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désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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lundi, janvier 12, 2009

est ce la conscience qui m’en vient avec le poids, est ce la raréfaction des cigarettes et de leur aide indispensable, suis comateuse en ces jours.
Tout de même regardé les thèmes nouveaux d’écriture ludique, et trouvé l’exercice AEL 02 (mots imposés - faux rêveur)
http://www.ecritureludique.net/article-26547099.html et j’ai voulu m’en servir de béquille.
Les mots sont : Caresse - Fanion - Age - Circuit - Veille - Imbue - Fossé - Mage - Violence - Ignorer
J’ai pris aussi une photo et cela a donné,


dialogue improbable
petite vieille trottinait le long des rues, en son habituel circuit -
petite vieille ne l'était pas vraiment - l'aurait été autrefois, aux temps anciens, mais, comme on le disait, maintenant la vieillesse n'existait plus - si l'on en croyait le fanion hissé fièrement par la modernité et les doctes qui dans les journaux s'affichaient, imbus de leurs savoirs - ou c'était de la faute de ceux qui se résignaient à leur âge -et,eux les sages officiels, ou le voulant, ils se répandaient en conseils, quitte à se contredire, suivant l'avancée du temps, des modes intellectuelles, et de la science aussi.
Et puis bien entendu il y avait, mais plus tard, de plus en plus tard, ceux que touchaient la décrépitude finale, et l'on s'en souciait - même si cela coûtait si cher - puisque l'on était humain.
Mais petite vielle s'en moquait bien, avait décidé que vieille elle était, avait sauté le fossé, et cheminait en trottinant donc, ou partant à grands pas parce que quelque chose l'attirait, ou qu'elle avait décidé ce matin là que c'était de cela qu'elle avait envie, dégustant la caresse de cette irresponsabilité.
Cheminant, trottinant ou avançant souplement, elle est passée une fois encore sous la tête austère, un peu brute, affiché au dessus de la porte d'un noble hôtel, et l'a saluée dévotieusement, puisque, en fait, elle le savait, elle, sous l'air bourru, un peu frustre, l'ébauche de capuchon, c'est un mage qui avait été immortalisé et figé là. Et c'est pourquoi on n'avait gardé, figé dans le pierre, que la tête, pour lui confier la maison et les passants.
Et comme ce jour là elle avait opté pour la souplesse, il a ri un peu et lui a dit : "tu veux ignorer ?"
Elle a joué les idiotes, douée qu'elle était : "ignorer quoi ?"
"la violence de cette longue descente où tu t'engages"
Alors est repartie, et sentait ses talons danser, et lui a jeté par dessus son épaule, qu'elle redressait, : "ce n'est pas moi qui m'y engage, c'est la vie et toi qui m'y poussent, mais ce n'est pas descente mais transformation"
Il a crié au dos qui ne s'éloignait pas si vite : "et ce n'est pas violent ?"
elle a trébuché sur un caillou idiot et répondu "si... sauf si tu ne résistes pas"
Puis a continué, très impressionnée par son improbable sagesse, renonçant à vérifier son authenticité.

mercredi, décembre 31, 2008

simplement pas
tu me demandes quelles résolutions je ne prendrai pas pour saluer 2009 ? et me voilà bien embarrassée.
Parce qu'il y a longtemps que j'ai compris que cela ne servait pas à grand chose d'en prendre - enfin si; en partie, puisque je ne prenais que des résolutions imposées par contrainte et que donc, peu ou prou, je les respectais, en partie, ou bien je m'amusais à les enfreindre sans que cela soit trop visible même à mes yeux, et ce petit jeu était bien le seul avantage ou plaisir, léger, qu'elles me procuraient.
Mais; pour 2009, plus encore que pour l'année passée, j'aurais bien du mal à trouver quelle résolution je refuse de prendre, puisque je n'envisage pas une seconde d'en prendre une.
Le plaisir ou le vide de ma totale liberté. Ma fantaisie ou ma paresse, le jeu de mes artères, de mes muscles, etc... et du soleil, du vent ou de la pluie, me suffiront comme guide, avec, éventuellement, très, trop, marginalement - chétive chose que je suis à l'écart des courants - la fureur du monde qui se fraie rarement un chemin jusqu'à moi.
Et puis, moi et ma vie nous sommes si parfaites...
Bon, en cherchant bien, s'il faut citer une résolution à éviter, je n'en prendrai aucune concernant le sort de "paumée"
pour l'exercice 75 "les résolutions que vous ne prendrez jamais" d'écriture ludique
http://www.ecritureludique.net/article-25975895.html
en attendant j'ai hésité à partir à la recherche de palmes et d'un tuba pour plonger en quète de la suite que je me suis inconsidérément engagée à donner, cette semaine, en mettant en ligne sur les imptomptus littéraires, dans le désarroi de Noël un début de conte du même nom, écrit dans la rage contre ladite chose ou la fête envahissante qui l'entoure. Parce que là, à part un traité de théologie et de mythologie si j'en étais capable, et si mon ignorance n'était pas aussi colossale, je ne vois pas trop - et je pense que le four serait encore plus merveilleusement total que pour
http://brigetoun.blogspot.com/2008/12/me-bagarrant-encore-un-peu-pour-prendre.html
Fourager dans mes cheveux jusqu'au crâne à masser après les quelques courses de la matinée.

mardi, décembre 16, 2008

mon amour, mon très cher,
Ne râle pas, continue,
Tu étais très beau hier, avec tes neveux, dans ta houppelande, ton sourire, la voix que tu allais chercher je ne sais où, dans ce tréfonds que tu caches si bien, si bien que tu l'avais toi même oublié; j'en suis sure.
Tu étais si beau que j'aurais presque cru au Père Noël, si je n'avais su dès l'enfance qu'il n'existait pas, puisqu'il ne faisait pas parti de nos traditions.
Si beau que j'ai bien vu que ton frère et sa femme te souriaient, heureux de te voir si doux et tendre, et Jean m'a dit que c'était merveilleux, qu'il retrouvait son petit frère, et, parce que c'était ce qu'il fallait répondre, je l'ai remercié de t'avoir donné l'occasion de cette détente.
Tu étais si beau et si heureux de l'être, que j'ai senti que tu y croyais toi aussi, et pendant que, au dîner, redevenu civil et resté civilisé, tu plaisantais, j'écoutais ton plaidoyer intérieur, l'idée confortable, un peu surprise, exaltante presque, que c'était bien la preuve que tu n'étais pas mort, que tu pouvais être autre chose qu'une machine à pouvoir et argent.
Ne râle pas, continue,
Tu étais si beau, charmant, détendu, que j'aurais pu y croire, et m'accrocher, m'épanouir dans ta tendresse cette nuit.
Mais je sais que cela ne durera pas, et maintenant je m'en moque.
Alors je m'en vais, et le seul cadeau que je voudrais de toi c'est que tu me laisse en paix, libérée, et que tu n'infliges pas à nos amis et à la famille une douleur bavarde, alors que tu es simplement vexé d'avoir perdu un peu de ton bien.
pour les écritures ludiques, l'exercice ludique 74 - lettre au Père Noël, proposé par Ytaluok http://www.ecritureludique.net/article-25505887.html - et puisqu'il faut un titre à cette pauvre chose j'ai proposé "lettre à un fugace Père Noël"

jeudi, décembre 11, 2008




Deux visages penchés sur moi

Deux voix qui parlent de transmission, de poids de l'héritage et de la fugacité des modes

La proposition de faire remonter, moderniser dit-elle, cette bague dont je suis le coeur.

Un refus, un goût du passé et de la mémoire.

Leur mémoire dérisoirement limitée à quatre générations et un siècle - posée sur toute ma mémoire.

Ma longue formation dont je n'ai plus souvenance dans les replis de la terre.

Et puis tous ces visages africains, flamands, lyonnais, au long de mon histoire et de mes voyages, grimaçant d'efforts ou d'attention, glacés dans leur réserve de négociants ou souriant de grâce tentatrice - toutes ces mains m'extrayant, me pesant, me prélevant dans un sac, me taillant, me polissant, me tenant dans la lumière, me rapprochant de tous ces petits fragments de mémoires qui me rejoignent sur un dessin, un projet.

