commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération
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samedi, décembre 28, 2024

27 décembre charroi en bleu froid et Sainte-Sophie

 


Profondeur froide

du bleu qui gèle les yeux

en un sourire




Trajet du matin, la chaleur engrangée sous la douche me quittant peu à peu, charriant draps et un pantalon (plus de place pour séchage, lui offre cet honneur) ramenant draps et un bidon d’un litre de mon moulin préféré à Nyons et un pot d’anchoïade.



Et pour nourrir un peu Paumée aussi avant de replonger dans la lente rêverie pour rassembler éléments pour l’atelier de François Bon et la tentative d’en savoir et comprendre un peu plus que le néant et le nom sur l’épitre de Clément, Eusèbe de Césarée, Hippolyte de Rome, Justin, Origène, Cyrille d’Alexandrie, etc… revient sur mon actuelle relecture d’entrée dans la nuit (plaisir de relire accessible maintenant que j’ai décidé de ne plus ajouter de livres et de flâner dans tout ce qui dort dans les rayons avant de devoir préparer leur mort ou dispersion) « Parle leur de batailles de rois et d’éléphants » de Mahias Enard que j’avais presque oublié, que j’aime pour ce qu’il raconte, pour la composition en chapitres de tailles et tons différents, comme une mosaïque musicale, et pour ces petit joyaux tel ce passage lu avant avant hier, Michel-Ange sous la coupole de Sainte Sophie 

« Dix-huit piliers des plus beaux marbres, des dalles de serpentine et des placages de porphyre, quatre arcs en plein cintre qui portent un dôme vertigineux… Michelangelo n’a d’yeux que pour la coupole, et surtout, pour les fenêtres par lesquelles s’introduit, en force, un soleil découpé en carrés, une lumière joyeuse qui dessine des icônes sans images sur les parements. 

Une telle impression de légèreté malgré la masse, un tel contraste entre l’austérité extérieure et l’élévation, la lévitation, presque, de l’espace intérieur, l’équilibre des proportions dans la simplicité magique du plan carré où s’inscrit parfaitement le cercle du dôme, le sculpteur en a presque les larmes aux yeux.. » un peu longue ma citation, j’espère être pardonnée.

