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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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samedi, septembre 25, 2010

Je l'ai vue de loin, et je la regardais en suivant le bord des terrasses, avec mes sacs. M'a tant plu sa jeunesse studieuse, absorbée, comme dans un ilot, en bordure de l'agitation, que je me suis arrêtée et, comme elle ne me voyait pas, j'ai volé son image, pas vraiment la sienne, mais celle de l'étude, ou l'écriture. Elle levait son visage dans le vague, et puis redressait son classeur, écrivait. Peut-être recopiait-elle simplement, ou préparait-elle un exposé, puisqu'en approchant j'ai vu qu'une de ses mains était maintenant posée sur un livre ouvert.

Mais en regardant la photo, comme je finissais mes petites incursions dans le recueil d'un peu plus de trois cents pages des entretiens de (24 plus cinq portraits) de Georgia Makhlouf avec des auteurs, connus ou non de moi («les écouter écrire» http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503618/les-écouter-écrire), j'ai eu l'idée de noter ce que certains disaient de leur écriture. Et bien entendu, malgré ce que je m'étais promis, malgré mes impasses arbitraires, malgré le hasard, malgré des suppressions que je voulais nombreuses, j'en ai retenu trop.

D'elle, comme un programme :

«S’interroger sur le mystère d’écrire, aller à la source, là où ça se passe, là où la littérature s’invente, vivante et polyphonique, douloureuse et flamboyante, c’est-à-dire sur les tables des écrivains ; s’apercevoir de la fraternité souterraine qui rassemble tous ceux qui partagent cette exigence-là, celle d’inventer le monde où l’on veut habiter, celle de faire de la langue le bien le plus précieux qui soit..»

de Sylvie Germain :

«Le grand danger pour tout artiste est de ne plus être dans le doute, de s'imaginer avoir acquis suffisamment de maîtrise et de ne plus se remettre en cause.»

d'Antonio Tabucchi

«Si la création du monde est marquée par le passage des ténèbres à la lumière, ce n’est pas ce passage qui crée le temps, mais l'écriture : c’est l’écriture humaine qui a créé le temps, et le temps est donc une dimension fondamentale de notre humanité, que nous pouvons difficilement appréhender dans sa totalité.»

de Patrick Chamoiseau :

«Le poétique permet de vivre la complexité, de rentrer dans une pensée du tremblement, d’accepter de ne pas être dans la certitude.»

de Raphaël Confiant :`

«j’ai toujours pensé que l’écriture était vaine si elle ne savait pas s’ancrer dans le monde.»

de Yannik Haenel :

«La littérature, à mes yeux, doit savoir rendre compte du déchaînement nihiliste qui est à l’œuvre dans le monde, elle doit trouver des formes et des mots à la fois pour représenter ce cauchemar, et inventer une sortie, proposer une ouverture»

de Régis Jeauffret :

«Une phrase est irréprochable quand elle n'est pas une escroquerie, c'est à dire quand elle correspond exactement à ce qu'on souhaite dire, à ce qu'on pense.»

de François Bon :

«J’organise mon expérience du monde avec mon seul outil, le langage. L’architecture d’un texte, la construction d’une phrase qui tienne, voilà les seules questions qui vaillent

d'Andréa Bajani (inconnu de moi)

«.. nous utilisons de moins en moins de mots différents. Cet appauvrissement linguistique va de pair avec un appauvrissement de la pensée. Il est donc de notre responsabilité de choisir les mots avec lesquels nous voulons nous exprimer.»

de Léonora Milano (idem) :

«J'écris dans l'écho des cultures qui m'habitent : africaine, européenne, afro-américaine, caribéenne. Tout cela vient tout naturellement se loger dans mon texte.»

d'Assia Djebar :

«Quand je dis que le sens ne m’intéresse pas et que je recherche la mélodie, la voix, cela signifie que je recherche l’arabe entendu durant ma petite enfance sans chercher à le comprendre.»

de Raymond Queneau, enfin :

«Prenez un mot, prenez-en deux, faîtes cuire comme des oeufs, prenez un petit bout de sens puis un grand morceau d'innocence, faites chauffer à petit feu, au petit feu de la technique, versez la sauce énigmatique, saupoudrez de quelques étoiles, poivrez et puis mettez les voiles. Où voulez vous en venir ? À écrire vraiment ? À écrire ?» ce qui fait un beau programme pour l'Oulipo.

«Paumée» pardon te demande.