Le plateau enfermé dans un placard de belle boiserie - la quiète boutique dans la presqu ile entre Rhône et Saône - la table devant la vitrine qui accueille la lumière - la succession des jeunes visages émerveillés et rosissant.

Le jeune couple et mes voyages avec la jeune femme de Pékin à Santiago, la femme de Lyon à Ceylan, Hanoï, la vieille femme dont le souvenir se fait idéal.

Le long oubli dans des écrins et cette résurrection.
Je ne pèserai pas, jeune fille.

Mon passé s'évapore - seule reste mon inébranlable beauté, pour que les humains y posent leurs sentiments ou intérêts généreux, amoureux ou ignobles, ou même leur indifférence.

Et je suis désolé, Brigetoun, mais je ne peux te proposer des récits de trésor enfoui et rêvé, de guerre ou de pirates, tout fut feutré dans mon histoire, délicieusement convenable, mesuré, avec toute la grâce confortable de l'argent silencieux de belle bourgeoisie.

dans une journée où ma machine et mon esprit avait opté pour l'énergie de la limace, une contribution minimaliste à l'exercice 32 d'écriture ludique "le silence des diamants" proposé par "Zazou/Indéfini/Z) http://www.ecritureludique.net/article-17285466.html
une photo de bague trouvée sur le net (je n'ai pas de diamant et ne les aime guère)

il soufflait dans nos rues un bon petit vent glacial mercredi soir, et j'ai renoncé à repartir dans la nuit à Saint Didier rendre encore hommage à Messiaen, et, cette fois, à sa mère, mais en allant faire quelques courses utilitaires j'ai salué mon gentil nouveau voisin, cordialement. Il est charmant, non ? en version jeune

vendredi, décembre 05, 2008

révolutions impossibles

notre monde s'enfonce et les inégalités ne s'améliorent guère - se contentent de se déplacer légèrement à l'intérieur des pays - des petites éruptions sont tolérées - mais soyons bien quiets, nous ne les subirons qu'épisodiquement, et seront sauvés - au nom de quel privilège de naissance ?

mon pays me fait peine, comme m'ont navrée les jeunes hommes déjà résignés à leur absence d'avenir que j'ai rencontrés, et qui, est-ce une chance, ne semblaient pas en être conscients, se contentant de rêves timides - nous actualisons maussadement mais résolument la soumission volontaire - des groupes ou petits partis nous permettent de jouissives éruptions pour éviter les émeutes que seuls ébauchent ceux dont nous prétendons nous soucier, et nous déplorons leurs conséquences, au nom de la raison, de la conscience politique qui est notre privilège.

Brigetoun m'a parue totalement sans intérêt en me réveillant ces matins ci, et n'en voyais plus, vaguement, que ses défauts auxquels je suis habituée - me suis révoltée contre ce elle que je suis, l'ai mise entre parenthèse, dans le vide. Même là, n'en suis pas venue à la révolution.

exercice n° 68 (révolution) proposé par Michel http://www.ecritureludique.net/article-25125126.htm l, et détourné une fois encore à ma courte honte (quoique) - et une version abîmée d'un tableau vu et aimé, sans que j'en connaisse l'auteur, pour m'y enfoncer à presque grands pas, mes bottes prenant possession de cette terre imaginaire, et l'air était plein de jeunesse et l'étendue ouverte devant moi.

bon, mais ne sais comment cela m'a ramenée sur ma place (le sapin est moins ridiculement disproportionné cette année, mais je préfère mes vieux copains, même le moins glorieux, celui qui s'emmitoufle - suis rentrée dans mon antre, suis rentrée dans la vie, avec un petit détour chez Michaux
«
En combien d’autres sociétés, d’autres climats, d’autres époque aurais-tu pareillement été un râté ? Question à te poser.
Cela fait peur, mais peut guérir de beaucoup d’autosatisfaction injustifiée.
Et ne mentionnons pas les tribus. Là, « pas de repêchage ». Elles ne t’auraient pas laissé vivre ».
Et me suis installée devant les débâts à l’assemblée pour m’indigner un bon peu.
Aujourd’hui me faut partir en quête de pitance, en oubliant soigneusement les invitations aux ventes privées. (hors de mes moyens et de mes besoins)

jeudi, novembre 27, 2008

exploration de ce jour
entrer comme on le peut, franchir l'apparente transparence, jeter une échelle et descendre au travers de mes mois, ces couches qui remontent, descendent, se mêlent -
ne pas s'inquiéter des divers trous que des couteaux y ont creusés, résister à la tentation de caresser les noeuds de nerfs usés, gonflés, à vif, pour ne pas y faire vibrer une petite douleur, merci à vous.
rencontrer une avidité, une soif de découverte quiètement endormie aujourd'hui, la chatouiller gaiement pour qu'elle s'ébroue un peu, c'est le meilleur coin -
passer sur la pointe des pieds sur les furoncles envieux, et vérifier qu'ils sont sous contrôle -
bercer un peu, mais avec une ironie salubre, les petites plaintes éternelles et soigneusement futiles, qui sont paravents -
soulever des rideaux, franchir des portières, traverser les ébauches de savoir, les petites pépinières qui s'obstinent à essayer de produire -
et dans le creux final, trouver, comme trop souvent, comme la plupart du temps, un petit animal effrayé, qui vous regarde, se rétracte un peu, se fige et puis éclate en rires ou en mots comme un bouclier orné.
revenir demain.
fausse découverte en réponse à l’exercice 69 d’écriture ludique, proposé par Michel http://www.ecritureludique.net/article-25125250.html
Grignan étant descendu jusqu'à nous, virée achats-papotage-déjeuner rapide et agréable de deux soeurs dans Avignon (et j'ai déclaré forfait pour la suite dans un centre commercial).
à l'opéra "tango métropolis" un spectacle qui tourne (un peu comme le Porgy and Bess) avec cinq couples de danseurs et un quintette mené par Daniel Binelli au bandonéon - beaux et professionnels extrêmement
et pour moi (mon humeur ou le spectacle ?) cela a commencé par une contemplation doucement ennuyeuse d'une danse acrobatique et sensuelle, formidablement exécutée, qui m'émouvait ou m'interessait presque autant que le premier métro du matin. Un agacement qui faisait barrage, et puis, l'humour intervenant, j'ai accroché
et pendant toute la seconde partie j'ai goûté l'orchestre et trouvé la danse jubilatoire, avec une saveur émouvante, surtout interprétée par deux des chorégraphes, Claudio Hoffmann et Pilar Alvarez. Une agréable soirée.

mardi, novembre 25, 2008

l'arbre, le jardinier, la fuite de la fable
il était un petit arbre, pas si petit, pas si jeune, mais qui le croyait, parce que les grands vieux imposants autour de lui le lui disaient, et lui donnaient de beaux conseils, pour devenir superbes comme eux.
Mais ils l'entouraient de si près, avec leur pesanteur immobile, eux que même les plus grands vents ne faisaient plus danser, qu'il se sentait humilié, empêché, sans espoir, malgré les promesses de son ami jardinier.
Alors il restait dans leur ombre et il s'appliquait et de toute sa sève, sa volonté, son essence, il se faisait souple, beau, image de minceur et certitude de force, et il était fier, les visiteurs lui souriaient, le caressaient en passant, mais il s'ennuyait un peu
Ni les vents, ni les oiseaux survivants ne parvenaient jusqu'à lui.
Alors il s'est mis à danser, ployant ses branches, leur faisant dessiner des courbes inattendues, tout un langage qu'il inventait et qui n'avaient jamais été pensées pour un arbre, toute une anarchie gracieuse et mélodieuse.
Le jardinier s'est gratté la tête, a soupiré, et puis s'en est allé chercher une échelle et une scie, parce qu'il était jardinier novice, sans savoir, mais plein d'application et de bon vouloir. Il ballait de la tête ; l'échelle se prenait dans ses jambes comme ses idées dans leurs efforts en quête de certitude.
A ce moment un amoureux des arbres s'est arrêté derrière son amie qui, assise sur un banc, regardait l'arbre et le jardinier, suspendant la marche de ce dernier, en cherchant comment, dans sa fable, elle allait empêcher son geste : par le chant d'un oiseau, une racine traîtresse... et quelle morale pourrait bien en sortir.
L'amoureux des arbres a ri, la fabuliste a grimacé et fermé son carnet, le jardinier les a regardés puis s'en est retourné et les branches ont envoyé des signaux de fin d'alerte.
La morale ? on ne s'invente pas plus fabuliste qu'un arbre ne peut se faire ballerine
La seconde morale ? est-ce tellement certain ? l’arbre proteste.
Une morale personnelle : la nuit est faite pour dormir, cela évite en partie les yeux battus, la petite douleur qui se cache derrière, les rares idées en fuite à la poursuite de la volonté.
honteuse déroute dans une tentative pour répondre à l’exercice 71 d’écriture ludique proposé par isa/zabilou « fable » sans plus
http://www.ecritureludique.net/article-25016026.html

