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mercredi, avril 15, 2020
Journal du C force 3 – 30 -- deux beaux livres et deux arbres
mercredi, mars 20, 2019
bribes de lectures
lundi, janvier 09, 2012
Essayer de lire
Un dimanche de lumière dédaignée, un dimanche voué au lavage de cheveux, repassage (non effleuré comme il est normal), ménage (un peu plus qu'imaginé), à une plongée dans la masse des lectures en attente (effleurées)

vaquer un peu, arroser avec ses cheveux sa tablette, continuer gavage qui devient bien inutile, sortir remuer les feuilles et gravats de la cour, s'ébahir devant les bourgeons qui apparaissent sur une plante, dans le désastre général
reprendre sa ration quotidienne de « cuisine » d'Antoine Emaz http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504356/cuisine pour le plaisir des mots - le suivre dans ses doutes, dans ses appréciations généreuses des poésies autres que la sienne, que cet effort vers une clarté née du creusement, vers les mots les plus justes pour que soient ce qu'il voit et ressent,
« Parvenir à être dense avec rien. Quand on utilise peu de mots il faut que chacun pèse une tonne. »
le suivre dans sa fatigue, dans l'âge qu'il sent venir,
« Il y a un point dans la fatigue, et c’est pour cela que cet état continue de m’intéresser, où tout devient indifférent. Une forme particulière d’ataraxie. Mais cela peut libérer des neurones bloqués depuis long qui se mettent à gigoter et transmettre des messages moins contrôlés mais plus vrais, au fond. La fatigue, c’est une lente mise en mouvement de la vase de tête. »
mais : « Epuisement des sols. Les émotions sont là, mais elles restent muettes, comme confuses, hors de portée de langue. Pas du tout l'angoisse de la page blanche, mais la langue tourne désespérément à sa vitesse normale. » (passages notés lors de lectures antérieures)
dans ses petites notes sur le temps, sur la cuisine, l'enseignement, et le jardin. S'arrêter justement sur cette note, qui n'est pas, tant pis, une des plus fulgurantes
« Ciel bleu tranquille, aplat, et le vert des arbres, qui tranche. J’aime beaucoup celui du grand cupressus, au fond, un vert presque noir qui absorbe la lumière. À l’inverse, les pins la renvoient et brillent. Le grand platane se laisse traverser au point que son vert devient presque jaune. Les acacias, eux, restent dans leur vert fermé, leur ombre fraîche. »
parce que l'envie est trop grande de faire un peu plus que picorer et survoler le sommaire du dernier numéro de « d'Ici là » qui vient de paraître http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505544/d-ici-là-n-8 « La forme d'une ville, hélas !, change plus vite que le coeur d'un mortel ».
et découvrir, en longue plongée, en circulant, puis finalement en reprenant, à part quelques incursions impatientes, attirées par un nom, en reprenant donc, platement mais pourquoi pas ?, dans l'ordre, retrouver les écritures aimées, découvrir la variété des facettes,
admirer la mise en page de Pierre Ménard, les correspondances, ruptures, ce tissage qu'il fait des différentes contributions, écouter la bande son d'un trait, en même temps, s'attarder sur des photos, des images (ci-dessous Matthew Cusik)
et, ne sachant que citer, ici, (allez donc lire le reste, quasiment tout le reste à mon goût, peut être mieux encore pour vous), je reviens vers le début et « Le cri des paons », le très beau texte de Jacques Ancet, pour lui, parce qu'il est, je crois, un peu l'aîné dans cet ensemble, parce que j'y retrouve cette attention et cette clarté que j'aime
«Je reviens,
j’avance comme je peux, c’est la brume tenace, le froid sur les avenues vides, le craquement du gel,
ce sont les deux visages surgis de la bouche d’égout, serrés l’un contre l’autre, le père & l’enfant, lèvres fumantes, regards fixes
par-delà quel soleil craché, quelle salive éblouissante sur les trottoirs interminables, quel ciel borgne & ses essaims de mouches purulentes,
ce sont les ongles rongés, le peu d’assurance qui vacille, dans la chambre les draps froissés, les cachets & le verre d’eau
c’est ce crépuscule qu’est toute vie humaine,
l’oubli qui me traverse, les perspectives qui se défont & je suis là, face à l’impitoyable, sans rien d’autre que mes yeux qui s’obscurcissent ou mes mains qui tremblent un peu
pendant ce temps
l’énorme machinerie du siècle s’est mise en branle, village global, fonte des glaces & multimedia, tandis que je suis là, à perdre mon visage, ».... et ces points de suspension sont un long et beau trajet (où sont les paons)

Et puis, si vous n'êtes pas encore partis, parler de la lecture jubilante, dans la nuit de samedi à dimanche, d'une petite plaquette chez Arléa, quelques pages achetées sur un coup de coeur en écoutant, je crois, France Culture, un de ces matins, le «Petit manuel de campagne électorale » de Quintus Cicéron, en fait une lettre que Quintus frère, plus jeune de quatre ans, de Marcus Tullius, celui que nous connaissons sous le seul nom de Cicéron, adresse à ce dernier, candidat au consulat.
