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dimanche, juillet 05, 2015
Avignon – jour 1 – trotte soleil - Fabrica et Bernhard – cour d'honneur et Lear
samedi, juillet 30, 2011
Soleil, vent – petite mort tranquille du festival

Dans ma ville ce vendredi il y avait toujours des affiches, malgré les volées ou arrachées par le mistral,
des terrasses, les dessins de l'ombre, les tâches de lumière, mais plus de petits-déjeuners à dix heures et demie

la place des Carmes, des chaises empilées, et une Brigetoun en forme mitigée qui se réfugiait dans ses yeux

le théâtre des Carmes-André-Benedetto, à onze heures, et Lætitia Mazzoleni, dans « les règles du savoir-vivre dans la société moderne », le plateau, quelques trucs

et les sentences qui doivent régler la vie, en chacune de ses étapes, conseils sages comme, lors du mariage :
«si on est riche on n'oublie pas les pauvres en ce jour de bonheur ; on envoie aux enfants assistés et les dessertes de la table » - et bien entendu si on est pauvre on n'est pas tenu à le faire, ça permet de faire la différence
(et par ma foi, décalage il y a avec notre monde contemporain, oui, on le dit, et on en rit, mais n'est pas si grand que ça avec ce qui m'a été inculpé)
Discours, rire, et tout ce qui ne se dit pas et règne dessous.
(la photo provient de http://www.lestroiscoups.com )

Sur le chemin du retour : dépose de l'installation du cloître des carmes (mais pas les gradins à cause du tremplin jazz)


des chantiers, Avignon se soigne, et nous regardons avec espoir et crainte les remises en état
une impression de vide devant la petite place sans jongleur, musicien , acteur et public, au débouché de la rue Peyrolerie.

et notre lumière, et notre mistral.
Journée entre soleil bu avec plaisir contre mur de la cour et sommeil-anéantissement. Un peu d'énervement, aussi, comme presque chaque jour, sur des vitres qui refusent avec obstination la propreté, et les odeurs des plantes arrosées dans le jour palissant.

M'en suis allée, un peu après 9 heures, dans la nuit qui s'annonçait doucement belle.

à travers le reste d'animation de la place de l'horloge,

sous la présence massive, l'élan bienveillant de Saint Pierre,

dans l'ambulation et les voitures de la rue Carnot,

vers la cour du Barouf, où j'avais vu un joli spectacle de tréteau de l'Académie internationale des arts du spectacle.
Un endroit que j'aime bien, avec l'agréable décontraction de l'attente dans la cour d'accès
pour voir une pièce qui n'est pas la meilleure comédie de Shakespeare mais pour laquelle j'ai petite tendresse : « peines d'amour perdues », montée avec belle énergie par les neuf acteurs de la troupe Tutti Quanti

Mais malgré leurs efforts, et des qualités, le parti pris de bouffe un peu trop appuyé des scènes des comparses, qui surlignaient leurs plaisanteries grivoises et alourdissaient les assauts d'esprit alambiqués et ridicules (la greffe comedia del arte ne prend pas très bien)

était en rupture en peu trop marquée avec leurs échanges joliment chorégraphiés et plus spirituels quand tombant les masques et débarrassés des prothèses ils devenaient les quatre jeunes couples.
(photos de leur site http://www.tuttiquanticie.com)
Une belle prestesse dans les changements d'aspect et de personnages, une habile modification du tréteau et de jolis jeux de rideaux.
Me suis tout de même passablement ennuyée sans vouloir leur faire l'affront de partir
et, ne sais si c'est pour cela, mais je chancelais et devais me concentrer pour avoir démarche ferme et digne à travers les restes de fête.
jeudi, juillet 22, 2010
Avignon – marché – corps hostile aux corbeaux – Richard II
et je me refuse à renoncer, aussi, à ce journal, même si c'est uniquement pour la satisfaction de le tenir, bien ou mal, bâclé ou non

de moins en moins de parades (mais il était encore trop tôt), teinturier pour déposer et récupérer ce qui était disponible

les rues sont à peine plus animées qu'elles ne le seront après le festival, et l'on rencontre surtout des groupes cornaqués du 3ème âge (mes semblables ? ne le veux) – ce qui m'a permis d'être servie très rapidement, par chance

M'en suis revenue brinquebalante, intérieurement. La place de l'horloge était quasi vide, et les terrasses aussi, à 11 heures.
sous un ciel qui commençait, et j'en grimaçais, à se couvrir (un semblant de vent l'a nettoyé)
Mais, plus l'après-midi avançait, plus carcasse refusait et j'ai eu beau lui faire du charme, lui présenter jupe courte et sympa, étudier une possibilité de taxi ou, mieux, évoquer la navette des remparts, elle répondait nausée, nuque et mains raides, migraine, ventre douloureux, yeux qui se referment, et j'ai, entre résignation, honte, remords anticipé, rage, renoncé à aller voir Nadj et ses corbeaux (j'essaie de me dire que j'en avais si grande envie que j'aurais été déçue, mais j'en doute un rien)