lundi, novembre 24, 2008


sans utopies
"tout est pur pour qui est pur" - Brigetoun a levé les yeux de la page, a eu un frisson de peur, comme chaque fois qu'un de ces merveilleux êtres qui se mélent d'écrire leur pensée pour la diffuser, la donner comme modèle, emploient le mot pur - cette méfiance qui lui aurait presque fait préférer des perles baroques aux perles fines, et la pâte d'un Rubens à la sècheresse du Boticcelli d'après Savonarole, avec son habituelle tendance à passer des idées aux sens - et puis elle a relu et l'assemblage des mots, la phrase, l'a un peu tranquilisée. .
Enfin pas complètement.
On évitait le goût exclusif de la pureté, cette tentation exaltante de son adolescence, et l'asphyxie glacée des régions éthérées, on évitait les désastres habituels, sauf peut-être pour ce pur qui finissait la phrase, celui qui contemplait le monde, le tout.

Dans la béatitude bienveilllante avec laquelle il décidait de regarder, au travers de la brume lumineuse et indulgente qu'il posait sur ce tout, le danger de le voir se lancer dans une utopie bien cruelle, de faire effort et faire des règles pour que tout et tous le rejoignent dans le sublime, ce résultat inévitable de la certitude d'incarner le bien, ou de le connaître, toute cette négation de la vie, s'éloignait.
Mais il lui est venu une petite inquiétude tendre pour le pauvre fou qui se refuserait à voir la réalité, et la pensée de tous les coups qui viendraient ébranler son étincelante armure.
Et puis une autre, parce que l'être pur qui regarderait le tout puis constaterait en s'y frottant que la pureté était peut-être un peu moins universelle qu'il ne l'avait pensé ou décidé, devrait fatalement, par amour, par bonté, pour se protéger aussi, ou simplement pour baigner dans une bulle digne de lui, être tenté d'intervenir, ou d'orienter, de plaider - en ce cas; même s'il s'appliquait à la discrétion, l'euphorie de sa vision ne le rendrait pas forcément de bon conseil.
Alors, le livre posé sur ses genoux, les yeux perdus dans le vide et l'immensité de son ignorance, elle s'est souvenu de ce que lui avait appris les vieux sages, que pour connaître le monde il fallait plonger, ou pénétrer, en soi, tenter de connaître, pour y résister inlassablement, l'étendue de ce qui la poussait comme tout vivant à s'éloigner du bien, de la droite et honnête ligne, sans jugement de valeur, juste dans le souci de l'harmonie, et qu'ainsi, normalement, on devrait pouvoir connaître le monde, les autres, et, sans crainte, y oeuvrer.
Et bien entendu, comme toujours, elle s'est perdue et c'est avec un sursaut qu'elle a retrouvé son inaptitude totale à juger ou simplement voir clairement quoi que ce soit. L'immensité du travail l'a découragée et cette petite chose qu'elle avait tout de même remontée à la surface : sa paresse sans limite, et peut être un soupçon d'indifférence.
Alors c'est avec un peu d'envie, juste un peu, pas au point de vouloir être parmi les purs - et avec tout de même une interrogation fugitive sur une majuscule qui lui évoquait des créatures à la réalité douteuse, mais si merveilleusement étrangères à la notion de pureté - qu'elle a repris sa lecture, pour rencontrer le bonheur de celui qui s'y exprimait : "aujourd'hui je confesse mes Grâces"

exercice 3 d'écriture ludique "début et fin" proposé par Shin Haiah, et le début et la fin à garder sont bien entendu, "tout est pur pour qui est pur", et "aujourd'hui je confesse mes Grâces "- http://www.ecritureludique.net/article-12437351.html - hum peut être ambitieux pour mes capacités.
En attendant, j'ai (et cela risque de se reproduire avec cet appareil) posé une vision floue du bout de mon doigt sur la pureté glacée que le vent avait donné à notre ciel dimanche matin, mais gommé un peu les multiples irrégularités, marques d'outils sur ma petite bonne femme. Et le vent nous ayant quitté, la pluie est venue avec la nuit.

vendredi, novembre 14, 2008

et mes larmes sont venues
mais larmes d'exaspération,
éternellement à moi adressées -
pour affronter notre rencontre,
puisque sacrifier ce que l'on nomme dignité n'aurait rien donné,
me suis armée de silence,
au risque de paraître butée,
front gonflé et visage mort,
mutique, cou de pierre,
et pendant que les larmes me secouaient,
bien enfermées,
que le désarroi me creusait,
que je raidissais ma faiblesse grandissante,
émolliente, abrutissante,
tu pérorais,
tu t'agaçais, puis méprisais,
t'en es allé,
me laissant avec mon bâillon -
et je crois le sentir,
fictif, il tire cependant ma peau,
et ne sais comment l'enlever
sans que la douleur explose -
j'avais mis en réserve cette photo, sujet de l'exercice 53 d'écriture ludique proposé par Michel http://www.ecritureludique.net/article-22887898.html qui appelait un texte dramatique, beau, grave et responsable. Je butais devant cette évidence, alors, dans ma journée de boffitude, m'en suis débarrassé.
Et de grands vents me tenaient compagnie, mais je n'ose leur faire porter la responsabilité.