Cynisme, dit l'éditeur, oui, mais relatif, puisqu'il s'agit de se servir de son handicap : être un "homme nouveau" c'est à dire, avec déjà une très belle carrière derrière lui, au cours de laquelle il a défendu, gratuitement, de nombreux personnages devenus ainsi ses obligés, être quelqu'un qui n'appartient pas à une famille consulaire - se servir de cela, de son honnêteté vraie ou apparente, face à des candidats marqués par leur nullité de fin de famille ou par leurs vices ou crime comme ses principaux rivaux, Antoine et Cattilina - enthousiasmer les jeunes, savoir s'appuyer sur les "compétents", ne refuser personne mais ne se servir que des premiers, faire voir que l'on est entouré, rendre service, et faire croire à chacun que l'on est soucieux de lui - s'appuyer sur les publicains ou gens d'argent, qui détiennent influence, (est ce si différent aujourd'hui?)
Bien entendu cela, à la fin, ne sonne pas très recommandable, montre la dureté de la lutte politique qui est la rançon de la démocratie, même si, bien sûr, l'achat des voix ou des influences n'est plus en notre temps :
« Si nous prêtons à cette affaire tout le soin qu'elle mérite, si nous obtenons de nos partisans le zèle optimum, si aux hommes influents qui nous soutiennent nous assignons des tâches précises, si nous agitons devant nos concurrents la menace d'un procès, si nous effrayons leurs trésoriers, ou d'une manière ou d'une autre nous faisons pression sur ceux qui les financent, il est possible de déjouer la corruption ou, du moins, de lui retirer tous ses effets... »
bien entendu, aussi, Marcus Tullius a laissé le souvenir d'un homme à l'adresse par trop excessive, mais c'est si bien présenté !
mardi, février 01, 2011
Air piquant sur le gras des joues, mais ciel qui se dégageait ce matin, quand j'ai forcé carcasse à s'ébranler, charrier deux grands sacs de papier et cartons et un petit de bocaux divers et nombreux jusqu'au rempart.

Et j'ai continué, remontant régulièrement mes bottes qui tombaient décidément encore plus de sommeil que moi, vers la pharmacie, pendant que le bleu fragmentait de plus en plus les moutons blancs, en photographiant quelques uns des murs souffrant depuis siècles sur mon chemin, parce que voulais une photo de pierres pour un éventuel (pas certaine, je trouvais le contenu mauvais ce matin) petit recueil à proposer à Oeuvres ouvertes. (et quelques photos témoins de cette sortie vont me servir de ponctuation).

parce que, au risque de dilater mon ego envahissant, Laurent Margantin, qui avait déjà eu la gentillesse de reprendre des petits textes issus d'ateliers ou du convoi, m'a demandé si je n'avais rien pour son infatigable mise en ligne d'e-books gratuits (acceptant ainsi de descendre des marches par rapport au reste du catalogue, http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article798 où je ne figure d'ailleurs pas et où le butinage est hautement recommandable) et que, un peu ahurie, un peu perplexe, je lui ai proposé un petit rassemblement fait à l'initiative de Nicolas Vasse, il y a près de deux ans –(retrouvé d'ailleurs cela que j'avais oublié http://levivier.wordpress.com/brindilles-brigitte-celerier/ ) et que lundi matin ai vu arriver sur son site http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article827
et j'en étais toute contente, au point de chercher dans les moments où carcasse me voulait du bien, ou ma perplexité devant les textes qui s'offraient à moi était trop grande pour que j'ouvre un fichier plutôt qu'un autre, de quoi tenter d'autres regroupements de mes ouvrages de dame, au moins pour ma gouverne, avant, pour trouver vrai plaisir, de feuilleter livres et faire collecte, un peu au hasard, plus ou moins faux :
« Il y aura toujours dans mon oeil cependant
une invisible rose de regret
comme quand au-dessus d'un lac
a passé l'ombre d'un oiseau » Philippe Jaccottet « champ d'octobre »
« O le blé vert dans une terre qui n'a pas encore sué, qui n'a fait que grelotter ! À distance heureuse des soleils précipités des fins de vie. Rasant sous la longue nuit. Abreuvé d'eau sur sa lumineuse couleur. Pour garde et pour viatique deux poignards de chevet : l'alouette, l'oiseau qui se pose, le corbeau, l'esprit qui se grave. » René Char « dans la nuit giboyeuse »
« depuis tant d'eau depuis tout
le sol et l'air et les arbres
je marche immobile d'odeurs
le soleil dans une main une
nuit dans l'autre en équilibre.. » Henri Meschonnic « puisque je suis ce buisson »
«on espère parfois un
nuage qui s'émeut au désastre, ou bien c'est lui que la
Déesse-aux-Yeux-Fermés envoie, il remonte le drap
subtil, souffle le divin songe, une sorte d'oubli, trois
pétales soyeux d'oubli qui réveillent la langue » Hélène Sanguinetti « une pie » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502932/une-pie
« nous n'atteindrons jamais le pays du silence
où les arbres craquent avec le vent
où la nuit tombe
sur la blancheur des pierres » - Jacques Ancet « la ligne de crête »
« avec le premier lancer de couleur de la nuit sur la plaine, nous sommes arrivés à une cabane qui allait nous accueillir pour la nuit.