samedi, janvier 26, 2008

Emergeant de deux soirs et nuits dans la Femme sans sépulture d’Asia Djébar, j’avais une fausse nostalgie de l’Algérie, fausse puisque je ne connais pas Césarée et que j’ai finalement peu connu Alger et sa région. Mais bien sur rien ne la rappelle ici (ce serait différent pour le haut Var et la cote, un peu un écho en miniature de l’autre rive). Me suis contentée de ces palmes.
Personnage merveilleux de femme libre, vis-à-vis de l’occupant français (choc chaque fois de réaliser cette réalité) malgré les relations entre enfants, et parfois dans le travail entre artisans, petits commerçants (et retrouvé ce mot « les maltais »), et vis-à-vis de la bourgeoisie musulmane – souvenir de mes petites amies en 7ème à l’école qui selon le plan devait être dans une petite rue proche de l’avenue du 1er novembre.
Zoulikha enfant allant en jupe écossaise à l’école, mais c’est dans un village près de Marengo « Tu vois ma fille, ma tout petite, ce fut ma première joie : non pas le défi contre les autres que je narguais – le défi donne plutôt comme une ivresse. Non, ce fut une joie dure, une vibration de tout mon corps, de mes muscles, de mes mollets qui sortaient nus sous la jupe à carreaux plissée »
Zoulikha s’installant à Césarée avec son troisième mari, et prenant le voile, ce voile auquel petite fille je trouvais un charme qui me fascinait, comme les cotonnades molles fleuries des robes des paysannes et des pantalons bouffants de Minah, et qui est parait il maintenant remplacé par le foulard et la tenue islamique (tradition importée)
« on pouvait dans mon quartier ancien…la confondre avec mes autres concitoyennes : couvertes du voile de soie (de soie moirée ou, pour les plus âgées, de soie mêlée de laine fine, pour en adoucir les plis), la pointe d’organza raidie et à demi transparente sue l’arête du nez, masquant ainsi le bas du visage pour rehausser les yeux fardés, agrandis au khôl, ainsi que le front surmonté parfois d’un bijou d’or ou de perles » mais sur la photo que j’ai trouvée il n’y a pas la grâce et la coquetterie de cette pointe – femme plus simple comme Zoulikha quand elle part dans la montagne et fait, avec son voile de paysanne, précieux pour ne pas être reconnue, des allers et venues pour organiser la résistance des femmes et le ravitaillement de son groupe de combattants en matériel et médicaments.

Parce que l’Algérie de mon enfance était grosse de ça, même si j’en étais totalement inconsciente. Il y avait tout de même la séparation en dehors de l’école et de la plage de La Pérouse, et parfois, rarement, de la part de certains adultes ou grands un ton légèrement méprisant envers les « arabes ». Je crois en avoir ressenti un malaise, mais je crains que cela soit embellissement rétrospectif.
Et donc Zoulikha femme mure devient cette héroïne, qui fait peur aux bourgeois craignant les représailles, qui est arrêtée, torturée et dont on ne sait où est le corps,
Sa geste est nourrie de la vie des femmes algériennes, dans le passé, et du sort de ses filles dans la société actuelle – un beau lyrisme – de belles notations : « …à Césarée, .la maison reste encore domaine presque exclusif des femmes, en somme, le gynécée. Le « maître de la maison » qu’il soit l’époux ou le frère ou le fils adulte (Zohra Oudai, peu auparavant, en berbère, disait, par contraction, »ma maison » en évoquant son mari), ce maître donc, l’homme, ne se sent vraiment maître qu’au-dehors, dans l’espace presque ségrégué des rues, des cafés maures, de la mosquée parfois."

En Avignon et dans le temps présent, après un lever tardif, et la recherche de la photo de femme voilée, après m’être amusée à peindre en vert pale et cirer une petite terre très moche, m’en suis allée utiliser la fin de la terre chamottée, presque contente du résultat, mais une jambe est absente par manque de matière - m’en suis revenue avec l’argile devenue aussi dure que de la pierre et qu’il faut que j’humecte et travaille - crevée j’étais, de bonne fatigue.

mardi, septembre 12, 2006

déjeuner (médiocrement réussi en ce qui concerne ma cuisine) avec mon petit frère et sa femme.
Agréables moments. Échanges juste assez importants, juste assez détachés.
et ensuite paresse : vaisselle à la main et ne pas écrire, ne surtout pas penser.

Ah, si : on peut suivre le feuilleton d'une très emblématique histoire de dé-localisation, préparée, suivie d'un joli plan social, d'une usine Reynolds sur http://restructuration.blogspot.com/ (entre autres le billet "compléments" du 11 septembre, mais on peut remonter le temps).

Et puis je lis ces soirs ci la disparition de la langue française d'Assia Djebar, beau, avec quelques passages, un peu secondaires, qui sonnent en moi comme anciennement familiers.
Pas les histoires d'amour, bellement lyriques, du héros - pas la lutte pour l'indépendance - ni les niveaux de langue, arabe, kabyle, montagnard, oranais, français - mais au début une maison sur une plage à l'ouest d'Alger mais qui pourrait être à l'est, le pécheur qui livre son poisson tous les jours et
... cette heure matinale - six heures, ou six heures et demie, lorsque l'aube va s'épuiser : quelques vapeurs au-dessus de l'eau, une écume de vague. Tout près, sur le rivage, un frémissement d'eau ; en arrière, un bosquet de roseaux ou le début d'un toit de tuile, sur le côté du cadrage...
Lui est personnel son attachement à son pays qu'il retrouve et sa détresse devant le délabrement de la Casbah, son observation impuissante de la société algérienne de 1991, Boudiaf, toutes choses que je n'ai suivies que de l'extérieur, à travers quelques rares articles - mais il y a des souvenirs communs : la beauté, le Bab el oued du temps des pieds-noirs, le nom de Dellys et une réminiscence du port, les pantalons bouffants des hommes et surtout, au lieu des longues tuniques et du foulard islamique, les passantes au voile blanc de soie et de satin, celles dont les yeux.. vous regardent fixement, au-dessus de la voilette raidie sur l'arête du nez.
Mais en dehors de l'école et des jeux sur la plage, nous vivions ce petit garçon créé par Assia Djebar et moi dans deux mondes mitoyens.
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