lundi, novembre 10, 2008


au coeur de l'arrière saison
un « au » long et sourd comme une trompette bouchée, et derrière le gong assourdi de "tomne", une image d’or bruni; un parfum d’ambre, Jeanne en cirant ses meubles dans l’odeur du miel rêvassait au mot automne pour oublier ce léger frissonnement de ses épaules en s’habillant ce matin, et le silence cotonneux de l'appartement maintenant que la pluie s'était tue.
Et le long silence de ses enfants.
Elle s’est assise devant la porte fenêtre du salon; et la morne rambarde noircie avec, presque sur le même plan, la façade grise de l’immeuble d’en face et les grasses et molles sculptures qui ornent sa bourgeoisie satisfaite. Elle a tiré vers elle la petite table du téléphone et elle a appelé sa fille - une attente qui se prolongeait - et elle suivait la sonnerie qui devait s’insinuer depuis le hall de granit rugueux, monter l’escalier, chercher des oreilles attentives, et puis les pas précipités et une voix aiguë "allo ! c'est qui ?"
"chéri, on ne répond pas comme ça ! ... C'est Mamie de Paris"
et elle l'entend appeler "Maman" et puis son souffle de nouveau, et elle lui dit qu'elle l'embrasse, lui demande ce qu'il fait pendant ces quelques jours de vacances
"il pleut, notre match a été annulé"
"et quoi d'autre ?"
"Je fais des bonshommes en écorce comme tu m'a montré - j'ai été (décidément) chez Vincent l'autre jour - il ne pleuvait pas - on a fait des cabanes"
A ce moment le récepteur change de main et Alice complète :
"et ils étaient merveilleusement sales, plus un bon rhume et un genou quadrillé. Mais tu ne peux pas savoir comme c'est beau en ce moment... Quand tu marches dans notre allée, tu avances dans une lumière rouge sombre et tes pieds s'enfoncent un peu dans un tapis... Je te dirais bien de venir. Tu verrais, c'est le Cours la Reine à la puissance dix, au moins... mais il y a le problème chauffage."
"toujours pas réglé ? Tu ne peux pas rester là avec les enfants, voyons !...
"Le chauffagiste devrait terminer demain. Je ne veux pas que les garçons manquent la classe. Laurence est une petite boule de graisse tiède. Et puis il y a la cuisine... et si tu voyais leurs mines"
et Jeanne a une vision de petites joues rouges calées sur des écharpes.
"Ne t'en fais pas... et toi, Maman, comment vas-tu ? Tu as vu et entendu quelque chose de bien ces jours ci ?"
"rien d'extraordinaire.... "
Et en repoussant la table après avoir raccroché, en regardant ses jambes étendues devant elle, en les étirant, en remuant ses orteils dans ses bottes, elle se résigne à laisser monter en elle, à l'envahir, la submerger, privilège amer de son oisiveté tellement désirée, le désenchantement qui pour elle a toujours accompagné l'automne, cette petite angoisse vague, qui ne doit pas s'avouer, puisque, bien sûr la saison est si belle, et s'accompagne toujours de projets....
Mais tout en elle refuse, renâcle, ne veut pas jouer l'acceptation de la longue descente dans ces jours sombres, humides et froids, dans la certitude que la lumière ne reviendra jamais, et elle s'intalle dans la volonté têtue de regarder ce que l'on appelle les plaisirs de l'hiver glisser autour d'elle sans qu'elle en soit si peu que ce soit concernée ou consolée.
"Belle, tu parles" marmonne-t-elle en se levant et, en se tenant les reins; elle regarde ses meubles, livres, disques, se cherchant une occupation, sans désir d'en trouver.
encore, comme distraction au sens d'antan, un essai pour un exercice d'écriture ludique le n°67 proposé par Michel "à la faveur de l'automne" http://www.ecritureludique.net/article-24533104.html avec un montage photo de Barbarette dont je me suis fort peu inspirée (pas obligatoire) http://www.barbarette.com/article-23924035.html - pas plus que je n'ai réussi à être originale ou à éprouver ou faire éprouver des sensations fortes comme recommandé.
une photo au hasard, en ponctuation, una vez màs.
Et en attendant que la faim vienne, en début de nuit, repris dans mon petit grenier "publie-net", où j'engrange au gré de mes envies, "du seuil s'enfoncer" de Fred Griot http://www.publie.net/tnc/spip.php?article175 (présentation, premières pages, commande éventuelle comme toujours) ou du moins le premier groupe de textes "la voix ça" et "boue ici lumière haut" où je me trouvais bien.

"pourtant ça doit être poss
possible
rienfaire rienpenser penser autrement penser paspenser penser autrement penser sanspenser sans creuser l'os du crâne sans penser vraiment sans creuser l'os toujours.


j'ai aujourd'hui cette année cette nuit cette année j'ai réussi presque à apprendre presque à ne plus penser réussi à apprendre à arrêter tout ça ou tout du moins à ralentir tout ça cette tête son activité pourtant."
un petit rajout : comme me le suggère Michel Benoit allez voir http://www.nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com/ - comme je me le suggère : tâchons, sans obsession, d'en tenir compte naturellement dans nos petits choix quotidiens, dans la mesure de nos moyens

dimanche, novembre 09, 2008

- souviens toi quand nous dansions place des Corps Saints, au coeur de l'été, à côté des tables, et nous étions un ilot dans la foule,et l'air et les pierres tremblaient dans le soleil
- je ne me souviens pas, je ne vous connais pas
- souviens toi quand tu dansais avec cette belle fille, et je vous regardais, contre le mur, debout entre deux bars, et vous étiez dans l'espace vide, vous découpanr sur les murs de la chapelle
- je ne me souviens pas, je ne vous connais pas
- souviens toi quand je vous ai dessinés pour annoncer un spectacle, enlacé et ondulants
- je ne me souviens pas, et puis,oh ! les affiches sont imprimées avant que l'on danse sur la place des Corps Saints, et avant le coeur de l'été et la chaleur de la place
- souviens toi quand je vous ai imaginés.
- peut-être, et c'était pour ?
- "si tout va bien, je meurs demain"
- je l'ai vu - souvenez vous, ce n'était pas un couple de danseurs, je crois
- c'est vrai
- que vous avez inventé ?
- que je meurs demain
- je ne vous crois pas
- on danse ?
petit matin de samedi devant cette image, sujet de l'exercice n°2 d'écriture ludique (proposé par Polly)
http://www.ecritureludique.net/article-12396124.html

puis m'en suis allée sous un joli ciel, marchant vers des nuages sans gravité ni durée, regarnir réfrigérateur, panier et placards de ma cuisine
avec une pensée (mais l'image seule, j'ai une mini-cave et personne pour la boire) pour Michel s'il passe par ici .
avec une pointe de nostalgie en attendant mon tour devant des nourritures qui, à l'exception des tomates à coulis, et des courgettes à chair, me sont interdites.
au retour, des ouvriers commençaient avec une certaine nonchalance (on a le temps tout de même !) à monter les cabanes de Noël, et il y avait un merveilleux très long camion aux belles peintures fluos que j'ai admiré avec un petit garçon mais n'ai pas photographié.
Presque fini "treize mille jours moins un" de Didier Da Silva - le livre lui-même est court et dans un joli format presque carré, pour mettre un peu de fantaisie dans les bibliothèques - en plaisir attentif. Il y a un piano, un chat qui a un nom et un surnom, le ciel, le vent, des immeubles qui naissent et meurent, l'inquiétude, le déseuvrement, Marseille, encore l'inquiétude, toujours la musique, l'inperceptible, des notes de musique encore, un ton détaché qui fouille.

mercredi, novembre 05, 2008

déclinaison de mon réel
Quand j'avais trois ans, j'ai dit: "Quand je serai grande, je serai une nymphe, et vers huit ans j'ai su que j'étais une néréide - et je dansais devant et sur la mer, avec les autres, sous l'oeil bienveillant de mon père.
Lui je ne savais pas très bien s'il était Neptune ou le vieil homme (celui qui est avec la mer dans le titre d'une histoire que j'aimais), si son sourire courrait avec les risées sur la respiration des longues ébauches de vagues, ou s'il éclairait, parcourait, les courants soumarins, s'insinuant sous les rochers pour saluer les mérous.
Et puis ce réel a été submergé par la réalité et comme j'ignorais le monde irréel, même celui des elfes tels qu'on l'écrit, je n'ai pu me rabattre sur le rêve irréel-alysée dont j'apprends, bien tardivement, qu'il aurait une existence.
J'ai découvert, en une époque faste, les forêts, les prairies humides et la puissance végétale, mais je suis restée contemplatrice, incapable de me croire dryade.
J'ai vécu en aimant les pierres et perdu un peu de mon estime pour les anciens grecs, eux qui n'ont pas trouvé un nom pour les nymphes qui les peuplent - se contentant de les y chercher avec un ciseau et un maillet. Peut-être d'ailleurs les ont-ils baptisées, mais le mot ne m'est pas parvenu et je n'ai donc pu croire en elles.
Je n'avais pas le courage ni l'envie d'être une nymphe du métro.
J'avais perdu la mer et mon Neptune s'est dissous, a perdu son corps.
J'ai perdu ma certitude et mes illusions, et j'en ai recréé, tissant inlassablement, parfois distraitement, mais avec obstination, le fil de ma vie, comme Clotho, la première des moires, et je résiste sur le chemin qui me transformerait en sa soeur implacable.
Et, en attendant, la part de sorcière qui est en moi vous salue.