J’observais ce soir-là la lune qui montait sur l’horizon, assis sur un petit banc, dehors, contre le mur de pierre. adossé à la surface tiède, je regardais, j’écoutais la fraîcheur et la nuit se diffuser dans les choses et les gens après la forge du soleil. » Fred Griot « Visions » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500822/visions
« Le monde est un vaste pays inconnu que l'on contemple depuis les terrasses. On choisis les chambre avec vue, celles qui donnent sur la mer, même si l'on sait que la mer ne se donne pas. On l'entend crier derrière les volets : elle est la gorge de la nuit, la voix de ce qui ne parle pas, la récitation muette des lointains, la causerie assourdie du silence, une belle alliance de mots posés comme un emplâtre sur le vide de la langue... » Jean-Michel Maulpoix « une histoire de bleu »
« Bonne écurie de l'aube
repos des arbres qui peignent le crin des nuages
boirai-je ton grand seau d'eau fraîche
sous le soleil chargé d'épis à pleins râteaux. ? » Michel Leiris « haut-mal »
et puis, intruse, j'ose
« ciel qui se décolore ;
lumière gris bleue sur nous ;
les arbres s’unissent dans la nuit ;
nuages en débandade
non pas gris mais sans couleur
eux qui accrochent pourtant
les derniers rayons pour se sculpter
d’éclairs blancs ;
on regarde sans penser ;
on frémit un peu du frais ;
on se retire. » Brigitte
samedi, janvier 22, 2011
Néantissime, d'où trop long pillage

Ciel bleu dur sur la cour, mais jolis restes de mistral froid – froid, je le supposais, à tort je crois, mais le croyais sans vérifier parce que carcasse grommelant, courage se désagrégeant, me complais dans la petite défaite de l'âge et l'érosion des enthousiasmes, me rencogne, ne risque point ma peau dans l'air, et me chantonne Villon, et les premiers vers du petit testament, qui me furent longtemps refrain, quand justement de se rencogner ne pouvait être question :
«En ce temps que j'ai dit devant
…
que les loups se nourrissent de vent
et qu'on se tient en sa maison,
pour le frimas près du tison » même si de tison je n'ai pas – et reviens sur les lectures qui se sont glissées dans mes moments de conscience ces jours-ci.
« la science des lichens » de Mahigan Lepage http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504059/la-science-des-lichens son troisième texte sur Publie.net après le très aimé « vers l'ouest » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502857/vers-l-ouest (et http://brigetoun.blogspot.com/2009/12/y-avait-la-foire-aux-chevaux-lundi.html ) et le « carnet du Népal » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501515/carnet-du-népal ramené d'un voyage dont ce dernier texte pourrait être un prolongement, un approfondissement,
«j’aurais mieux fait de m’en tenir au circuit principal et marcher d’un guest house à l’autre bien gentiment mais non, j’ai préféré grimper une montagne par un sentier impossible et boire de l’eau sale et manger du vieux dhal bat bourré de coliformes fécaux, tout ça pour aller effrayer des enfants avec ma pauvre paire de jumelles, tout en répandant mes billets de banque un peu partout dans le village,»
Une seule longue phrase, une litanie de navrances, désillusions, refus, explications, articulée sur des groupes de mots repris comme des refrains, comme des appuis qui permettent au verbe de prendre appui, de rebondir, de continuer, en s'infléchissant le cas échéant, d'introduire un nouveau thème. Un Thomas Bernhard (je ne sais, je crois que cette impression n'est pas partagée mais elle fût chez moi instinctive, et s'est installée – et cela faisait partie du plaisir, comme une compagnie, une presque familiarité) qui aurait renoncé presque définitivement aux points, qui rebondirait sans pause – cependant à quelques reprises les propositions s'enchainent ex-abrupto sans cet appui du refrain ou d'une subordonnée et le point est peut être là, invisible mais sensible furtivement.
