornet à chansons
….
Je suis la rengaine
du sang qui désespère
et qui draine l’amour
…
Je suis la poésie
et je me bois cul sec… »
chantée par Claudia Solal, cheveux sur les épaules, chemisier noir tombant pour dénuder une épaule, détaillant les paroles en bonne diseuse, chanteuse savante avec de beaux passages de mezzo.

Un beau choix de textes – les chanteuses alternant ou parfois en duo, des passages de squat, et peut-être ma préférence pour Jeanne Added, frange parallèle aux yeux et à la bouche, barrés d’un nez très droit, belle géométrie, voix presque enfantine ou grave, apparemment (seulement) moins travaillée, proférant les mots ce qui la rapproche plus de Ferré
« Madame la misère », « tristesse de Paris », « les morts qui vivent », « le testament » avec la celtique, Breton et la maison, etc…. et :
« de cette sève de cactus
qui coule au pied du mont de Vénus
l’été s’en fout
»
ou
« non sans blague Christ tu fuis de ton flanc triste
Sur ce monde impotent et sur ces potentats
Qui t’ont étiqueté d’étiquettes à touriste
Le plat du jour, c’est Christ avec les bras en croix »
et puis dans « il y a » une bande enregistrée par Ferré et sa voix
et en bis, que j’ai écouté debout au coin de la scène avec une remontée de notre jeunesse et une envie de fumer « les copains de la neuille, les frangins de la nuit….’
Et suis rentrée très vite pour m’accorder la troisième de la journée et noter cela.
Bravo à ceux qui m’ont accompagnée.