Entre deux images de cet entre deux où nous sommes encore un peu, puisque je n'accepte pas l'hiver, petiote tentative de réponse à l'exercice 22 d'écriture ludique (après un moment de perplexité devant le titre) :"rêve irréel-alysée" de Françoise http://www.ecritureludique.net/article-13884552.html
Écrire un texte qui contiendra (idéalement dans son titre, mais pas obligatoirement) l'expression: " Rêve irréel-alizée" (Selon le dictionnaire des Elfes, le mot " irréel-alizée" signifie "réalisé dans l'Irréel, le Monde Intermédiaire").

Début :Quand j'avais trois ans, j'ai dit: "Quand je serai grand (e), je serai un/une (...)
"Fin :La part de moi qui est devenue un / une (...) vous salue.
Éléments possibles pour remplacer les (...)(remarque : l'élément ne doit pas forcément être le même dans la phrase de début et dans celle de fin)
fée, magicien, elfe, nymphe, dragon, licorne, lutin, schtroumph, pokémon, sorcière, nain de jardin, loup-garou, chat-garou, ogre, fantôme, orque, vampire

samedi, novembre 01, 2008

les planches sont souples sous mes pas,
je me crois lourde et j'aime bien ça,
une impression d'exister, de m'intégrer à cette immensité.
Une humidité un peu aigre baigne tout,
monte le long de mes jambes; de mon ventre, de mes bras;
je la hume,
je frissonne un peu et je m'y coule,
mes cheveux l'accueillent, s'en imbibent -
et derrière la brume je vois des montagnes qui ne sont pas là,
mes yeux se perdent,
la présence de l'eau s'élève, envahit l'espace,
s'installe, gomme tout le reste,
m'invite.
Et j'avance doucement,
dans le silence murmurant,
jusqu'au bout du chemin de bois.
et puis je prends mon élan,
je crève l'image de ce monde,
je me perds dans un faux néant glacé.
(exercice 50 d'"écriture ludique" proposé par Michel, partir de cette photo de Sylvain Lagarde
http://www.ecritureludique.net/article-23337618.html )

un petit tour web entre rangements, apirateur et terre - et sur http://pagesperso-orange.fr/tb/etonnements.htm de Thierry Beinstingel, un hommage à la météo marine de France Inter, avec des liens vers d'autres amants de la chose. Je réclame une place dans cette communauté, et il n'est pas besoin d'être dans une voiture prise dans un retour pluvieux pour partir en voyage avec elle. Cela fait des années que j'attrape des embruns en écoutant la voix précise et claire, mais surtout les noms des zones et les désignations des vents. (et la petite méditation qu'ils provoquent là, intéressante, ne démonte pas trop le charme, si ce n'est que ce qu'il juge abstrait m'est presque sensuel bien que non présent)
image alléatoire en ponctuation
dans la newsletter de la MC 93 que je reçois pour le plaisir de la nostalgie (et pour les avoir un tout tout petit peu soutenu d'une signature parmi d'autres)
Dans le splendide Méphisto présenté au Théâtre de la Ville par Guy Cassiers, le spectacle se termine sur ce « je » angoissant, seule parole que le personnage inspiré de Gustaf Gründgens est capable d'articuler. Ce texte de Klaus Mann résonne de manière très particulière pour tous ceux qui font du théâtre. Parce qu'il exprime la relation terriblement ambiguë que les gens de théâtre entretiennent avec le pouvoir et l'histoire. Et d'ailleurs le dernier mot du spectacle ne devrait pas être « je » mais « nous ». C'est peut-être parce que le théâtre est l'art par excellence soumis au fait du prince - qu'on se souvienne aussi du Molière de Boulgakov - qu'il a façonné au cours des siècles cette relation tourmentée entre l'artiste et le pouvoir. Mais pour la plupart d'entre nous, il existe une sorte d'incompatibilité entre le pouvoir et le théâtre. Et c'est bien ainsi."

lundi, octobre 27, 2008

Martin boudait. aurait dit Papa
Il regardait ses pieds, la terre, les petites herbes et il ne boudait pas, mais il ne comprenait pas, et il en reniflait un peu de rage, un peu de - il ne savait pas quoi, peut-être ce qu'oncle Jean appelait désarroi.
Il était furieux contre les adultes, et surtout contre le père Jacques, le jardinier, qui l'avait regardé hilare (encore un mot qu'il aimait bien, mais pas à ce moment), se redressant, s'appuyant sur le manche de sa pelle et hoquetant entre deux éclats de rire : "t'es pas un peu grand pour ça ?" -
et repartant de plus belle quand Martin lui avait répondu, s'appliquant à ne pas montrer sa colère, parce qu'il voulait vraiment comprendre, :"oui, mais même quand j'étais petit, comment est ce que j'ai fait pour tenir ?"
Mais le père Jacques lui avait dit de poser la question à "ton père".
Seulement Papa, il avait encore plus peur de son rire... et puis tout de même c'était son métier au père Jacques de faire pousser les choux et il devait bien savoir, lui, comment les garçons en sortaient, comment ils retrouvaient leurs parents, pourquoi ils avaient ceux-là...
Martin s'est arrêté, cela devenait trop compliqué, et puis il n'était pas sûr d'avoir envie de savoir. D'ailleurs il avait oublié depuis longtemps cette phrase de Mamie, il y a longtemps, quand il était petit : "les garçons naissent dans les choux", il avait décidé que c'était idiot, qu'il verrait plus tard, qu'il s'en moquait.
Seulement hier, pendant qu'il admirait sa petite cousine, avec application, parce que c'était tout de même un petit tas rose et braillant - mais elle prenait sur elle toute l'attention des grands, et puis les petits pieds roses qui s'agittaient sous son nez étaient si jolis qu'il avait pu, un peu pour faire plaisir et pouvoir s'en aller courir, un peu parce que vraiment c'était tentant, les embrasser. Et cela avait eu beaucoup de succès. Alors pour faire le malin il avait demandé si elle était née dans un chou elle aussi et Mamie avait rigolé : "mais non, bétat, les filles c'est dans les roses".
Et le père Jacques, avant de se moquer et de refuser de lui expliquer comment il était né, en vrai, lui avait dit que les gens trouvaient que les roses étaient plus belles que les choux, que c'était pour ça qu'il les plantait autour du gazon, devant les marches, alors que les choux, eux, ils étaient sur le côté, derrière les troènes et les buissons de laurier.
Alors Martin reniflait parce que les adultes lui racontaient des sottises, et ne voulaient pas l'avouer, et puis parce que la vie était injuste, encore une fois, pour les choux et les garçons.

des bouts d'images trouvées dans ma réserve, dimanche soir, après avoir joué, peut-être sans trop de soin, en cédant à toutes les facilités qui passaient à ma portée, avec le thème 62 d'écriture ludique - expressions " (isa-zabilou) http://www.ecritureludique.net/article-23783404.html
extrait du sujet :"Imaginez maintenant que ce soit un ou plusieurs enfants qui comprenent à leur façon une ou plusieurs expressions, et tous les ingrédients sont réunis pour que vous écriviez une nouvelle, un dialogue ou une scène de théatre... "
et je reprends ce que je voulais mettre en ligne avant d'aller vaguement continuer l'ébauche de bonne femme, et de vaquer aux tâches ménagères, avec des photos qui n'ont aucune raison d'être là; et au risque que l'ensemble soit bien estoufadou et fasse fuir.

le matin, pendant que mon café passait, ou que je le croyais, une façon de retarder l'entrée réelle, après trois tentatives, dans la journée, entrepris la lecture des 61 pages de la "révolution dans la poche" de Véronique Pittolo http://www.publie.net/tnc/spip.php?article144 (le nouveau panier de publie-net a un petit air "malle en osier" qui pousse à la boulimie) - 61 pages très aérées,
de