Je me demande s'il serait audible dans la belle expérience que pourrait être une lecture à haute voix, comme un fleuve dont il faudrait rendre évident la façon qu'a le déroulement de la phrase de ne jamais perdre de vue le sens, de faire récit.
« ou bien la ville dans notre dos qui éclaire, au nord de Paris le jour était faux, maintenant au sud c’est la nuit qui est fausse, on oublie que tôt ou tard les illusions vacillent, les illusions vacillent et reste la science des lichens, les arrêts de la ligne B portent les noms attendus voyez, »
De l'amener jusqu'à cela : que cette phrase, ce discours, c'était façon d'accompagner la désespérance.
« nous voilà au bout de la ligne, dehors sont pour vous les rues et d’autres trajets, en ces proliférations que vous appelez vos villes, toundras de lichens craquant sous vos pieds, les portes s’ouvrent et nos corps se disloquent, partez maintenant je me tais, il y a ce tunnel creusé sous les voies, attention à la marche en descendant du train. »
et puis, ai profité des offres , celle de Joachim Séné dont j'avais aimé « sans » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503687/sans ( http://brigetoun.blogspot.com/2010/10/honte-moi-entre-ma-forme-physique-et.html) et la crise http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503045/la-crise ( http://brigetoun.blogspot.com/2010/02/encephalogramme-plat-et-paresse-grande.html) et puis les petits et jubilatoires « hapax » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501584/hapax et « roman »
« http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502246/roman », qui sur son blog http://www.joachimsene.fr/txt/spip.php?article232 offre un texte inédit « maître et esclave », fable sur les appartenances, roman à la De Foé
« Muraille, frontière. Entre domaines semblables à celui de B. Où, si je tombais en cherchant à m'évader, je deviendrais immédiatement prisonnier, condamné à de plus durs travaux qu'aujourd'ui, dans des conditions abjectes dans lesquelles sont traités les fuyards et les meurtriers
…...............
Et si je partais, ma vie ici disparaissait. Qui serais-je au dehors ? Et que pouvait être le dehors de tout, puisque tout ce que je connaissais était le domaine.
…...............
J'avais l'effet de surprise avec moi, j'étais au coeur de la forêt riche de nourriture, de bois, riche de vie, silencieuse d'un brouillard humide qui collait mes vêtements contre ma peau et les bruits loin de mes oreilles, forêt peuplée de peur, de la peur du garde devant moi qui a peur de ma peur de le voir.
…...............
Tout ce temps où j'étais esclave, j'étais maître. Maître du domaine. Maître de toute chose en ce domaine. Maître de mon travail qui faisait vivre le domaine. »
y ajouter des cieux, des arbres, des plantes, une garde.. et dégustez.
Et chez Laurent Margantin, qui met en ligne http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?rubrique60 ses traductions de Novalis et Kafka, des textes de Maupassant, Baudelaire, Montaigne, et, découvertes pour moi, Marc Bonneval, Lêdo Ivo (très beau poème) et Serge Meitinger (qu'il me semble avoir lu, que je vais redécouvrir), ses « dits de Reger » et des textes de lui regroupés sous le titre de « Visions secondes » (goûtés comme l'avais fait d' »insulaires » http://brigetoun.blogspot.com/2010/01/comme-le-ciel-etait-moins-bleu-mais.html)
où j'ai retrouvé et découvert choses délectables et graves, à travers son écriture précise, régulière, habile, sensible, satirique
« On se souvient en effet des événements tragiques qui, au cours du vingtième et unième siècle, accompagnèrent la disparition des livres en papier : nombreux suicides spectaculaires de rats de bibliothèque, immolations par le feu de groupes entiers de lecteurs dans des librairies, attentats visant les boutiques où l’on vendait des tablettes numériques. »
ou
« Tu te souviens des fleurs ? Jaunes, oranges, roses, rouges, toutes les fleurs que nous avons déposées autour du trou de feu ? Et les dieux et les déesses que nous avons portés sur leur socle ? Et les grandes herbes que nous avons parsemées ? Et l’eau des noix de coco dont nous avons aspergé les braises ? Et les femmes en sari jaune et orange qui sont venues s’asseoir tout autour du trou de feu ? Et les visiteurs derrière les barrières, silencieux ? Et la procession à laquelle nous avons participée sur la plage un peu plus bas, avant-dernière purification avant l’ultime purification ? Et nos muscles et tout notre corps affaiblis par les dix-huit jours d’abstinence ? Et le rythme des tambours qui nous vidait le crâne, nous préparant à la dernière épreuve, la marche sur le feu ?
