Me voici redevenue marmotte, envahie par le sommeil (le gros plan, pris entre deux bâillements me navre, je ne me voyais pas ainsi, mais je le garde)
Dans un dernier effort, après mon devoir d'italien bâclé, je cherche "le sommeil" dans mes livres et, comme toujours en ce cas, c'est en vain.
Mais de Beckett à Blanchot je n'ai trouvé que l'absence de sommeil. "Je ne pus dormir cependant. Le vent était devenu la violence, la détresse du vent, mais ce n'était pas cette puissante rumeur du dehors qui me tenait éveillé, c'était, au contraire, le calme prodigieux qu'un tel bruit laissait intact. Sur ce calme, je ne pouvais me tromper : c'était comme un lieu réservé dans un lieu, qui toutefois ne se situait pas ici, que je m'imaginais mieux trouver en revenant en arrière, en errant... (celui qui ne m'accompagnait pas Blanchot) - et, en fait, c'est normal, le soleil est absence et ne peut s'écrire sauf en disant : "il dormait".
Peut-être celui des nouveaux-nés, qui me fait toujours un peu peur, tant il est absolu, profond. Mais plus grands : "Dors sur ma poitrine un petit moment, ça te réchauffera un peu" dit mon père avec affection.
Contre la poitrine de mon père, je me sentis un peu tranquillisé. Et cependant, je n'arrivais pas à m'endormir. La tête levée, je regardais le visage de mon père...
Quand le vent soufflait, il frôlait mon épaule, avec une caresse comme pour endormir les petits bébés, il dit : "Ce n'est rien, les feuilles se remettent à bruire, dors bien". (la pagode de longévité Pa Kin).
Et puis la vague du sommeil montait, je me suis étendue et me suis endormie, profondément, totalement, comme toujours. Réveil en chute fugitive dans un vide glacé - ceci - morue et patates et je me rendors.
Carpe diem.