J'espère que ça va marcher
(je pense que ça va marcher)
Tu vas vendre
(je vais vendre)
Aujourd'hui, dès qu'il y a mort, dépression, retournements,
ça marche.
Ton sujet marche, c'est un sujet porteur."
filant à travers la façon de raconter, écrire, représenter, filmer la révolution, et la penser, un peu, sans lourdeur, dans notre vie, sans trop m'étonner, sauf à la limite d'un bout de conscience, de la durée de la montée du café à travers le filtre, jusqu'à, vers le mileu :
" En 1789 il n'y a pas d'électricité.
Des bougies s'allument sur chaque visage,les dicours tremblent.
Par les homélies, les cheveux relevés en ailes, la blancheur des bas,
tout exprime la mélancolie du politique du XVIIIème siècle.
L'histoire des Révolutions est l'histoire d'un homme capté
qui a vécu dans un monde encore vieux, un homme triste,
en avance sur le progrès.
Deux siècles plus tard, dans le viseur d'une caméra,
le Jacobin deviendra militant ou consommateur..."
arrivée là, goûtant l'impression d'être intelligente sans me donner trop de mal, et en même temps de savourer les poncifs de notre représentation de Danton, Robespierre, et du sentimental et terrible Saint-Just (souvenir d'avoir lu un recueil de ses lettres, étonnantes, que j'ai perdu) , de gouter aussi le démontage desdites images, et nos petites révoltes, et nos éventuels rêves de révolution, dans le métro ou devant la machine à café, ou dans une manifestation et l'écoute de slogans, je suis tout de même allée constater que je n'avais pas allumé sous la cafetière, l'ai fait, et suis retournée avec Lénine, la télévision, la contestation organisée, ou vécue de loin par des récits, et la fuite à Varesnes qui pourrait donner lieu à de charmantes représentations de bourgeoisie aux champs, avec relens de cuisine et inconfort de la voiture, jusqu'à la fin
"L'entrepreneur installe un dispositif électronique pour le décompte des heures supplémentaires, ainsi le salarié est contrôlé mais il gagne plus.
Il fréquente peu les musées, ne lit pas beaucoup de livres,
mais il gagne plus.
Où est le problème ?"
le café avait commencé à bouillir, et je me suis douchée et j'ai lavé mes cheveux un peu avant onze heures, shame of me.
Et comme la présentation sur publie-net renvoie à des textes de Véronique Pittolo ou sur ses livres, suis partie à leur découverte pendant que mes cheveux commençaient à sécher - furieuse envie de lire "héros"

mercredi, octobre 22, 2008

les pas
j'avance, assez loin derrière un groupe, comme Octavien derrière ses amis, mais le tremblement intérieur, celui que j'ai senti en lisant le sien dans Arria Marcella, chez Téhophile, n'est pas venu, - juste un peu d'ennui et la longueur de cette rue, et, de rage, j'y vois un mélange de corons et de propylées - une tentative de ricanement qui reste suspendue dans le vide.
Les guides, toutes les pages, les voix de tous les visiteurs qui se ressemblent, entre curiosité, érudition, menus à venir et chaleur, mise au point des appareils, comparaison d'iceux et jalousies tues, et puis Octavien et Arria Marcella, et même Pline maintenant que la mer s'en est allée, ont nettoyé ces ruines, les laissent comme des chicots morts, et vos esprits, pauvres êtres, se sont fanés, réduits à des mots usés.
Je marche, l'esprit vacant, et mes pieds maintenant, dans ce silence, parlent.
Et ils reconnaissent, un peu, la pierre, mais ils s'ébaubissent du doux confort, de la richesse de ces larges dalles, ils se sentent un peu humiliés, eux qui sont voués à la petite caillasse - et elle leur semble; même arrondie par ses quelques siècles, garder une rusticité barbare - et ils sont pleins de révérence pour les sandales qui ont foulé ces belles surfaces lisses.
Et leur répondent , dans un souffle ténu, des plantes calleuses d'esclaves qui évoquent les rochers de leur enfance, ou les chemins de terre battue et de poussière, les marches dans la garrigue et le contact cruel des lentisques, les laisses de mer, et puis, peu à peu, ce sont des chaussures patriciennes, descendues de litières, et de lestes jambes de femmes... et j'avance avec eux, je les ai retrouvés, et je m'arrête près d'un pilier pour mettre ma main à coté de la leur.
Je regarde autour de moi, je respire l'air chaud, et puis je les salue et je me hâte parce que j'ai faim.
et après avoir écrit ce truc pour l'exercice 64 d'écriture ludique - sur cette image d'"Harmonie" http://www.ecritureludique.net/article-23783426.html , je me suis changée, j'ai constaté avec plaisir que le temps était sec (cela n'aurait rien changé), j'ai fermé ma porte, et je suis partie vers la gare routière pour m'en aller à Caumont entendre la présentation des différentes motions pour le congrès du PS - et; en marchant, sur des pavés, sur du macadam, une petite douleur s'est installée, a grandi, qui était peut-être honteusement psychosomatique, parce que j'appréhendais d'avoir à mendier une voiture pour rentrer, ou à persuader un chauffeur de taxi de venir me chercher, et en me trouvant plein de mauvaises raisons, en rageant contre moi, si mal que j'en tremblais un peu, j'ai tourné bride et m'en suis retournée chez moi - il suffira d'aller voter, c'est l'essentiel.
Et je vais être scandaleusement longue, parce que je me sentais minable, et que, pour ne plus y penser, j'ai ouvert et lu, d'un oeil vague, l'exercice 63 d'écriture ludique "éléments au choix " (isa/zabilou),
http://www.ecritureludique.net/article-23783410.html , et cela disait :
"Le principe de cet exercice est de choisir cinq éléments dans chacune des listes ci-dessous (personnages, lieux, dates et nombres), et de construire un récit incluant l'ensemble des éléments choisis

Personnages : prêtre, assassin, chien, femme, homme, poisson rouge, vieux, chat, peintre, maître, voleuse, femme d'affaires, magistrate, recteur d'académie, policier
Lieux : Un balcon, un bar, une abbaye, une maison close/bordel, un sous-sol, un/des toit(s), une cage, une cellule, une cuisine, une salle de bain, un bureau, une réserve (de magasin), un ascenseur, une cabine, des escaliers
Dates / Nombres : 22 mars, 15, 7, 1, 5, 12, 31 décembre, 1 mai, 74, 156, 2943, 33, 7 octobre, 150, 1528"
J'ai reniflé, j'ai regardé le mur, je me suis gratté le cuir chevelu, j'ai verdi mon choix pour bien le voir, et, en m'amusant de plus en plus, avec un peu d'application tout de même, je me suis raconté une histoire (et je me sers en les détournant de photos que le Faucon http://falconhill.blogspot.com/ avait eu la faiblesse de m'envoyer.