et j'ai essayé de dormir pour être d'attaque pour Richard II, qui joue en voisin, dans la cour d'honneur, refusant d'écouter je ne sais quel critique qui parlait d'ennui (les spectateurs cette année semblent craindre toute lenteur, tout passage plat, même quand cela contribue à la musicalité du spectacle – et disant cela je semble oublier que j'ai reproché à Cassiers de m'avoir un peu, un gros peu je crois, ennuyée, mais c'était par didactisme et perfection glacée)
Et dans mon attente ai survolé un éreintement sur le Figaro par Armelle Heliot (ce qui serait plutôt en faveur du spectacle) que je me suis dépêchée d'oublier, de non-comprendre pour rester page blanche mais qui m'a fourni une photo (l'autre, du roi seul, provient du site du festival) – et idiotement, me sentais triste comme le vieux monde, et me disais que j'étais digne de lui, en chemin vers la tour.
J'ai paré carcasse, l'ai prié de se faire discrète et l'ai emmené vers ma bonne place dans la cour, lui faisant monter orgueilleusement droite mais près du mur l'escalier, ce qui est toujours une petite fête, idiote, d'espoir.
Et pendant que le public, qui avait plus de parcours à accomplir que moi ,s'installait,
me suis plongé dans la lecture de l'entretien donné par Jean-Baptiste Sastre et Frédric Boyer, et dans les fragments des «guerres civiles» d'après Samuel Daniel, retrouvant l'ambiguïté de Richard, qui est roi, et pour certains dure sera la transgression-trahison, mais roi non sans défauts, même si le texte est un plaidoyer pour la mini-révolution qui accompagne la prise de pouvoir de Bullingbrook
«Oui c'est l'histoire d'un roi débridé et sans peur qui use de sa liberté avec sauvagerie. Ni la crainte ni le respect n'apprivoisent sa puissance. C'est l'histoire d'un roi qui viole toutes les lois. Rien ne l'arrête, il fait main basse sur tout...»
et pendant ce temps là, peu à peu tous les acteurs entraient en scène, s'alignaient sur le banc (mes photos sont catastrophiques, mais je les aime bien).
Et oui il y a eu pas mal de sorties et dans les groupes qui partaient avec moi j'ai entendu des jugements sévères. Et oui, je n'ai pas vraiment aimé le jeu de quelques acteurs (actrices surtout : la reine et la jeune femme qui joue avec un peu trop de grandiloquence Norfolk, même si l'ambiguïté de son amour pour le roi n'est pas sans intérêt). Et oui, je n'ai vraiment apprécié qu'à partir de la scène d'adieu entre John de Gaunt et son fils, leur complicité retenue, et la réaction du fils aux consolations «Pour tenir un feu dans tes mains, pense aux glaciers du Caucase..»
Mais j'ai aimé : la traduction à la fois directe et poétique.
Le jeu de Denis Podalydès, même au début où il se déplace un peu courbé, à petits pas glissés comme un vieux, encombré par le sceptre et le globe, bras ouverts, comme une marionnette, une marionnette aux sourires froids et aux regards de coté.
Beaucoup Pascal Bongard, Boolingbrook un peu jeune loup, plein de sincérité affichée, de fougue et de charme, et sa métamorphose, juste indiquée, quand il revient et a le dessus.
John de Gaunt belle silhouette massive, et la façon dont il s'anime, avec une passion très théâtrale (trop ?)

J'ai bien aimé les ruptures d'une franchise brutale, d'une efficacité affichée, de tons, comme lorsque Richard et les siens arrivent dansant sur une musique de music-hall auprès de Lancaster mourant, avec la désinvolture des prédateurs et John de Gaunt prophétisant mourant très droit.
J'ai assez aimé la façon dont York négocie, avec une raideur due au rôle, et peut-être à l'acteur, son renoncement-ralliement-mais-pas-tout-à-fait.
J'ai aimé qu'un peu des jeux de mots de Shakespeare passe à travers la traduction.
J'ai aimé la montée des passions, le jeu du pouvoir, l'intensification du jeu et bien entendu toute la fin, ce qui m'avait fait aimer cette pièce, à onze ans, en la lisant.
J"ai aimé que l'on sente, un peu, que Richard est mu aussi par l'amour, le besoin de paix, quand il impose l'exil aux candidats au jugement de Dieu, et que ce soit, avec la main mise, ensuite, sur les biens, ce qui cause sa chute
J'ai aimé que Richard déchu, émouvant, garde mélange de dignité, dignité de sa fonction perdue, et de bouffonnerie qui est défense, et nature.
J'aime cette pièce et tout ce qui est dit sur le pouvoir, sur la popularité.

Impressions à chaud, résumées, très. Et pour résumer encore davantage : je n'ai pas compris l'indignation ou l'ennui d'une bonne partie du public, semble-t-il - je ne crois pas que je garderai un grand souvenir de cette représentation.
P.S. Et suis toute contente ce matin de trouver sur le site du Mondehttp://www.lemonde.fr/culture/article/2010/07/21/et-richard-ii-illumina-avignon_1390576_3246.html un très bel article, plus enthousiaste que je ne l'étais dans mes notes de cette nuit, mais il fut compter avec la douleur et la fatigue qui faisait filtre, - et j'y découvre que, désolée, Vincent Dissez est le Bullingbrooke que j'ai tant apprécié en remplacement de Pascal Bongard. Pas d'accord sur tous les éloges adressés aux comédiens, mais contente de me sentir moins splendidement isolée


