mardi, décembre 03, 2019

Attente plombier et lectures de novembre

Beau ciel et vent frais en allant aux remparts avant de rentrer pour attendre un plombier (le débouchage de l'évier cette fois dépasse mes forces et cela dure depuis vendredi soir) – beaux cernes rouges sous les yeux et une envie d'attendre la pénombre pour afficher ma face dans la rue
ai entrepris un petit hommage à mes lectures de novembre, ce qui ne fait pas tant puisque lis de plus en plus mal ou peu (mais s'ajoutent cinq livres de Jane Austen relus sur un coup de tête, deux revues d'économie politique à tenter d'assimiler et des polars délicieusement connus par coeur)
Avec, à vrai dire à cheval sur octobre, le plaisir bien plus grand qu'attendu des courts textes de Gustave Geffroy (dont j'avais déjà beaucoup aimé l'enfermé déjà re-édité par François Bon auquel je rend grâce pour cette découverte) lisez ce qu'en dit François Bon qui les re-édite dans sa collection «grands singuliers» en les rebaptisant il y a toujours à voir dans les pharmacies reprenant le titre de l'un d'entre eux http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4836 maus c'est plus tôt, au cinquième texte, que le plaisir pour moi s'est fait plus grand et ne m'a quasiment pas quitté, plaisir du fond, de la colère et la tendresse, et de la forme avec au soleil d'automne
Au soleil d'automne, devant les feuillages rougis, des vieux et des vieilles sont assis sur la rangée de bancs du jardin public. Ils ne regardent pas le dernier ciel bleu d'octobre, où errent de beaux et massifs nuages, pareils à des blocs de marbre, blancs et fauves. Leur contemplation non plus ne va pas à l'étang où voguent les cygnes de neige et les canards de velours noir et d'émeraude, ni vers la pelouse brûlée où de grandes fleurs se convulsent pour mourir...
Avec, édités, purs et beaux, par Abrüpt
en bonus, le court double poème d'Arthur Cravan «je suis toutes les choses – jamais III» https://abrupt.ch/arthur-cravan/jamais/
Et tandis que la lune,
Par delà les marronniers,
Attelle ses lévriers..
pour les femmes écrasées, cachées par les grands hommes (ouin des que j'aime) de Corinne Lovera Vitali «Ronette et Modine» https://abrupt.ch/corinne-lovera-vitali/ronette-et-modine/
je n'arrive pas à dissocier les photographies de ronin et modet leurs barbes de hipsters leurs pantalons tendus sur leurs gros bidons où flotte le sarreau d'artiste-de-son-époque leurs bouches qui tètent pareillement
un peu plus long, plus exigeant sans doute, ne se donnant pas d'emblée puisque recherche.... de Pierre Ménard «Mémoire vive» https://abrupt.ch/pierre-menard/memoire-vive/
Ecouter sa propre respiration qui n'est pas vraiment à soi à la fin, au fin fond. C'est pour annoncer son départ. L'art n'efface pas la perte, il lui répond. Il est seul, celui qui parle. C'est à peine si on l'entend. Autant de chances de rendre à jamais présent ce qui paraît perdu. Par quel trouble suis-je emporté loin de moi ?
Relire tant et tant d'années après que c'est presque une redécouverte ou en tout cas une nouvelle lecture, avec peut-être, ou j'en ai l'illusion, une compréhension plus immédiate, les «leçons américaines» d'Italo Calvino
Quoiqu'il en soit, toutes les «réalités» et toutes les «fantaisies» ne peuvent prendre forme que par l'écriture, où extériorité et intériorité, expérience et imagination, monde et moi apparaissent composés de la même matière verbale ; les visions polymorphes des yeux et de l'âme se trouvent contenues dans des lignes uniformes de caractères minuscules ou majuscules, de points, de virgules, de parenthèses ; des pages de signes alignés, tassés comme des grains de sable, représentent le spectacle bariolé du monde sur une surface toujours pareille et toujours différente, comme les dunes poussées par le vent du désert.
La découverte de Mathias Enard poète, une autre forme pour ses thèmes habituels, avec Dernière communication à la Société proustienne de Barcelone chez Babel,
Un fado assassin t'emporte vers la mer
La saudade te prend au bord de l'onde amère
Laisse s'enfuir la joie, livre-toi aux chagrins
Il te guide vers le vin qui est ton seul amer (vraiment ouvert au hasard)
Et puis, petit, comme un écrin qui libère un peu de fantaisie, de l'humour, de l'ironie, et une belle dose de gravité intelligente «Münri - ou le livre à découper !» de Christine Jeanney chez Abrüpt encore https://abrupt.ch/c-jeanney/munri/ que vraiment, dans une crise de douce folie, on peut découper puisqu'il se présente comme une collection de fausses cartes-postales mais où au verso des collages, à côté des timbres dessinés, est écrit un texte, et qu'il est hautement recommandé de les lire à la suite (sans oublier les sentences sur le recto)
Acceptons, en tant qu'êtres civilisés et bien édu-
qués de ne rien comprendre.
De ne rien comprendre au sens de ce qui est noté.
De ne rien comprendre à l'objectif plus large que
cela vise.
La réussite est inextricablement liée
à l'accueil de l'incompréhension.... ce qui me réconforte, sans que cela se rapporte à Münri.
Enfin, commencé la nuit de vendredi, négligé samedi parce que je n'avais envie que de sombrer et plutôt effleuré dans la nuit de dimanche, suis pas à mon mieux, ce livre qui n'est pas loin d'être ce que je préfère de Laurent Margantin, le «carnet d'hiver austral» aux Editions Oeuvres ouvertes http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article4150l'homme qui glandouille assis vautré sur sa chaise bavardant avec le petit serveur barbu corps cambré main appuyée sur une chaise a une activité mentale qui trouve son expression parfaitement adéquate à travers le bavardage auquel il se livre pendant des heures, j'arrivais donc à la conclusion que l'homme qui glandouille malgré le fait qu'il glandouille avait une activité sociale supérieure à la mienne proche du néant quand je suis assis en train de lire à la petite terrasse et que je choisissais justement d'aller lire à la petite terrasse afin d'avoir une activité proche ou même égale au néant...
Le plombier est venu, je me suis laissée à ma grande honte aller à ne pas me mettre en colère pour la payer par chèque, il m'a eu – y compris un gros pourboire – mais j'ai un siphon neuf...
et m'en suis allée marcher dans le noir (je dois aller au théâtre à Confluence demain... hésite à cause de ma bouille), seulement une rafale m'a accueillie sur le seuil et lâchement, l'heure de marche s'est transformé en tour du pâté de maison soit un sept minutes...
 