divergences
un peu à l'écart du village, un peu au dessus, il y avait des pans de mur en ruines, et puis de beaux restes, la partie la plus récente, relevée en 1528 et depuis lors toujours retapée, juste assez pour être habitable, avec un cloître et sa belle terrasse contre les toits de l'ancienne église, et de belles pièces au dessous, autour du cloître et à coté, avec, un peu en contrebas, sur le flanc de la colline, une énorme cuisine sur un monde de caves, celliers, remises croulantes, en sous-sol, avec des escaliers qui débouchaient dans les broussailles, là où dans le passé il y avait eu sans doute un potager - et puis dans cette drôle d'ancienne abbaye, qui nous avait dominés comme un château dans des temps très anciens, il y avait, un peu à l'écart, mais pas complètement, simplement ils ne frayaient que rarement avec nous, et l'on voyait, de plus en plus rarement, mais encore assez souvent, des voitures qui grimpaient vers le porche, et parfois les conducteurs s'arrêtaient et nous demandaient le chemin, et nous savions qu'ils devaient venir parce que la veille en descendant prendre un verre et faire des achats le vieux avait demandé que la Nicole vienne les aider, il y avait Maurice et Jérémy, un vieux couple - ils avaient tous les deux 74 ans et ils se connaissaient depuis 33 ans, quand Jérémy était arrivé pour louer la Bracaillerie dont Maurice venait d'hériter, et Jérémy nous l'appelions le peintre, et c'était pour lui que venaient les voitures, il y avait même eu une équipe de télévision un jour, et à l'époque avant que Maurice ne reprenne ses voyages un peu mystérieux, quelques uns les avaient rencontrés qui se promenaient dans le vallon en se tenant par le cou, et même une fois la Marie les avait vus s'embrasser, et de temps en temps, Maurice revenait pour quelques jours.
Quand il descendait au café, lors de ces passages, Maurice était généralement avec le peintre, et leurs visages étaient splendides.
Et puis, il y a 15 ans, Maurice était revenu, et c'est depuis que nous l'appelions le vieux. C'était comme ça, il y avait le vieux et le peintre, et en riant un peu les mauvais esprits les appelaient nos seigneurs, mais ce n'était pas ça, simplement ils étaient différents.
Et Nicole nous racontait, et ceux qui, de temps en temps, pour une raison ou l'autre, ou parce qu'ils étaient invités, montaient à la Bracaillerie le savaient bien, qu'ils ne se parlaient plus guère les deux, le peintre dans le dortoir du cloître et l'été sur la terrasse, les yeux sur sa toile ou sur les arbres et la campagne par dessus les toits, sans qu’il y ait un rapport clair entre les deux, et le vieux dans la sacristie, et qui régnait sur la cuisine, parce qu’il était un fabuleux cuistot, et qui aimait recevoir, juste pour qu'on lui fasse des compliments, et ce n'était pas difficile - et puis aussi pour qu'on l'écoute, et il dévidait des histoires dont on ne savait pas très bien s'il les avait vécues, et le peintre les connaissait toutes depuis le temps ces histoires, et il regardait en l'air, et puis un jour il avait offert au vieux un poisson rouge dans un tout petit bocal "pour te rappeler tes voyages", mais Maurice n’avair pas réagi, et il avait installé le poisson dans un bel aquarium avec plantes, lumière et tout, et quand ils étaient à table tous les deux, il tournait le dos à Jérémy et il parlait à son poisson.
Bon, je vois bien que vous soupirez aussi, et vite, avant que vous partiez, je finis mon histoire.
Parce que l'autre jour, le 22 mars, le vieux hurlait à l'assassin, et Jérémy a dégringolé les escaliers pour trouver son ami qui avec un grand couteau menaçait le chat que Jérémy avait adopté depuis quelques jours, après l'avoir rencontré, perdu, dans la garrigue, et il y avait de l'eau près de l'aquarium et plus de poisson dedans.
Et vous dites : « c'est tout, c'est pour dire ça que tu .... » Ben oui.
Merci si vous avez suivi, et le tout pour http://www.ecritureludique.net/index.html#bouton

samedi, octobre 18, 2008

barbarisme
Si j'accepte, à contrecoeur, d'être le choeur antique de ce conte, c'est à moi de décider où il commence. Et puis aussi de choisir mes mots parce que je suis réservée, là, tout de suite, sur ce choeur qui suit un coeur, même contre, et sur l'irruption d'un choeur antique dans un conte. Très bien, mais pas pour moi. Alors pourquoi ? Parce que.
Or donc, c'était dans des temps très anciens, et le héros, haletant, la main pressée contre son flanc, se coulait le long du bois, tendu vers la belle et verte eau qui se précipitait sur les rochers au bas de la falaise.
Il était comme un cerf blessé, puni par les dieux pour sa vaillance et...
Je suis apparue au dessus de lui, sur le bord du plateau.
Et il a commencé sa plainte, lyrique, maudissant le destin qui le frappait.
J'ai chanté la pitié, la prière, appelant sur lui le repos, la clémence d'Athéna, de Zeus, et de Héra - ce qui était assez osé comme rapprochement je l'avoue.
Mais, à vrai dire, j'ai du mal à le prendre au sérieux lui et son malheur, et à rentrer dans la tragédie.
Pour moi, c'est un jour pareil à tous ceux qui se sont succédés durant les neuf ans qui ont suivi ma résurrection (j'implore Melpomène qu'elle plaide mon pardon pour cette modification).
Et lui, depuis ses temps antiques, a levé sa tête ensanglantée vers moi, et repris son récit plein de larmes et de douleurs, il s'enfonçait dans les pleurs, entonnait presque son propre thrène.
Alors, comme décidément il m'agace, comme il joue mal son rôle, et que j'ai un soudain désir de cruauté bien pleine, j'abandonne le chant, je lui jette un "pauvre de toi" et, le toisant, même si, là encore, je m'égare, pour plaire, dans les temps et les genres, je me rends compte que le sourire dont je le gratifie est aussi féroce que joyeux, un sourire terrifiant, et que je n'ai plus rien de commun avec un scholiaste, un lettré civilisé.
pour le défit 60 des écritures ludiques il fallait en relever trois au choix - là, c'est le 11a posé par Michel, http://www.ecritureludique.net/article-12985123.html , et je m'en veux un rien d'avoir choisi contre lui, ou presque - scholiaste ne suis pas, mais peut être vieux clerc à demi dégrossi et bougon -
il s'agissait de partir de "Si j'accepte, à contrecoeur, d'être le choeur antique de ce conte, c'est à moi de décider où il commence"
pour arriver à "je me rend compte que le sourire dont je le gratifie est aussi féroce que joyeux, un sourire terrifiant, et que je n'ai plus rien de commun avec un scholiaste, un lettré civilisé "
en intercalant si on le voulait "C'est un jour pareil à tous ceux qui se sont succédé durant les neuf ans ayant suivi ma résurrection
"
Un blanc, et, pour se souvenir que ce vendredi était "le" jour de la misère, une vision un peu décalée, ou comment se pencher sur la pauvreté risque de tenir lieu de pensée sur les inégalités http://www.inegalites.fr/spip.php?article949&id_mot=28 (en fait il faudrait combiner l'aide et la tentative de compréhension et d'action).
Après cette tentative de pensée, suis partie vers le théâtre des halles pour le second des trois jours de la carte blanche à Alain Cesco-Resia : "Lettre de Dostoïevski à son frère Michel"

pour l'hiver, le théâtre nous évite l'attente dans le charme glacial du jardin (avec le petit vent mon manteau léger qui ne s'est imposé que depuis une semaine est devenu nettement insuffisant) et la chapelle a été ouverte, avec des petites tables et des boissons pour lesquelles une sébile permet de donner ce que l'on veut (m'a posé problème, je n'avais qu'un billet de cinquante euros qu'ils ont eu la gentillesse de refuser).
les murs noirs mats, comme charbonneux, des théâtres hors décor, le sol noir un peu bitumineux et un projecteur. En scène une babouchka volubile, et un homme qui l'écoute et résumera le tout en quelques mots : condamnation de Dostoïevski, départ en Sibérie, 5 ans bagnard (et nous entendrons l'évocation de l'horreur de cette vie et de l'hostilité des bagnards envers ces nobles déchus), 4 ans soldat.
Toujours amusant (pour moi) dans ce flot chantant de reconnaître des mots épars comme littérature, groupe, verdict etc... (je pense que l'orthographe est autre).
Et puis la babouchka qui m'avait évoqué, en très dégradé physiquement tout de même, sans la belle ossature de la montagnarde serbe, mon amie Branka dont j'aimerais avoir des nouvelles, est venu s'asseoir à côté de moi et s'est endormie par moments, ronflant un peu, et j'avais l'impression de veiller sur elle.
et puis Alain Cesco-Resia, feuilles inutiles en main, vient dire ce qui, relatant les neuf années, semble plusieurs lettres. Un visage qui a un peu la même construction que celui de Dostoïevski (pommettes, nez), et cette voix un peu étrange, juste un peu, dans ses variations presque anarchiques du grave à l'aigu.
Après les horreurs, le froid, le haut-mal, la défiance à demi avouée quant à la constance de la famille, vient la certitude de l'oeuvre à venir, la demande de livres, historiens, économistes, pères de l'église, le Coran, Kant, Hegel et ces brides que j'ai notées :
"je n'ai pas perdu mon temps..... j'ai appris à connaître non pas la Russie mais son peuple.... découvrir de l'or sous la rude écorce... il en est que l'on ne peut pas ne pas respecter.