ou
« Surtout, j’étais troublé de ne ressentir nulle chaleur à son passage. L’un d’entre nous se risqua même à s’avancer vers la torche humaine, qui se retourna et voulut lui serrer la main. Son vis-à-vis accepta, sans être brûlé. Il me sembla même que la torche humaine dégageait un grand froid, oui, un froid polaire en cette nuit si chaude, encore brûlante des feux qui avaient été allumés partout dans les rues autour. Etais-je en revanche le guide, je reculais, me tenais caché dans le noir, pétrifié, bouleversé par la venue de la torche humaine qui, je le savais, allait désormais habiter toutes mes pensées jusqu’à la fin de mon existence»
et puis la beauté du premier des nouveaux textes confiés à Publie.net par Jacques Ancet, regroupés sous le titre de « la Tendresse » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504042/la-tendresse (je n'ai pas eu encore le temps de lire les deux autres)
Ce premier texte, donc, «un travail du noir» : savoir que c'est là, présence devinée, recherchée, appel entendu, à côté de la femme aimée, des enfants - avancer dans cette quête, le souffle retenu, haché par le texte qui progresse en groupe de mots attentifs – et, avec crainte, depuis l'obscur, aller vers cette lumière, tenter de connaître, de saisir. Le calme qui vient avec le jour, la présence qui se devine, indistincte encore et que le jour efface, mais qui s'approche, qui va émerger, depuis les profondeurs de l'histoire humaine, des recherches des hommes de toujours, en accouchement/éloignement. Et les mots, toujours, dans la quête. C'est tendu et très beau.
Et comme ne sais en parler, je pille :
« les voix des vivants qui semblent désigner le lieu de ta venue, t’appeler comme je t’appelle dans l’obscure marée de la phrase, comment continuer avec ce poids mort des heures qui te recouvrent et qu’il est dur de les repousser, tenter d’être ton rythme d’eau, ne pas me perdre dans l’encre de ton signe au matin avec la neige légère sur la grisaille des murs quand je voudrais que mes mots soient comme les flocons, lents et rapides à la fois, révélant en la couvrant ton absence si proche »
« pour que dure l’instant, construisant un présent dilaté où je suis bien, où tout ce qui m’atteint devient silence, blancheur, toute parole brille et s’efface, chaque objet flotte et se dissout ne laissant que ce vide où je t’imagine, rose à peine dans la lumière, forme comme montant du fond, mais il n’y a pas de fond, tout est présent et nous déborde infiniment, montagnes poussière feux tournant, caillou crevant le noir, doigts, silences impénétrables, ressacs de l’espace et du temps, l’eau, cette souffrance qui me poursuit, malgré moi, ce vertige, et toi, au bout, »
« de vagues rumeurs me parviennent à travers l’épaisseur d’un silence où je suis bien, frissons, flux et reflux de la phrase, pour un instant je rejoins ta paix de sang tiède, écume, sillage d’un geste dans l’obscur, nuée pâle du visage, je t’enveloppe d’une membrane de syllabes, ma phrase est rouge, elle ondule jusqu’à toi, tu t’en nourris, par elle tu respires, tu pressens le feu soudain de la lumière, l’air froid qui s’adoucit déjà au milieu d’une rue où je marche, remontant le courant des corps, cette rumeur de vie qui n’est pour toi qu’un souffle à peine comme la mer lointaine où tu flottes, »
« j’ai tracé des lettres, des mots, une phrase comme un fil traversant ma mémoire, remontant jusqu’à cette main solitaire crispée, entrouverte, crispée encore, pulsation lente que je sens maintenant sous mes doigts, coulée obscure, irrésistible, je plonge mon visage dans l’encre, les mots sont étincelles, lunules dansantes, filaments, fissures, sillons dans la nuit étroite, crépitement encore, suif ou résine, éclat soudain et la main s’ouvre, immobile, sur la paroi rouge, elle monte, est-ce la tienne, je vais la toucher mais le jour une fois de plus efface ton vertige, »
Et je m'en vais, dans le creux du jour, ou des jours, terminer ce recueil et, esprit affuté, reprendre les textes, que je trouve importants et goûteux par les images choisies, de François Bon dans « Après le livre » http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504103/après-le-livre
vendredi, janvier 29, 2010

Vent réduit en brise, bleu sans rigueur, trop de paresse et départ tardif

et les jambes qui reprennent un peu d'entrain pour le petit trajet, devenu idiotement pour moi inimaginable ces jours-ci, vers Carrefour, et me ramènent dans la gloire des platanes schématiques sur la lumière vers mon antre.