mardi, septembre 22, 2015

Ruminations inutiles

Matin, marchant dans les rues entre la lumière éblouissante qui filtrait à travers les branches et l'ombre des murs, des recoins qu'elle baigne de charme, dans l'aigreur du petit vent frais de la renverse de l'été, j'étais dans le remâchement - sans doute prolongement de mon écoute pas tout à fait assez détachée de la radio à l'heure de l'entrée lente dans le jour – de la perte d'illusion sur la très minime prise que nous avons sur notre monde, maintenant que l'argent est sorti de son rôle d'outil pour devenir, avec de moins en moins d'hypocrisie, le maître de nos corps, opinions, visions de l'avenir, non seulement dans ce qui nous est débité, mais dans la réalité dès que nous voulons rendre réelles et durables toutes les idées donnant priorité à l'humain. Dans l'effritement de ce principe auquel je croyais qui veut qu'on ne puisse refuser de voter, au risque d'abandonner les plus faibles, quitte à se salir les mains, en tentant de choisir le moindre mal, sans se faire plaisir... à faire semblant de croire que les hommes politiques, même ceux qui sont sincères et intelligents, aient la moindre chance de sortir du théâtre d'ombres travesti par les médias, de la trahison des mots dénaturés, du jeu des majorités qui ont été propulsées vers les scrutins, pour corriger si peu que ce soit l'élan qui nous entraîne. (bien entendu une éventuelle abstention, au nom de la lucidité, et la crainte que ce soit faute, n'a aucun effet réel, en dehors de mon auto-appréciation)

Mais les sourires, mais l'oiseau qui filait au dessus de la place, cap sur le rocher, mais l’imbécillité de ceux qui portent visages graves, se croyant seuls conscients, porteurs et interprètes de la misère humaine, les asséneurs de vérités.
Et ne suis pas certaine que ce soit par lâcheté que me suis repue du dessin, contre le ciel, des branches fines d'un arbuste perché sur une ruine, de l'éclat d'herbes lumineuses dans un bac, que j'ai souri à un souvenir, que me suis replongée avec délice dans Boussole de Mathias Enard, et ce passage à propos de la sonate opus 111 de Beethoven, alternant avec l'évocation de Sohrawardi, de Corbin, des échanges avec un ami poète à Téhéran etc..
Ce fameux troisième mouvement est présent en creux. Par son absence. Il est dans les cieux, dans le silence, dans l'avenir. Puisqu'on l'attend, ce troisième mouvement, il brise la dualité de l'affrontement des deux premières parties. Ce serait un mouvement lent. Lent, si lent ou si rapide qu'il dure dans une tension infinie... 