spectacle fascinant des ministres et députés accrochés à leurs papiers emmêles et à leur raison pour battre tous les records de rapidité et finir l'examen de la loi Grenelle 1 avant l'aurore de samedi. Je les abandonne parce que ma machine chauffe pour retrouver ma morue et mes pommes à l'huile avec les prisonniers grecs de Chronis Missios (il y a quelques jours).
Pardon, pas le courage d'élaguer

vendredi, octobre 17, 2008

revenirtoi comme un bloc,
un roc usé par tant de mers,
ton dos un peu tassé,
tes yeux dans le vague ou sur les arbres,
est ce que tu es vide,
est ce que tu es las de m'attendre,
est ce que tu vis l'histoire
que tu nous racontera ce soir,
quand nous serons autour de toi,
comme il y a trop longtemps ?
Je marche doucement.
J'ai envie d'embrasser ton crâne,
Papa,
Je ne le fais pas.
(tentative à partir de cette photo, pour le défit 30 d'"écriture ludique http://www.ecritureludique.net/article-17292093.html

petit tour web, mais ma machine et mon esprit étaient de complexion trop lente, et j'ai entrepris mon repassage en écoutant sur France Culture, en grand plaisir d'une confortable renaissance, "une vie, une oeuvre" sur Messire Michel de Montaigne ce qui m'a fait abandonner le fer pour le livre, et écoutant, je me promenais dans le texte, pour le reprendre ensuite, en une de ses facettes, qui chez lui n'est jamais mineure avec le chapitre VIII du livre premier "de l'oisiveté"
"Dernièrement que je me retiray chez moy, délibéré autant que je pourroy, ne me mesler d'autre chose que de passer en repos et à part ce peu qui me reste de vie, il me embloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oysiveté, s'entretenir soy mesmes, et s'arrester et rasseoir en soy : ce que j'esperois qu'il peut meshuy faire plus aisément, devenu avec le temps plus poisant, et plus meur. Mais je trouve, variam semper dont otia mentem (l'oisiveté toujours éparpille l'esprit), que au rebours, faisant le cheval échappé, il se donne cent fois plus d'affaires à soy mesmes, qu'il n'en prenoit pour autruy ; et m'enfante tant de chimeres et monstres fantasques les uns sur les autres, sans ordre et sans propos, que pour en contempler à mon aise l'ineptie et l'estrangeté, j'ay commencé de les mettre en rolle, esperant avec le temps en faire honte à luy mesmes."

en attendant d'y parvenir, si j'arrive à en avoir réellement la volonté, suis partie à la fête qu'est devenu le concert de l'OLRAP du 16, petite consolation dans notre désarroi puisque, outre les soutiens écrits d'orchestres, des solistes et chefs nous ont rejoint, bouleversant le programme, et espérons le emplissant la salle (diffusion pour ceux qui n'avaient pas de place prévue à partir du balcon)
Une soirée extravagante, j'ai perdu mes notes et le programme et oublié de mettre le flash.
Mais une salle pleine à craquer (et pour les concerts symphoniques je suis cette année, dans un sursaut d'économie, au troisième balcon, avec une vue fabuleuse et une ambiance électrique) où seules les loges de la mairie et de la préfecture étaient vides, et un orchestre de plus de deux cents musiciens (73 violons etc...) - 13 solistes Max Bonnay, Thierry Caens, Marc Copey, Patricia Fernandez, David Grimal, Magali Léger, Nathalie Manfrino, Vahan Mardirossian, Bruno et Régis Paquier, Mikhaïl Rudy, Wojtek Smilek, Elisabeth Vidal - Jün Marki dirigeant l'ouverture de la Force du Destin, Maxime Vengerov pour des danses de Brahms - des soutiens d'orchestres suisses, allemands et de tous les coins de France s'affichant sur le petit panneau lumineux au dessus de la scène, Serge Barbuscia lisant un discours de Victor Hugo, des musiques faciles à mettre en place rapidement (ce qui a été fatal à l'oiseau de feu prévu initialement) de Wagner, Verdi, Piazzolla, etc... et des bis à n'en plus finir, de 20 heures 30 à 1 heure 15, et une chaleur de four. J'ai vu le moment où les musiciens se tuaient de fatigue et où il n'y aurait plus rien à sauver.
A l'entracte des retrouvailles et embrassades. Reste à espérer un sursaut des tutelles qui se rencontrent lundi je crois.

jeudi, octobre 16, 2008

Péri
Elle reposa le téléphone... Les larmes emplirent ses yeux... Il n'y avait plus d'espoir.
Elle se laissa choir contre la vitre, s'affala sur le carrelage, jeta un regard dans la pièce - elle était seule.
Alors elle s'offrit de gros sanglots, à en perdre le souffle, à s'effondrer de plus en plus sur elle-même, feuille secouée par une tornade de chagrin.
Et puis, elle s'épuisa.
Une longue immobilité prostrée - la colonne vertébrale qui se redresse un peu en se décrispant - une lente aspiration douloureuse.
Elle a levé la main, soulevé le rideau, appuyé son front sur la fraicheur du verre, et elle regardait le soleil sur l'océan. Son poing crispé appuyé sur le verre, elle s'est rejetée un peu en arrière, les yeux sur la mer, maugréant son lancinant pourquoi ? Comme elle le ferait demain, et encore, et encore, sans espérer aucun soulagement, sans éprouver de rancoeur.
petite chose sortie d'un défi (n°39 - à partir du 01/05/2008 - début + mots imposés (Virginie Edensland) d'"écriture ludique " http://www.ecritureludique.net/article-19091756.html
qui posait :début : "Il / Elle reposa le téléphone...Les larmes emplirent ses yeux...Il n'y avait plus d'espoir."
et dix mots au moins à prendre dans une liste : soleil, main, regard, feuille, rideau, océan, demain, oublier, rancoeur, soulagement, impasse, bonheur, lancinant, pourquoi, poing - site découvert via Joye et qui a réveillé avec ou sans succès mes neurones, ce qui était en soi un début de satisfaction
Les images sans grand rapport, sauf peut être allusif, viennent d'une petite virée, mercredi matin, à Calvet pour la seconde partie (collections locales) de l'exposition de la famille Parrocel.
Moins de dessins, assez mal éclairés mercredi matin, beaucoup d'Etienne et Eugène qui ne sont pas mes préférés (mais de jolis tableaux et esquisses) et quatre ou cinq dont celui qui se retrouve ici, marqué par les fenêtres, de Pierre et plusieurs assez déliés de Jacques-Ignace, dont une Junon toute en volutes souples et nerveuses de la plume.
et puisque j'étais dans mon 18ème, en écoutant les débats du Grenelle, me suis promenée dans les "égarements..."de Crébillon, le Fils - rencontrant une femme dangereuse ou de bonne ressource pour un jouvenceau (mais je crois que je préfère tout de même l'allègre prestesse du style de Vivant Denon.)

"Sa figure et son âge l'aidaient encore dans ce projet. Elle était belle, mais d'une beauté majestueuse qui, même sans le sérieux qu'elle affectait, pouvait aisément se faire respecter. Mise sans coquetterie, elle ne négligeait pas l'ornement. En disant qu'elle ne cherchait pas à plaire, elle se mettait toujours en état de toucher, et réparait avec soin ce que près de quarante ans qu'elle avait lui avaient enlevé d'agréments: elle en avait même peu perdu; et si l'on en excepte cette fraîcheur qui disparaît avec la première jeunesse, et que souvent les femmes flétrissent avant le temps en voulant la rendre plus brillante, Madame de Lursay n'avait rien à regretter. Elle était grande et bien faite, et dans sa nonchalance affectée, peu de femmes avaient autant de grâces qu'elle. Sa physionomie et ses yeux &taient sévères forcément , et lorsqu'elle ne songeait pas à s'observer on y voyait briller l'enjouement et la tendresse.
Elle avait l'esprit vif, mais sans étourderie, prudent, même dissimulé. Elle parlait bien, et parlait aisément; avec beaucoup de finesse dans les pensées, elle n'était pas précieuse. Elle avait étudié avec soin son sexe et le nôtre, et connaissait tous les ressorts qui les font agir..."