Et après tours sur le net, nourriture et repassage, me suis enfoncée, totalement, en apnée, dans la beauté de « la ligne de crête » de Jacques Ancet.
La montagne (et dans la dernière partie, il dit l'histoire de cette attirance), cette montagne là dont il ne donne pas le nom mais qu'il regarde, qu'il essaie de connaître en tous ses détails, en tous ses aspects, selon les heures, le temps, la vision qu'on en a depuis l'emplacement où s'est arrêté le corps, et même la carte, les noms, l'histoire, pour la dire, pour que ses mots soient la montagne comme Cézanne voulait cerner la montagne Sainte Victoire.
Les moments où il est encore à distance
« Inextricable, la forme n'occupait pas l'espace entier. L'oeil pouvait la franchir, la contourner, explorer à gauche, à droite, derrière, l'inépuisable profondeur du paysage. Aujourd'hui, il ne peut que s'y heurter ou s'y soumettre, accompagner le perpétuel jaillir d'un élan arrêté. Les terres montent, se superposent en couches successives, dressant soudain cette tache rocheuse dans la cascade transparente de l'air. Tout est bleu : la pierre, les ombres, les forêts, jusqu'au vert des prés, au rose des toits. Tout est une même quiétude chromatique à laquelle participent cris, bourdonnements, rumeurs et la lenteur du corps qui s'est mis à flotter. »
L'approche délicate, précise, entêtée, de tous les aspects, toutes les façons de la connaître, son silence, les bruissements, les senteurs, la quête de cette chose indispensable et effrayante, la beauté, et le corps en mouvement qui s'oublie dans l'effort pour monter.
«A chaque instant recommençant. Au bord toujours d'abandonner.. D'en rester là. Perdu. Sans autre repère que le souffle, le coeur qui bat trop fort. Comme au bord de la phrase inachevée. Quand il n'y a plus rien à voir, à dire, à penser. Et qu'on avance, pourtant, mot à mot, sur le vide. Et qu'on n'en finit pas. »
Parce que, toujours, l'écriture, la phrase, qui doit être serpentine comme le sentier et en mouvement toujours, en un élan sans cesse renouvelé.
«La marche et l'écriture se ressemblent. Une chose obscure, impérieuse, insiste, emporte, et si l'on avance c'est pour savoir, pour la découvrir... Pas à pas, mot à mot, avancer c'est s'approcher de cet autre côté dont on sait bien pourtant qu'on ne l'atteindra pas. »
Jusqu'à arriver « dans » le motif, dans la montagne que l'on tente de mettre en mots. Y cheminer sur la ligne de crête. Et puis redescendre vers le village, la grande ville un peu plus loin.
« Et c'est comme si, peu à peu, la montagne entière redevenait ces images qu'on avait mis si longtemps à traverser. Front obscur, muraille crènelée, face de pierre, page grise offrant à nouveau ses signes indéchiffrables, tandis que d'une seule phrase sinueuse on glisse dans l'ombre clignotante, interminable des sous-bois, leur fraîche odeur de terre, leurs bruits de pas étouffés, leur silence de grotte où ce qui pousse c'est maintenant la pente, la facilité de la marche.... ses visions rassurantes, près d'un vert lumineux au soleil déclinant, vaches paisibles, ruisseaux traversés dans un bruissement d'eaux, premiers toits entrevus... »
et, boudiou, voilà qu'avec mes longues citations vous ai peut-être fait fuir, me suis peut-être rendu hautement coupable de piraterie.
jeudi, septembre 03, 2009
« il lève les yeux, les baisse vers son papier, sa main droite bouge, on entend le bruit du stylo, un grignotement léger tandis que le jour entre par les fenêtres, une clarté douce et vive à la fois qui l'enveloppe, fait luire l'alliance à sa main gauche posée sur la page, un trousseau de clés, une paire de ciseaux, il est immobile maintenant, il semble écouter, tu
voudrais entrer dans cette image, vivre cette douceur, ven, tu essayes de bouger les doigts, ils ne répondent pas, comme morts, tu as peut-être un peu dormi, tes jambes sont enflées, le vasistas est gris et la lumière de l'ampoule a pâli mais tu as mal, quand viendront-ils, tout à l'heure, plus tard, qu'importe, ils recommenceront, il y aura l'odeur, chair brûlée, sang, merde, sueur, quelque chose d'infect, tu voudras vomir, et puis les voix, dures, sans répit, donne-nous des noms, comment s'appelle ta mère, et ton père, tu habites où, depuis quand, non, oublie, tu pleures, ta gorge brûle, ven, la fièvre t'offre des mirages, demain n'existe pas, mais hier, avant, souviens-toi encore, le petit jour, maisons de bois, église blanche, peupliers, saules pleureurs, la brise s'était levée, le fleuve alors était comme une main ouverte, le delta, ven acá, un énorme soleil de cuivre montait sur l'eau étincelante, tu ne peux plus.. »
jeudi, août 27, 2009
Suis partie en quête d’un journal et d’un nouveau lave-pont, et suis revenue, des heures plus tard, avec un mélange balais-pâtes-livres, où manque « la vengeance du traducteur », non encore paru, remplacé par un petit tas de poches.