samedi, août 21, 2010

Vendredi matin, sous un ciel que je prends pour une injure personnelle, persuadée que je suis qu'il a choisi cette grisaille depuis deux jours pour être plus bleu, plus étincelant, plus terrible la semaine prochaine, les jours où je lui abandonnerai (à lui et à la chaleur qui l'accompagnera, à nouveau), sans arrosage acharné pour les maintenir en vie, mes pauvres plantes), suis partie pour aller acheter un billet de train, afin de graver, de rendre certain, obligatoire, ma petite virée dimanche en pays dromois contrairement à ce que j'avais décidé, avec un entêtement bien buté (voir des gens que j'aime mais, ouin, pourraient venir, ouin, j'ai pas envie, ouin, j'ai pas de courage pour train et car, mais le car sera auto)

et avec le blanc grisaillou ou le gris blanchâtre du ciel, j'ai réalisé que le vert des platanes perdait de sa fermeté, se teintait d'une promesse de roux, et que le sol recevait ses premières feuilles brunes et retroussées.

Même le bleu qui s'installait, au retour, au dessus de l'oratoire et des remparts, était d'un pâleur irréelle (l'après midi il avait retrouvé sa virulence)

En chemin, j'ai choisi, parce que ça m'amusait, tenues improbables, par leur élégance ou le montant de leur étiquette,

et une robe et un manteau qui me faisaient vraiment envie (le manteau sur moi serait comique, et son prix l'était indubitablement, mais c'est sans importance).

Suis revenue avec une partie des livres qui me tentaient (librairies fermées et livres commentés sur des blogs mais non arrivés), et je me demande où vais-je les mettre, eux et ceux qui viendront presque certainement les rejoindre, puisque internet a bouleversé ma splendide indifférence à «l'actualité du livre» et que j'ai dressé, avec retenue, une assez jolie liste.

Me suis amusée, dans la fin de l'après-midi, au lieu de frotter les meubles, à noter une phrase de chaque page 68, parce que c'est mon âge, parce que dans "grains de pollen", de Novalis, traduit par Laurent Margantin, que j'ai finalement lu jeudi soir, y trouvant le calme que je cherchais, peu à peu, en lecture lente, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503496/les-grains-de-pollen, sur lequel j'ai essayé ce chiffre, le texte de la page 68, pas un des plus fulgurant, m'a sauté aux yeux, là, tout de suite, me convenait :

"Est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose à dire en faveur des hommes ordinaires, si maltraités dernièrement ? La force la plus grande n’est-elle pas du côté de la médiocrité opiniâtre ? Et est-ce que l’homme doit être davantage qu’un homme du peuple ?» - et tant pis si ce n'est pas «le grain» n°68

Donc :

«À la Vie ou la Mort on sort les vieux trucs, une technique de fabricant de tonneaux, le bois est brûlé après le cerclage.

Dur avec effet d'absorption.

C'est quand même étrange.» - Un mage en été – Olivier Cadiot

«22 mai : cipolin, orphite, sérancolin, serpentin, cannelle, dauphin, porphyre, brocatin, obsidien, cinatique. Que de noms, de couleurs, de matières, alors que le plus beau, le seul qui vaille, est blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures ni colorations.

Le marbre lui manque.» - Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants – Mathias Enard

«L'instant d'avant, la Méchante Sorcière de l'Est sifflait et crachait, désignant de son doigt manucuré ceux d'entre nous dont elle voulait grignoter l'âme. C'était un rituel comme un autre, avec ses avancées et ses reculs, ses refus et ses sacrifices, un vrai carrousel d'attitudes éprouvées dont nous maîtrisions à la perfection la mécanique.

L'instant d'après, un aérolithe gris écrasait notre reine abeille et il en sortait une jouvencelle hébétée, assortie d'un petit corniaud qui ne se gêna pas pour mordre les mollets d'Ethel et les talons de Ruth.» - CosmoZ – Claro (zut qu'il est grand !)

et puis, là ce ne sont pas des nouveautés, mais ils ont attiré ma main :

«Ainsi la nuit terrifiante, la nuit inapprochable qui est à leur source, est aussi leur destin. Même le désir qui croit désirer un corps visible est voué à cette nuit. C'est leur défaut qu'il désire dans les corps qu'il étreint. C'est cette nuit que fixe le regard de celui qui a un nom sur le bout de la langue. Il guette son rêve.» - Le nom sur le boit de la langue – Pascal Quignard

«J'étais assis dans ma cabane sur la véranda couverte. L'un des murs était remplacé par une moustiquaire extrêmement fine que je m'étais procurée grâce à l'entremise de l'un des contremaîtres, chef d'une tribu dont le territoire devait être traversé par notre chemin de fer. Une moustiquaire de chanvre à la fois très solide et très fine comme jamais on ne pourrait en fabriquer en Europe. C'était ma grande fierté et beaucoup me l'enviaient.» - Cahiers in-octavo (1916-1918) – Franz Kafka (parce que je cherchais «les aphorismes de Züran» du même Kafka)

Et j'y ajoute, parce que je vais sans doute m'y plonger demain, ou cette nuit (dès que j'aurais fini ma relecture de «Maîtres et serviteurs» de Michon : «L'ombre rose du pommier se penchait sur lui ; et d'autres doucement l'entouraient pommés, vastes et ffrissonnants comme des robes peintes...»), en sautant à la page 68, cette surprise merveilleuse qui nous attendait ce matin sur Publie.net : «Histoire secrète des prairies du Nord-Est asiatique» de Vincent Tholomé, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503564/histoire-secrète-des-prairies-du-nord-est-asiatique dont j'ai lu, frissonnant dans le petit matin, un peu plus de 40 pages, dégustant l'emportement de ses courtes phrases

«nous ; petites voix ; petites voix de types et de nanas ; petites voix minuscules de types et de nanas; petites voix minuscules émergeant du noir, voix de types et de nanas ; flots fluets de petites voix minuscules émergeant du noir et dans le noir, voix cassées de types et de nanas ; flots fluets de petites voix s'écoulant, minuscules.....»

Pardon humblement demandé aux éventuels passants, (et j'ai pris mon balai)

mardi, octobre 21, 2008

une photo de ma petite recension des restaurants proches (en pensant à la rédac du mois), et deux traces de ma micro sortie vers les remparts pour jeter le dernier tas de papier - juste pour le plaisir.
repris le dernières pages de "Zone" de Matthias Enard, que j'ai lu par étapes, goûtant le flot, de longs passages et finissant, en gros toutes les cent cinquante pages par l'abandonner provisoirement, pour des réactions purement personnelles, le soupçon d'un désir de collectionner des thèmes porteurs ou un malaise à être aussi intimement dans les divagations de quelqu'un qui souvent me révulsait (réflexe moralisant qui m'étonne chez moi, ou plus profondément refus d'un plaidoyer pro-domo auquel nous ne sommes que trop facilement enclins) - je sais cela importe moins que la forme qui est belle.
Finalement une lecture souvent belle, où l'on se glisse, mais sur laquelle on ne glisse pas avec indifférence.
"je serai assis là sur mon banc de luxe sans pouvoir bouger nulle part plus personne j'appartiens à l'entre-deux au monde des morts-vivants enfin je n'ai plus de poids plus de liens plus d'attaches je suis dans ma tente auprès des nefs creuses j'ai renoncé je suis dans l'univers des moquettes grises des écrans de télévision et ça va durer tout va durer il n'y a plus de dieux courroucés plus de guerriers près de moi se reposent les avions les mouettes j'habite la Zone où les femmes sont fardées et portent un uniforme bleu marine beau péplos de nuit étoilée il n'y a plus de désir plus d'envol plus rien un grand flottement un temps mort où mon nom se répète envahit l'air c'est le dernier appel ... ...je ne bougerais plus c'en est fini des voyages, des guerres, à coté de moi le type au regard franc me sourira... ...il a une bonne tête, c'est un métèque, c'est un géant, un géant de Chaldée dont on dirait qu'il a porté le siècle sur ses épaules...."