Et, paresseusement, longuement, je reprends, en attendant d’y mettre le nez, la première phrase, et un passage de la page 67 de chacun d’eux.
Le père pose son stylo et se lève…. » (triché)
« La tortue sombra dans les profondeurs. Urashima se ressaisit, étendit les bras, fit un pas en dehors de la passerelle et se sentit agréablement aspiré vers le bas, les joues caressées par une brise rafraîchissante. »
Dazai Osamu « le Mont Crépitant »
« Macomber restait là, envahi par une légère sensation de nausée, et ses mains, qui tenaient le Springfield toujours armé, tremblaient ; sa femme et Robert Wilson l’avaient rejoint. »
Ernest Hemingway « la capitale du monde »
« Dans leur petit pavillon de banlieue, les Claxton menaient une vie de la plus haute spiritualité. »…
« Enfin, nous découvrîmes que le seul moyen de communiquer avec nos propriétaires, qui vivaient dans la même maison que nous, était de descendre à Florence et de leur envoyer une lettre recommandée par exprès. »
Aldous Huxley « le jeune Archimède »
« Le téléphone a pu sonner deux fois, Vito savait qu’il ne décrocherait pas »…..
« Hors du circuit des hôtels habituels, le Parc Palace est une résidence calme et retirée, souvent fréquentée par des clients incognito, trop riches et trop puissants de toute façon pour être connus du grand public. »…
« C’est vrai. Quand j’essaie de le lire, ça me paraît très cru, et j’ai envie de le laisser de côté, comme un type qui aurait écrit son journal n’importe comment sans rien comprendre à la vie. Les aveux de Saburo Yamabe ne sont que vantardise, je trouve.»
Yasunari Kawabata « La Beauté, tôt vouée à se défaire.
« Décapsule-t-on un œuf, ou quoi, comment nommer l’opération délicate qui consiste à faire sauter le quart supérieur, prétendu supérieur, à l’aide d’une cuiller à café ? »….
« La harde n’était plus très loin ; les ronces s’offrirent à nous accompagner, comment dire non et surtout que prétexter ? Les chevreuils nous échappaient. D’une certaine façon l’ex-Chancelade paya pour eux. »
Eric Chevillard « Palafox »
« J’ai un doute tout de même. »…
« Il n’y a plus de sens maintenant, mais, maintenant, je sais que la vie n’a aucun sens.
Sous l’impulsion de Montaigne, j’ai aussi repeint le plafond de mon appartement. »….
Vincent Delecroix « La chaussure sur le toit »
« Peu après notre emménagement dans la maisonnette, tu as adopté un chat gris tigré qui, visiblement affamé, attendait toujours devant notre porte. Nous l’avons guéri de la gale. »…
André Gorz « Lettre à D. »
« AUJOURD’HUI, NOUS SOMMES LE VENDREDI 5 AOÛT 2005 »…
« Alors que je traverse le petit village de Nea Makri, des personnes âgées installées dans un café en plein air, occupées à boire lentement leur café du matin dans des tasses minuscules, me regardent en silence lorsque je passe à côté d’elles en courant. Comme si elles assistaient à une scène historique pas très brillante. »…
Haruki Murakami « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond »
« Cet incendie du Hilton comme allégorie de la ville, et la ville comme allégorie du monde : où étions-nous, quelle ville, quel monde, qui soudain basculait dans son envers ? » …
« Griserie de ces moments où un livre attrape tout, les rêves de la nuit, les insomnies qu’il provoque, ce qui t’arrive dans la journée et même ce type qui va venir te parler, là, sans que tu ais rien demandé. On marche dans une ville inconnue, et ce qu’on voit répond au livre, l’intègre. »…
François Bon « L’incendie du Hilton »
« Nos vies sont ainsi faites que les livre, lorsqu’ils les affectent, ne les affectent que peu, happées qu’elles sont (nos vies) par mille choses hypnotiques qui nous prennent à leur piège.
Nos vies sont ainsi faites… »
Lydie Salvayre « BW »
Et les deux derniers ne sont pas sans lien, ne serait-ce que par la lecture enthousiaste du second par François Bon.