en roue libre : et refermant le livre me suis embarquée, chez Plutarque, à la suite d'Alcibiade, un peu essoufflée par les guerres, alliances, retournements qui régnaient sur l'ancêtre de la zone, quand les dieux s'étaient endormis et que les temps d'Achille (fidèle à lui-même) ou d'Atlas étaient devenu légende, après que Cyrus ait conquis la Chaldée, quand Athènes était impérialiste, et que Lacédémone sapait sa puissance (vision très très confuse, transformée, fausse, brides d'histoires évoquées il y a des dizaines d'années pendant que je regardais par la fenêtre le Faron qui regardait la mer)
"... il avait promis que la flotte phénicienne, envoyée par le Roi et attendue par les Lacédémoniens, grâce à lui passerait du côté des Athéniens ou du moins n'arriverait pas jusqu'aux ennemis... Alcibiade fut accusé par les deux partis, mais surtout par les Lacédémoniens, d'avoir détourné cette flotte, en conseillant au barbare de laisser les Grecs se déduire les uns par les autres...
A la suite de ces évènements, les Quatre Cents furent renversés, les amis d'Alcibiade se joignant alors avec zèle aux partisans de la démocratie. ... mais il n'entendait pas rentrer les mains vides et sans avoir rien fait, grâce à la pitié ou l'engouement de la foule ; il aspirait à un retour glorieux. Aussi alla-t-il d'abord de Samos; avec quelques vaisseaux, croiser autour de Cnide et de Cos..."
victoire, retourne chez Tissapherne son ancien allié perse, arrêté, s'enfuit, rejoint les athéniens, victoire et carnage Cyzique, péloponnésiens exterminés... et de superbes discours que l'on imagine, Plutarque restant d'une rapidité sobre dans son récit.

de la mare nostrum tout nous est venu.
Et j'arrête, la violence de la pluie, qui me terrorise maintenant toujours, s'est calmée et nous revenons à l'éternelle brouillasse, averse obsédante, qui règnait depuis le début de cet après-midi de lundi.
A l'assemblée de longs flux de paroles sincères s'écoulent, sans grand intérêt, faute pour les orateurs de croire un tant soit peu à la réalité de ce dont ils débatent (le budget), sauf dans la nuit en évoquant les collectivités territoriales, et je ne sais ce qui se passe localement.

mardi, octobre 14, 2008

aucune limite à ma sottise.
oeil ouvert - petit tour - oeil refermé, sur l'idée que je n'allais pas au tribunal puisque le procès de Patrick Mohr est reporté - oeil rouvert, et pendant que la radio parlait de la crise, des remèdes apportés, etc... ouvert ma boite pour trouver la carte d'automne de Dalloyau
décidé, fermement, dans les ruminations du petit matin, que je m'abstiendrai cette année de me faire remplacer par des colis d'icelui aux différentes tables de la famille (et je le regrette déjà, avec mon amour du luxe, plus encore pour ceux que j'aime.
départ sous un ciel qui ne se décidait pas à la pluie, un temps à ne penser en marchant qu'à l'endroit où l'on se rend, à passer dans la rue en la voyant le moins possible, pour mon banquier (il faudra que j'y retourne pour leur demander de me conseiller dans mon combat kafkaïen avec HSBC), des t-shirts à manches longues, et un vaccin contre la grippe en accord avec la chaudière qui a creusé sa place dans ma poitrine - air doux finalement, neutre, aimable, comme les gens rencontrés.
place de l'horloge, petit arrêt pour tousser, et moment de jouissance délicieuse en aspirant, avec l'air, le parfum déchaîné d'un petit buisson de chèvrefeuille (je crois).
S'y arracher, rentrer, faire un peu de cuisine, prendre le téléphone pour contacter les banques et une infirmière, et constater qu'il est mort.
une heure et demie et une quinzaine d'appels au 1013 - dont un permettant d'obtenir une conseillère qui me dit "patientez un instant, je vous donne un rendez-vous" avant que la communication soit coupée à nouveau. Un quart d'heure d'énervement et un message bref "rappelez nous pour le rendez-vous" suivi d'une dizaine de nouvelles tentatives. Un courriel - et dans une exaspération me rendant inapte à tout, attente infructueuse de ce rendez-vous qui conditionne tout autre déplacement.
Tourné en rond, fulminé, déploré que le téléphone du service dépannage de France Télécom ne fonctionne pas , décidé de résilier mon abonnement...

et à onze heures réalisé que la base de mon charmant appareil n'était plus branchée sur le secteur et que la batterie était à plat. Je cherche un trou bien profond pour enfouir ma honte.
bon je voulais parler de "Zone" entre plaisir et agacements (la monomanie du "je" marqué par les horreurs des conflits autour de notre mare nostrum, finit parfois par être un tantinet caricaturale) qui font que je lis par paquets d'une soixantaine de pages, et mon goût grandissant pour le récit - et le ton et l'écriture ne sont pas si neutres que cela - du jeune communiste grec, de prisons en prisons; de tortures en tolérance, de détermination en refus de la raideur de la hiérarchie du parti, dru, construit, savoureux paradoxalement, dans "toi au moins tu es mort avant" de Chronis Missios chez publi-net http://www.publie.net/tnc/spip.php?article31 (et je trouve le graphisme du site très élégant ! mais je constate aussi en lisant François Bon que j'aurais dû attendre la sortie du Sony, puisque je peux difficilement rééditer l'achat d'une liseuse)
Et voilà que finalement j'en parle, du moins un peu - en complément, ceci, dans la présentation "Cette histoire du prisonnier Mìssios, c’est lui-même qui la raconte, pendant toute une nuit, dans un déferlement de mémoire où les époques se bousculent, à l’un de ses camarades qui, lui, par chance, est « mort avant » — avant d’avoir connu la prison, mais aussi le pire : le naufrage de l’idéal communiste. C’est la première fois que la guerre civile grecque est racontée ainsi. D’autres ont déjà décrit ses horreurs, mais Mìssios est le premier ex-communiste à oser montrer le Parti tout nu : ses martyrs admirables, d’un dévouement total, mais aussi ses dirigeants, rendus souvent aveugles et sourds par l’égoïsme et la bêtise, plus dangereux pour leur cause que l’ennemi lui-même. Si les Grecs se sont rués sur ce livre — il s’est vendu à plus de cent mille exemplaires, événement rarissime là-bas —, c’est d’abord qu’il a brisé un tabou, rouvert la vieille plaie infectée"
mais au delà, ou en plus, il y a le texte - au hasard, ce que je viens de lire :
"Ces amoureux de la liberté qui veulent jouir de leur vie à tout prix. Seulement voilà, quand ils rentrent au Parti, ils se transforment en dames et demoiselles bien comme il faut... Quand je pense à eux, je me rappelle toujours ce vers d'un de nos grands poètes, Embirikos
Ils ont changé en vie la crainte de la mort
Cette beauté de l'homme libre comme l'animal, qui n'accepte aucune dépendance, aucun devoir, qui tâche de puiser la joie et le plaisir de vivre dans tout instant, à tout prix..."
et outre l'énoncé, mise en place de sa philosophie, il y a, dans les récits atrocement ou joyeusement picaresques des luttes dans la prison ou les camps, et dans le soupçon du lâchage dont ils ont été victimes, une certaine parenté avec les jeunes oustachis ou palestiniens de "Zone".

mercredi, octobre 01, 2008

bon, je suppose que ce devrait être la mort de Paumée, sa longue dégénérescence le fait passer de soutien à poison, (et je suis un peu comme l'économie en ce moment)
mais comme les habitudes sont difficiles à perdre, et parce que je tournais en rond, pondu un truc pas terrible pour le nouveau site des impromptus littéraires
http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/ (il fallait parler d'aventure, en incorporant "impromptu" et "littéraire" et il y avait une photo d'un pont de lianes dont je n'avais pas compris qu'il fallait tenir compte, et qui m'était antipathique )