Mais, pour le moment, je viens de commencer, et j’ai encore envie d’y cheminer, « Le silence des chiens » de Jacques Ancet.
Comme les premières pages, et la présentation sont sur http://www.publie.net/tnc/spip.php?article259, j’avance dans la longue phrase et je prélève, page 67, ceci :
« . la danse d'ombres sur le mur, plainte aussi, murmure, quelque chose d'indéfinissable, un peu comme le vent, un animal blessé, des pleurs ou, simplement, un son pur de tout sens ouvrant un espace vacant, grisaille lumineuse, écoute, basse lancinante à la racine du silence, tambour muet, rythmant quelle danse, apparitions, disparitions,… »
Et grand pardon vous demande, à vous, et au tas de chemises et jupes à repasser.
jeudi, juin 18, 2009
J'ai commandé trois ou quatre textes de Publie.net hier dont, parce qu'une vague impression d'importance m'est venue, "la voix de la mer" de Jacques Ancet. http://www.publie.net/tnc/spip.php?article16
Et, ouvrant le fichier, j'ai vu qu'en fait je l'avais déjà acheté, lu, aimé à souffle retenu, enregistré sur un disque dur avant la mise en place de ma bibliothèque privée par l'éditeur. J'ai constaté mon erreur, mais emportée par le texte, j'ai continué pendant une quarantaine de pages ma lecture, avec, par exemple, le début d'"un bruit de source"
" Parler de sa vie aujourd'hui est, pour lui, un acte étrange et difficile. Dès qu'il essaie de fixer sur elle son regard mental, il la voit s'éloigner, s'éparpiller en un désordre d'images qui toutes viennent se dissoudre dans l'unique certitude qu'il peut en avoir, celle de son corps ici et maintenant : ce froid aux extrémités des doigts tandis qu'il écrit, la table, la lumière de la lampe et, dehors, un jour gris comme une photo en noir et blanc, un peu ternie... Tout le reste n'est qu'une histoire qui ne le concerne plus. Alors, parler du sens de sa vie ne peut être que plus difficile encore. Car il n'en voit aucun, lumineux et lointain, vers lequel s'en iraient ses jours comme le fleuve vers la mer. Á moins, bien sûr – et cette très vieille image du fleuve coulant vers la mer l'y conduit – de voir dans le non sens même – la mort –, le vecteur et le point de fuite de toute existence. "
"Vous imaginez cela, Monsieur ? Le prince-évèque en bas sur sa canne folâtrant, argumentant, rimant, colérant, doutant, jetant un coup d'oeil à son image peinte se rassurant, le petit Français qui sera lui-même un jour de la carrure de Frédéric Barberousse, qui ne l'est pas encore, qui pour l'instant fait des niches au prince, tous les petits assistants avec leurs pots de rose, de bleu, leurs grimpettes aux échelles, parmi eux Domenico Tiepolo qui a vingt ans, qui apprend la magie, qui aura de la fortune et du mérite dans la magie, le petit Lorenzo Tiepolo son frère qui a quatorze ans, qui apprend la magie, qui jamais n'en pourra assimiler les détours ni la voie droite, qui aura de la fortune dans les bateaux, enfin peut-être le grand manteau mozartien jeté en bas sur une statue de Neumann et qui la coiffe comme d'une cagoule bleu nuit - et Tiepolo là-haut ne jugeant pas un instant de tout cela comme nous avons pris coutume d'en juger, ne tranchant pas des inadéquations des hommes avec leurs rôles, de la fortune et du mérite, du hasard et de la vérité, que sais-je encore, mais peignant..." parce que j'aime en recopiant retrouver mon goût pour les Tiepolo, et au delà des grands plafonds glorieux et blonds, des toiles, cet oiseau qui s'échappe d'un plafond d'une petite salle de je ne sais plus quel palais vénitien, et que le fils a posé juste contre le haut du mur, au delà des moulures.
Alors il y a la blondeur de la mère, les limousins dans la boue, les onze, ces limousins poètes manqués et hommes redoutables (le Comité de Salut Public) etc..
Pour avoir une idée, si vous n'en avez pas encore trop entendu parler, entre autres :
http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2009/05/pierre-michon-les-onze.html
http://www.fabula.org/actualites/article30833.php (avec des liens)
et puis, cherchez, mais comme je vous veux du bien, je vous conseille de l'acheter ou l'emprunter, mais pas de le voler sauf si vous êtes très adroits.
"Cette lumière est celle de l’esprit, froide et planétaire,
début de "la lune et les cyprès" de Sylvia Plath, traduction Valérie Rouzeau chez Gallimard sur Poezibao http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/06/anthologie-permanente-sylvia-plath.html