- bonjour grand-père
- bonjour ma chatte
- tu fais quoi ?
- je bois le soleil
- tu me fais une place ?
- installe toi
un silence - un soupir - un silence - un gros soupir
un ton résigné, un peu :
- qu'est ce qui t'arrive ?
- je m'ennuie
- vas jouer
- pas envie - raconte
- pas envie
- je t'en prie
- bon. Alors il faisait bon dans le café de Jacques et dehors il pleuvait, mais j'avais senti le matin que le vent promettait, et quand faut y aller... J'ai sifflé l'équipage, le second m'a rendu compte, nous avons levé l'ancre et j'ai manoeuvré pour que la Glorieuse franchisse la porte du café.
- mais, grand père...
- bon, faut dire que les gars avaient ouvert tout grand
- mais, grand père...
- tu écoutes, non ? alors, c'est vrai, la brise était bonne, pas très forte pourtant, et nous avons mis une bonne semaine pour rejoindre les alizés, et nous avancions vers des mers nouvelles qui s'élevaient derrière l'horizon, et la nuit l'eau chantait, épaisse et sombre, le long de la coque
- mais, grand père, comment ton bateau il tenait... ?
- tu écoutes, non ? et nous étions bénis, il y avait toujours assez de vent pour gonfler les voiles, leur musique descendait des vergues en faisant vibrer les mats, mais la mer nous accueillait doucement et la proue de la Glorieuse la divisait, avec juste un petit friselis ; nous glissions, et comme nous entrions dans l'océan, nous avions fait nos adieux à la pluie, et le soleil blanchissait le pont et brillait sur les cuivres.
- il était à voile ton bateau ?
- c'était la plus jolie frégate que les chantiers aient jamais vu naître, et nous nous entendions bien - et...bon je crois que l'heure avance et que les femmes vont nous appeler - alors juste... je me souviens... un mouillage le soir, près d'une île, et le matin, le soleil a sauté hors de la montagne, et comme dans un impromptu théâtral, des nuées d'oiseaux et des hommes peints dans des pirogues noires sont venus vers nous, et les matelots chantaient, et ta mère nous appelle - viens déjeuner.
- c'était joli ton début d'histoire, mais c'était même pas vrai... c'était... littéraire
- tu n'aimes pas ?
- j'adooore !

il me reste à trouver une manière de me maintenir, retrouver pour un temps l'appétit d'épuiser la petite masse engrangée en désir de lectures (pour les spectacles on verra) - et quand j'arrive à mettre le nez dans un texte l'envie revient, comme avec "zone" de Matthias Enard, et le lisant je me disais, je crois, qu'il ne fallait pas s'arrêter à ce qui se retrouvait dans tous les articles : la longue phrase, qui n'est finalement pas d'une originalité folle, et d'ailleurs ce seraient plusieurs longues phrases, ni l'absence de ponctuation, puisque justement elle n'est pas totale, et qu'il y a quelque tirets et nombre de virgules. Simplement elles ne sont pas toujours où on les attendrait pour reprendre souffle, et leur absence nous entraîne un peu haletants, ou nous le serions si nous avions la possibilité de fractionner, leur rôle étant plutôt d'articulation entre les différents plans, le présent du narrateur et ce qu'il recrée, mais pas toujours.
Et j'y fais de longues plongées.
comme dans les pages du "désordre" de Philippe de Jonkheere reprises chez "publie.net" http://www.publie.net/tnc/spip.php?article12 avec l'intelligence et l'humour tendrement humain, comme la rencontre, dans le roman qui n'a pas été publié, d'un désespéré en sursis et des éboueurs alertés autour d'un café, moment de gentille dérision , et tout le reste, les jugements esthétiques, de salutaires colères devant le monde qu'on nous fait.
des photos dormant en réserve